Logo CCIC
CCIC
CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2017 : un des colloques





Mot exact
Choix du nombre
de résultats par
page:
QU'EST-CE QU'UN RÉGIME DE TRAVAIL
RÉELLEMENT HUMAIN ?

Mise à jour
19/07/2017


DU MARDI 4 JUILLET (19 H) AU MARDI 11 JUILLET (14 H) 2017

DIRECTION : Pierre MUSSO, Alain SUPIOT

ARGUMENT :

La création de l’Organisation internationale du travail a été justifiée par le fait "que la non-adoption par une nation quelconque d'un régime de travail réellement humain fait obstacle aux efforts des autres nations désireuses d'améliorer le sort des travailleurs dans leurs propres pays" (Préambule de la constitution de l’OIT, alinéa 3). Il s’agissait d’instituer une police sociale de la concurrence internationale, propre à empêcher que celle-ci ne détériore au lieu d’améliorer les conditions de travail des hommes.

Ce qu’il est convenu d’appeler la "globalisation" donne à ce constat une actualité nouvelle. Avec la globalisation, il n’est plus guère de pays dans lesquels ce régime ne dépende fortement des échanges internationaux. Cette dépendance se manifeste par une extension du travail salarié, mais aussi par la déstabilisation des formes traditionnelles de travail et par la montée en puissance du chômage et d’un travail dit "informel", qui ne relève ni du travail traditionnel, ni du salariat. Dans le même temps, la révolution numérique et les nouvelles formes de "rationalisation" du travail donnent jour à des types inédits d’aliénation et de risques pour la santé, mais ouvrent sous certaines conditions des opportunités nouvelles pour une plus grande liberté dans le travail.

L’intelligibilité de ces transformations suppose une remise en perspective historique de la notion clé de "régime de travail réellement humain". Cette notion oblige à penser la dimension proprement anthropologique et culturelle du travail, c’est-à-dire à considérer aussi bien son rôle nodal dans la condition humaine, que la place spécifique qui lui est assignée dans chaque civilisation. À première approche, on peut dire qu’il doit s’agir d’un travail permettant à celui qui l’exécute de mettre une part de lui-même dans ce qu’il fait. Car tel est le propre du travail de l’homme, ce qui le distingue de celui de l’animal ou de la machine. Il prend racine dans des représentations mentales que le travailleur s’efforce d’inscrire dans l’univers des choses ou des symboles. En cela, le travail est aussi une école de la raison: mettant nos images mentales aux prises avec les réalités du monde extérieur, il nous oblige à prendre la mesure, et de ce monde, et de ces représentations.

Au plan historique, ce colloque examinera  les grandes évolutions intervenues en un siècle, au regard des formes nouvelles de déshumanisation du travail. Au plan comparatif, il considérera les divers sens que la notion de "régime réellement humain du travail" peut prendre d’une civilisation à l’autre. Cette comparaison ne peut se fonder sur la projection des catégories de pensée nées de l’expérience industrielle et doit donc faire une large place au temps long et à la diversité des cultures. Elle doit porter aussi bien sur les relations de travail que sur le travail en lui-même, son sens et son contenu. D’un point de vue méthodologique, ce colloque ne se cantonnera pas aux habituelles approches socio-économiques, mais fera une large place à la signification philosophique ou religieuse, ainsi qu’aux représentations artistiques (littéraires, musicologique, cinématographiques ou picturales) du travail dans les grandes civilisations. Prendre la mesure des évolutions intervenues en ces domaines depuis un siècle suppose de les replacer dans la perspective du temps long des civilisations.

Au-delà des contributeurs très variés qui vont présenter des communications, les débats seront élargis à tous les auditeurs que les questions posées intéressent.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Mardi 4 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mercredi 5 juillet
Matin:
Ouverture
Alain SUPIOT: La juste division du travail [enregistrement audio en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de l'Université de Caen Normandie et sur le site France Culture]
Dominique MÉDA: Simone Weil et Hannah Arendt: deux philosophies du travail inactuel

Après-midi:
Tour du monde du concept de travail
Cristina CIUCU: Judaïsme. Travail et asservissement
Danouta LIBERSKI BAGNOUD: Le travail vu au prisme du rituel
Charles MALAMOUD & Annie MONTAUT: L’Inde
Denis PAILLARD: URSS / RUSSIE: le travail au centre des changements

Soirée:
L’image du travail, avec Jean-Paul GÉHIN (Les sciences sociales et les images du travail) et Cornelia ISLER-KERÉNYI (Le travail dans l’imaginaire grec)


Jeudi 6 juillet
Matin:
Significations humaines du travail
Gerd SPITTLER: L'anthropologie du travail: une comparaison ethnographique
Isabelle FERRERAS: Le travail à l’heure de l’économie des services, comme expérience à la potentialité démocratique

Après-midi:
Le travail entre la personne et la chose
Augustin BERQUE: La forclusion du travail
Christophe DEJOURS: Travail vivant et accomplissement de soi

Soirée:
Session doctorale (I) autour des travaux des doctorants, avec Lorédane BESNIER, Natalia DELGADO, Mamadou Abasse DIOP, Louise FAUVARQUE-GOBIN, Linxin HE, Cheikh KALING, Karine KOUADIO, Francesca MARTINELLI, Adama Lamine SY et Céline WATTECAMPS


Vendredi 7 juillet
Matin:
L’histoire du travail a-t-elle un sens?
Pierre MUSSO: Le travail dans l’imaginaire industriel
Sandrine KOTT: L’OIT en tension: entre conditions humaines de travail et productivisme (1919-1989)

Après-midi:
Le travail saisi par la globalisation
Janis SARRA: Le rôle et le rythme de la chanson chez la classe ouvrière dans la lutte pour la justice sociale
Babacar FALL: Émigration et quête du travail: le cas des jeunes sénégalais

L’avenir du travail entre dirigeants d’entreprise et syndicalistes (organisée dans le cadre des conversations du centenaire de l’OIT), table ronde animée par Cyril COSME (BIT), avec Olivier CARLAT (Directeur du Dialogue Social VEOLIA), Hervé GARNIER (CFDT), Claude JEANNEROT (Délégué du gouvernement français au conseil d'administration du BIT), André MILAN (Senior advisor de BPI group), Bernard THIBAULT (CA-BIT), Yves VEYRIER (FO) et des dirigeants d’entreprises de la région Normandie

Soirée:
L’avenir du travail entre dirigeants d’entreprise et syndicalistes (organisée dans le cadre des conversations du centenaire de l’OIT), table ronde animée par Cyril COSME (BIT) [suite]


Samedi 8 juillet
Matin:
Les normes internationales du travail
Francis MAUPAIN: Quel avenir pour l’OIT et son rôle de régulation sociale de l’économie globalisée? [enregistrement audio en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de l'Université de Caen Normandie et sur le site France Culture]
Pedro NICOLI & Supriya ROUTH: Un régime de travail réellement humain et l’approche pluraliste des capabilités pour les travailleurs informels: pistes de l’Inde et du Brésil

Après-midi:
DÉTENTE


Dimanche 9 juillet
Matin:
Le travail concret
Pierre-Michel MENGER: Travail instrumental et travail créateur
Philippe d’IRIBARNE: Les cultures du travail

Après-midi:
Travail et technique
Jean-Michel BESNIER: La robotique, alibi d’une humanité fatiguée d’elle-même
Marie-Anne DUJARIER: Tous producteurs? Institutions du travail et anthropologie de l'activité en jeu dans les plateformes numériques
Michel LALLEMENT: Refaire travail: des pratiques alternatives à la croisée du technique et du politique

Soirée:
Le temps et les rythmes de travail: les chants de travail, avec Étienne BOURS (Chanter en travaillant puis déchanter le travail), Benoit DE CORNULIER (Rythmer l'action par la parole) et


Lundi 10 juillet
Matin:
Les représentations du travail dans l’entreprise
Michel VOLLE: De la main d’œuvre au cerveau d’œuvre
Thibault LE TEXIER: Management et démocratie d'entreprise


Après-midi:
Travail, territoire et entreprise
Pierre VELTZ: Le travail dans la société hyper-industrielle
Christian DU TERTRE: L’inscription territoriale du travail

Soirée:
Session doctorale (II) autour des travaux des doctorants, avec Mélanie ATINDÉHOU-LAPORTE, Germain BONNEL, Clément CAILLETEAU, Elliot COBBAUT, Olivier JÉGOU, Lisa POINSOT et Min ZHANG


Mardi 11 juillet
Matin:
Conclusions
Samuel JUBÉ: L’image comptable du travail

Table ronde et synthèse du colloque avec les doctorants, animée par Corine EYRAUD & Pierre MUSSO, avec Lorédane BESNIER, Germain BONNEL, Clément CAILLETEAU, Louise FAUVARGUE, Linxin HE, Lisa POINSOT et Min ZHANG

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Augustin BERQUE: La forclusion du travail
Les cultures humaines ont idéalisé un temps où l’on pouvait vivre sans transformer la nature par le travail, en forclosant cette dimension devenue nécessaire de l’existence humaine. Du mythe de l’Âge d’or ou de son homologue chinois, la Grande Identité (Datong), et de leur exploitation par la classe de loisir (Veblen) en trois mille ans d’histoire jusqu’à l’urbain diffus contemporain, dont l’empreinte écologique aboutit à dérégler l’homéostasie climatique de la Terre, on dégage les motifs et les étapes de cette forclusion croissante des effets environnementaux de l’activité humaine, où la quête de "la nature" aboutit à détruire la nature.

Augustin Berque, né en 1942, géographe, orientaliste et philosophe, est directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, où il enseigne la mésologie.
Parmi ses nombreux ouvrages, Histoire de l’habitat idéal, de l’Orient vers l’Occident, Paris, Le Félin, 2010, où il détaille l’histoire de la forclusion du travail médial, i.e. des effets de l’activité humaine sur l’environnement terrestre.


Jean-Michel BESNIER: La robotique, alibi d’une humanité fatiguée d’elle-même
Le robot aurait pu rester l’emblème de la modernité: un outil un peu sophistiqué qui facilite la vie des humains en leur dégageant du temps pour s’adonner aux tâches les plus gratifiantes. Le robot aurait pu se présenter comme la sublimation de l’esclave tel que Hegel le décrit dans sa fameuse dialectique: un travailleur qui n’aurait plus peur de la mort et satisferait sans état d’âme les besoins du maître. Mais il n’en est pas ainsi: comme chez Hegel, l’esclave devient le maître de son maître, en lui ôtant les facultés de subvenir à ses propres besoins. C’est lui qui dessine l’avenir et l’émancipation universelle. Le robot devient ainsi presque un idéal du moi pour les plus déprimés d’entre les humains qui veulent fusionner avec lui pour échapper à leur nullité. Bref, le robot n’est plus considéré comme un outil, et les roboticiens s’en inquiètent parfois. On lui impute une origine fantasmatique, en le concevant d’abord et avant tout comme humanoïde, sur le modèle du Golem ou de Frankenstein, et on l’observe dans cette "vallée de l’étrange" décrite par Masahiro Mori, où sa ressemblance avec l’humain fascine autant qu’elle effraie.

Étienne BOURS: Chanter en travaillant puis déchanter le travail
Partout dans le monde on a connu le chant de travail. Soit une expression directement liée à la tâche et qui est destinée à rythmer celle-ci. Soit un ensemble de chants qui ont pour but de commander et de diriger les opérations; le chant est souvent divisé entre un leader et le groupe qui lui répond. Parfois le chant a pour simple but de faire passer le temps pendant un labeur monotone, répétitif. Industrialisation et mécanisation bouleversent les données de la relation au travail. Les travaux se font dans des conditions bruyantes, harassantes et contraignantes. Il devient impossible de chanter en travaillant. Le chant de travail proprement dit va disparaître au profit d’un chant et d’un répertoire de classe ou de métier. On chante le travail, ses conditions, son environnement, la lutte syndicale... La troisième phase du chant lié au travail est celle du monde post-industriel. On perd son emploi, le goût, la "foi", l’envie, le plaisir, la fierté liés au travail; on perd la main, on perd pied... La chanson, depuis des décennies, chante cette désillusion, cette perte, cette dignité écrasée. On déchante.

Bibliographie et publications
Étienne Bours, Le sens du son. Musiques traditionnelles et expression populaire, Fayard, Paris, 2007.
Étienne Bours, Dictionnaire thématique des musiques du monde, Fayard, Paris, 2002.
Ted Gioia, Work songs, Duke University Press, Durham & London, 2006.
Pete Seeger & Bob Reiser, Carry it on. A history in song and picture of the working men and women of America, Blandford Press, Poole, Dorset, 1986.


Pietro CAUSARANO: Conflit industriel et sens du travail: l'expérience italienne des années 1970 dans la pensée de Bruno Trentin
Bruno Trentin est l'un des dirigeants syndicaux italiens plus particuliers et originaux, avec Vittorio Foa et Sergio Garavini. En tant que intellectuel syndicaliste, Trentin est protagoniste pendant le période du renouvellement de l'organisation et des stratégies syndicales qui se déroule à partir de la deuxième moitié des années 1950 et dans les années 1960 pour aboutir enfin dans la "révolution sociale" italienne des années 1970. Il développe une réflexion originale autour de la condition ouvrière, des nouvelles formes du travail industriel au début de l'automatisation linéaire et des nouveaux sujets sociaux ouvriers. Ces thèmes remettent en question le sens du travail industriel, surtout après la révolution culturelle et sociale des années '68 qui imposera un nouvel équilibre entre attentes personnelles et perspectives collectives. Le "syndicat des conseils", dont Trentin sera un protagoniste comme leader pendant la décennie 1970, trouve son centre dans la négociation  (nationale et territoriale, mais surtout décentrée à l'entreprise) autour de l'organisation du travail et des conditions des travailleurs. La légitimation du syndicat dans les usine et les ateliers, les droits obtenus de information et de formation, le contrôle autonome acquis sur les savoir utilisés dans la production, la reconnaissance du rôle productif et social individuel (et en même temps recomposé dans le collectif du "groupe homogène"), la lutte contre la hiérarchie des anciennes modalités de classification (pour la parité normative entre employés de bureau et ouvriers d'atelier, l'"encadrement unique"), tout ça pour Trentin contribue à changer l'approche syndical dans la lecture du travail réel à partir de son organisation et de sa remise en cause.

Pietro Causarano est professeur en histoire sociale de l'éducation chez le Département en Sciences de la Formation et Psychologie de l'Université de Florence (Italie). Il est membre du comité de direction de la Société Italienne d'Histoire du Travail (SISLav) et du conseil scientifique international du DIM-GESTES (Groupe d'étude sur le travail et la souffrance au travail).
Publications
P. Causarano (dir.), "Lavoro, formazione e educazione in prospettiva storica: sollecitazioni e ipotesi per nuovi campi di ricerca", Rivista di storia dell'educazione, 2016, n°1.
P. Causarano (dir.), "Una concreta utopia. La costruzione sociale del lavoro fra conflitto industriale e contrattazione sindacale, 1968-1974", Italia contemporanea, 2015, vol. 278.
P. Causarano, "La fabbrica fordista e il conflitto industriale", in S. Musso (dir.), Storia del lavoro in Italia, vol. VI, Il '900, t. 2, 1945-2000, Roma, Castelvecchi, 2015, pp. 59-101.
P. Causarano, L. Falossi, P. Giovannini (dir), Il 1969 e dintorni, Roma, Ediesse, 2010.
P. Causarano, L. Falossi, P. Giovannini (dir.), Mondi operai, culture del lavoro e identità sindacali, Roma, Ediesse, 2008.


Cristina CIUCU: Judaïsme. Travail et asservissement
À partir des récits de la Création et de la sortie d’Égypte, les sources juives antiques et médiévales développent une réflexion sur les rapports entre travail, culte divin et asservissement, réalités désignées par une même racine (‘vd). Cette réflexion vise principalement à définir les limites et la portée du Shabbat. Pour distinguer les activités compatibles avec le Shabbat de celles qui ne le sont pas, les rabbins définissent ces dernières à travers 39 catégories de "faire" — que nous analyserons brièvement — et par contraste avec les activités relevant du "service divin" (‘avodah): le rituel, la prière, l’étude. Le temps dévolu à ces dernières, ainsi envisagées comme des modes de "non-faire", ponctue celui du "faire" et lui donne sens, en le consacrant. Les deux sont indissociables dans la conception juive traditionnelle du "travail". Le "travail réellement humain" serait donc, en ce cas, celui qui a reçu la "consécration" du "non-faire", sans laquelle toute activité humaine n’est qu’asservissement.

Cristina Ciucu (née 1979) est maître de Conférences à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris. Ses publications et ses recherches portent principalement sur la tradition mystique juive et ses rapports avec la philosophie, sur la contribution de la pensée juive à la modernité européenne, et sur la tradition manuscrite hébraïque (elle assume, depuis 2012, la responsabilité de l’étude et de la description de manuscrits de Kabbale de la Bibliothèque nationale de France).

Christophe DEJOURS: Travail vivant et accomplissement de soi
"La notion de régime de travail réellement humain oblige à repenser la dimension proprement  anthropologique et culturelle du travail, c’est-à-dire à considérer (...) son rôle nodal dans la condition humaine (...)". La clinique du travail montre qu’il n’y a pas de neutralité du travail vis-à-vis de la santé mentale. Il peut générer le pire et aujourd’hui cela va jusqu’au suicide sur le lieu de travail. Mais il peut aussi générer le meilleur en devenant un médiateur majeur dans la construction de la santé mentale. Plutôt que de partir, comme on le fait habituellement, de l’analyse des conséquences néfastes des nouvelles formes d’organisation du travail sur la santé mentale, nous examinerons d’abord en quoi consiste le "travail vivant". Dans un deuxième temps, nous montrerons comment ledit travail vivant peut jouer un tel rôle dans la construction de la santé mentale. Dans un troisième temps; il s’agira d’identifier les conditions matérielles, organisationnelles et institutionnelles qui devraient être réunies pour que le travail vivant puisse à la fois ouvrir sur l’accomplissement de soi au niveau individuel et apporter une contribution à la production de la culture et de la civilisation.

Christophe Dejours est psychiatre, psychanalyste, professeur titulaire de la chaire Psychanalyse-Santé-Travail au Conservatoire National des Arts et Métiers.
Publications
Travail vivant, 2 tomes, Paris, Payot-Rivages, 2009.
Le choix. Souffrir au travail n’est pas une fatalité, Paris, Bayard, 2015.
Situations du travail, Paris, Presses Universitaires de France, 2016.


Marie-Anne DUJARIER: Tous producteurs? Institutions du travail et anthropologie de l'activité en jeu dans les plateformes numériques
Cette intervention rend compte d’une recherche en cours sur les plateformes numériques. Ces "places de marché" organisent la rencontre entre une offre et une demande de service. Elles mettent à l’épreuve les frontières traditionnelles entre professionnels et amateurs, comme entre travailleurs et consommateurs. Elles créent une tension entre des statuts d’ordinaire séparés, et hybride les modes de rémunération. Cette nouvelle pratique sociale peut alors servir d’analyseur à deux dimensions fondamentales du "travail": premièrement, elle questionne les frontières de ce que notre société institutionnalise comme du travail. La "brouille" qu’instaurent les plateformes signale des changements sociaux significatifs quant au régime contemporain dit du "travail". Deuxièmement, le caractère parfois volontaire et bénévole du travail fourni, rappelle que celui-ci ne peut être saisi uniquement d’un point de vue utilitariste mais aussi au moyen d’une anthropologie de l’activité. Ce cas empirique offre alors à penser ce qu’est un régime de travail désirable.

Marie-Anne Dujarier, professeure de Sociologie à l’Université Paris 7, est membre du Laboratoire de Changement Social et Politique (LCSP) et membre associée du LISE (CNAM /CNRS). Ses recherches décrivent et  analysent  les formes sociales de l’encadrement de l’activité humaine, notamment au travail, du point de vue de sa production comme de sa réception.
Publications
Idéal au travail, PUF.
Le travail du consommateur, La Découverte.
Le management désincarné, La Découverte.
Co-directrice d’un ouvrage théorique: L’activité en théorie. Regards croisés sur le travail, Octarès.


Corine EYRAUD
Corine Eyraud est sociologue à l’Université d’Aix-Marseille, chercheur au Laboratoire d’Économie et de Sociologie du Travail (LEST). Ses travaux croisent les champs de la sociologie du travail, de la sociologie économique, de la sociologie de la quantification, de la sociologie de l’État et de l’enseignement supérieur.
Publications
Le capitalisme au cœur de l’État. Comptabilité privée et action publique, Éditions du Croquant, collection "Dynamiques Socio-économiques", 2013.
Avec Guy Lambert, Filmer le travail. Films et Travail, Publications de l’Université de Provence, 2009.


Babacar FALL: Émigration et quête du travail: le cas des jeunes sénégalais
Au Sénégal, à partir des années 1970, la crise combinée de l’agriculture et de l’industrie sénégalaise a accentué à la fois le chômage des jeunes et l’exode vers les villes. Ce contexte dominé par le malaise a été aggravé par l’accroissement démographique de la population qui a triplé entre 1970 et 2013. L’école qui jadis assurait la mobilité sociale est devenue une fabrique de chômeurs. Confrontés au chômage, les jeunes se sont tournés vers l’émigration car l’Europe incarne l’Eldorado, la nouvelle frontière de l’espoir de l’accomplissement par le travail.

Babacar Fall est professeur à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal.
Publications
Le Travail au Sénégal au XXe siècle, Paris, Karthala & Re, Work, 320 pages, 2011.
Social History in French West Africa: Forced Labor, labor Market, Women and Politics, Amsterdam, 2003, Calcutta, SEPHIS-CSSSC, 80 pages.
Le travail forcé en Afrique Occidentale Française: 1900-1945, Kart hala, Paris, 1993, 339 pages.
Édition
Ajustement structurel et Emploi au Sénégal, Dakar, 1996, CODESRIA in séries des livres du CODESRIA, 245 pages.
Co-Édition
Travail et Culture dans un monde globalisé. De l’Afrique à l’Amérique latine, Paris, Karthala & Re, Work, 360 pages, 2015 (en collaboration avec Ineke Phaf-Rheinberger & Andréas Eckert).
Rethinking Work: Global Historical and Sociological Perspective, New Delhi, 2011, Tulika Book, 180 pages (en collaboration avec Rana Behal et Alice Mah (eds.)).


Isabelle FERRERAS: Le travail à l’heure de l’économie des services, comme expérience à la potentialité démocratique
Cette communication articulera trois parties: la première consistera à identifier, de manière empiriquement fondée, ce que signifie travailler dans le contexte de l'économie de services des démocraties capitalistes, ensuite nous réfléchirons aux conséquences organisationnelles et institutionnelles de cette réalité signifiante pour les travailleurs. Nous prendrons ainsi la mesure de la charge politique du travail et de l’intuition démocratique qui anime les travailleurs au quotidien de leur pratique. La deuxième partie traitera des entreprises plus spécifiquement, en montrant qu’une sociologique politique du travail exige de les requalifier comme entités politiques, aux prises avec le processus de démocratisation des sociétés. Nous nous attarderons à l’enjeu que représente le fait de les considérer en tant qu’institution pivot de la contradiction capitalisme/démocratie, qui est en train d’atteindre son climax en ce début de XXIe siècle. Ce parcours nous amènera à une troisième partie, plus spéculative, qui fera l’objet d’une théorie critique de l’entreprise. Nous montrerons combien la reconnaissance de la propriété des parts des apporteurs en capital dans la société anonyme (ou tout autre structuration du capital) ne peut empêcher de penser l’architecture des pouvoirs spécifiques à la vie de l’entreprise, dans une perspective de démocratisation. Nous étudierons en quoi la proposition de l’entreprise "bicamérale" permet de mieux comprendre et de répondre aux défis soulevés.


Jean-Paul GÉHIN: Les sciences sociales et les images du travail
Dans un contexte socio-historique de mutation en profondeur du travail et de prolifération des images fixes comme animées, il apparaît légitime de s’interroger sur la place que les sciences sociales accordent aux  images du travail: comme objets d’analyse révélateurs des transformations en cours, comme outils pertinents d’investigation et d’enquête de terrain ou encore comme supports de médiation scientifique.

Sociologue du travail, Jean-Paul Géhin a publié de nombreux articles et ouvrages sur le travail, la formation professionnelle et l’éducation permanente. Intéressé par la question de l’usage des images en sciences sociales, il a participé à la création du festival "Filmer le travail" et plus récemment de la revue numérique pluridisciplinaire Image du travail, travail des images.
Publications
Géhin J.-P., Stevens H. (dir.), 2012, Images du travail, travail des images, Rennes, PUR, éditions de l’Atlantique.
Gehin J.-P., Palheta U. (2012), "Les devenirs socioprofessionnels des sortants sans diplôme. Un état des lieux dix ans après la sortie du système éducatif (1998-2008)", Formation emploi, 2/2012 (n°118), p. 15-35.
Barthélémy T., Géhin J.-P., Giglio-Jacquemot A., 2013, Direction numéro thématique de la revue ethnographiques.org, n°25, "Filmer le travail: chercher, montrer, démontrer".
Gehin J.-P. (2013), "Filmer le travail: un travail du sociologue?", La nouvelle revue du travail, n°3.
Brouquet S., Gadéa C., Géhin J.-P., 2015, Direction numéro thématique de la revue Images du travail, travail des images, "Quand les groupes professionnels se mettent en images".


Philippe d’IRIBARNE: Les cultures du travail
Un point délicat dans la mise en œuvre d’un régime de travail humain est de rendre compatible la condition de travailleur salarié soumis à l’autorité d’un patron avec celle de citoyen libre d’une société démocratique. Les réponses apportées à ce défi diffèrent considérablement parmi les divers pays de tradition démocratique, en particulier selon qu’on se trouve dans un univers anglo-saxon, germanique ou français, en fonction de la conception de la liberté qui a prévalu dans chacun d’eux.

Cornelia ISLER-KERÉNYI: Le travail dans l’imaginaire grec
Dans les cités de la Grèce classique, tout le monde travaillait : pas uniquement les esclaves et ceux — locaux et étrangers — qui pratiquaient les divers métiers, mais aussi les femmes dans leur milieu domestique, les citoyens libres dans leurs champs et leurs vignobles, et même certains dieux (Athéna et Héphaïstos par exemple). Il est symptomatique que la langue grecque exprime par le même mot — ergon — le travail et l’œuvre. Différemment de notre conception moderne, ce qui comptait n’était pas l’activité comme telle, mais son produit. En effet, l’œuvre, même celle qui n’était pas matérielle, comme par exemple un poème, était vue moins comme le résultat d’un effort physique ou d’un service que comme celui d’une techné, d’un savoir faire. C’est pourquoi même des dieux pouvaient être imaginés au travail. Par là on comprend bien pourquoi la mentalité antique ne fait pas de distinction entre artisanat et art. Le poids donné au savoir faire explique un phénomène spécifique relevable déjà autour de 600 av. J.-C.: celui des signatures d’artistes. Celles-ci, aussi bien que quelques images de travail, seront le sujet de cette communication dans le but d’éclaircir la valeur du travail dans l’imaginaire grec.

Samuel JUBÉ: L’image comptable du travail
Dès les années 1920, des voix se sont élevées parmi les comptables pour dénoncer l’absence de reconnaissance dans les comptes de la valeur d’un des actifs les plus stratégiques de l’entreprise: ses ressources humaines, d’abord appelées capital humain. D’importantes recherches théoriques ont été conduites pour y pallier au début des années 1960 d'abord principalement aux États-Unis avant de percer en France, mais n’y a guère porté de fruits. Le principe de patrimonialité du bilan cher à la comptabilité française lui a notamment été opposé avec vigueur. Les forces de travail ne sauraient figurer à l’actif du bilan de l’entreprise. Le salarié ne se vend pas à l’employeur. Il ne vend que son travail. Selon cette analyse, il ne reste rien à comptabiliser au bilan de l’employeur en fin d’exercice comptable. La contribution des forces de travail à l’entreprise se résume au travail consommé au cours de l’exercice, ce qui est repris dans le compte de résultat. Ces recherches en comptabilité des ressources humaines n’ont pas non plus reçu de traduction directe dans les travaux d’élaboration des normes comptables. Au contraire, les normes comptables françaises et internationales excluent explicitement la reconnaissance des contrats de travail à l’actif des bilans. D’autres pistes indirectes sont aujourd’hui envisagées, telles que la comptabilité du capital intellectuel et la reconnaissance croissante des différents actifs incorporels. Mais l’évolution des normes comptables semble interdire toute reconnaissance de la valeur des prestations de travail en soi. La définition des actifs adoptée par l’International Accounting Standards Board (IASB) et par l’Autorité des Normes Comptables (ANC) impute fictivement la valeur de ces prestations aux biens immobilisés dans l’entreprise en les considérant comme des biens frugifères. Nous veillerons ici non seulement à pointer les contradictions de ce modèle, mais également à dresser quelques pistes de solution.

Samuel Jubé, docteur en droit privé (Nantes, 2008), a enseigné à l’Université de Nantes et à l’Université Rennes 1, avant d’occuper la fonction de Secrétaire général de la Fondation Institut d’Études Avancées de Nantes. En 2012, il est nommé à la direction de l’Institut, pour prendre la suite du prof. Alain Supiot à compter du 1er août 2013. Son parcours professionnel inclut également une expérience de trois ans au sein d’un cabinet d’expertise comptable, ainsi qu’une expérience de deux ans aux États-Unis (Minnesota) en qualité de bénévole. Ses travaux de recherche portent en particulier sur la normalisation comptable internationale et ses enjeux pour le droit social.
Publication
Droit social et normalisation comptable, LGDJ, 2011.


Sandrine KOTT: L’OIT en tension: entre conditions humaines de travail et productivisme (1919-1989)
Si l’établissement généralisé d’un "régime de travail réellement humain" (human condition of labor) est posé comme un objectif de l’action de l’OIT dans le préambule de la Constitution de 1919, l’expression elle-même et plus largement la réflexion sur ce que serait une condition humaine du travail est largement absente des documents officiels ou archivistiques produits par l’Organisation. L’entrée dans l’histoire de l’OIT à travers cette catégorie permet de mettre en évidence et de faire travailler la tension fondamentale qui traverse l’Organisation entre l’objectif initial de protection des travailleurs et de démocratie sociale d’une part et le triomphe, dans les faits, du productivisme taylorien hérité de la Première Guerre mondiale et prolongé dans les politiques de développement de l’après Seconde Guerre mondiale. Cette tension souvent résumée à une opposition entre juristes et économistes au sein de l’organisation permet d’éclairer des débats très contemporains.

Sandrine Kott est professeur d’histoire contemporaine de l’Europe (Université de Genève).
Publications
Sandrine Kott, L’État social allemand. Représentations et pratiques, Paris, Belin, 1995 (Sozialstaat und Gesellschaft. Das deutsche Kaiserreich in Europa, Göttingen, Vandehoeck und Ruprecht, Kritische Studien, 2014).
Sandrine Kott, "Une "communauté épistémique" du social? Experts de l’OIT et internationalisation des politiques sociales dans l’entre-deux-guerres", in Genèses. Sciences sociales et histoire, 71 (2008), p.26-46.
Sandrine Kott, Paul Betts, Stefan-Ludwig Hoffmann, Malgorzata Mazurek (ed.), Social Rights and Human Rights in the Twentieth Century, Humanity. An international Journal of Human Rights, Humanitarianism, and Development, 2012, 3.
Sandrine Kott, Joëlle Droux (ed.), Globalizing social rights. The ILO and beyond, London, Palgrave, 2013.
Sandrine Kott, Dorothea Höhtker (ed.), À la rencontre de l’Europe au travail. Récits de voyage d’Albert Thomas (1920-1932), Paris, Presses Universitaires de la Sorbonne, 2015.


Michel LALLEMENT: Refaire travail: des pratiques alternatives à la croisée du technique et du politique
L’ordre dominant du travail a régulièrement fait l’objet de contestations qui ont pris la tournure d’expérimentations alternatives aux destins variés. Que nous apprennent, dans la manière de réinventer le travail, ces expérimentations, notamment dans la façon de gérer la tension entre la technique (qu’il s’agisse de son rejet ou de son enrôlement au service de l’émancipation) et l’engagement éthique et politique qui accompagnent pareilles innovations sociales? On s’appuiera, pour esquisser des éléments de réponse à cette question, sur des enquêtes menées récemment aux États-Unis dans des communities qui souhaitent redonner au travail une finalité en soi en associant à une telle exigence des principes moraux structurant la manière de produire et de vivre ensemble.

Michel Lallement est professeur au Cnam dans la chaire d’Analyse sociologique du travail, de l’emploi et des organisations.
Publications
Le Travail. Une sociologie contemporaine, Gallimard, 2007.
Le Travail de l’utopie. JBA Godin et le Familistère de Guise, Les Belles Lettres, 2009.
Dictionnaire du travail, coéd. avec A. Bevort, A. Jobert & A. Mias, PUF, 2012.
L’Âge du Faire. Hacking, travail, anarchie, Seuil, 2015.


Thibault LE TEXIER: Management et démocratie d'entreprise
La démocratie d’entreprise est une vieille idée neuve. Le taylorisme lui-même peut être vu comme un forme de démocratisation du pouvoir détenu par les propriétaires des entreprises. Chaque génération de théoricien du management a su voir les bénéfices de la démocratie: épanouissement, innovation, adhésion, communication — le tout, bien entendu, au service de l’efficacité et du profit. Depuis une vingtaine d’années cependant, la démocratie d’entreprise semble essentiellement promue comme un pis-aller à la destruction en règle du compromis fordiste des Trente Glorieuses. La liberté promise par les thuriféraires de l’"entreprise libérée" a un goût de renoncement.

Danouta LIBERSKI BAGNOUD: Le travail vu au prisme du rituel
Pour les sociétés d’agriculteurs sédentaires voltaïques (Afrique de l’Ouest), il n’est de travail sans rite ni de rite sans travail. La notion de travail, au sens d’"ouvrer" et de "labeur" qu’elle reçoit en leurs langues, s’applique aussi bien à l’activité de cultiver la terre, de forger des outils, des armes et des parures sacrées, de bâtir une demeure qu’à ces formes spécifiques de l’agir que sont le rituel et le questionnement de l’oracle. Aussi bien, donc, des activités produisant des biens qui satisfont aux besoins fondamentaux que des formes de l’agir qui, du point de vue de la raison calculante, sont rangées du côté de "l’inutile", du "dérisoire", et de "l’improductif". Les réflexions de Georges Bataille sur le travail et les interdictions religieuses, qui signent la façon d’être au monde propre à l’animal parlant, en cela que, par le travail, il modifie intentionnellement ce qui lui est extérieur, et, par les interdits, il " inhibe", "modifie", détourne vers un autre but, ce qui le pousse intérieurement à agir directement sur le milieu comme prédateur, permettent d’éclairer cette façon africaine de penser le travail proprement humain dans une étroite intimité avec l’oeuvre du rite.

Danouta Liberski Bagnoud, ethnologue, africaniste, est directrice de recherche au Cnrs (Umr 8171, Paris). Adossées à un travail de terrain (1980-2012) auprès des Kasena du Burkina Faso, ses recherches comparatives portent, pour l’essentiel, sur la fonction anthropologique du rite, les montages de représentations qui instituent le rapport des corps à la terre et au territoire, et les dispositifs divinatoires dans leur articulation avec le destinal et la fabrique d’une parole jugée "vraie".

Charles MALAMOUD & Annie MONTAUT: L’Inde
Charles MALAMOUD
Dans l’Inde ancienne, les opérations rituelles sont à la fois un cas particulier et le modèle légitimant du travail humain: tâches coordonnées exécutées par des spécialistes en vue d’une fin qui est une œuvre, labeur fatigant, rémunérations réglées. En mythologie, une des figures du dieu créateur est le charpentier (Takshan, Tvashtar) ou l’artisan "à toutes œuvres" (Viçvakarman).

Annie MONTAUT
Je tenterai d’abord de brosser un aperçu du cadre dans lequel peut s’opérer une analyse du travail aujourd’hui en Inde — où l’importance du secteur dit informel (plus de 90%) limite la portée réelle de l’importante législation qui définit et protège la catégorie du travail ("labor"). Mon intervention portera ensuite sur ce que nous disent les mots du travail en indo-aryen moderne, issus aussi bien d’une base shram signifiant "effort pénible" que d’une base dérivée de la notion d’action et d’agir kar, et pouvant également renvoyer, dans le cas d’emprunt au persan (mazdur-i), au travail non qualifié donc contraint; elle tiendra compte de l’inflexion originale que Gandhi et les gandhiens ont imprimée à la catégorie shram, inflexion divergeant fortement des tentatives juridiques pour humaniser, à la même époque, le régime du travail.

Francis MAUPAIN: Quel avenir pour l’OIT et son rôle de régulation sociale de l’économie globalisée?
La question que se propose d’aborder cette intervention est celle de la capacité de l’OIT de rester fidèle, à l’orée du nouveau siècle qui s’ouvre pour elle à sa double raison d’être:
(i) assurer grâce à sa légitimité tripartite une fonction de "magistère" quant au sens précis qu’il convient de donner à ses objectifs de progrès et de justice sociale en tenant compte des transformations de son environnement et des besoins;
(ii) concilier par une "régulation" appropriée les exigences de progrès et de justice sociale et celles de la concurrence inhérente à l’ouverture des économies et des sociétés censées les alimenter.
Après avoir passé en revue les tensions parfois critiques qui, au cours de son premier siècle d’existence et des transformations radicales de son environnement, ont opposé l’universalité de cette double raison d’être aux limites inhérentes à la structure tripartite et aux moyens (en particulier normatifs) dont elle est dotée, la présentation se proposera d’examiner les chances de réalisation de deux scénarios possibles d’évolution:
(i) celui d’une atrophie progressive de sa raison d’être régulatrice du fait des controverses/impasses qui affectent depuis plus d’une décennie son action normative au profit de son intégration toujours plus étroite au sein des Nations Unies en tant qu’agence de mise en œuvre de certains des objectifs de "l’Agenda du développement durable";
(ii) celui d’un sursaut de sa raison d’être régulatrice face à un besoin auquel aucune autre Organisation universelle existante n’a vocation à répondre, étant admis qu’un tel sursaut ne pourra cependant se produire que sous la pression d’une nouvelle situation de crise et/ ou grâce à la prise de conscience, à travers la célébration du centenaire du gâchis que représente le potentiel institutionnel sous-utilisé de cette Organisation.

Francis Maupain est titulaire d'un doctorat en droit de la Sorbonne, d'un LLM de Harvard Law School et d'un MPA de Harvard JFK School of Government. Il a passé la plus grande partie de sa carrière professionnelle à l’Organisation Internationale du Travail (OIT), d'abord comme Conseiller juridique et plus récemment comme Conseiller spécial du Directeur général de l’OIT. Pendant ce temps, il a écrit et donné des conférences sur la capacité de la plus ancienne organisation du système des Nations Unies à relever les différents défis auxquels elle est confrontée en raison des changements dans le monde du travail, l'économie mondiale et le système international.
Son dernier livre a été publié en français sous le titre: L’OIT à l’épreuve de la mondialisation financière et en Anglais sous le titre: The Future of the ILO in the Global Economy.


Dominique MÉDA: Simone Weil et Hannah Arendt: deux philosophies du travail
Les deux philosophes, Hannah Arendt et Simone Weil, ont placé le travail au cœur de leur réflexion. Elles proposent des interprétations radicalement différentes de la nature, du rôle et des évolutions de celui-ci qui permettent d'éclairer les débats actuels sur le travail. Nous verrons dans quelle mesure leurs idées nous permettent de  contribuer à la résolution de la crise contemporaine du travail.

Pierre-Michel MENGER: Travail instrumental et travail créateur
Deux qualifications du travail s’opposent. La première met en avant sa valeur instrumentale: le travail est l’engagement de l’énergie individuelle dans des conditions diversement pénibles d’effort physique et de charge mentale. C’est la valeur négative du travail: un ensemble de contraintes organisationnelles et d’efforts pénibles entravent la libre disposition de soi et usent l’individu. La seconde conception se fonde sur la valeur expressive du travail, et conduit à la réalisation de soi dans l’agir productif et créateur. La double sémantique du travail l’exprime bien, qui oppose le labeur à l’œuvre, le fardeau à l’accomplissement. Il est aisé de définir la valeur négative du travail. Mais sous quelles conditions le travail peut-il constituer une grandeur pleinement positive? J’en examinerai principalement trois qui forment la matrice d’un système d’idéalisations récurrentes. Je confronterai cette matrice à ce que nous savons des réalités du travail créateur, notamment dans les arts et les sciences.

Pierre-Michel Menger est professeur au Collège de France, et titulaire de la Sociologie du travail créateur.
Il est notamment l’auteur de Le travail créateur. S’accomplir dans l’incertain (Points Seuil, 2014).
http://www.college-de-france.fr/site/pierre-michel-menger/index.htm


Pierre MUSSO: Le travail dans l’imaginaire industriel
La définition d’un régime de travail réellement humain suppose d’identifier et de critiquer les imaginaires du travail qui se sont superposés depuis l’industrialisation d’Occident il y a deux siècles. Avec la mécanisation, la figure de l’homme-machine s’est imposée jusqu’à son acmé fordiste-taylorienne et sa théâtralisation dans Les Temps Modernes. Avec l’informatisation, la figure de l’homme-ordinateur, programmable et codable, a pris le relais et triomphe dans l’industrie contemporaine. Comme tout imaginaire, celui  du travail industriel est ambivalent: Paradis de la valeur travail libératrice et productrice de richesses ou Enfer de l’exploitation, de l’aliénation et de la destruction. Cet imaginaire suppose que le travail est une fin en soi, comme l’ont imaginé les pères de l’économie classique et de la sociologie (Smith, Say, Saint-Simon). Comme tout imaginaire, celui du travail industriel est porteur d’une longue histoire. En amont de l’homme-machine se tient la figure proto-industrielle de l’homme-horloge, pour lequel le travail n’est qu’un moyen au service d’une autre fin. Cette communication questionnera ces trois figures de l’homme-horloge, l’homme-machine et l’homme-ordinateur constitutives de la foi industrialiste occidentale.

Publications
Pierre Musso, Critique des réseaux, Paris, PUF, 2003.
Pierre Musso, L’imaginaire industriel, Paris. Manucius, 2013.
Pierre Musso (dir), Imaginaire, Industrie, Innovation, Colloque de Cerisy, Paris., Manucius, 2015.
Pierre Musso, La religion industrielle. Monastère, manufacture, usine, Paris, Fayard, 2017.


Pedro NICOLI & Supriya ROUTH: Un régime de travail réellement humain et l’approche pluraliste des capabilités pour les travailleurs informels: pistes de l’Inde et du Brésil
L’Inde et le Brésil sont deux économies de plus en plus importantes à l’échelle mondiale avec, en même temps, un fort pourcentage de travailleurs dits informels, qui se livrent à des activités pouvant ou non constituer un emploi productif. Cette communication a deux objectifs. D’abord, comprendre du point de vue socio-juridique ce qu’est le travail informel et qui sont les travailleurs dits informels. La conceptualisation du travail informel a suscité beaucoup de confusion quant à sa signification et à son étendue. En particulier, les juristes ont adopté une vision simpliste et dualisée de l’informalité, associant, pour une large part l’informalité à la pure illégalité, en ignorant les relations complexes entre le travailleur informel et le droit dans ses diverses formes, y compris les normes locales, coutumières et formelles. Cette approche dualiste présente aussi dans l’analyse économique et sociologique sera critiquée car elle conduit à une approche plus complexe et holistique. Sur la base d'éléments empiriques de l’Inde et du Brésil, il sera possible de mieux saisir l’informalité dans ses formes immédiates ainsi que dans ses divers liens culturels, sociaux, économiques et juridiques. Le deuxième objectif est d’articuler une approche des "capabilités" sans doute plus appropriée au contexte des travailleurs informels. L'on montrera que ces travailleurs sont hétérogènes et que leurs activités varient selon les lieux, les secteurs, le genre,... Les idées monistes, abstraites et homogènes d’un régime de travail réellement humain échoueraient probablement à concevoir un phénomène intrinsèquement pluraliste de l’informalité. En conséquence, en nous appuyant sur l’approche des capabilités au conséquentialisme objectif, nous soutenons que l’essence d’un régime de travail réellement humain doit prendre en compte simultanément les aspirations des travailleurs informels, la manière dont ils apprécient eux-mêmes leurs vies ainsi que les fondements juridiques de la protection progressive du travail humain. Ce conséquentialisme pluraliste indique que les expériences des travailleurs doivent devenir centrales dans le droit et dans le régime politique en ce qui concerne un ou plusieurs régimes de travail réellement humain.

Pedro Nicoli est professeur de droit du travail à l’Universidade Federal de Minas Gerais (UFMG), au Brésil. Il a publié plusieurs articles sur les enjeux contemporains de la protection sociale, la precarité et l’informalité. Ses recherches sont consacrées aujourd’hui aux thèmes de l’oppression, l’informalité et la précarité dans le marché du travail et de ses intersections avec marqueurs sociaux comme le genre, la sexualité, la pauvreté, la classe, la race et la marginalisation en général.
Publications
NICOLI, Pedro, Fundamentos de Direito Internacional Social: sujeito trabalhador, precariedade e proteção global às relações de trabalho, São Paulo, LTr, 2016.
NICOLI, Pedro & RAMOS, M., "Substantial equality of workers as a condition for freedom", Industrial Law Journal, South Africa, v. 37, p. 1523-1536, 2016.
NICOLI, Pedro, Augusto Gravatá. A condição jurídica do trabalhador imigrante no Direito Brasileiro, São Paulo, LTr, 2011.


Denis PAILLARD: URSS / RUSSIE: le travail au centre des changements
En russe, la notion de travail correspond à deux mots: rabota et trud, chacun donnant lieu à de nombreux dérivés. Le terme rabota désigne une activité individuelle considérée comme "événement". Le terme trud met en avant la dimension sociale du travail. La transition de l’URSS à la Russie a été marquée par des déplacements / bouleversements concernant le statut du travail sur différents plans: sur le plan politique, institutionnel et économique mais aussi au niveau de l’entreprise. Ces changements se reflètent dans le contenu pris par les termes rabota et (surtout) trud, et par leurs dérivés.

Denis Paillard est Directeur de recherche émérite au CNRS. De 1986 à 2005, il a effectué de très nombreuses missions en Russie. Il a collaboré étroitement à l’École de la démocratie du travail dirigée par Boris et Galina Rakitski, une organisation qui a joué un rôle essentiel dans la reconstruction d’un mouvement syndical dans la Russie postsoviétique.

Janis SARRA: Le rôle et le rythme de la chanson chez la classe ouvrière dans la lutte pour la justice sociale
La chanson a occupé une place fondamentale dans la lutte pour la justice sociale au travail. Cette histoire ne reflète qu’une petite partie du rôle joué par la chanson au sein de la classe ouvrière au siècle dernier. Les chansons, partagées entre ouvriers pour alléger la répétition des tâches, incarnaient le rythme collectif du travail. Les chansons étaient créées, transmises, adaptées avec de nouvelles paroles et de nouvelles voix, et racontaient l’histoire des travailleurs. En imaginant un milieu de travail équitable, libre de racisme et d’oppression, et des salaires décents, les chansons ont eu un effet transformateur. Cependant, avec les changements structurels et économiques du milieu de travail, on a assisté à une régression marquée de la chanson comme élément de la vie professionnelle quotidienne; mais même si les travailleurs ne font plus le même usage de la chanson, son rôle dans la lutte permanente pour la justice sociale demeure. Nous savons, grâce aux sciences neurocognitives, que les chansons stimulent la région du cerveau correspondant à l’empathie; ainsi, les chansons des travailleurs continuent d’adresser des messages forts au grand public sur les droits de la personne, la sécurité au travail, l’abolition du travail des enfants et sur des conditions de travail respectueuses de l’être humain.

Dre Janis Sarra, professeure distinguée présidentielle à l’Université de Colombie-Britannique et professeure de droit à l’Allard School of Law, à Vancouver (Canada), a dirigé le Peter Wall Institute for Advanced Studies et est doyenne associée de la Faculté de droit de UBC. Elle est directrice fondatrice du National Centre for Business Law. Ses recherches se concentrent sur le droit international et comparé des sociétés et de la finance. Elle a par ailleurs été vice-présidente du Tribunal de l’équité salariale de l’Ontario et directrice des Droits de la personne de l’Ontario Federation of Labour. Elle a recours aux arts de la scène comme mécanisme de diffusion de la recherche et pour encourager le débat sur les politiques publiques.

Gerd SPITTLER: L'anthropologie du travail: une comparaison ethnographique
What do the work of a hunter, a farmer, an industrial worker, a cashier, a scientist, a housewife, have in common? Based on ethnographic case studies this communication aims at describing basic elements of work. Work should not be considered identical with industrial and postindustrial labor. It includes the work of hunters and gatherers, peasants and herders. It is not restricted to capitalistic employment. The domestic economy, including housework, women's and children's work is historically and even today more common than capitalistic labor. In comparing all these forms of work with capitalistic labor we should not characterize them as deficient or as dichotomies but as variants of work which can help us to understand better our own work forms.

Gerd Spittler is prof. em of ethnology at the University of Bayreuth. For many years he has done fieldwork among peasants and nomads in West Africa. His recent books on work include "Anthropologie der Arbeit - ein ethnographischer Vergleich" (2016), "African Childrens at Work" (edited together with Michael Bourdillon, 2012) and "Founders of the Anthropology of Work" (2008).

Alain SUPIOT: La juste division du travail
Depuis sa consécration par la Constitution de l’OIT, la notion de "régime de travail réellement humain" a été interprétée comme obligation d’humaniser les conditions de travail. La justice sociale a dès lors été comprise comme justice de l’échange salarial et son périmètre restreint aux questions de salaires, de temps de travail et de sécurité physique. La période contemporaine a été marquée par une régression de cette idée de juste répartition des biens et par l’essor d’une revendication de juste reconnaissance des personnes. La justice sociale n’est plus — ou plus seulement — définie en termes d’égalité dans la répartition de richesses, mais en termes d’égalité dans le respect des identités. Le creusement vertigineux des inégalités de fortune va ainsi aujourd’hui de pair avec l’exacerbation des revendications identitaires. Ainsi focalisés sur la dichotomie de l'avoir et de l'être, ces débats ont en revanche maintenu dans l'ombre une troisième dimension de la justice sociale — celle de l'agir — pourtant présente dans la Déclaration de Philadelphie [1944] qui compte au nombre des droits fondamentaux des travailleurs, celui d'avoir "la satisfaction de donner toute la mesure de leur habileté et de leurs connaissances et de contribuer au bien-être commun" (art. III-b). L’exposé aura pour objet de montrer l’actualité de cette troisième dimension de la justice sociale, en des temps où ce n’est pas seulement la capacité des individus d’agir et de maîtriser leur destin qui est menacée, mais aussi celle des entreprises et des États.

Alain Supiot est professeur au Collège de France, titulaire de la Chaire "État social et mondialisation: analyse juridique des solidarités" et membre de l’Institut d’Études Avancées de Nantes.
(Voir: http://www.college-de-france.fr/site/alain-supiot/index.htm)


Pierre VELTZ:
Le travail dans la société hyper-industrielle
Nous entrons dans une société qu’on peut qualifier d’hyper-industrielle (par opposition au lieu commun de la société post-industrielle), caractérisée à la fois par de grandes nouveautés mais aussi par de profondes continuités avec le monde industriel des deux siècles passés. Le débat sur les implications des mutations en cours — robotisation, globalisation, etc. — porte presque exclusivement sur l’emploi, l’activité et sa répartition. Les impacts sur le travail, ses formes et sa place dans la vie des personnes, sont moins analysés. On partira de deux paradoxes. 1) Alors que l’activité productive est de plus en plus massivement absorbée par des automatismes et des algorithmes, le travail humain devient de plus en plus relationnel et dialogique, dans tous les domaines d’activités; 2) Alors que la production de valeur (marchande ou non) par le travail est de plus en plus intrinsèquement collective et même sociétale, le travail concret est caractérisé à la fois par la montée des exigences d’autonomie chez les travailleurs et des formes d’organisation centrées sur les individus, reliés par des réseaux ouverts, y compris au-delà des firmes et des bureaucraties. Ces paradoxes créent de profondes tensions, autour d’un déficit croissant concernant les mises en formes institutionnelles, sociales et même langagières du travail. Comment décrire et catégoriser le travail, dont la relation au produit est de plus en plus médiatisée par d’épaisses couches techniques ou organisationnelles? Comment construire des modes de reconnaissance, des référentiels et des horizons partagés dans des organisations de plus en plus éclatées? Comment évaluer et valoriser les contributions des individus dans des systèmes coopératifs ouverts?

Michel VOLLE: De la main d’œuvre au cerveau d’œuvre
L'informatisation a suscité l'automatisation des tâches répétitives autrefois accomplies par une main d'œuvre dont les entreprises laissaient les facultés mentales en jachère. L'action productive se partage désormais entre l'automate et l'être humain, ce dernier possédant pour interpréter les cas particuliers et répondre à des incidents imprévisibles un discernement que l'automate ne peut pas exercer. Le "cerveau d'œuvre" remplace ainsi la main d'œuvre. Cela implique une transformation des organisations, dont la qualité dépend désormais de la synergie des compétences individuelles: un "commerce de la considération" doit se substituer à la relation hiérarchique. La plupart des entreprises refusent cependant cette transformation qui bouscule leurs habitudes et traditions. L'inefficacité massive qui en résulte est l'une des causes de la crise actuelle.

Michel Volle est co-président de l'Institut de l'iconomie.
Principales publications
Histoire de la statistique industrielle, Économica, 1982.
Le métier de statisticien, Économica, 1984.
Analyse des données, Économica, 1997.
De l'informatique: savoir vivre avec l'automate, Économica, 2006.
Iconomie, Économica, 2014.




L’avenir du travail entre dirigeants d’entreprise et syndicalistes (organisée dans le cadre des conversations du centenaire de l’OIT), table ronde animée par Cyril COSME (BIT)

"Qu'est-ce qu'un régime de travail réellement humain?", cette interrogation renvoie directement à la Constitution de l'OIT, une organisation internationale fondée au lendemain de la Première Guerre mondiale, à une époque où la société industrielle commençait tout juste à s'imposer avec à la fois son modèle de production, son modèle de travail, et d'une certaine façon son modèle de société. Aujourd'hui, nous vivons une nouvelle phase de bouleversement du travail, alors que l'OIT célébrera son centenaire en 2019, sur le thème de l'avenir du travail.
Cette table ronde est organisée autour du témoignage d'acteurs engagés dans le monde du travail, donnant leur point de vue sur les moyens aujourd'hui d'atteindre l'objectif d'un travail "réellement humain": quels seraient les éléments d'un agenda syndical pour y parvenir? Quels enjeux pour le dialogue social et la négociation collective? Comment au-delà de la sécurisation des transitions professionnelles rendre les travailleurs acteurs de leurs parcours? Quelle articulation entre démocratie politique et démocratie sociale à l'échelle des territoires? Comment promouvoir les droits de l'homme au travail à l'échelle internationale? Comment le syndicalisme peut-il relever le défi de la transformation du travail et de l'individualisation des rapports de travail?

Avec le soutien
du Bureau international du Travail (BIT),
de l’Institut d'études avancées de Nantes (IEA)
et de la Fondation Gabriel Péri


Bureau international du Travail
Institut d'études avancées de Nantes
Fondation Gabriel Péri