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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2017 : un des colloques





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Flyer QUE VONT DEVENIR LES CIMETIÈRES
EN NORMANDIE, ET AILLEURS ?

Mise à jour
06/03/2017


DU MERCREDI 30 AOÛT (19 H) AU SAMEDI 2 SEPTEMBRE (14 H) 2017

(colloque de 3 jours)

DIRECTION : Jacky BRIONNE, Gaëlle CLAVANDIER, François MICHAUD-NÉRARD

Avec le concours de Pierre BOUET, Claude HALBECQ et Edith HEURGON

ARGUMENT :

À la suite du colloque "Que vont devenir les églises normandes?" (mai 2015), dont l’objectif était d’organiser un large débat entre les acteurs œuvrant au maintien et la valorisation du patrimoine matériel et immatériel des édifices religieux, cette rencontre ouvrira une discussion avec les personnes intéressées, notamment en Normandie, sur l’évolution des cimetières.

Afin de nourrir les décisions des responsables de la gestion publique, il s’agira de s’interroger sur le rôle et la place des cimetières dans les sociétés d’hier et d’aujourd’hui, d’étudier les pratiques funéraires des diverses religions, mais aussi d’imaginer leur devenir dans un contexte de sécularisation, où l’on constate une évolution du rapport à la mort. Cette évolution se traduit par de nouvelles sensibilités, notamment à l’égard du corps mort, ainsi que par de nouvelles régulations de la part des institutions. Des usages inédits sont apparus, en particulier le recours à la crémation, lesquels ont des conséquences pratiques immédiates sur les modes de recueillement et de manifestation du souvenir.

Le cimetière, sous sa forme moderne, est emblématique de ces transformations. Héritier des valeurs républicaines du XIXe siècle, il est l’un des lieux où s’expriment le plus lisiblement les principes de neutralité et de laïcité. Par ailleurs, au travers des concessions, il traduit l’attachement à la lignée, à la famille, à la dernière demeure. À ce titre, il manifeste parfaitement la tension entre une administration et une privatisation de la mort.

Le cimetière concentre les mémoires d’une commune, d’une communauté villageoise. Qu’il soit proche de l’église ou isolé, il constitue un lieu à forte identité architecturale, patrimoniale, paysagère. La préservation de cet héritage est essentielle car elle permet, certes de façon ténue, d’ancrer le cimetière dans des lieux à forte identité. Articuler cette exigence aux problèmes rencontrés par des élus confrontés à la gestion du site n’est pas évident tant il est difficile de concilier les nécessités de gestion par l’application des textes législatifs et la préservation patrimoniale pour un mieux-être des usagers.

Dans un contexte où le rapport à la mort s’intimise, quel peut être le devenir des cimetières, en Normandie et dans d’autres régions françaises? Ce sont ces enjeux, relativement nouveaux pour certains, dont ce colloque propose de discuter. Pour ce faire, après une nécessaire mise en perspective historique et juridique, il s’attachera surtout, avec l’ensemble des acteurs intéressés par ces questions, à établir, au niveau de la région de Normandie, à l’échelle nationale, mais aussi en débordant les frontières françaises, des jalons permettant de penser, de construire et de gérer les cimetières de demain.

CALENDRIER PROVISOIRE :

Mercredi 30 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Jeudi 31 août
Matin:
Pierre BOUET: Des églises aux cimetières

Rôle et place des cimetières dans les sociétés d’hier et d’aujourd’hui (animation: Pierre BOUET)
Cécile TREFFORT: Liens entre cimetière et église, l'organisation de l’espace sacré
Bruno BERTHERAT: Les cimetières au XIXe siècle
Anne FORNEROD:
Quelle laïcité pour les cimetières?

Après-midi:
Le cimetière aux prises avec de nouveaux usages (animation: Gaëlle CLAVANDIER)
Céline EYRAUD: Nouveaux usages: concessions, crémation et diversification des modes de recueillement
Valérie SOUFFRON: Ici ou là? Les cendres humaines et l’énigme d’une localisation des défunts
Marc-Antoine BERTHOD: Circulation des morts et ancrages territoriaux

Rencontre avec des maires de Normandie (animation: Claude HALBECQ)
Jacky BRIONNE: Présentation de l’enquête sur les cimetières en Normandie

S
oirée (suite):
Rencontre avec des maires de Normandie
François MICHAUD-NÉRARD: La révolution de la mort qui va transformer les cimetières
Débat général: Les questions que se posent les maires urbains et ruraux?


Vendredi 1er septembre
Matin:
Concevoir et administrer un cimetière en 2016 (animation: François MICHAUD-NÉRARD)
Gaëlle CLAVANDIER: Intégrer tous les morts, y compris les fœtus et fragments, dans l'espace du cimetière
Emmanuelle FAUCHET (avec Thierry LEVERRIER): Typologie des cimetières et urbanisme
Patrice QUENOT: Les enjeux pour une ville comme Rennes

Après-midi:
Séance publique à Avranches (animation: Jacky BRIONNE)
Visite du cimetière
Enjeux patrimoniaux des cimetières, introduite par David NICOLAS (Maire d'Avranches), avec:
Céline EYRAUD: Les initiatives autour du patrimoine à Lyon (Loyasse, ventes aux enchères...)
Marc-Antoine BERTHOD: La requalification et les enjeux de patrimonialisation en Suisse

Soirée:
Simon CROWCROFT: Les cimetières de Jersey


Samedi 2 septembre
Matin:
Quels cimetières demain? (animation: Pierre BOUET, Claude HALBECQ, Edith HEURGON)
R.P. JAMELOT: Les cimetières, les églises et l’interconfessionnalité
Patrice QUENOT:
La démarche autour du numérique

Table ronde de synthèse

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Marc-Antoine BERTHOD: Circulation des morts et ancrages territoriaux
Lorsque la mort survient, l’attention se focalise bien souvent sur la façon dont les collectivités prennent en charge le cadavre et lui octroient une sépulture. Il est plus rare de s’intéresser au caractère mobile des morts, non seulement lorsqu’ils vont de leur lieu de décès à leur lieu d’inhumation, mais aussi lorsqu’ils transitent d’un pays à un autre; lorsqu’ils sont exposés dans divers lieux publics, dispersés dans la nature, véhiculés en différents endroits par les familles ou ré-enterrés pour des motifs politiques. Basée en partie sur une recherche empirique menée auprès de familles migrantes ayant rapatrié un proche défunt, cette présentation apporte quelques éclairages sur les formes que revêt la mobilité des dépouilles — sur de brèves et de longues temporalités — afin d’interroger la nécessité de les ancrer territorialement.

Marc-Antoine Berthod est professeur de travail social à la Haute école spécialisée de Suisse occidentale (EESP - Lausanne). Docteur en anthropologie de l’Université de Neuchâtel, il mène depuis le milieu des années 1990 des travaux d’enseignement et de recherche sur la fin de vie, la mort et le deuil, notamment dans les contextes institutionnels et migratoires. Il préside depuis 2008 la Société d’études thanatologiques de Suisse romande.
Site internet: www.mort-anthropologie.com
Publications
Berthod, Marc-Antoine (2015), "Le paysage relationnel du deuil", Frontières. Revue québecoise en études sur la mort, n°26 [en ligne].
Berthod, Marc-Antoine (2015), "L’indiscipline conceptuelle des rites: enjeux interprétatifs en thanatologie", Denis Jeffrey and Angela Cardita (dir.), La fabrication des rites, Québec: Presses universitaires de l’Université Laval, pp. 29-48.
Berthod, Marc-Antoine (2007), "Juan Sánchez, un artiste engagé en quête d’identité et de mémoire", Ethnographiques.org, n°13.
Berthod, Marc-Antoine (2006), "De si beaux cadavres: réflexions sur les soins de conservation des morts", L’autre. Cliniques, cultures et sociétés, vol. 7, n°3, pp. 419-432.
Berthod, Marc-Antoine (2006), "Expérience migratoire et identité dans la mort transnationale: les défunts portoricains rapatriés de New York", Revue Canadienne des Études Latino-américaines et Caraïbes, vol. 61, n°31, pp. 145-168.


Gaëlle CLAVANDIER: Intégrer tous les morts, y compris les fœtus et fragments, dans l'espace du cimetière
Depuis une quinzaine d’années, on observe une reconfiguration des cimetières liée à l’évolution du rapport à la mort et des pratiques funéraires dans la société contemporaine. Ces transformations permettent, par exemple, de faire une place légitime aux cendres et de repenser les concessions à l’échelle de la famille nucléaire. Il est un changement qui passe plus inaperçu, au vu de sa relative faible importance statistique notamment, qui constitue néanmoins une révolution en matière de gestion des morts et des restes. En effet, en écho à la modification du code civil concernant le respect, la dignité et la décence dues à la dépouille mortelle, y compris aux cendres (loi de décembre 2008), des restes qui n’avaient pas vocation à entrer au cimetière "comme restes nobles" font leur apparition. On pense tout particulièrement aux fœtus et mort-nés, mais également aux restes anciens et aux fragments non identifiés issus de catastrophes et attentats. Cette mutation, si elle est en cours, nécessite de s’interroger sur le statut de ces restes. Les inhumer ou plus largement leur rendre hommage est un indice de cette volonté à la fois de leur accorder le principe de la dignité humaine, et de les intégrer dans la communauté des morts.

Gaëlle Clavandier, sociologue et anthropologue, est maître de conférences à l’Université de Lyon et chercheur au Centre Max Weber. Ses travaux portent sur les évolutions du rapport à la mort dans la société contemporaine, avec des objets de recherches variés, tels les catastrophes de grande envergure, la crémation, les décès périnataux. Elle étudie le "fait mortuaire" en s’attachant tout particulièrement à décrire les pratiques et à questionner leur caractère émergent. Ses recherches les plus récentes sont centrées sur le devenir des corps et des restes, ainsi que sur leurs trajectoires. Elle est membre du conseil scientifique de la SFAP (Société Française d’Accompagnement et de soins Palliatifs), du GAAF (Groupe d’anthropologie et d’archéologie du funéraire) et du groupe interinstitutionnel deuil périnatal.
Publications
Gaëlle Clavandier (2009), Sociologie de la mort. Vivre et mourir dans la société contemporaine, Paris, Armand Colin.
Gaëlle Clavandier (2017), "Du corps comme support de la ritualité au fragment comme maintien de la personne. Étude des catastrophes contemporaines", in Virginia Araceli García Acosta, Alain Musset, Dialogues et discours croisés: les catastrophes et l’interdisciplinarité, Louvain-la-Neuve, Academia-L´Harmattan, à paraître.
Philippe Charrier, Gaëlle Clavandier (2016), "Décès "autour" de la naissance. Quelles conséquences sur le devenir des corps et les supports du deuil?", in Pierre Bétrémieux (dir.), La démarche palliative en médecine périnatale, Relations médicales Olo éditions, p. 722-735.
Philippe Charrier, Gaëlle Clavandier (2015), "Petites dépouilles. Le sort des fœtus et mort-nés", Communications, n°97, Éditions du Seuil, p.117-128.
Gaëlle Clavandier, Philippe Charrier (2015), "Quelle place pour les "bébés morts"? Espaces dédiés dans les cimetières et cérémonies rituelles d’adieu", in Grégory Delaplace, Frédérique Valentin (dir.), Le Funéraire. Mémoire, protocoles, monuments, Éditions de Boccard, p. 51-60.
Gaëlle Clavandier (2014), "La mort aux confins des droits et de la vie en société. Faire place aux morts dans l’espace public", in Mathieu Touzeil-Divina, Magalie Bouteille-Brigant et Jean-François Boudet (dir.), Traité des nouveaux droits de la mort, volume 1, Lextenso - L’Épitoge, p. 101-116.


Simon CROWCROFT: Les cimetières de Jersey
Les cimitieres de Jersey restent sous la direction des connétables des douzes paroisses. Connétable du mandat le plus long (presque 15 ans), j'ai une bonne connaissance des cimitieres de toute l'île, de leur histoire, des lois qui gouvernent leur usage, et des défis qu'ils posent en matière d'entretien. En plus, plusieurs se trouvent à St Hélier, la capitale de l'île. Un programme de recherche a été mis en place pour assister ceux qui demandent ses renseignements quant à leur généalogie et, chaque année, des améliorations et restaurations sont faites pour protéger les tombes et promouvoir leur histoire. Récemment, a été créé un nouvel espace au cimetière de Surville, ce qui fait que je suis au courant des coutumes religieuses impliquées.

Simon Crowcrott est connétable de St Hélier dans l'île de Jersey.

Anne FORNEROD: Quelle laïcité pour les cimetières?
Il est généralement admis que le principe de laïcité se compose de trois éléments, la neutralité, l'égalité et la liberté, qui trouvent indéniablement à s'appliquer aux cimetières communaux. Ils ont pour fondement législatif trois textes adoptés sous la IIIe République, dont les dispositions sont toujours en vigueur. Pour autant, les évolutions du paysage et du contexte religieux dans la seconde moitié du XXe siècle interrogent aujourd'hui encore les rapports entre ces textes et le respect des convictions religieuses dans le domaine funéraire.

Anne Fornerod, docteur en droit public, est chargée de recherche au CNRS dans l’unité de recherche DRES-Droit, religion, entreprise et société (CNRS/Université de Strasbourg). Ses principaux thèmes de recherche et publications portent sur les rapports entre droit et fait religieux (laïcité, patrimoine culturel religieux, financement des cultes...).

François MICHAUD-NÉRARD: La révolution de la mort qui va transformer les cimetières
Sous l’influence de la "modernité", mais aussi des évolutions démographiques majeures que nous avons connues au XXe siècle, les rites funéraires sont bouleversés: développement spectaculaire de la crémation qui transforme le cadavre en cendres nomades; injonction sociale faite aux anciens de souscrire des contrats d’obsèques qui déchargent les enfants de l'obligation de pourvoir aux obsèques de leurs parents au profit de l’organisation par le futur disparu de sa propre mort ; affaiblissement de la prégnance du religieux qui abolit les rituels au profit d’une personnalisation qui ne fait pas forcément sens. Comment peut-on réinventer des rites funéraires qui sont le dernier moment solidaire avant un cheminement de plus en plus solitaire dans le deuil?

François Michaud-Nérard est le fondateur, en 1998, de la Société d’Économie Mixte: Services Funéraires - Ville de Paris, qu’il dirige depuis (130 personnes, 15 agences et 2 crématoriums dont celui du Père Lachaise) et, en 2011, de la Fondation du même nom sous égide de la Fondation de France. Administrateur de l’Union du Pôle Funéraire Public, il est membre titulaire du Conseil national des Opérations Funéraires et du bureau de l’European Crematoria Network.
Publications
La Révolution de la mort, préface Didier Sicard, postface Bertrand Delanoë, Vuibert, col. "Espace éthique", 2007.
Une Révolution rituelle, accompagner la crémation, L’Atelier, 2012.
(en collaboration)
La mort d’un parent, sous la direction de Michel Hanus,
Vuibert, 2008.
Pandémie grippale, l’ordre de mobilisation,
sous la direction d’Emmanuel Hirsch, Cerf, 2009.
Faut-il faire son deuil? Perdre un être cher et vivre, contribution à l’ouvrage de Pascal Dreyer,
Autrement, 2009.
Éthique et Crémation, sous la direction de M. Mayer, B. Py, PU de Nancy, 2015.
Le Social à l’épreuve du dégoût, collectif, PU de Rennes, 2016.
Divers ouvrages de la collection Études sur la Mort (Société de Thanatologie).


Valérie SOUFFRON: Ici ou là? Les cendres humaines et l’énigme d’une localisation des défunts
Introduite en Europe dans les dernières années du XIXe siècle, la crémation a connu des fortunes diverses sur le continent, quant à son adoption par les populations, les États et les Églises. Le cas de la France est à certains égards spécifique. Replacer le dessein de consumer les corps dans la socio-genèse de son développement, des débats et polémiques qui ont jalonné un large siècle est une manière d’expliquer et de comprendre les raisons de ce choix, mais aussi de prendre la mesure de ce qui, aujourd’hui, se donne à voir différemment avec l’expansion de la pratique. La problématique du cimetière interpelle la pratique crématiste, notamment depuis que fut légalisée et généralisée l’obligation de réduction des calcius incinérés en cendres pulvérulentes, autorisant ainsi un nomadisme des restes qui est rapidement devenu une norme. Des imaginaires en ont été modifiés, portant une part non négligeable des modes de sépultures inédits qui ont vu le jour avec les années 80 et récemment codifiés par le législateur. Cette communication tentera de montrer que la question crématiste interroge de manière originale, l’anthropos et le topos (τόπος), la condition charnelle et le désir ou le rejet du lieu (locus) et de la stabilité que suppose la tombe. Dans un monde de circulation généralisée et de liens sociaux mouvants et incertains, comment penser une localisation pérenne pour des défunts vagabonds? Le cimetière est-il inévitablement un "non-lieu" pour l’imaginaire crématiste?

Valérie Souffron est maître de Conférences à l’Université de Paris 1 et chercheur au Cetcopra (Centre d’Étude des techniques, des Connaissances et des Pratiques). Ses recherches portent sur la socio-anthropologie de la mort et du corps, sur les enjeux d’une technicisation des rites de passage et des états liminaires et, en particulier, sur les mises en œuvre des techniques dans les pratiques professionnelles, familiales, collectives, ou individuelles, du traitement des morts, de la mort et du mourir.
Publications récentes
(2015), "Chairs disparues", Communications, 97, 2/2015, Paris, Seuil.
(2015), "Mortels ! Imaginaires de la mort au début XXIe siècle", Socio-anthropologie, 31, 1/2015, Paris, Publications de la Sorbonne.
(2013), Lire Edgar Morin: L’homme et le mort, Suivi d’un entretien avec Edgar Morin, Paris, Ellipses.


Cécile TREFFORT
Cécile Treffort est professeure en histoire du Moyen Age à l'Université de Poitiers (Centre d'études supérieures de civilisation médiévale, CNRS).