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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2017 : un des colloques





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Flyer SIMONE WEIL, RÉCEPTION ET TRANSPOSITION
Mise à jour
13/03/2017


DU MARDI 1er AOÛT (19 H) AU MARDI 8 AOÛT (14 H) 2017

(colloque de 7 jours)

DIRECTION : Robert CHENAVIER, Thomas PAVEL

ARGUMENT :

Selon Simone Weil, la vie de la pensée consiste en l’expression nouvelle d’idées éternelles dans les conditions d’une époque. Le présent colloque voudrait définir cet "art" de la transposition que la philosophe applique méthodiquement dans maints domaines.

Dans cette perspective, on s’interrogera pour commencer sur ce qu’il en est de la condition humaine à l’ère de l’"obsolescence" programmée de l’homme. Il s’agit de comprendre comment une philosophie conçue comme "chose exclusivement en acte et pratique" permet de surmonter la difficulté de vivre, d’agir, d’écrire, en orientant l’attention sur les différents niveaux de la réalité. Le surnaturel étant affecté chez Simone Weil d’un coefficient supérieur de réalité, on abordera sa réflexion spirituelle comme une "théorie des religions" centrée à la fois sur ce qui fait l’unicité du sentiment religieux et sur la diversité des "voies d’unification". Puisque la recherche de Simone Weil développe une méthode visant à imprégner de spiritualité la vie humaine ici-bas, l’on prêtera une attention toute particulière à cette région supérieure du Bien d’où procède, selon la philosophe, le sentiment de la justice et de l’injustice. Il s’agit, en résumé, de faire percevoir que Simone Weil a toujours cherché l’équilibre entre l’idéal et les conditions concrètes de notre existence en ce monde.

Au-delà des contributeurs d'horizons et de disciplines variés, ce colloque s’adresse à tous les auditeurs intéressés par les questions traitées et qui, selon la formule de Cerisy, pourront participer aux débats.

CALENDRIER PROVISOIRE :

Mardi 1er août
Après-midi:
ACCUEIL DE PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque, du séminaire et des participants


Mercredi 2 août
L'art de la transposition
Matin:
Robert CHENAVIER & Thomas PAVEL: Ouvertures
Adrienne JANUS: À l'écoute de Simone Weil, la transposition du sens

Après-midi:
Fernando REY PUENTE: La transposition comme critère de vérité
Federica NEGRI: Simone Weil et Emmanuel Levinas. L'impersonnel et l'altérité, le même défi?

Soirée:
Alejandro DEL RÍO HERRMANN: Simone Weil et le problème d'une politique de la culture


Jeudi 3 août
La condition humaine à l'ère de l'"obsolescence de l'homme"
Matin:
Cristina BASILI & Emilia BEA: Vers une civilisation du travail. Action et contemplation dans la pensée de Simone Weil
Christina VOGEL: Penser l'expérience du temps dans la société postindustrielle à la lumière des écrits weiliens

Après-midi:
Olivier REY: Simone Weil et Günther Anders
Martine LEIBOVICI: La vulnérabilité de l'humain. Simone Weil et la philosophie morale contemporaine

Soirée:
"Biographie musicale de Simone Weil", concert organisé par les "Amis de la cathédrale" et interprété par le luthiste Thomas DUNFORD dans la chapelle nouvellement restaurée de l'hôpital de Coutances [œuvres de Jean-Sébastien Bach, complétées par quelques œuvres anglaises liées aux poètes mystiques qu'admirait Simone Weil]


Vendredi 4 août
Vivre et agir selon la justice
Matin:
Rita FULCO: "Seul ce qui est juste est légitime": la limite de la politique et l'obligation de la justice
Christine Ann EVANS: Simone Weil et la justice d'après-guerre

Après-midi:
Luigi A. MANFREDA: Expérience et négation. Simone Weil avec Meister Eckhart
Emmanuel GABELLIERI: Simone Weil: du renouvellement de la métaphysique (metaxologie) à l'élargissement du christianisme

Soirée:
Pascale DEVETTE: La pensée de Simone Weil est-elle un nouvel humanisme?


Samedi 5 août
Vérité et expérience dans la religion et la culture
Matin:
Ghislain WATERLOT: Renouveler la notion de "vérité religieuse". Le legs de Simone Weil
François MARXER: Philosophie de la religion, philosophie de l'expérience religieuse: le surnaturel à l'épreuve

Après-midi:
DÉTENTE


Dimanche 6 août
Déplacements, passages, seuils
Matin:
Maria Concetta SALA: L'art de transposer les pensées
Robert CHENAVIER: Transfert, transport, transposition, métaphore chez Simone Weil

Après-midi:
Thomas PAVEL: Le déracinement: Simone Weil et Gabriel Marcel
Maria VILLELA-PETIT: Convergences spirituelles (et l’actualité du sens universaliste de Simone Weil)

Soirée:
Projection


Lundi 7 août
Religion(s) et philosophie
Matin:
Laurent MATTIUSSI: Unicité des religions, unité de la religion? Simone Weil et Mircea Eliade
Pascal DAVID: Une vie philosophique? Simone Weil, éthique et écriture

Après-midi:
Frédéric WORMS: Elle me gouverne mais ne me convertit pas
Françoise MELTZER: L'attention et la souffrance: la question du corps chez Simone Weil

Soirée:
Projection ou libre


Mardi 8 août
Convergence des "voies"
Matin:
E. Jane DOERING: "Tout est lié", l'appel du Pape François et de Simone Weil

Synthèse du colloque

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Cristina BASILI & Emilia BEA: Vers une civilisation du travail. Action et contemplation dans la pensée de Simone Weil
Dans le cadre d’une recherche autour de l’intérêt de la philosophie de Simone Weil afin de discerner les défis du présent, on propose une réflexion sur sa pensée sociale et politique. Selon Simone Weil, une des grandes conquêtes de notre époque est d’avoir mis le travail au centre de la vie politique. Cette affirmation implique une prise en compte des liens entre théorie et praxis qui modifie la manière de concevoir l’activité de la pensée en même temps qu'elle reconnaît au travail une place essentielle dans la condition de l’homme moderne. Cette communication se centrera sur la conception weilienne du travail comme objet de contemplation et analysera aussi sa valorisation de la culture ouvrière en tant qu'instrument de libération de l’oppression. En mettant en dialogue la pensée de Simone Weil avec l’un des thèmes les plus urgents de notre époque, on essayera de démontrer toute son actualité.

Cristina Basili, docteur en philosophie politique (Université Carlos III de Madrid), a consacré son mémoire de master 2 à la pensée de Simone Weil.
Dernières publications
"La memoria de los vencidos. Historia y justicia en el pensamiento de Simone Weil", Revista de filosofia, 1, 2017.
"Il corpo della politica. Variazioni sull’Elettra di Simone Weil", Azimuth. Philosophical Coordinates in Modern and Contemporary Age, 6, 2015.
Simone Weil e la scienza greca: verso l'utopia di una società radicata, Ediciones Clásicas, Madrid, 2015.

Emilia Bea est professeur de philosophie du droit et philosophie politique à l’Université de Valence. Sa thèse, consacrée à Simone Weil, a été publiée sous le titre Simone Weil. La memoria de los oprimidos (Encuentro, Madrid, 1992; SEI, Torino, 1997). Auteure de plusieurs études sur la pensée de Simone Weil, elle  a également édité des ouvrages de et sur cette philosophe en espagnol et catalan. Elle est membre de l’Équipe de Recherche, dirigée par Fina Birulés (PhD, Professeur à l’Université de Barcelone), "La transmission dès la pensée philosophique féminine".


Robert CHENAVIER: Transfert, transport, transposition, métaphore chez Simone Weil
Conformément à sa conception du seul renouvellement possible de la philosophie, dans le domaine de l’"expression" — une "transposition qui s'opère d'âge en âge" —, il nous revient de trouver en quoi les problèmes posés par Simone Weil selon cette méthode peuvent être convertis par nos soins, dans notre époque. Cette recherche suppose qu’on se demande préalablement quel rôle joue dans la pensée de Simone Weil la notion de transposition, première d’une "précieuse série" d’autres notions dont la philosophe fait abondamment usage: transformation, transfert, transport, traduction, analogie; mais également: métaphore, images du passage (pont, seuil, porte...). C’est souvent faute de transposition ou faute d’un bon usage de la transposition que la pensée échoue à atteindre son objet ou que l’action manque son but. Seul l’accès à un langage de la métaphore, du transport de façon générale, offre la possibilité d’une lecture du réel sur différents niveaux.

Pascal DAVID
Pascal David, né en 1978, est philosophe. Il enseigne en master à la Faculté de philosophie de l’Université catholique de Lyon. Ses recherches portent sur la philosophie française contemporaine, sur la philosophie comme manière de vivre et sur les liens entre philosophie et spiritualité. Il travaille sur l’œuvre de Simone Weil depuis vingt ans.
Il est l’auteur d’un mémoire de DEA sur "La déchirure du réel. Simone Weil et la métaphysique" (Université Paris-Ouest Nanterre, 2003), il a participé au Simone Weil dirigé par Ch. Delsol aux éditions du Cerf (2009) et au Cahier de l’Herne Simone Weil (2014). Il a édité Simone Weil, Désarroi de notre temps et autres fragments sur la guerre (Peuple libre, 2016) et publié Penser la Chine. Interroger la philosophie avec François Jullien (Hermann, 2016).


Alejandro DEL RÍO HERRMANN: Simone Weil et le problème d'une politique de la culture
À l’aide de la notion de "politique de la culture", telle qu’elle est esquissée par le philosophe italien Norberto Bobbio, on peut essayer de comprendre quel était l’enjeu politique effectif de Simone Weil. "L’homme de culture" bobbien fournit en effet certains traits qui s’accordent avec "l’obligation impérieuse de protéger autant qu’on peut la faculté de discernement", formulée par Simone Weil. Au fort de la pensée weilienne, la "décréation", vocation de toute "créature raisonnable", permet de proposer, à travers la "lecture décréative", une notion du travail de la culture comme "lectures superposées" ou "lecture des lectures". Une forme d’action publique, de politique de la culture donc, libérée de la fascination du pouvoir et capable d’appliquer "les méthodes élémentaires de la pensée raisonnable", est-elle réalisable, et dans quelles conditions?

Alejandro del Río Herrmann, né en 1965, est philosophe, éditeur et traducteur.
Outre Fuerza y atención en Simone Weil. Una lectura filosófico-política, on compte parmi ses travaux sur Simone Weil: "Une méthode de résistance", "Simone Weil, entre Rosa Luxemburgo y Antígona", "Une politique de la kénose", "La guerra alojada en el cuerpo: Simone Weil y Joë Bousquet". Il a coordonné (avec Emilia Bea) l'ouvrage: Simone Weil. Pensar con un acento nuevo. Lecturas y textos.


Pascale DEVETTE: La pensée de Simone Weil est-elle un nouvel humanisme?
"Nous sommes à une époque tout à fait sans précédent, et dans la situation présente l’universalité, qui pouvait autrefois être implicite, doit être maintenant pleinement explicite. Elle doit imprégner le langage et toute la manière d’être" (1). La pensée de Simone Weil pose les bases d’un nouvel humanisme, conjuguant de manière plurielle la sagesse hindou, le message chrétien et la lucidité grecque avec les exigences d’un monde technocratisé et impérialiste. Nous transposerons les réflexions weilliennes concernant la notion d’universalité afin d’analyser les diverses problématiques actuelles entourant le "choc des identités". Face à une montée des revendications particularistes violentes et exclusivistes, comment penser ensemble l’universalité de l’humanité et la diversité du monde? Comme le dit Weil, "des obligations identiques lient tous les êtres humains, bien qu’elles correspondent à des actes différents selon les situations" (2). Si la diversité entre les religions et les nations peut mener à des conflits, elle demeure un principe différencié de l’universel que nous tenterons de cerner dans cette présentation.
(1) Simone Weil, Attente de Dieu, Paris, Fayard, 1977, p. 81.
(2) Simone Weil, "L’Enracinement", in Œuvres, Paris, Quarto Gallimard, 1999, pp. 1028.


Pascale Devette est doctorante en cotutelle à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa (Canada) et en philosophie politique à l’Université Paris Diderot. Sa thèse ("L’humanisme pluriel et la relation tragique du singulier à l’universel: dialogue entre Albert Camus, Simone Weil et Hannah Arendt") interroge la tension entre l’universalité de la dignité humaine et la pluralité des êtres humains et des cultures.

E. Jane DOERING: "Tout est lié", l'appel du pape François et de Simone Weil
Dans cette communication, je ferai la conjonction entre les idées de Simone Weil et les appels du pape François au monde contemporain. On observe entre leurs pensées des parallèles concernant la dignité de l’individu: le travail non-servile, la beauté, le monde matériel comme langage de Dieu, la détresse spirituelle imposée aux âmes par la violence/la force, ainsi que les dangers virtuels de la science appliquée, en forme de technologie, aux aspects spirituels de la création.

E. Jane Doering, PhD de Northwestern University, Illinois, USA, est professeure émérite de l’Univ. of Notre Dame, Indiana, USA.
Publications
The Christian Platonism of Simone Weil (co-editor), 2004, Notre Dame Press, Notre Dame IN 46556.
Simone Weil and the Spectre of Self-perpetuating Force, 2010. Notre Dame Press, Notre Dame IN 46556.
À paraître: When Fiction and Philosophy Meet: Flannery O’Connor and Simone Weil, Mercer Univ. Press, Atlanta, GA, 2018.
Articles
Quelques douzaines d’essais dans des revues ou des collections au sujet de Simone Weil en anglais, en français et en italien.


Christine Ann EVANS: Simone Weil et la justice d'après-guerre
"...[L]a France en tant que nation se trouve en ce moment aux côtés de la justice, du bonheur général et des choses de ce genre, c’est à dire dans la catégorie des belles choses qui n’existent pas. La victoire alliée la sortira de cette catégorie et la rétablira dans le domaine des faits..."
Dans L’Enracinement, Weil exprimait clairement ses appréhensions sur la période d’après-guerre, sur le moment où la France passerait au "domaine des faits". Les procès des grands fonctionnaires de Vichy nous permettent de suivre de près cette transition. Les procès servaient plusieurs buts différents: tirer un trait sur la "justice" de Vichy et rétablir la constitution de 1875; affirmer la légitimité du gouvernement provisoire et de son chef; insister sur la continuité du récit historique français et représenter Vichy comme une aberration dans ce récit. Weil prévoyait les suites d’une justice qui ne servait que des buts symboliques et politiques: la répartition de tous les Français dans le camp des "purs" ou celui des "impurs" (la constitution du crime d’indignité nationale); les risques posés par un ensevelissement trop rapide de 4 ans de collaboration. Dépeindre Vichy comme une "rupture" dans le récit historique permet de l’effacer et d’y superposer un récit triomphal. Le refoulé fera irruption plus tard, dans ce que Henry Rousso appelle "le syndrome de Vichy".

Christine Ann Evans  est professeur de littérature comparée et directrice du département Humanities, College of Liberal Arts and Sciences, Lesley University, Cambridge, MA. Ses articles sur Simone Weil traitent du récit "officiel" de l’histoire française que Weil démantèle et des bases qu’elle propose pour un nouveau récit ("The Nature of Narrative in Simone Weil's Vision of History: The Need for New Historical Roots" in The Beauty that Saves: Essays on Aesthetics and Language in Simone Weil); des récits de l’histoire française en concurrence avant et pendant la deuxième guerre mondiale ("La débâcle vue par Simone Weil", Cahiers Simone Weil, 34.2); des effets néfastes du refoulement d'un passé historique dans l’intérêt de forger une identité nationale (""Une page médiocre de Renan": la remémoration et l’oubli dans la constitution d’une nation", Cahiers Simone Weil, 38.4).

Rita FULCO: "Seul ce qui est juste est légitime": la limite de la politique et l'obligation de la justice
Quelles sont, dans la pensée de Simone Weil, les caractéristiques d’un pouvoir qui pourrait se définir juste? Quel rapport implique un pouvoir juste entre l’éthique et la politique? Peut-on parler, à propos de la politique imaginée par Simone Weil dans ses derniers écrits, d’une transposition dans la politique de positions théologiques? Et dans quelle mesure une telle transposition pourrait amener à penser autrement, d’un côté, les limites du politique et, de l’autre, celle des instances théologiques? Cette intervention s’efforcera d’esquisser des réponses à ces questions dans le cadre de la réflexion weilienne sur la tension permanente entre les concepts de droit et de justice.

Rita Fulco, actuellement chargée de recherche à l’École Normale Supérieure de Pise, a obtenu - selon la terminologie officielle italienne - l'habilitation scientifique nationale en tant que professeur universitaire de deuxième niveau en philosophie théorétique, en philosophie politique et en philosophie morale. Ses études portent sur la philosophie du vingtième siècle, en particulier depuis quinze ans dans le domaine de la pensée de Simone Weil.
Publications
"Simone Weil: rilegittimare l’Europa", dans Esistenza e storia in Simone Weil, sous la direction de L.A. Manfreda, F. Negri, A. Meccariello, Asterios, Trieste 2016.
"Potere, violenza, governo della città", dans Abitare la vita, abitare la storia. A proposito di Simone Weil, sous la direction de M.C. Sala, Marietti, Genova 2015.
"Les Cahiers de Marseille et l’architecture du Je. L’"égoïsme sans je" ou l’"annihilant" impersonnel", Cahiers Simone Weil, 3, 2012, pp. 337-368.
"Droits de l’homme et à-venir de la responsabilité", Cahiers Simone Weil, 1, 2011, pp. 7-31.
"La irreductibilidad de lo negativo. Notas sobre la violencia a partir de Simone Weil", dans Diótima, La mágica fuerza de lo negativo, Horas y horas, Madrid 2009, pp. 189-223.
"Un espace privilégié pour la politique et pour l’amitié: Simone Weil et ses élèves", Cahiers Simone Weil, 3, 2007, pp. 387-404.
Monographie
Corrispondere al limite. Simone Weil: il pensiero e la luce, Studium, Roma 2002.
Site personnel
https://scuola.academia.edu/RitaFulco


Emmanuel GABELLIERI: Simone Weil: du renouvellement de la métaphysique (métaxologie) à l'élargissement du christianisme
Simone Weil n’utilise quasiment pas les termes "métaphysique", "phénoménologie", "théologie". Sa pensée déborde les limites habituelles de ces catégories et, finalement, semble les enchevêtrer. On avancera l’hypothèse que se joue chez Simone Weil un élargissement de la métaphysique à la fois vers le bas, c’est-à-dire la vérité du monde (la doctrine des metaxu ne pense plus le "méta" comme un "au-delà" mais comme une "médiation"), et vers le haut, c’est-à-dire l’intelligibilité du christianisme (le "surnaturel" donne à penser à la raison, au même sens que le symbole donne à penser chez Ricœur). Cette transformation ne conduit pas seulement à un renouvellement de la métaphysique mais aussi à un élargissement du christianisme, dont la vérité dépasse nécessairement ses frontières historiques.

Emmanuel Gabellieri est professeur HDR à la Faculté de Philosophie, directeur du CRESO et vice-recteur recherche à l’Université Catholique de Lyon.
Sélection de publications sur S. Weil
Être et Don. S. Weil et la philosophie, "Bibliothèque philosophique de Louvain", n°57, Peeters, Louvain/Paris (diffusion Vrin), 2003.
Cahier de L’Herne "Simone Weil", E.Gabellieri/ F.L'Yvonnet (dir.), Ed. de L’Herne, Paris, 2014.
"Immanence, Transcendance et Médiation. De la metaxologie", La Vérité dans ses éclats. Foi et Raison, (dir. B.Lagrut, E.Vetö), Ad Solem, 2014, p. 325-356.
"Vide, croix et kénose. Simone Weil et Stanislas Breton", dans Philosophie et mystique chez Stanislas Breton, Colloque de Cerisy, J. Greisch, J. de Grammont, M.-O. Métral (dir.), Cerf, 2015, p. 177-194.
"Pesanteur, Grâce et Incarnation. De S. Weil à Giotto et retour", Gregorianum, Roma 2015, 96/3, p. 595-614.
"Philosophie et Christianisme, de M. Blondel à S. Weil", dans Philosophie et inspiration chrétienne, P. Capelle-Dumont (dir.), "Parole et Silence", 2015, p. 135-151.
"Entre Logos et Tao, forme et sans-forme. L’esthétique de S. Weil et la pensée chinoise", Mises en scène de l’invisible. Frontières de l’image et du sens. Chine-France, S. Kalla Karim (dir.), Coll. "Eidos", L’Harmattan, 2016, p. 75-91.
Penser le travail avec Simone Weil, coll. "Penser avec", GRACE/Nouvelle Cité (à paraître, 2017).


Adrienne JANUS: À l'écoute de Simone Weil, la transposition du sens
What kind of physical and spiritual training is required to change our relation to the world? How do we achieve release from the constraints of self-maintenance and identity as well as from the dual pathologies of self-assertion and world-appropriation? Answering these questions by listening to and with Simone Weil involves finding a new orientation, amplitude and tonality of sense and the senses, such that listening becomes an ontological position, an affective disposition, and an ethical position. In this transposition of the senses, we would no longer be involved in world-consumption, but adopt a mode of looking, a "juste regard" oriented towards the "secret, silent, invisible, infinitely small". Looking would no longer involve a subject fixing an object in its point of view, but would become a mode of listening, a mode of attention oriented towards the otherwise imperceptible resonances of the moods and atmospheres that accompany even the most minimal sense of being in the world.

Comment parvenir à changer notre rapport au monde? Comment se dégager tant des contraintes que nous imposent l’identité et le maintien de soi, que de la double pathologie de l’affirmation de soi et de l’appropriation du monde? Pour répondre à ces questions, Simone Weil se propose de transformer notre écoute du monde. En travaillant à modifier l'orientation, l'amplitude et la tonalité du sens comme des sens, il s'agit d'accorder à l’écoute un véritable rôle ontologique, affectif et moral. Grâce à cette transposition, au lieu de "consommer" le monde, l'on adopte une nouvelle manière de le regarder, le "juste regard", orienté vers ce qui est secret, silencieux, invisible et infiniment petit. "Regarder" n'est plus fixer un objet, mais devient une manière d’écouter, de prêter attention à la résonance, sinon imperceptible, des vibrations qui accompagnent tout sentiment d’être au monde.

Adrienne Janus est maître de conférences à l’Université François Rabelais de Tours. De 2006 à 2016, elle a été maître de conférences en anglais et littérature comparée, rattachée aux départements "Musique" et "Film et Culture Visuelle". Ses travaux s’inscrivent dans le champ de la littérature et de la culture audio-visuelle moderne et contemporaine, avec une attention particulière portée au rôle de l’écoute et des sons non-discursifs en littérature, philosophie et arts du spectacle.
Publications
Sur la musique, les murmures et le rire dans la littérature et culture moderniste:
"L’événement du rire", Modernités, UP Bordeaux, 2015.
"Listening High and Low", Études Irlandaises, 2013.
"Listening to Laughter in Joyce and Beckett", Journal of Modern Literature, 2009.
Sur la philosophie de l’écoute chez Heidegger, Jean-Luc Nancy, et Peter Sloterdijk:
"Listening: Nancy and the Anti-ocular Turn in Continental Philosophy", Comparative Literature, 2011.
Sur le concept de résonance en philosophie, arts visuels et science:
On the Threshold: Visual Culture, Invisible Nature, Edinburgh U Press, 2016.
"Soundings: The Secret of Water and the Resonance of the Image", The Senses and Society, 2013.


Martine LEIBOVICI: La vulnérabilité de l'humain. Simone Weil et la philosophie morale contemporaine
La réflexion morale de Simone Weil entrerait-elle en résonnance avec certaines inflexions de la philosophie morale contemporaine, représentées par exemple par les éthiques du care (Carol Gilligan, Joan Tronto) ou l'insistance sur la précarité d'une Judith Butler? À contre-courant de l'idéal classique d'autonomie qui valorise en l'homme sa capacité rationnelle d'action et de décision comme devant transcender les expériences de dépendance et de faiblesse où son humanité se perdrait, la vulnérabilité est une condition originelle de l'homme dont le corollaire est la réponse aidante et bienveillante d'autrui. Précarité, vulnérabilité, fragilité de l'homme sollicitent désormais la réflexion morale autant que sa finitude. Simone Weil a exploré de façon profonde cette dimension qu'elle a mise au cœur de la condition humaine, avec une insistance sur une notion marginalisée par la réflexion contemporaine: l'âme et ses besoins. Le souci weilien de l'âme concerne autant l'âme de celui qui est vulnérable à la force que de celui qui la manie. Et le soin quotidien qui répond à la détresse peut, dans certaines circonstances, prendre une tournure héroïque...

Martine Leibovici est MCF-HDR émérite de l'Université Paris Diderot-Paris 7, membre du LCSP.
Articles
"Formes de l'amour des malheureux chez Flora Tristan et Simone Weil", in Oppressions et liberté. Simone Weil ou la résistance de la pensée, P. Dewette & E. Tassin (dir.), Tumultes, n°46, mai 2016.
"L'injustice sociale et les figures du refus chez Simone Weil. Révolte, révolution, revendication, résistance", in Simone Weil, lectures politiques, V. Gérard (dir.), Paris, Éditions Rue D'Ulm / Presses de l'École normale supérieure, 2011.
"Simone Weil, la mal née", in La haine de soi. Difficiles identités, E. Benbassa & J.-C. Attias, Bruxelles, Éditions Complexe, 2000.
"Simone Weil et les Juifs: une contrainte à ne pas voir", in Simone Weil antisémite? Un sujet qui fâche?, Cahiers Simone Weil, Tome XXX, n°3, septembre 2007.


Luigi A. MANFREDA: Expérience et négation. Simone Weil avec Maître Eckhart
Cette communication est une réflexion sur la notion de "renoncement" dans la pensée de Simone Weil. La lecture que j’en propose est conduite aussi par le moyen d’une confrontation avec quelques pages de Maître Eckhart. L’expérience de l’abnégation occupe un rôle particulier dans la pensée de Simone Weil: elle n’est pas présente dans tous ses textes, mais joue un rôle pertinent, même quand elle ne fait pas l’objet direct de son écriture. Cette expérience met en lumière la fonction que la mystique occupe dans la philosophie de Simone Weil, moins sur le plan de la réflexion proprement éthique que par les effets disciplinaires que sa pratique peut avoir sur sa pensée et son imagination.

Luigi A. Manfreda est professeur de Philosophie théorétique à l’Université Roma-Tor Vergata, Département d’Études littéraires, philosophiques et d’Histoire de l’Art. Il est membre de la direction de la revue d’études philosophiques "Il cannocchiale".
Publications
Tempo e redenzione. Linguaggio etico e forme dell’esperienza da Nietzsche a Simone Weil, Jaca Book, 2001.
Simone Weil tra mistica e politica, Roma, 2011 (ouvrage collectif).
Esistenza e storia in Simone Weil, Trieste, 2016.


François MARXER: Philosophie de la religion, philosophie de l'expérience religieuse: le surnaturel à l'épreuve
On sait à quelle suspicion est vouée la philosophie religieuse, bien qu'elle tente de présenter un univers de raison, certes inspiré par l'expérience religieuse. L'effort de pensée de Simone Weil est souvent classé dans cette catégorie; mais ne pourrait-il prétendre à nourrir une philosophie de la religion, qui revendique les prestiges de l'objectivité, puisque, sans oublier de critiquer ses propres fondements, elle se donne pour tâche d'évaluer la prétention de la religion à énoncer la vérité? Si la vérité est au cœur de cette rencontre de la religion et de la philosophie, faut-il  alors la considérer du point de vue d'un savoir objectif à constituer — réconciliation des deux domaines avec Hegel — ou bien dénoncer avec Kierkegaard ce "mélange frauduleux" — et donc procéder à la rupture? Se poser la question de Pilate: "Qu'est-ce que la vérité?" ou bien celle d'un "comment vivre en vérité"? Pilate se donne à lui-même la réponse: "Voici l'homme", en exposant, en exhibant le condamné nazaréen, supplicié, crucifié, réduit à rien: kénose de Dieu et de l'homme, ce qui trace une voie de réponse au comment ("faire la vérité", comme dit saint Jean). Cette voie se dira en termes de liberté, dépassement des aliénations et des déterminations de la nature dans un élan de foi et d'amour vers l'Absolu, ce qui ne peut être déterminé par le seul effort de notre raison (Lachelier). Simone Weil nomme cet acte (surnaturel) de liberté "décréation". Une perspective adoptée par Henry Duméry et que pourra étayer la staurologie de Stanislas Breton.

Laurent MATTIUSSI: Unicité des religions, unité de la religion? Simone Weil et Mircea Eliade
Maurice Nédoncelle juge indispensable "de ne pas imiter Simone Weil ou Mircea Eliade" quand on rapproche les mythes, si l’on ne veut pas "s’exposer au reproche d’avoir dégagé imprudemment des structures constantes ou des valeurs universelles qui seraient plus imaginaires qu’historiques" (Revue des Sciences Religieuses, tome 33, fascicule 3, 1959, p. 319). Cette mise en garde attire l’attention sur la manière dont Simone Weil et Mircea Eliade ont pratiqué l’étude comparée des religions pour mettre en évidence une certaine communauté entre les formes de spiritualité les plus éloignées. En s’interrogeant sur ce qui est en jeu dans les recherches d’Eliade sur le symbolisme religieux, on examinera comment Simone Weil confirme paradoxalement son identité chrétienne par le recours à une altérité (les autres formes spirituelles et religieuses), dont elle ne cesse d’indiquer qu’elle n’a rien de radical.

Laurent Mattiussi, professeur de littérature générale et comparée à l’université Jean Moulin — Lyon 3, étudie les rapports de la littérature avec la philosophie et la spiritualité en Europe, de 1850 à 1950. Il a publié de nombreux articles sur Nietzsche, Mallarmé, Valéry, Blanchot.
Publications
Fictions de l’ipséité: Essai sur l’invention narrative de soi (Beckett, Hesse, Kafka, Musil, Proust, Woolf), Droz, 2002.
Mallarmé et la Chine, L’Harmattan, 2015.


Federica NEGRI: Simone Weil et Emmanuel Levinas. L'impersonnel et l'altérité, le même défi?
"Elle a vécu comme une sainte et de toutes les souffrances du monde. Elle est morte. [...] comment parler d'elle, et surtout, comment parler contre elle?". Au-delà de toutes les critiques que Levinas a réservées à Simone Weil, il semble exister chez tous les deux la même inquiétude pour l'altérité, pour les "suppliants muets" qui sont la vérité et le malheur, pour la justice qui "consiste à veiller à ce qu'il ne soit pas fait de mal aux hommes". La communication cherchera à dégager quelques points de contact entre ces deux grands philosophes du XXe siècle.

Federica Negri est professeur d'esthétique et d'anthropologie philosophique à l'université IUSVE (Istituto Universitario Salesiano Venezia) de Venezia-Mestre et Verona.
Publications
La passione della purezza. Simone Weil e Cristina Campo, Il Poligrafo, Padova 2005.
"Simone Weil par Cristina Campo", in E. Gruber, M. Calle, N. Setti (a cura di), Simone Weil. La passion de la raison, Hartmann, Paris 2003, pp. 101-117.
"Simone Weil et la culture populaire: contes, mythes et folklore", in Cahiers Simone Weil, tome XXX, n°1, mars 2007, pp. 1-13.
"La passione della ragione in Simone Weil. Dalla ragione naturale alla ragione soprannaturale", in Dialegesthai. Rivista telematica di filosofia, ISSN 1128-5478, anno 11 (2009).
""Per amore del mondo". La riflessione dell’ultima Weil tra mistica e proposta politica, in M. Durst, L. A. Manfreda, A. Meccariello, Simone Weil tra mistica e politica, Aracne, Roma 2011, pp. 37-52.
""La persona è sacra?". Oltre la trappola del potere. Critica all’idealità disincarnata", in L. A. Manfreda, F. Negri, A. Meccariello (a cura di), Esistenza e storia in Simone Weil, Asterios, Trieste, 2016, pp. 89-112.
"Platone e Marx, strani compagni di viaggio verso la decreazione", postfazione a R. Chenavier, Simone Weil. L'attenzione al reale, Asterios, Trieste, 2016, pp. 113-117.


Thomas PAVEL: Le déracinement: Simone Weil et Gabriel Marcel
Dans les terribles années 1940, Simone Weil et Gabriel Marcel ont réfléchi aux conséquences de la mobilité dans les sociétés du XXe siècle, qu’elle soit causée par le système économique en vigueur ou qu’elle dépende des nouvelles formes de la vie politique et sociale. Tous deux s'accordent à penser que cette mobilité a pour conséquence un appauvrissement de l’individu submergé par l’anonymat des usines modernes et de la société de masse. L'on examinera les solutions proposées par Simone Weil dans L’Enracinement et par Gabriel Marcel dans Les Hommes contre l’humain, en essayant d’évaluer leur validité actuelle.

Olivier REY: Simone Weil et Günther Anders
Bien qu'ils soient de la même génération, on ne songe guère à rapprocher Simone Weil et Günther Anders, tant leurs personnalités sont différentes. Et pourtant, envisager conjointement ces deux penseurs s'avère fécond. Dans L'Enracinement, il est dit que "l'art de transposer les vérités est un des plus essentiels et des moins connus". C'est à un tel exercice de la transposition et de la complémentarité qu'invite la rencontre entre Simone Weil et Günther Anders.

Fernando REY PUENTE: La transposition comme critère de vérité
Simone Weil affirme que la transposition est un critère de vérité. Cette communication a pour but de montrer qu'en raison de ce critère de vérité, Simone Weil doit avoir une conception de la philosophie non évolutive, c'est-à-dire penser que la vraie philosophie ne change pas, mais qu'elle peut seulement modifier ses modes d'expression afin de s'adapter aux différentes réalités historiques et culturelles. Si la transposition est une prémisse philosophique fondamentale pour Simone Weil, elle est obligée de penser que la vraie philosophie est une seule et la même (comme la philosophie grecque pour elle est une seule). La transposition fonctionne alors dans la dimension temporelle comme l'invariable qui doit être entrevu derrière les diverses manifestations historiques de la vérité. Ainsi, seul ce qui peut être transposé est vrai.
 
Professeur titulaire au département de philosophie de l'Université Fédérale de Minas Gerais (UFMG)/Brésil où il enseigne la philosophie ancienne et contemporaine, Fernando Rey Puente a publié plusieurs articles et quelques livres sur la philosophie ancienne. Auteur de plusieurs articles et chapitres sur Simone Weil, il a co-dirigé un ouvrage sur la pensée de Simone Weil (Simone Weil e a filosofia, Loyola: São Paulo, 2011) et écrit deux livres dédiés à la pensée de la philosophe: Simone Weil et la Grèce, L'Harmattan: Paris, 2007 et Exercícios de atenção: Simone Weil leitora dos gregos, Loyola: São Paulo, 2013.

Maria Concetta SALA: L'art de transposer les pensées
Comment parvenir à relier la philosophie "exclusivement en acte et pratique" de Simone Weil à une pratique pédagogique et politique orientée vers l’ouverture d’un passage entre des conditions déjà déterminées sur le plan de l’individu et sur le plan du social? La notion de transposition, en tant qu'"art de transposer les pensées", qui est au cœur de l’œuvre de la philosophe, peut-elle être considérée à cet égard comme une véritable méthode? Avec cette méthode, est-il possible de nous approcher d’une révision de la condition humaine, en vue d’une réorientation de notre propre existence et, en général, de la vie terrestre? À travers l’exploration de cette notion dans les textes de Simone Weil et de mes propres expériences, nous tenterons d’ébaucher quelques réponses.

Maria Concetta Sala a traduit et édité en Italie quelques textes de Simone Weil  ‒ Diario di fabbrica (Journal d’usine), Marietti, 2015; La rivelazione greca (La révélation grecque), avec Giancarlo Gaeta, Adelphi, 2014; La persona e il sacro (La personne et le sacré), Adelphi, 2012; Attesa di Dio (Attente de Dieu), Adelphi, 2008. Chez Marietti elle a aussi édité en 2015 le recueil Abitare la vita, abitare la storia. A proposito di Simone Weil (Habiter la vie, habiter l’histoire. À propos de Simone Weil).

Maria VILLELA-PETIT: Convergences spirituelles (et l’actualité du sens universaliste de Simone Weil)
L’universalisme de la plupart des philosophes reste, pour ainsi dire, formel; ils appartiennent à une culture, même si celle-ci peut être influencée par d'autres, en général au sein d’une même civilisation. Un précédent colloque de notre association, Les civilisations inspiratrices, laissait déjà entrevoir, par son pluriel, que S. Weil avait franchi les frontières, qu'elle ne s’enfermait pas dans la civilisation qui était la sienne - la nôtre -, dépassant ainsi ce qu’habituellement on entend par "civilisation". Les notes de ses Cahiers attestent qu’elle prêtait la plus grande attention à ce qu’elle considérait comme des "perles de vérité", bien qu’issues de cultures modestes comme celles des Polynésiens, de groupes africains ou amérindiens. Une simple communication ne peut avoir l'ambition de dresser, ne fût-ce qu’un panorama, de ce que S. Weil a retenu des cultures lointaines. Aussi me contenterai-je d’aborder sa "lecture" du Taoïsme en relation avec des passages bibliques, tout en soulignant combien certaines de ses transpositions sont d’actualité.

Christina VOGEL: Penser l'expérience du temps dans la société postindustrielle à la lumière des écrits weiliens
Mon propos est de reprendre les analyses que Simone Weil a conduites sur le rapport étroit entre l'expérience du temps et le travail, en tenant compte des profondes mutations — technologiques, économiques, politiques et sociales — liées à l’avènement d’une société postindustrielle dont les innovations techniques ainsi que les révolutions digitales bouleversent les formes de production et de communication des biens ou des services. Nos sociétés de consommation n’ont pas seulement changé la nature du travail, elles privent encore un nombre croissant de gens de la possibilité de trouver un travail. Alors que le travail perd de plus en plus son importance et sa valeur, il faut interroger les divers effets que cette nouvelle situation produit sur les individus et les relations sociales. Que signifie d’être exclu du monde du travail et d’avoir, qu’on le veuille ou non, du temps libre, non consacré à des activités professionnelles?

Christina Vogel est professeur titulaire de l’Université de Zurich où elle enseigne les littératures française et roumaine; spécialiste de la littérature française des XVIIIe et XXe siècles, des théories littéraires (sémiotique, critique génétique, études comparatives) et des questions d’esthétique, elle co-dirige l’équipe "Valéry" de l’Institut des Textes et Manuscrits Modernes (ITEM/CNRS).
Publications
Christina Vogel (dir.), "Penser le hasard et la nécessité", Versants, n°61:1 (fascicule français), Genève, Slatkine, 2014.
CR: Cahiers Simone Weil, tome XXXVIII, n°2 (juin 2015), p. 195-199 (Monique Broc-Lapeyre).
"Le rôle de l’art dans la construction d’une civilisation nouvelle", Cahiers Simone Weil, Tome XXXVIII, n°4, décembre 2015, p. 305-316.
"Simone Weil et Paul Valéry: deux essais de penser la notion de valeur", Cahiers Simone Weil, "Les écrits de Marseille I", Tome XXXV, n°3, septembre 2012, p. 369-379.
"La lecture comme réception et production du sens. Les enjeux de la pensée weilienne", Cahiers Simone Weil, Tome XXXIII, n°2, juin 2010, p.201-213.
"Simone Weil et Albert Camus, entre agir et pâtir", Cahiers Simone Weil, Tome XXIX, nº1, mars 2006, p. 27-37.


Ghislain WATERLOT: Renouveler la notion de "vérité religieuse". Le legs de Simone Weil
"Pour moi la vie n’a pas eu d’autre sens que l’attente de la vérité" (Lettre à Maurice Schumann). La vérité est donc au centre de la vie de Simone Weil. Mais cette "attente" ne signifie pas vide et passivité, car elle dit aussi qu’elle a reçu "un dépôt d’or pur qui est à transmettre". Dans ses dernières années, elle a transmis au moins partiellement ce dépôt, renouvelant profondément la signification de la vérité dans le champ religieux, et spécialement dans le christianisme. Cette communication s’interrogera sur ce renouvellement. Car la réception de Simone Weil est loin d’être achevée. Non seulement au niveau institutionnel (l’Église catholique romaine y est peut-être moins prête aujourd’hui qu’il y a cinquante ans), mais aussi au niveau de la théorie philosophique et théologique. Simone Weil n’ouvre pas sur un syncrétisme, mais conduit à repenser les notions de pluralité et d’unité, ainsi que la signification de la présence de Dieu aux hommes. Nous nous centrerons sur ces aspects qui impliquent réception philosophique et transposition théologique.

Ghislain Waterlot est professeur de philosophie et d’éthique à l’Université de Genève. Spécialiste de Jean-Jacques Rousseau et Henri Bergson, depuis plusieurs années il travaille plus largement sur l’expérience religieuse et mystique.
Il a publié de nombreux articles sur cette question, dont deux sur Simone Weil ("Expérience spirituelle et loi naturelle: une approche de Simone Weil" [Revue d’Éthique et de Théologie morale, 2010, HS, n°261] et "Expérimenter le texte? Enjeux d’une approche philosophique de la mystique" [Religion et liberté, PUS, 2015]). Il achève actuellement un ouvrage sur Simone Weil qui sera intitulé Simone Weil. Une mystique intégrale (à paraître en 2017, au Seuil).


BIBLIOGRAPHIE :

ŒUVRES COMPLÈTES DE SIMONE WEIL (Paris, Gallimard) :
O.C. I - Premiers écrits philosophiques, 1988.
O.C. II 1 - Écrits historiques et politiques. 1. L'Engagement syndical, 1988.
O.C. II 2 - Écrits historiques et politiques. 2. L'expérience ouvrière et l'adieu à la révolution, 1991.
O.C. II 3 - Écrits historiques et politiques. 3. Vers la guerre, 1989.
O.C. IV 1 - Écrits de Marseille (1940-1942). 1. Philosophie, science, religion, questions politiques et sociales, 2008.
O.C. IV 2 - Écrits de Marseille (1941-1942). 2. Grèce, Inde, Occitanie, 2009.
O.C. V 2 - Écrits de New York et de Londres. 2. L’Enracinement (1943), 2013.
O.C. VI 1 - Cahiers (1933-septembre 1941), 1994.
O.C. VI 2 - Cahiers (septembre 1941-février 1942), 1997.
O.C. VI 3 - Cahiers (février-juin 1942), 2002.
O.C. VI 4 - Cahiers (juillet 1942-juillet 1943), 2006.
O.C. VII 1 - Correspondance. 1. Correspondance familiale, 2012.

QUELQUES ÉTUDES CONSACRÉES À SIMONE WEIL :
Ouvrages
BALLANFAT Marc, Simone Weil ou le combat de l’Ange contre la Force, Paris, Hermann, 2011.
CANCIANI Domenico, Simone Weil. Le courage de penser, Paris, éd. Beauchesne.
CHENAVIER Robert, Simone Weil. Une philosophie du travail, Paris, éd. du Cerf, 2001.
CHENAVIER Robert, Simone Weil. L’attention au réel, Paris, Michalon, 2009.
GABELLIERI Emmanuel, Être et don. Simone Weil et la philosophie, Paris-Louvain, Peeters, 2003.
PETREMENT Simone, La Vie de Simone Weil, Paris, Fayard, 1973 (2 vol.). Rééd. 1997 (un vol).
SAINT-SERNIN Bertrand, L’Action politique selon Simone Weil, Paris, éd. du Cerf, 1988.
VETÖ Miklos, La Métaphysique religieuse de Simone Weil, Paris, Vrin, 1971. Rééd., Paris, L'Harmattan, 2014 (3e éd. revue).
Collectifs
KAHN Gilbert (sous la dir. de), Simone Weil. Philosophe, historienne et mystique, Paris, Aubier Montaigne, 1978. Ce recueil regroupe les actes ou une partie des actes de plusieurs colloques, notamment ceux de la rencontre "Vigueur d'Alain, rigueur de Simone Weil", Cerisy-la-Salle, 1974.
DEVETTE Pascale et TASSIN Étienne (sous la dir. de), "Oppressions et liberté. Simone Weil ou la résistance de la pensée", Tumultes (Paris, éd. Kimé), n°46, mai 2016.

LES CAHIERS SIMONE WEIL :
L'Association pour l'étude de la pensée de Simone Weil publie, depuis juin 1978, une revue trimestrielle, les Cahiers Simone Weil (dir. de la publication: R. Chenavier). La revue publie les communications données aux colloques annuels organisés par l'Association. Signalons quatre livraisons consacrées à un des thèmes du colloque de Cerisy: "La réception des œuvres de Simone Weil" (Brésil, États-Unis, Grande Bretagne, Irlande, Italie, Japon, pays germanophones), XXVII-3 & 4, septembre & décembre 2004; XXVIII-1 & 2, mars & juin 2005.

Avec le soutien de
The John U. Nef Committee on Social Thought - The University of Chicago

The John U. Nef Committee on Social Thought - The University of Chicago