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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2018 : un des colloques


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Flyer GOETHE : L'ACTUALITÉ D'UN INACTUEL
Mise à jour
03/04/2018
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DU LUNDI 20 AOÛT (19 H) AU LUNDI 27 AOÛT (14 H) 2018

( colloque de 7 jours )

DIRECTION : Christoph KÖNIG, Denis THOUARD, Heinz WISMANN

ARGUMENT :

Le nom de Goethe est célèbre et on mesure son importance, mais sans le lire vraiment. L’œuvre se présente au lecteur comme un cosmos inaccessible. L’observateur perspicace de son temps fut aussi résolument étranger à son époque et fut constamment perçu comme parfaitement inactuel. Il faut d’abord pénétrer, au moyen d’une lecture insistante, dans le monde de ses œuvres et dans leur idiosyncrasie pour découvrir leur actualité. De grands lecteurs tels que Nietzsche, Freud, Gide, Benjamin et Kafka se sont nourris, en actualisant son œuvre, de l’inactualité systématique de Goethe. C’est à cette figure de créativité que sera consacré le présent colloque. L’œuvre de l’âge mûr — le Divan occidental-oriental, les Années de voyage de Wilhelm Meister et le Faust. Deuxième partie — occupera une place centrale: Goethe retourne cette créativité contre ses propres œuvres et leur confère une dimension fortement réflexive. Comment Goethe a-t-il pu échapper à son propre classicisme? Comment, ayant édifié sa propre statue, Goethe parvient-il à y échapper, à se réinventer autrement dans son œuvre tardive, devenant peut-être un "second auteur" à l’ombre du premier? Les discussions interrogeront la figure de ce Goethe méconnu, encore sous-estimé et pourtant plus porteur d’avenir que l’icône du classicisme weimarien.

Les intervenants ayant particulièrement étudié ces aspects négligés de l’œuvre, seront attachés à faire apparaître les résonances actuelles de celle-ci, dans ses aspects scientifiques, sa distance instruite avec la philosophie, mais aussi dans son ouverture aux littératures du monde, dont il fut le pionnier, et dans la réinvention de la figure de l’auteur.

CALENDRIER PROVISOIRE :

Lundi 20 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 21 août
Le deuxième auteur
Matin:
Andreas KABLITZ: La religion de Faust
Christoph KÖNIG: Le statut d’auteur second comme procédé poétique dans la Nuit de Walpurgis classique

Après-midi:
Atelier de lecture, avec Edith Anna KUNZ: Carnaval - une fois de plus (Faust II, acte I [surtout "Kaiserliche Pfalz. Saal des Thrones" et "Mummenschanz"])

Ernst OSTERKAMP: Préludes. La poésie tardive de Goethe et le monde imagé de Faust


Mercredi 22 août
Science, philologie, histoire, philosophie
Matin:
Joel LANDE: Goethe, les couleurs et l'antiquité
Eli FRIEDLANDER: Goethe et Benjamin: de la Nature à l’Histoire

Après-midi:
Mildred GALLAND-SZYMKOWIAK: Symbole et nature

Atelier de lecture
, avec Michael FORSTER

Soirée:
Élégies croisées. Lectures d'extraits de Bessette et de Goethe, suivies d'une discussion (avec le colloque en parallèle "Hélène Bessette: l'attentat poétique")


Jeudi 23 août
La forme moderne des œuvres
Matin:
Bernhard FISCHER: Un roman tiré des archives (Les Années de voyage de Wilhelm Meister)
Anne LAGNY: Le théâtre dans l’œuvre tardive
Kirk WETTERS: "Voici venu le temps de l‘unilatéralité". Spécialisation, différenciation et métier dans Les Années de voyage de Wilhelm Meister

Après-midi:
DÉTENTE


Vendredi 24 août
Prises de position et autoréflexion
Matin:
Beatrice GRUENDLER: La poésie arabe comme tradition du Divan occidental-oriental
Denis THOUARD: Du vieillissement

Après-midi:
Werner WÖGERBAUER: Les Élégies romaines. Sur l’autoréflexion dans les poèmes

Atelier de lecture, avec Anne BAILLOT: Faire œuvre? Lectures de lettres entre Goethe et ses correspondants éditoriaux


Samedi 25 août
Critique historique des interprétations
Matin:
Michael WOLL: Potentiel pour la poésie du XXe siècle
Alexandra RICHTER: La métamorphose comme paradigme philosophique: Walter Benjamin, lecteur des écrits scientifiques de Goethe

Après-midi:
Roland KREBS: La Réception de Goethe en France dans les années 1930 et aujourd'hui


Dimanche 26 août
La langue de la traduction
Matin:
Michele COMETA: Du nouveau sur Goethe et la littérature universelle
Michael LACKNER: La langue de Goethe et des traductions allemandes des textes chinois

Après-midi:
Heinz WISMANN: Goethe et Diderot

Atelier de lecture, avec François THOMAS: Goethe, penseur de la traduction

Soirée:
Goethe en musique, avec Julien SEGOL (chant) et Kunal LAHIRY (piano)


Lundi 27 août
Conclusion
Matin:
Dialogue entre Adolf MUSCHG et Christoph KÖNIG

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Michele COMETA: Du nouveau sur Goethe et la littérature universelle
Il faut relire les pages de Goethe sur la Weltliteratur (littérature mondiale) pour poser correctement les coordonnées théoriques d’une réflexion actuelle sur la littérature à l’époque de la globalisation et, plus exactement, sur la "vocation migratoire" de la littérature. Les notes éparses de Goethe affrontent le problème aux commencements du phénomène de la globalisation. Ces réflexions ont préparé la constitution d’un canon transnational, mais aussi tous les types de "résistance" rendus nécessaires pour affronter les différentes formes de nationalisme allemand apparues entre le romantisme et le national-socialisme. Goethe ne cache pas son intention de prendre en compte avant tout sa propre "situation" culturelle et de la faire interagir avec le contexte européen et extra-européen. Le caractère inévitable de cette confrontation est pour lui d’autant plus clair qu’il se dit convaincu "qu’une littérature universelle est en train de se former", comme on peut lire dans Art et Antiquité (Kunst und Altertum), la revue du classicisme allemand, ce qui induit une confrontation à l’autre qui n’a rien de "pacifique". Goethe a bien une vision "agonale" du contact entre les littératures. Il ne se cache pas l’âpreté et la conflictualité de cette confrontation dans laquelle, entre autres, "la littérature allemande a beaucoup à perdre".

Michele Cometa est professeur d'université en Littérature Comparée et Culture Visuelle à l'Université de Palerme. Il a consacré beaucoup d'études à la littérature et à la culture de l'époque de Goethe. Il a en outre traduit en italien l’Urfaust (1999).
Publications:
Il romanzo dell’infinito. Miti, metafore e simboli dell’età di Goethe (1990).
Il Romanzo dell’Architettura. La Sicilia e il Grand Tour nell’età di Goethe (1999).
Goethe e i Siciliani. Gli incontri segreti del viaggio in Sicilia
(1997).
L’età classico-romantica (2009).
L’età di Goethe (2009).
La scrittura delle immagini. Letteratura e cultura visuale
(2012).
Fantasmagorie. Sulla cultura visuale dell’età di Goethe (2018).

Eli FRIEDLANDER: Goethe et Benjamin: de la Nature à l’Histoire
Dans la théorie du Projet des Passages, Benjamin écrit: "... ma conception de l'origine ... est une transposition rigoureuse et décisive du concept Goethéen fondamental du domaine de la nature à celui de l'histoire. L'origine — c'est, en effet, le concept de phénomène primordial extrait du contexte païen de la nature et introduit dans le contexte juif de l'histoire". Cette conférence élabore cette transposition de concepts Goethéens, tels que le phénomène primal, la polarité et l'intensification, ainsi que la métamorphose, du domaine de la nature à celui de l’histoire. En essayant d'évaluer l'appropriation par Benjamin de la conception de la nature de Goethe pour l'histoire, nous devons considérer qu'une forme ou une méthode d'investigation est indissociable du caractère du domaine qu'elle ouvre. L'idée de Goethe du primordial ou de l'original n'est pas accidentellement liée à la présentation des formes de la nature vivante. Ainsi, dans la mesure où Benjamin cherche à reprendre le concept de phénomène primordial de Goethe pour l'investigation de l'histoire, cela impliquerait que l'histoire renferme une dimension de nature primale, ou qu’elle est un champ dans lequel la nature vivante se manifeste. Même si nous établissons finalement, à la suite de Benjamin, une distinction entre nature et histoire, il serait nécessaire de faire ressortir la manière dont l'histoire authentique émerge de l'existence collective naturelle, que Benjamin appelle aussi "vie pure et simple".

Eli Friedlander est professeur de philosophie à l'Université de Tel Aviv. Il enseigne l'Esthétique, Kant et le Kantisme, Wittgenstein et la philosophie du langage.
Publications récentes:
Walter Benjamin: A Philosophical Portrait, Cambridge: Harvard University Press, 2012.
Expressions of Judgment: An Essay on Kant’s Aesthetics. Harvard University Press, 2016.
"The Higher Intuitability of History", in Walter Benjamin’s Arcades Project, Dibur, January 2017.
"Wittgenstein, Benjamin and Pure Realism", in Wittgenstein and Modernism, eds. Karen Zumhagen-Yekple and Michael le Mahieu, Chicago University Press, 2017.
"Common Sense: Between Systematicity and Community", in Mathew Altman (ed.), Palgrave Kant Handbook, 2017.
"Benjamin on Photography and Fantasy", in special issue of Critical Horizons, (ed.) Alison Ross, October 2017.


Beatrice GRUENDLER: La poésie arabe comme tradition du Divan occidental-oriental
Dans cette contribution, on présentera l’engagement de Goethe à propos de la littérature arabe à partir de surtout de son Westöstlicher Divan en portant attention au traitement qu'il fait de la poésie arabe préislamique, de sa manière de traduction et d'adaptation de cette poésie et de son étude du monde littéraire arabe.

Beatrice Gruendler (PhD Harvard University, 1995) has been Professor of Arabic at the Freie Universität Berlin since 2014. She has also taught at Yale University (1996–2014) and Dartmouth College (1995–96). She was awarded the Leibniz-Prize 2017, the most important distinction for researchers in Germany. Her main areas of research are the development of the Arabic script, classical Arabic poetry and its social context, the integration of modern literary theory into the study of Near Eastern literatures, and early Islamic book-culture (ninth century AD) viewed from the perspective of media history, and the interaction of classical Arabic literature with other premodern literatures.
Publications:
The Development of the Arabic Scripts: From the Nabatean Era to the First Islamic Century (1993, Arabic trans. 2004).
Medieval Arabic Praise Poetry: Ibn al-Rūmī and the Patron’s Redemption, (2003).
As editor and translator:
The Life and Times of Abū Tammām (Akhbār Abī Tammām) by Abū Bakr Muhammad ibn Yaḥyā al-Ṣūlī (2015).
As contributing co-editor:
Understanding Near Eastern Literatures: A Spectrum of Interdisciplinary Approaches (2000).
Writers and Rulers:
Perspectives from Abbasid to Safavid Times (2004).
And, as contributing editor:
Classical Arabic Humanities in Their Own Terms (2007).


Christoph KÖNIG: Le statut d’auteur second comme procédé poétique dans la Nuit de Walpurgis classique
Dans le second Faust, Goethe se réfère à la fois à ses propres œuvres antérieures et à des traditions mythologiques qu’il se réapproprie. Le statut d’auteur second est la marque de sa production poétique. Dans la distance ainsi créée, il renseigne sur le sens qui se constitue, sur un mode réflexif. Il s’agit dans tous les cas de maîtriser une diversité étrangère. Cependant, les procédés de reprise ne visent pas la construction philosophique d’une totalité; ils créent à chaque fois un tout philologique dans le matériau langagier. La Nuit de Walpurgis classique est en ce sens pratique et critique: elle relève d’une tradition de critique savante au sujet de laquelle Goethe prend position dans la première partie du deuxième acte, consacrée à l’érudition. À partir de cet arrière-plan, on se demandera dans quelle mesure le principe philologique qui fait de lui un auteur second garantit sa liberté poétique.

Christoph König est professeur de littérature allemande à l’université d’Osnabrück. Il a été fellow au Wissenschaftskolleg de Berlin en 2008-2009 ainsi qu’au Forscherkolleg "Fate, Freedom and Prognostication" de l’Université d’Erlangen en 2011/12. Il est membre du PEN. Il est directeur de la revue Geschichte der Germanistik (Wallstein Verlag Göttingen) et a édité de nombreuses  correspondances, collections de livres et recueils.
Publications:
Hofmannsthal. Ein moderner Dichter unter den Philologen (2001, 2 ème édit. 2006).
Internationales Germanistenlexikon 1800 – 1950 (2003, 3 vol., CD - ROM).
Engführungen. Peter Szondi und die Literatur (2004, 2 ème édit. 2005).
Häme als literarisches Verfahren. Günter Grass, Walter Jens und die Mühen des Erinnerns (2008).
La philologie au présent. Pour Jean Bollack (éd. en collaboration avec Denis Thouard) (2009).
"O komm und geh". Skeptische Lektüren der "Sonette an Orpheus" von Rilke (2014).
L’intelligence du texte. Rilke – Celan – Wittgenstein (2016).

Roland KREBS: La réception de Goethe en France dans les années 1930 et aujourd'hui
On constate dans les années 1930 un regain d’intérêt pour Goethe. Les traductions se multiplient, en particulier dans la collection des classiques bilingues de Fernand Aubie ainsi que les études. La première raison de cet engouement est liée au centenaire de sa disparition en 1932, dont la commémoration donna lieu au célèbre numéro de la NRF: Hommage à Goethe (André Gide, Thomas Mann, Denis de Rougemont...). Mais le contexte historique joue aussi un rôle dans cette renaissance. Après la période de rapprochement franco-allemand succédant aux accords Stresemann-Briand, l’horizon s’assombrit de nouveau vers 1930 (crise économique et montée du national-socialisme). À une Allemagne perçue, surtout après 1933, comme agressive et menaçante, on  opposera donc l’image d’"une bonne Allemagne" humaniste et cosmopolite. Quelle autre figure des lettres allemandes pouvait mieux incarner ces valeurs et la notion de littérature universelle que le créateur de Faust? Qu’en est-il de nos jours? Goethe peut-il toujours servir de référence? Sa pensée et son écriture ont-elles trouvé une nouvelle actualité?

Roland Krebs est professeur de littérature allemande classique et romantique à Paris-Sorbonne (émérite).
Publications sur Goethe:
Monographie: Johann Wolfgang Goethe, Belin, 2010, coll. "Voix allemandes".
Les Affinités Électives, présentation, notes, chronologie, bibliographie, Paris, Garnier-Flammarion, 2009.
La vocation théâtrale de Wilhelm Meister, édition critique, Classiques Garnier, 2015.


Joel LANDE: Goethe, les couleurs et l'antiquité
Le rapport de Goethe avec les théories classiques des couleurs comme celles développées par Aristote et ses disciples est au centre de cette communication. En effet, son Traité des couleurs entretient une relation complexe aussi bien avec la théorie de la perception développée par Aristote dans le livre II du De Anima qu’avec les observations composant le traité De Coloribus attribué à Aristote (Pseudo-Aristote). Goethe a en particulier une utilisation surprenante de l’idée que les hommes perçoivent le monde, non comme un ensemble de formes, mais, en premier lieu et surtout, comme un ensemble de contrastes colorés. Cette contribution discute la question de sa conception des sciences naturelles qui repose, dans les conditions d’expérimentation moderne, sur la tentative de réconciliation de la relation entre l’observation scientifique et l’expérience immédiate qu’il appréciait particulièrement chez les Grecs. Zur Farbenlehre est une monumentale histoire des sciences dans laquelle il essaye, d’une part, d’expliquer le clivage entre sciences et vécu qui s’est fait jour dans le monde moderne et, d’autre part, de trouver des moyens de le dépasser.

Ernst OSTERKAMP: Préludes. La poésie tardive de Goethe et le monde imagé de Faust
L’exposé développera la thèse selon laquelle des ébauches d’éléments centraux, de la seconde partie de la tragédie de Faust, sont poétiquement préparés dans la poésie tardive de Goethe, comme on peut le voir notamment dans certains poèmes du Divan occidental-oriental et l’Élégie de Marienbad. On se concentrera sur des exemples regardant particulièrement les IIIe et Ve actes du Second Faust.

Ernst Osterkamp, studierte in Münster Germanistik, Sozialwissenschaften und Philosophie. Von 1992 Professor für Neuere deutsche Literatur an der Humboldt-Universität zu Berlin. 1999/2000 Getty scholar am Getty Research Institute, Los Angeles. 2003/04 Fellow der Carl Friedrich von Siemens Stiftung, München. 2010 Aby Warburg-Professur der Aby-Warburg-Stiftung, Hamburg. Ordentliches Mitglied der Akademie der Wissenschaften und der Literatur, Mainz, der Berlin-Brandenburgischen Akademie der Wissenschaften und der Deutschen Akademie für Sprache und Dichtung. Seit Oktober 2017 Präsident der Deutschen Akademie für Sprache und Dichtung.
Bibliographie:
Im Buchstabenbilde. Studien zum Verfahren Goethescher Bildbeschreibungen. Stuttgart: Metzler 1991. (442 S., 29 Abb.)
Wechselwirkungen. Kunst und Wissenschaft in Berlin und Weimar im Zeichen Goethes. Hg. von Ernst Osterkamp. Bern u.a.: Peter Lang 2002. 341 Seiten.
Einsamkeit. Über ein Problem in Leben und Werk des späten Goethe. Mainz/Stuttgart 2008 (=Akademie der Wissenschaften und der Literatur, Mainz. Abhandlungen der Geistes- und sozialwissenschaftlichen Klasse. JG 2008. Nr. 1).
Goethe et l´art. Sous la direction d´Andreas Beyer et Ernst Osterkamp. Paris: Éditions de la maison des sciences de l´homme 2014 (Passages/Passagen Band 48). 2 Bde., 421, 537 S.
"Goethe et la peinture française". In: Goethe et la France. Sous la direction de Jacques Berchtold. Ausstellungskatalog Fondation Martin Bodmer. Cologny (Genève) 2016, S. 172-177.


Alexandra RICHTER: La métamorphose comme paradigme philosophique: Walter Benjamin, lecteur des écrits scientifiques de Goethe
Dans le dernier chapitre de sa dissertation consacrée au Concept de critique esthétique dans le romantisme allemand, chapitre qu’il qualifia de "postface ésotérique destinée à ceux à qui j’aurais à la communiquer comme un mien travail", Walter Benjamin affirme: "Aujourd’hui encore, cet état de la philosophie allemande de l’art, tel qu’il se présente, autour de 1800, dans les théories de Goethe et des premiers romantiques, est légitime". Cette contribution propose de placer les travaux de Benjamin dans le contexte de "l'actualité" des écrits goethéens sur la métamorphose dans les années 1920 (Vladimir Propp, Morphologie du conte, 1926; André Jolle, Formes simples, 1923/1930;  Ludwig Wittgenstein, Remarques sur "Le rameau d´or" de Frazer, 1931; Oswald Spengler, Déclin de l´Occident. Esquisse d'une morphologie de l'histoire universelle, 1918/1922) et de montrer comme cette théorie "inactuelle" au moment de sa parution retrouve une postérité plutôt inattendue, notamment parmi les philosophes.

Alexandra Richter, enseignant-chercheur à l´Université de Rouen (http://eriac.univ-rouen.fr/author/alexandra-richter/), est boursière de la fondation Humboldt avec un projet de recherche sur les  archives de Walter Benjamin (Akademie der Künste) à Berlin. Doctorat à Paris-IV en 2003: "La pensée en archipel. Goethe face à la philosophie".
Publications:
Walter Benjamin, Le concept de critique esthétique dans le romantisme allemand. Œuvres et inédits, édition critique intégrale, tome 3, Texte traduit de l’allemand par Philippe Lacoue-Labarthe et Anne-Marie Lang, Appareil critique traduit de l’allemand par Alexandra Richter, Fayard, Paris, 2009.
Le coach de Goethe. Conseil et médiation dans Les Affinités électives, coll. "Actes académiques", Riveneuve, 2014.
"Goethes "Arbeit am Mythos": eine semiologische Lektüre des Festspiels Pandora", in Pandora. Zur mythischen Genealogie der Frau, p. 131-140, Heidelberg, 2012.
"Des roches et des nuages. Le Voyage en Italie de Goethe", Actes du colloque Seuils & Traverses 4, Faculté des Lettres, Ankara, 2004.


Denis THOUARD: Du vieillissement
Goethe a pu — en raison de son succès précoce — regarder son œuvre se faire, mais aussi contempler son œuvre faite. Que faire, quand l’œuvre est faite? Comment résister au sort qui paraît vouer tout langage à l’insignifiance? Comment continuer à dire quand on a déjà peut-être tout dit? Cette première question engage une réflexion sur le langage. La poésie peut-elle échapper au dépérissement du langage, qui efface inexorablement l’individualité? Une reprise, une refonte de ses propres œuvres est-elle envisageable ? La série des reprises engagées le laisserait penser: Second Faust, Années de voyage, voire le Divan. Goethe fut confronté à sa propre monumentalisation, par lui-même voulue: c’était le programme du classicisme de Weimar. Il chercha aussi à y échapper. Par là se posait pour lui la question de la temporalité des œuvres, de leur caducité. Les œuvres de langage peuvent-elles se rajeunir grâce à la poésie? Ou bien donnent-elles l’exemple même de la résignation? Les œuvres d’art plastiques sont non moins périssables, sujettes au temps. Le regard porté sur le Cenacolo de Milan à partir d’une étude sur le livre de Giuseppe Bossi (Milan, 1810) sur cette fresque lui permet de formuler cette préoccupation et de réfléchir à la question connexe de la restauration des œuvres (Abendmahl von Leonardo da Vinci zu Mailand, WA I, 49, 1, 199-248 et Observations on Leonardo da Vinci’s celebrated picture of the Last Supper by Goethe, WA I, 49, 1, 249252). La méditation tardive de Goethe, sa constitution d’un Spätstil, sa résignation devant le langage conventionnel en même temps que son souci d’échapper en refaisant ou prolongeant ses œuvres, à l’image convenue qu’il risquait de donner de lui-même, voilà ce qui constitue l’objet de l’exposé. Le thème de la résignation y vient dire l’aboutissement d’une philosophie du langage encore trop inaperçue.

Denis Thouard (CNRS), philosophe, a consacré ses travaux au romantisme allemand et à la question de l'herméneutique.
Parmi ses dernières publications:
Le partage des idées (2017).
Herméneutique critique. Bollack, Szondi, Celan (2012).
L'interprétation. Un dictionnaire philosophique (2015, avec Christian Berner).
Et toute langue est étrangère. Le projet de Humboldt (2016).
Pourquoi ce poète? Le Celan des philosophes (2016).


Kirk WETTERS: "Voici venu le temps de l‘unilatéralité". Spécialisation, différenciation et métier dans les Années de voyage de Wilhelm Meister
Dans un essai de 2017, "Who cares about Society? Souci et réification dans les Années de formation de Wilhelm Meister de Goethe", j’ai considéré le rôle social des symboles dans Wilhelm Meister. Leur circulation symbolique advient d’abord dans le roman sous la forme surtout d’échange de cadeaux, de dons, d’œuvres d’art et d’héritages. Ces mouvements s’arrêtent dans certains cas et reçoivent de ce fait un caractère statique et réifié. Afin de faire paraître la sémantique de la société dans ce contexte, je me suis appuyé sur la lecture du roman par Georg Lukács et, notamment, sur sa fameuse théorie de la réification, mettant ainsi en évidence le spectre des formes sociales de la réification. Je voudrais poursuivre ce questionnement en l’étendant au roman tardif que sont les Années de voyage de Wilhelm Meister ou les résignés. Dans cette poursuite de l’histoire de la vie de Wilhelm, les aspects négatifs de la réification sont encore davantage mis en relief, surtout en rapport avec l’unilatéralité prévalant dans une société différenciée: dans l’éducation, la vie professionnelle, l’art et la science. En ces domaines, la réification de l’homme est le produit de la société; elle est internalisée par le sujet réifié sous la forme du renoncement. En contrepoint, le memento vivere ("pense à vivre !") des Années d’apprentissage se mue en principe et activité du voyage. Renonçant à la sédentarité du foyer bourgeois, le voyage signifie la possibilité d’une transformation sociale au-delà de la conscience réifiée.

Michael WOLL: Potentiel pour la poésie du XXe siècle
Une histoire de la réception poétique de la poésie de Goethe et du Divan occidental-oriental peut être établie à partir de deux principes différents. D’un côté, on peut simplement recueillir les références et allusions dans les œuvres des époques suivantes; le résultat serait une représentation de la popularité de Goethe au fil du temps. De l’autre côté, il y a la possibilité de chercher le potentiel des poèmes du Divan, auquel les lecteurs-poètes de Goethe pouvaient succéder. Suivant cette deuxième approche, cette communication montrera, à partir de quelques exemples, comment des poètes comme Hugo von Hofmannsthal ou Rainer Maria Rilke — dans la réflexion de leur langue, dans leur pensée poétique, ou bien dans leur emploi des genres littéraires — ont profité des options qui avaient été créées par la poésie de Goethe. En ce sens-là, l’histoire de la réception fait partie de l’interprétation: dans l’analyse des lectures postérieures, on peut découvrir le potentiel créatif de la poésie lyrique du Divan.

ATELIERS DE LECTURE :

Anne BAILLOT: Faire œuvre? Lectures de lettres entre Goethe et ses correspondants éditoriaux
Après une toute première expérience de publication qui le laissa sans contrôle sur son manuscrit d'ouvrage, Goethe a été sur ses gardes vis-à-vis des éditeurs toute sa vie, passant le plus souvent par le truchement de tiers, quand il n'exigeait pas que les éditeurs souscrivent à une publication les yeux fermés sans avoir même vu le manuscrit. À l'heure de construire l'œuvre de fin de vie, la question de la relation de confiance envers les éditeurs se pose de nouveau, mais de manière différente de celle dont il usait lorsqu'il s'agissait de placer un ouvrage ou un autre. Cet atelier de lecture éclairera, notamment à partir des correspondance avec Cotta avec Zelter, le retour sur le faire-œuvre qui s'opère dans les dernières années de Goethe et de la place qu'y jouent les éditeurs. La réflexion portera également sur le rôle de la correspondance dans la constitution à la fois de l'œuvre et de l'identité d'écrivain.
Bibliographie:
Bernhard Fischer, Johann Friedrich Cotta, Verleger-Entrepreneur-Politiker, Göttingen, 2014.


Anne Baillot s'est attelée au rôle pivot de Goethe dans la réception des travaux de ses contemporains dès son tout premier article de recherche. Elle a poursuivi une thèse sur le romantisme où elle s'est penchée sur des aspects philologiques et philosophiques, rencontrant encore bien souvent le maître de Weimar, pour se tourner ensuite vers les réseaux intellectuels berlinois au début du XIXe siècle, où là encore, Goethe a joué un rôle proéminent. Dans son inédit d'habilitation, elle a esquissé une histoire intellectuelle des relations entre éditeurs et écrivains en Allemagne, où, une fois de plus, la figure du maître n'était autre que celle de Goethe.
En savoir plus: http://3lam.univ-lemans.fr/fr/membres/enseignants-chercheurs/baillot-anne.html


Edith Anna KUNZ: Carnaval - une fois de plus (Faust II, acte I [surtout "Kaiserliche Pfalz. Saal des Thrones" et "Mummenschanz"])
Dans le premier acte de la deuxième partie de son "Faust", Goethe met en œuvre, dans la scène "Mummenschanz" qu'il termine en 1828, un fabuleux cortège de masques. Il s'y réfère à des textes antérieurs portant sur le complexe thématique du carnaval et du défilé masqué. "Le Carnaval romain" (1789), les défilés de masques pour la cour de Weimar (1781-1818) et la deuxième partie de "Faust" s'avèrent être un réseau productif dans le processus d'écriture de Goethe. Dans des constellations toujours nouvelles qui se forment et se transforment, Goethe représente le monde du carnaval qui le préoccupe durant presque cinq décennies. Dans cette période, on peut constater — ainsi que dans ses Écrits morphologiques et en relation avec ceux-ci — une transformation profonde de l'esthétique de ses textes.

Edith Anna Kunz, PD Dr. phil., privat-docent à l'Université de Saint-Gall, Vice-présidente de la "Goethe-Gesellschaft Schweiz", est titulaire d'une thèse d'habilitation sur la relation entre poésie et écrits de sciences naturelles chez Goethe.
Co-édition de plusieurs ouvrages collectifs sur Goethe:
Goethe und die Bibel (avec J. Anderegg), Stuttgart 2005.
Figurationen des Grotesken in Goethes Werken (avec D. Müller und M. Winkler), Bielefeld 2012.
Goethe als Literatur-Figur (avec  A. Honold und H.-J. Schrader), Göttingen 2016.


François THOMAS: Goethe, penseur de la traduction
Goethe a traduit toute sa vie (notamment, entre autres, le Neveu de Rameau de Diderot et des tragédies de Voltaire) et fut lui-même un auteur traduit. Les quelques textes qu’il a consacrés à l’art de traduire et au fait d’être traduit (dans ses Maximes et réflexions, lors d’un hommage rendu à Wieland, dans les Notes au Divan occidental-oriental, dans les textes sur la littérature universelle) ne proposent pas une théorie développée et ne s’inscrivent pas non plus, comme chez Herder ou Schleiermacher, au sein d’une philosophie du langage ou d’une réflexion sur l’herméneutique. Mais, tout en s’accordant avec les vues de l’époque, ils offrent une réflexion particulièrement intéressante sur les différentes manières de se rapporter aux cultures étrangères et de traduire les œuvres. Nous proposons de relire ces textes célèbres, et de relire en parallèle la scène de Faust, où Faust traduit la première phrase de l’Évangile de Jean.

François Thomas est Wissenchaftlicher Mitarbeiter au département de philosophie de l’Université de Bonn. Sa thèse (Lille, 2015) portait sur la critique des traductions françaises par les Romantiques allemands, et sur les enjeux philosophiques, éthiques et politiques de ce débat. Il a rédigé la chapitre "Traduire la philosophie" du volume de l’Histoire des Traductions en langue française portant sur les XVIIe et XVIIIe siècles (Verdier, 2014).

Avec le soutien
de la Fondation Thyssen,
de l’Université d’Osnabruck,
de l’Association "l’art de lire"
et du Centre Georg Simmel