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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2019 : un des colloques


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MAÎTRISER LE TEMPS ET FAÇONNER L'HISTOIRE
LES HISTORIENS NORMANDS
AUX ÉPOQUES MÉDIÉVALE ET MODERNE
Mise à jour
10/12/2018

DU MERCREDI 25 SEPTEMBRE (19 H) AU DIMANCHE 29 SEPTEMBRE (14 H) 2019

[ colloque de 4 jours ]

DIRECTION : Stéphane LECOUTEUX, Fabien PAQUET

COMITÉ SCIENTIFIQUE : Pierre BAUDUIN, Edoardo D’ANGELO, Alexis GRÉLOIS, Marie-Agnès LUCAS AVENEL, Christophe MANEUVRIER, Laurence MATHEY-MAILLE, Annick PETERS-CUSTOT, Elisabeth VAN HOUTS

ARGUMENT :

Dix ans après le colloque de Cerisy consacré à L'historiographie médiévale normande et ses sources antiques, nous proposons de réunir les mêmes institutions (Centre Culturel International de Cerisy, Ville d'Avranches et Université de Caen Normandie [CRAHAM et OUEN]) pour entrer, de façon plus globale, dans les cabinets des annalistes, chroniqueurs et historiens normands des époques médiévale et moderne.

La recherche d'une proximité et d'une intimité avec les auteurs vise à mieux connaître leurs méthodes de travail et ainsi mieux appréhender leurs écrits. Cette démarche est le fruit de travaux récents ou en cours, portés par des chercheurs principalement français, italiens et anglophones. Outre de nouvelles lectures des textes, il s'agira aussi de mettre en avant de récentes découvertes d'écrits historiques restés jusqu'à ce jour inédits.

La perspective du colloque sera large: les textes étant sans cesse repris, recopiés, réécrits, traduits et connus par des traditions postérieures à leur écriture, les confronter sur le long terme est indispensable. On ne traitera pas, en outre, de la seule Normandie mais bien de l'ensemble des lieux d'implantation de Normands (en France, dans les îles Britanniques et en Méditerranée, mais aussi en Afrique et en Amérique), de l'an mil jusqu’au XVIIIe siècle. Sont ainsi compris sous l'appellation large d'"historiens normands" tous les auteurs d'origine normande ou actifs en Normandie qui ont produit des textes à caractère historique. On pourra comparer leurs travaux à ceux d'auteurs extérieurs aux mondes normands mais traitant de ceux-ci.

En cela, ce colloque complètera celui organisé par Pierre Bauduin et Edoardo d'Angelo à Ariano Irpino en 2016, consacré aux historiographies modernes et contemporaines des mondes normands médiévaux. Il abordera également la question des silences de l'historien, thème qui a déjà fait l'objet de deux journées d'études organisées par Catherine Jacquemard et Corinne Jouanno à l'Université de Caen Normandie en 2015 et en 2016.

Dans le cadre de ce colloque, qui se tiendra principalement au Centre Culturel International de Cerisy, une exposition de manuscrits contenant des œuvres d'historiens normands, provenant de différents lieux de conservation d'Europe, sera présentée à Avranches (dans la salle du trésor du Scriptorial, de début juillet à fin septembre 2019, ainsi qu'à la Bibliothèque patrimoniale, durant les jours du colloque): une séance se tiendra sur place et des communications auront lieu dans la salle du conseil de la mairie d’Avranches.

Ce colloque pourra enfin être l'occasion d'amorcer un projet d'édition (ou de réédition) papier et/ou numérique d'une collection de sources narratives normandes. Si la réalisation d'une version normande d'un Recueil des historiens des Gaules et de la France semble aujourd'hui aussi complexe que dépassée, nous souhaitons lancer, dans un premier temps, un projet de réédition et de confrontation de l'ensemble des sources annalistiques normandes.

COMMUNICATIONS (suivies de débats) :

* Stéphane LECOUTEUX & Fabien PAQUET: Introduction

L'historien et le temps
* Edoardo D’ANGELO: Une variante rédactionnelle dans le Chronicon Beneventanum de Falcon de Bénévent
* Charlie ROZIER: Maîtriser le temps dans l'Historia ecclesiastica d'Orderic Vital
* Laura VANGONE: Les locutions de temps dans l'hagiographie normande

Écrire et traduire: la part de l'auteur
* Pierre BOUET: Les marques de subjectivités dans l'Historia Normannorum de Dudon de Saint-Quentin
* Françoise LAURENT: La conquête de la Sicile dans la Chronique des ducs de Normandie de Benoît de Sainte-Maure: décrochage chronologique et lecture de l'histoire dynastique
* Antonio TAGLIENTE: La "destruction de la seignorie de li Longobart". Écriture, exégèse et traduction de l'Ystoire de li Normant, entre princes, saints et "faux prophètes"

Histoire et politique, entre France et Angleterre
* Laura CLEAVER: Eton College MS 96 et la fabrication d'histoire
* Anne CURRY: Une chronique écrite par des soldats: College of Arms MS M 9 et la guerre de Cent Ans en Normandie au XVe siècle
* Marie-Céline ISAÏA: Méthodes documentaires, représentations du temps et projet historiographique des hagiographes normands (XIe-XIIIe siècles)
* Lydwine SCORDIA: Maîtriser le temps pour un jeune prince: le Rosier des guerres de Pierre Choinet, commandé par Louis XI pour le futur Charles VIII

L'historien face aux textes: critique et recherche du vrai — Séance au Scriptorial d'Avranches
* Christophe MANEUVRIER & Françoise VIELLIARD: Faut-il vraiment considérer la "Briev estoire del navigaige mounsire Jehan Prunaut" en Afrique comme une forgerie du XIXe siècle?
* Thomas ROCHE: Les naissances de la diplomatique en Normandie (XVIIIe-XIXe siècles)

Écrire l'histoire en milieu monastique et clérical (1)
* Isabelle GUYOT-BACHY: L'anonyme de Caen: entre histoire universelle et tropisme normand
* Benjamin POHL: La mémoire de Robert de Torigni du XIIe siècle à nos jours
* Lucile TRAN-DUC: Une entreprise mémorielle dans l’abbaye de Fontenelle au XIe siècle: l'œuvre du moine Guillaume
* Emily A. WINKLER: Wace, l'histoire anglo-normande et l'histoire de l'expérience humaine

Écrire l'histoire en milieu monastique et clérical (2): le cas cistercien
* Richard ALLEN: Écrire l'histoire dans la Normandie cistercienne (XIIe-XIIIe siècle): un premier aperçu
* Olivia BURGARD: La chronique de l'abbaye cistercienne de Mortemer (XIIe siècle)
* Alexis GRÉLOIS [sous réserves]
* Mario LOFFREDO: Et cum prius fuisset ferus et crudelis... Les Normands et Roger II dans une chronique monastique de l'âge souabe

Des écoles historiques?
* Pierre COURROUX: La topique des batailles chez les chroniqueurs Normands du XIIe siècle
* Amalia GALDI: Les Normands et l'historiographie urbaine: le Chronicon de Falcon Beneventanus
* Luigi RUSSO: L'historien en difficulté: le panorama historiographique de l'Orient normand (XIIe siècle)

* Véronique GAZEAU: Conclusions

RÉSUMÉS :

Richard ALLEN: Écrire l'histoire dans la Normandie cistercienne (XII
e-XIIIe siècle): un premier aperçu
S'il existe bien un "esprit cistercien" et une sensibilité des moines blancs à l'écrit, pour emprunter les expressions de Dominique Stutzmann, l'attention des spécialistes n'a pas toujours été assez attirée sur la production historique cistercienne. En ce qui concerne la Normandie médiévale, la production textuelle de ses maisons cisterciennes reste largement méconnue, voire peu considérée, en dépit du fait que la rédaction de certains textes historiographiques d'intérêt général — le Chronicon Valassense, le cartulaire-chronique de Mortemer, le soi-disant Chronicon Savigniacense — peut être attribuée à des abbayes normandes. Cette intervention vise donc à donner un premier tour d'horizon de cette production historiographique et à tenter de mettre en lumière les enjeux de l'écriture historique dans la Normandie cistercienne (XIIe-XIIIe siècle). L'étude des textes du genre historiographique (chroniques, annales) rédigés ou copiés par les abbayes cisterciennes normandes nous permet de répondre à plusieurs questions sur l'émergence des historiens dans le milieu cistercien, sur le rôle joué ou non par les abbés dans la production historiographique, et sur l'histoire comme outil pédagogique, surtout en ce qui concerne le comput. Il s'agit aussi de réfléchir sur l'écrit historique et les stratégies de construction identitaire, autant en ce qui concerne l'ordre cistercien que la Normandie elle-même, et sur l'écrit comme un élément de passage d'une identité individuelle à une identité collective (cette question est d'un intérêt particulier par rapport à l'abbaye de Savigny, seul chef d'ordre monastique fondé en Normandie incorporé en 1147 à l'ordre cistercien). Se pencher sur les textes historiques produits par ou pour les abbayes cisterciennes normandes est également l'occasion d'approfondir la réflexion sur les liens entre textes historiques et ceux d’autres genres (notamment diplomatique) dans le milieu cistercien.

Pierre BOUET: Les marques de subjectivités dans l'Historia Normannorum de Dudon de Saint-Quentin
Dudon de Saint-Quentin a rédigé une Historia Normannorum, qui souffre d'être une œuvre de commande. Pour son information, il bénéficia, en effet, de l'aide précieuse, mais partisane, de la famille ducale (Gonnor,  Raoul d'Ivry). Le livre comprend quatre biographies: celle d'Hasting, le chef viking sans scrupule, et celles des trois premiers ducs. Comme il le déclare dans sa préface, Dudon cherche à célébrer le lignage issu de Rollon et à montrer que l'installation de ces Vikings en Neustrie s'inscrit dans un projet providentiel. Lors du colloque, notre intention est de présenter les marques de subjectivité qui constituent une particularité de cette histoire: choix de la materia, interventions implicites et explicites de l'auteur tant dans le cours du récit historique que dans les nombreuses poésies qui scandent la narration, procédés littéraires et théologie de l'Histoire. Comment Dudon parvient-il à concilier ses exigences historiques avec ses emprunts aux modèles du panégyrique et de l'hagiographie? Telle sera une des nombreuses questions auxquelles nous essaierons de répondre.

Olivia BURGARD: La chronique de l'abbaye cistercienne de Mortemer (XIIe siècle)
La chronique de l'abbaye cistercienne de Mortemer regorge d'informations permettant de nous rapprocher de ses auteurs. Par les sources à disposition de ces derniers, telles que les chartes, mais aussi la Règle du Maître, la Bible ou encore les transmissions orales, et mises en œuvre dans la chronique, par la construction de l'histoire de l'établissement dans une volonté de mémoire, d'autorité et de légitimité, par les techniques d'écriture aussi bien matérielle que rhétorique, en témoigne l'analyse de l'intertextualité, par l'influence d'autres genres littéraires tels que les gesta abbatum, ce sont les auteurs que nous sommes en mesure d'appréhender plus finement en analysant leurs méthodes, mais aussi leur perception du monde environnant qu'il soit séculier, clérical et laïque, ou régulier. Cette chronique est un témoin d'une grande valeur en ce qu'elle met en scène une volonté de maîtriser le temps, dans la volonté de rendre actuels et toujours valides les évènements passés. Elle témoigne également d'un souhait de façonner l'histoire, en rendant celle de l'abbaye de Mortemer fidèle aux préceptes de Cîteaux autant qu'inscrite dans les temps successifs de son développement.

Olivia Burgard est actuellement étudiante en Master 2 "Histoire et Civilisations de l'Europe" à la faculté des Sciences Historiques de l'Université de Strasbourg. Son sujet de mémoire en cours est "La chronique de l'abbaye cistercienne de Mortemer (XIIe siècle), édition, traduction et commentaire.

Laura CLEAVER: Eton College MS 96 et la fabrication d'histoire
Le manuscrit 96 d'Eton College, probablement compilé à Glastonbury au milieu du XIIIe siècle, transmet un récit historique sous la forme d'un diagramme généalogique. Chaque personnage mentionné y est représenté par une petite image placée, le plus souvent, dans des médaillons. Son créateur s'est servi avant tout de l'œuvre populaire de Pierre de Poitiers, la généalogie des ancêtres du Christ, à laquelle il a ajouté les rois de Bretagne mentionnés par Geoffrey de Monmouth, les ducs de Normandie, les rois d'Angleterre et de France, les empereurs du Saint-Empire romain germanique et les papes jusqu’à Innocent IV. Une des principales sources utilisée pour la création de cet ouvrage semble avoir été la chronique de Robert de Torigni. Le manuscrit d'Eton fournit donc une preuve importante, bien qu'auparavant ignorée, que l'œuvre de Robert de Torigni était connue dans l'ouest de l'Angleterre au XIIIe siècle. Cette communication étudiera les sources textuelles utilisées dans le ms 96 d'Eton College afin d'établir la transmission des récits historiques normands en Angleterre au XIIIe siècle. Ce faisant, nous considérerons les circonstances dans lesquelles ce manuscrit a été produit. Il s'agira d'examiner comment la mise en page et les enluminures ont été utilisées afin de transformer des sources textuelles et produire cette représentation du passé à la fois inhabituelle et éminemment visuelle. Ainsi, ce travail de recherche éclairera la réception des récits historiques de Normandie dans l'Angleterre du XIIIe siècle tels qu'ils ont été intégrés au sein une tradition plus vaste et étaient illustrés.

Pierre COURROUX: La topique des batailles chez les chroniqueurs Normands du XIIe siècle
Les batailles, lieux privilégiés de la mémoire historique, sont aussi un lieu propice pour étudier les mécanismes d'emprunts et de création historique. En effet, bien plus que de donner des informations sur ce qui se passa effectivement lors d'un affrontement, les chroniqueurs médiévaux racontaient ce qui aurait dû se passer, un récit hautement idéalisé où les détails réels se trouvaient enchâssés dans une narration exemplaire (dans le sens médiéval du mot, bien proche des exempla de l'hagiographie), faite d'un mélange de copie de modèles anciens et d'imagination historique pour combler les lacunes d'une information rarement satisfaisante pour des affrontements anciens. Nous voudrions étudier le cas de plusieurs histoires des ducs de Normandie dans un large XIIe siècle: le Rou de Wace, la Chronique des ducs de Normandie de Benoît, les Gesta Normannorum Ducum de Guillaume de Jumièges et leurs continuations, et la Chronique des ducs de Normandie en prose du début du XIIIe siècle, souvent connue à travers la version dite de l'anonyme de Béthune.
Nous voudrions voir ces jeux de reprises et de démarcations à travers les récits de bataille chez ces historiens. Cette étude sera fondée sur un répertoire des topoï dans les récits de bataille des chroniqueurs médiévaux sur lequel nous travaillons actuellement à l'Université de Southampton. Elle permettra de peser les modèles utilisés, mais aussi l'originalité de chaque historien par le prisme de ses inventions historiques. À une époque où l'histoire devait avoir un sens immanent, expression de la volonté divine, ces interventions des chroniqueurs nous permettront de questionner leur manière de concevoir le sens de l'histoire.

Anne CURRY: Une chronique écrite par des soldats: College of Arms MS M 9 et la guerre de Cent Ans en Normandie au XVe siècle
Il existe dans le College of Arms à Londres une chronique inédite en francais écrite avant 1457 dans le cercle de Sir John Fastolf, un des chevaliers anglais les plus célèbres des guerres anglo-françaises du quinzième siècle. Ce texte donne beaucoup d'informations sur la guerre en Normandie 1415-29: par example, des listes des captaines des garnisons en Normandie avant l'arrivée des anglais en 1417. Cette chronique était utilisée par le grand historien anglais du XVIe siècle, Edward Hall. Deux des auteurs de la chronique étaient des soldats qui ont servi dans les garnisons anglaises en Normandie. La chronique contient beaucoup d'éléments sur la conquête de Maine (1424-7) et les liens avec la Normandie. En tout, plus de 400 français sont mentionnés par leur nom dans cette chronique, qui est la seule chronique en français connue qui était écrite pour et par les anglais. Il semble que ce texte avait pour but l'invocation pour le vieux Sir John Fastolf des années de gloire d'Henri V et du duc de Bedford, avant l'arrivée sur scène de Jeanne d'Arc.

Anne Curry est professeur d'histoire médiévale à l'université de Southampton et en a été la doyenne de la Faculté des Humanités de 2010 à 2018. Elle a publié plusieurs ouvrages sur la bataille d'Azincourt et s'est impliquée dans les commémorations du 600e anniversaire de cette bataille.
Elle a dirigé le projet "The Soldier in Later Medieval England" (www.medievalsoldier.org) et poursuit ses recherches sur l'armée anglaise en Normandie de 1415 à 1450, sur laquelle elle a publié de nombreux ouvrages. Actuellement, elle dirige le projet "Rôles gascons, 1317-1468" (www.gasconrolls.org) sur l'Aquitaine anglaise.
Elle a edité avec Véronique Gazeau, La guerre en Normandie (XIe-XVe siècle), PUC, 2018 (colloque de Cerisy, 2015).


Amalia GALDI: Les Normands et l'historiographie urbaine: le Chronicon de Falcon Beneventanus
Le Chronicon Beneventanum de Falcone Beneventano est l'un des premiers textes de l'historiographie italienne composé par un laïc. En fait, l'auteur affirme lui-même qu'il était notaire du Saint-Palais de Bénévent avant 1113, puis juge à partir de cette date. Son point de vue est Bénévent et c'est dans cette perspective citadine que se situe son hostilité persistante à l'égard de Roger II, fondateur du Regnum Siciliae dans le sud de l'Italie, coupable d'avoir agi contre la volonté du siège papal, mais surtout — aux yeux du chroniqueur — de vouloir s'attaquer aux libertates du Mezzogiorno. Ce n'est donc pas un hasard s'il a été consideré le représentant le plus tenace de l'autonomie de Bénévent à l'égard des Normands.
Falcone est donc un témoin direct — convaincu d'une partie — de la période historique qui a précédé et suivi l'affirmation de Roger II, fils de Roger grand comte de Sicile. Cette situation a rendu son chronicon particulièrement étudié, à la fois pour ses caractéristiques propres, mais aussi pour ses relations avec la production de l'historiographie méridionale normande. On examinera, donc, l'œuvre de Falcone selon une approche minutieuse des sections dans lesquelles il montre sa vision "citoyenne", qui a été exprimée à la fois dans la critique des actions de Roger II — reconstruit jusqu’en 1140 — et dans le récit des événements dont le notaire avait été le protagoniste et qui, à ses yeux, apparaissaient comme des exemples de l'identité de sa ville et de son histoire.

Isabelle GUYOT-BACHY: L'anonyme de Caen: entre histoire universelle et tropisme normand
En repartant de l'unique manuscrit ayant conservé la chronique universelle composée par l'anonyme de Caen (BnF, lat. 4942), la communication propose d'abord de faire le point sur un dossier historiographie largement délaissé depuis l'édition partielle d'E. Châtel (Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, 1892). Quelle place donner à ce texte dans l'historiographie de la première moitié du XIVe siècle? Puis, en centrant l'observation sur la partie consacrée à l'histoire normande et anglo-normande, on s'efforcera d'en comprendre les enjeux dans l'économie générale d'un texte qui se présente comme une chronique universelle. Enfin, on replacera le manuscrit dans la bibliothèque d'un de ses possesseurs, Normand, Jean Golein, traducteur pour le roi Charles V.

Françoise LAURENT: La conquête de la Sicile dans la Chronique des ducs de Normandie de Benoît de Sainte-Maure: décrochage chronologique et lecture de l'histoire dynastique
Dans sa Chronique des ducs de Normandie, composée dans le dernier tiers du XIIe siècle à la demande sans doute d'Henri II Plantagenêt, Benoît de Sainte-Maure a pour ambition de retracer, à la suite de Wace, auteur du Roman de Rou, les "vies" des ducs de Normandie depuis l'ancêtre et fondateur du lignage, Rollon, jusqu'au duc-roi Henri Ier sur le règne de qui s'achève son long récit. Alors que, conformément au modèle des textes sources, la narration suit toujours la chronologie des événements qui marquèrent la succession des principats normands, l'auteur vernaculaire prend dans la partie consacrée à Guillaume le Conquérant la liberté de rompre avec cette organisation chronologique pour dresser le récit de la conquête de la Sicile par les barons normands, Tancrède de Hauteville et son fils Robert dit "Guiscard". Dans les Gesta normannorum ducum d'Orderic Vital et de Robert de Torigni dont il s’inspire, l'histoire des Normands en Sicile est retracée en deux épisodes distincts, conformément à la chronologie des différentes phases de la conquête du pays qui s'étendit des années 1060 à 1130. Dans la version vernaculaire, elle se concentre en un long et unique récit qui se présente d'ailleurs dans le texte sous forme de décrochage:
Ce qu'en l'estoire truis e vei
Qu'autre i escristrent avant mei,
Qui digne i seit de reconter,
N'i vuil laisser ne oblier. (v. 38287-38290)
Appuyée sur la comparaison du texte roman avec sa source latine, l'analyse du passage ainsi annoncé permet d'étudier le travail de traducteur opéré par Benoît sur la matière dont il héritait et, surtout, de saisir les intentions qui président à la modification qu'il apporte. Placé, contrairement au texte source, avant le récit du conflit de la succession dynastique anglaise à la mort d'Édouard le Confesseur, l'épisode sicilien, loin d'être une digression, offre un éclairage politique sur l'histoire, en particulier sur la conquête normande de Guillaume dont il va traiter à la suite. Cette nouvelle configuration de l'histoire normande, voire la préfiguration de celle-ci, témoigne des réelles qualités d'un traducteur qui s'impose comme un historien.

Françoise Laurent, professeur de Langue et de Littérature médiévales à l'Université Clermont Auvergne, fait porter ses travaux sur l'hagiographie et l'historiographie des XIIe et XIIIe siècles en territoire anglo-normand.
Publications:
"Pour Dieu et pour le roi". Rhétorique et idéologie dans l'Histoire des ducs de Normandie de Benoît de Sainte-Maure, Champion, 2010.
En collaboration avec Laurence Mathey-Maille et Michelle Szkilnik, Des saints et des rois. L'hagiographie au service de l'histoire, Champion, 2014.


Mario LOFFREDO: Et cum prius fuisset ferus et crudelis... Les Normands et Roger II dans une chronique monastique de l'âge souabe
Dans le riche panorama de la production des chroniques du Mezzogiorno souabe, une œuvre d'origine monastique n'a guère retenu l'attention des chercheurs. Il s'agit de la soi-disant chronique de Sainte-Marie de Ferraria, rédigée autour des premières décades du XIIIe siècle par un moine anonyme de l'abbaye de Terra di Lavoro. La particularité de l'œuvre est que, malgré sa production dans un environnement monastique, les vicissitudes du conventus passent au second plan par rapport aux objectifs principaux de l'auteur, c'est-à-dire montrer les développements politiques qui ont affecté les Pouilles et la Campanie de l'arrivée des Normands jusqu'à l'échec de la Croisade de Frédéric II. Il s'agit donc d'une chronique politico-institutionnelle. Le récit de la formation du royaume et de la figure de Roger II prend une valeur particulière dans le texte. En fait, bien que dans la chronique n'émerge pas un sentiment "anti-normandes" tout court, l'auteur exprime la condamnation la plus claire contre le fondateur de la dynastie au pouvoir. Cependant, à la fin de sa vie, l'image de Roger présentée dans le texte du moine cistercien change complètement: de crudelis et avidus, le souverain devient pacificus et rectus. Ce changement de position est bien sûr lié aux intentions de l'auteur de la chronique de conférer une aura de légitimité au gouvernement normand. Cette communication étudiera donc la représentation de l'image des Normands et en particulier de Roger II dans la chronique cistercienne négligée, en soulignant les points de contact et les différences entre les diverses sources qui peuvent contribuer à approfondir le thème abordé.

Christophe MANEUVRIER & Françoise VIELLIARD: Faut-il vraiment considérer la "Briev estoire del navigaige mounsire Jehan Prunaut" en Afrique comme une forgerie du XIXe siècle?
Le récit portant le titre de "Briev estoire del navigaige mounsire Jehan Prunaut, roenois, en la tiere des noirs homes et isles a nous incogneus awecques les estranges façons de vivre des dits noirs et une colloque en lor language" a été publié par Pierre Margry en 1867 à partir d'une copie effectuée vers 1852 par Lucien de Rosny sur un manuscrit copié à Londres. Dès l'année suivante, Richard Henry Major affirma dans un ouvrage retentissant qu'il était tout à fait impossible que ce récit soit authentique et qu'il ne pouvait s'agir que d'un faux. Depuis la publication de l'ouvrage de Richard Henry Major, tous les historiens européens se sont rangés à cet avis. Charles de la Roncière et Raymond Mauny, en particulier, l'ont rejeté d'un revers de manche. Considéré depuis comme une forgerie, la "Briev estoiredel navigaige mounsire Jehan Prunaut" a été oubliée ou moquée, alors qu'elle n'a pourtant fait l'objet d'aucune étude critique poussée. C'est cette étude, à la fois linguistique, philologique et historique, que nous envisageons de présenter, afin de déterminer si ce texte doit être définitivement considéré comme une forgerie (et dans ce cas s'il est possible de déterminer les conditions de sa réalisation) ou si, au contraire, il pourrait contenir des éléments authentiques ou des éléments de réécriture indiquant que des marins normands ont bel et bien pu atteindre le Sénégal dans la seconde moitié du XIVe siècle.

Benjamin POHL: La mémoire de Robert de Torigni du XIIe siècle à nos jours
Dans cette communication, j'examinerai comment on se souvint et on célébra Robert de Torigni (1106-86) et son héritage du douzième siècle jusqu'à nos jours. Pour commencer, je discuterai comment Robert a été commémoré par les moines de ses deux communautés monastiques, Le Bec-Hellouin et le Mont-Saint-Michel, aussi bien pendant les années qui suivirent immédiatement sa mort que pendant les décennies suivantes. J'explorerai les raisons particulières pour lesquelles le souvenir de Robert a été perpétué, et le rôle que sa memoria a joué dans la mémoire collective et institutionnelle de ces deux monastères. Je demanderai aussi si Robert a participé activement à la création de son propre héritage, et comment cet héritage s'est développé et a changé au fil du temps, au moyen d'une analyse des méthodes qui ont été utilisées pour commémorer Robert pendant les siècles subséquents jusqu'à aujourd'hui. Par exemple, comment a-t-on traité la vie et les actes de Robert pendant les dix-huitième et dix-neuvième siècles, et comment peut-on comparer ce traitement avec, d'un côté, les souvenirs de Robert au Moyen Âge et, d'autre part, les évaluations scientifiques de sa carrière et de ses réalisations pendant ces dernières années? En étudiant la mémoire de Robert de Torigni du Moyen Âge à l'époque moderne, cette présentation contribuera à notre connaissance d'un des plus importants abbé-historiens du douzième siècle, qui est aussi l'un des plus complexes et des plus méconnus d'entre eux.

Thomas ROCHE: Les naissances de la diplomatique en Normandie (XVIIIe-XIXe siècles)
La suppression de la conventualité de l'abbaye Saint-Victor-en-Caux et le rattachement de ses revenus au séminaire de Rouen constitua en 1742 le point de départ d'un litige entre l'abbé commendataire Terrisse et les moines de Saint-Ouen de Rouen. Le débat sur les pièces versées au dossier par les moines mauristes se mua en l'une de ces "guerres diplomatiques" que connut le XVIIIe siècle, et déboucha finalement sur la rédaction du Nouveau traité de diplomatique par les Normands dom Tassin et dom Toustain. Après avoir rappelé non pas tant la controverse que les méthodes suivies par les protagonistes et le discours porté sur les chartes comme sources, la communication visera à inscrire cette querelle au fond autant historique que judiciaire dans son double contexte: d'une part celui de l'approche et de la prise en compte des documents diplomatiques par les historiens monastiques normands de la période classique, et en premier lieu les mauristes, faisant œuvre de chroniqueurs autant que d'archivistes; d'autre part, celui de la critique des titres anciens dans les argumentations des juristes présentes dans les nombreux factums et mémoires de la période.

Charlie ROZIER: Maîtriser le temps dans l'Historia ecclesiastica d'Orderic Vital
L'Historia ecclesiastica (Histoire ecclésiastique) d'Orderic Vital, est l'une des œuvres les plus connues de l'histoire de la Normandie médiévale. Cette communication se propose d'examiner la notion du temps selon Orderic Vital, à partir des questions suivantes: quels textes ont éclairé ses idées sur le temps? Comment a-t-il assigné des dates aux événements historiques? Comment sa connaissance de la théorie du temps a-t-elle influencé son écriture de l'histoire? Nous pouvons relever l'intérêt d'Orderic pour le concept du temps tout au long de L'Historia ecclesiastica, d'abord par le fait qu'Orderic connaissait de grandes chroniques et qu'il avait vu les successeurs de Marianus Scotus à Worcester et à Cambrai (HE, II, pp. 186-9). Nous savons aussi qu'Orderic avait contribué à la chronique de Saint-Évroult (conservée à Paris, Bibliothèque nationale de France, Manuscrit Latin 10062). On précisera d'abord les connaissances d'Orderic sur la théorie du temps, en présentant ses additions au MS Lat.10062, et notamment en identifiant dans les textes qu'il a ajoutés la nature de ses ajouts. Ensuite, j'examinerai comment cet intérêt se traduit dans Historia ecclesiastica d'Orderic par la datation des événements et la sélection des sujets abordés au sein de cette organisation. Cette communication devrait affiner notre compréhension des méthodes et motivations d'Orderic en tant qu'historien. Pour cela, on  replacera son écriture de l'histoire dans le paysage intellectuel du XIIe siècle, en mettant en lumière le fait qu'Orderic était engagé dans des débats pointus sur le calcul du temps et la datation du monde. On montrera aussi comment l'écriture de l'histoire a permis à Orderic d'orienter sa communauté dans de vastes cadres temporels et géographiques et d'approfondir sa connaissance, à travers l'écriture du passé dans d'autres domaines connexes, tels que la chronographie, l'exégèse biblique, la théologie, etc...

Luigi RUSSO: L'historien en difficulté: le panorama historiographique de l'Orient normand (XIIe siècle)
L'historiographie moderne a longtemps reconnu la ténue tradition manuscrite des textes concernant la présence des Normands dans le Mezzogiorno d'Italie. Notre intérêt est donc de vérifier les modalités et les formes de la production et de la transmission de l'histoire dans l'Orient latin au XIIe siècle, avec une référence particulière à la principauté d'Antioche, où les héritiers de Bohémond I d'Hauteville ont dominé la scène politique pendant plus de trente ans. En relisant la Gesta Francorum et aliorum Hierosolimitanorum, le Tancredus de Raoul de Caen, la Bella Antiochena de Gautier le Chancelier, nous nous efforcerons d'une part d'enquêter sur les événements textuels des ouvrages mentionnés et de reconstituer le contexte dans lequel ces travaux ont été réalisés.

Maître de conférences en histoire médiévale à l'Université Européenne de Rome, Luigi Russo est membre du CESN (Centro Europeo di Studi Normanni) et de l'OUEN (Office universitaire d'Études Normandes). Licencié en histoire médiévale à l'Université de Bologne (1995), il a soutenu une thèse de doctorat à l'Université de Turin sur les sources de la première croisade (1996-2000). Sa production scientifique compte plus de 50 titres, en particulier sur l'histoire des croisades aux XIIe-XVe siècles; son dernier livre est I crociati in Terrasanta. Una nuova storia (1095-1291), Roma, 2018.
Pour plusieurs détails: https://universitaeuropeadiroma.academia.edu/LRusso


Lydwine SCORDIA: Maîtriser le temps pour un jeune prince: le Rosier des guerres de Pierre Choinet, commandé par Louis XI pour le futur Charles VIII
Le Rosier des guerres est un traité en moyen français, commandé par Louis XI à son médecin et astrologue, Pierre Choinet, pour la formation du futur Charles VIII. Le texte dont je termine l'édition est inédit, il n'existe à ce jour qu'une "édition" non scientifique (1925) qui n'a retenu que 20 % de l'œuvre. Le Rosier des guerres a une structure déroutante, il contient des conseils politiques et militaires, suivis d'une chronique historique qui part des origines troyennes et s'arrête en 1470, date de naissance du dauphin Charles — ce sont les 80 % jamais édités. La chronique historique est accompagnée de manchettes astrologiques rédigées en latin. Les trois parties (conseils, chronique, manchettes), apparemment juxtaposées, fonctionnent ensemble: la compréhension d'une partie dépend de celle des deux autres. C'est sur la chronique et la centaine de manchettes astrologiques du Rosier des guerres que j'aimerais attirer l'attention dans le cadre de l'Axe n°1 ("Dans l'atelier de l'historien"). En effet, Pierre Choinet, l'auteur "astrologien", propose au futur Charles VIII une lecture de l'histoire au regard de l'astrologie, lui offrant par là même une grille de compréhension pour le temps futur et partant une maîtrise du temps.

Antonio TAGLIENTE: La "destruction de la seignorie de li Longobart". Écriture, exégèse et traduction de l'Ystoire de li Normant, entre princes, saints et "faux prophètes"
L'Ystoire de li Normant d'Aimé du Mont Cassin est l'un des témoignages les plus intéressants de la situation sociale et politique du Mezzogiorno lombard-normand. L'œuvre, écrite au cours du dernier quart du XIe siècle, retrace les faits des chefs militaires normands qui se sont installés au sud, en portant une attention particulière au prince Richard de Capoue et au duc Robert Hauteville. Les caractères spécifiques du texte viennent, essentiellement, de la grande qualité des informations que l'auteur, le salernitain Aimé, fournit au lecteur mais aussi du fait que l'Ystoire a survécu seulement à travers une traduction tardive et originale, préservée dans un codex unique (Fr. 688). La manière singulière de conservation a cependant suscité de nombreux problèmes parmi les chercheurs, qui ont souvent lu cette source, sans grande prudence, comme un véritable produit du XIe siècle.
Cette communication montrera comment le traducteur présente l'un des épisodes de plus grand pathos de l'histoire lombarde, le siège de la ville de Salerne (1076-1077) imposé par les troupes normandes et la défaite du prince Gisulf II. L'histoire se déroule par des épisodes emblématiques, insérés dans le texte d'Aimé du Mont Cassin pour faire entrer en scène, aux côtés des grands acteurs politiques du temps, des saints de la ville, des princes morts, des faux prophètes et des "martyrs" inhabituels. Ce mécanisme du récit, déjà utilisé par les plus anciens ystoriae du Sud lombard, produit un chevauchement des plans historique et hagiographique, donnant lieu à des épisodes uniques maîtrisés et commentés par le traducteur, qui amène le lecteur jusqu'à la "destruction de la seignorie de li Longobart".

Lucile TRAN-DUC: Une entreprise mémorielle dans l’abbaye de Fontenelle au XIe siècle: l'œuvre du moine Guillaume
Aux Xe et XIe siècles, la fondation de la principauté normande (911) et le mouvement de restauration monastique qui l'accompagne sont marqués par de nombreuses entreprises historiographiques. Parmi celles-ci se distinguent plus particulièrement l'œuvre de Dudon de Saint-Quentin ainsi que les textes composés dans le scriptorium fécampois. Le monastère de Fontenelle, restauré par des moines originaires de Saint-Pierre de Gand, est également un foyer de production historiographique. Y officie entre autres le moine Guillaume. Celui-ci, loin de développer le mythe de la table rase comme ce peut être le cas à Fécamp, s'attache au contraire à tracer un trait d'union entre l'abbaye pré-normande et son établissement. On lui doit la composition d'un sacramentaire (Rouen, Bm, ms. 272) destiné à servir les besoins du culte ainsi que la collecte de textes en circulation concernant le passé de Fontenelle: les Gesta abbatum Fontanellensium, divers récits hagiographiques tels que la Vita altera et les Miracula sancti Wandregesili, la Vita sancti Ansberti, la Vita sancti Vulframni ou encore la Vita sancti Condedi, diverses pièces liturgiques en l'honneur de ces saints telles que des hymnes et des offices mais aussi plusieurs listes de moines, d'archevêques et de rois. Ceux-ci forment la première partie du Maius Chronicon Fontanellense, actuellement conservé à la Bibliothèque municipale du Havre (ms. 332). Ce manuscrit constitue l'une des principales sources pour aborder le passé pré-normand de Fontenelle. Néanmoins, il importe de ne pas oublier que le moine Guillaume, tant dans son sacramentaire que dans son entreprise de copie, procède à un tri. Il écarte un certain nombre de textes composés dans le monastère de Fontenelle ou de fêtes en vigueur avant la fuite des moines et connus par ailleurs. C'est précisément sur ce processus mémoriel que la communication proposée compte s'interroger. Sur quels fondements s'effectue la distinction entre ce qui est digne de mémoire et ce qu'il convient, ce qu'il est possible d'oublier aux yeux du moine Guillaume? Quelle histoire de son monastère tente-t-il d'écrire? En quoi façonne-t-il un passé correspondant aux défis qu'a à relever la communauté restaurée de Fontenelle ainsi qu'aux structures mentales et sociales du XIe siècle?

Laura VANGONE: Les locutions de temps dans l'hagiographie normande
À l'intérieur de la littérature hagiographique, l'espace et le temps sont deux catégories répondant avant tout à la sainteté du personnage et à l'accomplissement de sa virtus: traditionnellement, cette donnée a été souvent utilisée afin de mettre en opposition l'hagiographie, qui s'inscrit dans le temps irréel, à l'histoire, s'inscrivant plutôt dans le temps réel et "concret". Effectivement, la séparation même du passé, du présent et du futur est, à bien des égards, moderne et correspond seulement de façon partielle à la façon dont le temps était perçu au Moyen Âge. La manière de transmission du savoir, principalement orale, était également soumise à des catégories temporelles différentes des nôtres. L'oralité jouait ainsi un grand rôle dans la tradition hagiographique qui s'est concrétisée dans la rédaction de Vitae ou d'autres typologies de textes hagiographiques qui souvent, comme dans la Normandie de l'époque ducale, ont pour objet des saints ayant vécus plusieurs siècles avant les mises à l'écrit. Cette communication propose une étude "lexicographique" des occurrences, des expressions et des locutions de temps dans les textes hagiographiques narratifs de la Normandie ducale (911-1204), en remarquant la façon dont les hagiographes ont indiqué et marqué le temps et les passages de temps. Ces occurrences seront ensuite remises à une étude statistique et comparative entre les différents sous-genres de la littérature hagiographique de Normandie afin d'identifier affinités, différences et préférences des hagiographes, anonymes ou pas, d’environ 130 textes examinés. L'étude n'aura pas recours à l'analyse automatique des textes — qui serait d’ailleurs admise par le grand nombre de textes publiés sur la plateforme en ligne des Acta Sanctorum — présupposant en elle-même une non lecture de ces mêmes textes, mais plutôt d'une approche "manuelle" qui puisse permettre une analyse pas seulement quantitative mais aussi qualitative de ces données.

Emily A. WINKLER: Wace, l'histoire anglo-normande et l'histoire de l'expérience humaine
Cette communication,  recherche la proximité et l'intimité avec les auteurs. Je vais discuter la recherche par les historiens normands médiévaux des mêmes choses — la proximité et l'intimité — dans l'histoire humaine. Comment devrions-nous considérer les éléments d'empathie et de compassion dans les livres des historiens normands, compte tenu de la vision plus naturaliste du sentiment humain qui s'est développé au haut Moyen Âge? Les principales sources pour cette communication sont les œuvres d'Orderic Vitalis, Anselm de Bec, le Roman de Rou et les écrits hagiographiques de Wace.

Avec le soutien
de l'université de Caen Normandie [OUEN, CRAHAM],
de la DRAC Normandie
et de la ville d'Avranches