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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2019 : un des colloques


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ÉCRIRE POUR INVENTER
( À PARTIR DES TRAVAUX DE JEAN RICARDOU )
Mise à jour
10/12/2018

DU MERCREDI 31 JUILLET (19 H) AU MERCREDI 7 AOÛT (14 H) 2019

[ colloque de 7 jours ]

DIRECTION : Marc AVELOT, Mireille CALLE-GRUBER, Gilles TRONCHET

ARGUMENT :

Inlassablement Jean Ricardou a écrit avec les plus grands soins: des ouvrages novateurs, de fiction comme de théorie; il a même tenté l'expérience du "mixte". De ce patient exercice, où il a déployé, durant plus d'un demi-siècle, une exceptionnelle inventivité, il s'est attaché sans cesse à réfléchir sur la manière dont il s'accomplissait et sur les enjeux dont il était porteur.
De cette production ingénieuse et de cette conceptualisation rigoureuse, le colloque fondé sur les travaux pionniers de Jean Ricardou vise non seulement à offrir un panorama aussi large et précis que possible, mais également à éclairer les pistes prometteuses qui sont ouvertes à des recherches ultérieures, en particulier grâce à la textique, discipline dont il fut l'initiateur.

Ce colloque se veut résolument ouvert sur une pluralité de domaines et d'approches: loin de se focaliser sur telle période ou telle composante des travaux envisagés, il s'attache à promouvoir une réflexion multiple, qui permette de confronter les diverses phases et les multiples centres d'intérêt impliqués par les productions de Jean Ricardou. Un objectif majeur consiste à dégager les facteurs décisifs qui ont donné cohérence à la démarche de l'écrivain et du penseur dont les travaux seront étudiés: l'incessante prise en compte de l'écriture et des effets qu'elle peut déterminer, la progressive mise au point d'une méthode de pensée débouchant sur un ensemble de concepts très élaboré, l'indéfectible souci des interactions dans tous les domaines entre pratique et théorie, la vigilante critique de toutes les idées préconçues, de tout l'impensé que cristallise l'idéologie.

Cette rencontre réunira des intervenants d'horizons variés, universitaires, plasticiens, musiciens ou écrivains, jeunes chercheurs dont plusieurs ont, dans leurs pratiques, bénéficié du travail de Jean Ricardou, et beaucoup ont diversement œuvré à ses côtés. Il est largement ouvert aux étudiants, aux enseignants, aux pédagogues, ainsi qu'à tous ceux qui souhaitent apprendre à mieux écrire pour mieux comprendre et pour inventer.

Les journées ne seront pas distribuées selon une progression chronologique ni un découpage thématique, mais selon des groupements susceptibles de faire apparaître, grâce à divers points de consonances entre des interventions variées, les aspects communs aux différentes facettes du travail examiné. En regard des conférences, traitant d'un problème général, comme la production de récits, les ateliers d'écriture ou la traduction, figureront des tables rondes et des interventions plus ponctuelles, offrant l'analyse des structures propres à un objet particulier, qu'il s'agisse d'un récit, d'une œuvre d'art, d'un document publicitaire, débouchant le cas échéant sur la proposition d'un perfectionnement, selon la démarche du RAPT, propre à la textique. Logiquement, l'éventail des activités conjuguera la pratique avec la théorie, incluant un atelier d'écriture, basé sur un programme de règles inspiré de celui que Jean Ricardou avait élaboré pour les séminaires annuels de textique, tandis que plusieurs installations, en lien étroit avec la circonstance, seront mises en place par des plasticiens, dans et hors de l'enceinte du Centre Culturel.

COMMUNICATIONS (suivies de débats) :

* Isabelle ALFANDARY: Il n'y a pas de hors-textique
* Marc AVELOT: L'homme sans ombre. Esth-éthique de Jean Ricardou
* Nicole BIAGIOLI: L'atelier d'écriture ricardolien, une utopie durable
* Daniel BILOUS: Rire du Nouveau Roman
* Daniel BILOUS: Une carambole texturale
* Claudia BOULIANE: Démasquer Cannes avec Jean Ricardou
* Mireille CALLE-GRUBER: Jean Ricardou dans le rétroviseur du Nouveau Roman
* Jeanne CASTILLON: Les dispositifs conducteurs de Jean Ricardou à Claude Simon
* Didier COSTE: Si par un jour d'été un spectateur...
* Giuseppe CRIVELLA: L'observatoire de Cannes ou comment décrire une description?
* Johan FAERBER: Ricardou après la littérature
* Patrice HAMEL: Nouveaux problèmes ricardoliens
* Sjef HOUPPERMANS: Relire La prise de Constantinople à partir de Roussel
* Paul LÉON: Liserons et écriverons
* Marc PARAYRE: Ricardou / Perec: concordances et divergences au sujet des contraintes d'écriture
* Anne-Marie PETITJEAN: Quelles théories de l'écrit pour les formations en écriture créative?
* Christelle REGGIANI: Ricardou lecteur de Roussel
* Hermes SALCEDA: Quelques enjeux théoriques de l'écriture roussellienne
* Jean-Christophe TOURNIÈRE: "Jean Ricardou": écrits, théorie
* Gilles TRONCHET: Matériaux pour la théorie

TABLES RONDES OU ATELIERS (suivis de débats) :

* Stéphanie BALDISSAR: La déco décodée
* Daniel BILOUS: Jeux d'adresses
* Daniel BILOUS: Un mécanomate: Félix le Chat médite
* Bente CHRISTENSEN: Traduction ou ré-écriture – versions norvégiennes de Alain Robbe-Grillet, Topologie d'une cité fantôme et de Jean Ricardou, La prise/prose de Constantinople
* Amandine CYPRÈS: Départ(s) de RAPT
* Johanna GOSSART: Séries noires, carrés blancs, etc.
* Quentin LAZZARESCHI & Joana TEULLE: Tentative d'écriture autour d'une bâtisse abandonnée
* Laurent LIENART: Tribalisme dans Les Lieux-dits
* Claudy MALHERBE: Nouvelles accointances d'un texte et d'une musique
* Jean-Claude RAILLON: Débords
* Bernardo SCHIAVETTA: Trouver l'impensé: invention de la forme, invention du sens
* Rémy SCHULZ: Coïncidences ricardoliennes
* Sandra SIMMONS: La Marge Émerge
* Nicolas TIXIER: Un Ricardou édifiant

RÉSUMÉS :

Marc AVELOT: L'homme sans ombre. Esth-éthique de Jean Ricardou

L'insistance d'énoncés normatifs dans les écrits de Jean Ricardou laissent supposer qu'en sous-jacent de leur visée conceptuelle ou descriptive existe tout un ensemble de valeurs dont l'organicité dessine une véritable éthique.
L'objet de cette contribution sera de mettre à jour cette "esth-éthique" de Jean Ricardou et de s'interroger tout à la fois sur son statut, son efficace et ses limites.

Stéphanie BALDISSAR: La déco décodée

Il s'agira de voir comment la Textique, initiée par Jean Ricardou et considérée comme une théorie de l'espace traitant "l'écrit" au sens large, peut trouver une application concrète dans un domaine pour le moins inattendu, en l'occurrence celui de la décoration intérieure. Le tout en partant d'une phrase de Vincent Van Gogh: "Peindre une robe jaune, non parce qu'elle est robe, mais parce qu'elle est jaune".

Nicole BIAGIOLI: L'atelier d'écriture ricardolien, une utopie durable

Nouveau romancier, critique et enseignant, Jean Ricardou a inventé un dispositif didactique fondé sur l'atelier d'écriture et basé sur une théorie matérialiste de la pratique scripturale qui conjugue les savoirs d'expérience et les savoirs d'action des écrivains et des enseignants. Nous montrerons en quoi ce dispositif a inauguré une utopie durable, qui a pour objectif une démocratisation de l'écriture créative, fondée sur une approche innovante de type transformatif et collaboratif et un renversement des valeurs communément attribuées à l'écrit et à la pratique de l'écriture.
Cette conception de l'atelier d'écriture a contribué à démystifier l'écriture créative, en la décentrant de la sphère de la production littéraire, dans une perspective intermédiale, interartiale et interdidactique, ce qui en a fait un objet d'apprentissage et un outil de résilience scolaire, sociale, et médicale toujours actuel.

Daniel BILOUS: Rire du Nouveau Roman
Robbe-Grillet a un jour dit qu'en écrivant ses romans, il riait beaucoup. On peut légitimement se demander de quoi, au juste. D'un autre côté, si écrire un nouveau roman peut faire rire (ou sourire) le scripteur, le lectorat ne fut jamais en reste. La mouvance néoromanesque comprend une part de rire provocateur et, bien plus souvent, dans le public, de dérision, à en juger d'après certains dessins d'humour, les avatars pastiches, sans oublier, bien sûr, le commentaire critique. C'est ce que, documents à l'appui, l'on se propose d'évoquer.

Daniel BILOUS: Une carambole texturale
Le concept de représentation étant peut-être plus sûrement identifiable quand il s'agit d'images visuelles, on s'appliquera à lire selon la Textique certaine affiche publicitaire due à l'art d'Eugène Ogé et datée de 1910, pour les Billards Brunswick (visible en ligne). Si un grand nombre d'éléments y ressortissent directement ou indirectement à l'installation d'une "scène de genre" reconnaissable, il en est d'autres qui, et de façon spectaculaire, échappent résolument à cette détermination et, par là, ambiguisent puissamment la réception de l'image. Ce sera l'occasion d'observer la dialectique entre une visée représentative promotionnelle et le régime particulier que la discipline appelle "métareprésentatif".

Daniel BILOUS: Jeux d'adresses
L'art dit postal consiste à travailler les éléments d'une suscription en s'affranchissant peu ou prou des règles du "code postier" à la surface de l'enveloppe, selon les logiques d'un outrepassement raisonné. L'on se promet d'explorer les possibles voies de ce retravail sur la base d'une liste d'adresses, à partir de protocoles notamment induits jadis par Baudelaire et Mallarmé, et aujourd'hui avisés par la Textique.

Daniel BILOUS: Un mécanomate: Félix le Chat médite
Jean Ricardou appréciait le sympathique héros d'Otto Messmer, qui n'agit jamais sans une mûre réflexion, et dont les ressources imaginatives préfigurent souvent ce que la modernité pourrait bien saluer en fait d'invention fictionnelle.
En hommage à l'écrivain, ce mécanomate saisit le Chat marchant de long en large, en pleine cogitation.

Claudia BOULIANE: Démasquer Cannes avec Jean Ricardou
Tout au long des "Trente Glorieuses", le tourisme de masse alors en plein essor occupe de plus en plus de place dans la société française. Il est fréquemment représenté dans la littérature, qui s'empare du prêt-à-penser propre à l'époque sur la question de cette pratique sociale pour l'interroger, le mettre à distance, le détourner ironiquement, en souligner les bévues avec humour, en faire la critique. C'est le cas de L'observatoire de Cannes que publie Jean Ricardou en 1961, qui fait table rase des clichés alimentés par les discours prescriptifs quant à la manière d'occuper le temps libre. Il s'agira, dans un premier temps, de procéder à la microlecture des intertextes publicitaires ainsi que des jeux avec leurs formes-sens et leurs mots de passe, de manière à montrer comment il s'attache à "démasquer" le lieu mythique du développement du tourisme balnéaire en France, comme le suggère cette image récurrente dès l'incipit du roman et qui sert également à illustrer des notions de Pour une théorie du nouveau roman. Il sera question, dans un second temps, du rôle particulier du premier roman dans le processus d’expérimentation stylistique à la suite duquel seront formulés les principes avancés dans les premiers ouvrages théoriques de Ricardou.

Bente CHRISTENSEN: Traduction ou ré-écriture – versions norvégiennes de Alain Robbe-Grillet, Topologie d'une cité fantôme et de Jean Ricardou, La prise/prose de Constantinople
En tant que traducteur littéraire, on est confronté à une multiplicité de textes; de différents auteurs, de différentes langues et cultures, de différentes époques. Pourtant, il existe une constante: la traduction de ces textes est possible, même si le traducteur doit utiliser tout son savoir et travailler assidûment. Il est très rare de rencontrer un texte littéraire qu'on peut qualifier d'intraduisible. Le Nouveau Roman français a produit des textes qui posent des problèmes redoutables au traducteur, car la langue y est devenue un matériau qui a une valeur intrinsèque, qui n’est pas uniquement un moyen pour évoquer un contenu. On doit prendre en considération la manière de dire, pas seulement ce qui est dit. Néanmoins, il est possible, dans la plupart des cas, de trouver des solutions à des problèmes qui se posent en traduisant ces textes. Ce qui m'intéresse ici, est ce qui arrive quand on se trouve face à un texte qui ne se laisse pas restituer dans une autre langue sans être profondément modifié, sans être "ré-écrit". Pourquoi est-ce que ce texte est "impossible" à traduire? Quelles sont les caractéristiques d'un tel texte? Pour sonder ces questions, je vais prendre appui sur ma propre pratique. Il y a quelques années, j'ai traduit Topologie d'une cité fantôme d'Alain Robbe-Grillet. C'est un texte parfois compliqué à traduire, mais il n'est pas impossible de le rendre en norvégien d'une façon adéquate. Quand j'ai voulu m'attaquer à La prise/prose de Constantinople de Jean Ricardou, j'ai rencontré des problèmes d'une autre envergure. Même si ce texte offre une (ou plusieurs) histoire(s) — entre autres la conquête de Constantinople en 1204 et l'expédition d'un groupe de linguistes dans le parc d'un château — il est tellement basé sur la matérialité de la langue française que le traducteur doit parfois baisser les bras. En comparant Topologie d'une cité fantôme et La prise/prose de Constantinople, je vais essayer de voir à quel moment la matérialité du texte prend le dessus, à cerner les limites du traduisible. Je vais également présenter des propositions de ré-écriture de passages de La prise/prose de Constantinople, pour voir les pertes et les gains d'une telle pratique.

Didier COSTE:
Si par un jour d'été un spectateur...
Tout en étant historiquement située dans le parcours d'une vaste mouvance formaliste et métafictionnelle — de Mallarmé aux oulipiens actifs d'aujourd'hui, en passant, en dehors du Nouveau Roman, par Nabokov et Barth, Blanchot et des Forêts —, l'œuvre littéraire de Jean Ricardou, de L'Observatoire de Cannes à La Cathédrale de Sens, avec la minutiosité de ses (ar)rangements verbaux, déploie un plus complet arsenal de résistance au récit que quasiment toute autre connue. Ses artifices de composition, comme et plus encore que les procédés de Raymond Roussel, sont de ceux qui, en dépit de l'invitation didactique à la réécriture, la barrent, en particulier sous les espèces de la traduction interlinguistique. Animés, paradoxalement, par la haine du mouvement qui déplace les lignes, les dispositifs ricardoliens de production du texte n'échappent pourtant pas plus aux effets de représentation et de translation que les marges du surréalisme (Huidobro) ou le lettrisme (Isidore Isou) n'ont pu, bien antérieurement, échapper aux effets de sens. Tout se joue, sous couvert de matérialisme du signifiant, dans une extrémiste tension entre forclusion et transgression, dans des "mécanismes de fascination" proches de ceux proposés par Robert Lapoujade. Le lecteur de Ricardou sera donc toujours un lecteur malgré lui, poussé dans ses retranchements, appelé à mettre en œuvre son désir de Réel against all odds.

Giuseppe CRIVELLA: L'observatoire de Cannes ou comment décrire une description?
Notre texte propose une lecture croisée de L'observatoire de Cannes à partir d'une double perspective d'analyse: avant tout nous utiliserons les thèses sur les stratégies descriptives élaborées par Philippe Hamon dans Du descriptif pour dégager les lois et les logiques de structuration narrative mises en place par l'auteur du roman; deuxièmement, nous tenterons de développer un examen de l'écriture de Ricardou en faisant recours à un ensemble de réflexions sur la description — entendue comme espace multiplanaire — tirées d'un essai de Michel Serres intitulé La communication. Tout cela pour montrer que chez Ricardou la description est un facteur hybride, à la fois méthode et objet, infrastructure profonde — où ancrer les lignes de développement stratifié du récit — et contenu effectif de l'histoire qui ne cesse de tourner autour de ses propres possibilités de construction liées à une précise et défective praxis descriptive, contenu caché vers lequel ce même récit ne cesse de converger comme vers l'épicentre fuyant de son propre naufrage infiniment différé...

Amandine CYPRÈS: Départ(s) de RAPT
En Textique, tout écrit est susceptible, à chaque instant, d'être réécrit. Le résultat de cette pratique théorisée et systématisée est désigné par l'acronyme R.A.P.T.: Récrit Avisé Par la Textique. Un R.A.P.T. est dit "spécifique" lorsqu'il modifie ce qui apparaît comme des "erreurs" au sein d'un écrit, et/ou qu'il offre la continuation de structures inabouties.
Telle démarche d'"amélioration" d'écrits quels qu'ils soient, n'est pas, on s'en doute, propre à cette "discipline nouvelle", et on en trouvera notamment de nombreux exemples dans la production légèrement surannée d'un poète et poéticien de la poésie, Tristan Derème. En revanche, le fait qu'elle s'adosse à un ensemble théorique unifié et unifiant est sans doute moins coutumier, de même que le fait d'envisager cette pratique de façon systématique, selon un "triomphalisme toujours amenui", comme un amoindrissement des défauts qui peuvent se rencontrer dans la structure de tout écrit, quel qu'il soit. Du côté de la réception, elle demeure originale en ce qu'elle provoque souvent l'étonnement, voire l'émoi, jusqu'au refus catégorique "d'attenter ainsi aux textes", en particulier ceux consacrés par la Littérature: la violence du rapt serait criminelle.
En comparant les deux pratiques sur la base d'exemples précis, des extraits de Derème et un poème de Mallarmé réécrit par Jean Ricardou, on mesurera ce que la très profuse production du premier doit rétrospectivement au R.A.P.T. (après avoir été reconnu comme "plagiaire par anticipation" de l'Oulipo, peut-on considérer ce scripteur "Fantiaisiste" comme un plagiaire par anticipation du Récrit Avisé Par la Textique?), et également ce en quoi elle s'en distingue. Il s'agira alors de mettre au jour les outils textiques et quelques-uns des concepts majeurs sur lesquels la discipline s'appuie pour procéder à ces réécritures, qui sont même, selon la Textique, inhérentes à toute lecture.

Johanna GOSSART: Séries noires, carrés blancs, etc.
La contribution s'intéressera à l'examen de la suite "Paradigme" de l'artiste peintre Albert Ayme, offert par le texte de Jean Ricardou, dans l'ouvrage du même nom. La contribution s'articulera autour de trois questions: la matérialité de l'ouvrage d'abord, les précautions critiques et idéologiques du scripteur ensuite, et la démarche analytique du théoricien enfin. On s'efforcera ainsi de mettre en évidence certaines des relations existant entre la méthode de l'examen et la théorie textique élaborée plus tard, et ressortissant à ce qu'il est loisible de nommer, en imitant le titre de l'intervention de Jean Ricardou lors du colloque "Albert Ayme et le paradigme en peinture" qu'il dirigea à Cerisy en août 1982, "les suites d'une idée".

Patrice HAMEL: Nouveaux problèmes ricardoliens
1) La rime comme condition d'engendrement d'un contenu fait-elle partie d'un processus roussellien ou ricardolien?
2) Les modalités d'appréhension de la ligne et du contour telles que Ricardou les a définies sont basées sur des principes mathématiques abstraits et absolus, non d'une analyse des sensorialités concrètes et relatives qui interviennent dans la perception de ce qui nous entoure. Je montrerai comment ces sensorialités peuvent néanmoins conditionner l'écriture et la lecture d'un texte, chez Ricardou ou d'autres.

Paul LÉON: Liserons et écriverons
"C'est en lisant que l'on devient liseron". La formule a généralement du succès dans les classes. Aussi bien, hasarda un jour Jean Ricardou, citant "le mot aimable de Raymond Queneau", "C'est en écrivant que l'on devient écriveron". Or, en définitive, ce que Jean nous a inlassablement enseigné pourrait bien tenir tout entier, ou presque, dans le mixage croisé de ces deux formules: "C'est en lisant que l'on devient écriveron", "C'est en écrivant que l'on devient liseron", autrement dit: "la lecture est une phase constitutive du procès d'écriture". Ce va-et-vient entre lecture et écriture, Jean Ricardou l'aura initialement expérimenté, ce qui lui valut durablement le dédain des Institutions, en tant que maître de classes élémentaires. Et c'est sans doute la raison pour laquelle le fulgurant théoricien de l'écrit qu'il est par la suite devenu, a su mieux que personne parler — à tous les sens du mot — aux maîtres et à leurs formateurs en dépit des résistances. Lier lecture et écriture, pratique et théorisation dans le cadre d'écritures en atelier, d'"ateliers d'écriture": c'est cette façon de penser et de faire, suivant laquelle "l'écriture est une activité compatible avec le pluriel", qu'il a su communiquer aux enseignants les plus convaincus de la nécessité de pratiquer autrement dans les classes — de "pratiquer" tout court — en les domaines de l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. Nous rendrons compte ici, feuilletant quelques articles canoniques parus au fil du temps sur ces questions ("Écrire en classe", "Pluriel de l'écriture", "Deviens lecteur le scripteur que tu es", etc., ainsi que la précieuse série des six "Textuelles" publiées entre 1984 et 1989 dans la revue TEM), de diverses notions fondatrices — éminemment opératoires, suivant notre expérience au sein des groupes — dans leurs successives formulations continûment remises en chantier: s'agissant de l'écrit sa double polarité matérielle et idéelle; s'agissant de lecture l'occultation lectorale, la "recouverte", qu'opère celle-ci à l'encontre de celle-là et les stratégies pour la combattre; s'agissant d'écriture la notion de récriture "car c'est en transformant ce qu'(on) a écrit qu'(on) écrit" et celle corollaire de "complexification", de "programme" d'écriture, celle de "Texte"; ou encore cette proposition, exorbitante au regard de l'idéologie ambiante, selon laquelle l'écrivain — l'élève — "n'a nul besoin d'avoir, au préalable, un quelque chose à dire", qu'il est avant tout "celle ou celui qui accepte l'apport spécifique de l'écrit dans la formation de sa pensée".

Laurent LIENART: Tribalisme dans Les Lieux-dits
Parmi toutes les luttes qui s'opèrent au sein du roman de Jean Ricardou, Les Lieux-dits, il en est une qui semble quelque peu méconnue, en l'occurrence celle que se livrent les langues tribales. Avec patience, il s'agira de l'analyser, autrement dit, pour le textique, de la déméconnaître.

Marc PARAYRE: Ricardou / Perec: concordances et divergences au sujet des contraintes d'écriture
Nous montrerons d'abord dans quelle mesure de nombreux textes de Perec semblent coïncider avec certains réglages prônés par Ricardou et en quoi leurs approches respectives de l'écriture de fiction paraissent comparables, entre autres: par le biais de lanceurs ou contraintes d'écriture et de la pratique effective de l'écrit; par la mise en fiction d'échos intimes; par le travail du matériau scriptural et les mécanismes de ce que l'on a longtemps appelé "autoreprésentation". Nous nous intéresserons ensuite à la contrainte lipogrammatique et aux problèmes spécifiques qu'elle engendre, en tentant une analyse des conditions qui ont pu provoquer, lors du RAPT de La Disparition par Ricardou une bourde, avec une controverse résultante, fondée sur un malentendu.

Anne-Marie PETITJEAN: Quelles théories de l'écrit pour les formations en écriture créative?
Dans le cadre de l'axe 2 sur les ateliers d'écriture, je souhaiterais interroger la place de la théorisation dans les cursus de création littéraire qui ont émergé en France depuis 2012 et sont mieux connus des universités anglo-saxonnes. Prenant appui sur un intérêt croissant pour la pratique au détriment de la conceptualisation, les formations universitaires en écriture créative s'écartent de l'ambition théoricienne qui animait Jean Ricardou; il est pourtant possible de reconnaître, dans son parcours de théoricien-créateur, une cohésion des perspectives critiques, didactiques et auctoriales qui intéresse particulièrement les recherches actuelles sur la conscientisation du geste de création littéraire. C'est cette cohésion que nous chercherons à décrire dans les pratiques contemporaines des cursus littéraires en France, à partir de l'expérience d'enseignement et de recherche menée depuis une dizaine d'années à l'Université de Cergy-Pontoise par une équipe d'enseignants-chercheurs. Elle nous permettra d'envisager une filiation de la recherche académique en écriture créative avec la tradition des ateliers d'écriture français largement portée en son temps par Jean Ricardou.

Anne-Marie Petitjean, Maître de conférences 9e
Langue et Littérature françaises
Université de Cergy-Pontoise, Laboratoire Agora
Master lettres & DU Ecriture créative et Métiers de la rédaction
Bibliographie:
Oriol-Boyer, C., Bilous, D. (dir.), 2013, Ateliers d'écriture littéraire, Colloque de Cerisy, Paris, Hermann Éditeurs.
Petitjean, A.-M., 2017, "Une conception bien française de l'atelier d'écriture", Forum Jean Ricardou, Collège International de Philosophie, Centre Culturel International de Cerisy, M. Avelot, M. Calle-Gruber, E. Heurgon (dir.), Paris, 21 avril 2017.
Petitjean, A.-M., 2018, "La formation à la conduite d'ateliers d'écriture comme facteur de réflexivité critique sur les processus de création", Les Cahiers d'Agora, n°1 [en ligne].
Ricardou, J., 1989, "Écrire à plusieurs mains", in Pratiques, 61, pp. 111-117.
Ricardou, J., 1992, "Pluriel de l'écriture", in Ateliers d'écriture, Colloque de Cerisy, C. Oriol-Boyer (dir.), Grenoble, L'Atelier du Texte (Ceditel), p. 22.


Jean-Claude RAILLON: Débords
Il est loisible de distinguer deux façons pour une œuvre plastique de gérer l'espace qui s'impose à elle comme une contrainte foncière. L'une consiste à discrètement s'en accommoder. L'autre consiste à exposer la contrainte comme telle pour en jouer. La présente contribution se propose de fournir sous cette vue l'analyse comparée d'un couple d'outrepassements remarquables, le premier qu'offre, dans sa partie inférieure droite, certain bas-relief roman, le second qu'offre, dans sa partie inférieure droite, certain panneau du retable de l'Agneau mystique par les frères Van Eyck. L'étude sera conduite à la lumière du concept textique d'ortho(plasto)texture.

Christelle REGGIANI: Ricardou lecteur de Roussel
L'œuvre de théoricien de la littérature (et plus généralement des systèmes de signes) de Jean Ricardou n'a pas été séparée de son activité critique, s'agissant en particulier de ses auteurs de prédilection, au premier rang desquels a figuré Raymond Roussel. On se propose donc d'examiner de près l'ensemble des écrits que Jean Ricardou a consacrés à Roussel, pour tenter de mettre au jour les enjeux de cette activité critique poursuivie tout au long de l'itinéraire intellectuel de Ricardou.

Hermes SALCEDA: Quelques enjeux théoriques de l'écriture roussellienne
L'intérêt de Jean Ricardou pour Roussel a été récurrent et s'est prolongé dans le temps puisque une quarantaine d'années séparent la première étude qu'il lui a consacrée (1971) de la dernière (2012). Roussel exerçait sur Jean Ricardou une certaine fascination qui l'amenait à revenir sur ses textes pour les mettre à l'épreuve des concepts théoriques du matérialisme textuel qu'il a élaboré. À la loupe de l'examen ricardolien l'écriture roussellienne est souvent ressortie à la fois comme une tentative novatrice et contradictoire. Novatrice parce que le Procédé a posé les bases d'une pratique matérialiste de l'écriture, et contradictoire parce que l'auteur avait affirmé, en même temps, sa volonté de se construire en tant que tel. L'écriture de Roussel, ainsi tendue entre le matérialisme du Procédé l'affirmation de l'égo de l'auteur, aurait basculé dans l'idéologie de l'expressivité. Pourtant, malgré ses contradictions, Roussel semble résister particulièrement bien à la récupération par le monde académique dans lequel sa place reste marginale. J'adopterai le point de vue inverse de celui de Jean Ricardou pour interroger les aspects qui font que Roussel résiste aux tentatives de récupération par le système littéraire au point que sa réception s'est déplacée vers le monde des arts plastiques. Il s'agira, en somme, de relever les lieux qui continuent de faire de Roussel un espace de choix pour des batailles théoriques entre des positions bien tranchées.

Sandra SIMMONS: La Marge Émerge
Lors de plusieurs séminaires de textique, à Cerisy, un travail collectif a pu faire évoluer une forme d'écriture nouvelle que j'ai mise en place et qui se nomme les "margelles".Jean Ricardou, qui a lui-même œuvré comme plasticien et s'est intéressé tout au long de ses travaux aux productions de divers artistes, a prêté aux "margelles" une grande attention et a fourni ses conseils, avisés par la textique, pour leur mise au point. À l'occasion de ce colloque, une transformation sera expérimentée dans l'étable, proche du château, qui accueille des expositions: il s'agit de rendre moins illisible, grâce à un dispositif signalétique, une déclivité du sol peu repérable pour les visiteurs qui risquent de s'y tordre la cheville ou de tomber. Du point de vue de la textique, cette intervention peut s'entendre comme une récriture qui à la fois devrait permettre de moins mal appréhender les caractéristiques du lieu et d'en perfectionner l'accès pour l'utilité de chacun.

Nicolas TIXIER: Un Ricardou édifiant
Jean Ricardou n'a pas fait qu'accueillir l'architecture et la question urbaine au sein des séminaires de Textique à Cerisy (2000 et 2001), il a participé directement à des réflexions urbaines sur au moins un projet, celui du développement Ouest du site de la Défense à Paris. À partir de quatre courriers, qui sont comme autant de contributions datant du début des années 90 adressées au Groupe de réflexion sur l'Ouest de la Grande Arche de la Défense, on regardera comment Jean Ricardou au sein de ce groupe a esquissé une application de la textique aux questions de projet urbain.

Gilles TRONCHET: Matériaux pour la théorie
Jean Ricardou, durant les années 1970, s'est attaché notamment aux problèmes que pose l'opérativité d'une écriture obéissant à des réglages spécifiques: procédures et méthodes sont interrogées comme les ressorts d'un travail fondé sur le langage et sur les lettres dont les agencements sont aptes à générer de la représentation. La fabrique du texte, terme dont la portée n'était pas encore nettement précisée, est abordée comme le résultat d'un processus opératoire, dont les principaux ressorts se trouvent spécifiés grâce à des concepts. L'hypothèse sera faite qu'une telle recherche préludait à la nouvelle discipline que constitue la textique, théorie unifiante de l'écrit et des opérations d'écriture, à l'élaboration de laquelle Jean Ricardou a consacré l'essentiel de ses efforts des années 80 jusqu'à sa disparition, en 2016. S'efforçant avant tout d'éclairer les mécanismes et les structures de l'écrit, il a suspendu l'examen des opérations productrices. Il s'agira donc, d'une part, de manifester les liens entre l'édifice de la textique et la perspective antérieure, d'autre part, de montrer que celle-ci, fût-ce à l'état d'ébauche, offre à la théorie un matériau fécond, susceptible d'être intégré à la théorie d'ensemble qu'a initiée Jean Ricardou.

Avec le soutien
du Centre de recherche en littérature (L'AMo - EA 4276) [Université de Nantes]

L'AMo Université de Nantes