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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2017 : un des colloques





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Flyer PSYCHANALYSE ET CINÉMA :
DU VISIBLE ET DU DICIBLE

Mise à jour
20/07/2017


DU VENDREDI 11 AOÛT (19 H) AU VENDREDI 18 AOÛT (14 H) 2017

(colloque de 7 jours)

DIRECTION : Chantal CLOUARD, Myriam LEIBOVICI

ARGUMENT :

Longtemps perçu comme une aliénation en tant que redoublement du visible, le cinéma constitue, dans le contexte actuel de repérage politique et identitaire incertain, une ressource au service de l’imaginaire et de sa critique.

Ce colloque aimerait renouveler l’approche des relations entre le cinéma et la psychanalyse. Si les années 1970 ont innové en conceptualisant le langage cinématographique à partir du structuralisme en sémiologie et en psychanalyse, le dialogue s’est peu renouvelé depuis. Cependant, les théorisations psychanalytiques, cinématographiques et le statut des images ont subi d’importantes mutations.

Au-delà des analogies bien connues entre rêve, fantasme et film, au-delà de la défiance que suscitent les images, considérées parfois comme leurre spéculaire aliénant, nous suggérons qu’un certain art du cinéma, révélateur d’intériorité, réanime des traces mnésiques inconscientes, permettant une élaboration de traumatismes individuels ou collectifs.

Des formes inédites d’interpellation et de rencontre entre la psychanalyse et le cinéma ont récemment surgi dans la cité. Par la diversité des intervenants sollicités (cinéastes, critiques, philosophes, psychanalystes, théoriciens de l’image, universitaires) et des auditeurs souhaités, ce colloque s'inscrit dans un mouvement d'ouverture en convoquant une parole largement plurielle.

CALENDRIER PROVISOIRE :

Vendredi 11 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Samedi 12 août
Deux inventions du XIXe siècle: la psychanalyse et le cinéma
Matin:
Chantal CLOUARD & Myriam LEIBOVICI: Ouverture. Entretien avec Raymond Bellour
Chantal CLOUARD: Captifs de l’image. Cinéma et immortalité? À propos de L’invention de Morel de Claude-Jean Bonnardot (1967)

Après-midi:
Jean-Pierre KAMIENIAK: Freud et le cinéma: une séance manquée?
Myriam LEIBOVICI: Qu’y a-t-il derrière l’écran?
Jean-Jacques BARREAU: Fonction et champ de l'image en psychanalyse

Soirée:
Freud, Fellini (documents), Les Mystères d’une âme de Georg Wilhelm Pabst


Dimanche 13 août
Théories 1
Matin:
Pascal LAETHIER: Cinéma et psychanalyse: quel rapport?
Dimitri WEYL: L'analyse filmique: une histoire de rencontre entre le regard analytique et l'art cinématographique
Pascal BONITZER: Fantômes et revenants

Après-midi:
Francis DROSSART: Clivages et fragmentation dans Rashomon et Mulholland Drive
Pablo BERGAMI G. BARBOSA: Éléments pour une anthropologie psychanalytique du cinéma
Maribel PEÑALVER VICEA: Comment donner la voix aux morts du fond des images?
Autour du film de Safaa Fathy, Nom à la mer et débat avec la cinéaste

Soirée:
En commun avec le colloque en parallèle "Jacques Prévert, détonations poétiques"
Projection du film "Un Oiseau rare" de Richard Pottier, écrit par Prévert en 1935


Lundi 14 août
Théories 2
Matin:
Michèle SINAPI: Miroir, écran: les ressources de la "dogmaticité" (selon P. Legendre)
Maryan BENMANSOUR: L'image cinématographique et le vide signifiant
Présentation de l'ouvrage Daech, le cinéma et la mort de Jean-Louis Comolli

Après-midi:
DÉTENTE

Soirée:
Le Bannissement de Andreï Zviaguintsev


Mardi 15 août
Traumatismes
Matin:
Stéphanie KATZ: Le sang des bêtes de Franju. Quand la stratégie du détour donne à voir
Jean-Jacques MOSCOVITZ: Face image de la parole et invisible à dire [texte lu]

Après-midi:
Max KOHN: L'image du vampire au cinéma et la psychanalyse
Karine ROUQUET-BRUTIN: Face au trou noir de l'histoire: Le Fils de Saul de László Nemes
David CHAOUAT: Les morts dans l'âme

Communications suivies d’une table ronde

Soirée:
En commun avec le colloque en parallèle "Jacques Prévert, détonations poétiques"
Jacques Prévert !, spectacle musical par Philippe MÜLLER & Vincent VERNILLAT (Compagnie PMVV le grain de sable)

Morgan de Karel Reisz


Mercredi 16 août
Folies
Matin:
Marie-José MONDZAIN: L'expérience cinématographique de Deligny. La Caméra analytique de Gianikian et Ricci Lucchi
Eithne O'NEILL: Morgan (1966) de Karel Reisz. Mise en scène d'une folie dérangeante

Après-midi:
Jean NARBONI: Buñuel: le désir demeuré désir et la censure sociale dans L'Age d'Or

Soirée:
Reliance de Julia Kristeva
Poétique du cerveau de Nurith Aviv


Jeudi 17 août
Regards et voix
Matin:
Nurith AVIV: Autour du film Annonces — Discutantes: Stéphanie KATZ et Marie-José MONDZAIN
Nurith AVIV: Poétique du cerveau — Discutante: Chantal CLOUARD

Après-midi:
Ghyslain LÉVY: Les cantatrices de l’ultime ou l’art du mourant
Chantal CLOUARD: Visagéification et subjectivation dans Phoenix (2014) de Christian Petzold

Soirée:
Être psy de Daniel Friedmann
Trois petits tours... d’Alix de Chambure


Vendredi 18 août
Matières d'ailleurs
Matin:
Alix PELLETIER de CHAMBURE: "Ce n'est pas ton enfant...": refoulement et répression du féminin dans Le Bannissement d’Andreï Zviaguintsev
Daniel FRIEDMANN: Filmer les psychanalystes: du visible et du dicible

Conclusions et clôture

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Nurith AVIV: Autour du film Annonces
Annonces esquisse le portrait de sept femmes qui composent sur un même thème, prenant pour point de départ les récits des Annonces faites à Hagar, Sarah et Marie telles que les rapportent l'Ancien Testament, le Nouveau Testament et le Coran. En y mêlant sa propre histoire, ses mythes personnels, chacune de ces femmes tire le fil de ses associations à travers la mythologie, l'histoire de l'art, la poésie, la philosophie, la psychanalyse... Annonces est un film sur le mouvement de la pensée, le pouvoir des mots, le secret de la voix, la séduction de l'image. Avec: Barbara Cassin, Marie Gautheron, Ruth Miriam HaCohen Pinczower, Marie José Mondzain, Haviva Pedaya, Sarah Stern, Rola Younes. Les projections de ce film ont donné lieu à de nombreuses rencontres avec des philosophes, des scientifiques, des écrivains, des cinéastes, etc. Autant de manières de prolonger les interprétations infinies de ce film et ses résonances en chacun de nous, tant l’art de Nurith Aviv s'entend à accueillir et donner voix à l’altérité.

Nurith Aviv, née à Tel Aviv, première femme chef opératrice en France, a fait l'image d'une centaine de films (entre autres pour Agnès Varda, Amos Gitai, René Allio et Jacques Doillon), et réalisé 12 films. Elle enseigne dans des écoles de cinéma en France, en Allemagne et en Israël. En 2015, une rétrospective, Filiations, langues, lieux, lui a été consacrée au Centre Pompidou. Une rétrospective de ses films a eu lieu, en 2008, au Jeu de Paume. Elle a été la lauréate du Prix Edouard Glissant 2009. Son œuvre cinématographique, d'une grande sobriété, a ouvert avec délicatesse et poésie de nouveaux espaces au continent  documentaire. Nombre de ses films portent sur la langue et accomplissent le pari de rendre visible l'infigurable: le mouvement du souffle, de la voix et de la parole dans leurs dimensions immémoriales.
Filmographie
Réalisatrice:
1989: Kafr Qara, Israël, 66 min; 1992: La Tribu européenne, 75 min; 1997: Makom, Avoda, 81 min; 2000: Circoncision, 52 min; 2001: Allenby, passage, 5 min; 2002: Vaters land/Perte, 30 min; 2004: D'une langue à l'autre, 55 min; 2004: L'Alphabet de Bruly Bouabré, 17 min; 2008: Langue sacrée, langue parlée, 73 min; 2011: Traduire, 70 min; 2013: Annonces, 64 min; 2015: Poétique du cerveau, 66 min.
Directrice de la photographie:
1975: Daguerréotypes, téléfilm d'Agnès Varda; 1975: Histoire de Paul, de René Féret; 1976: Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère..., de René Allio; 1976: Plaisir d'amour en Iran, d'Agnès Varda; 1979: Mais ou et donc Ornicar?, de Bertrand Van Effenterre; 1984: Ananas, de Amos Gitaï; 1996: Clando, de Jean-Marie Teno.


Jean-Jacques BARREAU: Fonction et champ de l'image en psychanalyse
La création de la psychanalyse est contemporaine de l’invention des nouveaux dispositifs techniques de production des images que sont la photographie et le cinéma, accompagnant une véritable passion pour voir ce que l’œil ne peut voir, et pour l’exploration de l’inscription du mouvement, de la force et de l’intensité dans l’image. La pensée freudienne participe de cette révolution esthétique, explicitement avec la référence au paradigme photographique de l’inconscient, implicitement avec la présentation de la règle fondamentale au moyen de la métaphore du paysage vu du train. Elle introduit à une métapsychologie de l’image, à une "pensée en image", qui interrogent les rapports entre le visible, le dicible et l’inconscient. Le dispositif analytique — comme, d’une autre manière, le dispositif cinématographique — explore l’articulation de deux modèles: celui de l’image et du visible, et celui de l’écriture et du lisible. J’essaierai de développer comment ils inscrivent l’image, comme lisible, dans le champ de l’écriture, tout en ouvrant sur son au-delà, celui d’une expérience sensible à jamais perdue.

Jean-Jacques Barreau, psychiatre, psychanalyste membre et ancien Président du Quatrième Groupe – OPLF (Organisation Psychanalytique de Langue Française).
Publications
Psychanalyse et Photographie, Éditions Campagne Première, Paris, 2016.
Nous pratiquerions ensemble l’art de voyager. Freud et la métaphore ferroviaire, Éditions In Press, Paris, 2007.
Articles
"Qu’appelle-t-on penser... en image?", in Le rêve, entre actuel et origines, "Actes du Quatrième Groupe", 6, 2017, Paris, Éditions In Press.
"Au-delà de la représentation? Métapsychologie de l’image et esthétique freudienne", in L’œuvre d’art: un ailleurs familier, "Actes du Quatrième Groupe", 3, 2014, Paris, Éditions In Press.


Maryan BENMANSOUR: L'image cinématographique et le vide signifiant
Les images du cinéma ont pour effet de faire vaciller et de restaurer le sentiment de la présence au monde, produisant en cela un effet semblable à l'opération magique telle que E. de Martino a pu la décrire. Elles annulent et revivifient le sentiment d'y être. Voilà qui suppose une langue spécifique dans laquelle s'articulent deux dimensions que Pasolini distingue en ces termes: "Le matériau audio-visuel ne serait rien d'autre qu'un matériau physique, sensoriel, donnant un corps à une langue spatio-temporelle qui autrement serait purement "spirituelle" ou abstraite". Mais il montre surtout que l'adjointement de ces deux dimensions tient à la "durée négative" introduite par les raccords. Il nous semble que c'est à partir d'une réflexion sur le statut du raccord, pensé comme "(...) non-existant significatif", que la psychanalyse peut rencontrer l’œuvre cinématographique sans se réduire à une simple application. Notre travail consistera à détailler ces questions et ces affirmations afin de montrer comment la circulation du vide signifiant vient produire des césures et rythmer concrètement les images et les films.

Maryan Benmansour est agrégé et docteur en philosophie. Après avoir dirigé des séminaires au Collège International de Philosophie, il anime, depuis 2009, un séminaire de poétique et de psychanalyse dans le cadre de l’Institut des Hautes Études Psychanalytiques. Il enseigne la philosophie et travaille auprès d'adolescents, à l’Hôpital de Jour Montsouris et à la Maison des Adolescents de Saint-Denis.

Pablo BERGAMI G. BARBOSA: Éléments pour une anthropologie psychanalytique du cinéma
Dans le champ des interactions entre psychanalyse et cinéma, un sillon a été particulièrement peu creusé: l’intégration de l’analyse de films dans le cadre de la théorie psychanalytique de la culture. Ce sont les éléments fondamentaux d’une approche psychanalytique du cinéma comme échantillon privilégié de la mythologie contemporaine que nous aimerions explorer ici. Il s’agit donc d’interroger les principes méthodologiques et l’intérêt épistémologique d’une telle approche, qui vise à explorer le substrat fantasmatique des récits filmiques dans leurs liens avec les récits constitutifs de la culture occidentale "globalisée".

Pablo Bergami G. Barbosa est ssychologue clinicien, docteur en psychanalyse et psychopathologie (Université Paris 7), Chargé de cours, responsable pédagogique du D.U. Arts et Médiations Thérapeutiques (Université Paris 7).
Publications
BERGAMI G. BARBOSA, Pablo, "Le film de fiction comme instrument de propagande: le cas Tropa de elite", Topique, n°111, 2010.
BERGAMI G. BARBOSA, Pablo, "Le surréalisme sans inconscient: cinéma surréaliste, inconscient et contemporanéité", Topique, n°119, 2012.
BERGAMI G. BARBOSA, Pablo", Les Soprano et la psychanalyse: plaisir de fiction et transgression", Topique, n°131, 2015.


David CHAOUAT: Les morts dans l'âme
Nous sommes, semble-t-il, à l’heure où se tiennent tous les discours de déploration et d’apocalypse sur notre monde en délitement. À l’heure où se vit un lien à un autre dématérialisé, qui prive progressivement le soi de sa cohésion. À l’heure où prolifèrent des images et des mots dénués de sensibilité et de sens et qui prétendent colmater les brèches de la désubjectivation. À cette heure, les histoires que nous nous racontons sur écran changent de format, elles deviennent séries et ce n’est certes pas anodin. Nous nous pencherons plus particulièrement sur deux types de séries dont le succès et la diffusion globale appellent l’écoute de l’analyste et demandent une révision, au XXIe siècle, du statut psychanalytique de l’image: les séries ayant l’ouverture du corps (autopsie) pour centralité et celles évoquant la figure du Zombie. Nous tenterons de lier cette écoute à notre clinique du traumatisme et de la désubjectivation et d’en tirer quelque enseignement quant à leurs fonctions collectives aujourd’hui.

David Chaouat est psychanalyste. Ancien chargé d’enseignement à l’université, il est participant au IVe Groupe. Il travaille en CMPP et en privé.
Bibliographie
"Psychanalyse: reflets dans un œil mort", in Topique, n°131 "L'image de la psychanalyse  au cinéma", Juin 2015.
"Retour à Babel", in Revue de l'enfance et de l'adolescence, n°92, 2015, GRAPE (co-auteur).
"L'enfant violent dans l'institution: un "miroir" tendu à la société", in Revue de l'enfance et de l'adolescence, n°89, mars 2014, GRAPE.


Francis DROSSART: Clivages et fragmentation dans Rashomon et Mulholland Drive
Rashomon
est un film japonais réalisé par Akiro Kurosawa en 1950, d’après une nouvelle de Ryunosuko Akutagava. Dans le Japon du XXe siècle, pendant une guerre civile, sont présentées quatre versions différentes d’un crime, d’après autant de témoins, parmi lesquels le meurtrier lui-même, ainsi que le fantôme de la victime convoqué par un chaman. Mulholland Drive est un film réalisé par David Lynch, sorti en 2001. Il raconte l’histoire d’une aspirante actrice fraîchement arrivée en Californie. Elle rencontre une femme amnésique, victime d’un accident grâce auquel elle a échappé à un meurtre, et se lie d’amitié avec elle. Nous prendrons les scénarios de ces deux films comme thème de réflexion quant à la notion métapsychologique kleinienne de clivage et fragmentation.

Bibliographie
Bion W.R., Réflexion faite, tr. fr., Paris, PUF, 1983.
Drossart F., Une théorie kleinienne de la destructivité et de la créativité, 2016, Larmor Plage, éd. du Hublot.
Klein M., "Notes sur quelques mécanismes schizoïdes", tr. fr., in Développements de la psychanalyse, Paris, PUF, 1966
.

Daniel FRIEDMANN: Filmer les psychanalystes: du visible et du dicible
En 1983, j’ai filmé longuement un certain nombre de psychanalystes. 25 ans plus tard, en 2008, je les ai refilmés. J’avais découvert l’analyse sur le divan d’un psychanalyste, bien avant ce tournage, en 1971. Jusqu’alors, dans mes travaux de terrain, je m’étais contenté de prendre des notes et, paradoxalement, je pris la décision de filmer les psychanalystes alors que le visage, le ton et la posture d’une personne qui parle de la psychanalyse ne présente pas a priori, d’un point de vue filmique, grand intérêt. La psychanalyse excluant la présence d’un tiers, ne serait-ce que celle de l’objet-machine caméra, il était hors de question de faire effraction dans la séance. D’ailleurs, à quoi bon cela aurait-il pu servir puisque, de toute façon, comme me le disait André Green lorsque je l’ai filmé, "L’inconscient ne se manifeste pas dans les paroles mais en silence dans la tête de l’analyste et dans la relation d’inconscient à inconscient entre analyste et analysant...".

Daniel Friedmann, cinéaste et chercheur (CNRS-EHESS), est responsable du séminaire "Filmer le champ social" à l’EHESS.
Films
Être Psy, 15 portraits de psychanalystes filmés à 25 ans d’intervalle et 6 films thématiques sur la psychanalyse, Coffret de 14 DVD (2009, 33h), Éd. Montparnasse.
Être Psy (volume 2), de la psychanalyse à la psychothérapie, 16 portraits de psychothérapeutes, Coffret de 8 DVD (2012, 17h), Éd. Montparnasse.


Jean-Pierre KAMIENIAK: Freud et le cinéma: une séance manquée?
Si la psychanalyse et le cinéma voient officiellement le jour en 1895, leur croissance s’effectuera de concert dans une indifférence polie à l’issue d’une tentative de collaboration prometteuse émaillée d’un conflit fratricide autour du film de Pabst Les Mystères d’une âme, marqué par la défiance définitive de Freud et le mutisme de la communauté analytique à l’égard du septième art, alors même que l’image est au cœur de ces deux pratiques et que la dernière est en mesure d’en restituer la dynamique. Comment comprendre ce silence assourdissant et communicatif de l’homme et du savant Freud? Il semble qu’en deçà de l’impossible maîtrise de l’image-mouvement qui affecte le chercheur, cet évitement trouve son origine dans les souffrances de l’exil, en l’occurrence l’expérience traumatique de l’arrachement à Freiberg mettant à mal la pulsion scopique du savant.

Jean-Pierre Kamieniak est psychanalyste, maître de conférences des universités et membre de l’Association Interactions de la Psychanalyse. Il est l’auteur de nombreux travaux sur l’homme et le savant Freud.
Publications
"L’écran du rêve: Freud, Les Mystères d’une âme et le cinéma: une séance manquée?", in Le Coq-Héron, 2012/4, n°211: "Cinéma et psychanalyse".
"Freud, l’image et le cinéma", in Topique, 2015/2, n°121: "L’image de la psychanalyse au cinéma".


Stéphanie KATZ: "Le sang des bêtes"de Franju. Quand la stratégie du détour donne à voir
Quand, en 1948, G. Franju envisage de visiter, caméra au point, les territoires du pire, il est en avance sur la communauté des regards, encore médusée sous l'effet traumatique de la diffusion des images de la déportation et de l'abattage de masse. Sa maîtrise de la mécanique des regards le pousse à mettre au point une "stratégie du détour", capable de désigner l'incadrable de la catastrophe, en évitant les exhibitions neutralisantes. Son projet sera de faire face, caméra en main, à un autre abattage de masse, celui qui se joue en silence, à l'aube, aux portes de la civilisation, dans les abattoirs d'une ville à nourrir. Il faut entrer avec Franju dans cet autre monde, pour lire l'incadrable dans l'œil de l'animal.

Essayiste, enseignante en Analyse de l’Image et Histoire de l’Art en Écoles d’Art et Universités, Stéphanie Katz propose un regard transversal qui interroge les pratiques contemporaines de l’image en rapport avec l’héritage de l’Histoire de l’Art. Titulaire d’une thèse sur "La représentation de la voix en peinture",  elle a conçu de nombreux documentaires sur la peinture et l’image pour France-Culture et construit une réflexion à la frontière des pratiques artistiques et documentaires. Ce positionnement l’a mené à se rapprocher de l’unité d’Ethnopsychiatrie de Ville Evrard, basée à Aubervilliers-Quatre chemins, afin de collaborer avec l’équipe à l’accueil d’étrangers en difficulté psychique. Elle publie catalogues, monographies d’artistes (François Daireaux -LienArt 2010, Carole Benzaken-Flamarion 2012, Christophe Robe-Galerie Fournier 2015, Juliette Jouannais-Galerie Ch.Norbert 2016, Emmanuel Rivière-Fondation Zervos 2016), ou interventions dans la presse spécialisée. Accueillie en Résidence d’Écriture à la Villa-la-Brugère, à Arromanches en 2013-2014, puis à la Fondation Zervos à Vézelay en 2015-2016, elle travaille autour d’un projet (Archipel de mémoires à voir), qui rend compte de sa rencontre avec certaines œuvres qui ont servi de balises à son parcours.
Publication:
L’écran, de l’icône au virtuel. La résistance de l’Infigurable (L’Harmattan, 2004).

Max KOHN: L'image du vampire au cinéma et la psychanalyse
Qu'est-ce que le vampire? Quelque chose que l'on regarde craintivement, que l'on aperçoit, qui nous renvoie à notre rapport au monde animal, un pulsionnel autonome et déchaîné, un signifiant qui ne fait pas bordure entre la nature et la culture, entre les vivants et les morts. Le fait vampirique aujourd'hui nous parle du XXIe siècle et du passé avec le cinéma et la littérature et on peut l'aborder grâce à la psychanalyse.

Max Kohn, psychanalyste, membre d'Espace analytique et de la Fondation Européenne pour la Psychanalyse.
Publication
Un vampire sur le divan, MJW Fédition, Paris, 2013.
Site internet
http://www.maxkohn.com


Pascal LAETHIER: Cinéma et psychanalyse: quel rapport?
Freud écrit à Abraham en 1922: "Je ne crois pas en la possibilité de présenter nos théories abstraites sous la forme plastique d’un film". Le maître de Vienne ne changera pas d’avis. Plus tard, quand Jacques-Alain Miller collectera les propos de Jacques Lacan sur les films, il parviendra tout juste à remplir sept pages de son livre Lacan regarde le cinéma. À n’en point douter quelque chose passe entre Freud et Lacan à propos du cinéma ! C’est pourtant grâce aux écrivains et aux poètes que la psychanalyse est d’abord reconnue en France (Breton, Dali, Bataille, etc ) et, comme le rappelle Elisabeth Roudinesco: "Le cinéma américain est entièrement habité par la psychanalyse". La psychanalyse est une pratique de la parole qui repose sur le postulat de l’existence de l’inconscient et la règle de la libre association ("dites ce qui vous vient !"), qui met la parole et le savoir inconscient de l’analysant avant celui de l’analyste et sa théorie. Le cinéma est une industrie de spectacles de masse ainsi qu’un "art" de reproduction mécanique de l’image et du son. Quel rapport? C’est-ce que je propose de mettre à l’étude à travers le point de vue singulier de quelques metteurs en scène de films.

Après des études à l’IDHEC, Pascal Laethier travaille à la fabrication de films pendant de nombreuses années. Il exerce aujourd’hui la psychanalyse à Paris et à Lagny sur Marne. Affilié à Espace Analytique, il anime un site internet consacré aux films et à la psychanalyse: cinepsy.com.

Ghyslain LÉVY: Les cantatrices de l’ultime ou l’art du mourant
Quand la parole est impossible ou qu’elle est interdite, une douleur secrète reste chantable, dans la dissonance de la voix, inaccessible à soi-même, insupportable à l’autre soumis en même temps à l’écoute douloureuse de cette distorsion monstrueuse de l’image sonore. À partir du film Marguerite de Xavier Giannoli (2015), nous partirons à la recherche de cette lettre volée qui est en même temps exposée à tous, une déchirure mise au secret à l’insu du sujet mais qui s’exhibe à l’écoute de tous. Une autre voix féminine viendra ici en contrepoint, celle de Joséphine la cantatrice, ultime texte de Franz Kafka, écrit en mars 1924, quelques mois avant sa mort. À chaque fois, le secret au fond de la gorge viendra s’ouvrir dans le réel de l’hémorragie mortelle, dévoilant l’art du mourant. Orphée ne meurt-il pas déchiré par les Ménades, insensibles au charme de son chant?

Ghyslain Lévy est psychiatre, psychanalyste membre du Quatrième Groupe. Il dirige le séminaire sur "Le mal" au Quatrième Groupe à Paris.
Il a publié de nombreux ouvrages dont les deux derniers: L’ivresse du pire (Campagne Première, 2010) et Le don de l’ombre (Campagne Première, 2014). Il a dirigé l’ouvrage collectif L’esprit d’insoumission (Campagne Première, 2011).


Jean-Jacques MOSCOVITZ: Face image de la parole et invisible à dire
La violence contemporaine des images, la barbarie et ses effets sur la subjectivité convoquent l’art pour inscrire la violence entre invisible à dire et face à l’image de la parole. Comment cadrer la violence et restaurer la civilisation? Le cri des victimes, le hurlement du bourreau, le silence des témoins sont convoqués au procès du cinéma comme acteurs actuels: Shoah, Salafistes, Un chien andalou, Ni le ciel ni la terre... sont quelques exemples d’images qui bougent.

Jean-Jacques Moscovitz, de formation psychiatrique, psychanalyste, formé à la Société Psychanalytique de Paris, puis membre de l’ex-École freudienne de Paris, est à ce jour membre d'Espace Analytique et membre fondateur de Psychanalyse Actuelle (1986). Il tient régulièrement, depuis 1980, un séminaire de psychanalyse, actuellement sur "Clinique freudienne et approche de la culture" à la lumière de l’œuvre de Freud et de l’enseignement de Lacan, pour questionner, à partir de la pratique analytique, le lien de l’intime au politique. Il est également membre fondateur et animateur du groupe "Le regard qui bat", qui organise régulièrement des projections publiques de films avec débats dont bon nombre portent sur la rupture de l’Histoire et l’actuel de la psychanalyse. Il est directeur de la collection "Le regard qui bat" aux Éditions Érès.
Publications
Violence en cours (Intime/extrême), à paraître 2017 aux Éditions Érès.
Rêver de réparer l’histoire... (entre psychanalyse, cinéma, politique), 2015, Éditions Érès.
Une psychanalyse pourquoi faire?, 1988 (réédition 2006), Paris, Éditions Grancher.
Du cinéma à la psychanalyse, le féminin interrogé, 2013, V. Micheli-Rechtmann, J.-J. Moscovitz (sous la direction de), Éditions Érès.
D'où viennent les parents? Psychanalyse depuis la Shoah?, 2007, Éditions L'Harmattan, collection "Penta".
Hypothèse Amour (entre intime et politique), 2001, Éditions Calmann-Lévy.
Lettre d'un psychanalyste à Steven Spielberg ou comment dé-pervertir le futur?, 2013 (réédition anglais et français), Papier Sensible Éditions.
Shoah, le film, des psychanalystes écrivent, 1991, Éditions Grancher (épuisé).


Eithne O'NEILL: Morgan (1966) de Karel Reisz. Mise en scène d'une folie dérangeante
D'origine tchèque et figure phare du Free Cinema en Angleterre, Reisz met en scène un artiste peintre nommé Morgan, de famille modeste et à convictions anarchicistes, qui refuse la demande de divorce pour incompatabilité de mœurs de sa femme adorée, d'origine bourgeoisie. Sur toile de fond de Swinging London, à la lutte des classes s'associe un questionnement insolite sur l'acception de la nature de la folie qui rejoint les idées de l'analyste écossais et contemporain, R.D. Laing. Sur le plan cinématographique, le fantasme obsessionnel de Morgan est porté à l'écran avec un humour corrosif. Dans quelle mesure ce personnage et la problématique qu'il pose nous touchent-ils encore? Pour son interprétation de la "bourgeoise", Vanessa Redgrave a obtenu le prix d'interprétation à Cannes. Si tout dévoilement public d'un quelconque dénouement reste indésirable, le visionnement préalable du film (qui existe en DVD soustitré français) est indispensable.

Eithne O’Neill a reçu sa formation en Irlande, Allemagne et en France.
Publications
Stephen Frears, Éd. Rivages, 1994.
Co-auteur avec Jean -Loup Bourget, Lubitsch. La Satire romanesque, Stock, 1988.
Chemins faisant, Éditions Elzévir, 2010 (Poésie).
Le Voyage de Chihiro, Éditions Vendémiaire (En cours de publication).
Membre du comité de rédaction de Positif, où elle publie notamment "Hamlet et King Kong. Masque de bouffon et représentation de fantasmes dans Morgan", 2009.
Dans Ellipses, "Mise en scène et mirage mélancolique", sur Portrait of a Lady, 1998; "Un spectacle pour Narcisse", sur The Buddha of Suburbia, 1997; "Memory and Screen", sur The Dead de John Huston, 2000; "Eroticism, Decadence and Identification", in A Streetcar Named Desire, 2003.
"Les mélodrames de l’horreur de Tod Browning. Moralités grotesques", CinémAction, L’Horreur à l’écran, 2010.
"Genre et raison d’État dans Hamlet par Asta Nielsen & Sven Gade et Titus de Julie Taymor", in Modernités Shakespeariennes (Cenel, Paris X111).


Alix PELLETIER de CHAMBURE: "Ce n'est pas ton enfant...": refoulement et répression du féminin dans Le Bannissement d’Andreï Zviaguintsev
La question de l’origine qui se présente dans la cure à l’analysant, dans sa passion de savoir, ne pourrait-elle pas être la suivante: d’où je viens? de quel désir suis-je issu? Mais c’est aussi, à l’autre bout de la chaîne, la question que se posent les parents à la venue d’un enfant: d’où me vient cet enfant? de quel désir, insu de moi-même, est-il le fruit? Cette question, qui hante le film russe d'Andreï Zviaguintsev, Le bannissement (2008), est traitée et magistralement mis en lumière à travers la relation de cet homme et de cette femme au moment de l’annonce de la venue de l’enfant. Si l’on sait qu'une des raisons majeures de la répression des femmes s’organise autour du contrôle des naissances et du produit que l’on attend d’elles, cet enfant sera-til porteur d’une transmission familiale et des valeurs? À travers cette métaphore et cette phrase répétée de manière lancinante: "Ce n’est pas ton enfant...", la jeune femme du film ne tente-t-elle pas une ouverture vers un ailleurs impossible ou un idéal? Où l’enfant serait vierge de toute transmission, de toute répétition? Vierge de l’influence d’un père mais surtout, à travers lui, de l’incarnation de la transmission du patriarcat. Nous éclairerons la problématique du film avec le livre de Gérard Pommier: Féminin, une révolution sans fin.

Après des études de cinéma et plusieurs films et documentaires, Alix Pelletier de Chambure, adhérente d'"Espace Analytique", est psychologue clinicienne et psychanalyste. Après avoir travaillé en addictologie, elle exerce maintenant en cabinet libéral.
Bibliographie
Gérard Pommier, Féminin une révolution sans fin, Paris, Pauvert, Arthème Fayard, 2016.
Didier Anzieu, Créer-Détruire.
Jacqueline Schaeffer, Le refus du féminin, Épitres, Paris, PUF, 1997.
V. Micheli-Rechtman et J.-J. Moscovistz, Du cinéma à la psychanalyse, le féminin interrogé, Paris, Erès, 2013 (Collection "Le regard qui bat").
Paul-Laurent Assoun, Le couple inconscient, Anthropos, coll. "Psychanalyse", Économica, Paris, 1992.
Monique Bydlowski, La dette de vie, Itinéraire psychanalytique de la maternité, Paris, 1997.

Maribel PEÑALVER VICEA: Comment donner la voix aux morts du fond des images
"La grandeur du cinéma, [...] a été d’intégrer l’enregistrement de la voix à un moment de son histoire" (J. Derrida). Pour la réalisatrice d'origine égyptienne Safaa Fathy, la voix off serait comme l’acteur qui parle à contre-jour, un dehors, dans son potentiel sonore, qui trouble le passé d’un dedans qui est déjà là (S. Fathy et Jacques Derrida, Tourner les mots. Au bord d’un film, 2000). Nom à la mer, titre du film dont il s’agira dans cette communication, est la voix des mo(r)ts qui résonnent chez Safaa Fathy, par ailleurs philosophe, essayiste et poète. Voix techniquement "off" et "in" à la fois. Si, dans ce "film-poème" de 29 mn réalisé en 2004 avec Jacques Derrida peu avant sa mort, l’objet de S. Fathy est de filmer le temps en filmant la lumière, une analyse psychanalytique montre comment on peut donner la voix ("off" et "in" à la fois) à l’autre en s’appropriant son corps sans jamais en être propriétaire. Derrida donne la voix au film de Fathy; celle-ci la donne à sa sœur morte qui gît au fond du bassin. Il y a dans ce film un double mouvement spectral qui ne peut être saisi qu’à travers la psychanalyse, la voix "jouissant d’un coefficient d’intimité qui la situe au plus près de l’être" (Henri Quéré). Ces outils psychanalytiques, associés à ceux de la théorie filmique, permettront de répondre aux questions que voici: qu’est-ce qu’on donne quand on "donne la voix" à l’autre?; comment le corps joue-t-il dans cette scène du don?; quel est l’enjeu du temps dans cette scène?

Maribel Peñalver Vicea, professeure titulaire en linguistique et traduction françaises à l’Université d’Alicante (Espagne), est membre associée du "Champ d’étude en études féminines et de genres/ Littératures francophones" et de "Genre, sexualités, langages" à l’Université de la Sorbonne Nouvelle-Paris 3, où elle est professeure invitée. Elle a participé à plus d’une quarantaine de colloques parmi lesquels: "Le grain de la voix dans les mondes anglo-saxon et francophone", Oxford, 2016; "La fabrique des mots", Cerisy, 2015; "Folles littéraires: folies lucides. Les états border-line du genre et ses créations", Sorbonne Nouvelle, 2016; "Poétiques du lait: corps et fluides en représentations", Genève, 2016; "Les femmes s'entêtent, Feminism, writing, art and film 1975-2015", Leeds, 2015; "Écritures migrantes du genre, Sorbonne nouvelle-Paris 3, 2015; "Saussure et la Psychanalyse", Cerisy, 2010; "De la grammaire à l´inconscient: dans les traces de Damourette et Pichon", Cerisy, 2009. Elle fait partie du comité scientifique et éditorial de plusieurs revues internationales.
Publications

"Une opération de survie ou Comment suspendre la mort de la langue", in La fabrique des mots, Colloque de Cerisy, 2016.
""J’ai mal à ma mère": de l’amour à la mort ou le travail du deuil prématuré", in Cixous depuis 2000, 2017.
""Une mise en scène de l´hos(ti)pitalité poétique" dans les Écritures migrantes du genre", in Les écritures migrantes du genre, 2017.
"De la linguistique à la littérature. De l´affect du métalangage chez Proust", in La Recherche et la forme linguistique du texte, 2013.
"Saussure entend des voix", in Le Magazine littéraire, 2012.
"Hospitalité poétique et altérité dans la littérature hispano-maghrébine", in Le Maghreb méditerranéen: littérature et plurilinguisme, Expressions maghrébines.


Karine ROUQUET-BRUTIN: Face au trou noir de l'histoire: Le Fils de Saul de László Nemes
Dans divers entretiens, László Nemes raconte comment, après avoir tout lu, tout vu sur les camps d'extermination, il a découvert, à la faveur d’un livre publié par le Mémorial de la Shoah, les quatre photos arrachées à l’enfer des camps, ainsi que le manuscrit des Sonderkomando d’Auschwitz, Des voix sous la cendre."Vivre ça au présent, à l’intérieur des crématoires, c’était quelque chose que je n’avais jamais ressenti. Je voulais faire un film qui puisse avoir cet effet immédiat", explique-t-il. Passant outre les débats et controverses sur la question des images d’Auschwitz et l’interdit de la représentation posé par les contemporains du génocide, le réalisateur propose une fiction pour entrer dans le camp, lieu sans images (hormis les quatre photos citées précédemment), mais abondant en témoignages. Il s’agit de traverser l’effacement, la mémoire retranchée, les paroles gelées, l’insoutenable souffrance à dire, à témoigner, à représenter, à penser, à faire advenir sur la scène du monde. La puissance des images et de la bande-son restitue au présent la machine de mort de l’extermination. Dans un premier temps, cette communication proposera un visionnage du film commenté par le monteur et le réalisateur qui expliquent, plan par plan, la construction du film depuis le point de vue de Saul. Dans un deuxième temps, l'on développera quelques pistes de réflexion autour de l’irreprésentable (tabous et interdits) et de l’élaboration par l’image et la fiction des traumatismes de l’Histoire. Il sera question également de ce qui pousse le jeune réalisateur et les spectateurs à investiguer l’univers des camps avec des images, "malgré tout" (G. Didi-Huberman, 2003).

Karine Rouquet-Brutin enseigne au Centre de Formation des Doctorants à l’Insertion Professionnelle (CFDIP) de l’Université Paris Diderot Paris. Anciennement responsable de l’accueil pédagogique des étudiants au Bureau d’Aide Psychologique Universitaire-Pascal et au Relais social international de la Cité Internationale Universitaire de Paris., elle est membre du CELCFAAM (Centre d’Études en Littératures et en Cultures Franco-Afro-Américaines).
Publication
L’alchimie thérapeutique de la lecture: Des larmes au lire, L’Harmattan, 2000.
Articles
"L’invention des Petites Madeleines par Marcel Proust", colloque de Cerisy, Écriture(s) et psychanalyse: quels récits?,  Hermann, 2015.
"Déplacement des identités et des communautés chez trois générations d’écrivains d’origine antillaise", La communauté revisitée (Community redux), sous la direction de Rémi Astruc, Rki press, Coll. "ccc", Versailles, 2015.
"Approche méthodologique de la thèse à la française", Les aspects concrets de la thèse (act.hypotheses.org), décembre 2012.
"Passer une frontière, trouver une langue", colloque "Violence politique, traumatisme, processus d’élaboration et de création", Éditions Academia, Coll. "Intellection", n°21, L’Harmattan, 2012.
"Archives de la cruauté chez Patricia Cornwell et ses lectrices", La cruauté au féminin, PUF, 2004.
"La question des frontières ou l’appel à l’autre", Mana, n°14-15, L’Harmattan, 2007.


Michèle SINAPI: Miroir, écran: les ressources de la dogmaticité
Le cinéma suscite, dans son redoublement de la réalité, un trouble particulier — qui le différencie du théâtre tout en le rapportant à lui — d'être d'abord, sur un écran, un théâtre d'ombres portées, et d'ombres foncièrement muettes, lors même qu'elles se mettent à parler. Le cinéma décompte du sujet sa parole et en même temps montre le lieu d’où sourd cette parole (illustration récente: Paterson, film de Jarmusch, 2016).
Pierre Legendre, philosophe du droit et psychanalyste, s'est appuyé sur le cinéma et sur sa facture, pour lui de mythe et d'énigme, afin de renouveler, dans le cadre de ce qu'il nomme "anthropologie dogmatique", une analyse des enjeux de la spécularité. Loin de se cantonner à la sphère de l'imaginaire subjectif, ils irriguent selon lui les montages institutionnels et en exhibent les points de fragilité.

Ex-directrice du Collège international de philosophie, agrégée de philosophie, Michèle Sinapi a notamment travaillé sur les problématiques théologico-politiques du mensonge; elle a tenu un séminaire sur "le contigu" dans le cadre de l'EPSF (École de Psychanalyse Sigmund Freud) et publié des articles sur Platon, Saint-Augustin, Kant, Freud, également sur Pierre Legendre et sur le mouvement punk.

Dimitri WEYL: L'analyse filmique: une histoire de rencontre entre le regard analytique et l'art cinématographique
Depuis le regard psychanalytique, l’art cinématographique est appréhendé — le plus souvent — soit dans une logique de psychanalyse appliquée, soit en termes "isomorphiques". Cela nous semble limiter l’apport que la rencontre entre cinéma et psychanalyse peut générer lorsque ces deux champs sont reconnus dans leurs puissance et singularité respectives. Cette intervention se propose d’identifier, synthétiquement, ce qui apparaît essentiel dans une démarche de recherche pour que l’analyse filmique puisse être le plus fructueuse possible. Walter Benjamin avait vu très tôt que psychanalyse et cinéma ont ouvert des champs de regard et d’écoute de ce qui ne pouvait être vu et entendu jusqu’alors. Et que ces champs pouvaient être puissamment complémentaires. Notre hypothèse sera de considérer que lier harmonieusement le regard cinématographique au regard psychanalytique c’est ouvrir une "double focale". Deux focales qui, lorsqu’elles se rencontrent, tendent à lier l’invisible des enjeux inconscients au visible qu’ouvre l’image-mouvement. Nous poursuivrons notre propos en analysant une partie du film de Jacques Audiard De battre mon cœur s’est arrêté (2005), qui dépeint une problématique adolescente et nous donne à voir, à sentir, les mouvements somato-psychiques accompagnant l'émancipation du jeune héros. Il s’agira d’examiner comment l’image-mouvement-son et l’écriture cinématographique rencontrent le regard et les concepts psychanalytiques, ainsi que la clinique, en un enrichissement réciproque.

Dimitri Weyl est psychologue et psychanalyste, docteur en psychopathologie et psychanalyse, enseignant-chercheur à Paris 7 (CRPMS). Sa pratique clinique est plus particulièrement ancrée dans le social et l’Aide Sociale à l’Enfance auprès d’enfants et d’adolescents. En tant que chercheur il a notamment travaillé l’articulation entre le narcissisme, l’image et les rapports de pouvoir en s’appuyant sur sa clinique mais également sur des œuvres cinématographiques. C’est ainsi que, accompagné d’une petite expérience en tant que cinéaste, il s’est penché sur la rencontre entre l’analyse filmique et la psychanalyse et anime — depuis quelques années — un ciné-club "Cinéma et Psychanalyse" principalement axé sur le thème du narcissisme et de l’image dans l’actuel.
Publications:
"Analyse filmique et psychanalyse, une histoire de rencontre", in Topique, L’image de la psychanalyse au cinéma, 2015/2 (n°131).
"Un mouvement d’émancipation d’une subjectivité contemporaine", in Adolescence, "Passion", 2015, T. 33, n°1 (Portant sur l’analyse du Film de J. Audiard De battre mon cœur s’est arrêté).
"L’analyse de film vers le troisième genre de connaissance", in Psychologie clinique, 2012/2, n°34.


BIBLIOGRAPHIE :

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REVUES :

Art press, Cahiers du Cinéma, CinémAction, Positif, Trafic
"L’image de la psychanalyse au cinéma", L’esprit du temps, "Topique", 2015/2, n°131.
"Psychanalyse et cinéma", "Le Coq-héron", 2012/4, n°211, érès.

SITOGRAPHIE :

www.cineclubdecaen.com
www.cinepsy.com
www.derives.tv
www.psychanalyseactuelle.com/le-regard-qui-bat

Avec le soutien de l'Association "Espace analytique"

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