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Programme 2018 : un des colloques


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LA PSYCHANALYSE : ANATOMIE DE SA MODERNITÉ

( À PARTIR DES TRAVAUX DE LAURENCE KAHN )
Mise à jour
20/07/2018
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DU VENDREDI 13 JUILLET (19 H) AU VENDREDI 20 JUILLET (14 H) 2018

DIRECTION : Odile BOMBARDE, Catherine MATHA, Françoise NEAU

Avec la participation de Laurence KAHN

ARGUMENT :

Depuis plusieurs décennies, nombre de psychanalystes somment la psychanalyse de remanier ses théories et ses pratiques, pour affronter de nouvelles pathologies et, disent-ils, mieux soulager la souffrance contemporaine. Selon eux, cette évolution de la psychanalyse, gage de modernisation, d’ouverture et de progrès, serait la condition de sa survie: consensus oblige, elle imposerait entre autres de renoncer à la métapsychologie, jugée abstraite et dépassée et, avec elle, à toute visée scientifique, au profit du relativisme théorique, de l’empiricité de la clinique et de l’empathie du thérapeute — loin des scandales du sexuel et de la conflictualité psychique. Quels sont les enjeux et les effets d’une telle psychanalyse, "révisée" disait Adorno dès 1946? Que reste-t-il aujourd’hui de l’inconvenance, de la subversion et du mordant de la découverte freudienne? Et que reste-t-il des outils théoriques permettant aux analystes de penser non seulement les butées individuelles de la cruauté et de la tyrannie internes, mais aussi les créations culturelles et leurs destins religieux et politiques?

Ce colloque, qui réunira des psychanalystes, des philosophes, des anthropologues, des historiens, des linguistes, des traducteurs, ainsi que toute personne intéressée par ces questions, permettra d’échanger à partir des travaux menés par Laurence Kahn[1] depuis 1975, en sa présence.

[1] Derniers ouvrages parus: Le psychanalyste apathique et le patient post-moderne, éd. de l’Olivier, 2014 ("Penser/rêver");
Ce que le nazisme a fait à la psychanalyse
, Puf, mars 2018 ("Petite bibliothèque de psychanalyse").


CALENDRIER DÉFINITIF :

Vendredi 13 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Samedi 14 juillet
Les déclinaisons du mythe [présentation]
Matin:
Patrice BIDOU: Les déclinaisons mythiques de l'inutilisable: une théorie amazonienne de l'évolution
Ellen CORIN: L'actualité du mythe et sa mise en abîme

Après-midi:
Patrick MÉROT: Les mythes en héritage
Paul DENIS: Œdipe créateur des mythes originaires


Dimanche 15 juillet
La psychanalyse et les enfants [présentation]
Matin:
Viviane ABEL PROT: L'unité de la psychanalyse
Jocelyne MALOSTO: Le psychanalyste et l’enfant: entre le Charybde de la désexualisation et le Scylla de la resexualisation

Après-midi:
Aline COHEN DE LARA: Quelques considérations actuelles sur "Les petites choses. Enfants du Coteau, temps de guerre" (L. Kahn, in Penser/rêver, n°14, 2011)
Sylvain MISSONNIER: Au commencement était le mouvement


Lundi 16 juillet
L'écoute et la méthode de l'analyste [présentation]
Matin:
Françoise COBLENCE: Les embûches de l'affect
Laurence KAHN: "Quand ce que nous attendons ne vient pas". L'écoute analytique selon Daniel Widlöcher

Après-midi:
Pierre-Henri CASTEL: Laurence Kahn, l'esprit de Freud, et l'ennemi à l'intérieur de la psychanalyse


Mardi 17 juillet
Quel genre de sexe? [présentation]
Matin:
Vincent BOURSEUL: Le genredesexe fini et infini ou Du genre à l'identitaire
Jean-Yves TAMET: Changer de sexe, attribuer un sexe: questions actuelles, mais sont-elles nouvelles?

Après-midi:
DÉTENTE


Mercredi 18 juillet
L'usage de la parole [présentation]
Matin:
Laurent DANON-BOILEAU: L'aphasie bavarde
Laurence KAHN: Quel après-coup dans l'analyse d'enfant?

Après-midi:
Dominique SCARFONE: Trace et transduction
Corinne ENAUDEAU: L'usure de la parole


Jeudi 19 juillet
Les destins de la psychanalyse: après-guerre et post-modernité [présentation]
Matin:
Udo HOCK: Bénédiction et malédiction du pluralisme en psychanalyse
Jean-François CHIANTARETTO: Survivre/penser: l'écriture de Kertész pour le psychanalyste

Après-midi:
Jacob ROGOZINSKI: Ce que Hitler aurait appris à Freud


Vendredi 20 juillet
Matin:
Discussion générale avec Laurence KAHN

Après-midi:
DÉPARTS

THÉMATIQUES :

Les déclinaisons du mythe

Le terrain du mythe a de tout temps été un terrain miné. Objet d’un débat houleux avec les anthropologues — que l’on songe à l’accueil de Totem et Tabou ou, plus près de nous, à "Œdipe sans complexe" de Vernant —, il fut aussi le territoire de la rencontre enthousiaste de Freud et de Jung — "Je suis heureux que vous partagiez ma conviction que la mythologie devrait être entièrement conquise par nous" (17 octobre 1909) – et celui de leur affrontement fracassant.
À y regarder de près, le motif de la difficulté semble avoir été toujours à peu près le même. Si l’effet provoqué par le spectacle de la tragédie d’Œdipe permettait aux yeux de Freud de démontrer l'universalité de l'inconscient, les mythes et leur lecture ont constamment rouvert le problème de la modalité d’inscription de l’action du refoulement dans l’héritage culturel. Division du sumbolon, sens opposés dans les mots primitifs, équations symboliques, traduction des "significations" ou bien double fond de celles-ci (songeons au Prométhée de Freud): le débat porte toujours sur l’écart entre les contenus des pensées inconscientes et les opérations effectuées par l’appareil psychique. Est-ce à son pouvoir symbolisant — c'est-à-dire à la structure dont il est porteur et qui pense à la fois l’homme et le monde (pensons cette fois à Cassirer ou à Lévi-Strauss) — que le mythe doit son efficacité? Ou bien l’efficace des mythes relève-t-elle d’une théorie de l’acte, impliquant tout à la fois l’amphibologie de l’expression et l’action de la profération du mythe?
Le débat est toujours actuel et il engage la question pulsionnelle. Car il ne suffit pas de dire qu’il y a des "contenus sexuels" dans les récits mythiques. Peut-être faut-il aussi approcher, par une voie autre qu’herméneutique, le terreau dans lequel s’active le moteur pulsionnel et conflictuel. Mais alors comment penser l’universalité de l’héritage culturel?
L. K.

La psychanalyse et les enfants

Quand Freud manifeste le souhait qu'on lui rapporte des "observations d'enfant" (ce qui est le point de départ du cas de Hans), c’est que, selon lui, il serait permis d'obtenir ainsi un témoignage plus direct des propositions construites dans les Trois essais sur la théorie sexuelle. Mais, ajoute-t-il, il ne s’agira là que de la confirmation des constructions qui ont été forgées dans l'analyse des adultes. Tel est le premier paradoxe dans lequel est prise l’analyse des enfants. Surgit aussitôt le deuxième: l'asymétrie réelle de ces cures mettant en présence un grand et un petit mobilise d’emblée une charge libidinale incestueuse qui comporte intrinsèquement un double risque: celui du poids suggestif exercé par la parole de l’adulte et celui que a contrario fait peser sur le traitement de l’enfant une intention éducative, qu’elle soit consciente ou inconsciente. D’où le troisième paradoxe: entre énigme et effraction, entre enfantin et infantile, entre évolution temporelle de l’enfant et répétition du dispositif pulsionnel inconscient, comment situer, entendre, manier le transfert dans ces cures? Que faire des notions de primitivité et de représentation symbolique? Comment s’y travaillent à la fois la levée des refoulements et la mise en place des refoulements? Et quelle place accorder dans ces traitements aux parents dont l’enfant est encore dépendant? La psychanalyse d'enfant est un cas difficile de la psychanalyse — ce dont témoignent les grandes querelles dont elle a fait et fait toujours l’objet.
L. K.

L’écoute et la méthode de l’analyste

Si la psychanalyse est une "cure de parole", la méthode confronte l’écoute à une antinomie de prime abord insoluble. Dans la pratique, si l’analysant fait droit à l’association libre, ses idées incidentes, ses pensées inconvenantes, ses mots, ses phrases ne seront pas seulement entendus pour ce qu’ils disent, mais tout autant pour ce qu’ils font. Or, du point de vue de la théorie, l’agir transférentiel — réincarnation "en présence" du dispositif pulsionnel infantile refoulé — semble inaccessible à l’interprétation, les vocables permettant de sémantiser sa visée inconsciente ayant justement été bannis du champ représentationnel. Par quelles voies l’analyste accède-t-il à ce noyau qui se découvre transférentiellement dans la répétition agie mais se refuse à la remémoration? Entre les ruses de l’affect et de la séduction, la décomposition du discours effectuée grâce à la parole associative, la déformation par transfert, comment parvient-il à cerner, à deviner, à construire l’action exercée par le patient non seulement sur sa sensibilité consciente mais aussi sur sa "sensibilité inconsciente"? Par quels chemins transporte-t-il ce qu’il perçoit sur sa propre scène psychique vers une scénarisation pertinente des positions fantasmatiques actives sur la scène psychique de son patient? Où trouve-t-il un appui qui ne soit pas contaminé par la suggestion?
À la question ouverte par la "nouvelle" psychanalyse — qui a besoin de la métapsychologie? —, on répondrait volontiers que la modernité de la psychanalyse tient précisément à cette méthode théorique qui, au-delà de l’empiricité subjective, récuse le dialogue et la contextualisation. Bâtissant un modèle dont la visée est anti-métaphysique, elle ne capitule pas devant les labyrinthes de la croyance. Tout comme face au relativisme ambiant, elle ne cède pas à l’antiréalisme qui réduit le monde à la seule fabrique langagière. Comme l’écrit Putnam, les dinosaures existaient avant que nous y pensions. Le refoulé inconscient et la réalité psychique sans doute aussi.
L. K.

Quel genre de sexe?

Une fois Freud et la psychanalyse stigmatisés pour avoir transformé la loi morale en loi scientifique et concouru à la légitimation de la norme sexuelle, comment les théories du genre permettent-elles de traiter cliniquement le transsexualisme et l’hermaphrodisme qui furent au départ du débat entre l’approche psychodynamique de Stoller et le behaviorisme endocrinologique de Money? Face à la conviction d’un patient que l'assignation de son sexe est incorrecte, la référence à la bisexualité des positions psychiques a-t-elle quelque pertinence? Car cette bisexualité et les conflits intrapsychiques qu’elle génère sont inconscients. Or tant la notion d’identité sexuelle que celle de "rôle de genre", et bien davantage encore l’idée que la donnée corporelle du sexe est elle-même une fiction, produit d’une construction discursive, articulent in fine l’expérience subjective d’un ressenti à l’expérience sociale d’un assujettissement.
En outre, si l’usage du langage est ici actif, sa fonction performative est au service de la "lisibilité", que celle-ci soit inféodée aux valeurs normatives ou qu’elle soit à son tour transformable par des actes qui remodèleraient les individus selon leur vœu conscient. Y a-t-il une commune mesure entre cette conception de la "puissance d’agir" et l’agir pulsionnel tels que les psychanalystes l’envisagent? La référence à la personne, entée sur l’auto-construction identitaire et les "histoires de soi", ne laisse-t-elle pas à la marge la complexité des identifications inconscientes? Si la matérialité des corps existe, et avec elle ce que Freud n’hésite pas à nommer dans L’Homme Moïse le "trauma" de la découverte de la différence des sexes associée à la castration, comment en pratique — face à une demande, et laquelle? — est pensé non pas le destin de l’anatomie mais le destin de ce trauma?
L. K.

L’usage de la parole

"Ils ne font que parler", certes. Mais que mobilise la parole adressée dans la cure qui permette d’outrepasser les limitations imposées par la conscience? Aux fondements de la talking cure, le dire, le Sprechen, est à la charnière entre qualité et quantité: succédané de l’acte, il permet aussi bien d’exprimer un affect ressenti que d’expulser l’excès d’excitation pulsionnelle. Mais il faut aussi compter avec le fait que le discours, moment d’actualisation et d’appropriation de la langue par un locuteur, est tout à la fois porteur de message et instrument destiné à influencer d’une manière ou d’une autre l’auditeur. De sorte que la méthode analytique s’appuie sur la cohabitation de deux fonctions discursives dans la cure: sémantique et performative. D’un côté, ce qui est dit est commandé par la clause de la signification; de l’autre, l’énonciation est constituée de conditions formelles, capables de désorienter la désignation. Les oppositions entre signifiant et signifié ou bien entre langue et parole sont-elles suffisantes pour rendre compte du régime oral de la prosodie et de ses effets?
Dans les conditions formelles de la manifestation du sens — phonatoires, corporelles, rythmiques — la sexualisation pulsionnelle trouve son matériau, aussi bien que l’absence à soi ou le retrait, travaillant au déroutement du signifié qui peut être intelligible tandis que le sous-sol (intention, désignation) se dérobe. Brouillage des références, déplacements d’accentuation, parole affectée, magie du mot: n’est-ce pas dans ce périmètre que Freud saisit les modalités de la "satisfaction hallucinatoire motrice"? Quelle relation avec ce qui, très tôt, est avancé concernant l’"image verbale motrice"?
Reste que, si la parole affectée du locuteur est en mesure d’affecter l’auditeur, où trouver dans la cure l’écart, le décalage, le surplomb, le ralentissement, la fragmentation nécessaires au travail de pensée? Entre amour et haine, entre demande et trahison, entre emprise et narcissisme, jusqu’où va le spectre qualitatif de la parole dont font usage les deux protagonistes de la situation analytique pour donner forme à ce qui a été banni de la scène et de la figuration?
L. K.

Les destins de la psychanalyse: après-guerre et post-modernité

Depuis le premier éditorial de International Journal of Psychoanalysis, mettant en garde contre les "réajustements de la perspective" et l’"élargissement des points de vue" destinés à conquérir un public réticent, qu’est-il advenu de ce que Freud considérait comme les piliers de la psychanalyse? En disqualifiant la métapsychologie sous l’argument de sa non-scientificité, en récusant la théorie pulsionnelle au prétexte de sa métaphysique, en arguant de la prétendue ignorance par Freud de l’ampleur du contre-transfert et de ses implications subjectives, en substituant au concept d’inconscient la notion vague de monde interne, en ignorant la pulsion de mort et en renonçant finalement à l’association libre, les pionniers de la "nouvelle psychanalyse" n’ont-ils pas corroboré les soupçons d’Adorno: transformer l’analyse en une pratique "humaine et présentable" grâce à une herméneutique simplifiée, considérer les individus sous les traits de leur "soi intime", et ignorer l’irrémissible propension des hommes à l’anéantissement?
Comment les psychanalystes ont-ils traité le paradoxe que constitue l’engendrement de l’anti-civilisation par la civilisation elle-même? Que, passés les tout premiers travaux sur l’antisémitisme et la psychose de masse, les recherches psychanalytiques sur la Shoah se soient essentiellement centrées sur le "trauma extrême" et la pathologie des victimes, que l’empathie se soit alors présentée comme la méthode pour soigner et communiquer, donne à penser que la dérive humanisante participe sans doute des conséquences de l’impact du nazisme sur la psychanalyse, et en particulier l’altération des mots sur lesquels elle était bâtie (pensons au large usage par Hitler des termes de "pulsion" et d’"autoconservation"). Longtemps il appartint aux philosophes et aux écrivains de prendre en charge l’ébranlement du socle langagier qu’infligea la "contre-culture nazie". Aujourd’hui les psychanalystes trouveraient peut-être dans les récents travaux des historiens matière à interroger les doubles-fonds juridiques de la construction identitaire.
L. K.

RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Viviane ABEL PROT: L'unité de la psychanalyse
"La psychanalyse et les enfants" est un intitulé qui a le mérite de ne pas attribuer aux enfants la place d’un complément du nom et ainsi de ne pas délimiter une clinique spécifique. Car la psychanalyse ne peut être compartimentée: nos constructions théoriques et cliniques, quelle que soit la situation, s’adossent à la métapsychologie freudienne tout en se nourrissant de nos diverses expériences transférentielles. Une consultation familiale permet d’explorer ce va et vient entre la théorie et la pratique, rendu possible par l’unité de la psychanalyse.

Patrice BIDOU: Les déclinaisons mythiques de l'inutilisable: une théorie amazonienne de l'évolution
Le mythe n’a sans doute rien à nous apprendre du fond pulsionnel inconscient qui anime les individus que la psychanalyse n’ait déjà mis au jour. En revanche, ce qui fait sa singularité est la façon dont l’histoire racontée achemine ce fond ou noyau pulsionnel vers son site d’action, l’âme des hommes et des femmes de la société où le mythe est en œuvre. Dans un mythe des Indiens tatuyo d’Amazonie colombienne, l’acheminement est scandé par la déclinaison des formes de l’"inutilisable", jusqu’à venir buter, in fine, sur son socle biologique, et être rejeté de la terre fréquentée des humains.

Bibliographie:
"Des animaux imparfaits: une théorie infantile de l'origine", Nouvelle Revue de psychanalyse, n°46, 1992.
"La mythologie clivée", L'Homme, n°127-128, 1993.
"Découper la chose en morceaux (Interpréter en Amazonie)", Le fait de l'analyse, n°4. 1998.
"Des fantômes et des hommes", L'Homme, n°149,
"Anthropologie psychanalytique", 1999.
Le mythe de Tapir chamane. Essai d’anthropologie psychanalytique, Éditions Odile Jacob, 2001.
"La mère incestueuse et la création mythique", APF / Annuel 2007.


Pierre-Henri CASTEL: Laurence Kahn, l'esprit de Freud, et l'ennemi à l'intérieur de la psychanalyse
Dans L'écoute de l'analyste: de l'acte à la forme, Laurence Kahn développe de façon impressionnante une métapsychologie qui fait une part décisive et surtout originale à la dimension économique et quantitative en psychanalyse, en insistant sur la différence clinique que fait cette métapsychologie et en montrant comment, à sa lumière, on doit relire le rêve, l'association libre, le transfert ou le symptôme. Cette communication se propose de caractériser la philosophie de l'esprit de cette entreprise, tant explicite qu'implicite, et de mettre en lumière ses points critiques, sinon litigieux, en prolongeant sa démarche hautement conceptuelle et réflexive. Puis, elle tentera d'évaluer le défi que cette métapsychologie lance à certaines idées post-kleiniennes et bioniennes contemporaines qui prétendent se passer, pour l'essentiel, de l'économique et du quantitatif, là encore en soulignant l'impact clinique de ce choix.

Pierre-Henri Castel est directeur de recherche au CNRS (EHESS, Institut Marcel Mauss, philosophe et historien des sciences, et psychanalyste, membre de l'Association lacanienne internationale.
Il a participé aux récentes traductions de James S. Grotstein (Un rayon d'intense obscurité: ce que Bion a légué à la psychanalyse, Ithaque 2016), ainsi que de Christopher Bollas (Hystérie, Ithaque 2017). "Une hirondelle ne fait pas le printemps", postface à la réédition du Cas Paramord: obsession et contrainte psychique, aujourd'hui (Ithaque 2016), résume son programme de recherche.


Jean-François CHIANTARETTO: Survivre/penser: l'écriture de Kertész pour le psychanalyste
Freud invente la psychanalyse en l’écrivant: sans doute vaudrait-il mieux dire que l’écriture constitue pour lui un lieu pour penser, c’est-à-dire pour penser le pensable à partir de sa résistance et qu’il trouve ce pensable dans la confrontation intime aux "sciences connexes" et aux textes dits littéraires. Historienne et helléniste de formation, Laurence Kahn poursuit cette confrontation intime, au cœur de la métapsychologie freudienne. Sa critique fondamentale de la narrativité trouve avec Imre Kertész un étayage aussi précis qu’indispensable, au-delà de l’opposition récit/discours. Kertész, en témoignant de son impossibilité à investir le leurre autobiographique après Auschwitz, témoigne de la perte de légitimité testimoniale du récit de soi. Une perte de légitimité qui ouvre une question: "comment la lancinante liquidation des humains par eux-mêmes a-t-elle anéanti la haine?".

Philosophe de formation, Jean-François Chiantaretto est psychologue clinicien, psychanalyste et professeur de psychopathologie. Il a fondé et anime le groupe de recherches "Littérature personnelle et psychanalyse".
Ses livres sont tous traversés par la question de l'interlocution interne, qu’il s’agisse des "écritures de soi", de l'écriture du psychanalyste ou de la psychopathologie des limites.

Éléments bibliographiques:
Jean-François Chiantaretto, "L’interlocution interne du psychanalyste", in J.-F. Chiantaretto, C. Matha, F. Neau (dir.), L’écriture du psychanalyste, Colloque de Cerisy (2016), Paris, Hermann, 2018.
Jean-François Chiantaretto, Trouver en soi la force d’exister. Clinique et écriture, Paris, Campagne Première, 2011.
Laurence Kahn, "Le héros négatif", in J. André, I. Bernateau (dir.), Les territoires de la haine, Paris, PUF, 2014.
Laurence Kahn, "Tout naturellement", Libres cahiers pour la psychanalyse, n°24, 2011/2.


Françoise COBLENCE: Les embûches de l'affect
Dans L’écoute de l’analyste, de l’acte à la forme, Laurence Kahn interroge "les embûches de l’affect". Cette communication se propose d’interroger dans cette ligne la nature de l’affect. L’affect ment-il? Quel est son pouvoir de conviction, dans l’œuvre et dans la cure? Dans quelle mesure la prise en compte d’une forme esthétique peut-elle contribuer à qualifier l’affect et renseigner sur sa nature, au-delà d’une considération purement économique?

Françoise Coblence est professeur émérite d’esthétique (Université de Picardie) et psychanalyste, membre de la Société psychanalytique de Paris, directrice de la Revue française de psychanalyse.
Publications:
Elle a publié Le dandysme, obligation d’incertitude, Les attraits du visible et contribué à des ouvrages collectifs dans la "Petite bibliothèque de psychanalyse", notamment Vie et mort des affects (Puf).

Aline COHEN DE LARA: Quelques considérations actuelles sur "Les petites choses. Enfants du Coteau, temps de guerre" (L. Kahn, in Penser/rêver, n°14, 2011)
Dans un entretien de la revue Penser/rêver consacrée à L’inadaptation des enfants et de quelques autres, Laurence Kahn évoque la clinique singulière qui a été la sienne auprès de "cas très difficiles d’enfants", qualifiés par certains d’inadaptés, voire de "candidats à la psychopathie", présentant des manifestations de la tendance antisociale. S’ils n’étaient pas à proprement parler des "enfants de temps de guerre", elle fait cependant le lien avec les "enfants sans familles", ceux des Nurseries de la Hampstead Clinique d’Anna Freud et avec les observations par Winnicott d’enfants dans la guerre qui sont "des échos de ce que Freud abordait et étudiait dans "Actuelles sur la guerre et la mort" — le côté "actualité" de la guerre". Dans un autre texte percutant, paru dans le numéro de la Revue française de psychanalyse consacré à Pourquoi la guerre?, elle montre La lutte à mort qui opposait entre 1928 et 1939 des analystes allemands et autrichiens confrontés à la montée et au triomphe du nazisme, lutte pour la défense des idées, contre leur détournement au profit d’une "purification de la psychanalyse", lutte entre Mein Kampf et la dictature de la raison, contribuant à l’émergence des prémisses de l’Ego Psychology, (...) qui cherche à donner la préséance au moi et à ses facultés de juger le réel, contre le "délire de masse". À partir d’une expérience clinique commune auprès de ces enfants du Coteau, l'on se propose de mettre en perspective ces deux textes qui abordent des questions essentielles autour de la nécessité vitale de tenir compte de la tension conflictuelle entre toute puissance pulsionnelle et dictature de la raison, subtil équilibre indispensable et précaire, plus que jamais actuel, engageant notre responsabilité individuelle et collective.
Bibliographie:
L. Kahn, 2008, "Les petites choses. Enfants du Coteau, temps de guerre", in Penser/rêver, n°14, automne 2008.
L. Kahn, 2016, "La lutte à mort", in Pourquoi la guerre?, Revue Française de Psychanalyse, Paris, PUF. Mars 2016.


Aline Cohen de Lara, professeur de psychologie Université Paris 13-SPC, est psychanalyste, membre de la SPP et du comité de rédaction de la Revue française de psychanalyse.
Publications:
"Sentiment de persécution et intériorisation du surmoi", in Persécutions, dir. André J., Petite bibliothèque de psychanalyse, Paris PUF, 2018.
"Accueil ou écueil de la destructivité chez l’enfant et ses liens avec le sentiment inconscient de culpabilité, Un texte, des analystes, Autour de "L’enfant mal accueilli et sa pulsion de mort" de S. Ferenczi", Le coq héron, 224, Mars 2016, 44-50.
"Argument Pourquoi la guerre?", Revue Française de Psychanalyse, Paris, PUF, n°1, Mars 2016, Cohen de Lara A., Servant B.
"Évitement de la langue, évitement des affects", in Vie et mort des affects, dir. André J., Petite bibliothèque de psychanalyse, Paris PUF, 2016.
"Supporter la destructivité", in La destructivité chez l’enfant, dir. Cohen de Lara A., Danon Boileau L., Monographies et Débats de Psychanalyse, Paris, PUF, 2014, 147-162.
"Cohen de Lara A., Chagnon J.Y., Les pathologies de l’agir chez l’enfant: Approche clinique et projective, Psycho Sup, Dunod, 2012.


Ellen CORIN: L'actualité du mythe et sa mise en abîme
L’idée de mythe évoque une histoire qui raconterait l’origine des choses. Pourtant, pas plus que le fantasme, le mythe ne se laisse réduire à un récit qui se prêterait à analyse. Il se présente plutôt comme un objet asymptotique, horizon d’une série de variantes dans lesquelles la pensée interprétante trace ses multiples parcours. Au cœur du mythe, comme dans le fantasme, il y a un inconnu (un réel?) inconnaissable dont on peut penser qu’il impulse le devenir et la mouvance des productions à travers lesquelles le mythe se manifeste. L’argument exploré ici est que le mythe en tant qu’objet asymptotique est un véritable attracteur d’interprétations mais aussi une ressource de forces interprétantes qui ont le pouvoir de déstabiliser ce que nous pensons savoir ou le pouvoir de déporter les chemins que nous traçons dans la connaissance de la vie psychique. De la même façon que Malamoud invite les spécialistes des religions à développer une sensibilité psychanalytique, il s’agirait de développer une "sensibilité anthropologique"; de chercher à identifier des points de passage et d’y reconnaître, selon ses termes, "une parole qui s’ajuste, en quelque manière, à celle qu’énonce la théorie psychanalytique", mais aussi la déplace. La portée heuristique de cette perspective sera envisagée à partir d’exemples empruntés aux mythes hindous et africains. On explorera aussi l’esquisse de formes mythiques dans le monde contemporain.
 
Bibliographie:
De Heusch, Luc, 1972, Le roi ivre ou l’origine de l’État, Gallimard.
Huston, Nancy, 2009, Jocaste reine, Actes Sud.
Kahn Laurence, 2005, Faire parler de destin, Klincksieck.
Kahn, Laurence, 2012, L’écoute de l’analyste, De l’acte à la forme.
Malamoud, Charles, 2005, La féminité de la parole, Albin Michel.
Zaltzman, Nathalie, 2003, "Le point aveugle de l’énigme", Topique, 84, 201-206.


Paul DENIS: Œdipe créateur des mythes originaires

Wladimir Propp se demandait si les contes, racontés de génération en génération, n’étaient pas ce qui restait d’antiques religions de l’humanité. La correspondance entre nombre de mythes et les fantasmes originaires tels que Freud en a décrit l’action dans l’inconscient, invite à s’interroger sur le rôle réciproque de ces deux registres, l’un culturel, l’autre fantasmatique, auto-organisé dans le jeu du désir et des représentations. Action réciproque entre éléments culturels et création par l’esprit de fantasmes organisateurs. Quelle est "l’action de la forme" fantasmatique sur la forme mythique et réciproquement? Le champ œdipien circonscrit par l’interdit de l’inceste est le lieu du développement des théories sexuelles infantiles, des fantasmes et de leur éventuelle mythification tant dans le registre intime que dans l’espace des échanges narratifs.

Paul Denis, membre titulaire de la Société psychanalytique de Paris, a dirigé la Revue française de psychanalyse et  appartenu au comité de rédaction de La psychiatrie de l’enfant. Il est codirecteur de la collection "Le fil rouge" aux Presses universitaires de France. Il a publié de nombreux articles et livres.
Publications:
Sigmund Freud 1905-1920, PUF, 2000.
Emprise et satisfaction, les deux formants de la pulsion, PUF, 2002.
Rives et dérives du contre-transfert, PUF, 2010.
Les phobies, PUF,  "Que sais-je?", 2011.
De l’exaltation, PUF, 2013.
Le narcissisme,  PUF,
"Que sais-je?", 2015.
Œdipe médecin, PUF 2017.

Corinne ENAUDEAU: L'usure de la parole

L’inconscient, pour inventif qu’il soit, ne travaille pas en poète, ni l’analyste en traducteur de poésie, dit Laurence Kahn. L’activité psychique ne vise pas l’inédit, elle excelle plutôt à répéter. Elle use de représentations ordinaires — images et mots —, les délite, les recompose, et reconduit dans ces formes travesties le trajet d’une excitation violente attachée à des actes et des dires refoulés. Que tout ce négoce ait encore, dans la "cure par la parole", à se transférer en mots adressés complique un peu plus le statut du discours, puisque le verbe est aussi bien l’organe disséqué que l’organe de dissection. Sur quelle conception du langage l’analyste doit-il alors prendre appui? Faut-il une métalinguistique pour comprendre que les mots puissent soutenir autant d’opérations psychiques à la fois: effraction, refoulement, écoute, interprétation et perlaboration? Telle sera ma question.

Corinne Enaudeau est professeur honoraire de philosophie (hypokhâgne et khâgne, Paris), ancien Directeur de programme au Collège international de philosophie et, aujourd’hui, membre de son comité scientifique, ainsi que directrice de la collection "Figures du savoir" aux éditions Les Belles Lettres. Elle a écrit plusieurs articles dans diverses revues de psychanalyse.
Publication:
Là-bas comme ici. Le paradoxe de la représentation, Gallimard, 1998.
(collectif) Lyotard et le langage (titre de sa contribution: "Du langage de l’inconscient: Lyotard et Lacan"), Klincksieck, 2017.

Jocelyne MALOSTO: Le psychanalyste et l’enfant: entre le Charybde de la désexualisation et le Scylla de la resexualisation
Depuis que Freud les a fermement associées dès 1905 dans les trois essais, la sexualité n’est plus un antonyme de l’enfance. La sexualité, toujours et déjà là, se trouve inévitablement convoquée voire exaltée sous toutes ses formes dans la psychanalyse avec l’enfant, depuis les manifestations sexuelles les plus observables jusqu’aux linéaments fantasmatiques les moins accessibles bien qu’opérants. Et la cure avec l’enfant, qui n’est pas que de paroles, mais qui est aussi de transfert et d’acting transférentiels peut mettre en difficulté l’enfant comme le psychanalyste. L’analyse avec l’enfant est une navigation délicate entre deux écueils, celui de l’évitement de la sexualité au profit de la promotion d’une thérapie du moi jusqu’à la narrativité et celui d’une exacerbation pulsionnelle difficile à élaborer. En m’appuyant sur la clinique, j’essaierai d’explorer le chemin de crête sur lequel circule l’analyste aux prises avec l’enfant et sa sexualité.

Publications:
"Les éducables", Penser/rêver, n°14, "L’inadaptation des enfants et de quelques autres", automne 2008, Ed. L’Olivier.
"Je t’expliquerai quand tu seras petit", Penser/rêver, n°17, "A quoi servent les enfants", printemps 2010, Ed. L’Olivier.
"Comment l’enfant parle de sexualité dans la cure", Champ Psy, "Le corps sexuel de l’enfant", 2012/1, n°61, pp. 35-49.
"Les enfants seraient-ils homophobes?", Penser/rêver, n°24, "Façons de tuer son père et d’épouser sa mère, quand on est l’enfant d’un couple homoparental", automne 2013, Ed. L’Olivier.
"L’atteinte du sexuel infantile dans la cure d’enfant", Revue française de psychanalyse, 2015/5, Vol. 79.


Patrick MÉROT: Les mythes en héritage
Les termes mythe, mythique, mythologie ont eu une grande fortune dans la littérature psychanalytique et d’abord chez Freud. Cela a conduit les analystes à réfléchir à la signification que ce vocabulaire prenait dans leur champ spécifique et dans la confrontation avec les autres sciences humaines à qui il est initialement emprunté. Dans ses écrits, Laurence Kahn a souvent été confrontée à ces interrogations, d’autant que sa réflexion s’est régulièrement enrichie de la source hellénistique qui fait partie de l’héritage de sa formation et de son parcours. Mais ce sont aussi les mythes contemporains qui sont questionnés dans ses travaux, jusqu’aux plus récents, dans tous les cas pour en traiter avec la plus grande rigueur terminologique. Nous nous efforcerons de retrouver quelques fils conducteurs de sa réflexion sur ce thème, abordé sous l’angle des mythes en héritage.

Sylvain MISSONNIER: Au commencement était le mouvement
"La beauté est liée à la maladresse de l’origine. Le premier pas que fait l’enfant est un pas qui trébuche, qui titube, et c’est le plus beau des pas qui puissent se trouver dans le monde sublunaire où survivent comme ils peuvent les fils des mortels."
Pascal Quignard, L’Origine de la danse, Paris, Éditions Galilée, 2013.

Une des toiles les plus émouvantes pour l’explorateur de la rencontre du "naître humain" et du "devenir parent", c’est celle de Vincent Van Gogh intitulée Les premiers pas (1). Dans un potager à proximité d’une maison rurale, mère et enfant rendent visite au père au travail. Á quelques mètres de lui, l’enfant, soutenu par sa mère, tend les bras vers son père qui a posé sa bèche et s’est accroupi en ouvrant lui aussi les bras dans sa direction.  À partir de ce point de départ du tableau où l’enfant bénéficie encore de l’appui des bras de sa mère et de la proximité confiante des retrouvailles avec son père, Van Gogh réussit à suggérer toute la force... et la fragilité du travail du mouvement de l’enfant dépendant, virtuellement adulte marcheur, danseur et penseur autonome. Toute la puissance et la vulnérabilité du mouvement du devenir de l’enfant et de sa connexion intime avec son entourage humain se cristallisent chez le spectateur dans l’anticipation du mouvement de l’enfant vers ces étapes prochaines, contenues en puissance par cette toile au dynamisme suggestif remarquable. L’émotion esthétique induite par ce tableau convoque, dans une simultanéité troublante, la nostalgie de la danse du premier monde et les promesses, les vertiges du second. La clinique psychanalytique périnatale et de l’infans donne à voir  des chorégraphies variées dont quelques unes seront ici esquissées en résonance avec les travaux de Laurence Kahn.
(1) 1890, The Metropolitan Museum of Art, New York (en ligne).

Sylvain Missonnier est professeur de psychologie clinique de la périnatalité à l’Université Paris Descartes Sorbonne Paris Cité. Directeur du laboratoire PCPP (EA 4056). Psychanalyste SPP. Co-président de la WAIMH France.
http://www.rap5.org


Jacob ROGOZINSKI: Ce que Hitler aurait appris à Freud
Selon Laurence Kahn, la psychanalyse s’est trouvée confrontée à la question du meurtre et de la faute tragique "dès son origine", dès la découverte par Freud du complexe d'Œdipe, de la "violence du désir" dans la sexualité infantile et de ce qui en subsiste dans l'existence de l'adulte. C'est cette découverte qui sous-tend la "fiction vraie" exposée par la suite dans Totem et tabou, celle d'un meurtre originaire, d'un archi-traumatisme voué à se répéter constamment sous diverses formes dans les collectivités humaines. La "grande désillusion" provoquée par la guerre de 1914-18 amènera Freud à radicaliser son analyse et à forger l'hypothèse (le mythe?) d'une "pulsion de mort" distincte des pulsions sexuelles, mais intriquée à elles. Ce qui entraînera un profond remaniement de sa métapsychologie, mais aussi de sa théorie de la culture et de son anthropologie. Celles-ci continuent cependant d'appartenir à la "scène tragique" de l'Occident dont le mythe d'Œdipe est la figure fondatrice. Qu'advient-il lorsque le déchaînement de la haine exterminatrice — d'une "haine froide" dépourvue de toute identification à l'autre et de toute culpabilité — entraînera la dissolution de cette scène? Quelle peut être désormais la vocation de la psychanalyse dans un monde livré à ce que Laurence Kahn nomme, à la suite de Hannah Arendt, la désolation?

Jacob Rogozinski est professeur à l'Université de Strasbourg où il enseigne la philosophie contemporaine. Ses recherches se situent au croisement de la phénoménologie et de la psychanalyse.
Publications:
Le moi et la chair, Cerf, 2006.
Guérir la vie – la passion d'Antonin Artaud, Cerf, 2011.
Cryptes de Derrida, Éditions Lignes, 2014.
Ils m'ont haï sans raison - de la chasse aux sorcières à la Terreur, Cerf, 2015.
Djihadisme: le retour du sacrifice, Desclée de Brouwer, 2017.


Dominique SCARFONE: Trace et transduction
Si l’on tient compte de l’inconscient comme concernant essentiellement l’infantia, c’est-à-dire une aphasie psychique que l’analyse est vouée à surmonter en partie par un certain usage de la parole, alors le problème de l’engouement contemporain pour une certaine empathie surgit avec plus de netteté. Comment en effet ne pas voir dans la promotion de l’empathie au rang de méthode, une reconduction de l’affect sans paroles et une négligence d’une caractéristique essentielle de celui-ci: ses nombreux possibles déplacements. Ce constat élémentaire n’est pas une affaire de doctrine, mais s’appuie sur la découverte et la théorisation des processus inconscients coextensifs à toute pratique de l’inconscient. Pratique qu’il s’agit de préserver du pragmatisme vulgaire — tant dénoncé par Adorno — en s’appuyant sur une pratique théorique conséquente avec la nature même de l’objet de la psychanalyse.

Dominique Scarfone est psychiatre, psychanalyste, professeur honoraire à l’Université de Montréal et analyste-formateur à l’Institut de formation de la Société psychanalytique de Montréal (Société canadienne de psychanalyse).
Publications:
Jean Laplanche, Paris, PUF, "Psychanalystes d’aujourd’hui", 1997.
Oublier Freud? Mémoire pour la psychanalyse, Montréal, Boréal, 1999.
Quartiers aux rues sans nom, Paris, Éditions de l’Olivier, collection "penser/rêver", 2012.
The Unpast. The Actual Unconscious, New York, The Unconscious in Translation, 2015.


Jean-Yves TAMET: Changer de sexe, attribuer un sexe: questions actuelles, mais sont-elles nouvelles?
Comment comprendre que des souhaits de changer de sexe soient formulés actuellement, avec une fréquence insistante, par certains adolescents, voire par des enfants? Un état de crise, un souhait de changer impérieux autant que timide, s’installe sans que les jeunes gens puissent inscrire leurs mots dans une réflexion; l’exigence de la transformation bloque l’installation de toute élaboration. Parents d’abord, cliniciens ensuite sont désemparés; étonnés et surpris, en quête de modèles, ils se tournent souvent vers les informations que propose l'outil de la modernité, internet, qui offre des perspectives opératoires avec une tendance, plus ou moins discrète, au prosélytisme. L’affaire devient contagieuse ! Le praticien qui accueille ces demandes, pour peu qu’il soit analyste, peut se sentir au début situé en arrière garde et pourtant la théorie analytique ne semble pas obsolète ni l’écoute qu’elle sous-tend.

Jean-Yves Tamet est psychanalyste, membre de l'Association psychanalytique de France; pédopsychiatre honoraire des Hôpitaux, ancien membre du comité de rédaction des Libres Cahiers.
Dernières publications sur Lou Andreas Salomé dans la revue Nunc, sur la demande de changement de sexe dans une monographie de la SPP (à paraître) et traduction italienne du Glossaire de Psychanalyse contemporaine écrit avec L. Danon Boileau.


BIBLIOGRAPHIE :

Ouvrages en français de Laurence Kahn
Ce que le nazisme a fait à la psychanalyse, Puf, mars 2018 ("Petite bibliothèque de psychanalyse").
Le psychanalyste apathique et le patient postmoderne, éd. de l’Olivier, 2014 ("Penser/rêver").
L’écoute de l’analyste: de l’acte à la forme, Puf, 2012 ("Fil rouge").
Faire parler le destin, Klincksieck, 2005 ("Méridiens").
Cures d’enfance, Gallimard, 2004 ("Connaissance de l’inconscient, Tracés").
Fiction et vérité freudiennes: entretiens avec Michel Enaudeau, 
Balland, 2004.
Sigmund Freud. Volume 2: 1897-1904, Puf, 2000 ("Psychanalystes d’aujourd’hui").
La petite maison de l’âme, Gallimard, 1993 ("Connaissance de l’inconscient").
Hermès passe: ou les ambiguïtés de la communication, Maspéro, 1978 ("Textes à l’appui").

Avec le soutien
de l'Université Paris Descartes (Laboratoire PCPP)
et de l'Université Paris 13 (Laboratoire UTRPP)

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