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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2018 : un des colloques


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Flyer SAISIR LE RAPPORT AFFECTIF AUX LIEUX
Mise à jour
21/05/2018
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DU VENDREDI 15 JUIN (19 H) AU VENDREDI 22 JUIN (14 H) 2018

( colloque de 7 jours )

DIRECTION : Georges-Henri LAFFONT, Denis MARTOUZET

ARGUMENT :

Se dirige-t-on vers une fabrique affective des lieux? Qu'il s’agisse d’architectes, de designers, d’économistes, de géographes, de paysagistes, de sociologues, d’urbanistes, d’artistes ou d’habitants, nombreux sont ceux qui, au niveau conceptuel ou pratique, manifestent un intérêt vis-à-vis du rapport affectif aux lieux. Toutefois, si les discours en ce sens se multiplient, les difficultés rencontrées sont importantes lorsqu’il s’agit de capter, comprendre, mobiliser ou encore susciter les émotions et les sentiments tant — entre aimer et ne pas aimer, témoigner de l’indifférence ou de la détestation — l’éventail est large et les mécanismes complexes. En outre, les termes employés qualifient autant la personne qui formule un sentiment, que les lieux concernés et la relation elle-même.

Questionnant la possibilité d’une fabrique affective des lieux, ce colloque a deux objectifs. Le premier consiste à saisir le rapport affectif aux lieux: d’une part, en tentant une clarification des dimensions du champ de l’affectif; d’autre part, en confrontant les méthodes scientifiques et les démarches engagées par les acteurs de terrain pour y parvenir. Le second objectif entend aborder les raisons et manières de se saisir de ce rapport affectif pour la transformation des espaces habités. Quelle place lui accorder? Dans quel but? Est-il possible, souhaitable, d’atteindre une certaine amabilité des lieux? Quels en sont les risques? Comment passer du savoir au faire et au savoir-faire?

Au cœur de ce faisceau d’interrogations, les échanges revêtiront des modalités diverses, de la communication suivie d'un débat à l’atelier in situ, de la table ronde à l’arpentage de terrain, mobilisant des compétences très diverses, académiques, opérationnelles, habitantes.

CALENDRIER PROVISOIRE :

Vendredi 15 juin
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Samedi 16 juin
Matin:
Jacques GLOWINSKI: Neuro-architecture et attractivité des lieux [conférence introductive]

Mécanisme (animateur: Daniel-Philippe de SUDRES)
Gina STAMM: La ville suffisamment bonne: aimer la ville sans pitié
Pascal NOUVEL: Les tonalités affectives dans la perception du milieu ambiant en architecture et en urbanisme: Bollnow, Bachelard, Zumthor

Après-midi:
Que disent et qu'apportent les littératures, table ronde animée par Nicholas MANNING, avec Dany JACOB (L’écriture affective proustienne comme ancre affectif), Justine FEYEREISEN (Tropique de la violence), Cintia OKAMURA (Le théâtre et la littérature comme sources d’inspiration pour les sciences sociales) et Gilles VIENNOT (Réification et architecture mortifères: en sortir pour raviver une saine appréciation et appartenance aux espaces contemporains)

Soirée:
Lecture de textes, atelier animé par Jean-Pierre DAVERNON et Nicholas MANNING


Dimanche 17 juin
Matin:
Deux ateliers en parallèle:
Cartographie affective, animé par Anne-Christine BRONNER et Florence TROIN

Parcours affectifs, animé par Olivier OCQUIDANT

Après-midi:
Sensorialités (animatrice: Julie FAUBERT)
Suzel BALEZ: Puissance émotionnelle de l’odeur dans les lieux
Ben Ori GITAI: Un instrument habitable
Clémence CHIROUZE: Frapper les sens, combler les désirs ou l’architecture comme agencement et disposition de matières à émotions

Soirée:
Analyse de paysage, par Olivier ZATTONI


Lundi 18 juin
Matin:
Réalité augmentée, table ronde animée par Philippe BACHIMON & Julie DERAMOND, avec Jessica de BIDERAN (Substituts numériques et médiation des patrimoines urbains), César GÉLVEZ (La "Smart city", la "Smart destination" et le tourisme) et Olivier ZATTONI (Présences indicielles et affectives du paysage dans les photothèques des appareils mobiles, un éloge du souvenir)

Après-midi:
Terrain
Visite de la ville haute de Granville, pilotée par Georges-Henry LAFFONT & Bénédicte MALLIER, avec le concours de l'Office de Tourisme de Granville Terre et Mer

Soirée:
Débriefing Terrain, atelier animé par Georges-Henry LAFFONT & Bénédicte MALLIER


Mardi 19 juin
Matin:
Et la rationalité dans tout cela? (animateur: Denis MARTOUZET)
Emmanuel PETIT: Les enjeux du "tournant émotionnel" dans l’analyse économique — relation, temps et espace
Nathalie GAUSSIER: L’économie urbaine face aux émotions: l'apport de la cognition spatiale [intervention établie avec Claude LACOUR]
Denis MARTOUZET: De quelques irrationalités

La disparition (animateur: Denis MARTOUZET)
Mélanie PAVY: Nostalgie après la fin du monde
Patrick ROMIEU: Anthropologie des engagements émotionnels dans les conduites de résistance aux nouveaux climats de terreur

Après-midi:
Tables rondes "Méthodologies" en parallèle:
Contradictions méthodologiques, table ronde animée par Denis MARTOUZET, avec Pascale ARGOD (Des carnettistes et "Urban Sketchers" à la topophilia: une médiation sensible du patrimoine), Bénédicte MALLIER (Les conditions du dialogue entre l’architecte et l’habitant à travers des perceptions croisées de l’espace vécu), Olivier OCQUIDANT (Du trouble à l’aisance. La dimension interactionnelle des affects), Gaël RANNOU (Le rapport affectif et émotionnel des supporters de football avec le lieu du stade. Quels enjeux sociétaux et méthodologiques?) et Mouna ZAIRI (La typologie figurative comme approche méthodologique du rapport affectif au lieu)

Innovations méthodologiques, table ronde animée par Georges-Henry LAFFONT, avec Inmaculada DIAZ SORIA (Saisir les rapports affectifs aux lieux touristiques. Retour sur deux approches méthodologiques: l’analyse phénoménologique interprétative et les enquêtes photographiques auprès des visiteurs [intervention établie avec Emeline HATT]), Isabelle FAVRE (Saisir l’effectivité des lieux? [intervention établie avec Christophe THIÉBAULT]), Cherif HANNA (Se perdre pour mieux se retrouver, une expérience pédagoqique de projétation architecturale hors de l'urbain) et Danièle MÉAUX (Des "œuvres enquêtes")

Soirée:
Documentaire, atelier animé par Joël DANET ("Ma rue, notre rue": lecture autobiographique de l’espace public dans le documentaire) & Thierry RAMADIER


Mercredi 20 juin
Matin:
Urbanisme (animateur: Georges-Henry LAFFONT)
François MANCEBO & Sylvie SALLES: Vers une écologie sensible du continuum urbain rural
Benoît FEILDEL: Faire la ville avec les affects: implications urbaines et pratiques
Jacques LOLIVE: De la théorie d'un espace public esthétique à l'expérimentation de méthodes participatives dans les zones à risque du Brésil. Le tournant pragmatiste d’une recherche sur les milieux de vie

Instrumentalisation (animateur: Benoît FEILDEL)
Christophe LECLERQ: Affects et lieux - un nouveau spatialisme? [intervention établie avec Maryvonne PRÉVOT]
Valérie BILLAUDEAU & Françoise CHARLES: Fabrique d’un tiers lieu: saisir le rapport affectif des "Locaux-moteurs" angevins
Georges-Henry LAFFONT: Vers un design émotionnel de l’urbain? Lyon-Confluences et le Voyage à Nantes comme archétypes d’une ville sensible et esthétisée

Après-midi:
Saisir les représentations sociales du rapport affectif aux lieux par la cartographie mentale, atelier ludique animé par Thierry RAMADIER

Soirée:
Autour de la Martinique, atelier animé par Denis MARTOUZET


Jeudi 21 juin
Matin:
Transversalités, table ronde animée par Nicole MATHIEU (Instruire le rapport affectif (individuel et collectif) aux lieux pour comprendre comment rendre "aimable" tout lieu même "inhabitable" ou Qu’est-ce qu’un lieu hospitalier?) et Daniel-Philippe de SUDRES (Comment les lieux neuro- modifient-ils nos affects?)
Table ronde ouverte aux volontaires des sessions et ateliers précédents

Après-midi:
Enfants, adolescents, atelier animé par les enseignants du Collège Anne Heurgon-Desjardins de Cerisy [Virginie LEMOINE et Emmanuelle PELLETIER, avec le concours d'Aline CLAUDEAU]

Situation sonore, atelier animé par Julie FAUBERT (Être là – propositions d’écoute in situ pour les lieux de Cerisy)


Vendredi 22 juin
Matin:
Synthèse et poursuites, animée par Denis MARTOUZET & Georges-Henry LAFFONT

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Suzel BALEZ: Puissance émotionnelle de l’odeur dans les lieux
Aucune modalité sensorielle ne se trouve dans une situation aussi paradoxale que l’olfaction, en matière d’analyse et de conception des lieux. Malgré son importance avérée comme déclencheur d’émotion ou dans les pratiques individuelles d’odorisation contemporaines — qui témoignent de l’importance que peut revêtir ce sens au quotidien — dans les lieux, l’odorat fait partie des modalités sensibles oubliées par les concepteurs du cadre bâti. Au-delà des recensements de sources odorantes, ce sont les modalités de rencontres avec les odeurs qui fondent, selon moi, l’attachement affectif-olfactif aux lieux. À travers la vérification, à chaque rencontre renouvelée, d’une image olfactive de référence des lieux fréquentés, les usagers construisent leurs appréciations et leurs déplaisirs qui dépassent une valence hédonique intrinsèque à certaines odeurs. La puissance émotionnelle de l’odeur trouve ses racines dans l’enfance mais s’inscrit dans les répétitions de rencontre avec les odeurs pendant l’âge adulte, en tous lieux et en toutes circonstances. Ce potentiel émotionnel reste cependant hautement individuel, ce qui explique, en partie, sa très faible prise en compte par les concepteurs et les gestionnaires du cadre bâti.

Suzel Balez, docteure en Sciences pour l'Ingénieur, architecte DPLG, est maîtresse de conférences à l’École Nationale Supérieure d'Architecture de Paris La Villette ainsi que chercheure au Cresson (Ambiances Architectures Urbanités UMR CNRS 1563). Ses travaux portent essentiellement sur l’appréhension olfactive des lieux et ses enjeux constructifs. L’odeur comme facteur d’ambiance des lieux ou les lieux comme configurations plus ou moins favorables aux sensations olfactives dessinent un lien olfacto-spatial qui reste largement à explorer. Les obstacles à une telle pensée "spatiolfactive" sont nombreux et cependant, que les signaux chimiques proviennent de la matérialité du lieu ou des individus qui s’y trouvent et de leurs activités, ceux-ci ont des conséquences psychobiologiques dont la prise en compte pourrait enrichir les démarches d’analyse et de conception du cadre bâti.
Publications récentes:
Balez Suzel, "Le paysage odorant existe-t-il ?", Ambiances [en ligne], 13 septembre 2017.
Balez Suzel, "8 m² de pâte dentifrice. Expérimenter les œuvres artistiques odorantes", in Ambiances, tomorrow. Proceedings of 3rd International Congress on Ambiances, Septembre 2016, Volos, Greece, édité par Nicolas Rémy (dir.) et Nicolas Tixier (dir.), 1:63 – 68. Volos, Greece: International Network Ambiances [en ligne] , 2016.
Balez Suzel, in Thomas Rachel et al., Les énigmes sensibles des mobilités urbaines contemporaines, Grenoble, Rapport de recherche n°87, ANR MUSE Programme "Espace et Territoire" - ANR-10-ESVS-013-01, juin 2014, 350 p.


Valérie BILLAUDEAU & Françoise CHARLES: Fabrique d’un tiers lieu: saisir le rapport affectif des "locaux-moteurs" angevins
"Locomotive" est un projet de tiers lieu au service du développement de l’économie locale qui a saisi l’occasion du concours "Imagine Angers" pour cibler un espace d’implantation de son choix. Cet appel à projets est annoncé en 2017 comme une opportunité de mise à disposition d’espaces (du foncier) pour faire émerger des projets à la fois en phase avec les ambitions des constructeurs, en adéquation avec les rêves des urbanistes et/ou architectes et en corrélation avec les besoins et les propositions des citoyens. En mars 2018, le collectif "Locomotive" fait partie du projet lauréat "Métamorphose" du groupe Giboire et veut défendre l’idée d’un lieu "ne relevant ni du domicile, ni du travail" (Ray Oldenburg, 1989), un lieu où il ferait "bon vivre", un lieu fréquenté et apprécié. Mais comment faire pour atteindre l’amabilité du tiers lieu avec autant d’enjeux et d’acteurs différents? Cette communication propose de présenter le cheminement du collectif "Locomotive", avec ses certitudes et ses doutes, pour fabriquer un lieu de locaux-moteurs angevins qui tient autant à ses valeurs qu’au choix de son espace.

Valérie Billaudeau, maître de Conférences en Information et Communication à l’Université d’Angers, est membre du laboratoire Espaces et Sociétés (ESO – UMR CNRS 6590), du RIUESS (Réseau InterUniversitaire d’Economie Sociale et Solidaire) et du RgORESS (Réseau grand Ouest de Recherches en ESS). Coordinatrice du projet ISTESS (Innovation Sociale et Technologique dans l’Économie Sociale et Solidaire), elle s’intéresse à la valorisation et la diffusion de l’ESS  à l’intérieur et entre les structures. Elle est membre fondateur et vice-présidente de l’IRESA (InterRéseau de l’Economie Sociale et Solidaire en Anjou).

Clémence CHIROUZE: Frapper les sens, combler les désirs ou l’architecture comme agencement et disposition de matières à émotions
D’un côté, il y a l’architecture, faite pour nous abriter et nous protéger de ce qui s’étend au-delà de l’enclos qu’elle dresse. De l’autre, il y a les émotions que l’on peut éprouver dans ce même enclos, à la faveur de certaines caractéristiques de celui-ci ou encore face à ce même enclos, lorsque l’on se trouve à l’extérieur. Qu’est ce qu’une émotion architecturale? Est-ce que toute architecture est capable de déclencher en nous des émotions? Existe-t-il des conditions singulières, un génie, une alchimie pour que l’architecture puisse susciter, accompagner, déclencher, favoriser ou instrumentaliser des émotions? L’architecture est-elle émotionnelle comme le prétendent certains théoriciens et praticiens comme Nicolas Gilsoul, Luis Barragan, Polla Barbara, Paul Ardenne ou encore Mathias Goeritz? Au-delà de ce faisceau d’interrogations, l’enjeu est de comprendre avec quoi, à partir de quoi et comment une architecte en devenir peut, avec des matières de tous ordres, "établir des rapports émouvants" (Le Corbusier, 1924).

Benoît FEILDEL: Faire la ville avec les affects: implications urbaines et pratiques
L’intérêt pour les dimensions affectives ne se dément pas, le domaine de l’urbanisme n’y échappant pas. La prise de conscience de l’importance des relations sensibles des individus envers leurs espaces de vie se traduit dans les interventions urbaines par des initiatives variées. Cependant ce regain d’intérêt masque une faible conceptualisation du domaine du sensible. Les mécanismes et les implications de ces phénomènes ne sont la plupart du temps pas explicités ou même reconnus. La complexité des phénomènes de l’affectivité s’en trouve ainsi réduite à une dimension physiologique, sensorielle et expérientielle, d’une part, et les affects utilisés à des fins principalement communicationnelle et performative, d’autre part. Nous avons montré que cette réduction était dommageable (Feildel, 2013; Feildel, 2016), notamment car elle passe sous silence l’ensemble des dynamiques sociales qui structurent le champ de l’affectivité. Nous nous appliquerons donc, à travers cette contribution, à mettre en lumière les diverses implications urbaines et pratiques de la prise en compte des affects dans les processus de transformation des espaces habités.

Benoît Feildel est maître de conférences en aménagement de l’espace et urbanisme à l’Université Rennes 2 et chercheur à l’UMR Espaces et Sociétés. Il a soutenu une thèse de doctorat sur la prise en compte de l’affectivité dans les pratiques d’aménagement et d’urbanisme, intitulée "Espaces et projets à l’épreuve des affects". Il coordonne actuellement un numéro de la revue Nouvelles Perspectives en Sciences Sociales sur l’approche relationnelle des sensibilités et des émotions.
Publications:
2016, "L’émotion est ce qui nous relie. Éléments pour une approche relationnelle des phénomènes affectifs et des dynamiques socio-spatiales", Nouvelles perspectives en sciences sociales, Vol. 11, n°2, p. 233‑259.
2013, "Vers un urbanisme affectif. Pour une prise en compte de la dimension sensible en aménagement et en urbanisme", Norois, Vol. 2, n°227, p. 55‑68.


Nathalie GAUSSIER: L’économie urbaine face aux émotions: l'apport de la cognition spatiale [intervention établie avec Claude LACOUR]
Pensée comme une machinerie réductrice et efficace voire inégalitaire, la "ville des économistes" organiserait et gérerait au mieux les besoins par opposition à la ville sensible, qui rendrait compte des émotions, des bonheurs et des peines. Plus brutalement, ce serait la rationalité versus les émotions. Cette communication propose de dépasser ces approches binaires en s’intéressant aux émotions urbaines et en montrant comment le recours à la cognition spatiale, entendue comme la capacité d’un individu à se représenter et interpréter l’espace mais aussi à apprendre, mémoriser, traiter, mobiliser et transmettre des informations relatives à l’espace, peut nous aider à mieux comprendre et à analyser certaines des émotions urbaines. Nous soulignerons d’abord les principaux éléments de théorisation des émotions urbaines, pour proposer ensuite, sur la base d’un protocole d’enquêtes, des premiers éléments de rationalisation des émotions urbaines.

Nathalie Gaussier est maître de conférences HDR en Sciences Économiques à l’Université de Bordeaux, GREThA et spécialiste d’économie et cognition spatiale.

Claude Lacour est professeur émérite en Sciences Économiques à l’Université de Bordeaux, GREThA et spécialiste d’économie spatiale et urbaine.


Ben Ori GITAI: Un instrument habitable
À l’âge de l’accélération du développement de la planète, le nouvel enjeu territorial est celui de l’expansion de plus en plus rapide des villes et de leurs réseaux de connectivité. Dans ce processus de transformation du territoire, l’architecte doit ajuster son mode de planification à ces nouveaux enjeux, en adaptant les structures et infrastructures urbaines à ces nouvelles conditions de vie. En utilisant le son, sens le plus intime et élément premier de notre structure spatiale et affective, comme "seuil" entre un corps et un lieu, comment donner une réponse architecturale à ces nouvelles problématiques? Nous proposons ici, à travers une approche à la fois théorique et pratique de la discipline, de présenter un projet sur lequel l’agence de Ben Gitai Architectes a récemment travaillé. Il s’agit d’un projet interdisciplinaire qui propose de résoudre, grâce à une micro-technologie adaptée, ce problème, au regard de l’habitat.

Ben Ori Gitai, né à Paris en 1985, a obtenu son diplôme d'architecte à l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Paris-La Villette en 2012. En 2015, il a ouvert son agence d’architecture "Gitai Architects" et travaille en tant qu’enseignant et chercheur à l'Institut d’architecture et de paysage à l'ETH, Zurich. Il prépare un doctorat axé sur le développement du domaine de la topopolitique en collaboration avec l'Institut d'histoire et de théorie de l'architecture de GTA à Zurich.
Son œuvre intitulée Mamad, a été présentée récemment, à l'exposition No place like home au musée d'Israël à Jérusalem. Ses activités comprennent le travail de directeur de la photographie dans divers films et installations. Son travail artistique incarne la traduction spatiale d'un état mental du paysage dans une dimension architecturale physique.
Bibliographie:
Diener & Diener Architects with Gabriele Basilico, Common Pavilions, pg. 72-75, Scheidegger & Spiess, 2013.
Adina Kamian, No place like home, pg. 93-101, Museum of Jerusalem, 2017.
Girot Christophe, Le cours du paygage, pg. 120-125, Thames & Hudson, 2016.


Jacques GLOWINSKI: Neuro-architecture et attractivité des lieux

Curieusement, neurobiologiste de formation, j’ai été impliqué dans des projets d’architecture et d’urbanisme au cours de mon parcours professionnel. Il s’agit notamment de la rénovation architecturale de plusieurs bâtiments du Collège de France, ainsi que de l’organisation fonctionnelle et spatiale du Campus de Saclay. C’est dans ces situations que j’ai été conduit à adapter, puis utiliser un modèle simplifié de l’organisation fonctionnelle et spatiale du cerveau développé dans mon laboratoire. Il s’agit de trois réseaux interconnectés: les réseaux exécutif, régulateur et énergétique. Leurs propriétés respectives et leurs modalités d’application dans des projets architecturaux ou l’organisation de centres urbains seront décrites. L’importance du réseau régulateur et de ses traductions opérationnelles dans les sensations de confort, de plaisir, d’attractivité et même de dépendance ressenties au sein de bâtiments ou d’ensembles urbains sera particulièrement soulignée.

Jacques Glowinski est professeur et administrateur honoraire du Collège de France.
Publication:
J. Glowinski & F. Cardinali, Le Collège de France dans le XXIe siècle. LE CERVEAU-ARCHITECTE, Éditions Michel de Maule, 2016.


Christophe LECLERQ: Affects et lieux - un nouveau spatialisme? [intervention établie avec Maryvonne PRÉVOT]
L’hypothèse première qui sous-tend ce colloque est d’imaginer que la prise en compte des affects et des émotions, en permettant de mieux comprendre les attentes des acteurs de la ville, offrirait de nouvelles grilles de lecture et de nouveaux outils pour améliorer les relations des individus à leur environnement urbain. Ce qui apparaît aujourd’hui en jeu, c'est d'appréhender les nouveaux processus par lesquels on tente d'identifier localement ces acteurs pour les impliquer et les responsabiliser en partant du postulat selon lequel l’adhésion aux lieux procède de la part qu’on y prend. La morosité du marché immobilier souligne une vacuité que les élus voudraient combler en mobilisant valeurs et symboles, tout à la fois affectifs et identitaires, qui renvoient toujours à une dimension morale et politique. Comment les affects font-ils levier pour les aménageurs/les techniciens qui sollicitent désormais d’autres interlocuteurs que les seuls interlocuteurs économiques et rencontrent les "usagers", les citoyens, les riverains désireux d’investir à leur tour cette vacuité révélée? Comment l’architecte/la maîtrise d’œuvre peut-il/elle nourrir sa quête de sens en puisant dans les affects matière à renouveler la pratique professionnelle par une démarche néo-vernaculaire? Pour répondre à ces interrogations, nous nous plongerons dans le temps long du portage, par la SEM Ville Renouvelée (SEM VR), de la ZAC de l’Union située sur le versant Nord-Est de la métropole lilloise. La SEM VR y a endossé un rôle social qui n’était pas le sien à l’origine. Elle s’est servie des affects, entre mémoire ouvrière incarnée et archéologie industrielle, entre héritage et modernité, adossés au travail de l’architecte Patrick Bouchain sur l’îlot Stephenson, pour décliner une figure rhétorique essentielle de l’urbanisme contemporain — le palimpseste —, jusqu’à s’identifier elle-même au territoire de l’Union.

Christophe Leclercq est diplômé des Beaux-Arts, architecte D.P.L.G., enseignant contractuel de l’université de Lille 1, doctorant en urbanisme (Laboratoire TVES EN4477). Coresponsable du parcours Construction & Aménagement Durable (CAD), il enseigne le projet d’aménagement urbain au sein du Master Urbanisme et Aménagement.

Maryvonne Prévot, agrégée d’histoire, est maîtresse de conférences habilitée à diriger les recherches en aménagement et urbanisme. Membre du laboratoire TVES (EA4477), elle est aussi chercheure associée au LACTH de l’ENSAPL. Enseignante au sein du master UA et dans le parcours CAD, ses travaux portent sur les trajectoires militantes et professionnelles dans les champs de l’urbain, depuis les Trente Glorieuses jusqu’au présent, à l’ère du numérique. Elle est notamment l’auteure de Catholicisme social et urbanisme. Maurice Ducreux (1924 1985) et la fabrique de la Cité (Rennes, PUR, 2015).

Bibliographie en lien avec le sujet:
2016, DOUAY (Nicolas) & PREVOT (Maryvonne), "Circulation d'un modèle urbain alternatif ? Le cas de l'urbanisme tactique et de sa réception à Paris", Echogéo, n°36, 2016, mis en ligne le 30 juin 2016.
2011, LOUGUET (Philippe), LECLERCQ (Christophe), PREVOT (Maryvonne), "Ni périphérie ni centre: la beauté en extension de la ville contemporaine", Margenes, n°9, Representaciones/Outsiders (Chili/Espacio Arte Sociedad Facultad de Arquitectura Universidad De Valparaiso), p. 24-30.
2011, PREVOT (Maryvonne), "Pierre Mauroy maire bâtisseur: "L’héritier de l’avenir"", Revue du Nord, vol. 389, tome 93, janvier-mars, p. 181-192.
2010, PREVOT (Maryvonne), LECLERCQ (Christophe), "De la prolifération des études au projet sans auteur. Essai sur les projets urbains dunkerquois et sur la ville visible et invisible", Géocarrefour, vol. 85/4, p 265 et suivantes.
2010, PREVOT (Maryvonne), LECLERCQ (Christophe), "La ZAC du Courghain à Grande-Synthe (59): discours témoin ou espace témoin?", in Lieux Communs, n°13, p.95-114.


Georges-Henry LAFFONT: Vers un design émotionnel de l’urbain? Lyon-Confluences et le Voyage à Nantes comme archétypes d’une ville sensible et esthétisée
Image de marque, compétitivité, attractivité sont quelques-uns des référents contemporains de la production de l’urbain. L’enjeu est d’enchanter la ville, de susciter l’envie de s’y rendre, d’y habiter, d’y investir, de produire les conditions d’une désirabilité territoriale (Mager et Matthey, 2010). Dès lors, l’objectif partagé par les acteurs publics et privés est de faire des projets urbains et de leurs déclinaisons de tous ordres des objets valorisables, séduisants, "designés" pour plaire aux investisseurs, populations cibles et habitants eux-mêmes. Dans le cadre d’une "esthétisation du monde" (Lipovetsky et Serroy, 2013), l’urbain contemporain prend donc la forme d’un parc à thèmes (Berdet, 2013; Bégout, 2012), d’un décor (Laffont et Prigent, 2011) où le recours à l’événementiel, l’architecture objet (Guiheux, 2017), la mise en récit, sollicitent l’éprouvé émotionnel. En mobilisant les cas de Lyon-Confluences et du Voyage à Nantes, cette communication défend la thèse d’une colonisation de la ville par une série d’opérations, de manifestations, de dispositifs, de performances fondés sur une instrumentalisation du registre de l’affectif.

Georges-Henry Laffont est docteur en urbanisme et aménagement de l’espace; ses travaux portent sur la théorie du projet, la performativité des idéalités dans la production des espaces habités, la dimension émotionnelle du rapport à l’espace, la matérialité des mémoires urbaines en contextes post-industriels et le rôle que pourrait avoir une approche mésologique dans les processus de territorialisation. Il est aussi membre de réseaux de recherches: Collège International des Sciences du Territoires (CIST), Espace Rural et Projet Spatial (ERPS), Institut des Amériques (pôle Amérique du Nord et Caraïbes), Réseau des Territorialistes Français (RTF).
Bibliographie:
Berdet M., 2013, Fantasmagories du capital. L’invention de la ville marchandise, Paris, La Découverte.
Christin R., 2014, L’usure du monde: critique de la déraison touristique, Paris, L’échappée.
Gravari-Barabs M., 1998, "Belle, propre, festive et sécurisante : l’esthétique de la ville touristique", Norois, n°178, p. 175-193.
Guiheux A., 2017, Le grand espace commun, Paris, MētisPresse.
Laffont G.-H. & Prigent L., 2011, Paris transformé en décor urbain, Téoros, n°30-1: "Excellence des destinations / Cinétourisme", p.108-118.
Lipovetsy G. & Serroy J., 2013, L’esthétisation du monde: vivre à l’age du capitalisme artiste, Paris, Gallimard.
Mager C. & Matthey L., 2010, "Sages comme des images?  Le leurre du marketing urbain", Tracés, vol. 10, p. 10-12.


Jacques LOLIVE: De la théorie d'un espace public esthétique à l'expérimentation de méthodes participatives dans les zones à risque du Brésil. Le tournant pragmatiste d’une recherche sur les milieux de vie
La relation sensible et esthétique aux milieux de vie constitue un des fils rouges de mon parcours de recherche. La première période de cette démarche visait à définir les éléments d’une théorie esthétique de l’espace public dans sa double acception politique et urbanistique à partir de quatre propositions: la poétique habitante, l’esthétisation de l’espace public, les mobilisations esthétiques et la politique des formes. La surprenante efficacité des pratiques artistiques qui transforment l’espace public sans s’appuyer forcément sur une théorie mais plutôt sur la mise en œuvre de méthodes m’a conduit à une seconde période de mon parcours où j’adopte une posture pragmatiste pour expérimenter des méthodes participatives et sensibles inspirées souvent par les pratiques artistiques. Ces méthodes situées permettent de mieux comprendre l’expérience des habitants des zones à risques et de structurer le processus de participation pour mieux associer les populations exposées à la gestion du risque.

Jacques Lolive est directeur de recherche CNRS, chercheur en science politique et aménagement au sein du PACTE (UMR 5194). Spécialiste des questions environnementales, son champ d’expertise regroupe les politiques publiques d’environnement et leur évaluation, les mobilisations associatives, le risque et les controverses environnementales, les expérimentations participatives et les approches sensibles et esthétiques de l’environnement.
Publications:
Les contestations du TGV Méditerranée: projet, controverse et espace public, préface de B. Latour, Paris, L’Harmattan, 1999
Jacques Lolive, Olivier Soubeyran (dir.), L’émergence des cosmopolitiques, Colloque de Cerisy, La Découverte, Paris, 2007.
"Mobilisations environnementales", in Olivier Coutard, Jean-Paul Lévy (dir.), Écologies urbaines, Paris, Économica (collection "Villes"), 2010.
"Comment restituer l’expérience habitante? Propositions pour une esthétique participative", in Cristiane Duarte et Jean-Paul Thibaud (dir.), Pour une écologie sociale de la ville sensible. Ambiances urbaines en Partage, 2013, Genève, Metis Presse,  2013, p. 155-171.
Jacques Lolive, Cintia Okamura, "Quelle communication pour la société du risque? Des expérimentations méthodologiques pour développer une culture du risque", Cahiers de Géographie du Québec, volume 60, numéro 169, avril 2016, p. 157-172.


François MANCEBO & Sylvie SALLES: Vers une écologie sensible du continuum urbain rural
Cette communication propose d’éclairer le tournant sensible de la transition écologique des espaces urbanisés, à l’échelle encore peu convoquée du continuum urbain-rural. Cette transition s’accompagne d’un nouveau rapport écosystémique et socio-symbolique, conciliant écologie et bien-être humain. Nous développerons l’idée que le tournant sensible, associé à la naturalité urbaine, est indissociable d’un tournant pragmatique, ancré dans l’expérience, qui a accompagné les aménagements d’espaces publics. En nous appuyant sur le paysage, nous convoquons une infrastructure sensible, rendant compte des manières dont les hommes perçoivent et organisent des environnements qu’ils partagent avec d’autres espèces. Cet élargissement des catégories esthétiques du paysage au potentiel pratique vise à informer l’aménagement. De ce point de vue, les controverses sur les transformations des paysages peuvent stimuler l'émergence d'idées nouvelles et d’organisations alternatives, contribuant à ajuster des priorités ou des usages concurrents. Dans ces partages négociés, l’esthétique fait apparaître la possibilité d’un dissensus.

François Mancebo est professeur en aménagement durable à l’URCA et directeur de l’IRCS. Sylvie Salles est maître de conférences HDR en géographie et paysage, à l’ENSA Paris Val de Seine, et chercheuse à l’EVCAU. Ensemble, ils ont dirigé des recherches, convoquant les représentations de l’environnement, sur l’habitabilité des espaces souterrains, l’agriculture urbaine et la transition écologique des espaces périurbains.
Publications:
Mancebo F., Salles S. (dir.), "De l’autre côté du miroir", in Premier Plan, n°30, Paris, PUCA, juin-sept. 2014, 4-6.
Challenges in Sustainability, Special Issue: Fostering the Urban-Rural Continuum, vol. 4. Issue 1, Basel, Librello, 2016.


Denis MARTOUZET: De quelques irrationalités
La philosophie des Lumières a opposé Raison et Passion. C’est du moins ce qu’il en a été retenu alors même que les propos de Rousseau, de Hume, de Descartes ou de Spinoza sont beaucoup plus nuancés que cette dualité supposée. L’analyse du non rationnel — donc, entre autres, de l’affectif — montre bien l’absence de fondement de cette dualité. La faiblesse de la volonté, le sophisme de l’amortissement, l’engagement, la mauvaise foi sartrienne, la magie sont autant de cas pratiques, vécus quotidiennement, qui n’émargent pas à la rationalité et se présentent comme des interstices dans lesquels les affects peuvent prendre toute leur place. Ainsi, en ce qui concerne les choix de localisation du logement principal, les stratégies mises en œuvre ne sont pas uniquement rationnelles: il s’agit aussi de post-rationalisations qui reposent sur une croyance dans la possibilité de réécriture du passé quand bien même l’individu connaît et adhère au principe de fixité du passé. Ce type d’irrationalité repose sur des nécessités affectives de l’individu qui cherche à préserver sa cohérence ontologique et son image de soi.

Denis Martouzet est depuis 2002 professeur d'aménagement de l'espace et d'urbanisme, en poste à l'Université de Tours. Ses travaux de recherche portent, d'une part, sur le projet spatial (projet urbain, projet d'urbanisme, projet territorial) et plus particulièrement sur le projet comme processus complexe formant un "écosystème" d'acteurs, de temporalités, de contenus, de dénominations, de normes et de valeurs. D'autre part, ses recherches s'attachent à décrypter le rapport qu'entretiennent les individus et les groupes envers les lieux qui leur importent, qui les affectent, positivement ou négativement: comment émotions et sentiments construisent le rapport affectif envers les lieux, quels sont les éléments qui entrent dans cette construction (pratiques, actes et actes manqués, souvenirs et projections, attentes et craintes, représentations et sensorialités)?
Publications:
Martouzet D. (dir), 2018, Les acteurs font le projet, Tours, Presses universitaires François-Rabelais (à paraître avril 2018, sous presse).
Martouzet D. (dir.), 2018, Le projet fait les acteurs, Tours, Presses universitaires François-Rabelais.
Martouzet D. (dir), 2014, Ville aimable, Tours, Presses Universitaires François-Rabelais.
Laffont G.-H., Gauthier A., Martouzet D., Bernard N., Chamerois G. (dir.), 2013, L'espace dans les Amériques, Rennes, Presses Universitaires de Rennes.
Martouzet D., 2001, Fort-de-France ville fragile?, Paris, Anthropos, collection "Villes", 259 p.


Mélanie PAVY: Nostalgie après la fin du monde
La catastrophe nucléaire du 11 mars 2011 a projeté le territoire de la région de Fukushima dans un espace temps étrange, digne d’un récit futuriste de science-fiction. Cette réalité et la nostalgie particulière qu’elle entraîne, est au cœur du travail cinématographique que je mène depuis plus de 3 ans, auprès des habitants du village de Towa (préfecture de Fukushima). À travers la restitution filmée d’une série de récits-monologues, performés par les habitants eux-mêmes, émerge une topographie subtilement modifiée de leur paysage natal. Cette communication sera l’occasion d’interroger les enjeux d’une transmission et d’une reconstruction de la mémoire des lieux, après la contamination radioactive. Elle questionnera également les capacités et les limites des outils cinématographiques, pour rendre compte d’une telle expérience.

Mélanie Pavy, cinéaste et chercheure, développe une thèse, dans le cadre du programme doctoral SACRe "Science, Art, Création Recherche " de PSL - Research University, au sein de la FEMIS et de l’ENS Ulm. À travers des "spéculations documentaires" (textes, films, installations), elle interroge notre capacité à penser la perte jusque dans son corollaire ultime, la disparition du monde humain.
Bibliographie indicative:
ALEXIEVITCH S., La Supplication. Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse, Édition J’ai Lu, Paris, 1997.
BERQUE A., Du geste à la cité, Gallimard, Paris, 1993.
DANOWSKI D. et VIVIEROS DE CASTRO E., "L’arrêt de monde", in De l’univers clos au monde infini, Édités et présentés par HACHE E., Éditions du Dehors, 2014.
DEBAISE D. et STENGHERS I. (ss dir.), Gestes Spéculatifs, Colloque de Cerisy, Les presses du Réel, Dijon, 2015.
DELEUZE G., L’image-Temps, Éditions de Minuit, Paris, 1983.
JANKELEVITCH V., L'Irréversible et la Nostalgie, Éd. Flammarion, Paris, 1983.
MORTON T., Hyperobject, Philosophy and Ecology after the End of the World, University Of Minnesota Press, 2013.


Emmanuel PETIT: Les enjeux du "tournant émotionnel" dans l’analyse économique — relation, temps et espace
La science économique a accompagné le "tournant émotionnel" évoqué par les historiens en introduisant une multiplicité d’émotions et d’affects. Initialement axés autour des émotions de regret, de déception, d’envie, de honte ou de culpabilité, les travaux se portent récemment sur les émotions de peur, de colère, de surprise, de joie ou même de gratitude, et tentent également d’associer à ces diverses émotions des processus comme ceux de la confiance, de la réciprocité ou de l’optimisme. L’introduction des émotions permet de revisiter la figure anthropologique de l’individu économique en remettant en question la pure rationalité des comportements et en donnant des fondements solides à d’autres types de motivation (altruisme, équité...) au-delà de la seule recherche de l’intérêt individuel. L’objectif de notre communication est de montrer que la prise en compte d’une théorie des émotions plus complète, mettant en avant sa dimension relationnelle, est susceptible de refonder, via la prise en compte de l’espace et du temps, le paradigme sur lequel la science économique s’est construite au début du XXe siècle.

Emmanuel Petit, Université de Bordeaux, GREThA.
Bibliographie:
ELSTER Jon, "Emotions and economic theory", Journal of economic literature, 1998, vol. 36, n°1, p. 47-74.
GOMES Orlando, "Plutchik and Economics: Disgust, Fear, and, Oh Yes, Love", Economic Issues Journal Articles, 2017, vol. 22, n°1, p. 37-63.
PETIT Emmanuel, Économie des émotions, La Découverte, "Repères", 2015.


Gina STAMM: La ville suffisamment bonne: aimer la ville sans pitié
On a déjà rapproché l’espace de la ville de ce que le psychanalyste D.W. Winnicott appelait "l’espace potentiel" ou "le lieu de l’expérience culturelle" entre l’enfant et l’environnement maternant. De cet espace naît le jeu et la créativité. Mais on ne peut atteindre cet idéal que difficilement et en imaginant ce que l'on est prêts à accepter de nos concitoyens. Avant de pouvoir profiter du partage de cet espace, l’enfant-citoyen développe de l’indépendance et de l’amour pour cet espace qu'en tant qu’être autonome et en exerçant contre lui un "amour sans pitié" qui essaie de s'appropier l’objet/environnement, serait-ce en le détruisant. Pour que l’enfant en reconnaisse l’autonomie et la valeur, cet objet/environnement doit survivre, sans faire de représailles. La ville alors, tout en reconnaissant la colère et la haine que de telles attaques provoqueraient, doit être capable d’absorber une certaine violence en la contenant, en lui survivant sans se venger.

Gina Stamm, instructrice de langue et littérature françaises à l’Université d’Alabama, a fait une thèse sur le thème des "états-limites" en psychanalyse et littérature du XXe siècle. Son travail traite de la relation corps-environnement. Elle a écrit des articles, qui paraîtront bientôt, sur le vieillissement et le corps chez Marguerite Duras, sur Jean Giono et la non-modernité de Bruno Latour.

TABLES RONDES :

Que disent et qu'apportent les littératures, animée par Nicholas MANNING, avec Dany JACOB (L’écriture affective proustienne comme ancre affectif), Justine FEYEREISEN (Tropique de la violence), Cintia OKAMURA (Le théâtre et la littérature comme sources d’inspiration pour les sciences sociales) et Gilles VIENNOT (Réification et architecture mortifères: en sortir pour raviver une saine appréciation et appartenance aux espaces contemporains)

Dany JACOB: L’écriture affective proustienne comme ancre affective
Le monument littéraire proustien, À la Recherche du temps perdu, est reconnu grâce à la madeleine iconique trempée dans du thé pour invoquer la sensibilité du monde environnant. Les aspects philosophiques sont indéniables et ont fait longuement partie des analyses fondamentales du texte proustien. Or, il ne s’agit certainement pas de l’unique trame affective. La Recherche fait usage de l’image textuelle. Le narrateur se trouve constamment à retravailler les impressions autour de lui dans l'effort de les mettre en mots mais surtout de leur souffler une affection qui s’attache aux lieux de narration, et au lecteur. C’est dans ce sens que nous entendons que l’écriture proustienne est impressionniste, en concordance avec le mouvement esthétique. L’effet de cette écriture souligne la poétisation de l’objet, de l’endroit et une préoccupation esthétique du Temps. C’est à travers le peintre Elstir que le narrateur apprend à saisir son environnement, faisant de lui un "auteur-entonnoir" qui saura assimiler toutes les sensations en lui. Une fois intériorisées, Marcel, dans l’acte créateur, devient un "narrateur-corps de résonance" où il construit une vision kaléidoscopique de son monde physique. Comme lecteur, de l’autre côté de ces pages, la reconstruction affective se traduit par les longues phrases sinueuses et des emboîtements enivrants qui regorgent à chaque subordonnée de nouvelles perles sensorielles.

Originaire du Luxembourg, Dany Jacob est docteur en lettres françaises et francophones à l’université technologique du Michigan. Sa recherche se centre sur le rôle de la figure du dandy dans les contextes français et européen pendant la "fin-de-siècle" et comment cette dernière se positionne dans la discussion autour de la modernité, de l’esthétique et de la masculinité à travers les théories lacaniennes sur le fétichisme. Ses autres domaines de recherches comprennent la discussion de la création d’identités culturelles ainsi que leur mobilité dans leurs espaces respectifs.

Justine FEYEREISEN: Tropique de la violence
C’est à l’étude des affects suscités par les espaces insulaires de deux romans contemporains que se destine cette communication: Ève de ses décombres (2006) d’Ananda Devi et Tropique de la violence (2016) de Nathacha Appanah. Ces textes polyphoniques dépeignent des paysages à la beauté paradisiaque qui se révèlent de véritables poudrières pour une jeunesse clandestine livrée à elle-même. Descendants de la traite, héritiers d’esclaves, réfugiés des cyclones, les enfants terribles des zones grises de Maurice et de Mayotte sont les dépositaires d’une Histoire marquée par la violence. L’origine des actes cruels perpétrés par ces adolescents est-elle à chercher du côté des émotions? La rencontre des cultures dans des espaces aussi exigus qu’isolés — ou oubliés — en serait-elle la cause et ces états affectifs seraient-ils induits, orchestrés, définis et légitimés par les lieux où ils s’expriment? L’hypothèse est que les deux écrivaines mauriciennes articulent sujet et espace au point que la variation de l’un entraîne la mutation de l’ensemble, mutation dont l’émotion constitue l’expression. Sous le prisme d’une analyse textuelle ouverte sur une lecture phénoménologique, cette contribution entend explorer le point d’articulation qui ancre dans sa signification humaine la double face — perceptive et intersubjective — du phénomène émotionnel lié aux espaces de l’anonymat — bidonville mauricien ou ghetto mahorais.

Justine Feyereisen est docteure en Langues, Lettres et Traductologie (ULB) ainsi qu’en Lettres et Arts (Université Grenoble Alpes), et Fulbright alumna (UC Berkeley). Elle occupe actuellement le poste de maître de langue à l’ULB, où elle poursuit ses recherches sur les utopies cosmopolitiques formulées par des écrivains du début du XXIe siècle dans le contexte de l’actuelle crise migratoire vers l’Europe.
Dernières publications:
"Corps en captivité: Patrick Chamoiseau et J.M.G. Le Clézio", Sens Public, 2017.
"Expression spatiale du temps vécu dans Désert et Gens des nuages de Le Clézio, Carnets APEF, 2017.



Réalité augmentée, animée par Philippe BACHIMON & Julie DERAMOND, avec Jessica de BIDERAN (Substituts numériques et médiation des patrimoines urbains), César GÉLVEZ (La "Smart city", la "Smart destination" et le tourisme) et Olivier ZATTONI (Présences indicielles et affectives du paysage dans les photothèques des appareils mobiles, un éloge du souvenir)

Olivier ZATTONI: Présences indicielles et affectives du paysage dans les photothèques des appareils mobiles, un éloge du souvenir
Le paysage, dont le génie du lieu traduit un imaginaire de l’excursion et de l’itinérance, nous renseigne sur le lien affectif qui nous unit au territoire. Toutefois, un regard contemporain marqué par la mobilité suppose que la rencontre avec le paysage s’apparente à une expérience passagère, qu'on pourra dès lors prolonger, faute de temps passé in situ, sur les écrans. C’est sur ce point précis que les appareils mobiles, compagnons intimes et privilégiés de toutes les escapades, gardent une trace de ces paysages fuyants. Aussi, les photothèques présentes sur ces équipements nomades inscrivent-elles le lieu dans un champ narratif plus large, où l’évidence du paysage est reconduite dans la trajectoire subjective du visiteur. Ces algorithmes, qui s’affairent à classer les images à la volée et à produire l’apparence d’un souvenir, permettent d’organiser les impressions affectives liées au lieu, et ce afin d’en extraire un étrange réseau de significations. L’occasion de rappeler que ces photothèques sont exposées aux bogues et autres défauts inhérents à tout programme, et dont il s’agira de voir comment, sur un plan esthétique, de tels dispositifs peuvent faire surgir, à l’ombre des paysages stockés en mémoire, autant de lieux imprévus.

Olivier Zattoni, docteur en Sciences de l’Information et de la Communication, est ATER au département Information-Communication de l’Université de Nice, membre du laboratoire LIRCES (Laboratoire Interdisciplinaire Récits Cultures et Sociétés). Ses travaux portent sur le numérique et ses paysages, nouvelles topologies habitées par un regard photographique: des lieux où l’image se donne à voir non pas seulement comme artefact, mais comme une expérience sensorielle dont le virtuel interroge dès lors la portée. Entre espace et non-espace, le paysage numérique suggère une présence au monde qui impliquerait les interfaces et les dispositifs connectés, autant d’outillages questionnés suivant leur faculté à prolonger l’expérience sensible des lieux.
Publications récentes:
"Le numérique et ses lieux incertains: une cartographie à l’épreuve des imaginaires territoriaux", Revue Réel/virtuel #5, 2016 (en ligne).
"Nuances des villes de la Méditerranée: une lecture chromatique de l’espace urbain", Revue Synergies Monde Méditerranéen, n°5, 2015 (en ligne).



Contradictions méthodologiques, animée par Denis MARTOUZET, avec Pascale ARGOD (Des carnettistes et "Urban Sketchers" à la topophilia: une médiation sensible du patrimoine), Bénédicte MALLIER (Les conditions du dialogue entre l’architecte et l’habitant à travers des perceptions croisées de l’espace vécu), Olivier OCQUIDANT (Du trouble à l’aisance. La dimension interactionnelle des affects), Gaël RANNOU (Le rapport affectif et émotionnel des supporters de football avec le lieu du stade. Quels enjeux sociétaux et méthodologiques?) et Mouna ZAIRI (La typologie figurative comme approche méthodologique du rapport affectif au lieu)

Bénédicte MALLIER: Les conditions du dialogue entre l’architecte et l’habitant à travers des perceptions croisées de l’espace vécu
Il y a le lieu, l’architecte, l’habitant, leur méfiance réciproque et les conditions de leur rencontre. Nécessairement éloigné de la sphère stricte et ordinale de la maîtrise d’œuvre, c’est tout de même en tant qu’architecte que nous nous proposons ici de témoigner. Nous déployons une activité professionnelle hybride qui cherche à favoriser l’implication des habitants dans la transformation de leurs espaces de vie, principalement en questionnant le rapport qu’ils entretiennent avec les espaces mis en question. Les processus que nous déployons à ces fins engagent un rapport particulier entre l’architecte et l’habitant (ou usager). Nous cherchons à élaborer un langage commun basé sur les perceptions individuelles et collectives du territoire habité. Nous explorons ainsi, empiriquement la plupart du temps, les moyens à notre disposition pour appréhender un lieu  et les formes de représentation qui doivent nous permettre de partager ces approches afin d’en faire de réelles matières à "projet". Nous témoignerons ici plus particulièrement de deux expériences: l’une menée sur le long terme en territoire rural: "Habiter Là"; l’autre déployée sur quelques mois dans un quartier urbain prioritaire: "Ici, comme ailleurs".

Bénédicte Mallier obtient son diplôme d’état d’architecte en 2009. Un mémoire-recherche sur Georges Perec, intitulé "vers une architecture de l’infra-ordinaire", rédigé en parallèle de son projet de fin d’études, lui permet d’allier sa sensibilité à la littérature et aux sciences sociales à une approche distanciée des processus de conception en architecture. Cela la conduit à axer ses recherches sur la poésie de l’espace, la sociologie du quotidien et la question de l’usage en architecture. En 2015, elle fonde Le cabinet d’Emile R., une structure professionnelle hybride qui cherche à favoriser l’implication des habitants dans les processus de réflexion autour de la création, de l’évolution ou de la transformation des espaces bâtis.
www.lecabinetdemiler.com


Olivier OCQUIDANT: Du trouble à l’aisance. La dimension interactionnelle des affects
L’espace public fait l’objet d’"engagements", le plus souvent implicites, de la part de chacun d’entre nous. Le rapport affectif aux lieux urbains peut se comprendre selon le caractère plus ou moins dissonant de ces engagements vis-à-vis des situations rencontrées. La méthode d’enquête ethnographique permet d’éclairer ces rapports (micro) socio-écologiques aux lieux de la ville. À partir de deux "pôles" (le trouble et l’aisance), nous interrogerons quelques situations urbaines rencontrées dans notre thèse: des manières d’échanger des regards, la coexistence de postures différentes dans l’espace public, la perception de certains lieux et les rêveries associées à d’autres. Il s’agit ainsi de déconstruire les situations affectives pour en saisir la dimension interactionnelle.

Olivier Ocquidant est doctorant en sociologie à l’Université de Sainnt-Étienne en collaboration avec l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Saint-Étienne (Centre Max Weber / GRF Transformations). Il développe une thèse sur "les formes sensibles de l’urbanité de Saint-Étienne" sous la direction de Pascale Pichon. Son travail articule une approche ethnographique des espaces publics et des ambiances urbaines, avec un travail photographique et vidéo.

Gaël RANNOU: Le rapport affectif et émotionnel des supporters de football avec le lieu du stade. Quels enjeux sociétaux et méthodologiques?
Dans une posture de participant observateur, étant supporter du Paris-St-Germain et faisant partie de groupes que l'on appelle plus communément les ultras, je m'interroge sur le rapport que ce type de supporters noue avec le stade et, plus particulièrement, sur les changements qui s'opèrent dans leurs spatialités et leurs liens affectifs avec la construction des nouveaux stades. Tout d'abord, il s'agira de montrer que le stade est un lieu que les supporters s'approprient et auquel ils s'attachent par leur investissement émotif. Il est ainsi un référent identitaire fort pour les collectifs de supporters mais aussi pour les individus. De plus, l'attachement des supporters en ces lieux semblent remis en cause par la construction de nouveaux stades. On montrera que les nouveaux équipements, par leur aménagement et leur emplacement, ne semblent pas en adéquation avec les pratiques et les représentations d'une partie des usagers du stade. Enfin, ce constat est rendu possible grâce à l'apport de la microgéographie qui permet de saisir le sens et les significations qu'accordent les acteurs à leurs pratiques et à leur spatialité.

Gaël Rannou est doctorant en géographie à l'Université Bordeaux Montaigne au sein de l'UMR 5319 PASSAGES. Il rédige actuellement une thèse, qui s'intitule "Les constructions territoriales des supporters du Paris-St-Germain. Jeux d'identité et enjeux de placement au sein d'un monde sécuritaire", sous la direction d'André-Frédéric Hoyaux. Il s'intéresse aux champs de la géographie politique, de la sociologie urbaine et de la géographie du sport.

Mouna ZAIRI: La typologie figurative comme approche méthodologique du rapport affectif au lieu
La question du rapport affectif au lieu est abordée par l’étude sensible d’un quartier tunisois marqué par les transformations politiques contemporaines, et ce, lors d’un événement particulier: le processus révolutionnaire(1). Par la construction d’une typologie figurative du sensible, nous voulons montrer comment cette approche méthodologique peut mettre au jour le rôle du politique dans la modulation du rapport affectif du citadin à sa ville. En effet, les "figures du sensible", construites à partir du champ sémantique émergeant de l’analyse de la parole habitante, relèvent de la sociabilité et de la citoyenneté et configurent les rapports à l’urbain et les manières du "vivre-ensemble".
(1) Période de transition démocratique en Tunisie: entre le 14 janvier 2011 (Révolution du 14 janvier 2011) jusqu’au 26 octobre 2014 (date des premières élections présidentielles démocratiques en Tunisie)

Mouna Zairi est architecte (ENAU), docteure en Architecture (ERA-CRESSON) - UMR CNRS AAU, chercheure associée à SOPHIAPOL, chercheure correspondant au CRESSON, enseignante universitaire à l’École Nationale d’Architecture et d’Urbanisme à Tunis (ENAU).



Innovations méthodologiques, animée par Georges-Henry LAFFONT, avec Inmaculada DIAZ SORIA (Saisir les rapports affectifs aux lieux touristiques. Retour sur deux approches méthodologiques: l’analyse phénoménologique interprétative et les enquêtes photographiques auprès des visiteurs [intervention établie avec Emeline HATT]), Isabelle FAVRE (Saisir l’effectivité des lieux? [intervention établie avec Christophe THIÉBAULT]), Cherif HANNA (Se perdre pour mieux se retrouver, une expérience pédagoqique de projétation architecturale hors de l'urbain) et Danièle MÉAUX (Des "œuvres enquêtes")

Inmaculada DIAZ SORIA: Saisir les rapports affectifs aux lieux touristiques [intervention établie avec Emeline HATT]
Le tourisme renforce les liens entre le visiteur et des lieux situés en dehors de sa sphère quotidienne. En tant que pratique territorialisante, il est directement touché par les transformations engendrées par le tournant affectif. Dans ce contexte, comment saisir les rapports des touristes contemporains aux lieux qu’ils ne fréquentent que temporairement? Cette communication propose deux méthodes différentes. D’un côté, l’analyse phénoménologique interprétative (IPA) est mobilisée avec l’objectif de comprendre la mise en touriste de l’individu. De l’autre côté, l’enquête photographique permet d’aborder la question des rapports affectifs aux lieux sous l'angle des espaces publics et des représentations qu'ils engendrent auprès des touristes. À travers deux types d’outils et deux démarches analytiques différentes, les lieux visités sont envisagés comme des espaces vécus, porteurs et vecteurs d'ambiances et d'images multiples et singulières.

Inmaculada Diaz Soria, doctorante au CERTOP à l’Université de Toulouse-Jean Jaurès, est membre du groupe de recherche espagnol TUDISTAR, au sein duquel elle a participé à différents projets en lien avec les nouvelles tendances du tourisme. Sa thèse porte sur l’expérience de la visite de lieux quotidiens et sur les mécanismes de création de l’altérité au sein des espaces de proximité dans le but de favoriser la (re)découverte et de développer des destinations de proximité.
Publications:
2017, "Being a tourist as a chosen experience in a proximity destination", Tourism geographies 19(1), 96-117.
2015, "(Re)descubrir la propia ciudad: reflexiones sobre las visitas guiadas en Barcelona", Documents d’anàlisi geogràfica, Monographique "Barcelona, ciutat turística" 61(3), 539-561 (en ligne).


Emeline Hatt, maître de conférences à l’Université d’Aix-Marseille et chercheur au Laboratoire interdisciplinaire en environnements et urbanisme, travaille sur la question de l’aménagement des territoires touristiques de montagne et du littoral. Elle s’interroge plus particulièrement sur les trajectoires de développement de ces destinations et sur la place accordée dans ce cadre à l’aménagement des espaces publics et à la préservation des espaces naturels. Pour ce faire, elle analyse conjointement les modalités de leur conception urbaine et paysagère et de leur réception par les destinataires qui les fréquentent (habitants et visiteurs).
Publications:
Hatt E., Vles V., Clarimont S. & Deletraz G. (2011), "Retour sur image. Les stations touristiques de Gourette et Seignosse-Océan sous le regard des touristes", Revue EspacesTemps.Net, "Le tourisme à l’épreuve de l’enquête. À moins que cela ne soit l’inverse", 23 p. (en ligne).
Hatt E. (2015), "Espaces publics et habitabilité des territoires touristiques. Appréhender le "désirable" par l’analyse des représentations", 4ème Rencontres scientifiques internationales de la cité des territoires: Habitable, Vivable, Désirable (25-26-27 mars 2015), Grenoble, Article rédigé, en cours de valorisation.


Isabelle FAVRE: Saisir l’effectivité des lieux? [intervention établie avec Christophe THIÉBAULT]
Dans notre Être humains sur la terre (Berque, 1996), l’affectivité est-elle ce qui nous relie ou bien ce qui nous sépare dans l’expérience et l’expression des lieux? Entre l'agir du lieu (dans le déploiement de ses formes trajectives, poétiques) et l'agir sur le lieu (dans le développement de ses fonctions, de ses usages), peut-on ménager un espace de liberté (et) d’action, conciliant eudémonisme et fonctionnalismes, phénoménologie et sociologie? "Investir de l’émotion dans la pierre, dans la forme [...]" nous permet-il d'éprouver un sens "inverse de celui où conduit l’acte économique" (Duvignaud, Le Don du rien, [1977] 2012), qui nous consomme et nous consumerait? Si "les raisons qui fondent le paysage [...] ne sont autres que des façons d'être au monde culturellement et historiquement typées", la raison (ratio) affective peut-elle s’installer durablement, et effectivement, dans les médiations sociétales et politiques pour franchir le pont et la porte des cadres institutionnels?

Géographe et historienne de formation, Isabelle Favre prépare un doctorat avec Augustin Berque sur le paysage et les représentations esthétiques du "travail médial". Urbaniste, elle s’attache au ménagement de territoires, comme Christophe Thiébault, sociologue, écrivain. Ils ont conduit ensemble et présenté différents travaux de recherche sur les questions du paysage.
Publications:
C. Thiébault (avec B. Monge), "Le bonheur d’entreprendre", in Robert Misrahi pour une éthique de la joie, Éd. Nouvelles Cécile Defaut, 2013 (Colloque de Cerisy, 2012).
I. Favre, "L’argent, le paysage, la vie", in Augustin Berque, Philippe Bonnin et Alessia de Biase (dir.), Donner lieu au Monde: la poétique de l’habiter, Éd. Donner lieu, 2012 (Colloque de Cerisy, 2009).


Danièle MÉAUX: Des "œuvres enquêtes"
Trois réalisations guideront la réflexion: Souvenirs de Berlin-Est de Sophie Calle (1999), Le Grand Ensemble de Mathieu Pernot (2007) et Aux Fenassiers d’Hortense Soichet (2012); par-delà leurs différences, ces œuvres ont pour dénominateur commun de mettre en question le rapport émotionnel d’habitants à l’espace dans lequel ils vivent; afin d’approcher ce rapport subtil et complexe, les trois artistes concernés ont recours à des dispositifs conjuguant des prises de vue et des paroles rapportées. À chaque fois, l’auteur s’efface pour laisser interagir les éléments hétérogènes qu’il a recueillis et conduire ainsi le lecteur/spectateur à effectuer ses propres déductions et à reconstituer peu ou prou les relations affectives qui se tissent entre les personnes et les lieux.

Spécialiste de la photographie, Danièle Méaux est professeur à l’Université de Saint-Étienne. Elle a coordonné le n°319 de la RSH: "Espaces phototextuels" (2015) et La France en albums (XIXe-XXIe siècles) (Colloque de Cerisy, Hermann, 2017). Elle est l’auteur de Voyages de photographes (2009, traduit en anglais en 2017 sous le titre Photographic Travel Books) et de Géo-photographies. Une approche renouvelée du territoire (2015). Elle prépare actuellement un ouvrage sur la démarche de l’enquête, telle qu’elle est mobilisée par les photographes contemporains. Elle est rédacteur en chef de la revue en ligne Focales (www.focales.eu).



Transversalités, animée par Nicole MATHIEU (Instruire le rapport affectif (individuel et collectif) aux lieux pour comprendre comment rendre "aimable" tout lieu même "inhabitable" ou Qu’est-ce qu’un lieu hospitalier?) et Daniel-Philippe de SUDRES (Comment les lieux neuro- modifient-ils nos affects?)

La table ronde "Transversalités" animée par D. P. de Sudres et N. Mathieu, ouverte à toutes et à tous pour dégager les leçons du colloque et les pistes à poursuivre, sera organisée autour de quelques questions: le concept d’espace favorise-t-il l’instruction du rapport affectif aux lieux? Quelles propriétés des lieux, quelles caractéristiques des individus induisent des lieux de partage, des lieux hospitaliers? Quelle temporalité pour construire un lieu aimé pour tous (natifs et étrangers, hommes et femmes, d’origine sociale et de classes distinctes...)? Quel pouvoir de l’art pour transformer les non lieux en lieux sensibles et de vie? Le rapport affectif à la nature conjugué avec celui aux autres ouvre-t-il sur la conception d’une éthique soutenable des lieux et des milieux?

Nicole MATHIEU: Instruire le rapport affectif (individuel et collectif) aux lieux pour comprendre comment rendre "aimable" tout lieu même "inhabitable" ou Qu’est-ce qu’un lieu hospitalier?
L’intervention s’inscrit dans le double enjeu: "comment saisir le rapport affectif" aux lieux par un effort d’approfondissement méthodologique; "comment faire" pour rendre "aimable" tout lieu même "inhabitable". Un double exercice sera mis en œuvre: autoévaluation des affects aux lieux selon leurs propriétés et de la capacité à les transformer ou à être transformé par eux; regard critique croisé sciences et art pour comparer les "récits" et en tirer un enseignement de portée générale. L’articulation entre rapport à la nature et rapport affectif aux lieux sera plus particulièrement analysée. L’exercice portera sur La Ruche (Paris) et La Rayrie (Manche) en interrogeant le lien affectif aux lieux ruraux et urbains et, au sein de cette distinction, aux lieux publics et privés. Il mêlera ainsi le regard de l’artiste (dont celui de Maurice Matieu) à celui de la scientifique. Cerisy peut-être un objet de réflexion pour tous les participants pour penser les lieux collectifs "de passage" ou "éphémères". Dans chaque cas, la question du changement idéel et matériel du rapport au lieu et, donc, des capacités à le rendre aimable pour soi et pour les autres sera approfondie.

Nicole Mathieu, directeur de recherche émérite au CNRS avec la collaboration de Marie-Pierre Guillon artiste plasticienne La Ruche (Paris).
Publications:
Mathieu, N., Jollivet, M., dir., 1989, Du rural à l’environnement: la question de la nature aujourd’hui, Paris, ARF Éditions/L’Harmattan, 354 p.
Mathieu, N., Matieu, M., 2012, "Habiter la Rayrie (Manche). Au croisement de deux sensibilités", in Une Normandie sensible. Regards croisés de géographes et de plasticiens, Colloque de Cerisy, Presses universitaires de Caen, pp. 73-78.
Martouzet, D., Mathieu, N., 2014, "Habiter, une affaire d’affects: dialogue et confrontations", in Martouzet, D. (Ed.), Ville aimable, Tours, PUFR, pp. 21-50.
Mathieu, N., 2014, "Mode d’habiter: un concept pour penser les interactions hommes-milieux", in Chernokian, R. Robert, S. (Eds), Les interactions hommes-milieux. Question et pratiques de la recherche en environnement, Quae, coll. "Indisciplines", pp. 97-130.
Mathieu, N., 2016, "Cultures de la nature. Interroger les sociétés postindustrielles, et "Modes d’habiter", "cultures de la nature": des concepts indissociables", in Choné, A., Hajek, I., Hamman, P. (Eds), Guide des Humanités environnementales, Villeneuve d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, pp. 265-275, 567-581.
Mathieu, N., 2018, "De l’urbain au rural, d’un lieu à l’autre: un même art d’habiter", La Lettre de l’Académie d’agriculture, n°44, pp. 7-9.


Daniel-Philippe de SUDRES: Comment les lieux neuro- modifient-ils nos affects?
Cette intervention, lors de la table ronde "Transversalités", invitera à la réflexion depuis i) la notion d'habitabilité dans un système planétaire (en savoir plus) sous l'angle affectif du colloque: l'être bien, le "se sentir chez soi", l'être reconnu, le "se reconnaître";  ii) la structure urbaine qui conditionne affectivement et... cognitivement nos façons de penser, de bouger, de nous émouvoir, et même de respirer... la vie;  iii) quelques mots du fait que l'urbanisme influencera aussi nos descendants; iv) et qu'en connectant nos groupes neuronaux par un effort d'attention aux lieux, nous pouvons modifier notre affect.

Daniel-Philippe de Sudres est chercheur en neurosciences spécialisé en connectique neuronale (Institut de Neuroconnectique), dont le travail de recherche porte sur les mécanismes neurobiologiques de la prise de conscience, membre du groupe polytechnicien à vocation pédagogique X-Recherche, explore la neurophilosophie (depuis les travaux de l’école de San Diego) qui nous permet de comprendre notre place dans la vie et... de saisir notre rapport affectif aux lieux.
Publications:
Daniel-Philippe de Sudres et coll. (ouvrage collaboratif), La neuroconnectique, neuroscience de l’éveil... libérateur de nos conditionnements biologiques, psychologiques et sociaux (Éd. K-MDS, 2017).
Daniel-Philippe de Sudres, Neuroconnectique: bases neurales (Éd. Univ. Eu., 2012).


ATELIERS :

Lecture de textes, animé par Jean-Pierre DAVERNON et Nicholas MANNING
Au fil de textes choisis, cet atelier de lecture et d’analyse littéraires interroge la réalité et la virtualité des espaces urbains et des affects qui les traversent. Si l’espace urbain est souvent défini par son instabilité ontologique, de même l’affect en littérature, de par sa mutabilité, résiste à des localisations ou à des structurations stables, et se trouve doué d’un dynamisme intersubjectif. L’affect littéraire ne pouvant exister sans motion et sans transformation (il serait figé sinon dans une subjectivité, une structure ou une forme, et cesserait donc de pouvoir émouvoir), l’espace urbain moderne émerge souvent comme l’espace dynamique par excellence, qui se caractérise par une vitalité émotionnelle reflétant le dynamisme de ses populations réelles et imaginaires. Pour explorer la circulation de telles forces émotionnelles dans les espaces urbains du XIXe siècle à nos jours, Jean-Pierre Davernon lira en français ou en traduction française les textes dont Nicholas Manning proposera l'analyse.

Jean-Pierre Davernon est comédien, metteur en scène, dirige la Chorège Cie depuis 1997. En 1979, il s’oriente vers le métier de comédien et effectue de nombreux stages avec Ariane Mnouchkine, Philippe Adrien, Jerzy Grotowski, Mario Gonzales. Formation théâtrale avec Claude Buchvald et Claude Merlin. En 1984 co-fondateur de la Compagnie RA et joue dans différentes créations (Feydeau, Vinaver, V. Hugo, Becket, Marivaux). Travaille également à Paris pour la TV et avec les Nuls sur Canal +. Création de La Chorège Compagnie. Approche le théâtre contemporain en mettant en scène des auteurs tels que Philippe Minyana, Eugène Durif, Marguerite Duras, Didier Daenninckx, Jean-Claude Grumberg. Adapte également des œuvres littéraires pour ses créations. Parallèlement, il organise des stages de formation théâtrale, de lecture à haute voix de littérature contemporaine, de lecture à haute voix de littérature jeunesse. (écoles, bibliothèque départementale, centre de reclassement professionnel, etc.). Depuis 2005 joue dans différents spectacles de la Compagnie OFF.

Nicholas Manning, ancien élève de l’École normale supérieure, est maître de conférences en littérature américaine à Sorbonne Université. Il a publié des articles dans diverses revues telles que Textual Practice, Transatlantica, ou La Revue Française d'Études Américaines, et il prépare actuellement pour cette dernière un numéro intitulé "American Psychotrope". Fondateur et éditeur de The Continental Review, il consacre ses recherches aux interactions entre l'affect, l'émotion et la psychologie dans la littérature moderne.
Publications:
Rhétorique de la sincérité. La poésie moderne en quête d’un langage vrai (Honoré Champion).
Signs of Eternity: H.D.’s Trilogy (avec Clément Oudart, Fahrenheit Books).




Cartographie affective, animé par Anne-Christine BRONNER et Florence TROIN
L’Atelier de cartographie expérimentale développé pour ce colloque propose de décliner une idée originale de Philippe Rekacewicz (visionscarto.net), l’Identity Map, pour saisir/recueillir le rapport affectif aux lieux sous la forme d'une représentation. L’expérimentation amène chacun à "exploiter" sa base de données personnelle pour arriver à (re)dessiner ses propres territoires, ses lieux, ses parcours, en explorant les dimensions spatiales, affectives, sensibles, vécues... Les objectifs de cet atelier, en lien avec les attentes du colloque, sont : d’expérimenter un protocole d’écriture (carto)graphique pour exprimer le rapport aux lieux, de discuter des différentes dimensions qui permettent de saisir et d’analyser le rapport affectif aux lieux à partir des représentations créées, d’échanger autour de ces expériences afin de définir, le cas échéant, l’apport et la place de ce type de dispositif pour saisir, comprendre et analyser nos rapports à l’espace.
Éléments de bibliographie:
Caraës M.-H., Marchand-Zanartu N., 2014, Images de pensée, Paris, Réunion des musées nationaux, 128 p.
Lynch K., 1969, L’Image de la cité, Paris, Dunod, 222 p.
Moles A., Rohmer É., 1998, Psychosociologie de l’espace [textes rassemblés, mis en forme et présentés par Victor Schwach], Paris, L’Harmattan, 158 p.
Van Swaaij L., Klare J., 2000, L’Atlas imaginaire. Notre continent intérieur, Paris, Autrement, 96 p.


Ingénieure cartographe CNRS, Anne-Christine Bronner travaille à Strasbourg au sein du laboratoire SAGE (Sociétés, Acteurs, Gouvernement en Europe). Elle s’intéresse plus particulièrement aux méthodes d’enquêtes et traitements en lien avec les représentations cognitives spatiales, ainsi qu’aux méthodes et outils de cartographie transformationnelle (anamorphoses) ou dynamique. Depuis 2016, elle initie avec Florence Troin une série d’ateliers de cartographie expérimentale, qui permettent d’ouvrir différents champs de réflexion, comme par exemple, celui de notre rapport sensible à l’espace.
Publications:
Bronner A.-C., Troin F., "Atelier de cartographie expérimentale ou comment renouveler le processus de création cartographique", Cartes & Géomatique, Revue du Comité Français de Cartographie, à paraître.
Bronner A.C., Desclaux-Salachas J., Lambert N., Troin F., Zanin C., 2014, (Actes édités par), "La sémiologie dans tous les sens. Temps, Art & Cartographie", Cartes & Géomatique, Revue du Comité Français de Cartographie, n°229-230/2016, 276p. (en ligne).
Bronner A.-C., Cauvin C., Ramadier T., 2011, "Représentations cognitives de l’espace et techniques d'enquêtes", in Penser et agir - Contextes psychosociologique, psychologique, spatial et écologique, Tome 2, Victor Alexandre (dir), Éd. le Manuscrit, Actes du colloque interdisciplinaire et international "Penser et agir", 9-11/12/2004, Besançon.
Ramadier T., Bronner A.C., 2006, "Knowledge of the environment and spatial cognition: jrs as a technique for improving comparisons between social groups", Environment and Planning B: Planning and Design, 33, 285-299.
Gier C., Bronner A.C., 2005, "Actions contemplatives. S’arrêter dans la ville", in C'est ma ville ! De l'appropriation et du détournement de l'espace public, L'Harmattan, Dossier Sciences Humaines et Sociales, pp.167-176.


Florence Troin est géographe-cartographe, ingénieure de recherche CNRS au sein de l’UMR CITERES (CNRS et Université de Tours). Elle collabore, depuis 1994, aux recherches sur l’Urbain dans le monde arabe au sein de son équipe (EMAM) et mène simultanément, depuis 2011, des travaux de recherche sur "La cartographie des récits" (6 publications sur ce thème). Depuis 2016, elle a investi, avec A.-C. Bronner, le champ de la cartographie expérimentale; 5 Ateliers (Strasbourg, Tours, Montpellier, Rouen, Montmorillon), rassemblant aussi bien des néophytes de la cartographie que des professionnels, sont d’ores et déjà à mettre à leur actif dans ce domaine.
Publications:
N. Semmoud, F. Troin, 2012, "La Barcelone de L’Ombre du vent de Carlos Ruiz Zafón, héroïne d’une cartographie sensible", p. 253-270, in Madoeuf A. & Cattedra R. (dir.), Lire les villes. Panorama du monde urbain contemporain, Tours, Presses Universitaires François-Rabelais.
N. Semmoud, B. Florin, O. Legros, F. Troin (dir.), 2014, Marges urbaines et néolibéralisme en Méditerranée, Tours, Presses Universitaires François-Rabelais.
M. Rosemberg, F. Troin, 2017, "Cartographie du Marseille d’un héros de roman policier (Total Khéops de J.-C. Izzo)", M@ppemonde, n°121 (en ligne).




Documentaire, animé par Joël DANET & Thierry RAMADIER

Joël DANET: "Ma rue, notre rue": lecture autobiographique de l’espace public dans le documentaire
À de nombreuses reprises, le rapport affectif aux lieux a été saisi par la caméra des films documentaires. Ce genre, dont la vocation première est d’informer, favorise aussi l’expression d’un regard subjectif, voire chargé d’affects, sur le réel. Après-guerre, les initiatives de ce genre se sont multipliées, sans doute inspirées par une volonté partagée par plusieurs réalisatrices et réalisateurs de rompre avec le discours officiel du cinéma de propagande, que le documentaire avait si bien servie. Elles proposent, non plus de sublimer le réel selon des mots d’ordre fédérateurs, mais de le mettre en perspective par des regards personnels qui le fragmentent et l’anecdotisent. Les lieux en question, ce sont des territoires délimités que circonscrit une expérience intime, déjà vécue, ou éprouvée au moment même où le film se fait. Les spectateurs qui découvrent ces documentaires sont invités à explorer une géographie à la fois inconnue et banale, dont l’intérêt tient au sens que les réalisateurs lui prêtent. Cette démarche fait du cinéma une méditation sur l’existence comme un arpentage intime des espaces partagés.

Joël Danet est chargé de mission auprès du laboratoire SAGE de l’Université de Strasbourg pour des projets de recherche basés sur les archives de film. Il est responsable d’un programme de sauvegarde de documents audiovisuels ayant trait à la santé et d’organisation de projections - débats sur la thématique "médecine et société". Au sein de l’association Vidéo Les Beaux Jours, il est responsable de programmations documentaires.



Saisir les représentations sociales du rapport affectif aux lieux par la cartographie mentale, animé par Thierry RAMADIER
L’objectif de cet atelier consiste, selon une approche plus exploratoire que formelle, à mettre en évidence les dimensions émotionnelles du rapport à l’espace que nous partageons, en proposant une procédure de description collective d’un lieu à partir de la cartographie cognitive. Le matériel utilisé sera le Jeu de Reconstruction Spatiale (JRS), un outil utilisé autant pour les processus participatifs d’aménagement urbain que pour les enquêtes en sciences sociales sur le rapport à l’espace géographique. Cette technique d’enquête a la particularité de faciliter la comparaison entre les groupes sociaux (Ramadier et Bronner, 2006). Cet atelier nécessite de connaître le nombre de participants pour organiser sa mise en place.

RAMADIER, T.; BRONNER, A-C. (2006), "Knowledge of the environment and spatial cognition: jrs as a technique for improving comparisons between social groups", Environment and Planning B: Planning and Design, 33, 285-299.



Situation sonore, animé par Julie FAUBERT (Être là – propositions d’écoute in situ pour les lieux de Cerisy)
Comment, par le sonore, participer à l'émergence d'une sensibilité affective au lieu? Comment activer la présence de manière à ce qu'elle suscite cet état d'attention à l'espace, à l'autre, aux objets? Durant la semaine du colloque, l'artiste réalisera une série de situations d'écoute spécifiquement conçues par et pour les lieux de Cerisy. Ces situations seront créées à partir d'enregistrements in situ et déployées à même les sites d'enregistrement. Par une superposition des multiples temps du lieu, c'est-à-dire par sa fictionnalisation temporelle, l'artiste cherche à mettre en place une écoute dans laquelle l'actualité du lieu est revisitée. Des jeux d'aller-retour entre le réel et la fiction, entre le flux et l'enregistrement, viennent complexifier sa saisie et vivifier l'état d'écoute. Les participants et les participantes au colloque pourront expérimenter les situations sonores dès le jeudi 21 juin.

Julie Faubert est une artiste visuelle et sonore, professeure à l'École d'art de l'Université Laval à Québec (Québec, Canada). Elle s'est intéressée aux pratiques sonores in situ en tant que pratiques de l'attention au monde commun, à la fois dans le cadre d'une thèse de doctorat intitulée "Artistes sonores et "espaces du commun": enjeux esthétiques, éthiques et politiques de l'expérience de l'écoute dans la ville" (2018) et dans celui de nombreux projets d'intervention sonores in situ (Estar aqui, Invisible Places, Viseu, Portugal, 2014; Pièces sonores in situ à la Grande Bibliothèque, Montréal, 2016; La Table, StudioXX, Montréal, 2016; Now, Ausland, Berlin, 2018).

Avec le concours et le soutien
du Laboratoire CITERES (Université de Tours),
de l'ENSASE (Université de Lyon),
de l'UMR ESO (Université de Rennes),
de PolytechTours,
du Collège Anne Heurgon-Desjardins de Cerisy-la-Salle
et de l'Office de Tourisme de Granville Terre et Mer