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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2017 : un des colloques





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LA MÉSOLOGIE,
UN AUTRE PARADIGME POUR L'ANTHROPOCÈNE ?
( AUTOUR D'AUGUSTIN BERQUE )
Mise à jour
06/09/2017


DU MERCREDI 30 AOÛT (19 H) AU MERCREDI 6 SEPTEMBRE (14 H) 2017

DIRECTION : Marie AUGENDRE, Jean-Pierre LLORED, Yann NUSSAUME

Avec la participation d'Augustin BERQUE

SITOGRAPHIE :

Mésologiques
Directeur de rédaction: Yoann MOREAU
Directeur scientifique: Augustin BERQUE
Adjoint à la rédaction: Romaric JANNEL
http://mesologiques.fr/ ou http://ecoumene.blogspot.fr/

ARGUMENT :

L’anthropocène met en cause le paradigme qui a guidé la modernité. C’est l’occasion d’en définir un autre.

L’objet de ce colloque n’est pas de revenir sur l’anthropocène, mais de s’interroger sur le milieu où il prendrait racine; c’est de proposer, avec la mésologie, la définition d’un autre paradigme que celui de la modernité, en rupture radicale avec le dualisme mécaniciste. En effet, pour la mésologie, l’être humain n’est pas seul à être un sujet: tous les vivants le sont à des degrés divers. Tous habitent et élaborent les milieux qui leur sont spécifiques.

Considéré à travers ce prisme, l’environnement devient l’interrelation complexe des mondes propres à tous ces sujets, pour chacun desquels la réalité n’est jamais un donné universel, mais un milieu singulier. Loin d’être un simple objet prédéterminé, ce milieu ne cesse de se construire corrélativement à ces sujets eux-mêmes.

Ce colloque sondera les perspectives ouvertes par ce paradigme, de la philosophie des sciences à l’aménagement humain de la Terre. Il est ouvert à toutes celles et tous ceux qui pensent par le milieu, se montrent critiques envers les approches strictement écologiques de l’environnement ou simplement désireux de changer leur regard sur la complexité du monde contemporain.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 30 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Jeudi 31 août
Notions mésologiques et complexité
Modérateurs: Augustin BERQUE & Marie AUGENDRE
Matin:
Yann NUSSAUME: Introduction du colloque

Généalogie et critiques de la mésologie
Philippe PELLETIER: Mésologie, géographie, écologie: enjeux critiques [Conférence]
Pauline COUTEAU: Esquisse d’une généalogie de la mésologie [Communication]

Après-midi:
Perspectives mésologiques face aux enjeux contemporains
Table ronde avec
Ferhat TAYLAN: Mésologie, un paradigme moderne
Inutsuka YÛ: Le "fûdo" et l’éthique de Watsuji Tetsurô: pour l’avenir de l’écoumène
Perrine MICHON: Les biens communs: une figure d’actualisation du paradigme mésologique?


Vendredi 1er septembre
Déploiement de la mésologie à l'ère de l'anthropocène
Modérateurs: Marie AUGENDRE & Philippe PELLETIER
Matin:
Habiter la terre et transhumanisme
Catherine LARRÈRE: Une écologie en première personne pour habiter la Terre. Écologie et littérature [Conférence]
Ludovic DUHEM: Devenir cyborg? Mésologie et transhumanisme [Communication]

Après-midi:
Quelles éthiques mésologiques?
Table ronde avec
Emanuele CLARIZIO: La technique: milieu entre le vivant et son milieu
Victor PETIT: La mésologie à l’épreuve du technocène

Vernissage des expositions de Ludovic DUHEM et de Didier ROUSSEAU-NAVARRE


Samedi 2 septembre
Enjeux et stratégies de l'enseignement de la mésologie
Modérateurs: Isabelle LEFORT & Yann NUSSAUME
Matin:
La mésologie, moteur de changements des paradigmes éducatifs
Table ronde avec
Dominique OTTAVI: Milieu, éducation, mésologie
Paul-Emmanuel LOIRET: La refonte du programme pédagogique de l'École nationale supérieure d'architecture de Grenoble. Une approche mésologique
Céline BONICCO-DONATO: Faire autrement de la philosophie politique avec la mésologie. Quels enjeux pour l’urbanisme et l’aménagement?

Après-midi:
Promenade et visite du Mont Saint-Michel


Dimanche 3 septembre
Urbanisme, paysage et mutation: quelles conditions mésologiques?
Modérateurs: Yann NUSSAUME
Matin:
Mésologie et territoires de l'anthropocène
Philippe MADEC: Le chemin de Phyang [Conférence]
Alain KAUFMANN & Yoann MOREAU: Les sujets de l'Anthropocène - Du domestique au climatique [Communication]

Après-midi:
Risque et mutation des écosystèmes
Table ronde avec
Xiaoling FANG: À la recherche d’une éthique du milieu. Interventions d'architectes dans la campagne en Chine depuis les années 90
Thierry COANUS: La notion de risque: quelle place dans une perspective mésologique?


Lundi 4 septembre
Mésologie et médiation territoriale
Modérateurs: Jean-Pierre LLORED
Matin:
Isabelle LEFORT: Environnements, milieux et médiations: attention aux jeux [Conférence]
Shigemi INAGA: Genèse et préhistoire de l’écosystème, "L'être vers la vie" géologique et "le milieu" proto-biologique [Communication]

Après-midi:
Ateliers de synthèse en petits groupes

Philosophie, art, lecture des territoires et politiques
Table ronde avec
Caroline ALDER: Pour une mésologie de l’œuvre d’art: l’expérience spirituelle de l’artiste dans le paysage
Matthieu DUPERREX: Investigations artistiques en territoire disputé

Soirée:
Projection du film "Milieu", de et par Damien FAURE


Mardi 5 septembre
Mutation des milieux et développement des sciences naturelles
Modérateurs: Catherine LARRÈRE & Jean-Pierre LLORED
Matin:
Jeux des échelles et mutations des environnements paradigmes de la mésologie contemporaine
Table ronde avec
Soraya BAÏT & Georges-Henry LAFFONT: Du jardin au monde, vers une coproduction des milieux
Leila CHAKROUN & Diane LINDER: Qu'est-ce que veut dire concrètement être mésologique, et qu'est-ce que cela implique au quotidien?
Sarah VANUXEM: La modification génétique des moustiques à l'épreuve de la mésologie

Après-midi:
Développement de la mésologie face aux nouveaux enjeux des sciences naturelles
Table ronde avec
Catherine SZANTO: Le jardinage comme mésologie du paysage
Quentin HIERNAUX: Biologie et mésologie: une perspective végétale
Marc-Williams DEBONO: Flux d’information sensoriels et stratégies de communication "intelligentes" chez les plantes: une nouvelle perspective mésologique à l’heure de l’anthropocène


Mercredi 6 septembre
La mésologie à l'ère de l'anthropocène
Matin:
Augustin BERQUE: Trajection et réalité [Conférence]

Restitution des ateliers de synthèse

Après-midi:
DÉPARTS

PROGRAMME ARTISTIQUE :

- "Exclamation mésologique", présentation d'une œuvre en bois réalisée et offerte à Cerisy par Didier ROUSSEAU-NAVARRE

- Exposition de dessins et de photos, par Ludovic DUHEM

ENTRETIEN :

"Là, sur les bords de l’Yvette – dialogues mésologiques", interview d'Augustin BERQUE par Sylvain ALLEMAND disponible en ligne sur le site de Paris-Saclay Le Média.

RÉSUMÉS :

Caroline ALDER: Pour une mésologie de l’œuvre d’art: l’expérience spirituelle de l’artiste dans le paysage
"L’art ne reproduit pas le visible; il rend visible."
Paul Klee
L’artiste peut-il transmettre l’expérience spirituelle vécue dans un paysage à travers son œuvre? L’œuvre d’art jaillit de la relation trajective (Berque) intime entre un artiste et son milieu. Les artistes contemporains Elise Beaucousin, Kaoru Tsuzawa, Albert Palma, Anne Lise Broyer et Andoche Praudel ont développé chacun leur manière d’exprimer "leurs expériences de paysage urbain ou grandeur nature" sur la toile, le papier ou le velours, par le dessin, la peinture ou la photographie. Expérience mésologique, singulière à un milieu et propre à un individu, elle est plus ou moins explicite dans l’œuvre d’art qui "ouvre la terre en monde" (Heidegger). L’expérience spirituelle du paysage, "moment de monde" (Strauss) ou "phénomène de milieu" (Watsuji), crée une empreinte dans l’artiste et devient matrice au moment de la création. Aussi, le paysage - matrice ou "prise mésologique" (Berque) pour l’artiste, engendre l’œuvre d’art - empreinte.
"Ce qui habite près de l’origine, abandonne difficilement le lieu."
Friedrich Hölderlin

Caroline Alder est architecte, master européen en paysage et doctorante à l’EHESS. Elle a enseigné le projet et la composition architecturale à l’École d’Architecture de l’Université du Bío Bío, au Chili. Récemment, elle  a participé au cours "Références de l’urbanisme paysager" à l’École Nationale Supérieure du Paysage de Versailles, où elle a travaillé au projet de recherche "Penser le campus par le paysage". Elle est intervenue dans divers séminaires ("Lieux et enjeux: territoires esthétiques de Chine", à École Nationale Supérieure d’Architecture Paris Val-de-Seine; "Milieu, art, poétique", à l’EHESS; au colloque "Retour des territoires, renouveau de la mésologie", Université de Corse et aux Congrès "Composition(s) urbaine(s)", CTHS, Université de Tours  et "Paysages", CTHS, Université de Neuchâtel, Suisse. Depuis deux ans, elle se consacre aussi au cinéma documentaire d’architecture, art et paysage.
Publications / scénarios
"La "femelle mystérieuse" ou "l'esprit de la vallée": quand une métaphore résonne avec la réalité", Site "Mésologiques. Étude des milieux", 2017 (15/03) (http://ecoumene.blogspot.fr/).
"AMEREIDA une poétique de l’habiter", Projet de film documentaire co-réalisé avec Damien Faure, cinéaste, sur le site d’architecture expérimentale: Ville Ouverte d’Amereida, au bord du Pacifique, au Chili, 2015-2017.
"Le paysage urbain de Concepción, au Chili, une ville construite "entre séismes"", Revue "Andinas", Faculté d’Architecture, Art et Design, Université de San Juan, Argentine, 2012 (en ligne).
"Comparaison de la définition du Paysage en Europe occidentale et en Asie orientale", Traduction à l’espagnol de l’article de Sonia Keravel, paysagiste. Revue "180", Faculté d’Architecture, Art et Design, Université Diego Portales, Santiago, Chili, 2012.
"Eau et expérience spirituelle dans les jardins de lettrés en Chine", Revue "Arquitecturas del Sur", n°33, Université du Bío Bío, Concepción, Chili, 2007 (en ligne).


Soraya BAÏT & Georges-Henry LAFFONT: Du jardin au monde, vers une coproduction des milieux
Dans cette communication, les auteurs s'intéressent aux potentialités mésologiques de l'association singulière de trois relations: l'habitat-jardinier et son milieu; le jardin et le pavillon; ce milieu et le monde. Des modes de cohabitations y sont-ils à l'œuvre, dont architectes, urbanistes et paysagistes pourraient s'inspirer dans leurs actes de transformations des milieux pour favoriser des rencontres appropriées entre l'homme et la Terre? Dans le pavillonnaire, la volonté d'être "proche de la nature" a abouti à la destruction du lien écouménal, capacité à habiter humainement la terre (Berque et al., 2006). Toutefois, dans cette "maison délicieuse" (Berque, 2012), un salut s'incarnerait dans l'acte de jardiner, avec cet ensemble de gestes d'attentions envers le vivant, soi-même et la relation qui fait ainsi lieu (Brisson, 2008). Sur la base des premiers résultats d'une enquête (1), l'on montrera en quoi cette médiance "reloaded" où ressources, contraintes, risques et agréments dialoguent, questionne chercheurs et professionnels de l'architecture, de l'urbanisme, du paysage et, s'ils peuvent s'en saisir, refonde leurs catégories de pensées, d'analyses et d'actions.
(1) Une vingtaine d'entretiens ont été conduits auprès d'habitants de 3 ensembles pavillonnaires de la région parisienne ainsi que de professionnels et de chercheurs de l'urbain dans le cadre d'une thèse de doctorat en aménagement de l'espace, intitulée "Maison-produit et Maison-projet, du Jardin au Monde". Elle est conduite sous la co-direction de Denis Martouzet et de Georges-Henry Laffont au Laboratoire Citeres, UMR 7324 de l'Université François Rabelais de Tours. Cette recherche est aussi accompagnée par Thierry Paquot dans le cadre des Ateliers de Méthode et d'Écriture (AME) à l'ISCC / Paris-Sorbonne / UPMC.

Soraya Baït est architecte, doctorante en urbanisme et aménagement de l’espace à l’UMR CITERES. Son travail de recherche s’intéresse aux actions solitaires et solidaires autorisant une reconfiguration du monde à travers une régénération, une réinvention et un réajustement de la manière d’être-au-monde qui participe de la coproduction des milieux.

Georges-Henry Laffont est géographe-urbaniste, enseignant à l'ENSA Saint-Étienne et chercheur à l'UMR CITERES. Ses travaux questionnent autant les manières de penser et représenter les milieux habités (iconicité et représentations), l'expérience individuelle et collective (production de sens) que la production de l'urbain contemporain (urbanisme, architecture et habiter).

Bibliographie
Allouche A., 2016, "Quelle(s) théorie(s) de l’action devant l’intendance écologique? Le collectif et l’individuel dans les interactions hommes-nature", communication au colloque "Le rapport action/nature: De l’action sur la nature à la nature de l’action" 28-29 juin 2016, École de la Nature et du Paysage de Blois.
Berque A., 2012, "La maison délicieuse dans le paysage?", conférence aux "mercredis du paysage", PNR de la Narbonnaise en Méditerranée (en ligne).
Bonnin Ph., Berque A. et Ghorra-Gobin C. (dir.), La ville insoutenable, Colloque de Cerisy, Paris, Belin, 2006.
Brisson L., 2008, "Bout du monde", Les carnets du paysage, n°16.
Dardel E., 1990, "L’homme et la terre", Éd. du CTHS, Paris.
Harrison R., 2007, "Jardins. Réflexion sur la condition humaine", Éd. Le Pommier.
Laffont GH, 2013, "De la suburb à l’exurb: l’espace de l’urbansprawl nord américain révélé par les photographies d’Alex Maclean", in LAFFONT GH et al., L’espace du nouveau monde: mythologies et ancrages territoriaux, Presses universitaires de Rennes, pp. 310-334.
Magnaghi A., 2003, Le projet local, Éd. Mardaga,
Mercier G., 2006, "La norme pavillonnaire: Mythologie contemporaine, idéal urbain, pacte social, ordre industriel, moralité capitaliste et idéalisme démocratique", Cahiers de géographie du Québec, vol. 50, n° 40, p. 207-239.


Augustin BERQUE: Trajection et réalité
Le concept de trajection m'est venu à partir de la notion de mitate: voir a en tant que b. Via la logique du prédicat de Nishida, j'en suis arrivé à définir la réalité comme la trajection (par les sens, l'action, la pensée, le langage) de S en tant que P, ce qui permet la synthèse entre logique du sujet (Aristote) et logique du prédicat (Nishida), et, avec la notion de chaîne trajective: (((S/P)/P')/P'')P'''..., de prendre en compte l'histoire et l'évolution. J'ai opéré une série de rapprochements entre la trajection et la tonation (Tönung) chez Uexküll, les chaînes sémiologiques chez Barthes, la sémiose chez Peirth, le Streit (litige) et le als (en tant que) chez Heidegger, la "logique du lemme" chez Yamauchi, voire en direction de la physique et de la chimie. Il s'agira ici d'ordonner ces divers rapprochements en une véritable construction de la réalité (le milieu) à partir du réel (l'environnement).

Céline BONICCO-DONATO: Faire autrement de la philosophie politique avec la mésologie. Quels enjeux pour l’urbanisme et l’aménagement?
Aborder au prisme de la mésologie la philosophie politique permet de déplacer les interrogations traditionnelles dans ce champ. À la question de la légitimité du pouvoir se substitue celle de savoir comment il se diffuse pour nous affecter. La perspective mésologique permet de montrer que le pouvoir ne peut se penser sans l’aménagement de nos milieux de vie. Nous nous proposons ainsi de réfléchir à la transformation de ces derniers, notamment urbains, et à leur inscription dans une évolution de ce que Foucault appelle des technologies gouvernementales. Nous montrerons pour cela comment ces dernières se sont nourries et continuent à se nourrir des différents savoirs mésologiques. Dans ces conditions, comment les urbanistes et aménageurs peuvent-ils mettre en place de nouveaux paradigmes?

Ancienne élève de l’ENS, agrégée et docteur en philosophie, Céline Bonicco-Donato est maître-assistante à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble. Chercheuse dans l’UMR "Architectures, ambiances, urbanités", elle travaille au croisement de la philosophie et de la théorie sociale sur le rôle des situations spatiales dans la mise en forme des conduites.
Publication
Archéologie de l’interaction. De David Hume à Erving Goffman, Paris, Vrin, 2016.


Leila CHAKROUN & Diane LINDER: La permaculture comme foyer d’émergence d’un "soi mésologique"
La permaculture désigne une éthique agricole, une méthode de design basée sur cette éthique et une pratique ancrée dans cette méthode. Elle repense la relation entre l’homme et son milieu. À travers une "maîtrise de la déprise", le permaculteur remet ses envies en jeu à l’occasion des dynamiques du jardin: ses goûts alimentaires et esthétiques réfractent la courbe du soleil et le type de sol. Le jardin émerge ainsi comme coproduction entre l’homme et la nature — concrétisation de la relation mésologique et occasion d’écrire une trajectoire commune. Le recours à une explicitation phénoménologique de l’expérience sensible des permaculteurs permet de comprendre la genèse de cette trajectoire: le devenir-conscient de la relation au milieu et son intériorisation à travers le déploiement progressif d’un "soi mésologique".

Leila Chakroun est assistante-doctorante à l’Institut de géographie et durabilité (IGD) à l’Université de Lausanne. Elle fait une thèse sous la direction de Christian Arnsperger sur les ressorts anthropologiques des permacultures. Mémoire de Master à la croisée entre la géographie, l’anthropologie et la philosophie sur "Conception of nature underlying Japan’s natural parks" (2015).
Publications
Leila Chakroun et Sarah Koller, "Gérald Hess et Dominique Bourg (dir.), 2016, Science, conscience et environnement: penser le monde complexe, Paris, PUF, 323 pages", Développement durable et territoires [En ligne], Vol. 7, n°3, Décembre 2016.

Diane Linder est assistante doctorante à l’Institut de géographie et durabilité (IGD) au sein de l’Université de Lausanne. Elle y conduit un travail de thèse codirigée par Gérald Hess (UNIL) et Jean-Philippe Pierron (Lyon III). Ses recherches visent à interroger les modalités et les enjeux de l’articulation de l’esthétique environnementale — discipline anglo-saxonne à la croisée de l’esthétique et de l’environnementalisme —, avec l’éthique environnementale.
Publications
Diane Linder, "Nathalie Blanc, 2016, Les formes de l’environnement: manifeste pour une esthétique politique, Genève, MétisPresses", Développement durable et territoires [En ligne], Vol. 7, n°3, Décembre 2016.


Emanuele CLARIZIO: La technique: mi-lieu entre le vivant et son milieu
Cettte intervention portera sur la philosophie de Gilbert Simondon, abordée à partir de la notion de "milieu". Celle-ci n’est pas pour lui simplement un objet d’étude, mais possède la dignité théorique d’une véritable méthode. En effet, à partir de la centralité de cette notion on peut saisir l’unité de sa philosophie de la technique et de sa philosophie de l’individuation, comme étant une pensée de la relation. Les concepts de vivant, technique et milieu constituent alors un continuum: c’est dans la relation entre le vivant et son milieu que la technique surgit comme moyen pour résoudre des problèmes; c’est, à son tour, l’activité technique du vivant qui contribue à façonner le milieu; c’est par rapport à un milieu spécifique qu’un individu (biologique ou technique) s’individualise.

Emanuele Clarizio est chercheur postdoctoral à l’Université de Technologie de Compiègne, dans le cadre du projet "BiobanquePerso. La biobanque de Picardie au défi de la médecine personnalisée: une approche philosophique". Il est titulaire d’un doctorat en philosophie, sa thèse portant sur la relation entre les notions de "vie" et de "technique" dans la philosophie de la biologie et des techniques modernes et contemporaines. Il a écrit de nombreux articles en philosophie des techniques et il prépare un ouvrage sur la philosophie biologique des techniques.

Pauline COUTEAU: Esquisse d’une généalogie de la mésologie
Si la mésologie est un autre paradigme pour l’anthropocène, il importe de la contextualiser dans ses dimensions esthétique, éthique, politique et sociale, pour mieux la restituer. Watsuji lui-même la situe dans une généalogie qu’il convient de compléter à travers, entre autres, un accent particulier mis sur une figure majeure de la mésologie, celle d’Elisée Reclus. En effet, Reclus est un des premiers à distinguer le milieu de l’environnement et à s’inscrire dans une perspective mésologique et non écologique afin de sortir du positivisme que le terme implique. En tant que dépassement des clivages et du dualisme moderne, la mésologie nous donne à penser le "et", nous renvoie au sens de la Terre et à ce qui nous relie, humains et non-humains - ce que l’œuvre de Reclus s’attache à déployer. L’enjeu de cette communication est donc d’inscrire la mésologie dans son histoire, dans son contexte, afin de mieux appréhender les visions du monde qui se jouent ici, actuellement.

Pauline Couteau, diplômée en philosophie à l’Université Libre de Bruxelles, spécialisée en philosophie japonaise, travaille plus précisément sur les questions mésologiques. Actuellement chargée de cours à Paris 8, elle est en charge des relations internationales à Sciences Po.
Publications
"Watsuji Tetsurô, du milieu à l'éthique du milieu", Revue Géographie et Culture, Éditions l'Harmattan 2010, p. 111-123.
Stevens Bernard et Pauline Couteau, "Logique du lieu et mésologie, nouveaux paradigmes pour la position transcendantale", Ebisu, n°40-41, Automne 2008-Été 2009, p. 45-53.
"Watsuji’s Ethics of Milieu", Frontiers of Japanese Philosophy, James Heisig (éd.), Nanzan Institute for Religion and Culture, décembre 2006, p. 269-291.


Marc-Williams DEBONO: Flux d’information sensoriels et stratégies de communication "intelligentes" chez les plantes: une nouvelle perspective mésologique à l’heure de l’anthropocène
Les récents développements autour du climat et de l'anthropisation ont eu comme effet positif de réinterroger le milieu et de rendre audibles les recherches relatives aux capacités biodynamiques et cognitives élaborées d'organismes dépourvus de cerveau. Ces activités émanant de systèmes accumulant de l'information et/ou de la connaissance sont largement sous-estimées et à resituer par rapport à l'évolution des systèmes complexes et la place que s'attribue l'homme dans la phylogénie. L'on montrera en quoi ces stratégies de communication végétales ou interespèces impactent à la fois l'écoumène, la boucle perception-action et la plasticité du vivant. Plus généralement, c'est le mode de fonctionnement trajectif des intelligences, des ontologies "végétatives" et le rôle de l'interface nature-culture qui seront réinterrogés dans cette nouvelle perspective mésologique.

Marc-Williams Debono est neurobiologiste et président de l'association Plasticités Sciences Arts. Actuellement responsable d'un pôle Art & Science en Idf, il mène des recherches sur la plasticité des systèmes vivants.
Publications
2016, Perception et plasticité active du monde (issuu), EHESS.
2013, "Perceptive levels in plants: a transdisciplinary challenge in living organism's plasticity", TJES Vol. 4 & Dynamic protoneural networks in plants, PSB 8:6.
2012, États des lieux de la Plasticité. 1- Les Interfaces plastiques & 2- La Plasticité de l'esprit, Implications Philosophiques.
2005, "Le concept de Plasticité, un nouveau paradigme épistémologique", DOGMA.
2004, From Perception to Consciousness: an epistemic vision of evolutionary processes, Leonardo Vol. 37-13.
1999, Le code plastique de la vie, Transdisciplinarity, Hugin Ed., Lisboa.
1996, L'Ere des Plasticiens, Aubin Ed.


Ludovic DUHEM: Devenir cyborg? Mésologie et transhumanisme
Avec la convergence des technologies NBIC, notre époque accomplit une transformation radicale des conditions de notre existence. Notre environnement, notre corps, notre esprit, sont pris dans un "devenir cyborg". Initiée par la modernité, cette "cyborgisation" est la mise en question de la fin de l’homme, c’est-à-dire de la limite, de la destination et de la finitude que l’on assigne traditionnellement à ce qu’il est et à ce qu’il fait. Pour comprendre un tel enjeu, il semble décisif d’interroger le "transhumanisme", au-delà de la mythologie du progrès et de l’idéologie de la performance qu’il incarne. Or, la mésologie permet justement de dépasser l’alternative entre humanisme et technicisme, humanisme et naturalisme, et de considérer le transhumanisme comme l’exigence d’un humanisme non anthropocentrique; à condition toutefois de repenser la machine, dans sa relation à l’homme et à la nature, en s’appuyant sur la technologie de Simondon.

Ludovic Duhem, philosophe et artiste, est responsable de la recherche à l’ESAD Orléans et Valenciennes.
Site: www.ludovicduhem.com


Matthieu DUPERREX: Investigations artistiques en territoire disputé
Analysant un répertoire d’œuvres contemporaines héritières du Land Art et prenant appui sur un terrain de recherche plastique (deltas de la pétrochimie, mine désaffectée de Salsigne, déchets industriels), cette communication vise à définir l’investigation artistique en anthropocène. Une énigme ouvre l’enquête, que les territoires inhabitables n’en sont pas moins des enchevêtrements inouïs de trajectoires de vie. Le déploiement de ces lignes sur un sol tourmenté révèle, par une réorientation symbolique de l’écoumène, des sentinelles d’un destin de l’anthropisation comme contamination généralisée de la planète. En découle un art de la médiance qui n’est pas ingénierie de (re)médiation, solution, mais épreuve singulière des territoires disputés.

Matthieu Duperrex est philosophe, co-fondateur et directeur artistique du collectif "Urbain, trop urbain" (www.urbain-trop-urbain.fr), doctorant en arts (LLA-Creatis, Université Toulouse 2 Jean-Jaurès) et en architecture (LRA, ENSA Toulouse) sur le thème "parcours esthétiques en anthropocène".

Xiaoling FANG: À la recherche d’une éthique du milieu - interrogation sur les projets de "Belle campagne" en Chine (communication établie avec la collaboration de Lin QIN)
En raison de l’expansion urbaine et de l’exode rural pendant ces 30 dernières années, les campagnes disparaissent rapidement en Chine. Soucieux de préserver ces lieux stratégiquement importants, avec leurs productions alimentaires et richesses culturelles, le gouvernement chinois a lancé un mouvement à l’échelle nationale, visant à bâtir la "nouvelle campagne socialiste" en 2005, puis "la belle campagne" en 2013. Il s’agit non seulement de promouvoir l'économie locale, mais aussi de préserver les patrimoines matériels et immatériels. L’objectif de cette communication est de comprendre la quête d’une éthique du milieu dans la manière dont les architectes chinois interviennent dans le mouvement de "Belle Campagne". Notre analyse se base sur des projets d’architecture dans le milieu rural, particulièrement sur celui réalisé par l’équipe de l’Université de Chongqoing qui vise à développer des outils pour guider l’auto-construction.

Xiaoling Fang, architecte paysagiste, docteur en philosophie et sciences sociales - architecture et paysage, est chercheuse invitée de Key Laboratory of New Technology for Construction of Cities in Mountain Area Chongqing University en Chine, membre de l’unité de recherche AMP- UMR LAVUE 7218 CNRS, membre de l’association LABCF "Laboratoire de l’Art de Bâtir Chine/France". Ses thèmes de recherche sont la créativité, la formation du concepteur, le paysage et l'architecture vernaculaire.
Publication
"Intervention éphémère in situ comme générateur de l’imagination-selon les expériences avec Jacques Simon", in Projet de Paysage - Revue scientifique sur la conception et l’aménagement de l’espace, Paris, 17/07/2016 (en ligne).


Lin Qin, professeur d’architecture, dirige le département de la Technologie d’Architecture de College of Architecture & Urban Planning of Chongqing University en Chine. Il est membre du conseil de l’Institut de Recherche du Développement Urbain et Rural de Chongqing. Ses thèmes de recherche sont la technologie et la culture de l’habitat vernaculaire, la construction hospitalière.
Publications
QIN Lin, Architecture vernaculaire de l’ethnie Tujia, Édition de Jilin Wenshi, Changchun Chine, 2013.
QIN Lin & al., "Difficulté et méthodes d’intervention dans le projet de Nouvelle Campagne", in Shidai Jianzhu - Revue de l’architecture, Shanghai Chine, 5. 2015.
QIN Lin & al., "Réconcilier les sociétés: planification et construction du centre publique dans la compagne", in Chengshi Jianzhu – Revue de l’urbanisme, Chine, 12. 2012.


Quentin HIERNAUX: Biologie et mésologie: une perspective végétale
Loin de réduire l'environnement à un rôle filtrant de sélection des gènes qui seraient, quant à eux, la seule véritable cause interne et unilatérale du phénotype d’un individu, des biologistes proposent désormais un nouveau cadre de compréhension mésologique centré sur la relation réciproque des organismes/gènes et des environnements. Nous montrerons, en nous appuyant sur les travaux récents de biologistes et de philosophes: 1) que cette relation réciproque est particulièrement claire dans le cas des végétaux; 2) que les concepts élaborés par A. Berque sont pertinents pour saisir la nature médiale des végétaux. Plus encore que les animaux qui ont un milieu, on peut aller jusqu’à dire que les végétaux sont constitutifs des milieux. Cette intervention s'achèvera en évoquant les perspectives ouvertes par une ontologie processuelle du végétal et de l'environnement.

Shigemi INAGA: Genèse et préhistoire de l’écosystème: autour de l'imagination géologique et de la métaphore météorologique
L’écosystème qui couvre la surface de la planète terre repose sur la circulation des matériaux entre le monde vivant et le monde non-vivant. Si le premier obéit à la deuxième loi de la thermodynamique, le second s’y oppose pour assurer une néguentropie partielle dans une bio-sphère bien limitée. Bio-epistémologie (2014), ouvrage de Shôzô Yonemoto (1946-) propose un noveau paradigme pour détecter cette dernière sphère de médiance (qu’il nomme "C-quadrant"), zone qui reste inexplorée à l’intérieur de la membrane cellulaire. L’auteur y discerne la clef pour dépasser une vieille polémique entre la physique rigoureuse et le vitalisme démodé. Son hypothèse peut être appliquée en extension au processus de la genèse même de l’écosystème dans l’évolution géologique de la Terre à l’ère pré- et proto-biologique. Ici, la notion berquienne de l’écoumène aura le mérite d’être élargie pour nous amener à l’exploration de cette terra incognita, champ d’exploitation à la fois conceptuel et mésologique.

Shigemi Inaga est vice-directeur de l'International Research Center for Japanese Studies, Kyoto; Post-Graduate University for Advanced Studies, Hayama, JAPON.
Spécialisation
Littérature et culture comparées, histoire de l’art et esthétique.
Publications (en japonais)
Le Crépuscule de la peinture; la lutte posthume d’Édouard Manet (1997).
L’Orient de la peinture de l’Orientalisme au Japonisme (1997).
Images on the Edge: Transnational Modernities in East Asia (2013).
In Search of haptic Plasticity: soule touching each other, Fromes interwoven (2016).


Alain KAUFMANN & Yoann MOREAU: Les sujets de l'Anthropocène - Du domestique au climatique

La notion classique de "sujet" (cartésien) est prise en défaut par les ordres de temporalité (une "ère", au sens géologique) et de spatialité (la Terre en tant que planète) mis en jeu dans l’Anthropocène. La déprise est multiple, qui concerne non seulement les dimensions physiques, mais aussi affectives (sidération), politiques (irruption de "Gaïa"), ontologiques (disparition de l’extériorité), morales (Capitalocène, Occidentalocène, etc.), rythmiques (disruption, accélération, multiplicité des Anthropocènes) et épistémologiques (causalité diffuse, temps longs, effets "papillons"). De nombreux auteurs peuvent nous permettre de penser ces différents aspects. Chacun déploie une argumentation critique à l’égard du concept d'Anthropocène, en faveur notamment d’une responsabilité différenciée, contre l’idée d’un déterminisme qui s’imposerait désormais aux acteurs humains via les données "objectives" fournies par les sciences du système Terre. La plupart de ces approches achoppent cependant à articuler le sentiment d’existence, le vécu individuel de cette transition cosmopolitique, avec le "nous" censé réunir les acteurs humains et non-humains de l’Anthropocène. Le fait que l’émergence du concept d’Anthropocène et la controverse qu’il suscite soient quasiment concomitantes avec la montée en puissance du discours transhumaniste constitue un facteur de dramatisation dans l’interrogation des rapports entre technique, pensée écologique et agencements politiques. L’opposition souvent formulée entre un "bon Anthropocène", occasion d’une amplification d’un délire de maîtrise, et un "mauvais Anthropocène" censé nous inciter à interroger l’hubris de la modernité, constitue un moment de bifurcation cosmopolitique qui interroge toutes les disciplines des sciences humaines et sociales ainsi que des sciences de la nature. Nous tenterons de proposer une vue cosmopolitique des "sujets" de l’Anthropocène en ayant recours, d’une part, au cadre conceptuel de la mésologie et des études sociales des sciences et des techniques et, d’autre part, à un travail de recherche-création mené sur la question en 2015-2016 à l’occasion de la mise en scène d’une pièce de théâtre dans laquelle nous avons joué le rôle de dramaturges (Blanche/Katrina, Cie Jours tranquilles, Lausanne).

Alain Kaufmann est directeur, Interface sciences-société, Université de Lausanne.

Yoann Moreau est maître-assistant, MINES ParisTech / PSL Research University. Centre de recherche sur les Risques et les Crises (CRC). Site internet: http://mesologiques.fr/


Catherine LARRÈRE: Une écologie en première personne pour habiter la Terre

Avec la notion d’écoumène, Augustin Berque a été l’un des premiers à insister sur la relation des êtres humains à leur milieu, la Terre, et à en montrer la dimension éthique. Pour étudier cette relation, nous proposons une "écologie en première personne" (expression que nous empruntons à Michel Bitbol), une écologie qui fasse de cette relation son objet même et s’interroge sur le rôle que les êtres humains — à commencer par celui qui prend la parole — s'accordent à eux-mêmes suivant la façon dont ils sont insérés dans leur environnement et dont ils le préservent.
C’est une telle écologie qu’Aldo Leopold, l’auteur de l’Almanach d’un comté des sables met en pratique dans le plus célèbre de ses essais, "Penser comme une montagne". Après avoir montré l’importance de cette présentation personnelle d’un épisode de chasse, dans sa dimension éthique et esthétique, nous en dégagerons les enseignements à l’heure de l’anthropocène.

Paul-Emmanuel LOIRET: La mésologie comme structure d’enseignement du nouveau programme pédagogique de l'École nationale supérieure d'architecture de Grenoble. Période quadriennale 2016-2020

L'enseignement de l'architecture s'inscrit dans le cadre d'une formation supérieure au projet qui associe plusieurs axes de compétences concourant à sa réalisation. Le projet est produit dans/par un milieu qui en définit les conditions d'émergence et de réalisation. Sa production s'élabore par ailleurs dans le cadre d'un processus de conception partant de la connaissance des milieux jusqu'à l'acte de bâtir. L'apprentissage du processus de conception, la morphogenèse, associé à la compréhension des milieux de son émergence, constituent ainsi les deux grands axes de la structure de l'enseignement de l'architecture sur lesquels nous avons proposé de construire ce programme. Cette architecture de l'architecture s'appuie subséquemment sur la théorie des milieux (mésologie) et sur la théorie de l'architecture comme science du langage (Ceccarini).

Paul-Emmanuel Loiret est Architecte D.P.L.G. Co-gérant de l'agence d'architecture Joly & Loiret dont le travail est en partie basé sur l'approche mésologique, il est maître-Assistant à l'École nationale supérieure d'architecture de Grenoble, enseignant-chercheur au Labex AE&CC / CRAterre ENSAG, coordinateur 2014-2016 du programme pédagogique de l'ENSAG.

Perrine MICHON: Les biens communs: une figure d’actualisation du paradigme mésologique?

La figure des "biens communs" est aujourd’hui un paradigme émergent, mobilisé aussi bien par les économistes, les juristes, que par les urbanistes ou les politistes. Cette figure propose une sorte de troisième voie dans l’organisation des rapports sociaux, économiques ou politiques, qui permet de sortir de l’alternative dichotomique État/marché, privé/public voire homme/environnement et de dépasser le clivage binaire qui structure largement notre rapport au monde et à l’environnement. L’enjeu de cette proposition est de voir en quoi cette figure, tant dans sa forme que dans les processus qui l’instituent, constitue une portée d’entrée, un prisme mésologique permettant de repenser et de configurer autrement la relation de l’homme à son environnement, en mettant en œuvre et en lumière le postulat de l’indissociabilité organisme/environnement et de la prévalence de la construction de réalités singulières dans le rapport au monde de chaque individu ou de chaque société.

Maître de conférences en géographie, aménagement et urbanisme, à l’Université Paris Est-Créteil et membre du Lab’Urba, actuellement en délégation CNRS à l’UMR AUSser pour l’année 2016-2017, Perrine Michon s'est intéressée à la question des espaces publics en tant que lieu d’expérimentation et de construction de la vie urbaine publique, à travers l’expression des sociabilités urbaines et du jeux des acteurs urbains. Dans le prolongement de ce travail, elle s'intéresse aujourd’hui à la question des biens communs comme forme et processus de production et de fabrication de la ville.

Dominique OTTAVI: Milieu, éducation, mésologie

Le concept de milieu, présent aussi bien dans la théorie éducative que dans le langage courant et les représentations, appelle une clarification. Le milieu est souvent réduit au "milieu social", que ce dernier soit accusé de produire les inégalités ou, au contraire, considéré comme un recours pour atteindre les buts de l'éducation fixés par l'État. La notion de milieu est en réalité l'objet de préoccupations convergentes de différentes recherches qui traitent, par exemple, de la vie quotidienne, de l'usage du corps, de la pensée technique, du sensible... ce qui invite à repenser l'environnement éducatif dans sa globalité. La théorie mésologique en éducation, qui a une histoire, peut aussi se confronter aux enjeux contemporains, pour dépasser les remèdes parcellaires aux problèmes de l'échec ou de l'autorité, dans les conditions actuelles de l'éducation.

Dominique Ottavi est professeur en Sciences de l'éducation à l'Université de Paris Ouest Nanterre La Défense (Centre de recherches en éducation et formation). Ses recherches portent sur l'histoire de l'enfance et de l'adolescence, l'histoire des idées éducatives. Elle est membre de l'association internationale des sociologues de langue française (AISLF), membre du comité de rédaction des revues Les Études Sociales et Penser l'éducation.
Publications
Blais, M.-C., Gauchet, M. & Ottavi, D., Transmettre, apprendre, Paris, Stock, 2014.
Blais, M.-C., Gauchet, M. & Ottavi, D., Conditions de l'éducation, Paris, Stock, 2008.
Ottavi, D., L'expérience quotidienne de l'enfant, collection "Temps d'arrêt", Communauté française de Belgique, Bruxelles, 2009 (en ligne).
Ottavi, D., "Mésologie", rubrique "Les mots des sciences humaines", Bulletin de la Société Française pour l'Histoire des Sciences de l'Homme, n°32, hiver 2008, p. 47-50.

Philippe PELLETIER: Mésologie, géographie, écologie: enjeux critiques

Analyser les conditions d’émergence de la mésologie, de l’écologie et de la structuration de la géographie est pertinent au regard du renouveau mésologique et des problématiques environnementales actuelles. Ces trois disciplines se forgent dans le contexte de la première révolution industrielle, de la ronde des impérialismes ou des colonialismes, et d’un essor des sciences ou des techniques. Elles entrent en concurrence. La mésologie s’empêtre dans une conception hygiéniste d’anthropologie physique. Elle est dépassée par la géographie qui s’organise comme outil d’aménagement métropolitain et colonial des milieux. Avec son social-darwinisme et son monisme, l’écologie haeckelienne double à son tour la géographie en kidnappant la "géographie des plantes". L’exhumation d’une autre mésologie dans le cadre d’une "géographie sociale" par Élisée Reclus tourne court. Les débats épistémologiques et terminologiques sous jacents ("milieu" versus "environnement", "géographie sociale" versus "écologie") restent d’actualité.

Victor PETIT: La mésologie à l’épreuve du technocène

L’histoire du mot "milieu" (physique, biologique, social, puis géographique) s’achève avec le "milieu technique" et, en France du moins, la mésologie semble prendre le relais de cette histoire. Cette intervention se propose de croiser philosophie du milieu et philosophie des techniques, mésologie et technocène. Elle vise à questionner à la fois la place de la technique chez les mésologues français (de Canguilhem à Berque) et la portée de la mésologie face à la crise écologique globale (ici appréhendée comme technocène, plutôt que comme anthropocène ou capitalocène). Une compréhension mésologique du technocène suppose de préciser en quel sens la technique conditionne toute pensée du milieu par le milieu, et en quel sens la mésologie technique a une portée politique.

Victor Petit est docteur en philosophie, rattaché au laboratoire Costech-UTC. Ses recherches portent notamment sur le concept de milieu.
Publications
Victor Petit & Bertrand Guillaume, " We have never been wild. Towards an ecology of technical milieu ", in B. Bensaude-Vincent, X. Guchet & S. Loeve (dir.), French Philosophy of Technology, Springer. 2017.
Victor Petit, " Eco-design. Design de l’environnement ou design du milieu ? ", Sciences du Design, n°2, PUF, 2015.
Victor Petit, " Le concept de milieu, en aval et en amont de Gilbert Simondon ", in Jean-Hugues Barthélemy (dir.), Cahiers de Gilbert Simondon, n°5, Paris, L'Harmatttan, 2013.


Catherine SZANTO: La "gestion créative" comme mésologie du paysage

La modernité a transformé le rapport des hommes au jardin et aux plantes aujourd'hui produites en masse par l'industrie horticole. L'homogénéisation des espèces utilisées et de leur morphologie contribue à la banalisation des espaces plantés privés et publics. Il existe cependant une autre relation au végétal, où le soin aux plantes devient une conversation dans le temps long: on la retrouve dans certaines traditions d'art des jardins et dans de nouvelles manières de jardiner inspirées par l'écologie. Nous présenterons ici la méthode de "gestion créative" développée par R. Gustavsson dans le Laboratoire du Paysage en Suède, en dialogue avec l'art des jardins japonais, pour montrer comment cette approche profondément mésologique invite à une relation respectueuse au territoire.

Catherine Szanto est paysagiste, docteur en paysage. son thème de recherche est la perception de l'espace par le mouvement corporelle. Elle s'intéresse à la manière dont l'espace fait sens par sa morphologie (créée entre autres par la végétation).
Publication
"La promenade comme quête esthétique d’intelligibilité morphologique. Regard sur les jardins de Versailles", in Zoï Kapoula et Louis-José Lestocart (dirs.), Esthétique et complexité II. Neurosciences, évolution, épistémologie, philosophie, Paris, CNRS Éditions, 2014.


Ferhat TAYLAN: Mésologie, un paradigme moderne
La mésologie, telle qu’elle a été rendue possible par la synthétisation du concept de milieu par Auguste Comte et formulée ensuite par Louis-Adolphe Bertillon dans les années 1870, fut une rationalité moderne qui impliquait surtout de gouverner les milieux humains, comme en témoigne la mésologie criminelle ou coloniale sous la Troisième République en France. Si l'exploration épistémologique et politique de cette mésologie du XIXe siècle éclaire la réflexivité environnementale des modernes, elle demande également une profonde mise en question des visées normatives mobilisées par cette approche, en vue d'une mésologie contemporaine pleinement informée des ambiguïtés de son histoire.

Ferhat Taylan est chercheur postdoctoral à l'Université de Liège, dans le cadre de projet de recherche "Gouverner par l'environnement". Après avoir soutenu sa thèse de philosophie intitulée "La rationalité mésologique. Connaissance et gouvernement des milieux de vie (1750-1900)", il s'intéresse à l'épistémologie historique des savoirs environnementaux modernes.
Publications
"Mesopolitics: Foucault, Environmental Governmentality and the History of the Anthropocene", dans Bonditti, P., Gros, F., (eds.), Foucault and World Politics, Palgrave, 2016.
"L’interventionnisme environnemental, une stratégie néolibérale", dans Raisons Politiques, n°52, dir. F. Gros, Presses de SciencesPo, Novembre 2013, pp. 77-88.


Sarah VANUXEM: Milieux humains et milieux moustiques
Pour lutter contre des maladies humaines, des projets biotechnologiques visent à transformer des moustiques avant de les relâcher. Devenus stériles ou stérilisants, ces insectes permettent de lutter contre leurs congénères potentiellement vecteurs de la dengue, de la fièvre jaune ou, par exemple encore, du chikungunya. Dans une perspective mésologique, le projet d’envoyer des bataillons d’animaux modifiés combattre leurs homologues sauvages peut être contesté: obtenus en laboratoire, puis disséminés dans ce qu’on nomme "l’environnement", les moustiques employés au service de la santé humaine semblent être le produit de techniques hors-sol, indifférentes à la diversité des milieux humains et animaux. Suivant une approche mésologique, nous pourrions reconnaître les milieux moustiques, puis privilégier d’autres solutions, non plus de lutte, mais de cohabitation avec l’animal considéré comme le plus dangereux pour les humains. Nous devrions aussi aborder le problème à ses racines et réfléchir au rôle de nos choix, par exemple agricoles ou urbanistiques, dans la prolifération des moustiques.

Sarah Vanuxem est maître de conférences à l’Université de Nice Sophia Antipolis, actuellement en délégation à l’Institut National de Recherche Agronomique (INRA) et membre du Comité Économique Éthique et Social (CEES) du Haut Conseil des Biotechnologies (HCB). Elle mène actuellement des recherches en droit des biens, de l’environnement et des minorités.
Publications
"Les services écologiques ou le renouveau de la catégorie civiliste de fruits?", in Revue de droit McGill, volume 62 intitulé "Environnement, personnes, pouvoir, droit: déconstruire et reconstruire les perspectives", à paraître.
"La tentative PIPRA (Public Intellectual Property Resource for Agriculture). Un "commun" en propriété intellectuelle sur les biotechnologies agricoles?", in Revue internationale de droit économique (RIDE), n°2, 2014, p. 235-259.
"Le devenir des régimes d’Accès aux ressources génétiques et de Partage des Avantages (APA). Étude comparée des projets calédonien et européen", in Droit de l’environnement, n°214, Juillet/Août, 2013, p. 256-264.


Inutsuka YÛ: Le "fûdo" et l’éthique de Watsuji Tetsurô: pour l’avenir de l’écoumène
L’apport de la pensée de Watsuji Tetsurô (1889-1960) à la mésologie ne se résume pas à la théorie du "fûdo". Son éthique, notamment le concept de "connexion d’action" qui y joue un rôle prépondérant, est susceptible de contribuer au développement de la réflexion éthique sur "l’écoumène" (A. Berque). Watsuji montre en effet que les interactions entre personnes précèdent celles entre humains et choses. Cela ne signifie pourtant pas que l’être humain existe indépendamment des choses: si l’humanité consiste dans l’action entre les personnes, les choses font partie de l’action en tant qu’expression de la relation humaine. La connaissance des choses en tant que partie de l’existence humaine nous permettra donc de resituer l’éthique dans l’avenir de la planète Terre et de nos sociétés.

Inutsuka Yû est doctorante à l’Université de Tokyo et chercheuse invitée à l’Université d’Hosei.
Publication
"De l’éthique de l’environnement à l’éthique de l’écoumène: le paysage des cultures génétiquement modifiées", Éthique appliquée: éthique appliquée à l’ère des technologies émergentes, Sapporo: Centre d’Éthique et Philosophie Appliquée, Université d’Hokkaido, 2014, en anglais.




Projection du film Milieu, de et par Damien FAURE

Projection de Milieu, un film de Damien Faure, avec la voix d’Augustin Berque, 53’ VOST Fr
© 2015 aaa production

Dans les montagnes de l’île de Yakushima au Japon, il ne faut pas faire de "mauvaises choses", sinon les dieux vous envoûtent. Alors, on fait en sorte de pouvoir cohabiter. Mais lorsqu’un typhon approche et que les vents s’intensifient, les hommes descendent les divinités sur leur dos pour les mettre à l’abri. Nous découvrons ainsi, nichés au sein du sauvage, des lieux où les êtres vivants et les divinités s’entre-appellent, dans un milieu englobant toutes ces interrelations.
Le but n’était pas de faire un film sur la mésologie mais une œuvre "ciné-mésologique", à travers l'expérimentation d’autres manières de filmer, le sujet filmé entrant constamment en "trajection" avec ma posture de cinéaste. Le vent, représenté visuellement par le mouvement des branches d’arbres, est devenu, dans un même rapport d’espace-temps, une source d’énergie pour faire glisser la caméra sur un petit travelling; les nuages qui passaient devant le soleil, un diaphragme naturel. Et l’arrivée soudaine d’un typhon a transformé l’écriture de mon film...

Damien Faure, cinéaste, diplômé de l’école des Beaux-Arts de Saint-Etienne, a réalisé, entre autres, un diptyque sur le Japon constitué d'Espaces intercalaires, un documentaire de création sur les petites architectures qui s’immiscent dans les interstices de la ville de Tokyo, et de Milieu, qui traite de la représentation du sacré et de la nature sur l’île de Yakushima, avec la participation d’Augustin Berque. Actuellement, il prépare son premier long-métrage de fiction dont le scénario a été sélectionné au Pavillon International des scénaristes du Festival de Cannes 2014.
www.damienfaure-cineaste.fr




"Exclamation mésologique", présentation d'une œuvre en bois réalisée et offerte à Cerisy par Didier ROUSSEAU-NAVARRE

Sur tous les territoires, dans tous les milieux, depuis la bactérie jusqu’au mammifère les êtres vivants respirent, s’échangent et partagent le même souffle. Humains, nous avons partie liée à l’existence du vivant dont nous dépendons. Mon matériau de travail c’est l’arbre. Pour réaliser cette œuvre, j’utiliserai deux arbres qui ont été coupés à Cerisy, un frêne et un tilleul. Lorsque j’utilise un morceau d’arbre pour le sculpter, je considère qu’il contient encore une partie du souffle d’air partagé avec les humains qui l’ont côtoyé. Notre souffle contient en effet du dioxyde de carbone qui est fixé dans le bois par la respiration de l’arbre que nous appelons la photosynthèse. Chaque sculpture re-présente la forme amplifiée de la graine propre à l’arbre dans lequel je l’ai sculptée. Nous connaissons la graine en tant que mémoire biologique de l’arbre. Mon geste de création poursuit cet élan mémoriel par une trajection, à la fois en tant que sculpture dans sa représentation formelle, en tant que "topos existentiel" mémoire du lieu et en tant qu’objet transitionnel, mémoire physique de la relation entre l’homme et l’arbre. Le code de géo-localisation et parfois le nom du lieu sont gravés dans la sculpture pour mémoriser l’endroit où l'arbre a poussé, là où sont ses racines, les nôtres et nos souvenirs.

Didier Rousseau-Navarre est créateur et Conservateur du jardin botanique de Marnay-sur-Seine et artiste sculpteur.
Publications
Denise le Dantec, Didier Rousseau, Sculpture, Éditions Filipacci 1997.
Didier Rousseau-Navarre, Augustin Berque et Christian Noorbergen, Les graines de l’art, Édition: Le livre d’art, 2016.
Site internet
www.rousseau-navarre.com


Avec le soutien
du Ministère de la Culture et de la Communication,
de L’équipe de recherche "Architecture, Milieu, Paysage" (AMP) [LAVUE UMR CNRS 7218],
de l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Paris La Villette (ENSAPLV),
de l'Université de Lyon 2,
de la Délégation Rhône Auvergne du CNRS,

de l'Institut écologie et environnement (INEE)
et du Laboratoire Environnement Ville Société (EVS) [UMR CNRS 5600]

Ministère de la Culture et de la Communication
Equipe de recherche AMP
ENSAPLV
Université de Lyon 2

Délégation Rhône Auvergne du CNRS Institut écologie et environnement
Laboratoire Environnement Ville Société