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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2017 : un des colloques





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Flyer VILLES ET TERRITOIRES RÉSILIENTS
Mise à jour
25/07/2017


DU MARDI 19 SEPTEMBRE (19 H) AU MARDI 26 SEPTEMBRE (18 H) 2017

(colloque de 7 jours)

DIRECTION : Sabine CHARDONNET-DARMAILLACQ, Éric LESUEUR & Dinah LOUDA (Institut Veolia), Cécile MAISONNEUVE & Chloé VOISIN-BORMUTH (La Fabrique de la Cité)

ARGUMENT :

Confrontés à la mondialisation (dont l’un des aspects majeurs est l’urbanisation), les villes et les territoires s’interrogent sur leurs capacités d’adaptation face aux mutations du monde contemporain. Comment concevoir la transformation des espaces urbains, des modes de vie, des capacités d’apprentissage, des formes de gouvernance assurant des équilibres soutenables et dynamiques? Pour aborder ces questions, la notion de résilience, utilisée dans différents domaines (biologie, psychologie ou cyndinique) et qui mobilise aujourd’hui des experts, chercheurs, citoyens et élus, paraît féconde. Il s’agit, face aux perturbations, aux chocs ou vulnérabilités qui surgissent de manière parfois imprévisible, de développer à la fois une compréhension des complexités à l’œuvre et des capacités de rebond, d’organisation, d’adaptation, d’invention.

L’ambition de ce colloque, qui s’adresse à tous ceux que l’avenir des villes et territoires intéresse, est, par le croisement de multiples regards, de dégager des pistes de réflexion et d’action susceptibles de concourir à une résilience accrue des villes et des territoires. Dans une perspective pluridisciplinaire et internationale, il considérera plusieurs situations de chocs ou de perturbations (changement climatique, défis du développement économique et social, risques et ruptures technologiques, paramètres démographiques ou migratoires, terrorisme, gestion intelligente des ressources). Il interrogera aussi le lien entre bien-être urbain et résilience au filtre du rapport affectif et culturel accordé aux lieux. Il analysera les enjeux de gouvernance et les rôles respectifs des politiques publiques, de la société civile et des individus dans une perspective d’intelligence collective. Enfin, il identifiera des leviers et des processus aptes à améliorer la résilience territoriale face aux risques naturels, socio-économiques et technologiques.

CALENDRIER PROVISOIRE :

Mardi 19 septembre
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mercredi 20 septembre
Matin:
La résilience: quelles fécondités pour les villes et les territoires?
Serge TISSERON: Résiliences, de quoi parlons-nous?
Philiep BOSSIER: La résilience urbaine: une perspective historique et culturelle?
Samuel RUFAT: Résilience ou extinction... de la critique?

Après-midi:
Ressources, territoires et résilience (animateur: Éric LESUEUR, VEOLIA) [présentation]
Alexis DELAUNAY: L'eau, ressource essentielle à la résilience des territoires
Laurent AUGUSTE: L'économie circulaire, comment ressourcer les territoires?
Masatoshi FUNABASHI: La gestion alimentaire: les atouts de la synécoculture

Soirée:
Un nouvel élan dans les banlieues
Bertrand PÉRIER: Comment prendre la parole?


Jeudi 21 septembre
Territoires de migrations (animatrice: Cécile MAISONNEUVE, LA FABRIQUE DE LA CITÉ)
[présentation]
Matin:
Cécile MAISONNEUVE: Les villes européennes à l'épreuve des migrants
Sabine CHARDONNET-DARMAILLACQ: Urbanisation illicite et migration, la superposition des vulnérabilités
Atelier de design thinking (animation: Nicolas LE BERRE)

Après-midi:
Atelier de design thinking (suite)
Fouad HAMDAN: Défis: Héberger et intégrer 50.000 réfugiés à Hambourg

Soirée:
Anas ABOURA: Réfugiés syriens à Hambourg et intégration sociale. Chants d'un migrant


Vendredi 22 septembre
La résilience sur site: jeux, promenade et débat dans la baie du Mont Saint-Michel
Matin et après-midi:
Roland KUPERS: Apprendre la résilience avec le jeu Nexus
Traversée commentée de la baie du Mont Saint-Michel, par Daniel QUEREL (guide spécialisé)
[Départ du Bec d'Andaine à 13h, arrivée au Mont Saint-Michel à 16h30, retour à Cerisy en autocar]

Soirée:
Ciné-philo
Ollivier POURRIOL: La résilience urbaine vue par le cinéma


Samedi 23 septembre
Risques naturels, chocs climatiques et vulnérabilités territoriales
Matin:
Aléas et vulnérabilités territoriales (animatrice: Sabine CHARDONNET-DARMAILLACQ) [présentation]
Frédérick LEMARCHAND: L’anthropocène, une grande accélération pour la résilience
Clara VILLAR: La résilience: risque ou opportunité pour les territoires?
Hidetoshi OHNO: Tokyo 2050: un modèle alternatif à celui de la métropole, à l'ère des villes

Après-midi:
Des facteurs de résilience à la mise en place des politiques de résilience (animateur: Antoine FRÉROT) [présentation]
Roland KUPERS:
La méthode 100 RC (resilient cities)
Sébastien MAIRE: Le cas de Paris
Jeff  HEBERT: Le cas de la Nouvelle Orléans
Ivo MENZIGER: La perspective d'un réassureur
Isabelle BARAUD-SERFATY: Les nouveaux acteurs de la ville résiliente

Soirée:
La résilience des sociétés face au terrorisme (animateur: Sylvain ALLEMAND)
Jean-Louis FIAMENGHI (Veolia, ancien patron du RAID)


Dimanche 24 septembre

Matin:
Résilience des réseaux et systèmes complexes confrontées à des situations exceptionnelles en croissance (animateur: Éric LESUEUR, VEOLIA) [présentation]
Daniel FLORENTIN: Les réseaux techniques urbains (eau, assainissement, chauffage) face à la décroissance des consommations. Portrait d'une bifurcation en cours
Michel DERDEVET: Impact du changement climatique sur la résilience des réseaux (exemple des tempêtes en Bretagne)
Olivier DUTHUIT: Résilience des infrastructures et systèmes des transports collectifs face à des situations exceptionnelles

Après-midi:
Stratégies d'acteurs face à une crise ou une vulnérabilité (économique, sociale, technologique)
(animateur des deux tables rondes: Sylvain ALLEMAND)

Grand Paris: Patrick BRAOUEZEC (Plaine Commune), Antoine FRÉROT (VEOLIA), Djamel KLOUCHE (architecte urbaniste), Livier VENNIN (EDF, Grand Paris), Elisa YAVCHITZ (Ville de Paris)

Hauts de France: Emmanuel BERTIN (directeur du CERDD), Damien CARÊME (Grande Synthe), Jean-François CARON (Loos-en-Gohelle), Romaric DAURIER (Théâtre de Valenciennes), Sébastien THIÉRY (L'Expérience de l'Autre Mairie de Calais)

Soirée:
Jean HAËNTJENS: Extension du domaine de la résilience


Lundi 25 septembre
Défis territoriaux et approches complexes
(animatrice: Sabine CHARDONNET-DARMAILLACQ) [présentation]
Matin:
Les enjeux des systèmes territoriaux
Éric RIGAUD: Les systèmes sociotechniques et la résilience
Bernard HUBERT: Le triangle de l'agroécologie: politique, socio-technique, systèmes vivants
Débat entre Bernard HUBERT et Masatoshi FUNABASHI sur les interactions écosystèmes, hommes et technique

Après-midi:
La notion de confiance et les opportunités technologiques
Antoine LE BLANC: La résilience des communautés dans un territoire industriel en difficulté
Gaël MUSQUET: Hacking et actions collaboratives

Résultats de concours en lien avec les questions de résilience
(animateur:
Sylvain ALLEMAND) [présentation]
1) Architecture Bas Carbone, par Philippe LABRO (Du bâtiment bas carbone au quartier zéro carbone [EDF, Atelier énergie-territoires])
2) Mobilithèse, par Sylvie LANDRIÈVE [Forum Vies Mobiles]


Mardi 26 septembre
Matin:
Synthèse et débat collectif
Rapport d'étonnement des jeunes chercheurs (Maya COHEN, Romain GUILLOU, Laure LEPIGEON)
Synthèse: Philiep BOSSIER avec les directeurs et les participants du colloque

Après-midi:
Perspective de résilience en Normandie
(animateur: Sylvain ALLEMAND)
Retour sur la synthèse et grand débat avec des responsables et élus de la Région Normandie
Séance organisée par Anne-Claire BIDEAULT (Région Normandie, Direction Grands Partenaires et pilotages des politiques publiques, en charge de la préparation du SRADDET)

RÉSUMÉS

Philiep BOSSIER: La résilience urbaine: une perspective historique et culturelle?
Avec la renaissance italienne commence le processus européen de l’idéalisation de l’homme moderne dans la société urbaine. À partir de la nouvelle découverte de la culture classique, l’homme entame avec enthousiasme un long processus d’apprentissage de soi-même au contact de la nature, du cosmos et de la société civile à travers un nouveau code de comportement à la fois normatif et dynamique. En effet, l’on assiste à l’âge des grammaires, des théories et des prescriptions académiques pour nombre d’activités culturelles et politiques de la nouvelle société des villes entourées de villas à la campagne. Toutefois, derrière l’apparence rigide de ces cadres normatifs pour l’art et la vie se cache une vraie volonté chez l’homme d’aller toujours au-delà des normes, et ceci dans l’objectif de s’initier aussi loin que possible à un élan de découverte, de risque et d’aventure. C’est pourquoi par exemple l’Académie de Florence mais aussi Galilée se situent dans le même contexte de la volonté d’apprendre et de communiquer les propres résultats de recherche. De même que le théâtre imité du latin va ensemble avec la commedia dell’arte, de même Raphaël est impensable sans le Titien, l’érudite école de peinture de Venise sans l’autodidacte Léonard de Vinci, l’amour idéalisé de Pétrarque et de Bembo sans son rejet "pornographique" chez l’Arétin, l’idéal politique de Guichardin sans l’exact opposé chez Machiavel, ou encore la musique polyphonique sans le nouvel art de l’opéra, qui en est conjointement la négation et le meilleur développement. Au niveau de la ville et du territoire, idéal et expérimentation se complètent dans un même effort de faciliter la construction du meilleur univers pour le développement de l’homme: on invente la ville idéale encore très virtuelle mais aussi bien, avec Ferrare, le nouvel urbanisme de la première ville moderne selon un dessin en forme d’échiquier; pareillement, l’on crée un nouvel équilibre entre la ville en forme de palais (Urbino ou Pienza) et le palais hors ville conçu comme un univers citadin à part entière (le Palazzo Te de Mantoue, ancêtre de Versailles). C’est justement cette "élasticité" de la norme (à la fois cadre et son au-delà) qui constitue une solide base d’inventivité, de créativité et de résilience, notamment à l’heure du doute, de la confrontation ou du demi-échec d’une société idéalisée. Face aux mutations et aux perturbations du monde, un acte de rebondissement est donc toujours virtuellement possible. Cette faculté de l’homme  s’exprime le mieux dans un geste collectif. D’où l’importance du tissu urbain ou du territoire comme contexte de la première réalisation de la résilience initialement réservée à l’individu. L’homme issu de la renaissance se verra donc enrichi d’un instrument pédagogique susceptible de lui donner une force à partir de la valeur initialement apprise pour en risquer, le cas échéant, une approche alternative et même son exact contraire. Dans les siècles suivant la renaissance, ce potentiel inouï devient l’indice de la nouvelle éthique de l’homme, notamment chez Spinoza, mais déjà présent chez Montaigne. Il est donc intéressant d’évaluer le conatus de Spinoza dans cette perspective. La résilience est aussi la faculté de capter une énergie immanente en s’ouvrant aux possibilités créatrices qui se trouvent devant vous. Pour compléter cette approche, d’autres auteurs seront mis en avant, comme Giorgio Agamben (le concept de l’aventure), Georges Bataille (l’expérience intérieure) et Georges Steiner (la redéfinition de la culture et ses limites par la métaphore du château de Barbe-Bleue).

Philiep Bossier occupe actuellement la chaire de langue et culture italiennes à l’Université d’Utrecht (Pays-Bas), après avoir été professeur de littérature et culture romanes à l’Université de Groningen (Pays-Bas). Après des études à Louvain, Urbino, et Milan (Italie), il a travaillé en Belgique, en Italie, en Afrique du Sud et aux Pays-Bas. Depuis 2017, il est Président de la Société internationale d’histoire comparée du théâtre, du ballet et d’opéra (Université Paris IV-Sorbonne).
Publications
Ambasciatore della risa. La commedia dell’arte nel secondo Cinquecento (1545-1590), Florence, Cesati, 2004.)
Codirigé avec Rolien Scheffer, Soglie testuali. Funzioni del paratesto nel secondo Cinquecento e oltre, Manziana, Vecchiarelli, 2010.
Avec Kathryn Banks, Commonplace Culture in Western Europe in the Early Modern Period, t. II, Consolidation of God-Given Power, Louvain-Paris-Walpole, Peeters, 2011.
Avec Harald Hendrix et Paolo Procaccioli, Dynamic Translations in the European Renaissance, Manziana, Vecchiarelli, 2011.
Rédactions
Il castello di Elsinore. Semestrale di teatro (Turin).
Linguistica Antverpensia New Series. Themes in Translation Studies (Anvers).
Incontri. Rivista europea di studi italiani (Amsterdam-Utrecht).
Interférences littéraires (Louvain-la-Neuve/Leuven).
Colloques de Cerisy
Renouveau des jardins: clés pour un monde durable?, 2012 (avec publication).
À qui appartiennent les entreprises?, 2013.
Penser et agir pour l’interculturel, 2013.
Nourritures jardinières dans les sociétés urbanisées, 2014.
Les chevaux: de l’imaginaire universel aux enjeux prospectifs pour les territoires, 2014 (avec publication).


Jean HAËNTJENS: Extension du domaine de la résilience
La prise en compte de la résilience, appliquée aux villes et aux territoires, a profondément évolué depuis dix ans. Polarisée au départ sur la gestion des crises (court terme), elle s’est bientôt intéressée aux changements de paradigmes (moyen-long terme) qui permettaient de les anticiper. Initialement limitée à la gestion des risques écologiques, elle s’est progressivement élargie aux champs de l’énergie, de la mobilité, de l’économie et du social, pour s’intéresser finalement à la résilience culturelle et politique, c'est-à-dire à la capacité d’une population à prendre en main son destin. Pour décrire cette double "extension du domaine de la résilience" dans le temps et dans l’espace, Jean Haëntjens s’appuiera sur son expérience de conseil en stratégies urbaines et sur l’exemple d’une ville particulièrement résiliente — Saint Nazaire — pour laquelle il a travaillé pendant deux décennies.

Jean Haëntjens, économiste et urbaniste, est un spécialiste des stratégies urbaines (Urbatopie) et de la prospective territoriale. Il conseille, sur ces thèmes, des collectivités locales, des institutions, des universités et des entreprises.
Il est l’auteur de plusieurs livres — dont Eco-Urbanisme et La ville frugale — et conseiller scientifique de Futuribles International. Il a auparavant exercé des responsabilités opérationnelles dans les champs de l’urbanisme et du développement territorial.


Roland KUPERS: Apprendre la résilience avec le jeu Nexus
Nexus
est un jeu de simulation d'une économie urbaine qui fait face à des tensions énergétiques, hydriques et alimentaires, spécialement conçues pour permettre l'apprentissage de l'action afin de comprendre la résilience. Il a été déjà expérimenté par un large éventail de joueurs, des milliers de participants au total, des étudiants aux cadres, des autorités publiques aux représentants des ONG et aux universitaires. Pour les décideurs expérimentés, il fournit de bons points d'ancrage afin de nourrir la réflexion sur les comportements coopératifs pour la résilience. Dans un atelier de deux à trois heures, les participants débattent en faisant l'expérience de choix difficiles relatifs aux interconnexions entre les ressources, la résilience des stratégies de croissance, ainsi que les défis et opportunités de la collaboration.

Roland Kupers est consultant indépendant sur la complexité, la résilience et la transition énergétique, ainsi qu'expert invité à la Smith School of Enterprise and the Environment à l'Université d'Oxford.
Physicien théoricien de formation, il a passé 11 ans chez AT&T aux Pays-Bas et en Italie. En 1999, il a rejoint la société Royal Dutch Shell où il  a activement participé à la planification des stratégies et scénarios. En 2011, à la demande du gouvernement allemand, Roland Kupers a co-écrit un rapport ayant pour sujet une Nouvelle voie de croissance pour l'Europe. En 2013, il a été Directeur de la phase de démarrage de la Commission mondiale sur l'économie et le climat. Il est consultant pour l'Environmental Defense Fund sur les questions internationales relatives au méthane.


Bertrand PÉRIER: Comment prendre la parole?
La parole est un sport de combat. Elle l’est d’abord individuellement, puisque la prise de parole en public suppose nécessairement un dépassement de soi, une volonté de sortir de sa zone de confort pour convaincre un auditoire. Mais elle l’est surtout socialement. Parler c’est d’abord dire qui l’on est, avant même de délivrer un message. Une parole rudimentaire ou inadaptée peut donc, chez les plus jeunes notamment, être facteur d’enfermement dans des déterminismes. L’apprentissage des codes de la prise de parole est nécessaire à l’insertion sociale, professionnelle, personnelle, citoyenne. L’éloquence comporte une part de don, mais elle est aussi affaire de travail, et d’abord de travail sur soi. Apprendre à formuler sa pensée, à l’exposer, à la confronter, pour tisser du lien social par les mots, pour débattre, et non pas se battre.

Bertrand Périer, avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation, enseigne l’art oratoire à Sciences Po et à HEC, ainsi qu’au sein du programme Eloquentia, qui a vocation à former à la prise de parole les jeunes de Seine-Saint-Denis et qu’illustre le film A voix haute, sorti au cinéma en avril 2017.
Publication
La belle parole (titre provisoire), Jean-Claude Lattès, à paraître en octobre 2017.


Samuel RUFAT: Résilience ou extinction... de la critique?
D'un côté, les organisations internationales et en particulier l'ONU promeuvent la résilience avec d'importants enjeux financiers, comme The one billion coalition for resilience (2014), au point d'en faire une injonction au cœur de la nouvelle stratégie de gestion des risques et de réduction des catastrophes, le Sendai Frameworks for Disaster Loss Reduction (2015-2030). De l'autre, elles reconnaissent à mi-mot qu'il n'est pas possible d'estimer ou de mesurer la résilience ou, en tout cas, de s'assurer que les différentes méthodes mesurent bien la résilience et non pas un autre construit, comme la pauvreté, ou un proxy, comme la fragilité, etc: "to our knowledge, no measurement, framework or metrics of disaster resilience has been empirically validated yet" (UNDP, 2014, p.19). Cette situation est paradoxale: comment promouvoir des guides d'application, enjoindre les acteurs locaux à des plans d'action, les gouvernements à lever des fonds, voire suivre le déroulé des projets et les éventuels progrès sur le terrain à partir d'une notion qu'on ne sait pas mesurer? C'est alors une critique radicale qu'il faudrait adresser à la résilience: s'il n'est pas possible de l'estimer, de la mesurer, de la saisir, son utilisation doit resté cantonnée à l'analyse de discours. À l'heure où la résilience fait passer des récits du déclin à la menace de l'extinction tout en multipliant les injonctions et les labellisations urbaines, c'est d'abord la critique qu'il s'agit de remettre du choc.

Samuel Rufat est maître de conférence habilité à diriger des recherches à l'Université de Cergy-Pontoise et membre junior de l'Institut Universitaire de France. Il a enseigné en quatre langues des deux côtés de l'Atlantique à l’articulation entre les enjeux environnementaux et urbains. Il est à l'origine avec Magali Reghezza du séminaire "Résiliences urbaines" à l'ENS en 2009. Il a été observateur scientifique international pendant la COP21 en 2016.
Publications choisies
Rufat S., 2017, "Comment analyser la vulnérabilité aux inondations? Approches quantitatives, qualitatives, francophones et anglophones", Annales de Géographie, n°3-2017, p. 287-312.
Reghezza M., Rufat S. (eds), 2015, Resilience Imperative. Uncertainty, Risks and Disasters, London: Elsevier.
Reghezza M., Rufat S., 2015, "L'adaptation en Île-de-France entre injonction et recyclage. Techniques et politiques de la société de l'incertitude", Développement durable et territoires, vol. 6, n°3 (en ligne).
Reghezza M., Rufat S. (dir), 2015, Résiliences. Sociétés et territoires face à l’incertitude, aux risques et aux catastrophes, Paris, Éditions ISTE.
Reghezza M., Rufat S., Djament G., Le Blanc A., Lhomme S., 2012, "What Resilience Is Not: Uses and Abuses", Cybergeo: European Journal of Geography (en ligne).
Rufat S., 2008, "Bucarest entre inertie et résilience", in Vallat C., Le Blanc A. (dir), Pérennité urbaine 1 - Traces, Paris, L’Harmattan, p. 92-101.


Serge TISSERON
Serge Tisseron est psychiatre, membre de l’Académie des technologies, docteur en psychologie habilité à diriger des Recherches, chercheur associé à l'Université Paris VII Denis Diderot. Après avoir travaillé sur les traumatismes et leurs répercussions sur plusieurs générations, il travaille actuellement sur nos relations aux technologies numériques. Il a publié une trentaine d'essais personnels et de nombreux articles scientifiques. Ses livres sont traduits dans onze langues. Il a été co-rédacteur de l’Avis de l’Académie des sciences, "L’enfant et les écrans" (Éditions Le Pommier, 2013). Il est fréquemment sollicité comme expert par les différents ministères. Il a reçu le 6 novembre 2013 à Washington un Award de la FOSI (Family Online Safety Institute), "For Outstanding Achievement" pour l’ensemble de ses travaux sur la famille, les enfants et Internet, et en particulier pour la campagne "3-6-9-12" et le site memoiredescatastrophes.org. Il a critiqué dès 2003 l’utilisation idéologique et facilement démagogique du mot de résilience appliqué aux individus et a proposé de lui donner une signification centrée sur le collectif.
Site: sergetisseron.com
Dernières publications
Que Sais-je ? La Résilience, PUF, 2007 (5ème édition).
Empathie et manipulations, les pièges de la compassion, Paris, Albin Michel, 2017.
Le jour où mon robot m’aimera, vers l’empathie artificielle, Paris, Albin Michel, 2015.
3-6-9-12, Apprivoiser les écrans et grandir, érès, 2013.
Fragments d’une psychanalyse empathique, Paris, Albin Michel, 2013.
Rêver, fantasmer, virtualiser, du virtuel psychique au virtuel numérique, Paris, Dunod, 2012.
Les secrets de famille, Paris, PUF, 2011.
L’empathie au cœur du jeu social, Paris, Albin Michel, 2010.




Ressources, territoires et résilience
(Éric LESUEUR, VEOLIA)
Les villes sont consommatrices de ressources essentielles à la survie de leurs habitants, à l'efficacité de leur économie, et à la capacité à se renouveler. Elles les puisent dans les territoires qui les environnent et au-delà. La disponibilité et la qualité de ces ressources (eau, alimentation, énergie, matières premières...) constituent un facteur clé de résilience.

Laurent AUGUSTE: L'économie circulaire, comment ressourcer les territoires?
La résilience d'un territoire repose notamment sur la disponibilité des ressources stratégiques pour satisfaire à ses différents besoins (alimentation, énergie, mobilité, etc). Les territoires sont souvent fragilisés car ils dépendent d'autres écosystèmes pour fonctionner. L'économie circulaire est une opportunité pour améliorer la résilience des territoires en leur permettant notamment de devenir des territoires frugaux (par exemple, en réduisant la consommation d'énergie par une meilleure performance énergétique des bâtiments) et produisant leurs propres ressources essentielles (comme la production de matières premières secondaires ou le recyclage des eaux usées. La valeur ajoutée de l'économie circulaire repose aussi sur son impact positif sur la qualité des écosytèmes et des milieux (eau, air, sols...) et, par conséquent, sur la santé des habitants.
Parce qu'elle conduit ainsi à repenser la gestion des ressources, au-delà des silos traditionnels, l'économie circulaire permet le développement de nouvelles dynamiques économiques et sociales des villes en facilitant des approches plus collaboratives et plus inclusives. Au-delà de permettre que les déchets des uns deviennent les ressources des autres, il y a là une opportunité pour créer de nouvelles synergies entre les acteurs du territoire. Ces différentes dimensions de l'économie circulaire (réduction de la dépendance, création de synergies entre acteurs, maîtrise de l'impact environnemental, etc.) contribuent ansi à améliorer la résilience des territoires.

Laurent Auguste, diplômé de  l'École centrale de Lyon, est Directeur Développement Innovation et Marchés et membre du Comité exécutif de Veolia depuis 2013. Ayant commencé sa carrière comme consultant à Tokyo, il a rejoint Veolia en 1995 en France puis a poursuivi sa carrière à l'international. Après un poste à Shanghai, il a établi et développé les activités de Veolia dans l'eau en Corée à partir de 1999, puis au Japon à partir de 2002 avant de les diriger sur le continent américain entre 2008 et 2013.

Alexis DELAUNAY: L'eau, ressource essentielle à la résilience des territoires
Le réchauffement climatique affecte d’ores et déjà et affectera de plus en plus la quantité et la qualité de l’eau douce continentale et les écosystèmes aquatiques, notamment via l'intensité et la fréquence croissante des événements hydrologiques extrêmes, tels que les inondations et les sécheresses. L’augmentation du niveau de la mer peut entraîner des intrusions d’eaux salines dans les nappes phréatiques proches du littoral. L’augmentation de l’évapotranspiration potentielle des plantes, de plus de 15% à l’horizon 2050, pourrait conduire, si l’on conservait les mêmes cultures agricoles, à une forte augmentation des prélèvements d’eau.
En France et dans le monde, de nombreux bassins fluviaux se sont dotés d’une stratégie d’adaptation au changement climatique pour accroître la résilience des villes et territoires en matière de gestion de l’eau. Chaque usage devrait gagner en sobriété pour permettre le développement des activités économiques sans augmenter les pressions sur les ressources en eau. Certains territoires infiltrent par exemple les eaux pluviales à l’amont pour recharger les nappes phréatiques, remplaçant d’anciennes pratiques du tout imperméabiliser et tout canaliser. Certains ont engagé des politiques ambitieuses de préservation de la qualité des aires d’alimentation des captages d’eau potable en encourageant des pratiques agricoles respectueuses via une stratégie foncière et la passation de baux environnementaux ou de contrats environnementaux. Une gestion intégrée par bassin est décisive pour assurer la pérennité des ressources en eau. Le "défi Cadmium", engagé par l’agence de l’eau Adour-Garonne, a ainsi permis de protéger les huitres du bassin de Marennes-Oléron, en agissant sur les sources d’émission, dont la principale était située à 500 kilomètres à l’amont du bassin du Lot !

Alexis Delaunay est ingénieur général des ponts, des eaux et des forêts (IGPEF; X75, ENGREF 1980) à la Section Milieux, Ressources et Risques (MRR) du Conseil Général de l’Environnement et du Développement Durable (CGEDD). Le CGEDD est chargé de conseiller le Gouvernement dans les domaines de l’environnement, des transports, du bâtiment et des travaux publics, de la mer, de l’aménagement et du développement durables des territoires, du logement, de l’urbanisme, de la politique de la ville et du changement climatique. Dans ce cadre, il mène les missions d’expertise, d’audit, d’étude, d’évaluation, d’appui et de coopération internationale que lui confie le Gouvernement. Alexis Delaunay est expert de la gestion et de la règlementation dans le domaine de l’eau et des milieux aquatiques. Il était précédemment directeur du contrôle des usages et de l’action territoriale à l’Office national de l'eau et des milieux aquatiques (ONEMA), après avoir été sous-directeur des actions territoriales à la direction de l’eau du ministère chargé de l’environnement.

Masatoshi FUNABASHI: La gestion alimentaire: les atouts de la synécoculture
Un nouveau système de maraîchage à petite échelle, la "synécoculture", est expérimenté en zones tempérée au Japon et tropicale semi-aride au Burkina Faso. La synécoculture est une polyculture mixte à biodiversité augmentée, comprenant des espèces sous-utilisées et négligées, sur la base de semences directes, sans engrais ni intrant chimique. L'organisation spontanée des fonctions de l'écosystème en réponse à la diversité de la communauté des plantes se révèle compatible avec une productivité élevée et divers atouts de régulation. Les développements positifs de la synécoculture seront présentés, ainsi que l'utilité des technologies de l'information et de la communication pour en soutenir la gestion. Le cadre en sera étendu au contexte de l'agriculture urbaine dans la perspective d’une nouvelle forme de résilience économique et écologique grâce à l'interaction entre la ville et l'environnement rural.

Masatoshi Funabashi est diplômé de l’Université de Tokyo en biologie et sciences de la complexité, vétérinaire et docteur en physique (CREA, Ecole Polytechnique, France). Collectionneur d’insectes depuis son enfance, il a pu observer les différences fondamentales de comportement des organismes vivants dans les milieux cultivés et naturels, ce qui l’a conduit à la mise en application des sciences de la vie dans les milieux naturels. Il se consacre à ce qu’il nomme la "synécoculture", projetant une nouvelle approche de la production alimentaire, au carrefour des enjeux de soutenabilité, d’environnement et de santé publique. Il développe une méthode d’agriculture symbiotique basée sur l’augmentation de la biodiversité, nouveau paradigme de restitution des liens entre les sociétés humaines et les écosystèmes.

We experimented a novel system of small-scale market gardening, namely synecoculture, in temperate zone of Japan and semi-arid tropic in Burkina Faso. Synecoculture is based on highly biodiverse mixed polyculture of crops, including underutilized and neglected species, on the basis of no-till, no-fertilizer, and no-chemical practices. Spontaneous organization of ecosystem functions in response to the diversity of plant community was revealed to be compatible with high productivity and various regulation services.
In this presentation, we introduce the achievement and on-going development of synecoculture, as well as the utility of information and communication technologies to support the management. We will further extend its framework to the context of urban agriculture in view of realizing a new form of economical and ecological resilience through the interaction between city and rural environment.

Funabashi studied biology and complexity science at the University of Tokyo, then obtained his PhD in physics from CREA, Ecole Polytechnique, France. He is a licensed veterinarian. Through a childhood interest in collecting insects and animals, he discovered from experience the fundamental difference between the behavior of living organisms in cultivated versus wild environments. After pursuing several academic disciplines, he finally found his calling in applying life sciences to natural environments. Funabashi’s goal is to establish a new approach to food production he calls "synecoculture", symbiotic agricultural methods based on biodiversity, since agriculture is an area where sustainability, environmental and human health issues overlap. He hopes to develop this into a new paradigm capable of restoring both human societies and ecosystems.



Territoires de migrations (Cécile MAISONNEUVE, LA FABRIQUE DE LA CITÉ)
Les mouvements migratoires nés de troubles politiques aujourd’hui, des effets croissants du changement climatique demain, ont souvent pour destination les villes, dont la capacité d’absorption de flux soudains et conséquents de populations se trouve alors éprouvée et les vulnérabilités préexistantes mises au jour. L’ambition de cette session est de se saisir de la question de la résilience urbaine aux chocs démographiques en traitant des stratégies de résilience mises en œuvre par les villes européennes face à l’arrivée de milliers de réfugiés à partir de l’été 2015. Comment les villes européennes ont-elles accueilli ces réfugiés tout en maintenant les équilibres préexistants? Comment travaillent-elles sur l’intégration de populations dont la durée de séjour est incertaine? Quelles stratégies mettent-elles en œuvre en matière d’éducation, d’emploi, de logement et avec quelle gouvernance? Au travers d’exemples de villes allemandes et suédoises, on examinera les dimensions plurielles de la résilience urbaine face au choc migratoire — des réalités concrètes de l’hébergement d’urgence aux représentations complexes que suscite la figure du migrant, en passant par la question délicate de l’intégration. Pour appréhender la complexité du sujet, on sollicitera, outre le témoignage d’un acteur engagé à Hambourg, l’intelligence collective des participants au colloque pour réintroduire le logos dans un débat souvent émotionnel et esquisser les lignes de force de solutions durables face à un défi qui mêle urgence et long terme.

Sabine CHARDONNET-DARMAILLACQ: Urbanisation illicite et migration, la superposition des vulnérabilités
Des études menées sur un territoire non standard en Campanie, sujet à une urbanisation illicite, ont fait ressortir une vulnérabilité accrue des migrant(e)s. On trouve là un exemple de point chaud avec des zones d’extension des conditions critiques et une exclusion sociale résultant de multiples causes: chômage, illégalité, micro-criminalité extensive, esclavage sexuel, contrôle par la Camorra, absence d’infrastructures sociales, de services et d’équipements collectifs. Ces facteurs sont caractéristiques des territoires d’interim dans la vie des migrants, jusqu’à l’obtention d’un permis de séjour. Devant les peurs de la rue aux marges de la société, quel horizon de résilience peut-on projeter et pour qui dans de ces situations complexes?

Fouad HAMDAN: Défis: héberger et intégrer 50 000 réfugiés à Hambourg
Plus de 50 000 réfugiés vivent à Hambourg, une ville de 1,8 million d'habitants. Que font les autorités, la société civile et les résidents pour accueillir les nouveaux citoyens? Comment sont-ils logés? Quels sont les défis à l'intégration de réfugiés qui viennent de cultures si différentes? Et quels efforts doivent être faits pour que les réfugiés apprennent l'allemand, obtiennent une éducation et trouvent un emploi? L'objectif est clair: l'intégration d’Arabes, d’Iraniens, d’Afghans, d’Erythréens et d’autres pour renforcer la cohésion sociale et pour empêcher l'émergence de sociétés parallèles.

Fouad Hamdan (mère allemande, père Libanais), né en Allemagne, a grandi à Beyrouth. Il est titulaire d'une maîtrise en sciences politiques de l'Université de Hambourg. Depuis juillet 2016, il est responsable "Participation Citoyenne à l’Unité Centrale de Coordination pour les Réfugiés" à Hambourg. Il a débuté sa carrière professionnelle en 1987 à l'agence de presse allemande DPA puis a été journaliste et correspondant au Caire et dans la région du Golfe. En 1992 il rejoint Greenpeace pendant 13 années, en Allemagne comme responsable de la presse et directeur des communications, puis au Liban ou il établit le bureau de Greenpeace. Il est ensuite chef des relations publiques de la Deutsche Post DHL à Bonn, directeur d’Amis de la Terre Europe à Bruxelles, directeur du Fonds Arabe pour les Droits Humains à Beyrouth. De 2010 à mi-2016, Fouad était conseiller politique dans plusieurs états du printemps arabe. Voir: www.fouadhamdan.org/vita.

Atelier de design thinking (animation: Nicolas LE BERRE)
Réflexion collective sur la conception et mise en œuvre d’initiatives innovantes pour mieux accueillir les réfugiés au cœur des villes.

Après plusieurs années en tant que consultant dans les médias, Nicolas Le Berre a décidé d'explorer le sujet passionnant de la "ville citoyenne", une ville construite avec et pour les citoyens. Il a tout d’abord co-fondé New CITYzens, en 2011, une association dont l'objectif est de fournir des outils et des méthodes simples pour développer la créativité des citadins et leur donner le pouvoir de lancer des initiatives concrètes pour leur quartier. Afin d’apporter une réponse plus complète sur ce sujet, il a lancé CITYZENS Factory en 2015, une agence de design et d'open innovation qui mobilise collectivités, entreprises et bailleurs sociaux sur ces questions et construit, avec ces acteurs, de nouveaux projets de coopération territoriale, impliquant la société civile (habitants, associations, entrepreneurs sociaux, etc.) comme un véritable partenaire.



Risques naturels, chocs climatiques et vulnérabilités territoriales

Aléas et vulnérabilités territoriales (Sabine CHARDONNET-DARMAILLACQ)
Des catastrophes d’origine naturelle ou humaine jalonnent l’histoire de nos métropoles et régions. Cependant, il est admis que nous sommes entrés dans l’ère nouvelle de l’anthropocène où, par les forces de la technique, l’homme a acquis le pouvoir inédit de modifier les grands équilibres de la planète. Il est devenu nécessaire de penser la vulnérabilité dans nos sociétés technoscientifiques, avec les enjeux sociaux, patrimoniaux et politiques qui en découlent.
Pour ce qui concerne les chocs climatiques répétitifs,  la COP 21 a laissé croire que la question climatique occupait désormais une place privilégiée dans les préoccupations des États. Or depuis lors, celle-là s'est pour le moins estompée et l’on constate une intermittence de la question climatique dans l'espace public en France et dans le monde, voire un négationnisme, comme aux USA depuis la nouvelle présidence. Au-delà des seuls retours d’expérience et de la cyndinique, l’intérêt territorial de la résilience est d’insuffler une dynamique et de nouveaux modes de faire collaboratifs, basés sur la solidarité et la confiance, pour  anticiper, faire face aux risques, chocs et perturbations plus lentes mais non moins néfastes qu’affrontent les villes et territoires. L’analyse de démarches territoriales devrait permettre d’en comprendre les capacités et les forces d’action pour favoriser le passage du concept à sa mise en œuvre  opérationnelle.

Frédérick LEMARCHAND: L’anthropocène, une grande accélération pour la résilience
Nous serions, selon la proposition du géochimiste néerlandais Paul Crutzen, entrés dans une nouvelle ère géologique, la "grande accélération", qu’il nomme anthropocène, signifiant par là que les forces de la nature sont désormais supplantées par les forces de la technique dans la production des changements géologiques, autrement dit l’homme a acquis le pouvoir inédit de modifier les grands équilibres de la planète. Le taux d’extinction d’espèces à l’heure actuelle est estimé entre 100 et 1 000 fois plus élevé que le taux moyen d’extinction qu’a connu jusqu’ici l’histoire de l’évolution de la vie sur Terre. Autant dire que nous n’avons aucune visibilité (ni prédictive, ni imaginaire) sur notre avenir proche. Il faudra probablement questionner la mise en œuvre du "développement durable" tel qu’il est le plus souvent envisagé (découplage, économie circulaire, croissance verte, services écosystémiques, compensation, décarbonations...) pour nous préparer à changer de société. L’échelle régionale pourrait en être l’une des plus pertinentes pour la transition.
 
Socio-anthropologue à l’Université de Caen, Frédérick Lemarchand travaille sur des questions d’écologie depuis les années quatre-vingt dix, menant une réflexion sur le progrès technique et notre mode de développement. De nombreuses missions de recherche à Tchernobyl ont résolument orienté sa réflexion et les travaux de recherche sur les limites du développement techno-industriel tel que nous le concevons depuis 1945. Membre du Conseil Scientifique de la Fondation de l’Écologie politique, du Comité de Recherche et d’Information Indépendantes du le Génie Génétique (GRIIGEN) et de nombreuses revues telles que VertigO, il dirige le Pôle Risques MRSH/CNRS, du master GREEN, membre du CERREV (Caen), du GRETTESS (Montréal), enseignant invité à l’UQAM (CA).

Hidetoshi OHNO: Tokyo 2050: un modèle alternatif à celui de la métropole, à l'ère des villes
Le projet de recherche-action Fiber City 2050 suggère, pour l’aire urbaine de Tokyo, l’usage d’un système de "fibres urbaines" visant à développer un modèle alternatif à celui de la métropole, à l’ère des villes déclinantes. Cette stratégie veut répondre à différents objectifs intriqués, comme la réactivation de la ville, la réorganisation des aires résidentielles, l’atténuation des chocs, la modification des mobilités. Elle propose la formation d’un  tissu flexible en réponse aux défis du futur proche et en anticipant le désastre imminent dans une ville en décroissance. Il s’agit de revoir les idées conventionnelles tout en acceptant les conditions préexistantes.

Hidetoshi Ohno (1949) est professeur émérite à l'Université de Tokyo et directeur de l'atelier d'architecture APL. Ses nombreux travaux d’architecture et d’urbanisme ont été salués par des prix au Japon. Après ses études au Japon, Ohno a commencé sa carrière professionnelle avec l'architecte Fumihiko Maki (lauréat du prix Pritzker) en 1976. Il a ensuite été professeur d'architecture et d'urbanisme à l'Université de Tokyo de 1988 à 2015. Docteur en ingénierie et architecture de l'Université de Tokyo ses recherches portent sur l'urbanisme et la ville future. Fibercity Tokyo a suscité un large débat international. Parmi ses principales publications "Hong Kong: Alternative Metropolis" (1992) et "Fibercity Tokyo 2050" in JA n°63 (2006). Il a développé sa théorie dans "Fibercity, A Vision for cities in the Age of Shrinkage", University of Tokyo Press (2016).

Clara VILLAR: La résilience: risque ou opportunité pour les territoires?
Accusée d’être un effet de mode ou soupçonnée d’être le cheval de Troie du libéralisme, la résilience est parfois controversée. Recourir à la résilience dans l’intérêt général requiert de l’exigence et de la vigilance. Dans ces conditions, elle est une façon d’enrichir les approches conventionnelles habituellement centrées sur les aléas ou sur les vulnérabilités, et d’inscrire des démarches traitant des risques et des catastrophes au service d’objectifs plus globaux. La combinaison d'une analyse conceptuelle et théorique et de plusieurs études de terrain sur des sites français qui ont connu des catastrophes ou des perturbations lentes a conduit à l'établissement de facteurs de résilience afin de créer des territoires plus robustes dans un contexte incertain.

Clara Villar est ingénieure divisionnaire des travaux publics de l’État, directrice d’étude sur les sujets de résilience et de crise à la direction Territoires et Ville du Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement. Ses principales activités sont l’expertise sur la résilience territoriale à tout type de perturbation et l’ingénierie de crise, la conduite d’études sur ces sujets, la coordination des compétences collectives du Cerema dans le domaine des risques et la formation pour professionnels et étudiants.
Travaux récents
Formation expérimentale sur la résilience des territoires (deux modules) pour les acteurs territoriaux.
Synthèse "La résilience des territoires aux catastrophes", CGDD (à paraître 1er semestre 2017).
Organisation et animation de deux ateliers sur l’implication des populations sur les territoires à risques et sur la résilience à la conférence Habitat III (Chili, octobre 2016).
Publication du rapport "Villes et territoires résilients", CGDD, coll. "Études et documents" (mai 2015) [en ligne].
Communication "Territoires en mutation: quel apport de la résilience au changement climatique?", 94ème colloque de l’ASTEE, 2015.
Communication "Quel apport des réseaux sociaux à la résilience d’un territoire dans le cadre des inondations rapides?", colloque Université d’Avignon (mars 2015).
Article "La résilience pour les territoires: outil opérationnel ou mot d’ordre incantatoire?", Technicités (juin 2014).
Rapport "Villes résilientes: premiers enseignements tirés d’une synthèse bibliographique", CGDD, coll. "Études et documents" (septembre 2013).
Valise pédagogique Plan séisme Antilles pour les collectivités antillaises (2011).
Formations pour professionnels de la crise "Vulnérabilité urbaine et ingénierie de crise" (2012/2013/2014).


Des facteurs de résilience à la mise en place des politiques de résilience (Antoine FRÉROT)
Partout dans le monde, des collectivités locales se mobilisent pour mettre en oeuvre des politiques de résilience, appuyées notamment par la Fondation Rockefeller qui a élaboré une méthodologie spécifique et un programme intitulé "100 Resilient Cities". Les villes de Paris et de la Nouvelle Orléans, dans des situations différentes, témoigneront des politiques qu'elles mettent en œuvre, des problèmes qu'elles rencontrent, et des nouvelles alliances qu'elles bâtissent à cet effet, y compris avec  des  assureurs.

Isabelle BARAUD-SERFATY: Les nouveaux acteurs de la ville résiliente
La révolution numérique saisit les villes et provoque une profonde transformation de ses modes de production. Emergence de la multitude, individualisation de l’individu, importance du temps réel, et hybridation sectorielle se combinent et, consacrant le basculement de la ville des infrastructures à la ville des usages, s’affirment comme les nouveaux leviers de la résilience urbaine. Leur mise en œuvre passe toutefois par l’intervention de nouveaux acteurs, les agrégateurs, capables d’opérer les nouvelles "infrastructures" de la ville que sont désormais les plateformes. Elle soulève toutefois la question de la concurrence entre ces agrégateurs et les collectivités locales, en même temps qu’elle pose la question de la fabrique d’une ville pour tous.

Isabelle Baraud-Serfaty est fondatrice de ibicity, société de conseil en économie urbaine (www.ibicity.fr), et enseignante à l’Ecole Urbaine de Sciences Po.
Elle a publié récemment "Financer la ville à l’heure de la révolution numérique" dans la Revue Esprit (Juin 2017).




Résilience des réseaux et systèmes complexes confrontées à des situations exceptionnelles en croissance (Éric LESUEUR, VEOLIA)
Les infrastructures et réseaux d'eau, énergie ou transport sont confrontés de manière croissante à des situations extrêmes (pics de consommation, aléas météorologiques, insécurité, risques terroristes...). Conçus pour le long terme, leur économie est particulièrement sensible à ces chocs. Leur résistance et leur capacité à s'adapter constituent des éléments essentiels de résilience pour les villes et territoires. Quelles sont les stratégies gagnantes?

Olivier DUTHUIT: Résilience des infrastructures et systèmes des transports collectifs face à des situations exceptionnelles
Avec un trafic en constante augmentation sans de réelles solutions alternatives pour les voyageurs, la résilience des réseaux de transports urbains est un sujet de préoccupation majeur pour les opérateurs. Nous nous proposons d'illustrer ce sujet par deux exemples issus de l'expérience de la RATP: le premier au regard de la capacité du réseau parisien à résister à une crue majeure et à redémarrer rapidement; le second quant aux conséquences sur l'exploitation et la maintenance du maintien d'un haut niveau de disponibilité d'une ligne automatisée.

Olivier Duthuit, 62 ans, diplômé de l’École Supérieure de Physique et Chimie de Paris et titulaire d’un DEA Électronique Instrumentation, a commencé sa carrière à l’École de Physique et Chimie de la Ville de Paris. De 1980 à 1994, il occupe différents postes au sein de SERI Renault Ingénierie, Philips, Thomson CSF devenu Thales. En 1998, il est nommé Président Directeur Général de Thomintex (Filiale Thales). En 2001, il rejoint Thales Systèmes Aéroportés comme Directeur des Achats puis en septembre 2004 Thales Division Aérospace comme Directeur des Achats Industriels. Il intègre la RATP en juin 2005 comme Directeur du département des achats et de la logistique puis en 2011 comme directeur du département Maintenance des Équipements et Systèmes des Espaces. Depuis décembre 2016, il est le directeur de la Gestion des Infrastructures.

Daniel FLORENTIN: Les réseaux techniques urbains (eau, assainissement, chauffage) face à la décroissance des consommations. Portrait d'une bifurcation en cours
Les grands réseaux techniques urbains ont été construits autour d’un paradigme et d’un modèle économique, celui d’une croissance continue de la demande. Pourtant, depuis une vingtaine d’années dans le domaine de l’eau et plus récemment dans le domaine énergétique, cette dynamique historique semble s’être érodée et voit les consommations diminuer, remettant en cause les équilibres historiques sur lesquels s’étaient construits ces réseaux et leurs opérateurs. Les politiques de transitions énergétiques émergentes promeuvent même l’idée et la pratique de consommations diminuées. Ce changement constitue une forme de bifurcation majeure, une rupture fondamentale dans la manière de concevoir les réseaux et leurs opérateurs. La contribution reviendra sur les modalités de cette bifurcation, sensible notamment en Europe. Elle détaillera les marges de manœuvre des opérateurs et les stratégies émergentes pour rendre l’infrastructure et son gestionnaire plus résilients dans ce contexte inédit.

Daniel Florentin est maître-assistant à l’École des Mines de Paris, au sein de l’Institut Supérieur d’Ingénierie et de Gestion de l’Environnement depuis octobre 2016. Ancien élève de l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm et agrégé de géographie, il a suivi une formation en aménagement du territoire et urbanisme qui l’a mené jusqu’à un doctorat à l’Université Paris Est au LATTS (Laboratoire Techniques, Territoires, Sociétés). Diplômé de l’université d’Oxford en gestion, politique et sciences de l’eau, il s’est spécialisé dans les questions de réseaux techniques urbains, en particulier de réseaux d’eau. Ses premiers travaux de recherche ont porté sur les questions de décroissance urbaine, leur gestion par les différents acteurs urbains (pouvoirs publics, acteurs immobiliers, habitants). Ses travaux de doctorat ont porté sur les questions de décroissance appliquée aux réseaux techniques urbains et la transformation des modèles économiques, techniques et territoriaux des opérateurs historiques de services urbains. Ses recherches actuelles portent sur les questions de métabolisme urbain et sur l’analyse des transitions énergétiques et le développement de processus industriels limitant les impacts des activités humaines sur l’environnement.



Stratégies d'acteurs face à une crise ou une vulnérabilité (économique, sociale, technologique)
(animateur des deux tables rondes: Sylvain ALLEMAND)

Grand Paris: Patrick BRAOUEZEC (Plaine Commune), Antoine FRÉROT (VEOLIA), Djamel KLOUCHE (architecte urbaniste), Livier VENNIN (EDF, Grand Paris), Elisa YAVCHITZ (Ville de Paris)
Cette table ronde sera l’occasion d’examiner comment la notion de résilience a été convoquée dans les débats et réflexions sur le projet d’aménagement de la métropole parisienne au regard notamment des risques liés au réchauffement climatique ou d’inondation, des transitions énergétique et numérique. Elle le fera en croisant les regards d’intervenants de différents horizons - élus, représentants du monde de l’entreprise et architecte.

Hauts de France: Emmanuel BERTIN (directeur du CERDD), Damien CARÊME (Grande Synthe), Jean-François CARON (Loos-en-Gohelle), Romaric DAURIER (Théâtre de Valenciennes), Sébastien THIÉRY (L'Expérience de l'Autre Mairie de Calais)
Cette table ronde sera l’occasion de rendre compte, dans un premier temps, de la manière dont la Région de l’ex-Nord Pas-de-Calais s’est saisie de la notion de résilience à travers notamment ses démarches de prospective et son approche du développement durable, en élargissant le propos au point de vue du milieu artistique. Dans un second temps, elle abordera la manière dont cette même notion de résilience fait sens au regard de la question des migrants telle qu’elle s’est posée à Calais d’une part, Grande Synthe d’autre part.

Sébastien THIÉRY: L'Expérience de l'Autre Mairie de Calais
Calais, 8 avril 2016: les membres du PEROU distribuent aux Calaisiennes et Calaisiens 12 000 exemplaires d'un autre "Calais Mag". Cette réplique exacte du magazine officiel présente un fragment des recherches conduites depuis plusieurs mois en collaboration avec artistes, photographes et étudiants issus d'écoles d'architecture, de paysage, de géographie, de sciences politiques, de sociologie, d'anthropologie. En contrepoint des récits du désastre qui prévalent, y sont décrits des actes, des gestes, des paroles, des espaces témoignant de ce qui s'invente, s'affirme, se construit à l'interface entre ville et bidonville. Ce que la Mairie de Calais décrit le lendemain à la presse comme un "plagiat qui nuit à l'image de la ville" s'ouvre par L'édito que la Maire de Calais n'a pas écrit, et se poursuit par la transcription de la rencontre qui n'a pas eu lieu entre les habitants de la ville et François Hollande, Xavier Bertrand et Natacha Bouchart. Dans ces textes, les acteurs publics défendent, en droit et en économie notamment, la mise en œuvre d'une politique constructive visant à faire de Calais la capitale européenne de l'hospitalité. Tel est le sens de l'appel à idées "Réinventer Calais" dont le programme est décrit dans un cahier spécial de 6 pages et développé sur le site dédié: www.reinventercalais.org. Evalué par un économiste à 28% du coût du véritable, et invraisemblable, projet de parc d'attraction "Héroïc Land", ce programme consiste en un accompagnement de l'urbanité engendrée par les migrants et la foule de militants les ayant soutenus depuis des mois. Ainsi le PEROU élabore-t-il une utopie architecturale tout autant qu'une utopie politique en annonçant la création d'une "Cité éphémère du XXIe siècle". Un certain art, qui ne peut manquer de devenir réalité, de penser et faire la ville non pas contre, mais à partir des mouvements migratoires, sur les fondements d'actes, de gestes, de paroles, d'espaces d'hospitalité conquis contre la violence qui aujourd'hui gouverne.

Sébast­ien Thiery est docteur en sciences politiques, enseignant à l'École nationale supérieure d'architecture de Paris Malaquais et à l'ENSAD. En 2012, il fonde avec Gilles Clément le PEROU - Pôle d'Exploration des Ressources Urbaines - qui développe des recherches-actions sur les marges urbaines. Auteur de plusieurs livres et films, il est en outre membre du comité éditorial de la revue Multitudes.
Dernières publications
Don't brand my public space / Face au brand territorial, (codir. avec Ruedi Baur), Lars Müller Publishers, novembre 2013.
Considérant qu’il est plausible que de tels événements puissent à nouveau survenir. Sur l’art municipal de détruire un bidonville, post-éditions, 2013.




Défis territoriaux et approches complexes (Sabine CHARDONNET-DARMAILLACQ)
Les catastrophes ou vulnérabilités résultant de l’action humaine couvrent de nombreux champs. La capacité croissante des systèmes numériques associée aux effets de la globalisation économique est, pour le meilleur et parfois pour le pire. un puissant moteur de transformation des situations de toutes sortes. La dérégulation financière, depuis les années 1980, a créé de nombreux phénomènes dont l’aboutissement peut se décrire, selon l’expression de Saskia Sassen, comme une expulsion (perte de logement, de  moyens de subsistance,  accaparement des terres agricoles...). De nouveaux projets territoriaux d’inclusion sont alors à inventer. Quant à la financiarisation de la terre et aux risques sociaux et alimentaires qui en résultent, ils forment un horizon essentiel en matière de résilience des territoires.
La révolution du big data attribue aux détenteurs des données une nouvelle hégémonie, celle de prendre le contrôle de secteurs externes à leurs domaines d’activités initiales. Les business models, les chaînes de valeur et les perspectives de l’éducation sont en profonde mutation. Cependant, les révolutions numériques passées et à venir rendent possible de nouveaux types de mobilisation. Si les transformations techniques radicales concernent l’ensemble du corps social, le fait nouveau est l’apparition d’une nouvelle génération dont le désir d’action, conjugué à la mobilisation de compétences, offre un moyen d’épanouissement et d’utilité au monde. Ainsi en est-il de HAND (hacking against natural disasters) dont le but est d’agir (pré et post-crise) et d’imaginer des projets et des actions dans des zones à risque de catastrophes naturelles.
L’approche des menaces produites par l’homme sous le seul angle du risque calculable apparaît comme un réel facteur d’aggravation des situations de crise et in fine un moteur de la catastrophe. De nouvelles approches complexes, associant des regards croisés, sont devenues indispensables. Si la résilience ne fait pas projet et ne peut être une méthode directe de conception de projets territoriaux ou urbains, les ouvertures nouvelles et la dynamique qu’elle apporte permettent de repenser le risque et l’espace habité pour donner des pistes de stratégie et de nouvelles idées de projet d’aménagement et de société.

Bernard HUBERT: Le triangle de l'agroécologie: politique, socio-technique, systèmes vivants
La transition agro-écologique, portée par des citoyens et certains scientifiques, est aujourd’hui une alternative aux modèles agricoles dominants de l'agriculture en Occident, qui tend à s'étendre sur toute la planète. Cette démarche, qui se construit sur des interactions complexes, résulte de processus d’apprentissage croisés entre les différentes parties prenantes (chercheurs, praticiens, agriculteurs, collectivités, ...). L’enjeu est de faire émerger des solutions collectives face aux enjeux des changements climatiques, des multiples effets de l'agriculture industrielle sur l'environnement et la santé humaine, des évolutions sociales (autonomie des agriculteurs, actions des consommateurs, démocratisation de la recherche ...) par des approches collaboratives qui s'appuient sur différentes formes de connaissance, de savoirs et de savoir-faire. Celles-ci portent autant sur les formes d'organisation que sur les dynamiques des systèmes vivants au coeur de ces fonctionnalités. La transition écologique s'inscrit ainsi dans un espace à trois sommets: politique, sociotechnique et systèmes vivants.

Antoine LE BLANC: La résilience des communautés dans un territoire industriel en difficulté
Le développement du territoire dunkerquois est très fortement lié à la zone industrialo-portuaire de la ville depuis un demi-siècle. En dépit de crises très profondes, ce territoire a réussi à maintenir et renouveler une activité industrielle, tout en lançant de nouveaux processus économiques. Parallèlement, la gestion des risques industriels a engendré de nouvelles contraintes, qu’ici encore le territoire a dû absorber. Le coût social, économique et environnemental de ces mutations et des adaptations consécutives est lourd, mais la société locale semble avoir été particulièrement résiliente. Or, ce qui caractérise aussi le territoire dunkerquois, c’est une histoire ancienne de la concertation et un attachement très marqué au territoire. Dans ce contexte, quelle est la part de la communauté dans cette résilience territoriale? En effet, on peut arguer que la résilience repose avant tout sur un système de connaissance, de confiance, et de partage de valeurs, qui permet de rebondir. À partir de l’exemple dunkerquois, on peut tenter de poser quelques questionnements plus généraux sur le lien entre la résilience territoriale et le fait de faire communauté, en faisant appel notamment à la notion américaine de community resilience.

Antoine Le Blanc, ancien élève de l’École Normale Supérieure de Paris et agrégé de géographie, est maître de conférences à l’Université du Littoral à Dunkerque et actuel Président du Comité National Français de Géographie. Il travaille, en géographie urbaine, sur la perception et la gestion des risques, au sein du laboratoire TVES (EA 44 77), plus particulièrement en tant que membre du Groupe de Recherche Irénée Zwarterook. Ses recherches concernent divers types de risques (naturels, industriels, sociaux) et notamment les traces des catastrophes et la spatialisation de leur mémoire.

Éric RIGAUD: Les systèmes sociotechniques et la résilience
La notion de résilience désigne les mécanismes mis en œuvre par une entité pour répondre et surmonter la venue d'une situation d'adversité. Des théories de la résilience se construisent dans différentes disciplines pour caractériser les propriétés ou les dynamiques de développement de leurs objets de recherche. L'échelle sociotechnique vise à désigner les systèmes constitués de groupes d'acteurs situés dans un environnement organisationnel, culturel et technique devant accomplir un ensemble d'objectifs en interagissant avec des objets techniques. Les mécanismes de résilience d'un système sociotechnique reposent entre autre sur les interactions entre les acteurs, entre les acteurs et les systèmes techniques, entre les acteurs et leur environnement. Cette communication se propose de discuter la complexité de la résilience à l'échelle sociotechnique. Les thématiques clés de la résilience seront appréhendées selon le point de vue de l'approche sociotechnique. Les événements survenus dans la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi du 11 au 15 mars 2011 serviront de fil rouge à la discussion.

Résultats de concours en lien avec les questions de résilience (animateur: Sylvain ALLEMAND)
1) Architecture Bas Carbone, par Philippe LABRO (Du bâtiment bas carbone au quartier zéro carbone [EDF, Atelier énergie-territoires])
2) Mobilithèse, par Sylvie LANDRIÈVE (Forum Vies Mobiles)

Ces deux concours s’adressent à des équipes d’architectes, pour le premier, à des auteurs de  mémoire de master ou de thèse traitant de mobilité, pour le second. Cette séquence se propose de revenir sur la manière dont la notion de résilience a été mobilisée, lors de l'édition 2017 de ces concours, par leurs candidats respectifs.

Philippe LABRO: Du bâtiment bas carbone au quartier zéro carbone
Depuis bientôt 10 ans, en collaboration avec les équipes du concours Bas Carbone, EDF explore les pistes d’innovations, avec pour point de départ, lors de la première édition, la maison individuelle bas carbone et aujourd’hui, pour la huitième édition, le quartier zéro carbone. Avec en toile de fond le réchauffement climatique et une population toujours plus urbaine et connectée, les stratégies énergétiques sont confrontées à de nouveaux enjeux sociétaux et environnementaux. Le concours bas carbone a ainsi pour objectif de faire émerger de nouvelles formes urbaines, des solutions énergétiques durables, de proposer et de développer des solutions innovantes pour le climat afin d’aider à consommer mieux et moins pour une réduction des émissions de C02: production d’énergie renouvelable locale, performance énergétique des bâtiments, mobilité, etc ... Pour cette première édition post COP 21 du concours d’architecture bas carbone, EDF a souhaité poursuivre sa vision prospective énergie et carbone en se projetant à Bordeaux pour explorer la possibilité de la neutralité carbone d’un territoire. Comme une conclusion à de notre réflexion, une question a été posée cette année aux équipes: peut-on construire une ville neutre en carbone? Cette réflexion, menée dans le cadre de la Biennale Agora 2017, a pu aboutir grâce à l’impulsion de la ville de Bordeaux et aux talents des équipes sélectionnées pour concourir.

Philippe Labro est Directeur des Partenariats, EDF Collectivités.
Il collabore au projet Ville Durable du Groupe EDF et est en charge des partenariats à la direction d’EDF Collectivités.
Il organise le concours d’architecture "Archi moins de CO2" valorisant les projets urbains à faible impact carbone et dirige  les travaux du Think Tank EDF Atelier Energie et Territoires.
À travers un partenariat fondateur d’EDF avec la Cité de l’Architecture, il participe à des travaux en relations avec architectes et urbanistes sur la les thèmes de la Ville de demain.

Avec le soutien
de l'Institut Veolia,

de la Fabrique de la Cité,

du Laboratoire ACS (UMR AUSser 3329 - Labex Futurs Urbains)
et de la Région Normandie

Institut Veolia
Fabrique de la Cité
Laboratoire ACS (UMR AUSser 3329)
Région Normandie