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Programme 2018 : un des colloques


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LA PSYCHANALYSE : ANATOMIE DE SA MODERNITÉ

( À PARTIR DES TRAVAUX DE LAURENCE KAHN )

( colloque publié )
Mise à jour
03/02/2020
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DU VENDREDI 13 JUILLET (19 H) AU VENDREDI 20 JUILLET (14 H) 2018

DIRECTION : Odile BOMBARDE, Catherine MATHA, Françoise NEAU

Avec la participation de Laurence KAHN

ARGUMENT :

Depuis plusieurs décennies, nombre de psychanalystes somment la psychanalyse de remanier ses théories et ses pratiques, pour affronter de nouvelles pathologies et, disent-ils, mieux soulager la souffrance contemporaine. Selon eux, cette évolution de la psychanalyse, gage de modernisation, d’ouverture et de progrès, serait la condition de sa survie: consensus oblige, elle imposerait entre autres de renoncer à la métapsychologie, jugée abstraite et dépassée et, avec elle, à toute visée scientifique, au profit du relativisme théorique, de l’empiricité de la clinique et de l’empathie du thérapeute — loin des scandales du sexuel et de la conflictualité psychique. Quels sont les enjeux et les effets d’une telle psychanalyse, "révisée" disait Adorno dès 1946? Que reste-t-il aujourd’hui de l’inconvenance, de la subversion et du mordant de la découverte freudienne? Et que reste-t-il des outils théoriques permettant aux analystes de penser non seulement les butées individuelles de la cruauté et de la tyrannie internes, mais aussi les créations culturelles et leurs destins religieux et politiques?

Ce colloque, qui réunira des psychanalystes, des philosophes, des anthropologues, des historiens, des linguistes, des traducteurs, ainsi que toute personne intéressée par ces questions, permettra d’échanger à partir des travaux menés par Laurence Kahn[1] depuis 1975, en sa présence.

[1] Derniers ouvrages parus: Le psychanalyste apathique et le patient post-moderne, éd. de l’Olivier, 2014 ("Penser/rêver");
Ce que le nazisme a fait à la psychanalyse
, Puf, mars 2018 ("Petite bibliothèque de psychanalyse").


CALENDRIER DÉFINITIF :

Vendredi 13 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Samedi 14 juillet
Les déclinaisons du mythe [présentation]
Matin:
Patrice BIDOU: Les déclinaisons mythiques de l'inutilisable: une théorie amazonienne de l'évolution
Ellen CORIN: L'actualité du mythe et sa mise en abîme

Après-midi:
Patrick MÉROT: Les mythes en héritage
Paul DENIS: Œdipe créateur des mythes originaires


Dimanche 15 juillet
La psychanalyse et les enfants [présentation]
Matin:
Viviane ABEL PROT: L'unité de la psychanalyse
Jocelyne MALOSTO: Le psychanalyste et l’enfant: entre le Charybde de la désexualisation et le Scylla de la resexualisation

Après-midi:
Aline COHEN DE LARA: Quelques considérations actuelles sur "Les petites choses. Enfants du Coteau, temps de guerre" (L. Kahn, in Penser/rêver, n°14, 2011)
Sylvain MISSONNIER: Au commencement était le mouvement


Lundi 16 juillet
L'écoute et la méthode de l'analyste [présentation]
Matin:
Françoise COBLENCE: Les embûches de l'affect [enregistrement audio en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de l'Université de Caen Normandie et sur le site France Culture]
Laurence KAHN: "Quand ce que nous attendons ne vient pas". L'écoute analytique selon Daniel Widlöcher

Après-midi:
Pierre-Henri CASTEL: Laurence Kahn, l'esprit de Freud, et l'ennemi à l'intérieur de la psychanalyse


Mardi 17 juillet
Quel genre de sexe? [présentation]
Matin:
Vincent BOURSEUL: Le genredesexe fini et infini ou Du genre à l'identitaire
Jean-Yves TAMET: Changer de sexe, attribuer un sexe: questions actuelles, mais sont-elles nouvelles?

Après-midi:
DÉTENTE


Mercredi 18 juillet
L'usage de la parole [présentation]
Matin:
Laurent DANON-BOILEAU: L'aphasie bavarde
Laurence KAHN: Quel après-coup dans l'analyse d'enfant?

Après-midi:
Dominique SCARFONE: Trace et transduction
Corinne ENAUDEAU: L'usure de la parole


Jeudi 19 juillet
Les destins de la psychanalyse: après-guerre et post-modernité [présentation]
Matin:
Udo HOCK: Bénédiction et malédiction du pluralisme en psychanalyse
Jean-François CHIANTARETTO: Survivre/penser: l'écriture de Kertész pour le psychanalyste

Après-midi:
Jacob ROGOZINSKI: Ce que Hitler aurait appris à Freud


Vendredi 20 juillet
Matin:
Discussion générale avec Laurence KAHN

Après-midi:
DÉPARTS

THÉMATIQUES :

Les déclinaisons du mythe

Le terrain du mythe a de tout temps été un terrain miné. Objet d’un débat houleux avec les anthropologues — que l’on songe à l’accueil de Totem et Tabou ou, plus près de nous, à "Œdipe sans complexe" de Vernant —, il fut aussi le territoire de la rencontre enthousiaste de Freud et de Jung — "Je suis heureux que vous partagiez ma conviction que la mythologie devrait être entièrement conquise par nous" (17 octobre 1909) – et celui de leur affrontement fracassant.
À y regarder de près, le motif de la difficulté semble avoir été toujours à peu près le même. Si l’effet provoqué par le spectacle de la tragédie d’Œdipe permettait aux yeux de Freud de démontrer l'universalité de l'inconscient, les mythes et leur lecture ont constamment rouvert le problème de la modalité d’inscription de l’action du refoulement dans l’héritage culturel. Division du sumbolon, sens opposés dans les mots primitifs, équations symboliques, traduction des "significations" ou bien double fond de celles-ci (songeons au Prométhée de Freud): le débat porte toujours sur l’écart entre les contenus des pensées inconscientes et les opérations effectuées par l’appareil psychique. Est-ce à son pouvoir symbolisant — c'est-à-dire à la structure dont il est porteur et qui pense à la fois l’homme et le monde (pensons cette fois à Cassirer ou à Lévi-Strauss) — que le mythe doit son efficacité? Ou bien l’efficace des mythes relève-t-elle d’une théorie de l’acte, impliquant tout à la fois l’amphibologie de l’expression et l’action de la profération du mythe?
Le débat est toujours actuel et il engage la question pulsionnelle. Car il ne suffit pas de dire qu’il y a des "contenus sexuels" dans les récits mythiques. Peut-être faut-il aussi approcher, par une voie autre qu’herméneutique, le terreau dans lequel s’active le moteur pulsionnel et conflictuel. Mais alors comment penser l’universalité de l’héritage culturel?
L. K.

La psychanalyse et les enfants

Quand Freud manifeste le souhait qu'on lui rapporte des "observations d'enfant" (ce qui est le point de départ du cas de Hans), c’est que, selon lui, il serait permis d'obtenir ainsi un témoignage plus direct des propositions construites dans les Trois essais sur la théorie sexuelle. Mais, ajoute-t-il, il ne s’agira là que de la confirmation des constructions qui ont été forgées dans l'analyse des adultes. Tel est le premier paradoxe dans lequel est prise l’analyse des enfants. Surgit aussitôt le deuxième: l'asymétrie réelle de ces cures mettant en présence un grand et un petit mobilise d’emblée une charge libidinale incestueuse qui comporte intrinsèquement un double risque: celui du poids suggestif exercé par la parole de l’adulte et celui que a contrario fait peser sur le traitement de l’enfant une intention éducative, qu’elle soit consciente ou inconsciente. D’où le troisième paradoxe: entre énigme et effraction, entre enfantin et infantile, entre évolution temporelle de l’enfant et répétition du dispositif pulsionnel inconscient, comment situer, entendre, manier le transfert dans ces cures? Que faire des notions de primitivité et de représentation symbolique? Comment s’y travaillent à la fois la levée des refoulements et la mise en place des refoulements? Et quelle place accorder dans ces traitements aux parents dont l’enfant est encore dépendant? La psychanalyse d'enfant est un cas difficile de la psychanalyse — ce dont témoignent les grandes querelles dont elle a fait et fait toujours l’objet.
L. K.

L’écoute et la méthode de l’analyste

Si la psychanalyse est une "cure de parole", la méthode confronte l’écoute à une antinomie de prime abord insoluble. Dans la pratique, si l’analysant fait droit à l’association libre, ses idées incidentes, ses pensées inconvenantes, ses mots, ses phrases ne seront pas seulement entendus pour ce qu’ils disent, mais tout autant pour ce qu’ils font. Or, du point de vue de la théorie, l’agir transférentiel — réincarnation "en présence" du dispositif pulsionnel infantile refoulé — semble inaccessible à l’interprétation, les vocables permettant de sémantiser sa visée inconsciente ayant justement été bannis du champ représentationnel. Par quelles voies l’analyste accède-t-il à ce noyau qui se découvre transférentiellement dans la répétition agie mais se refuse à la remémoration? Entre les ruses de l’affect et de la séduction, la décomposition du discours effectuée grâce à la parole associative, la déformation par transfert, comment parvient-il à cerner, à deviner, à construire l’action exercée par le patient non seulement sur sa sensibilité consciente mais aussi sur sa "sensibilité inconsciente"? Par quels chemins transporte-t-il ce qu’il perçoit sur sa propre scène psychique vers une scénarisation pertinente des positions fantasmatiques actives sur la scène psychique de son patient? Où trouve-t-il un appui qui ne soit pas contaminé par la suggestion?
À la question ouverte par la "nouvelle" psychanalyse — qui a besoin de la métapsychologie? —, on répondrait volontiers que la modernité de la psychanalyse tient précisément à cette méthode théorique qui, au-delà de l’empiricité subjective, récuse le dialogue et la contextualisation. Bâtissant un modèle dont la visée est anti-métaphysique, elle ne capitule pas devant les labyrinthes de la croyance. Tout comme face au relativisme ambiant, elle ne cède pas à l’antiréalisme qui réduit le monde à la seule fabrique langagière. Comme l’écrit Putnam, les dinosaures existaient avant que nous y pensions. Le refoulé inconscient et la réalité psychique sans doute aussi.
L. K.

Quel genre de sexe?

Une fois Freud et la psychanalyse stigmatisés pour avoir transformé la loi morale en loi scientifique et concouru à la légitimation de la norme sexuelle, comment les théories du genre permettent-elles de traiter cliniquement le transsexualisme et l’hermaphrodisme qui furent au départ du débat entre l’approche psychodynamique de Stoller et le behaviorisme endocrinologique de Money? Face à la conviction d’un patient que l'assignation de son sexe est incorrecte, la référence à la bisexualité des positions psychiques a-t-elle quelque pertinence? Car cette bisexualité et les conflits intrapsychiques qu’elle génère sont inconscients. Or tant la notion d’identité sexuelle que celle de "rôle de genre", et bien davantage encore l’idée que la donnée corporelle du sexe est elle-même une fiction, produit d’une construction discursive, articulent in fine l’expérience subjective d’un ressenti à l’expérience sociale d’un assujettissement.
En outre, si l’usage du langage est ici actif, sa fonction performative est au service de la "lisibilité", que celle-ci soit inféodée aux valeurs normatives ou qu’elle soit à son tour transformable par des actes qui remodèleraient les individus selon leur vœu conscient. Y a-t-il une commune mesure entre cette conception de la "puissance d’agir" et l’agir pulsionnel tels que les psychanalystes l’envisagent? La référence à la personne, entée sur l’auto-construction identitaire et les "histoires de soi", ne laisse-t-elle pas à la marge la complexité des identifications inconscientes? Si la matérialité des corps existe, et avec elle ce que Freud n’hésite pas à nommer dans L’Homme Moïse le "trauma" de la découverte de la différence des sexes associée à la castration, comment en pratique — face à une demande, et laquelle? — est pensé non pas le destin de l’anatomie mais le destin de ce trauma?
L. K.

L’usage de la parole

"Ils ne font que parler", certes. Mais que mobilise la parole adressée dans la cure qui permette d’outrepasser les limitations imposées par la conscience? Aux fondements de la talking cure, le dire, le Sprechen, est à la charnière entre qualité et quantité: succédané de l’acte, il permet aussi bien d’exprimer un affect ressenti que d’expulser l’excès d’excitation pulsionnelle. Mais il faut aussi compter avec le fait que le discours, moment d’actualisation et d’appropriation de la langue par un locuteur, est tout à la fois porteur de message et instrument destiné à influencer d’une manière ou d’une autre l’auditeur. De sorte que la méthode analytique s’appuie sur la cohabitation de deux fonctions discursives dans la cure: sémantique et performative. D’un côté, ce qui est dit est commandé par la clause de la signification; de l’autre, l’énonciation est constituée de conditions formelles, capables de désorienter la désignation. Les oppositions entre signifiant et signifié ou bien entre langue et parole sont-elles suffisantes pour rendre compte du régime oral de la prosodie et de ses effets?
Dans les conditions formelles de la manifestation du sens — phonatoires, corporelles, rythmiques — la sexualisation pulsionnelle trouve son matériau, aussi bien que l’absence à soi ou le retrait, travaillant au déroutement du signifié qui peut être intelligible tandis que le sous-sol (intention, désignation) se dérobe. Brouillage des références, déplacements d’accentuation, parole affectée, magie du mot: n’est-ce pas dans ce périmètre que Freud saisit les modalités de la "satisfaction hallucinatoire motrice"? Quelle relation avec ce qui, très tôt, est avancé concernant l’"image verbale motrice"?
Reste que, si la parole affectée du locuteur est en mesure d’affecter l’auditeur, où trouver dans la cure l’écart, le décalage, le surplomb, le ralentissement, la fragmentation nécessaires au travail de pensée? Entre amour et haine, entre demande et trahison, entre emprise et narcissisme, jusqu’où va le spectre qualitatif de la parole dont font usage les deux protagonistes de la situation analytique pour donner forme à ce qui a été banni de la scène et de la figuration?
L. K.

Les destins de la psychanalyse: après-guerre et post-modernité

Depuis le premier éditorial de International Journal of Psychoanalysis, mettant en garde contre les "réajustements de la perspective" et l’"élargissement des points de vue" destinés à conquérir un public réticent, qu’est-il advenu de ce que Freud considérait comme les piliers de la psychanalyse? En disqualifiant la métapsychologie sous l’argument de sa non-scientificité, en récusant la théorie pulsionnelle au prétexte de sa métaphysique, en arguant de la prétendue ignorance par Freud de l’ampleur du contre-transfert et de ses implications subjectives, en substituant au concept d’inconscient la notion vague de monde interne, en ignorant la pulsion de mort et en renonçant finalement à l’association libre, les pionniers de la "nouvelle psychanalyse" n’ont-ils pas corroboré les soupçons d’Adorno: transformer l’analyse en une pratique "humaine et présentable" grâce à une herméneutique simplifiée, considérer les individus sous les traits de leur "soi intime", et ignorer l’irrémissible propension des hommes à l’anéantissement?
Comment les psychanalystes ont-ils traité le paradoxe que constitue l’engendrement de l’anti-civilisation par la civilisation elle-même? Que, passés les tout premiers travaux sur l’antisémitisme et la psychose de masse, les recherches psychanalytiques sur la Shoah se soient essentiellement centrées sur le "trauma extrême" et la pathologie des victimes, que l’empathie se soit alors présentée comme la méthode pour soigner et communiquer, donne à penser que la dérive humanisante participe sans doute des conséquences de l’impact du nazisme sur la psychanalyse, et en particulier l’altération des mots sur lesquels elle était bâtie (pensons au large usage par Hitler des termes de "pulsion" et d’"autoconservation"). Longtemps il appartint aux philosophes et aux écrivains de prendre en charge l’ébranlement du socle langagier qu’infligea la "contre-culture nazie". Aujourd’hui les psychanalystes trouveraient peut-être dans les récents travaux des historiens matière à interroger les doubles-fonds juridiques de la construction identitaire.
L. K.

BIBLIOGRAPHIE :

Ouvrages en français de Laurence Kahn

Ce que le nazisme a fait à la psychanalyse, Puf, mars 2018 ("Petite bibliothèque de psychanalyse").
Le psychanalyste apathique et le patient postmoderne, éd. de l’Olivier, 2014 ("Penser/rêver").
L’écoute de l’analyste: de l’acte à la forme, Puf, 2012 ("Fil rouge").
Faire parler le destin, Klincksieck, 2005 ("Méridiens").
Cures d’enfance, Gallimard, 2004 ("Connaissance de l’inconscient, Tracés").
Fiction et vérité freudiennes: entretiens avec Michel Enaudeau, 
Balland, 2004.
Sigmund Freud. Volume 2: 1897-1904, Puf, 2000 ("Psychanalystes d’aujourd’hui").
La petite maison de l’âme, Gallimard, 1993 ("Connaissance de l’inconscient").
Hermès passe: ou les ambiguïtés de la communication, Maspéro, 1978 ("Textes à l’appui").

Avec le soutien
de l'Université Paris Descartes (Laboratoire PCPP)
et de l'Université Paris 13 (Laboratoire UTRPP)