Logo CCIC
CCIC
CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2018 : un des colloques


Page officielle Facebook de Cerisy Chaîne officielle YouTube de Cerisy
La Forge Numérique - MRSH - Université Caen Normandie Archives départementales - Maison de l'histoire de la Manche






Mot exact
Choix du nombre
de résultats par
page:
Flyer SEGALEN 1919-2019 :

"ATTENTIF À CE QUI N'A PAS ÉTÉ DIT"
Mise à jour
23/04/2018
Cliquer pour suivre ce colloque sur Facebook

DU MERCREDI 4 JUILLET (19 H) AU MERCREDI 11 JUILLET (14 H) 2018

( colloque de 7 jours )

DIRECTION : Colette CAMELIN, Muriel DÉTRIE, Mathilde POIZAT-AMAR, Philippe POSTEL

ARGUMENT :

Disparu prématurément, Victor Segalen (1878-1919), médecin, voyageur, sinologue, archéologue, éditeur, poète, a laissé une œuvre abondante, en grande partie inédite à sa mort, publiée et commentée seulement à partir des années soixante. Fondée sur une riche expérience humaine, située au carrefour de plusieurs cultures et de plusieurs disciplines, novatrice en matière de formes et d'idées, elle n'a cessé depuis lors de susciter de l'intérêt dans le monde entier, notamment en Chine.

Ce premier colloque de Cerisy, "attentif à ce qui n’a pas été dit" de l’œuvre et de la pensée de Segalen, réunira des chercheurs anglais, allemands, américains, canadiens, français, suisses, japonais, chinois (du continent et de Taiwan). Il s’attachera d’abord à situer précisément les œuvres dans les contextes historiques (guerre de 14, révolution chinoise, situation du Tibet), artistiques, philosophiques et scientifiques de l’époque. Les interprétations multiples de "l’Exotisme" et du "Divers" seront ensuite interrogées à la lumière de "l’histoire globale" et confrontées aux lectures qu’en ont faites Edouard Glissant, Jean Baudrillard, François Jullien. Les réceptions de Segalen par des poètes, des critiques littéraires et un large public en révèleront des aspects  nouveaux. Pour la première fois, des traducteurs de Segalen dans diverses langues (chinois, japonais, anglais, allemand) échangeront leurs lectures de Segalen et leurs expériences autour d’une table ronde. Et l’on sera attentif à ce que les remous du "grand fleuve Diversité" segalenien peuvent nous dire de notre propre Diversité.

CALENDRIER PROVISOIRE :

Mercredi 4 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Jeudi 5 juillet
Matin:
Segalen cent ans après
Colette CAMELIN, Muriel DÉTRIE, Mathilde POIZAT-AMAR & Philippe POSTEL: Ouverture
Noël CORDONIER: L'œuvre et la réception de Segalen au prisme de l'"appropriation culturelle" [conférence]

Après-midi:
Contexte historique
Dominique MABIN: Naissance d'un écrivain. À propos de la thèse de médecine de Victor Segalen
Corentin SEGALEN: La Grande Guerre de Victor Segalen
Colette CAMELIN: Segalen médecin, archéologue et poète "en temps de détresse"


Vendredi 6 juillet
Matin:
"L'exotisme" en question
Dominique GOURNAY: Thibet d’un siècle à l'autre: résonances géopolitiques et géopoétiques d'un titre
Olivier SALAZAR-FERRER: Deux poétiques du réel impossible. Le dialogue de Victor Segalen et Benjamin Fondane avec Jules de Gaultier
Haun SAUSSY: Le bovarysme de l'autre

Après-midi:
Segalen et les arts: nouvelles approches
Muriel DÉTRIE: Peintures de Segalen et les arts vivants de son temps
Sophie LESIEWICZ: L'œuvre éditoriale de Segalen dans l'histoire du livre d'art occidental
Philippe DESPOIX: La contre-épreuve chinoise. Singularités du corpus photographique des expéditions Segalen

Soirée:
Lecture de Peintures et de lettres de Segalen, par Delphine BRUAL


Samedi 7 juillet
Matin:
Nouveaux questionnements sur le "Je" dans l'œuvre de Segalen
Bei HUANG: L’invention du "je" dans l'écriture exotique de Segalen
Sophie LABATUT: René Leys, œuvre réversible ou réciproque?
Gabriel HOURCADE: Segalen mis à nu dans Le Siège de l'âme

Après-midi:
DÉTENTE


Dimanche 8 juillet
Matin:
"Make it new" (Ezra Pound)
Béatrice BONHOMME: L'influence de Segalen sur Pierre Jean Jouve et Henry Bauchau
Timothy BILLINGS: Calques calculés: la poétique des couches bilingues chez Ezra Pound et Victor Segalen
Makoto KINOSHITA: Traduire, réécrire et écrire — stratégie de textes segaleniens

Après-midi:
Comment traduire Segalen?, table ronde animée par Muriel DÉTRIE & Philippe POSTEL, avec la participation de Timothy BILLINGS, Bei HUANG, Makoto KINOSHITA, Esther LIN, Haun SAUSSY et Maria ZINFERT


Lundi 9 juillet
Matin:
Lectures postcoloniales de Segalen
Charles FORSDICK: Segalen postcolonial [conférence]
Jean-Xavier RIDON: Jean Baudrillard et Édouard Glissant: lecture croisée et contradictoire de Segalen

Après-midi:
Mises en perspective du Divers
Valérie BUCHELI: Segalen entre "universalisme mou" et "relativisme paresseux", ou les deux pôles antithétiques d'une réception critique
Esther LIN: Face à la disparition du Divers. De l'exotisme à l'exoptisme
Suzanne LE MEN: De Segalen à Volodine, d'une distinction à l'autre: généalogie dissidente de l'utopie exotique


Mardi 10 juillet
Matin:
Segalen et les sciences humaines
Sandrine SCHIANO: Le gai savoir de Victor Segalen
Maria ZINFERT: Travail de terrain: tremplin terrestre vers une écriture littéraire
Mathilde POIZAT-AMAR: Barthes lecteur de Segalen

Après-midi:
Segalen toujours vivant
Françoise LIVINEC: Le retour de Segalen au Huelgoat: réception de l'œuvre de Segalen à partir de l'espace d’art, l'École des filles
Philippe POSTEL: Portraits imaginaires de Victor Segalen


Mercredi 11 juillet
Matin:
Conclusions et ouverture: Segalen aujourd'hui
Kenneth WHITE: Ouvrir un monde: aux frontières de l’intelligence poétique [conférence]

Après-midi:
DÉPARTS


EXPOSITION :

* Ye XIN: Œuvres d'après Peintures de Segalen

RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Timothy BILLINGS: Calques calculés: la poétique des couches bilingues chez Ezra Pound et Victor Segalen
Cathay / 耀 (1915) et Stèles / 古今碑 録 (1912-4) sont apparus presque exactement au même moment dans l'histoire du modernisme. Deux recueils s’adressant à des publics différents et ayant été classés diversement par leurs traditions respectives, ces ouvrages dûs à Ezra Pound et à Victor Segalen peuvent être qualifiés de monuments d'une poésie intertextuelle sino-européenne. Comme Pound et Segalen sont morts sans se lire l’un et l'autre, il n'y a pas lieu de parler d’influence. Pourtant, au cœur de leur poésie, se trouve l'effet similaire d’une poétique inter-linguistique basée sur des emprunts au chinois. Chez les deux poètes, on trouve aussi souvent des références à un supposé "original" chinois qui n’a jamais existé. Y porter attention serait, à vrai dire, être "attentif à ce qui n'a pas été dit". Nous prêterons l’oreille à tous ces types d'effet inter-linguistique.

Timothy Billings est professeur de littérature anglaise et de littérature comparée à Middlebury College aux États-Unis, spécialiste des échanges textuels et culturels entre l’Europe et la Chine.
Publications d'éditions critiques (en anglais):
Stèles / 古今碑錄 , Wesleyan University Press,
2007 (prix Aldo and Jean Scaglione chez The Modern Language Association pour la meilleure traduction d’une œuvre littéraire).
On Friendship: One Hundred Maxims for a Chinese Prince,
traité sur l’amitié composé en chinois (交友論) par Matteo Ricci, Columbia University Press, 2009.
Cathay / 耀,
édition critique des traductions de la poésie chinoise d’Ezra Pound, Fordham University Press, 2018.

Béatrice BONHOMME: L'influence de Segalen sur Pierre Jean Jouve et Henry Bauchau
Pierre Jean Jouve consacre à Segalen dès 1950 un article "Découverte de Segalen" dans les Nouvelles littéraires (23 mars 1950) et il écrit un avant-propos à Stéles, Peintures, Équipée lorsqu’ils paraissent en 1955 dans le Club du Meilleur livre. À la différence de Claudel, il contribue d’ailleurs alors, plus que tout autre, à sauver cette œuvre de l’oubli auquel elle semblait condamnée. Très vite, il évoque à l’intérieur même de sa présentation de Saint-John Perse, le poète Segalen, liant ainsi très fortement ces deux écrivains dans son imaginaire: "L’exil est fondamental et partout. Je songe à la vision de Segalen: La Mer de la grande nostalgie. Les caractères cosmiques: Vents, Pluies et Neiges passent à travers l’être personnel, animent en lui les voix paniques formidables...". Pierre Jean Jouve utilise à propos de Segalen l’expression de "Chine intérieure", expression qu’il réutilisera à de nombreuses reprises pour sa propre œuvre poétique et que Henry Bauchau donnera lui aussi pour titre à un de ses recueils. Chez Bauchau, comme chez le Jouve des derniers recueils, le monde est tiré vers le blanc. La "Chine intérieure" de Jouve, comme celle de Bauchau, est imprégnée de cette esthétique du retrait dont rend compte la citation de Simone Weil: "la Création... n’a pas consisté à s’étendre mais à se retirer". Ainsi Bauchau rencontre-t-il Jouve au plus profond de cette poétique qui est aussi éthique de dessaisissement et de retrait, là où a lieu ce qu’ils appellent tous deux, à la suite de Segalen, "la Chine intérieure".

Béatrice Bonhomme, poète, directrice de Revue, professeur à l’Université de Nice Sophia Antipolis, spécialiste XXe siècle, a créé, en 2003, un axe de recherche dédié à la poésie, POIEMA. Elle a fondé avec Hervé Bosio, en 1994, la Revue Nu(e), revue de poésie et d’art, qui a consacré à ce jour 66 dossiers à l’œuvre des poètes contemporains et elle dirige avec Jean-Yves Masson La Société des lecteurs de Pierre Jean Jouve. Elle a coordonné plusieurs colloques à Cerisy sur des poètes contemporains et elle a publié de nombreux articles et ouvrages critiques sur la poésie.

Valérie BUCHELI: Segalen entre "universalisme mou" et "relativisme paresseux", ou les deux pôles antithétiques d'une réception critique
Les lecteurs de Segalen rigidifient souvent ses positions sur l’altérité, selon deux pôles antithétiques qui instrumentalisent cette œuvre selon les nécessités idéologiques du moment. Durant un temps, ils ont généralement privilégié les déclarations des Notes sur l’exotisme évoquant une "impénétrabilité des races", qu’ils assignaient à un relativisme farouche. À l’inverse, l’auteur de Stèles paraît vu souvent, désormais, en France comme en Chine, comme un chantre de l’interculturalité qu’on peut utiliser au service des échanges stratégiques entre les deux nations. Une telle interprétation, qui tend à la rapprocher d’une forme d’universalisme, force également une œuvre toujours sensible à la différence, en particulier chinoise. Ces deux analyses, réductrices, négligent le fait que, grâce à la subtilité formelle de ses œuvres littéraires, le positionnement de l’auteur sur l’altérité est foncièrement nuancé. Notre analyse des manquements symétriques de ces deux lectures voudrait aider à comprendre comment, à la faveur d’une écriture que nous qualifierons d’ambiguë (dans un sens qui sera précisé), Segalen parvient à se garder des deux errements extrêmes, "Charybde et Scylla de l’interculturel", que François Jullien désigne "d’un côté comme l’universalisme facile (projetant naïvement sa vision du monde sur le reste du monde) et, de l’autre, le relativisme paresseux (condamnant les cultures à la réclusion identitaire dans des valeurs spécifiques)"[1]. La conception de l’altérité de Segalen fait en effet une part et à la circonspection, et à la confiance.
[1] François Jullien, De l’universel. De l’uniforme, du commun et du dialogue entre les cultures, Paris, Fayard, 2008, p. 155.

Après avoir enseigné les langues et littérature françaises à l’Université de Genève et à l’Université de Pennsylvanie (Philadelphie), Valérie Bucheli a fait une thèse  à l’Université de Genève intitulée: "Intertextualité exotique de Victor Segalen: "ne pouvoir imaginer qu’en fonction de l’adverse"". Elle prolonge actuellement ses recherches sur les fonctions de l’intertextualité dans la littérature française du début du XXe siècle.

Colette CAMELIN: Segalen médecin, archéologue et poète "en temps de détresse"
Segalen a vécu la guerre à l’hôpital militaire de Brest, sur le front des Flandres et en Chine. Son expérience des horreurs de la guerre industrielle l’amènera à préciser ses positions face à  ce qu’il appelle la "tuerie" sur le front et à envisager d’écrire "le sottisier de la guerre". "En temps de détresse", selon l’expression de Hölderlin, il s'insurge et se bat contre "les forces décomposantes"; il veut "mener une œuvre qui ne soit pas de destruction", et il le fait avec constance dans les circonstances les plus défavorables: pendant la guerre, il travaille à Équipée, Peintures, Orphée-Roi, "Hommage à Gauguin", René Leys, Chine. La Grande Statuaire, Combat pour le sol, Thibet... Il lance des projets (Essai sur soi-même, Sites...), écrit des pages essentielles intégrées à l’Essai sur l’exotisme qu’il intitule Imago Mundi, c’est-à-dire sa "vision du monde à [lui]: artiste". Or, la seule "raison d’être" de l’artiste est "d’exprimer ce qui n’a pas été dit" — poursuivre son œuvre à l’abri du "rempart" des manuscrits. Comment ces textes tiennent-ils "la Grande Chose" à distance? "Le fait de la guerre", cependant, attaque le rempart par plusieurs angles. Segalen tente alors de penser ce "fait" dans le cadre du "Divers" et de retrouver le chemin ascendant vers le seul royaume auquel il aspire: "le Mystérieux". Mais quand la guerre se termine, le poète a de plus en plus de mal à "recoudre" le livre de sa vie et de son œuvre "violemment déchiré à la reliure". Cette déchirure a certes une dimension existentielle, mais elle concerne d’abord son œuvre et sa pensée d’artiste.

Colette Camelin, professeur émérite de littérature française à l’Université de Poitiers;  a enseigné les humanités à Sciencespo Euroamerican College (Reims) de 2012 à 2017. Elle est actuellement présidente de l’Association Victor Segalen.
Publications:
Éclat des contraires, la poétique de Saint-John Perse, CNRS Éditions, 1998.
L’imagination créatrice de Saint-John Perse, Hermann, 2007.
Ouvrages collectifs:
L’Intensité: formes, forces, variations, PUR, 2011.
1913 cent après: enchantements et désenchantements, Colloque de Cerisy, Hermann, 2015.
Premiers écrits sur l’art (Gauguin, Moreau, la sculpture) de Victor Segalen, Champion, 2011.
Cahiers Victor Segalen: Le mythe de la Chine impériale, Champion, 2013.
Segalen et la Polynésie: exotisme et altérité, Champion, 2015.


Noël CORDONIER: L'œuvre et la réception de Segalen au prisme de l'"appropriation culturelle"
C’est le récent concept nord-américain post-colonialiste d’"appropriation culturelle" que je solliciterai pour réinterroger ce qui me paraît former l’un des enjeux interprétatifs majeurs de l’œuvre de Segalen, à savoir la tension entre une connaissance à la fois approfondie et respectueuse de la diversité individuelle et culturelle et une faible autoévaluation du geste de prélever les biens immatériels d’autres cultures. La notion contemporaine d’appropriation étant radicale, cette tension pourra s’en trouver exacerbée: "On parle d’appropriation culturelle lorsqu’un membre d’une communauté "dominante" utilise un élément d’une culture "dominée" pour en tirer un profit, artistique ou commercial" (V. Morain, Le Monde, 16 mai 2017). Si tombent sous le coup de cette définition surtout les appropriations de modes vestimentaires ou de savoirs faire traditionnels par des firmes ou de musiques par des artistes, un projet d’exploitation littéraire par des écrivains canadiens de données et référents culturels appartenant à des communautés autochtones a suscité de vives polémiques. Bien que ce concept appliqué à la création littéraire soit pour moi une dérive du "politiquement correct", je souhaite profiter de son prisme déformant pour revisiter ce qui de l’œuvre de Segalen pourrait thématiser le geste d’appropriation et pour ajouter un épisode à l’histoire de sa réception.

Bibliographie:
Bourriaud Nicolas, Radicant, Pour une esthétique de la globalisation, Paris, Denoël, 2012.
Cordonier Noël, "Victor Segalen", Médium, n°50, janv.- mars 2017, pp. 77-89.
Dionne Claude, Mariniello Silvestra, Moser Walter (dir.), Recyclages: Économies de l’appropriation culturelle, Montréal, Éditions Balzac, 1996.
Gin Pascal, Goyer Nicolas, Moser Walter (dir.), Transfert, Exploration d’un champ conceptuel, Ottawa, Presses de l’Université, 2014.
Glissant, Edouard, Traité du Tout-Monde, Paris, Gallimard, 1997.
Morin, Violaine, "Au Canada, la notion d’"appropriation culturelle" déchire le monde littéraire", Le Monde, 16.05.2017 (en ligne).


Philippe DESPOIX: La contre-épreuve chinoise. Singularités du corpus photographique des expéditions Segalen
La communication s’insérera dans l'interrogation sur les rapports entre les recherches en sciences humaines (ethnologie, sinologie, archéologie...) et l’œuvre littéraire de Victor Segalen. Elle portera essentiellement sur ses trois expéditions chinoises en s'intéressant en particulier à l'emploi massif qui y est fait de la photographie. Il s'agira d'abord de situer ces matériaux photographiques par rapport à ceux d'expéditions archéologiques ou ethnologiques contemporaines, puis de retracer les interactions de ce travail avec les ouvrages non seulement scientifiques mais aussi littéraires du cycle chinois, de Stèles à Chine. La grande statuaire. On sera aussi attentif à la place relativement mineure de la photographie dans la poétique du divers propre à Segalen qu'à son croisement systématique avec d'autres techniques de visualisation telle que l'estampage et le dessin.

Philippe Despoix est professeur de littérature comparée à l’Université de Montréal où il dirige le Centre de recherches intermédiales sur les arts, les lettres et les techniques (CRIalt). Il s'est, entre autres, intéressé aux expéditions scientifiques européennes dans Le monde mesuré (2005). Coéditeur des principaux ouvrages de Siegfried Kracauer en français, il a récemment publié du même auteur Sur le seuil du temps. Essais sur la photographie (2014). Ses recherches actuelles portent sur la fonction des médias dans les processus mémoriels et interculturels. Il prépare un ouvrage qui envisage le rapport entre photographie, anthropologie et histoire dans une perspective intermédiale.

Muriel DÉTRIE: Peintures de Segalen et les arts vivants de son temps
Selon le sinologue et critique littéraire Simon Leys (alias Pierre Ryckmans), "contrairement à ce que pourrait faire croire son titre, la plaquette [sic] Peintures n’a rien à voir avec la peinture chinoise". Ce jugement profondément injuste nous invite néanmoins à redécouvrir un aspect de l’œuvre Peintures que les critiques segaléniens, attachés à démontrer ses liens avec l’art pictural de la Chine, ont généralement négligé, à savoir qu’elle est un "boniment", une "parade aux tréteaux", comme l’a indiqué Segalen lui-même. Nous examinerons cette dimension orale et spectaculaire de Peintures en situant l’œuvre par rapport aux arts vivants de son temps (numéros de cabarets, revues, parades, pantomimes, théâtre de tréteaux, lanterne magique, cirque, attractions foraines et surtout le cinéma muet avec son bonimenteur) auxquels Segalen a emprunté nombre de techniques, de moyens, de sujets et d’effets. Nous verrons qu’en adoptant la posture du "bonimenteur" capable de "faire voir" ce qui n’existe pas et de faire croire à sa réalité, il fait la démonstration des pouvoirs de suggestion du langage et de l’éloquence tout en dénonçant l’illusion réaliste sur laquelle se fonde la culture de masse de son temps. Ce faisant, ne défend-il pas une esthétique fidèle au symbolisme mallarméen mais proche aussi de la peinture chinoise traditionnelle qui vise à créer un monde de l’esprit?

Muriel Détrie, maître de conférences en Littérature générale et comparée à l’Université de la Sorbonne Nouvelle, a soutenu en 1986 une thèse sur Peintures de Victor Segalen (Université Paris 4).
Publications:
Iinédits relatifs à Peintures dans le Cahier de l’Herne Victor Segalen, 1998.
Peintures, éditions Mille et une nuits, 2000.
France-Chine: quand deux mondes se rencontrent, Gallimard, coll. "Découvertes", 2004.
(en préparation) édition critique de Peintures, Champion.

Charles FORSDICK: Segalen postcolonial
L’intervention analyse la lecture dite "postcoloniale" de l’œuvre de Segalen. D’un côté, je compte étudier la façon dont le postcolonialisme (anglophone) s’est emparé du texte segalénien, d’une manière souvent négative chez, par exemple, Edward Saïd, ou d’une manière généralement plus positive, suite à la publication d’une traduction américaine de l’Essai sur l’exotisme (2002), dans les études de l’exotisme postcolonial. De l’autre côté, la communication vise à compléter cette approche en explorant la lecture de Segalen par des écrivains dits "francophones" (notamment Edouard Glissant et Abdelkébir Khatibi). Je propose donc d’étudier l’intérêt que continue à susciter l’oeuvre de Segalen, située au carrefour de plusieurs cultures et de plusieurs disciplines, chez des penseurs et créateurs postcoloniaux depuis le milieu du XXe siècle et en ce début de XXIe.

Charles Forsdick, professeur à l’Université de Liverpool, est spécialiste de la littérature de voyage et de l’exotisme.
Publications:
Victor Segalen and the Aesthetics of Diversity: Journeys between Cultures (Oxford, 2000).
Travel in French and Francophone Cultures: The Persistence of Diversity
(Oxford, 2005).
Ella Maillart: "Oasis interdites" (Zoé, 2008).
Co-direction de collections sur le récit de voyage et la pensée postcoloniale:
Francophone Postcolonial Studies: A Critical Introduction (Arnold, 2003).
Postcolonial Thought in the French-Speaking World
(Liverpool, 2009).
Travel Writing: Critical Concepts in Literary and Cultural Studies
(Routledge, 2012).
Travel and Ethics: Theory and Practice
(Routledge, 2013).
Travel Writing: 100 Keywords (Anthem Press, 2018).


Dominique GOURNAY: Thibet d’un siècle à l'autre: résonances géopolitiques et géopoétiques d'un titre
La dernière œuvre à laquelle Victor Segalen ait travaillé, Thibet, emprunte son titre à la désignation d’une aire géographique et culturelle, non sans de multiples ambiguïtés. Il s’agit d’interroger les implications géopolitiques anciennes et actuelles de cette désignation ainsi que l’utilisation poétique du référent géographique et culturel tibétain. Segalen ne voue pas son poème à la célébration d’une entité culturelle ni d’un peuple. Cependant, de l’usage poétique qui en est fait, résultent des tensions dans la réception de l’œuvre. L’étude dessinera les fluctuations de la réception d’une œuvre parfois évoquée dans sa littéralité, plus souvent comprise comme une allégorie. L’approche géopoétique ouvre des perspectives pour appréhender la façon dont Thibet peut être lu dans son rapport potentiel avec les lieux qu’il convoque.

Dominique Gournay, agrégée de Lettres Modernes, docteur ès lettres, enseigne à Calais.
Publications:
Victor Segalen ou les voies plurielles (avec la collaboration d’Anne-Elisabeth Halpern), Seli Arslan, 1999.
Pour une poétique de Thibet de Victor Segalen, Presses Universitaires Franc-Comtoises, 2004.


Gabriel HOURCADE: Segalen mis à nu dans Le Siège de l'âme
Il s’agira de montrer comment derrière l’intrigue fantastique de cette nouvelle, Segalen se met à nu et dévoile les contradictions internes à son projet artistique concernant la Chine. L’étude des trois différentes formes d’écriture présentes dans la nouvelle (les caractères de la stèle de l’empereur, les graffitis des touristes et les caractères gravés par le narrateur avec un caillou) révélera les enjeux et les limites du projet ségalénien. Cela permettra aussi de réfléchir à la relation ambiguë de Segalen avec ses contemporains occidentaux présents en Chine ainsi qu’à la dichotomie Chine mythique / Chine moderne qui traverse son œuvre.

Gabriel Hourcade est enseignant de français dans un gymnase à Renens en Suisse. Il a écrit une thèse de doctorat intitulée "L’écriture de l’échec: Segalen, l’Empereur de Chine et la tentation du mythe" qui retrace la fascination de Segalen pour la figure du Fils du Ciel et met en lumière les tensions inhérentes à la figure géminée de l’Empereur, écartelé entre histoire et mythe.

Bei HUANG: L’invention du "je" dans l'écriture exotique de Segalen
Il est certain que Segalen est arrivé en Chine avec l’ambition de faire une œuvre exotique originale. Qui pourraient être ses modèles? Outre Claudel que lui-même a maintes fois mentionné, il semble que Flaubert, avec Salammbô, constitue un exemple caractérisé, d’un côté, par un exotisme dans le temps comme dans l’espace, et, de l’autre, par une écriture hautaine et impersonnelle. Le Fils du Ciel, première œuvre "chinoise" envisagée par Segalen, témoigne d’une tentative de l’écriture "impersonnelle" — tentative qui n’aboutit cependant pas. De l’"Empereur" du Fils du Ciel est né peu à peu l’"Empereur" de Stèles, et l’écriture impersonnelle se transforme en l’écriture du moi. De l’une à l’autre, l’expérimentation de la forme littéraire tout comme l’expérience de l’altérité, à travers un "voyage au Pays du Réel", ont joué un rôle décisif.

Bei Huang, professeure de littératures comparées à l’Université Fudan (Shanghai), a traduit en chinois, entre autres, Peintures et Essai sur l’exotisme de Victor Segalen. Elle a publié Segalen et Claudel. Un dialogue à travers la peinture extrême-orientale (Presses universitaires de Rennes, 2007) et édité avec Philippe Postel le numéro 3 des Cahiers Victor Segalen, intitulé "Lectures chinoises de Victor Segalen" (Honoré Champion, 2017).

Makoto KINOSHITA: Traduire, réécrire et écrire — stratégie de textes segaleniens
Depuis les Immémoriaux jusqu'à Équipée, Segalen a écrit ses textes fondés sur la traduction d'autre textes. Avant les œuvres, il y a d'autres œuvres, ou les œuvres des autres, celles des Maoris, des Chinois et des Européens. Avant le commencement, il y a d'autres commencements, qui étaient aussi des traductions d'autres textes. Cette stratégie de traductions ou de citations fonctionne non seulement au niveau de la naissance d'œuvres littéraires mais aussi au niveau de l'agencement des écritures textuelles. On retrace cette stratégie segalenienne à travers ses textes divers comme Immémoriaux, Stèles, Peintures et Équipée.

Makoto Kinoshita est professeur de l'Université de Hyogo et enseigne la littérature française.
Il a publié des traductions de Segalen comme Essai sur l’Éxotisme / Équipée (1995), Les Immémoriaux (2003), Peintures / Imaginaires (2007), Le Double Rimbaud / Siddhartha / Orphée-Roi / Dans un monde sonore / Segalen et Debussy (2010), et de Gilles Manceron, Segalen (2015). Il a écrit des articles en français comme "Segalen, double de Rimbaud" (2006) et divers articles en japonais comme "Mémoire des Immémoriaux" (1997), "Mémoires des Maoris, corps de Terii, paroles de Segalen" (1997), "Esquisse pour le poïétique de Segalen" (1997), "Cycle sans retour — Exotisme de Victor Segalen" (1997).


Sophie LABATUT: René Leys, œuvre réversible ou réciproque?
René Leys est d’abord une œuvre système, par ironie dans tous les sens du mot, autour de l’inversion. Ensuite les affabulations de René Leys se révèlent réversibles par rapport aux récits immémoriaux, désir de tout ethnographe en transfert, mais la mythomanie oscille entre falsification et art mimétique du conteur (le miroir du roman étant un revers du réel). Enfin, à partir du sésame "tout peut se retourner bout pour bout", René Leys reprend la réversibilité taoïste par la diffraction du sujet dans le volatile des instances. Mais, au lieu d’arriver à une dissolution dans le qi, Segalen conserve du système occidental la notion d’inquiète responsabilité. Il s’agit moins d’une poétique du vide que de l’omniprésence d’un "je" massivement coupable: réciprocité ou réversibilité? En cela, la désoccidentalisation proposée par le roman consonne avec la littérature actuelle, dans sa recherche d’hybridation, d’altérité et d’aporie.

Sophie Labatut, ancienne élève de l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm, est agrégée de lettres modernes et professeur en Première Supérieure. Elle a fait paraître une édition critique complète de René Leys en 1999 chez Chatelain-Julien, qui a été abrégée en 2000 chez Gallimard (collection "Folio"), ainsi que des articles sur René Leys, Équipée ou Peintures.

Suzanne LE MEN: De Segalen à Volodine, d'une distinction à l'autre: généalogie dissidente de l'utopie exotique
Cette étude transhistorique trace la généalogie d’un exotisme de la dissidence et par-là même répond à une provocation épistémologique: comment penser le commun tout en faisant de la diversité une valeur positive? C’est le défi que relève le roman-manifeste d’Antoine Volodine, Post-exotisme en 10 Leçons, Leçon 11 (1998) et le problème qui nous occupera. Il s’agira d’explorer la notion d’exotisme telle qu’elle apparaît chez Victor Segalen dans sa dimension ontologique et esthétique à l’aune de ses réappropriations politiques: postcoloniales d’abord avec Edouard Glissant, puis plus récemment marxistes révolutionnaires avec Antoine Volodine. De Segalen à Volodine en passant par Glissant, la distinction est le moteur d’un concept qu’il est difficile de départir de son Eurocentrisme: "l’utopie exotique". La notion de distinction est ici coextensive à celle de différence. Éthique de la distinction et politique de la différence constituent en ce sens les conditions de possibilité et de renouvellement d’une pensée de l’utopie exotique.

Suzanne Le Men, doctorante dans le département d’études romanes à l’Université de Duke (États-Unis), conduit des recherches sur le concept d’hyper-visibilité et sur les relations entre politique et esthétique, tels qu’ils circonscrivent les conditions selon lesquelles nous nous représentons la figure de "l’Arabe Gay" aujourd’hui. Elle explore les diverses manifestations de cette figure à travers l’étude d’un ensemble de publications algériennes, marocaines et françaises contemporaines. Elle a publié au printemps 2017 dans le journal Des Idées et des Femmes un article portant sur l’utopie et le colonialisme dans Les Nègres de Jean Genet.

Sophie LESIEWICZ: L'œuvre éditoriale de Segalen dans l'histoire du livre d'art occidental
Comment se place Segalen dans le contexte français des producteurs de livres d’art, auquel il a pleinement pris part en devenant collaborateur de la maison Crès? La "bibliophilie créatrice" qui apparaît avec le livre fin-de-siècle promeut la figure de l’"architecte du livre". Il s’agit parfois de l’auteur lui-même, laissant apparaître ainsi le "livre d’écrivain". Il s’agira dans un premier temps d’inscrire la création livresque de Segalen dans cette perspective, initiée par Gourmont et Jarry, et de montrer qu’il en épouse les évolutions. De 1909 à 1920, en effet, ce livre d’écrivain change de configuration éditoriale et Stèles, de 1912 à 1914 se trouve être particulièrement représentatif de ce passage de l’édition à compte d’auteur à l’autoédition. Stèles appartient par ailleurs à une époque très innovante sur le plan de la typographie et de la mise en page, dont les avant-gardes sont loin d’être les seules représentantes. L’époque est à l’émergence de ce que nous appelons le "livre graphique" et correspond à un "retour aux idéogrammes" tel que théorisé par A.M. Christin. C’est à travers ce prisme que nous voudrions, dans un second temps, interroger la bibliophilie créatrice de Segalen.

Sophie Lesiewicz est conservateur, directrice adjointe de la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet (Paris), chercheur associée à l’UMR THALIM, équipe "Écritures de la modernité "et membre du "Centre d’étude de l’Écrit et de l’Image" (CEEI). Un DEA à Paris IV sous la direction d’A. Compagnon en 2002 et un DEA en Histoire de l’Écrit à l’EPHE sous la direction de Frédéric Barbier en 2006 ont été consacrés à Segalen, Claudel et Saint-John Perse, trois poètes à l’école de la Chine. En 2002-2003, elle a passé un an comme lectrice à l’Université de Wuhan afin de collecter des revues universitaires chinoises consacrées aux trois auteurs. Sa thèse, en cours de finalisation et dirigée par J.Y. Mollier, porte sur la mise en évidence d’un "livre graphique" et comprend dans son corpus l’œuvre éditoriale de Segalen. Pour le programme ANR LEC (2010-2014), elle a conçu en collaboration avec l’Université Paris 3-Sorbonne nouvelle, la base de données LivrEsC. Ses recherches portent sur le "livre graphique" et le "livre d’artiste", la typographie et l’histoire de l’édition (XIXe-XXIe siècle), le texte spatialisé et la poésie visuelle (XIXe-XXIe siècle) ainsi que sur les rapports entre poésie et arts plastiques.
Publications récentes:
"Les éditeurs de livres graphiques, 1875-2010, un panorama", dans I. Chol, S. Linarès, B. Mathios (dir.), LiVres de pOésie Jeux d’eSpace, Paris, Honoré Champion, 2016.
"Mise en page du Vieillard sur le Mont Omi, Étude génétique et bibliographique d’une "amusette typographique"", Bulletin de la Société Paul Claudel, n°219.
"Pierre Albert-Birot éditeur", Europe, n°1056, avril 2017.
"Pierre Bettencourt, sous le signe du désordre, Auteur/éditeur, Artiste, Auto-archiviste", exposition virtuelle [en ligne], 2017.
Elle codirige les actes du séminaire "Livre/Poésie: une histoire en pratique(s)" avec Hélène Campaignolle-Catel et Gaëlle Théval dont le 2ème volume paraîtra aux Cendres, début 2018.


Esther LIN: Face à la disparition du Divers. De l'exotisme à l'exoptisme
Sous le thème de l'exotisme, Segalen a pensé le "Divers" comme ce qui confère sa tension — d'où son relief — à l'humain, dans l'espace comme dans le temps. Mais il se heurte à une déception qui, pour lui, devient dramatique: le divers entre les cultures est en voie de disparition. D'où l'intérêt d'inscrire en parallèle à l’œuvre de Segalen le chantier philosophique de François Jullien et ce qu'on a appelé l'"exoptisme" de sa pensée. Exotisme et exoptisme mettent également en valeur cet "ex" du Dehors qui fait ressortir la singularité culturelle et sa fécondité. En outre, les concepts de Jullien, que ce soit d'écart, par différence avec la différence, ou de ressource, par différence avec l'identité, pourront ouvrir une issue à ce qui paraît l'aporie de la Différence dans l'œuvre de Segalen. Car la "Différence" est menacée d'effacement sous le règne de la ressemblance par uniformisation imposée par la mondialisation. L'écart, en revanche, est le concept opératoire pour fissurer cet homogène et fait reparaître le Divers comme autant de ressources à explorer.

Esther Lin a soutenu une thèse sur Victor Segalen sous la direction de P. Brunel. Bibliothécaire à l’Institut des Hautes Études Chinoises, Collège de France, elle est aussi traductrice de la littérature et des essais philosophiques. Outre sa traduction en chinois de Stèles de V. Segalen, publiée en 1999 en édition bilingue, elle traduit Y. Bonnefoy, A. Volodine, G. Rosolato et F. Jullien. Membre associé de la Chaire sur l’altérité, FMSH, et Coordinatrice du Fonds philosophique François Jullien, ULB, elle contribue à la promotion de la pensée du philosophe et sinologue français.

Françoise LIVINEC: Le retour de Segalen au Huelgoat: réception de l'œuvre de Segalen à partir de l'espace d’art, l'École des filles
Depuis 2013, lors du week-end de l’Ascension, les Rencontres Victor Segalen se déroulent dans l’espace d’art, l’École des filles (www.ecoledesfilles.org), au Huelgoat, à quelques pas du lieu où est mort le poète, sinologue et médecin de la Marine. Ce festival questionne des problématiques historiques et contemporaines à partir d’un thème choisi dans l’œuvre de Segalen (2013: 100 ans de Stèles, 2014: Explorateur, archéologue et trafic d’art, 2015: Segalen et la médecine, 2016: Victor Segalen et les Marquises, 2017: Frontières, 2018: Correspondances). Il s’agira dans cette communication d’étudier la réception de la pensée de Segalen au travers de ces 5 années de colloques et d’échanges sur sa vie et son œuvre, face à un public très diversifié, visiteurs de l’espace d’art et auditeurs des rencontres littéraires. Du détail à l’idée, de la densité de son œuvre à la réalité de sa compréhension, les Rencontres Victor Segalen, se tenant à la date d’anniversaire de sa mort (le 21 mai 1919), sont devenues un temps fort de la programmation culturelle finistérienne et un moment de partage entre les publics et les intervenants. La question est également de comprendre la résonance qui existe entre la beauté naturelle du site, Huelgoat, et la tension esthétique des écrits de Victor Segalen.

Après avoir réhabilité, en 2009, l’ancienne école communale de filles du Huelgoat en espace d’art, Françoise Livinec a initié les Rencontres Victor Segalen, à partir de 2013. Portée par un désir de valoriser le patrimoine de ce territoire tout en l’ouvrant à des interrogations plus larges, elle a créé un rendez-vous annuel fédérant un nombre croissant de personnes autour de la figure de Victor Segalen. Également galeriste et éditrice d’art, la ligne éditoriale de son projet, déployé à Paris, au Huelgoat et à l’international, se construit en conversation avec la pensée de Segalen et l’esthétique silencieuse et mystérieuse de la forêt du Huelgoat.
Sélection de publications en lien avec Victor Segalen:
Exote, esthétique du divers, Éditions Françoise Livinec, 2014.
Victor Segalen, 100 ans de Stèles, Éditions Françoise Livinec, 2013.
Rétrospective Krebs: Hommage à Victor Segalen, Éditions Françoise Livinec, 2009.


Dominique MABIN: Naissance d'un écrivain. À propos de la thèse de médecine de Victor Segalen
Dans sa thèse intitulée: "L’Observation médicale chez les écrivains naturalistes", publiée sous le titre: Les Cliniciens ès lettres, Victor Segalen entreprend une démarche médico-littéraire très en vogue à cette époque. Partant de la constatation que l’école naturaliste "s’est réclamée des libertés et des franchises de la Science, et, en particulier, des droits du médecin", Segalen estime qu’"il n’est pas déplacé à la science médicale d’apprécier la mesure dans laquelle cette école a tenu ses promesses". Son étude concerne la façon dont les écrivains naturalistes se procurent le document humain. Il différencie trois modes: la clinique objective, la clinique subjective, et la documentation indirecte. Il insiste sur le vocabulaire médico-esthétique, c’est-à-dire poétique, le mieux à même d’exprimer cette clinique médicale. La médecine n’est qu’un prétexte pour montrer tout son intérêt pour la littérature et l’écriture, ce que la suite de son existence confirmera. Le lecteur de cette thèse peut porter un regard plus médical, et dire si Victor Segalen a bien rempli ses promesses.

Dominique Mabin est Professeur de neurologie, médecin des hôpitaux (ER).
Thèse de médecine: Faculté de médecine Cochin-Port-Royal, ParisV, 1971.
Publications:
Le Sommeil de Marcel Proust, PUF, 1992, 224 p.
La mort de Victor Segalen, Cahier de l’Herne, 1998.
"La mort de Bergotte, point de vue médical", BMP, 1998.
"Les sommeils surréalistes. Un point de vue neurophysiologique", Mélusine, Paris, 2003.
"Lecture médicale d’Aurélia de G. De Nerval", Histoire des Sciences Médicales, 2016.


Philippe POSTEL: Portraits imaginaires de Victor Segalen
La vie de Victor Segalen, par sa densité, son "romanesque", ses mystères, a suscité de nombreux portraits littéraires dont le statut générique hésite entre biographie et fiction. Cette communication examine la diversité de ses propositions, afin d’en déterminer les enjeux. Elle s’appuie principalement sur les œuvres suivantes: Passage des oiseaux pihis de Christian Doumet (1996), Monsieur Sié de Marianne Bourgeois (2003), Une Longue marche de Jean Esponde (2007), L’un vers l’autre de François Cheng (2008), Victor Segalen et le Roi Dagobert de Daniel Kehr (2011) et Mes pas vont ailleurs de Jean-Luc Coatalem (2017, prix Fémina de l’essai).

Philippe Postel est maître de conférences HDR en littératures comparées, spécialiste des domaines asiatiques.
Publications:
Victor Segalen et la statuaire chinoise,
Champion, 2001.
Ainsi qu’une édition critique de Chine. La Grande statuaire (2011), de Stèles et Odes (en préparation).
Cahiers Segalen
(trois numéros parus).


Jean-Xavier RIDON: Jean Baudrillard et Édouard Glissant: lecture croisée et contradictoire de Segalen
La réflexion de Segalen sur la question de l’altérité a marqué la pensée contemporaine de deux façons distinctes qui dévoilent une tension au sein même de son concept d’exotisme. D’un côté, son idée d’une altérité non traduisible qui échapperait à toute forme de représentation, a été utilisée par certains théoriciens postmodernes pour dénoncer la disparition de la figure même de l’Autre. Ainsi, tout au long de son œuvre, Jean Baudrillard est-il revenu sur le concept segalénien de l’exotisme pour dénoncer l’effacement progressif de la figure de l’Autre dans le monde contemporain[1]. Il dénonce ainsi l’autisme propre à une civilisation qui fait disparaître la présence de l’Autre et même celle de la mort (L’Échange impossible) et dont les sujets finissent par disparaître eux-mêmes, ce "crime parfait", nous dit-il, où toute forme d’altérité serait ramenée au même. En ce sens, Baudrillard est l’héritier direct de cette méfiance que Segalen manifestait vis-à-vis de toute forme de métissage culturel. D’un autre côté, la réflexion de Segalen sur l’altérité a trouvé un écho dans la pensée postcoloniale contemporaine qui a reconnu en lui le précurseur d’une réflexion anticoloniale mais aussi l’annonciateur d’une pensée qui a permis l’émergence de la parole de l’autre. Entre Abdelkébir Kathibi[2], qui perçoit l’exote comme l’exercice d’une acceptation de l’autre, et Édouard Glissant[3], qui découvre en lui une poétique de l’ouverture à la diversité, Segalen est devenu une référence essentielle à une réflexion contemporaine sur le multiculturel et l’interculturalité. On se retrouve ainsi, d’une part, devant l’affirmation d’une pensée duelle qui met en avant la nécessité d’une dialectique pour préserver le moi et l’Autre et, d’autre part, une pensée qui met en avant l’idée de multiplicité et d’échanges. D’un côté, une force de disparition de l’altérité et, de l’autre, la dynamique de sa réinvention dans la différence. Ces deux lectures sont-elles contradictoires? Cette divergence est-elle déjà présente dans le texte de Segalen où n’est-elle que le résultat logique d’une appropriation idéologique issue de la lecture de ces théoriciens? Pour répondre à ces questions, je proposerai une analyse comparative de la façon dont Baudrillard et Glissant se réfèrent à l’œuvre de Segalen et comment elle leur a permis de repenser notre rapport à l’Autre.
[1] Notamment dans L'Autre par lui-même, Paris, Galilée, 1987; et Figures de l’altérité, Paris, Descartes & Cie, 1994.
[2] Abdelkébir Khatibi, Figures de l’étranger dans la littérature française, Paris, Denoël, 1987.
[3] Édouard Glissant, Poétique de la Relation, Paris, Gallimard, 1990; L’Intention poétique, Paris, Gallimard, 1997.


Bibliographie:
Jean Baudrillard / Marc Guillaume, Figures de l’altérité,  Paris, Descartes & Cie, 1994.
Jean Baudrillard, L'autre par lui-même, Paris, Galilée, 1987.
Celia Britton, Édouard Glissant and Postcolonial Theory. Strategies of Language and Resistance, Charlottesville, University of Virginia Press, 1999.
James Clifford, Malaise dans la culture. L'ethnographie, la littérature et l'art au XXe siècle, Paris, École Nationale des Beaux-Arts, 1998.
Édouard Glissant, Poétique de la Relation, Paris, Gallimard, 1990.
Édouard Glissant, L’Intention poétique, Paris, Gallimard, 1997.


Olivier SALAZAR-FERRER: Deux poétiques du réel impossible. Le dialogue de Victor Segalen et Benjamin Fondane avec Jules de Gaultier
Nous interrogerons la relation croisée entre la poétique esquissée dans L’Essai sur l’exotisme de Victor Segalen et Faux traité d’esthétique (1938) de Benjamin Fondane qui entretient lui aussi une correspondance en partie inédite avec le philosophe du bovarysme et fréquente son salon parisien à partir de 1924 avant de rompre définitivement avec lui sous l’influence de Léon Chestov. Comment les deux poètes philosophes ou "philosophes artistes" intègrent-ils l’héritage nietzschéen? Une étude des correspondances croisées des deux poètes avec Jules de Gaultier permettra d’interroger les quêtes respectives du réel entreprises par les deux poètes, entre symbolisme et idéalisme, exploitant recherches de Per Buvik (Jules de Gaultier, Le Bovarysme, suivi d’une étude de Per Buvik Le Principe bovaryque, Paris, PUPS, 2006) et d’Aurélien Métroz sur Équipée ("Espaces phénoménologiques d’Équipée", A contrario, 2010/2, n°14). Benjamin Fondane opère lui aussi une déconstruction de l’imaginaire réflexif au sein d’une pseudologie ironique, particulièrement contre André Gide (La Conscience malheureuse, 2013). Cherchant à puiser dans le primitivisme un accès libéré au réel illustré par des essais d’esthétique appliqués aux arts visuels (Fondane, Brancusi, 1928), les deux poètes se rapprochent non seulement par une poésie hantée par l’attestation radicale de l’acte d’exister, mais également par une critique corrélative de l’illusion inhérente à nos systèmes de représentation. Parallèlement, ils utilisent tous deux une poésie du voyage métaphysique ascensionnel pour illustrer cette quête impossible et paradoxale.

Olivier Salazar-Ferrer est maître de conférences à l’Université de Glasgow où il enseigne la littérature française et la philosophie. Il s’intéresse particulièrement aux relations entre littérature, philosophie et arts visuels. Il est notamment spécialiste de l’œuvre de Benjamin Fondane et de la littérature de voyage.
Publications:
Benjamin Fondane, Oxus, 2004.
Benjamin Fondane et la révolte existentielle
, 2007.
Le Clézio et la philosophie, Passages, 2015.
L’Usage du monde de Nicolas Bouvier, Infolio, 2015.
La Chronique japonaise de Nicolas Bouvier, Infolio, 2017.


Haun SAUSSY: Le bovarysme de l'autre
Le concept de bovarysme, lancé par Jules de Gaultier en 1902, resurgit depuis quelque temps: grâce à la refonte par Édouard Glissant de l'"esthétique du divers" de Segalen, il est cité, controversé, redoublé, soumis à de multiples appréciations dans l'espace post-colonial. Mais son emploi dans un contexte polémique lié au colonialisme n'a pas attendu "l'éloge de la créolité". Il n'y a qu'à feuilleter les pages que Arnold van Gennep a consacrées en 1908 au "bovarysme" des couches supérieures de la société du Libéria pour vérifier l'utilité de la formule quand il s'agit de justifier une pensée réductrice de l'identité. On sait que, dans la foulée de l'invasion d'Haïti par les Marines américains en 1915, le ci-devant diplomate et futur ethnologue Jean Price-Mars a fustigé le "bovarysme collectif" de ses compatriotes, "c'est-à-dire la faculté que s'attribue une société de se concevoir autre qu'elle n'est". Voulant dessiner une nouvelle "vocation de l'élite" haïtienne, Price-Mars appelait les Haïtiens à se destituer de l'illusion d'être "des Français 'colorés,'" et à redevenir "des Haïtiens tout court". Le bovarysme, pour Price-Mars, c'est le mensonge qui habite l'autre. Il est synonyme d'aliénation, d'inauthenticité — et l'on sait quels remèdes sont généralement proposés à de tels maux. Par contre, le bovarysme anime chez Segalen non pas l'autre, mais soi-même, et témoigne de l'opacité qui interrompt toute réflexion sur le moi essentiel. Nous proposons de replacer l'"Essai sur l'Exotisme" parmi les premières réflexions sur ce bovarysme spécifique qui s'enfuit loin de Trouville pour hanter le domaine colonial et post-colonial.

Haun Saussy est professeur de littérature chinoise et comparée et enseigne également l’histoire des formations du savoir à l’Université de Chicago.
Publications:
The Problem of a Chinese Aesthetic, 1993.
Great Walls of Discourse and Other Adventures in Cultural China, 2001.
The Ethnography of Rhythm: Orality and Its Technologies, 2016.
Translation as Citation: Zhuangzi Inside Out, 2017.
Ainsi que plusieurs autres ouvrages traduits ou collectifs.


Sandrine SCHIANO: Le gai savoir de Victor Segalen
Victor Segalen, mobilisant matière savante et création imaginaire, s’est donné pour vocation d’explorer et d’expérimenter le plus de "Réel" possible par le truchement du voyage, de l’écriture, de l’étude ou de la science. L’exotisme soulève des enjeux épistémologiques et esthétiques dont ne s’est jamais départi le jeune médecin de marine. Telle la fameuse hantise de l’entropie qu’il définit ainsi: "Il y a une formule terrible, venue je ne sais plus d'où: "L'Entropie de l'Univers tend vers un maximum"". Peut-on coudre le sens à travers le tissu des apparences? C'est ce monde "fuyant", discontinu et divers, chargé de nouvelles incertitudes, mais pourtant "illusoire et beau", dont nous nous efforcerons de rendre compte à travers quelques-uns de ses écrits dont son Essai sur l’exotisme et son journal de route "au pays du réel". Gai savoir ou/et idéalisme pessimiste?

Sandrine Schiano a écrit divers articles sur Flaubert, Barrès, Gourmont, France, Maeterlinck, Verne et Renard. Ses récents travaux portent sur l'héritage de Schopenhauer et Darwin dans les cultures européennes, les fictions du savoir au tournant du XXe siècle, le bovarysme et le pessimisme fin de siècle.
Sélection de titres:
La Renaissance de l’idéalisme à la fin du XIXe siècle, Champion, 1999.
"Du temps biblique au temps géologique", Figures du temps dans les sciences et les arts, Hermann, 2012.
"De Schopenhauer à Darwin: le théâtre de l’évolution", Romantisme, 2012.
"Fictions naturalistes et récits d’animaux chez Gourmont, Maeterlinck et Renard: réenchanter la nature après Darwin", Histoire(s) naturelle(s) des animaux dans la littérature de langue française (XXe-XXIe siècles), Presses de la Sorbonne, 2015.
"Gourmont, médiateur, vulgarisateur et chroniqueur des sciences de son temps", Présences de Remy de Gourmont, colloque de Cerisy, septembre-octobre 2015 (à paraître).


Corentin SEGALEN: La Grande Guerre de Victor Segalen
Le 12 mars 1934, le médecin de première classe Victor Segalen est inscrit sur la liste des écrivains morts pour la France. On peut s’interroger sur cette décision dans la mesure où il est officiellement décédé le 23 mai 1919 d’une blessure suite à une chute de cheval. Le 10 août 1914, à l’entrée du Thibet, un missionnaire hollandais lui apprend que "l’Europe est à feu et à sang". Immédiatement, il décide avec Jean Lartigue et Gilbert de Voisins de rejoindre la France. Malheureusement, la guerre que Victor Segalen avait imaginée héroïque s’avère avant tout inhumaine. Ne ménageant pas sa santé, il soigne les blessés en première ligne à Nieuport, puis à l’hôpital de Brest, avant d’être envoyé en Chine pour recruter des ouvriers Chinois. Mais le soir, en place de repos, l’écrivain reprend méthodiquement ses œuvres inachevées (Thibet, Peintures, la Grande statuaire, le Combat pour le Sol), dans une guerre avec lui-même, contre lui-même, contre son corps qui n’en peut plus. Ce travail historique a pour but de montrer comment la Grande Guerre a emporté Victor Segalen.

Corentin Segalen est l’arrière-petit-fils de Victor Segalen. Titulaire d’un DEA d’Histoire contemporaine de l’Université de la Sorbonne - Paris IV, il a travaillé au Parlement européen, à l’Assemblée nationale, puis dans différents cabinets ministériels. Il est aujourd’hui responsable des relations institutionnelles d’une autorité administrative indépendante. Trésorier de l’Association Victor Segalen depuis 2009, il travaille actuellement, avec l’artiste Julien Ribot et la productrice Julie Gayet, à la mise en scène de la pièce de Victor Segalen Le Combat pour le Sol.

Kenneth WHITE: Ouvrir un monde: aux frontières de l’intelligence poétique
On sait que Segalen se posait beaucoup de questions: sur le rapport entre le réel et l’idéal, entre le moi et l’autre, entre l’être et le néant. Mais ce ne sont encore que des sujets de dissertation, hérités de l’histoire de la philosophie. C’est aux frontières de l’existence que se pose la question fondamentale. Segalen l’a formulée, d’abord ainsi: "Où est le pays promis à l’homme?". Ensuite, plus radicalement ainsi: "L’arrière-pays connu et topographié [...] l’aval, où l’on va, en blanc inconnu sur les cartes et dans la cervelle imaginante". C’est une question de topologie. Pour Segalen, il y avait trois lieux d’exploration: la Bretagne, la Polynésie, la Chine. Cette conférence suivra tout l’itinéraire, mais se concentrera surtout sur le Tibet, limite et confin, "image" du blanc inconnu, seuil d’un monde autre.

Kenneth White est poète, prosateur, essayiste. Chaire de poétique du XXe siècle à Paris-Sorbonne de 1983 à 1996. Fondateur, en 1989, de l’Institut international de géopoétique.
Publications sur Segalen:
Segalen, théorie et pratique du voyage (1979), repris sous le titre "La route transhumaine" dans L’Esprit nomade (1987).
Les Finisterres de l’esprit (1998, réédition 2007).


Maria ZINFERT: Travail de terrain: tremplin terrestre vers une écriture littéraire
Cette communication se basera sur les notes, esquisses et fragments consignés lors des trois explorations que Segalen entreprit en Chine en 1909/10, 1914, 1917. Écrivain-voyageur hors du commun, il plaça ces voyages sous un signe double scientifique et artistique; sa perception est conçue comme celle de l‘alpiniste et du poète, du marinier et de l’écrivain, de l’arpenteur et du peintre. On portera attention à la double devise formulée et déclinée dans Équipée, afin de tracer la genèse des œuvres littéraires qui ont pour sujet/objet le souverain/artiste dans le vide d’un empire du Milieu. Il s’agira alors d’analyser les liens entre Briques & tuiles, Feuilles de route et "Recent Discoveries in Ancient Chinese Sculpture" d’un coté, Stèles, Peintures et Le fils du ciel de l’autre. Dans ce cadre, on mettra en évidence les qualités propres des pistes fermes établies par cet artiste et chercheur que fut Segalen.

Maria Zinfert, professeur invitée DAAD à l’Université de Montréal (FAS-Département de littératures et de langues du monde et Centre canadien d‘études allemandes et européennes), poursuit une activité de traductrice littéraire et philosophique. Elle a obtenu un doctorat en Littérature générale et comparée à la Freie Universität Berlin, Peter Szondi-Institut.
Publications:
Victor Segalen, Ziegel & Schindeln. Eine Reise durch China und Japan 1909-1910, édition et traduction, annotations et postface, Matthes & Seitz, Berlin, 2017.
Kracauer. Photographic Archive, traduit par Michael Turnbull, Diaphanes, Berlin, 2014.
"Les Immémoriaux, chambre d’écho des maoris", in Rencontres en Polynésie — Victor Segalen et l’Exotisme, Somogy, Daoulas, 2011 (cat. expo.), p. 97.
"Victor Segalen en Polynésies: La Formation du Poète", in Rencontres en Polynésie — Victor Segalen et l’Exotisme, Somogy, Daoulas, 2011 (cat. expo.), p. 54-61.
"Point de vue de l’artiste. Victor Segalen: "autartiste"", in Silke Segler-Messner (Hg.), Voyage à l’envers, Presses Universitaires de Strasbourg, Straßburg, 2009, p. 59-67.
"Die kurze Spanne zwischen Aufbruch und Rückkehr. Victor Segalens Reisebuch Équipée", in Bernd Blaschke, Rainer Falk, Dirck Linck, Oliver Lubrich, Friederike Wißmann, Volker Woltersdorff (Hg.), Umwege. Ästhetik und Poetik exzentrischer Reisen, Aisthesis, Bielefeld, 2008, p. 195-209.
Victor Segalen, Tote Stimmen: Maori Musik gefolgt von Giorgio Agamben, Ursprung und Vergessen, édition, traduction et postface, Merve, Berlin, 2006.
Victor Segalen, New York – San Francisco – Tahiti, édition, traduction, annotations et postface, Friedenauer Presse, Berlin, 2005.
Über eine Poetik der Inversion. Die Romane von Victor Segalen, Munich, Iudicium, 2003 (thèse de doctorat).


BIBLIOGRAPHIE :

Œuvres de Victor Segalen

Œuvres complètes, 2 vol., Robert Laffont, coll. "Bouquins", 1995.
Correspondance I, 1893-1912, texte établi et annoté par Annie Joly-Segalen, Dominique Lelong et Philippe Postel, Paris, Fayard, 2004.
Correspondance II, 1913-1919, texte établi et annoté par Annie Joly-Segalen, Dominique Lelong et Philippe Postel, Paris, Fayard, 2004.
Les Immémoriaux (1907), édition de Marie Dollé et Christian Doumet, Le Livre de poche, 2001.
René Leÿs (1922), édition présentée, établie et annotée par Sophie Labatut, préface par Michel Butor, Ed. Chatelain-Julien, 1999; Folio Classique, 2000.
Stèles (1914), présentation et notes de Christian Doumet, Le Livre de poche, 1999.
Stèles, translated and annoted by Timothy Billings and Christopher Bush, preface by Haun Saussy, Wesleyan University Press, 2008.
Le Fils du Ciel, édition d’Esther Lin fondée sur le deuxième manuscrit, Lille, Presses universitaires du Septentrion, 1999.
Équipée, Voyage au Pays du Réel, Gallimard, coll. "L’imaginaire", 1983.
Essai sur l’exotisme, Le Livre de poche, Biblio/Essais, 1986.
Peintures (1916), Gallimard, coll. "L’imaginaire", 1996; Éditions Mille et une Nuits, postface de Muriel Détrie, 2000.
Chine. La grande statuaire, texte établi et annoté par Philippe Postel, Honoré Champion, 2010.
Premiers écrits sur l’art (Gauguin, Moreau, sculpture), textes établis par Colette Camelin et Carla Van den Berg, annotés et commentés par Colette Camelin, Honoré Champion, 2011.

Biographies de Segalen

Dollé, Marie, Victor Segalen, le voyageur incertain, éd. Eden, 2014.
Coatalem, Jean-Luc, Mes pas vont ailleurs, Stock, 2017.
Manceron, Gilles, Segalen, éd. J. Cl. Lattès, 1991.


Ouvrages sur Victor Segalen

Bouillier, Henry, Victor Segalen, Paris, Mercure de France, 1961.
Cheng, François, L’un vers l’autre. En voyage avec Victor Segalen, Paris, Albin Michel, 2008.
Cordonier, Noël, Max-Anély et les fantômes, Kimé, "Détours littéraires", 1996.
Cordonier, Noël, Victor Segalen, l’expérience de l’œuvre, Paris, Champion, 1996.
Doumet, Christian, Segalen, l’origine et la distance, éd. Champ Vallon, 1993.
Forsdick, Charles, Victor Segalen and the Aesthetics of Diversity, Oxford University Press, 2000.
Gontard, Marc, La Chine de Victor Segalen, Paris, Presses universitaires de France, 2000.
Gournay, Dominique, Victor Segalen ou les voies plurielles, éd. Séli Arslam, 1999.
Huang, Bei, Segalen et Claudel. Dialogue à travers la peinture extrême-orientale, Presses Universitaires de Rennes, 2007.
Postel, Philippe, Victor Segalen et la statuaire chinoise, archéologie et poétique, Paris, Champion, 2001.
Taylor, Michael, Vents des royaumes ou les voyages de Victor Segalen, traduit de l’anglais par Annie Saumont, Seghers, 1983.
White, Kenneth, Segalen, Théorie et pratique du voyage, Lausanne, Alfred Eibel, 1979.
Zinfert, Maria, Über eine Poetik der Inversion die Romane von Victor Segalen, München 2003.

Ouvrages collectifs

Dollé, Marie et Doumet, Christian (éd.), Cahier de l’Herne Victor Segalen, 1998.
Livinec, Françoise (éd.), 100 ans de Stèles, Paris, Françoise Livinec, 2013.
Camelin, Colette (éd.), Cahier Victor Segalen, n°2, "Segalen et la Polynésie: exotisme et altérité", Champion, 2015.
Huang, Bei et Postel, Philippe (éd.), Cahier Victor Segalen, n°3, "Lectures chinoises de Victor Segalen", Champion, 2017.


Avec le soutien
de l'Association Victor Segalen,
de la Fondation d'entreprise La Poste,
de l'Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3,
de l'Université de Nantes,
de l'Université de Poitiers
et de l'University of Kent

Fondation d'entreprise La Poste