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Programme 2018 : un des colloques


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L'ART PALÉOLITHIQUE AU RISQUE DU SENS
Mise à jour
15/01/2018


DU VENDREDI 15 JUIN (19 H) AU VENDREDI 22 JUIN (14 H) 2018

( colloque de 7 jours )

DIRECTION : Marc AVELOT, Jean-Paul JOUARY

ARGUMENT :

Depuis plus d’un siècle, au rythme des découvertes sur tous les continents, les œuvres paléolithiques de portée artistique ne cessent de proposer leur énigme: que sont-elles? qui les a produites? à qui étaient-elles destinées? Tenter de répondre à ces questions peut paraître risqué et c’est néanmoins ce risque que souhaite, en premier lieu, prendre ce colloque en conviant les meilleurs spécialistes à faire hardiment le point sur leurs hypothèses.

Fort de la conviction que la diversité des approches constitue la richesse même de la réflexion autour de l’art paléolithique, le but n’est cependant pas de mettre en scène les oppositions existantes ou d’exacerber les contradictions. Il s’agira plutôt, en développant et en discutant de manière ouverte toutes les démarches et conceptions, d'en explorer toutes les potentialités et toutes les complémentarités.

Parallèlement aux communications suivies de discussions prendront place plusieurs performances originale. Un colloque qui promet déjà d’être un véritable événement.

COMMUNICATIONS (suivies de débats) :

[Les titres suivis d’une astérisque (*) sont proposés par les directeurs du colloque et n’engagent qu’eux]

Interpréter
* Valérie FERUGLIO: Interpréter, c’est toute une histoire (*)
* Jean-Loïc LE QUELLEC: Risque des hypothèses et hypothèses à risque (*)

Croire
* Jean CLOTTES: Retour sur le shamanisme (*)
* Chantal JEGUES-WOLKIEWIEZ: Leur auberge était à la Grande Ourse

Penser
* Amélie BALAZUT: L'amont animal de l'histoire
* François WARIN: Première main
* Table ronde autour d'Emmanuel ANATI

Situer
* Camille BOURDIER: Des images et des lieux: la réception de l’art pariétal paléolithique européen
* Emmanuel GUY: Un art du paléo-capitalisme? (*)

Créer
* Marc AVELOT: L’art et la matière
* Marc AZEMA: Des salles obscures (*)
* Renaud EGO: Le geste du regard (*)
* Art préhistorique et art moderne: croisements, table ronde avec François JEUNE et Rémi LABRUSSE (L'art moderne: une fabrique de la préhistoire?)

Articuler
* Jean-Paul JOUARY: Le senti-cru-pensé
* Nicolas SAINT-CYR: Les leçons de Lascaux IV

Synthétiser
* Marc AVELOT & jean-Paul JOUARY: Bilan et perspectives

SOIRÉES :

"Carte blanche à..."
* Dominique BAFFIER & Werner HERZOG
* Régis DEBRAY
* Jean ROUAUD

Concert-Conférence
* "Paléo-Musique" (*), concert avec Pablo CUECO & Mirtha POZZI
* Jean-Paul JOUARY: Le futur antérieur

EXPOSITION :

* "Visages et corps", par Claire ARTEMYZ

RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Amélie BALAZUT: L'amont animal de l'histoire
L’élan qui porta les hommes du Paléolithique à s’enfoncer dans l’univers abyssal des grottes pour y réaliser d’innombrables figures animales répond à un besoin nécessaire en l’homme de retrouver des états affectifs primordiaux, ceux de leur interdépendance avec le monde animal. Quand l’animal n’était pas encore inférieur et pouvait exprimer la plus familière et la plus menaçante proximité du mystère. Un retournement réflexe, loin en amont de l’humanité, vers l’animalité antérieure, à partir de laquelle l’homme parvient à se retourner sur lui-même et par là même à imaginer l’irreprésentabilité de sa propre antériorité. Cette antériorité pure et invisible est celle à laquelle chacun de nous est conduit lorsqu’il pénètre pour la première fois dans une caverne paléolithique: celle de sa propre profondeur que l’animal ouvre devant lui et qu’il reconnaît puisque c’est la sienne, et par l’intermédiaire de laquelle s’ouvre celle plus originelle encore de l’insubordination matérielle du fond chaotique, éternel et matriciel d’où tout provient et à quoi tout retourne. Comme l’écrit Pascal Quignard, "un homme qui pénètre dans une caverne paléolithique, alors que c’est la première fois, la reconnaît. Il revient" (Abîmes). Cette première fois est sa première fois tout court, celle d’avant sa propre naissance, comme d’avant la naissance de tout être. Toutes ces bêtes, dont la silhouette est peinte sur les parois, ne sont pas celles qui étaient là auprès d’eux, au quotidien. C’était les modèles, les aïeux, les hommes d’avant, qui semblent bien plutôt avoir produit sur ces hommes du Paléolithique une forme d’hallucination de leur propre animalité. L’animal chassé, proie du prédateur que nous étions et que nous sommes toujours, est ainsi halluciné non pour sa seule dimension nutritive et vitale, mais pour la faim plus grande qu’il ouvre en nous, qu’il incarne: celle de notre antériorité, de notre propre animalité.

Amélie Balazut est Docteur en arts plastiques – sciences de l’art. Auteur d’un livre Portrait de l’homme en animal, PUP (préface de J.L. Nancy), et de plusieurs articles et actes de colloque ayant pour sujet la représentation de la duplicité homme/animal dans l’art, des origines à nos jours: Survivance de l’auto présentation des formes vivantes dans l’art paléolithique (PUP), Parés du prestige de la bête, les artistes chamanes du XXe siècle (revue Figure de l’art), De Chauvet à Barceló, survivance intempestive de l’art (PUR à paraître), et L’animal, figure anamorphosique de l’homme, actes du congrès international IFRAO, sous la direction de Jean Clottes. Dernièrement, contribution au Dictionnaire sauvage Pascal Quignard, pour les entrées Chamanisme et Paléolithique, aux éditions Hermann.

Camille BOURDIER: Des images et des lieux: la réception de l’art pariétal paléolithique européen
En tant qu’expression graphique sur paroi rocheuse par définition immobile, l’art pariétal ou rupestre entretient un lien essentiel avec le lieu qui le reçoit. Si la portée signifiante du lieu peut précéder l’acte graphique et l’impulser, en retour la production graphique vient révéler, ancrer et pérenniser visuellement cette dimension. En attribuant une charge mémorielle à ces lieux, ou en la renforçant, elle participe plus largement à un processus d’anthropisation du paysage par lequel les populations s’inscrivent dans et se lient à leur environnement. Oscillant entre plein air et tréfonds, la variété des sites d’art pariétal ou rupestre du Paléolithique européen, des paysages dans lesquels ils s’intègrent, de leurs topographies internes et enfin des emplacements qui furent sélectionnés à l’intérieur, interroge quant au public destinataire de ces images. Considérant cette production graphique primordialement comme un vecteur d’information entre un créateur et un destinataire, les différents contextes de réception de ces images questionnent sur une probable diversité fonctionnelle des sites ornés, et au-delà sur une potentielle pluralité symbolique de cet art pariétal.

Camille Bourdier est maître de Conférences en arts préhistoriques à l’Université Toulouse Jean Jaurès et rattachée au laboratoire de recherches TRACES. Spécialiste d’art pariétal paléolithique européen ayant particulièrement travaillé sur les abris-sous-roche ornés, elle dirige actuellement un programme de recherches sur l’art rupestre des chasseurs-collecteurs d’Afrique australe (massif des Matobo, Zimbabwe).

Rémi LABRUSSE: L'art moderne: une fabrique de la préhistoire?
On met souvent en valeur la résonnance de l’idée de préhistoire dans la création artistique moderne, entre la fin du XIXe siècle et aujourd’hui. Mais cette influence — terme au reste inadéquat — est croisée: ce n’est pas seulement l’art moderne qui a été transformé par le surgissement de l’idée de préhistoire; c’est aussi notre idée de la préhistoire qui a été informée, modelée par la création artistique, lorsqu’elle a pris en charge cette idée et se l’est appropriée. Par bien des aspects, la préhistoire telle que nous l’imaginons aujourd’hui est un produit de l’art moderne. Il reste à savoir dans quelle mesure, selon quelles voies et pour quels résultats. Pour ce faire, on insistera surtout sur les premières rencontres entre création artistique et idée de la préhistoire, des années 1870 à la Seconde Guerre mondiale.

Rémi Labrusse est professeur d’histoire de l’art à l’Université de Paris-Nanterre. Il prépare avec Cécile Debray et Maria Stavrinaki une exposition consacrée aux rapports entre l’art moderne et l’idée de préhistoire, qui se tiendra au Centre Georges Pompidou en 2019. Sur ce thème, il a notamment co-dirigé avec Maria Stavrinaki un numéro spécial des Cahiers du Musée national d’art moderne en 2014.

François WARIN: Première main
La philosophie aurait-elle quelque chose à dire de l’art des grottes ornées du paléolithique? Le motif symboliquement très chargé de "la caverne" nous impose d’abord d’explorer les réquisits de ce vieil imaginaire, au risque de nous égarer dans un labyrinthe où l’on risque de perdre le sens et la raison. La découverte de la grotte Chauvet n’a-t-elle pas, d’ailleurs, définitivement prononcé l’arrêt de mort, l’interruption ou la suspension (épochè) du sens et de la pensée du progrès à laquelle notre civilisation, hier encore, toute entière adhérait? Celle-ci aura été ainsi retournée comme un gant. "Premières mains", l’intitulé de cette intervention enveloppe en effet un paradoxe: ces "premières" mains ne sont pas tâtonnantes ou enfantines, elles sont "mains de maîtres" et font œuvres parfaitement abouties. Effets d’une mimèsis répondant de surcroît à un canon immuable, ces œuvres ont porté à l’achèvement les formes latentes dont la caverne était grosse. Mais ces "premières mains" ce sont aussi ces mains positives et négatives qui, à l’entrée des grottes, nous introduisent dans l’empire des signes et nous obligent à nous interroger sur un art né sous le signe de Narcisse et du Minotaure. Dans l’obscurité ténébreuse des cavernes, on le voit, c’est encore le sublime qui reste le trope fondamental qui nous permet d’approcher les cultures primitives et préhistoriques. Leur involution, disait Schelling, leur puissant retrait dans la crypte d’une nature aveugle et sombre ne peut que nous dérober leur sens et leur secret. C’est pourquoi peut-être de telles œuvres premières, en tous les sens du terme, resplendissent avec force, émouvant d’autant plus nos sens qu’elles s’enlèvent sur la réserve d’une nuit inépuisablement nourricière.

Agrégé et docteur en philosophie, François Warin a enseigné dans des universités étrangères, au Brésil et en Afrique subsaharienne. Il est l'auteur de Nietzsche et Bataille. La parodie à l’infini (Puf. 1994) et de textes sur Montaigne (Actes-Sud 2001), sur l’esthétique et notamment sur l'esthétique des arts premiers (Ellipses, 2000, 2006, Laffond, 2010) ainsi que d'articles concernant des questions de société et des questions géopolitiques. Il a participé à des activités (au Musée de Préhistoire des Gorges du Verdon) à Quinson, village où il habite.