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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2018 : un des colloques


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QUE NOUS DISENT LES BEST-SELLERS ?
Mise à jour
15/10/2018
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DU LUNDI 23 JUILLET (14 H) AU LUNDI 30 JUILLET (14 H) 2018

DIRECTION : Olivier BESSARD-BANQUY, Sylvie DUCAS, Alexandre GEFEN

ARGUMENT :

Rien n’est plus mystérieux qu’un best-seller. Car si certains semblent fabriqués à partir de recettes qui ne peuvent mener qu’au succès, combien d’autres livres issus du même moule passent complètement inaperçus tandis que des ouvrages parfois difficiles reçoivent un succès inattendu? Quel point commun peut-on trouver au Capital de Marx, aux romans de Dickens ou aux aventures d'Harry Potter en passant par Le Petit Prince de Saint-Exupéry, Belle du seigneur d'Albert Cohen, sans oublier les œuvres de Pigault-Lebrun ou de Maurice Dekobra? Y a-t-il des raisons objectives permettant de comprendre que ces livres aient rencontré le succès? Et comment passer du livre qui anime une librairie à celui qui y met le feu? Y a-t-il un élément, un secret, une technique qui permet de transformer tout volume en n°1 des ventes? Quelle part revient à l’auteur dans cette réussite? Et à l’éditeur? Et aux lecteurs? Et au-delà d’une simple recension des livres qui se sont très bien vendus depuis le XIXe siècle, que nous disent les best-sellers? Est-ce une catégorie historique dont on peut relater l’invention? Nous racontent-ils une histoire d’un horizon de réception, celui du "grand public", voire une histoire de la lecture?

Le présent colloque vise à offrir un grand moment d’échange et de débat entre des spécialistes des différents aspects de la question et un large public composé d'auteurs, de professionnels du livre, d'enseignants, mais aussi d'auditeurs intéressés par les problèmes posés.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 23 juillet
Après-midi:
En avant-première:
Séance publique à la Médiathèque de Saint-Lô
[vidéos mises en ligne sur la chaîne YouTube de Cerisy]
Accueil de Pascale NAVET, directrice de la Médiathèque
Rencontre-débat avec Michel BUSSI, auteur de best-sellers aux Presses de la cité

ACCUEIL DES PARTICIPANTS À CERISY

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 24 juillet
Matin:
Pourquoi prendre les best-sellers au sérieux?
Olivier BESSARD-BANQUY & Sylvie DUCAS: Brève histoire des best-sellers, questions et enjeux liés aux best-sellers, d'après "l'entrée dans l'ère des cent mille" de Jean-Yves Mollier
Lecture du texte de Jean-Yves Mollier, par Olivier BESSARD-BANQUY & Sylvie DUCAS

Après-midi:
Lectures pour tous
Anthony GLINOER: Les collections de classiques à bas prix [vidéoconférence]
David MARTENS: La fabrique publicitaire d'un best-sellers: que dire des lectures dans l’entre-deux-guerres?
Alix MERAT: Proposer un dispositif de valorisation spécifique aux best-sellers en bibliothèque: enjeux et questionnements autour d'un rayon de best-sellers


Mercredi 25 juillet
Matin:
Sexe, montages et topoï
Matthieu LETOURNEUX: Best-sellers: conservation et idéologie
Christelle REGGIANI: Y a-t-il une poétique du best-seller?

Après-midi:
Auteur à succès, succès de l'auteur
Martin WINCKLER: Comment (sur)vivre après un best-seller? [vidéoconférence]
Sylvie DUCAS: Le prix Wepler, un anti-prix marchand dans une économie du prestige

Soirée:
Débat, avec Marc LEVY [visioconférence]


Jeudi 26 juillet
Matin:
Économie et recettes du succès
Bertrand LEGENDRE: Économie du best-seller [texte lu par Olivier BESSARD-BANQUY]
Pascal DURAND: Le best-seller hors littérature
Michel MURAT: Utile dulci: le best-seller comme aide à la résilience [enregistrement audio en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de l'Université de Caen Normandie et sur le site France Culture]

Après-midi:
DÉTENTE

Soirée:
Projection de "Michel Bussi et le roman populaire", présenté par son réalisateur Christian CLÈRES


Vendredi 27 juillet
Matin:
Mondialisation du best-seller
Ofra LÉVY: Étudier les motifs générateurs de best-sellerisation en littérature Young Adult
Marie-Eve THÉRENTY: "Oui, je sais. On dirait du Storytelling...": les incroyables histoires des auteurs de best-sellers

Après-midi:
Que faire de tous ces best-sellers en librairie et bibliothèque?
Table ronde avec des professionnels du livre, de l’édition, de la librairie, de la bibliothèque, avec la participation de Arnaud COIGNET [librairie Ryst, Cherbourg], de Marie-Rose GUARNIERI [libraire des Abbesses et fondatrice du prix Wepler], de François LAURENT [directeur général d'Univers Poche] et de Pascale NAVET [directrice de la Médiathèque de Saint-Lô]


Samedi 28 juillet
Matin:
Le sexe comme incubateur de succès?
Olivier BESSARD-BANQUY: De quelques succès poivrés d'avant-hier à hier
Magali BIGEY & Stéphane LAURENT: Nouveau lectorat et/ou Machine Marketing: 50 Nuances de Grey, les dessous d'un best-sellers

Après-midi:
Que nous disent les best-sellers, de la littérature aux sciences humaines
Charline PLUVINET: Spécularité des romans best-sellers: que nous disent les best-sellers de la littérature?
Eric THIÉBAUD: Les best-sellers en sciences humaines


Dimanche 29 juillet
Matin:
Algorithmes et feel-good books
Alexandre GEFEN: The Best Seller code and so on

Après-midi:
Best-sellers 2.0
Christine GUÉRINET: Quand les youtubeurs créent des best-sellers: entre starisation et légitimation
Oriane DESEILLIGNY: Des secrets de fabrication de best-sellers en contexte numérique? Étude des conseils donnés aux auteurs et des pratiques éditoriales sur les plateformes numériques


Lundi 30 juillet
Matin:
Synthèse et débat collectif

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Olivier BESSARD-BANQUY

Après avoir travaillé en tant qu'éditeur, il est aujourd’hui professeur des universités spécialiste des lettres et de l'édition contemporaines à l’Université Bordeaux Montaigne au sein du Pôle des métiers du livre. Proche de Pierre Jourde, son travail de recherche porte pour l’essentiel sur les tropismes grand public de l’édition littéraire, le développement du marketing dans les lettres, l’effondrement de la lecture savante, l’essor d’une industrie du divertissement au détriment des œuvres de l’esprit, le remplacement de la création par le traficotage des textes.
Publications:
L'Édition française depuis 1945, Cercle de la librairie, 1998.
Le Roman ludique, Presses Universitaires du Septentrion, 2003.
L'Édition littéraire aujourd'hui, Presses Universitaires de Bordeaux, 2006.
La Typographie du livre français (avec Christophe Kechroud-Gibassier), PU de Bordeaux, 2008.
La Vie du livre contemporain, Du Lérot éditeur, 2009.
Sexe et littérature aujourd’hui, La Musardine, 2010.
L’Industrie des lettres, Pocket, 2012.
Le Livre érotique, Presses Universitaires de Bordeaux, 2010.
Gallimard 1911-2011, Un siècle d'édition, Gallimard-BNF, 2011.
Les Mutations de la lecture, Presses Universitaires de Bordeaux, 2012.
Le Goût des livres, Mercure de France, 2016.


Magali BIGEY & Stéphane LAURENT: Nouveau lectorat et/ou Machine Marketing: 50 Nuances de Grey, les dessous d'un best-sellers
À travers une étude de réception de plus de 4 ans, nous analyserons les ressorts de la trilogie 50 Nuances de Grey, notamment comment elle a été lue et appréhendée à la croisée des sciences du langage, de la sociologie des pratiques et du traitement statistique de données. Nous avons tenté de comprendre, pendant ces quatre années, l’engouement qui a fait de cette série un best-seller. Pour expliquer son succès fulgurant et surtout extrêmement visible, nous avons analysé le pourquoi de cet enthousiasme par le biais d’un questionnaire qui a récolté plus de 1500 réponses. Nous concentrerons une partie de cet exposé sur la prescription et la médiation de ce roman et montrerons à quel point le lectorat n’est pas forcément dupe de son acte de lecture; s’il se laisse volontiers aller à rêver, il est généralement tout à fait conscient des limites du phénomène d’identification.

Magali Bigey est maître de conférences en Information-Communication, membre de l’équipe "Conception, Création, Médiations" du laboratoire ELLIADD, Université de Franche-Comté, et membre du comité scientifique du Groupe de Recherche et d’Études sur les Fans (GREF). Après une thèse sur l’évolution du roman sentimental sériel dans la seconde moitié du XXe siècle, elle s’intéresse aujourd’hui principalement aux pratiques de réception et de création liées à la littérature populaire.
Bibliographie:
Bigey Magali, 2017,"Auteures et fanfiction: ce qu’elles en disent, ce qu’elle dit d’elles. Entre ethos et logos", in Fans et genre: la rencontre, sous la direction de Mélanie Bourdaa et Arnaud Alessandrin, Éd. Téraèdre, pp. 99-110.
Bigey Magali, 2017, "Réflexions sur l’amour et analyse de réception : La rencontre amoureuse dans les romans sériels et au prisme du lectorat", in L’amour. Création et société, sous la direction de Marta Alvarez, Ida Hekmat, Sabine Lauret, Éd. Michel Houdart, pp. 64-80.
Bigey Magali, 2014/2, "50 nuances de Grey: du phénomène à sa réception", Hermès, La Revue, n°69, p. 88-90.


Stéphane Laurent est chercheur associé dans le pôle Conception, Création, Médiations du laboratoire ELLIADD, université de Franche-Comté, et enseignant en Eco-Gestion spécialisé en Marketing. Depuis plusieurs années, il travaille sur la réception des publics, musiciens mais aussi et surtout public lecteur.

Oriane DESEILLIGNY: Des secrets de fabrication de
best-sellers en contexte numérique? Étude des conseils donnés aux auteurs et des pratiques éditoriales sur les plateformes numériques
Cette communication étudiera les pratiques d’auteurs sur certaines plateformes à travers les techniques éditoriales, scripturales et communicationnelles qu’ils mettent en œuvre pour rassembler le plus de lecteurs autour de leur texte. L’étude du discours de ces plateformes d’auto-édition met en exergue l’idée que non seulement l’auteur numérique peut se réinventer hors du livre dans une économie numérique spécifique, mais qu’en outre, pour peu qu’il applique des méthodes de marketing éditorial et de promotion de sa propre figure auctoriale sur les réseaux sociaux, la reconnaissance par les lecteurs et par les métriques classiques du web constitue un horizon accessible. Certaines plateformes s’emploient aussi à donner des conseils poétiques et narratifs pour séduire les lecteurs, reproduisant la tension entre standardisation et singularisation (Letourneux, 2017). Dans quelle mesure ces approches déplacent-t-elles l’imaginaire associé au best-seller et au succès de librairie? Ces pratiques éditoriales constituent-elles des moyens pour les acteurs de ces plateformes de produire cette "littérature as usual" que dénonce Sophie Divry (Divry, 2017), cette "littérature de répétition" qui est censée se conformer aux attentes d’un lectorat ciblé et donc constituer une garantie vers le succès éditorial?

Oriane Deseilligny est maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris 13. Elle est chercheure au sein du GRIPIC (université Paris Sorbonne), où elle étudie les métamorphoses des pratiques d’écriture ordinaires et littéraires en contexte numérique. Elle a co-dirigé en 2013 avec Sylvie Ducas la publication d’un ouvrage consacré aux recompositions de la figure de l’auteur et de l’écrivain sur Internet: L'auteur en réseau, les réseaux de l'auteur, Presses universitaires de Paris Ouest., coll. "Orbis Litterarum", 2013.
Dernières publications:
Deseilligny O., "Reformuler les processus éditoriaux, déplacer l’imaginaire du best seller? Formes, conditions et mythologies du succès en contexte numérique", in Fixxion 15, "Le Best-seller", décembre 2017,  pp. 118-129 (en ligne).
Deseilligny O., "Écrire pour quels lecteurs: capter l'attention des humains ou de Google?", in Design et innovation dans la chaîne du livre. Écrire, éditer, lire à l'ère numérique, Stéphane Vial et Marie-Julie Catoir (dir.), PUF, 2017, p. 49-59.
Deseilligny O., Couleau C., Hellegouarc’h P, "Présentation. Que devient l’ethos en régime numérique?", Itinéraires LTC, 2015-3, 2016 (en ligne).


Sylvie DUCAS: Le prix Wepler, un anti-prix marchand dans une économie du prestige
Nés de traditions de sociabilité littéraire anciennes (cénacles et salons mondains), les prix littéraires sont devenus très vite ces machines à best-sellers que l’on connaît: dispositif médiatico-publicitaire central dans le marché éditorial de la littérature française, il reflète les logiques marchandes et la poussée de la culture de masse qui travaillent le champ littéraire actuel. Au sein de cette "économie du prestige", le prix Wepler occupe une place singulière et militante, qu’on se propose d’étudier. Il s’agira d’en pointer les enjeux, dans un contexte de crise de la librairie et de la lecture, et d’une littérature contemporaine tentée de céder aux sirènes du succès et de la standardisation narrative appelée par les industries culturelles.

Professeur de littérature française contemporaine, conceptrice et directrice (2003-2015) du master Métiers du livre de l’Université Paris-Nanterre, Sylvie Ducas anime le groupe de recherche "Littérature médiatique: Medias, Culture et Société" au sein du LIS (Lettres, Idées, Savoirs) à l’Université Paris Créteil. Spécialiste des prix littéraires — entre consécration, industrie culturelle et prescription — et des écritures du très contemporain, elle est l’auteure de plusieurs livres: La Littérature à quel(s) prix? (éditions de La Découverte, 2013); elle a dirigé plusieurs ouvrages: L’Auteur en réseau, les réseaux de l’auteur (2012); Les Acteurs du livre (2012); Les Mondes du livre (2013); Paroles de livres (2015), Prescription culturelle: avatars et médiamorphoses (2018). Elle prépare deux livres: Les Écritures vives, sur la littérature narrative du très contemporain, et L’écrivain ni vu ni connu. État des lieux de la visibilité littéraire contemporaine, sur les reconfigurations du rôle social et les figurations publiques de l’écrivain contemporain.

Pascal DURAND: Le
best-seller hors littérature
Dans nos représentations ordinaires, le best-seller concerne essentiellement le genre romanesque, dans l’oubli que la poésie, par exemple, a connu pour sa part, du XIXe siècle à nos jours, des phénomènes de vente et de succès massifs (des Méditations poétiques de Lamartine à Paroles de Jacques Prévert). On néglige tout aussi volontiers le fait que ce type de phénomènes touche des genres éditoriaux extérieurs à la littérature (élargie même au-delà de l’essai lettré ou de la bande dessinée).

Pascal Durand, professeur ordinaire à la Faculté de Philosophie et Lettres de l’Université de Liège, dirige le Centre d’Étude du Livre Contemporain (CELIC). Spécialiste de Mallarmé, il est l’auteur d’une quinzaine d'ouvrages relatifs à la modernité poétique, à l’histoire de l’édition ainsi qu’aux figures contemporaines de l’orthodoxie politico-médiatique.
Publications:
Naissance de l’Éditeur. L’édition à l’âge romantique, Les Impressions Nouvelles, 2005 (avec A. Glinoer).
La Censure invisible, Actes Sud, 2006.
Mallarmé. Du sens des formes au sens des formalités, Seuil, 2008.
Histoire de l’édition en Belgique (xve-xxie siècle), Les Impressions Nouvelles, 2018 (avec T. Habrand).


Alexandre GEFEN
Après avoir été maître de conférences à l'Université Bordeaux Montaigne en littérature française du XXe siècle, de 2006 à 2012, il estdirecteur de recherche au sein de l’Unité mixte de recherche THALIM (Théorie et histoire des arts et des littératures de la modernité) de l'Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle. Son habilitation à diriger des recherches (HDR), avait pour thème "Le recours à la fiction", avec un livre inédit intitulé Réparer le monde, la littérature française face au XXIe siècle, qui fait état d'une littérature française contemporaine qui serait une médecine de l'âme, qui, par l'écriture et la lecture permettrait de soigner, d'aider ou  de "faire du bien", en donnant à chacun la possibilité d'inventer sa propre forme de vie.
Fondateur en 1999 du site Internet Fabula, consacré à la recherche en littérature, et la plateforme d'édition numérique CEPM à l'Université Paris Sorbonne-Paris IV, il s'est intéressé très tôt aux humanités numériques  Il est membre de nombreux comités de lecture.


Anthony GLINOER: Lectures pour tous. Les collections de classiques à bas prix
Cette communication portera sur le phénomène des collections de classiques de la pensée et de la littérature occidentales vendus à bas prix depuis le début du XIXe siècle. Ces ensembles éditoriaux, dont le succès en librairie (ou par souscription) est indéniable, croisent le phénomène des best-sellers et posent toutes sortes de questions: quel est leur public cible? Quelle est la part de l’entreprise "civilisatrice" ou pédagogique, et de l’entreprise commerciale? Où se situe l’intervention de l’éditeur ou du directeur de la collection? Et quels discours d’escorte ajoutent-ils aux textes édités? Quelle identité visuelle (format, papier, reliure)? Qu’est-ce qu’on considère, synchroniquement et diachroniquement, comme un classique? Ayant recensé plus de deux cents de ces collections, l'on posera les jalons d’une recherche qui touche autant à la question du succès qu’à celle de la consécration des œuvres publiées.

Les travaux d'Anthony Glinoer, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’histoire de l’édition et la sociologie du littéraire et professeur à l’Université de Sherbrooke, ont porté principalement sur l’histoire de l’édition, sur l’étude des représentations dans la littérature de la vie littéraire, sur les groupes d’écrivains et d’artistes et sur les théories sociologiques de la littérature.

Christine GUÉRINET: Quand les youtubeurs créent des best-sellers: entre starisation et légitimation
Certains livres proposés aux young adult sont devenus des best-sellers, soit parce qu’ils ont déjà connu leur heure de gloire sur Internet, soit parce que l’auteur de l'ouvrage bénéficie déjà d’une notoriété sur la Toile. Ces phénomènes littéraires, s’ils ne remettent pas en cause la notion traditionnelle de best-sellers, au sens quantitatif, sont malgré tout source d’interrogations, tant en ce qui concerne leurs productions que leurs réceptions. La vente de ces livres témoigne-t-elle d’une reconnaissance d’un texte ou d’une appartenance à une communauté ? C’est à travers l’analyse d’ouvrages issus de la plateforme d’écriture et de lecture en ligne, Wattpad, et de ceux produits par des youtubeurs et youtubeuses que l'on tentera de mettre en évidence l’évolution de la notion de best-seller.

Professeur-documentaliste dans l’Académie d’Amiens en collège, Christine Guérinet développe de multiples actions en faveur de la lecture.  Elle a suivi un master de littérature d’enfance et de jeunesse à l’Université d’Artois. Son mémoire, sous la direction d’Isabelle Casta, portait sur la romance vampirique. Elle entreprend une thèse à l’Université de Limoges sous la direction de Jacques Migozzi et Natacha Levet. Son travail aura trait au roman sentimental young adult. Elle est intervenue lors de deux colloques: l’un sur le roman historique jeunesse avec une présentation d’une analyse d’un roman de fantasy historique; l’autre sur la culture populaire avec une communication sur la New Romance. Elle a publié un article pour sur les robinsonnades urbaines dans la revue Les Cahiers Robinson (Presses de l’Université d’Artois). Dans le cadre de son activité professionnelle, elle rédige nombre d’articles pour SavoirsCDI et pour Le petit journal des profs.


Bertrand LEGENDRE
Depuis 2007, professeur à l’Université Paris XIII, en sciences de la communication, et responsable du Master "Politiques éditoriales". Par ailleurs depuis sa création en 2011, il dirige le laboratoire d’execellence ICCA (Industries Culturelles et Création Artistique). Depuis 2009, il est professeur associé à l’Université de Sherbrooke (Canada). Ses travaux actuels s'organisent autour de trois thèmes: l'autoproduction, les plateformes numériques, les conditions de création des entreprises d'édition en Europe.
Il a publié en autre, avec Corinne Abensour, Les petits éditeurs. Situations et perspectives et Les nouveaux éditeurs, 1988-2005 à La Documentation française (Paris 2007), et Entrer en littérature. Premiers romans et primo romanciers dans les limbes aux Éditions Arkhé, (Paris, 2012).


Matthieu LETOURNEUX
Professeur des Universités à l’Université Paris Nanterre, il est spécialiste des cultures sérielles et médiatiques des XIXe et XXe siècle (littérature populaire et de masse, presse, cultures de jeunesse), et des relations entre culture matérielle et médiatique. Il dirige la revue Belphégor, spécialisée dans les cultures médiatiques et la littérature populaire.
Secrétaire de l’association des chercheurs en Littérature Populaire et Culture Médiatique (LPCM), il a présidé l’Association des chercheurs sur les livres et objets culturels de l’enfance (AFRELOCE) qui réunit des chercheurs appartenant à de nombreuses disciplines, et travaillant sur les objets culturels de l’enfance: livres et littérature pour enfants; produits des industries culturelles (imagerie, presse, jouets, jeux de société, jeux vidéo, multimédia, dessins animés); objets élaborés par les sociétés traditionnelles (contes, comptines, chansons, jouets et jeux). Membre du projet européen "EPOP" ("Popular Roots of European Culture", 2008-2010), il a contribué à de nombreux programme de recherche financés par l'ANR: "Histoire de la traduction" (2008-2011), "Mame" (2008-2011), "Médias 19" (2010-2014), "Anticipation" (2014-2017). Depuis cette année, il participe au projet "Légipop".


Ofra LÉVY: Étudier les motifs générateurs de best-sellerisation en littérature
Young Adult
Depuis la fin du XXe siècle, le phénomène de la littérature de l'imaginaire pour jeunes-adultes fait beaucoup parler de lui. Et pour cause: transcendant les frontières de ses précurseurs — les pays anglo-saxons — il s'est propagé en France et représente un véritable segment de marché. Il est certes difficile à distinguer par ses genres multiformes aux frontières poreuses et par le public auquel il est dédié – qui est difficilement identifiable — mais il représente un phénomène bien réel, plaçant cette littérature comme une des plus populaires de l'édition française. Cette intervention aura pour objectif de présenter dans les grandes lignes la best-sellarisation d'une littérature relativement récente. Puis nous tenterons de distinguer les sagas les plus populaires en France en se reposant sur une méthodologie et des angles d'approche qui augurent raisonnablement de résultats tangibles.

David MARTENS: La fabrique publicitaire d'un best-sellers: que dire des lectures dans l’entre-deux-guerres?
L’entre-deux-guerres est une période charnière dans l’histoire du Best-seller en France. Véritable âge d’or de l’édition littéraire française, ces deux décennies voient de nombreux auteurs toucher un public sans précédent, notamment grâce à l’entremise de la publicité. Au sein des oubliés de cette période florissante, qui a notamment vu l’émergence d’un éditeur tel que Grasset, aux pratiques marchandes inaccoutumées et parfois considérées comme choquantes, Maurice Dekobra figure parmi l’un des principaux auteurs à succès. Il s’agira de s’interroger sur la manière dont est présenté cet écrivain dans les publicités destinées à assurer la promotion de ses œuvres, publiées par La Baudinière. Quel est le discours tenu sur son œuvre? Quelle est la part de son image en tant qu’auteur à succès? Quelle place est donnée aux images, notamment celles de l’écrivain?

David Martens enseigne la littérature française et francophone moderne et contemporaine à l’Université catholique néerlandophone de Louvain. Membre du groupe de recherche MDRN, il s’intéresse à la construction de l’image des écrivains et tout particulièrement à la question de la pseudonymie. Il est l’auteur de plusieurs articles et quelques livres à ce sujet.
Il assure actuellement la direction d’un projet de recherche du Fonds de la recherche scientifique (FWO), intitulé "La Fabrique du patrimoine littéraire" et dédiée à l’étude de collections de monographies de poche illustrées et consacrées aux écrivains. Il est également l’un des directeurs du site d’expositions en ligne "Littératures modes d’emploi" (www.litteraturesmodesdemploi.org) et rédacteur en chef de la revue Interférences littéraires.


Michel MURAT: Utile dulci: le best-seller comme aide à la résilience
Si nous admettons l’idée que le best-seller c’est ce que les gens lisent, nous devons nous demander ce qu’ils y trouvent. Les réponses convergent autour de trois formules: la résilience, le développement personnel, la projection empathique. La résilience, comme dominante éthique et comme matrice narrative, celle de l’échec (du deuil, du handicap) devenant source du succès; le développement personnel, comme finalité de la lecture et gage de l’utilité du divertissement; la projection empathique comme vecteur communicationnel, via l’investissement des personnages. À cela s’ajoute une dimension fantastique, faisant irruption ou se glissant dans le quotidien car ces histoires conservent le tragique de la vie, mais le compensent ou le réparent: c’est le pouvoir de la fiction. Une telle proposition ouvre la discussion avec le livre d’Alexandre Gefen, Réparer le monde, qui définit cette aide à la résilience comme "l’ambition de la littérature d’aujourd’hui".

Michel Murat est professeur de littérature française à l’Université Paris-Sorbonne, où il a dirigé l’UFR de Littérature française et comparée, et créé l’équipe de recherche vingtiémiste, ainsi qu'à l’École normale supérieure, dont il a dirigé le département "Littérature et langages". Ses travaux ont porté sur Julien Gracq, sur l’histoire des formes poétiques, sur le surréalisme, plus récemment sur l’histoire littéraire et le romanesque des lettres.
Publications:
"Le Rivage des Syrtes" de Julien Gracq. Étude de style, José Corti, 1983.
L'Enchanteur réticent. Essai sur Julien Gracq, (Belfond, 1991), José Corti, 2004.
Robert Desnos. Les grands jours du poète, José Corti, 1988.
L'Art de Rimbaud, José Corti, 2002 (rééd. augmentée, José Corti, 2013).
Le "Coup de dés" de Mallarmé. Un recommencement de la poésie, Belin, 2005.
Le Vers libre, Champion, 2008.
Le Surréalisme, Le Livre de Poche, 2013.
La Langue des dieux modernes, Classiques Garnier, 2013.
Le Romanesque des lettres, José Corti, 2018.
Le best-seller, FIXXION, n°15, décembre 2017, numéro dirigé par Michel Murat, Marie-Eve Thérenty et Adeline Wrona (en ligne).

Charline PLUVINET: Spécularité des romans
best-sellers: que nous disent les best-sellers de la littérature?
Un succès littéraire massif tend souvent à être considéré comme un signe négatif quant à sa qualité littéraire et crée une suspicion sur l’œuvre. À l’inverse une œuvre exigeante et recherchée semble se reconnaître au fait qu’elle ne touche qu’un public restreint, payant le prix de sa nouveauté et de sa réussite par la méconnaissance de son époque. Or cette vision par trop binaire, liée à un idéalisme littéraire, peut être mise à l’épreuve en étudiant des romans de grande diffusion qui se distinguent par une dimension spéculaire, telle la représentation de l’écrivain et de la création littéraire dans la fiction romanesque, souvent distinguée comme un critère de littérarité pour le roman du XXe siècle et contemporain. En effet, la fictionnalisation de l’auteur et de la littérature engage une réflexion sur la littérature, ses pouvoirs et ses fins, que l’on ne s’attend pas nécessairement à trouver dans des œuvres devenues best-sellers: cette dynamique romanesque semblerait moins susceptible d’intéresser un public large. Or, lorsque l’on regarde les meilleures ventes de livres français des dix dernières années, il apparaît d’une part que plusieurs romans qui mettent en scène des écrivains se retrouvent dans les 30 livres de l’année (La carte et le territoire de Michel Houellebecq en 2010, La vérité sur l’affaire Harry Quebert de Joël Dicker en 2012, mais aussi L’Ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon en 2006 ainsi que le reste de la trilogie). D’autre part, des romanciers dont les livres se vendent régulièrement à plus de 200 000 exemplaires (ainsi habitués au succès) ont aussi composé des fictions où un romancier est le protagoniste principal et qui mettent en scène l’écriture d’un livre: La Fille de papier de Guillaume Musso (2010) et Elle & Lui de Marc Lévy (2015). Que peuvent nous dire de la littérature ces best-sellers particuliers? Ces romans sont-ils des best-sellers malgré leur dimension spéculaire ou aussi grâce à elle, exploitant peut-être un certain effet de mode?

Charline Pluvinet est maîtresse de conférences en littérature comparée à l’Université Rennes 2 et membre du Groupe Phi au sein du CELLAM. Ses travaux portent sur les représentations de l’auteur dans la fiction romanesque contemporaine, la mise en scène de soi, les postures auctoriales ainsi que la mise en jeu de l’autorité de l’auteur.
Publications:
Fictions en quête d’auteur, PUR, 2012.
Pour un récit transnational. La fiction au défi de l’histoire immédiate (
co-dirigé avec Yolaine Parisot), PUR, 2015.

Christelle REGGIANI: Y a-t-il une poétique du best-seller?
Si l’association du terme de poétique à celui de best-seller semble à première vue relever du paradoxe, le retour à l’acception étymologique — en l’occurrence grecque — de la première de ces deux catégories dissout toutefois la contradiction: l’idée d’une fabrique du best-seller répond, de fait, à la définition toute commerciale de celui-ci par l’élaboration de règles, voire de recettes, censées présider à sa composition pour en garantir la diffusion. C’est cette hypothèse, volontiers avancée par la critique, que l’on se propose de mettre à l’épreuve d’un vaste corpus français et étranger — cependant restreint, pour des raisons méthodologiques, au champ de la fiction.

Christelle Reggiani est professeure de stylistique française à l’Université Paris-Sorbonne.
Publications:
Rhétoriques de la contrainte. Georges Perec, l’Oulipo, Saint-Pierre-du-Mont, Éditions InterUniversitaires, 1999.
Éloquence du roman. Rhétorique, littérature et politique aux XIXe et XXe siècles, Genève, Droz, 2008.
L’Éternel et l’Éphémère. Temporalités dans l’œuvre de Georges Perec, Amsterdam-New York, Rodopi, 2010.
Poétiques oulipiennes. La contrainte, le style, l’histoire, Genève, Droz, 2014.
Relire Perec (dir.), colloque de Cerisy, Presses Universitaires des Rennes, 2017.
Elle a également dirigé l’édition des Œuvres de Georges Perec dans la "Bibliothèque de la Pléiade" des éditions Gallimard (2017).

Marie-Eve THÉRENTY
Professeur de littérature française à l’Université de Montpellier III, elle dirige le centre de recherche RIRRA 21 (représenter, inventer la littérature, du romantisme à l’aube du XXIe siècle). Elle est co-responsable du projet franco-québécois "Medias19" consacré à l'étude de la culture médiatique au 19e siècle et en tout premier lieu au journalisme,. Ses thèmes des recherches sont la presse, l’édition et littérature, l’imaginaire des sociétés médiatiques, la théorie de l’histoire littéraire; la prose du XIXe siècle, les romans urbains et les questions de gender. Si ces recherches portent généralement sur le XIXe siècle, elle s’intéresse depuis quelques années aussi au XXe siècle et à la littérature contemporaine dans le cadre d’une poétique des supports.

Avec le soutien
de l'Université Bordeaux Montaigne,
de l'Université de Paris Nanterre,
de l'Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3,
de la Fondation Khôra - Institut de France,
de la SOFIA
et de la Fondation d'entreprise La Poste

Fondation d'entreprise La Poste Sofia