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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2017 : un des colloques





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Flyer LE POUVOIR DES LIENS FAIBLES
Mise à jour
24/04/2017


DU JEUDI 28 SEPTEMBRE (19 H) AU LUNDI 2 OCTOBRE (14 H) 2017

(colloque de 4 jours)

DIRECTION : Alexandre GEFEN, Sandra LAUGIER

ARGUMENT :

La thèse centrale de l’article désormais classique de M. Granovetter, "La force des liens faibles" (1973), oppose des "liens forts" (amitié, famille, mariage, etc.) et des liens sociaux, à faible charge affective ou officielle, quoique essentiels dans le fonctionnement des structures relationnelles.

Écartés de la théorie de l’art, de l’éthique comme des philosophies traditionnelles du sujet, ces liens faibles sont pourtant au cœur de nos formes contemporaines d’attachement et d’attention: dans l’espace démocratique du commun réouvert par le champ numérique des réseaux sociaux, dans la sphère de notre vie culturelle, mais aussi dans l’espace de nos formes de présence à l’autre. Visages, objets, musiques, personnages, improvisations "d’un soir", lieux et situations ordinaires mais irremplaçables dans leurs singularités déterminent notre relation aux autres, nos engagements quotidiens comme le flux de nos identités et les inflexions de nos vies — et ce, tout autant que les passions de l’âme, les situations de longue durée, les identifications directes et les affects massifs.

Le concept est opératoire du côté de l’anthropologie (Victor W. Turner suggérait de repenser ce qu’il nommait le "pouvoir des faibles") comme de la politique lorsqu’elle s’intéresse aux liens sociaux dans l’espace public ou au souci des autres lointains; du côté de l’écologie si l’on essaie de penser notre lien à l’environnement ou aux animaux; du côté des arts et de la fiction si l’on pense à l'attachement aux objets et personnages. S'il offre des outils nouveaux pour analyser notre relation de projection ou d’affection pour des modèles originaux, il convient aussi à merveille pour décrire bien des aspects et rapports de notre vie numérique contemporaine. Poursuivant l'exploration initiée depuis deux ans dans le séminaire "Liens faibles", ce colloque décrira et analysera la richesse et l'importance de ce tissu sensible, de ces échos et de ces reconnaissances puissantes autant qu'inattendues.

PROGRAMME PROVISOIRE :

Jeudi 28 septembre
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Vendredi 29 septembre
Matin:
L’ordinaire
Barbara FORMIS: Manger et converser. De la douceur obstinée des gestes ordinaires
Martine de GAUDEMAR: Doudous d'adultes. Une aire commune d'illusion

Après-midi:
Créations collectives
Mathieu SIMONET: Comment mettre en place des dispositifs créatifs en entreprise pour révéler la force des liens faibles?
Alexandre GEFEN: Le lien aux anonymes
Yaël KREPLAK: Une enquête sur les formes d'attention ordinaires aux œuvres d'art


Samedi 30 septembre
Matin:
En musique, en séries
Catherine GUESDE: "Our band could be your life": la musique comme mode de vie
Hugo CLÉMOT: Script culturel et personnages de fiction
Thibaut de SAINT MAURICE: Portrait du sériephile en philosophe: attachement et transformation de soi

Après-midi:
Écrire avec l’autre
Camille LAURENS: Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère
Christine DETREZ: Inventer sa mère: expérience d'"écriture vacillante"


Dimanche 1er octobre
Matin:
Faire société
Sandra LAUGIER: Liens faibles et démocratie
Françoise CAHEN: Faire société avec les liens faibles (Autour du Monde de Laurent Mauvignier / Vernon Subutex de Virginie Despentes / Féérie générale d’Emmanuelle Pireyre)
Anthony PECQUEUX: "Une fois par mois": un pouvoir de la participation?

Après-midi:
Relations
Sophie POIROT-DELPECH:
Les liens éphémères sont-ils des liens faibles?
Joëlle ZASK: Les relations face-à-face: "un fait social pur" (Simmel)
Nathalie HEINICH:
Axiologie de la conjugalité (entre force des liens faibles et faiblesse des liens forts)


Lundi 2 octobre
Matin:
L'environnement
Catherine LARRÈRE: Protection de la nature et pouvoir des liens faibles: l'exemple du parc de la Courneuve
Rémy BEAU: Fantastic Mr Thoreau, les liens environnementaux

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Françoise CAHEN: Faire société avec les liens faibles (Autour du Monde de Laurent Mauvignier / Vernon Subutex de Virginie Despentes / Féérie générale d’Emmanuelle Pireyre)
Comment Laurent Mauvignier, Virginie Despentes et Emmanuelle Pireyre décrivent-ils dans ces trois œuvres récentes la genèse d’une société? Les histoires multiples qu’ils rassemblent dessinent à leur manière la cohérence réticulaire d’un monde solidaire. Vernon Subutex (I et II) est un roman qui montre le passage progressif des liens faibles à des liens forts entre des personnages, jusqu’à former une communauté utopique. Autour du Monde dessine la globalisation du monde à partir d’histoires apparemment isolées, reliées par le Tsunami qui va "transformer la planète en un immense corps conducteur". Dans Féérie générale d’Emmanuelle Pireyre, les liens faibles entre les personnages créent par sérendipité des rapprochements improbables mais riches, des ricochets se propageant entre les fragments narratifs distincts, un "small world phenomenon" assez malicieux et convivial. Les liens faibles entre des individus isolés et fragiles se transforment et font naître une société authentique. La fiction contemporaine serait-elle l’espace privilégié où a lieu cette métamorphose?

Françoise Cahen, agrégée de lettres modernes et doctorante (Paris 3, Thalim), travaille sous la direction de B. Blanckeman sur "les réseaux romanesques à l’ère des réseaux sociaux numériques" après un Master 2 portant sur E. Reinhardt. Enseignante en lycée, formatrice académique, elle a publié des articles sur l’œuvre de J.-C. Massera, d’E. Reinhardt, sur la pédagogie et le numérique, et elle est l’auteure de la pétition sur la place des femmes dans les programmes de littérature.

Barbara FORMIS: Manger et converser. De la douceur obstinée des gestes ordinaires
La table est un espace de rencontre où les paroles se mélangent aux gestes, où les convives échangent des idées et partagent des aliments. De la même façon que tous les autres êtres vivants, en tant qu’êtres mangeurs et entièrement dépendants de la nourriture, nous sommes vulnérables et fragiles, La nourriture est donc ce qui nous relie à l’écosystème dans lequel nous vivons. À l’aide de problématiques propres au pragmatisme, tout particulièrement en suivant les pistes ouvertes par John Dewey et Jane Addams, il s’agira d’explorer les manières de co-existence entre le discours et l’alimentation afin de comprendre le repas comme un moment propice à la conversation et à l’expérience esthétique.

Barbara Formis, docteure en philosophie, est maître de conférences en esthétique et philosophie de l'art à l'Université Paris I, Panthéon-Sorbonne et directrice de l'équipe EsPAS (Esthétique de la Performance et des Arts de la Scène) au sein de l'UMR ACTE, CNRS. Elle est co-fondatrice et co-directrice avec Mélanie Perrier du Laboratoire du Geste.
Publications
Esthétique de la vie ordinaire, P.U.F., 2010.
Gestes à l’œuvre, De L’Incidence éd. (2015).
Penser en Corps, L’Harmattan, (2009).


Martine de GAUDEMAR: Doudous d'adultes. Une aire commune d'illusion
Il s’agira d’éclairer comment notre rapport à des personnages partagés crée des liens entre ceux qui les partagent, comment cela contribue à produire un "nous", à nous faire sentir que nous partageons un même monde ou une même culture. À cette fin, je relierai ces "nous" à des pratiques et des interactions caractéristiques de la zone transitionnelle, intermédiaire entre monde interne et monde externe selon Winnicott. Les rapports aux personnages partagés sont inséparables d’une activité de "playing" qui nous permet de partager des émotions protégées de la dureté du monde purement externe, d’expérimenter des styles d’existence ou des formes de vie, d’alléger le tragique de l’existence et la brutalité de la vie actuelle. Ils nous font entrer dans ce que Winnicott appelait une "aire commune d’illusion". Grâce aux personnages qui peuplent cette aire commune d'illusion, nous prenons soin de nous en entretenant la dimension rêveuse de l’existence. L’espace transitionnel de la culture partagée, aire commune d’illusion, est l’espace d’un jeu et d’un rêve en commun. Ce pourquoi j’ai parlé à propos de ces personnages de "doudous d’adultes".

Ancienne élève de l’ENS Paris, agrégée de Philosophie et docteure d’état, diplômée de psychopathologie, Martine de Gaudemar est professeure émérite à l’Université de Paris-Nanterre et membre honoraire de l’IUF. Connue pour ses travaux sur l’expression, les formes de vie et les mondes possibles emblématisés par des personnages (Leibniz, Cavell), elle travaille à une philosophie de la culture enracinée dans les gestes et pratiques élémentaires (une philosophie de l’embodyment) qui donne un rôle crucial à l’expressivité et aux formes, entre langage et corps.
Ouvrages et articles pertinents
La voix des Personnages, Les éditions du Seuil, 2011.
Les plis de la voix, Martine de Gaudemar (éd.), Lambert-Lucas, 2013.
"Opéra et Philosophie", in Implications philosophiques, 2013 (en ligne).
"Le souffle et le chant à l’opéra: un cogito sans personne", in Les plis de la voix, 2013.
"Le personnage de la femme inconnue: un nouveau Cogito", Revue Internationale de Philosophie, 2011.
"Personnages et formes de vie, ou Les filles de Médée", in Une éthique pour la vie, 2007.


Nathalie HEINICH: Axiologie de la conjugalité (entre force des liens faibles et faiblesse des liens forts)
Un parallèle sera établi entre les types de liens de couples (tels que décrits dans mon livre États de femme) et les différents "registres de valeurs" mobilisés (tels que caractérisés dans mon livre Des valeurs). Du plaisir comme lien faible à l’institution comme lien fort, l’on verra de quelle façon se déploient, entre états de "première", de "seconde" et de "tierce", les registres aesthésique, affectif, économique, juridique et réputationnel. La question de la faiblesse ou de la force des liens conjugaux pourra être ainsi repensée dans sa dimension axiologique, en fonction du nombre et de la nature des valeurs concernées.

Nathalie Heinich est sociologue, directeur de recherches au CNRS. Elle a consacré de nombreux articles et plusieurs ouvrages au statut d'artiste et à l'art contemporain, à l'identité féminine, à la question des valeurs et à l'histoire des sciences sociales.
Publications
États de femme. L'identité féminine dans la fiction occidentale (Gallimard, 1996).
Les Ambivalences de l'émancipation féminine (Albin Michel, 2003).
Être écrivain. Création et identité
(La Découverte, 2000).
Des Valeurs. Une approche sociologique (Gallimard 2017).


Yaël KREPLAK: Une enquête sur les formes d'attention ordinaires aux œuvres d'art
Qu’est-ce que voir une œuvre? Ou plutôt, comment rendre compte des modalités de réalisation particulière d’une pratique qui consiste à voir une œuvre (esthétiquement, techniquement, scientifiquement)? Voir, décrire, manipuler, installer, nettoyer, sont autant de pratiques ordinaires par lesquelles s’accomplissent la plupart des activités avec les œuvres dans l’environnement muséal — qu’il s’agisse de travailler à un accrochage pour une exposition, d’emballer une œuvre ou de rédiger un constat de restauration. En m’appuyant sur des données d’enquête ethnographiques, c’est à l’examen des modalités concrètes de réalisation de ces pratiques que je consacrerai cette intervention. En montrant ce à quoi tiennent les différentes personnes qui participent de la vie des œuvres, en examinant la nature de la familiarité de leurs rapports distincts à elles, il s’agira de réfléchir à la dimension politique et morale des œuvres, au sens où elles organisent les relations entre les acteurs, et de poser les jalons d’une approche sensible à la diversité de nos formes d’attention ordinaires aux œuvres, susceptible de les intégrer à notre compréhension du fait artistique.

Yaël Kreplak est actuellement postdoctorante (Labex Patrima) et membre associée au CEMS-IMM (EHESS). Ses recherches, d’inspiration interactionniste et pragmatique (ethnométhodologie et analyse conversationnelle), visent à élaborer une approche praxéologique de l’art contemporain, fondée sur la description des pratiques ordinaires de mise en exposition, de conservation et de restauration observées dans les institutions muséales.
Publications
"Voir une œuvre en action. Une approche praxéologique de l’étude des œuvres", Cahiers du CAP (2017, n°5, p. 189-213).
Des récits ordinaires, avec Grégory Castéra et Franck Leibovici, 2014, Dijon, Les presses du réel (coll. "Villa Arson").


Catherine LARRÈRE: Protection de la nature et pouvoir des liens faibles: l'exemple du parc de la Courneuve
Pour parler des problèmes environnementaux, il faut abandonner le langage des causes et des effets, qui suppose l'extériorité entre les hommes et la nature, et adopter celui de la sociabilité, de la façon dont se rencontrent humains et non humains dans un monde commun. Cependant les liens que nous entretenons ainsi avec des êtres (vivants et non vivants) de notre environnement ne doivent-ils pas être caractérisés, par opposition aux liens des humains entre eux, comme des liens faibles, d'intensité moindre et de plus grande fragilité? Cela ne leur interdit pas, pour autant, de jouer un rôle aussi inattendu qu'important dans la recomposition des rapports sociaux qu'étudie la pensée écologique. C’est ce pouvoir des liens faibles dans les questions environnementales que nous voudrions montrer à partir de l’exemple du parc de la Courneuve et du rôle qu’y a joué le crapaud calamite.

Catherine Larrère est professeure émérite à l’Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne. Spécialiste de philosophie morale et politique, elle a contribué à introduire en France les grands thèmes de l’éthique environnementale d’expression anglaise et à développer la philosophie environnementale, autour des questions de protection de la nature et de prévention des risques, aux niveaux local et global.
Publications récentes
Penser et agir avec la nature, une enquête philosophique,
avec Raphaël Larrère, Paris, La Découverte, 2015.
Bulles technologiques, Marseille, Éditions Wildproject, 2017.


Thibaut de SAINT MAURICE: Portrait du sériephile en philosophe: attachement et transformation de soi
Regarder une série, ce n'est pas seulement regarder plusieurs épisodes d'un même récit continu à la suite. On dit d'ailleurs que l'on "suit" une série, comme si l'on "suivait" quelqu'un. Et comme tout suivi, être spectateur d'une série signifie en fait une certaine forme d'engagement: cela prend du temps, cela suppose des capacités de remémoration régulière de la narration passée ou une attention particulière aux variations qui apparaissent dans le cadre général de la répétition d'un format ou d'un univers narratif. Suivre une série, c'est enfin se découvrir attaché à des personnages que l'on prend l'habitude de retrouver et qui deviennent peu à peu la raison principale de notre engrangement dans la fiction. Les séries sont des fictions qui nous attachent et qui, finalement, nous délivrent après nous avoir transformés. Le sériephile en fait l'expérience, à charge pour le philosophe de penser cette expérience et de renouveler la compréhension de la place que peut prendre la fiction dans nos vies.

Thibaut de Saint Maurice; professeur de philosophie dans un lycée d'Ile-de-France., fait porter sa réflexion sur la culture de masse et ses enjeux. Il travaille plus précisément sur les séries télévisées, le cinéma d'animation et les comédies romantiques. Deux fois par semaine, il propose sa chronique "La Petite Philo" sur les ondes de France Inter.
En 2009 et 2010, il publie aux Éditions Ellipses, Philosophie en séries et Philosophie en séries saison 2.
De 2011 à 2015, il est le directeur de la collection "Culture pop" toujours aux éditions Ellipses.


Avec le soutien
du Centre d'étude de la langue et des littératures françaises (Cellf) [UMR 8599 du CNRS]
et de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne


Cellf - UMR 8599
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne