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Programme 2018 : un des colloques


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LE TRAVAIL EN MOUVEMENT

ORGANISATIONS, FRONTIÈRES, RECONNAISSANCES
Mise à jour
19/02/2018


DU JEUDI 13 SEPTEMBRE (19 H) AU JEUDI 20 SEPTEMBRE (14 H) 2018

( colloque de 7 jours )

DIRECTION : Émilie BOURDU-SZWEDEK, Michel LALLEMENT, Pierre VELTZ, Thierry WEIL

COMITÉ DE PARTENAIRES : Olivier CARLAT (Veolia), Louise GAXIE & Alain OBADIA (Fondation Gabriel Péri)

ARGUMENT :

Depuis quelques années, les indices d’une vaste recomposition du travail n’ont cessé de se multiplier. Outre la révolution numérique dont on commence à percevoir et à anticiper les nombreux effets, il faut compter avec de nouvelles formes de gestion des activités productives qui en appellent à toujours plus d’engagement au travail, de responsabilités sociales, de collaborations horizontales... À l’image des transformations qui affectent les lieux comme les temps des pratiques professionnelles, ce sont par ailleurs les frontières même du travail qui sont aujourd’hui en train de bouger.

Le colloque rassemblera dirigeants d’entreprise, directeurs des ressources humaines, syndicalistes, universitaires, acteurs publics ainsi que toutes celles et ceux intéressés par le thème du travail et de ses transformations autour de trois interrogations: 1) Quelles sont les nouvelles pratiques productives et les nouvelles formes d’organisation du travail? 2) Comment se transforment les frontières du travail? 3) Quelles sont les implications de ces changements pour les modes de reconnaissance au travail, du travail et par le travail?

Pour aborder toutes ces questions, le programme sera établi sur la base de communications en tables rondes suivies de débats, d’ateliers et de discussions autour de témoignages et de représentations du travail littéraires, cinématographiques, picturales... Sont également prévues des visites d’entreprises locales illustrant des formes intéressantes d'agencement de collectifs de travail.

COMMUNICATIONS & TABLES RONDES (suivies de débats) :

Perceptions et nouvelles formes du travail

Les mots et les chiffres du travail — Qui sont les "travailleurs" aujourd'hui?
Michel LALLEMENT & Pierre VELTZ: Mise en perspective historique
Maryse SALLES: Les mots du travail
Serge VOLKOFF: L'enquête CFDT "Parlons travail"
Michèle SEBAG: Conditions de travail, satisfaction des travailleurs et performances économiques (enquête DARES)
Louise GAXIE & Alain OBADIA: Présentation de la carte mentale

Autonomie, responsabilisation, participation
Yves CLOT: Conférence introductive
Bertrand BALLARIN: La responsabilisation appliquée à une grande entreprise industrielle
Jean-Yves BONNEFOND: Promouvoir le dialogue sur le travail chez Renault-Flins

Individualisation et coopération dans le travail à l'ère du numérique (Président: Pierre-Michel MENGER)
Luca PALTRINERI: Individualisation et coopération dans les entreprises de plateformes
Isabelle BERREBI-HOFFMANN: Intelligence artificielle et nouvelles formes d'organisation du travail
Flore BARCELLINI: Transformations du travail, industrie du futur et cobotique

Territoires et espaces de travail

Transformation du travail et territoires

Table ronde animée par Pierre VELTZ, avec:
Olivier BOUBA-OLGA: Dynamiques territoriales, éloge de la diversité
Frédéric REY: Les recompositions territoriales des régulations du travail
Hervé DEFALVARD: Économie sociale et solidaire dans les territoires

Les expérimentations locales dans le domaine de l'emploi, de la formation et du travail
Premier retours sur l'expérimentation "Territoires zéro chômeur":
Hervé RENAULT:
L'entreprise à but d'emploi du Calvados (ATIPIC Emplois Nouvelle Génération)
Pierre MÉHAIGNERIE: L'action de la Maison de l'Emploi de Vitré

Les frontières de l'entreprise — l'entreprise étendue et sa responsabilité (Président: Jean-Yves BOULIN)
Kostas PAPADAKIS (OIT): Le dialogue social international
Mathilde FRAPARD: Les accords d'entreprise transnationaux
Bernard THIBAUT (OIT)
Denis PENNEL (OIT): World employment confederation

Visites d'entreprises locales
Découverte de structures présentant une forme originale d'organisation du travail ou d'insertion dans le territoire (Coopérative d'activités et d'emploi, entreprise industrielle)

Les enjeux du travail demain

Du revenu universel à l'accompagnement universel?

Table ronde animée par Pierre VELTZ, avec notamment Jean-Baptiste de FOUCAULD

Quels cadres juridiques pour les nouvelles formes de travail?
Valérie VAN GOETHEM
Josepha DIRRINGER
Marie-Josée KOTLICKY


Comment former aux compétences requises par le travail demain?
Pierre FALZON
Jean-Luc MOLINS
Bertrand MARTINOT (CR Ile de France)
Vivien ROUSSEL: "Le faire" dans la formation: l'exemple de fablabs d'insertion à Gonesse et à Montreuil

ATELIERS :

Quel travail pour la société demain?
Restitution du travail sur la carte mentale
Bourse aux ateliers proposés par les participants

EXPOSITION de posters par les doctorants

SOIRÉES :

Les récits et les représentations du travail
-
Au cinéma: Jean-Michel SAUSSOIS (La figure du travail au cinéma)
- Écrire le travail, mettre en scène le travail: Laurence DECRÉAU, Jean-Michel SAUSSOIS

RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Bertrand BALLARIN: La responsabilisation appliquée à une grande entreprise industrielle
Comme la plupart des entreprises, Michelin s’est employé, à partir des années 1990, à mettre l’ensemble de ses opérations sous contrôle. Cette démarche a concentré l’intelligence décisionnelle au sommet et complexifié un fonctionnement dans lequel la personne s’épanouissait difficilement. Ce modèle s’est grippé sous l’effet de l’instabilité économique, de la volatilité des marchés et de la segmentation accrue de la production. Il n’était plus envisageable qu’une intelligence concentrée au sommet maîtrise la complexité du monde extérieur et celle que créent en interne les innombrables remontées d’information générées par la volonté de tout savoir pour tout décider. D’où le souci de redonner du pouvoir d’agir assorti d’une obligation de rendre des comptes à chaque niveau pour retrouver l’intérêt de l’activité professionnelle d’abord, l’avantage compétitif d’une forte agilité et d’une innovation naturelle ensuite. Une transformation aussi radicale ne pouvait se conduire que de façon progressive. Le choix a été fait d’une approche expérimentale, mobilisant des unités volontaires. Cette démarche s’appuie sur des leaders transformateurs, convaincus qu’ils ne détiennent pas les solutions. Seul est décrit un modèle général, réduit à quelques principes de fonctionnement et de comportement. Il n’y a ni équipes de déploiement interne, ni consultants externes. Il y a l’impulsion que donnent ces leaders transformateurs et le travail de leurs équipes pour dessiner par elles-mêmes un nouvel espace d’autonomie et de nouvelles façons de travailler.

Diplômé de Saint-Cyr, de l’IEP de Paris, de l’École de guerre et ancien auditeur de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), Bertrand Ballarin a fait une carrière d’officier dans l’armée de terre de 1974 à 2003. Il a rejoint Michelin fin 2003 et a dirigé deux sites industriels en France et en Chine. En 2012, il a pris la responsabilité d’une démarche de responsabilisation, à laquelle s’est ajoutée celle des relations sociales du Groupe en 2013. Il a quitté Michelin fin mars 2018 et exerce depuis une activité de conseil indépendant sur le thème de la responsabilisation et de ses impacts sur le management.

Flore BARCELLINI: Transformations du travail, industrie du Futur et cobotique

L’industrie du Futur ambitionne de redessiner les contours du monde industriel avec une volonté politique forte de modernisation des outils de production, à travers une collection de technologies hétérogènes (cobots et exosquelette, fabrication additive, big data & cloud, internet des objets...). Au-delà de ces aspects technologiques, les usines du futur ne peuvent se penser sans une réflexion sur des modèles organisationnels "de rupture" ouverts aux capacités d’innovation des salariés en les associant de manière active au renouvellement de leur système de travail (Barcellini, Van Belleghem et Daniellou, 2013). Cette  communication se propose d’éclairer cette question en mettant en avant une vision constructive du travail de conception et de production des femmes et des hommes dans les usines du futur (Falzon, 2014), notamment dans le cadre d'un projet d’introduction de robots collaboratifs dans l’industrie.

Flore Barcellini, professeure d’ergonomie au CNAM,  y dirige le département Travail. Membre du Centre de Recherche sur le Travail et le Développement et chercheure associée à l’Institut Interdisciplinaire de l’Innovation, elle s’intéresse aux transformations du travail liées à des innovations sociales (p.ex. travail dans les communautés en ligne, transitions agro-écologiques, fab-lab) ou technologiques (travail à distance via les outils de l’internet, travail avec des robots collaboratifs et industrie du futur) (Barcellini, 2015), dans la perspective de l’ergonomie constructive (Falzon, 2013).

Frédéric REY: Les recompositions territoriales des régulations du travail
Les transformations du travail s’accompagnent d’une recomposition en profondeur des échelles et des lieux de la régulation. D’une part, les alternatives au salariat et les formes nouvelles de travail — qui ont toujours constitué de véritables défis pour les systèmes traditionnels de régulation —, posent la question des espaces pertinents de leurs régulations collectives. D’autre part, le centre de gravité du système français de relations professionnelles s’est considérablement déplacé vers l’entreprise. Ces évolutions — transformations du travail, de l’emploi, décentralisation — entraînent un affaiblissement sans précédent des modalités antérieures, nationales et sectorielles, de la régulation. Notre contribution reviendra dans un premier temps sur ces dynamiques scalaires et les enjeux associés pour les replacer dans la perspective du demi-siècle écoulé — des années 1980 aux récentes ordonnances. Ces éléments de contexte rappelés, elle mobilisera dans un second temps l’histoire parallèle des expérimentations territoriales de dialogue social en direction des petites entreprises, et leur institutionnalisation actuelle, pour illustrer l’ambivalence des recompositions à l’œuvre entre logiques de fragmentations et créations de nouvelles échelles territoriales de la régulation.

Frédéric Rey, sociologue du travail et des relations professionnelles au laboratoire Lise-CNRS, est maître de conférences au Cnam. Ses thématiques principales de recherches portent sur les transformations des relations sociales, les nouvelles formes d'emploi et de précarités, et les régulations collectives du travail et de l'emploi.

Vivien ROUSSEL: "Le faire" dans la formation: l'exemple de fablabs d'insertion à Gonesse et à Montreuil
Un certain nombre d'acteurs de l'éducation — du secteur privé aux institutions publiques, jusqu'au niveau international — mettent en œuvre des politiques axées la fois sur l'application des modalités de type fablabs et sur l'innovation pour déployer la créativité et les capacités d'empowerment chez les jeunes. Le paradigme du "faire" est invoqué comme nouvel attrait pour engager les jeunes dans l'action et dans les activités pédagogiques, autour des outils numériques (au sens large) et aussi dans l'idée de "rendre tangibles" et concrètes leurs actions. Tout en s'inscrivant dans ces démarches et logiques, les dispositifs de formations mandatés par Co-dev cherchent à déplacer le "learning by doing" à des fins d'insertion de jeunes en situation de précarité et en ruptures économique, sociale, territoriale, voir même identitaire. L'analyse des pratiques et des activités permettra de mieux envisager ce qui s'y passe et d'en comprendre les profondes raisons, ainsi que les choix de transmission et de perspectives d'avenir offerts à ces jeunes — dans la complexité du marché de l'emploi contemporain.

Jean-Michel SAUSSOIS: La figure du travail au cinéma
Pendant une soirée, la figure du travail au cinéma sera discutée en soulignant le sens et l’évolution du mot travail. Particulièrement, l’œuvre du cinéaste  Harun Farucki servira d’appui à la discussion, un cinéaste qui s’est affirmé par sa capacité à "déblayer les décombres qui obstruent les images". Trois films seront visionnés L’expression des mains (1977, 30 minutes), Comparaison (2009, 16 minutes, différentes méthodes pour fabriquer des briques), enfin Rien sans risque (2004, 52 minutes); dans ce film, le cinéaste observe en fait un travail invisible, une négociation entre une société de capital / risque et une entreprise qui lance un produit nouveau. Deux autres films seront présentés pendant les moments de temps libre Workers leaving the factory et Guerre à distance (58 minutes).

Jean-Michel Saussois, docteur en sociologie, diplômé d’HEC, est professeur émérite à ESCP-Europe. Lors de la création en 1990, à l’initiative du ministre de la recherche Hubert Curien, de l’ANVIE (Agence Nationale pour la Valorisation Interdisciplinaire des sciences de l'homme et de la société auprès des Entreprises), il en sera le délégué général pendant trois ans, assurant ainsi la période de lancement. Ses recherches sur le travail ont porté sur la nature du travail des cadres dans les organisations privées et publiques. Il est membre du comité éditorial de la revue Sociologie du Travail.
Publications:
Capitalisme sans répit, Éditions La dispute, Paris, novembre 2006.
Théories des organisations, collection "Repères", Éditions La Découverte, 2007, réédition en 2012.
Capitalisme: un dieu sans bible. Idées reçues sur le modèle économique dominant, Éditions Cavalier Bleu, 2011.
(Dir.) Les organisations. État des savoirs, Sciences Humaines Éditions, 2012, réédité en 2016.


Avec le soutien
du BIT (Bureau International du Travail),

de la Fondation Gabriel Péri,

de Veolia
et de la Chaire "Futur de l'industrie, du travail et de l'innovation"