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Programme 2018 : un des colloques


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LE TRAVAIL EN MOUVEMENT

ORGANISATIONS, FRONTIÈRES, RECONNAISSANCES
Mise à jour
03/12/2018
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DU JEUDI 13 SEPTEMBRE (19 H) AU JEUDI 20 SEPTEMBRE (17 H) 2018

DIRECTION : Émilie BOURDU-SZWEDEK, Michel LALLEMENT, Pierre VELTZ, Thierry WEIL

ARGUMENT :

Depuis quelques années, les indices d’une vaste recomposition du travail n’ont cessé de se multiplier. Outre la révolution numérique dont on commence à percevoir et à anticiper les nombreux effets, il faut compter avec de nouvelles formes de gestion des activités productives qui en appellent à toujours plus d’engagement au travail, de responsabilités sociales, de collaborations horizontales... À l’image des transformations qui affectent les lieux comme les temps des pratiques professionnelles, ce sont par ailleurs les frontières même du travail qui sont aujourd’hui en train de bouger.

Le colloque rassemblera dirigeants d’entreprise, directeurs des ressources humaines, syndicalistes, universitaires, acteurs publics ainsi que toutes celles et ceux intéressés par le thème du travail et de ses transformations autour de trois interrogations: 1) Quelles sont les nouvelles pratiques productives et les nouvelles formes d’organisation du travail? 2) Comment se transforment les frontières du travail? 3) Quelles sont les implications de ces changements pour les modes de reconnaissance au travail, du travail et par le travail?

Pour aborder toutes ces questions, le programme sera établi sur la base de communications ou de tables rondes suivies de débats, d’ateliers et de discussions autour de témoignages et de représentations du travail, par exemple cinématographiques. Les participants pourront proposer des thèmes d’atelier et décideront le premier jour à quel atelier ils souhaitent contribuer. Sont également prévues des visites d’entreprises locales illustrant des formes intéressantes d'agencement de collectifs de travail.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Jeudi 13 septembre
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Vendredi 14 septembre
Matin:
Les mots et les chiffres du travail — Qui sont les "travailleurs" aujourd'hui?
Michel LALLEMENT: Le travail et ses normes
Maryse SALLES: Langages au travail: quelques enjeux
Serge VOLKOFF: Les parcours professionnels dans le "paysage" des conditions de travail et de leurs changements: approche par trois études quantitatives

Quel travail pour la société demain?
Louise GAXIE: Animation d’une réflexion en petits groupes pour élaborer collectivement une carte mentale autour de la thématique du travail

Après-midi & Soirée:
Suite du travail sur la carte mentale et restitution des groupes

Michèle SEBAG:
Qualité de la vie au travail et santé économique des entreprises: étude des relations causales

Propositions de thèmes d’atelier: Sophie BERNARD [Travail et plateformes numériques], Jean-Yves BOULIN [Le futur du temps de travail ou le temps de travail du futur?], Olivier CARLAT [Mesure du travail: une opportunité pour le dialogue social], Isabelle MAGNE & Dimitri PLEPLÉ [Philosophie de l’entreprise libérée: observations et questionnements] et Jean-Michel SAUSSOIS [Représentation du travail au cinéma]

Bourse aux ateliers (chacun choisit ceux auxquels il veut participer) et première séance d'atelier


Samedi 15 septembre
Matin:
Les nouvelles formes du travail: autonomie, responsabilisation, participation
Yves CLOT: Responsabilisation, autonomie, participation [enregistrement audio en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de l'Université de Caen Normandie et sur le site France Culture]
Jean-Yves BONNEFOND: Instituer le dialogue sur la qualité du travail: un enjeu de performance et de santé. L'exemple du dispositif DQT à l'usine Renault de Flins
Bertrand BALLARIN: La responsabilisation appliquée à l'entreprise Michelin

Après-midi:
Séance de posters des doctorants

Les nouvelles formes du travail: individualisation et coopération dans le travail à l'ère du numérique
Luca PALTRINIERI & Muriel PRÉVOT-CARPENTIER: Individualisation et coopération dans les entreprises de plateformes
Isabelle BERREBI-HOFFMANN: Intelligence artificielle et modes d'organisation du travail: enjeux, expérimentations, individuation
Flore BARCELLINI: Industrie du futur et robotique collaborative. Quelle place du travail et de ses transformations?

Soirée:
Du revenu universel à l'accompagnement universel?
Table ronde animée par Danielle KAISERGRUBER, avec Jean-Baptiste de FOUCAULD (Le revenu d’existence, planche de salut ou remède empoisonné de la société du travail?) et Yannick VANDERBORGHT


Dimanche 16 septembre
Matin:
Les expérimentations locales dans le domaine de l'emploi, de la formation et du travail
Pierre MÉHAIGNERIE: Peut-on, par des politiques locales, agir pour surmonter nos faiblesses nationales: chômage, dépenses publiques, formation professionnelle, simplifications administratives... Comment? Exemple de Vitré Communauté
Hervé RENAULT: Premiers retours sur l'expérimentation "Territoires zéro chômeur" dans le Calvados (ATIPIC Emplois Nouvelle Génération)
Jean-Marie BERGÈRE: Plaine Commune, Castres, Bassin minier, trois expérimentations soutenues par la Fondation de France

Après-midi:
Transformations du travail et territoire
Table ronde animée par Danielle KAISERGRUBER, avec Olivier BOUBA-OLGA (Dynamiques territoriales, éloge de la diversité), Frédéric REY (Les recompositions territoriales des régulations du travail) et Hervé DEFALVARD (Économie sociale et solidaire dans les territoires)

Soirée:
Ateliers thématiques


Lundi 17 septembre
Matin:
Comment former aux compétences requises par le travail demain?
Pierre FALZON: Développer les compétences d’arbitrage
Jean-Luc MOLINS: Quelle formation à l'ère numérique?
Vivien ROUSSEL: "Le faire" dans la formation: l'exemple de fablabs d'insertion à Gonesse et à Montreuil

Après-midi:
DÉTENTE

Soirée:
Les récits et les représentations du travail
Jean-Michel SAUSSOIS: La figure du travail au cinéma


Mardi 18 septembre
Matin:
Quels cadres juridiques pour les nouvelles formes de travail?
Table ronde animée par Yves VEYRIER, avec Xavier BEAUDONNET (Les apports possibles de la négociation collective), Josépha DIRRINGER (Les transformations du droit social dans une économie numérique), Bénédicte RAVACHE et Valérie VAN GOETHEM

Après-midi:
Visites de la Coopérative d’Activité et d'Emploi Crescendo (Antenne de Saint-Lô), de l’Entreprise Donaldson (Domjean) ou de La p'tite Coop (Lingreville)

Soirée:
Les récits et les représentations du travail
Laurence DECRÉAU: Le bonheur au travail dans le roman contemporain


Mercredi 19 septembre
Matin:
Les frontières de l'entreprise: l'entreprise étendue et sa responsabilité
Mathilde FRAPARD: Les accords d'entreprise transnationaux: un modèle de régulation sociale en évolution

Table ronde sur le dialogue social international, animée par Guillaume DELAUTRE, avec Mathilde FRAPARD, Kostas PAPADAKIS, Denis PENNEL et Bernard THIBAULT

Après-midi:
Ateliers thématiques (suite)


Jeudi 20 septembre
Matin:
Restitutions des ateliers thématiques
Synthèse du colloque par les doctorants et jeunes chercheurs: Gabriel BOUDARD, Louise FAUVARQUE-GOBIN, Xiao HUANG, Isabelle MAGNE et Louise ROBLIN
Discussion générale

Après-midi:
Tables rondes avec les cadres du Conseil départemental de la Manche
Animation: Sylvain ALLEMAND & Christine BACHELEZ
1) Nouvelles technologies, nouveaux usages, avec Philippe BOBLET, Cédric DOLET, Agnès JUGÉ et Jean-Baptiste de MAISTRE
2) Métiers de demain, formation et insertion, avec Perrine COURBARON, Émilie DESPLANCHES, Éric DUJARDIN et Christophe GELAND

DÉPARTS


ENTRETIEN :

"Qualité de vie des salariés et santé économique des entreprises, quelle relation?", interview de Michèle SEBAG par Sylvain ALLEMAND (disponible en ligne sur le site de Paris-Saclay Le Média).

INTERVIEWS RÉALISÉES PAR LA FABRIQUE DE L'INDUSTRIE :

INTRODUCTION


Michel Lallement

DIRE, REPRÉSENTER, MESURER LE TRAVAIL


Maryse Salles

Louise Gaxie

Laurence Decréau

Jean-Michel Saussois

Serge Volkoff

Michèle Sebag

AUTONOMIE, RESPONSABILISATION, PARTICIPATION: FAUT-IL SE LIBÉRER DU TRAVAIL?


Yves Clot

Jean-Yves Bonnefond

Pierre Falzon

TRAVAILLER À L'HEURE DU NUMÉRIQUE: NOUVEAUX MÉTIERS, NOUVELLES COMPÉTENCES, NOUVELLES RÉGULATIONS


Sophie Bernard

Luca Paltrinieri

Muriel Prévot-Carpentier

Flore Barcellini

Isabelle Berrebi-Hoffmann

Jean-Yves Boulin

TRAVAIL, EMPLOI ET DYNAMIQUES TERRITORIALES


Olivier Bouba-Olga

Pierre Méhaignerie

Frédéric Rey

Jean-Marie Bergère

Hervé Renault

Vivien Roussel

Yannick Vanderborght

NORMES, RÉGULATIONS ET DIALOGUE SOCIAL


Josépha Dirringer

Jean-Luc Molins

RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Bertrand BALLARIN: La responsabilisation appliquée à l'entreprise Michelin
Comme la plupart des entreprises, Michelin s’est employé, à partir des années 1990, à mettre l’ensemble de ses opérations sous contrôle. Cette démarche a concentré l’intelligence décisionnelle au sommet et complexifié un fonctionnement dans lequel la personne s’épanouissait difficilement. Ce modèle s’est grippé sous l’effet de l’instabilité économique, de la volatilité des marchés et de la segmentation accrue de la production. Il n’était plus envisageable qu’une intelligence concentrée au sommet maîtrise la complexité du monde extérieur et celle que créent en interne les innombrables remontées d’information générées par la volonté de tout savoir pour tout décider. D’où le souci de redonner du pouvoir d’agir assorti d’une obligation de rendre des comptes à chaque niveau pour retrouver l’intérêt de l’activité professionnelle d’abord, l’avantage compétitif d’une forte agilité et d’une innovation naturelle ensuite. Une transformation aussi radicale ne pouvait se conduire que de façon progressive. Le choix a été fait d’une approche expérimentale, mobilisant des unités volontaires. Cette démarche s’appuie sur des leaders transformateurs, convaincus qu’ils ne détiennent pas les solutions. Seul est décrit un modèle général, réduit à quelques principes de fonctionnement et de comportement. Il n’y a ni équipes de déploiement interne, ni consultants externes. Il y a l’impulsion que donnent ces leaders transformateurs et le travail de leurs équipes pour dessiner par elles-mêmes un nouvel espace d’autonomie et de nouvelles façons de travailler.

Diplômé de Saint-Cyr, de l’IEP de Paris, de l’École de guerre et ancien auditeur de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), Bertrand Ballarin a fait une carrière d’officier dans l’armée de terre de 1974 à 2003. Il a rejoint Michelin fin 2003 et a dirigé deux sites industriels en France et en Chine. En 2012, il a pris la responsabilité d’une démarche de responsabilisation, à laquelle s’est ajoutée celle des relations sociales du Groupe en 2013. Il a quitté Michelin fin mars 2018 et exerce depuis une activité de conseil indépendant sur le thème de la responsabilisation et de ses impacts sur le management.

Flore BARCELLINI: Industrie du futur et robotique collaborative. Quelle place du travail et de ses transformations?

L’industrie du Futur ambitionne de redessiner les contours du monde industriel avec une volonté politique forte de modernisation des outils de production, à travers une collection de technologies hétérogènes (cobots et exosquelette, fabrication additive, big data & cloud, internet des objets...). Au-delà de ces aspects technologiques, les usines du futur ne peuvent se penser sans une réflexion sur des modèles organisationnels "de rupture" ouverts aux capacités d’innovation des salariés en les associant de manière active au renouvellement de leur système de travail (Barcellini, Van Belleghem et Daniellou, 2013). Cette  communication se propose d’éclairer cette question en mettant en avant une vision constructive du travail de conception et de production des femmes et des hommes dans les usines du futur (Falzon, 2014), notamment dans le cadre d'un projet d’introduction de robots collaboratifs dans l’industrie.

Flore Barcellini, professeure d’ergonomie au CNAM,  y dirige le département Travail. Membre du Centre de Recherche sur le Travail et le Développement et chercheure associée à l’Institut Interdisciplinaire de l’Innovation, elle s’intéresse aux transformations du travail liées à des innovations sociales (p.ex. travail dans les communautés en ligne, transitions agro-écologiques, fab-lab) ou technologiques (travail à distance via les outils de l’internet, travail avec des robots collaboratifs et industrie du futur) (Barcellini, 2015), dans la perspective de l’ergonomie constructive (Falzon, 2013).

Jean-Yves BONNEFOND: Instituer le dialogue sur la qualité du travail: un enjeu de performance et de santé. L'exemple du dispositif DQT à l'usine Renault de Flins
À partir d'une expérimentation menée avec Renault, à l'usine de Flins, par l'équipe de psychologie du travail du Cnam, nous exposerons les modalités d'institution d'un dispositif de dialogue et d'action sur la qualité du travail (DQT) qui dure depuis 4 ans. Il vise à faire reculer les atteintes à la santé et à l'efficacité à partir de l'initiative des opérateurs: responsables hiérarchiques, direction et organisations syndicales, en organisant entre eux le dialogue sur la qualité de leur travail. Les tentatives organisationnelles pour se porter à la rencontre de l'initiative, de l'intelligence individuelle et collective des salariés ne sont pas nouvelles. Dès la fin des années 80, chez Renault comme ailleurs, pour relever les défis technologiques, économiques et sociaux de "l'usine du futur" d'alors (Irion 1990), l'organisation taylorienne du travail devait se transformer par le développement du professionnalisme, l'expression et la participation des salariés. Aujourd'hui la question se pose car le travail contemporain est souvent bien loin de ces transformations escomptées. Et ce d'autant plus que la qualité des produits et des services, dans un monde que les technologies numériques transforment, dépendent de plus en plus de nouveaux modes de coopération sur le travail. Des innovations organisationnelles se cherchent donc à nouveau car il en va de la performance comme de la santé. Avec prudence au regard de l'histoire, le dispositif que nous présenterons est de nature à nourrir la réflexion sur cette question.

Jean-Yves Bonnefond est docteur en psychologie du travail, chercheur associé au Centre de recherche sur le travail et le développement du Cnam. Ses travaux portent sur l'intervention dans les organisations pour un développement conjoint de la santé et de la performance à partir de la qualité du travail.
Publication:
Bonnefond, J.Y. (2017), "Intervention et développement organisationnel en clinique de l'activité. Le cas du dispositif "DQT" à l'usine Renault de Flins", Activités 14(2) [En ligne].


Yves CLOT: Responsabilisation, autonomie, participation
L’année 2018 restera celle de modifications significatives du code du travail et du code civil. Les instances représentatives du personnel sont bel et bien en cours de transformation avec, par exemple, la disparition des CHSCT. D'un autre côté, l’objet social de l’entreprise est, au moins formellement bousculé par l’affirmation souhaitée d’une "raison d’être" complémentaire aux critères financiers dominants. On y verra le signe d’une crise de la conception de l’entreprise touchant aussi bien la santé des salariés que la gouvernance dans son ensemble. Dans cette intervention, on questionnera le lien entre les deux. On montrera surtout que le trait d’union entre la performance et la santé se trouve probablement du côté de la qualité du travail, qualité des produits et des services comprise. La qualité du travail peut être vue autant du côté de la santé publique avec la multiplication des scandales sanitaires qui affectent usagers et consommateurs que du côté de la santé au travail. Mais on en fera aussi une garantie possible de la performance elle-même. L’expérience des interventions en entreprises ou en institutions protège pourtant de toute naïveté sociale: la qualité du travail est d’abord un problème à résoudre et ce problème révèle des conflits de critères récurrents et, en un sens, inéliminables. Si l’entreprise mérite bien d’avoir des "raisons d’être", c’est qu’elle a d’abord les "soucis du faire". Ces "soucis" de la qualité du travail ne peuvent être abordés qu’en instituant entre toutes les "parties prenantes", contre un déni trop fréquent, une coopération conflictuelle autour de la qualité du travail. C’est sous cet angle qu’on abordera les questions de l’autonomie, de la responsabilité et de la participation. La pratique et l’idée d’entreprise délibérée sera mise en discussion pour poser les questions de la liberté dans le travail contemporain.

Yves Clot est psychologue du travail et professeur à la chaire de psychologie du travail du CNAM.

Jean-Baptiste de FOUCAULD: Le revenu d’existence, planche de salut ou remède empoisonné de la société du travail?
En admettant qu’il soit finançable, le revenu d’existence, conçu  comme un revenu donné à chacun de sa naissance à sa mort de manière inconditionnelle, peut-il donner un nouvel élan à une société du travail en difficulté dans un contexte de crise écologique? La thèse qui sera soutenue est qu’il s’agit d’un saut anthropologique redoutable qui rompt avec les équilibres fondamentaux du donner/recevoir/rendre et risque de créer à terme une rupture irréversible dans la logique de la société du travail. Celle-ci a encore beaucoup à donner, même si elle doit se transformer, tant pour tirer les conséquences de la révolution numérique que pour assumer les tâches nécessaires de la reconstruction écologique, et que pour accompagner chacun dans sa capacité participer utilement à la production de la société.

Mathilde FRAPARD: Les accords d'entreprise transnationaux: un modèle de régulation sociale en évolution
Dans un contexte de globalisation de l’économie, le pouvoir régulateur des Etats est concurrencé par des multinationales qui élaborent leurs propres normes. Ces initiatives spontanées constituent des outils de régulation des entreprises qui permettent en partie de répondre aux enjeux de la mondialisation en visant notamment à encadrer les relations de travail. Parmi ces initiatives, l’une a émergé à la fin des années 1980: c’est l’accord d’entreprise transnational. Fruits d’une négociation volontaire entre la direction d’une multinationale et des organisations de travailleurs, en l’espace de trente ans, ces accords se sont développés aussi bien sur le plan quantitatif (nous comptons près de 300 accords aujourd’hui) que sur le plan qualitatif. Cette intervention a pour objectif de présenter ces instruments transnationaux qui sont négociés en l’absence de cadre juridique international. Nous analyserons plus particulièrement leur évolution, mais aussi les problématiques et les enjeux soulevés lors de la négociation puis de la mise en œuvre de tels accords.

Docteure en droit de l’Université de Strasbourg, Mathilde Frapard a soutenu une thèse de droit social en septembre 2016 portant sur l’étude des accords d’entreprise transnationaux. Sa thèse a fait l’objet d’une convention CIFRE avec la Confédération CFDT. Elle y travaille aujourd’hui en tant que juriste en charge des dossiers internationaux et européens ainsi que des questions de responsabilité sociale des entreprises.
Publications:
M. FRAPARD, Les accords d’entreprise transnationaux: les firmes peuvent-elles s’autoréguler en matière sociale?, La Fabrique de l’industrie, Presses des Mines, 2018.
M. FRAPARD, "La protection des droits sociaux fondamentaux des travailleurs dans les entreprises transnationales. Réflexions à partir de la Convention de Danone sur l’emploi durable et l’accès aux droits du 15 mars 2016", Revue de Droit du Travail, 2017, p. 49.
M. FRAPARD, La protection négociée des droits sociaux fondamentaux des travailleurs: contribution à l’étude des accords d’entreprise transnationaux, Thèse, Strasbourg, 2016.
F. LARONZE et M. FRAPARD, "Les normes unilatérales et négociées d’entreprise", in K. Martin-Chenut et R. de Quenaudon (dir.), La RSE saisie par le droit. Perspectives interne et internationale, Paris, Pedone, 2016, pp. 281-302.


Michel LALLEMENT: Le travail et ses normes
L’objectif de cette intervention est d’introduire la première séance du colloque consacrée "aux mots et aux chiffres du travail". Nommer et mesurer le travail sont des choix qui ne vont pas de soi. Mais ils sont à la fois significatifs et structurants. L’accent sera donc mis sur le caractère évolutif de la sémantique et des dispositifs conventionnels utilisés pour dire et représenter le travail, en les reliant aussi, sommairement, aux formes d’invention de l’"emploi" et du "chômage". Ce faisant, il s’agira aussi de dégager les enjeux pour les reconfigurations du travail telles qu’elles se dessinent aujourd’hui, dans un contexte particulièrement mouvant.

Michel Lallement est professeur de sociologie au Cnam (chaire d’Analyse sociologique du travail, de l’emploi et des organisations) et membre du Lise-CNRS.
Publications:
Le Travail. Une sociologie contemporaine, Gallimard, 2011.
L’Âge du Faire, Seuil, 2015.
Avec I. Berrebi-Hoffmann et M.C. Bureau, Makers. Enquête sur les laboratoires du changement social, Seuil, 2018.


Pierre MÉHAIGNERIE: Peut-on, par des politiques locales, agir pour surmonter nos faiblesses nationales: chômage, dépenses publiques, formation professionnelle, simplifications administratives... Comment? Exemple de Vitré Communauté
Expérience de la réindustrialisation d’un territoire de 82 000 habitants dont un syndicat de salariés, lors d’un congrès en 1976, avait donné une vision extrêmement sombre: taux de chômage élevé, salaire faible, travail pénible, vide culturel et social et il avait conclu "que le Pays de Vitré était appelé à disparaitre" (Titre du journal Ouest-France).

Dès lors, comment ce bassin d’emploi, de 82 000 habitants aujourd’hui est-il parvenu à retourner la situation avec un taux de chômage de 4.8 %, un taux d’actifs dans l’industrie de 40%, une présence de 14 entreprises de plus de 500 salariés dans un périmètre de 10 à 15 minutes autour de Vitré, un salaire moyen brut qui le place entre le 2ème et le 4ème rang des 18 zones d’emploi de Bretagne?
Une étude de l’ADCF de 2011 avait classé Vitré Communauté au 1er rang des 220 communautés d’agglomération au titre de l’économie productive et au 2ème rang de l’indice d’inégalité le plus faible (indice de GINI).
Les efforts et les disciplines mises en oeuvre depuis 30 ans pour atteindre ce résultat nous ont permis de contribuer à notre modeste mesure au dynamisme économique national.

Un message d’optimisme et des convictions

La France a tous les atouts d’une grande nation prospère, plus qu’aucun autre pays européen. Mais elle n’a pas su réduire ses faiblesses dans un monde ouvert.
La fin du chômage français et l’amélioration du pouvoir d’achat peuvent devenir une réalité si la compétitivité est renforcée, si la dépense publique est maitrisée et si la formation professionnelle est revalorisée et si la bureaucratie recule.
Les ouvriers en France n’ont pas la considération et parfois le salaire correspondant à leurs efforts.

Comment avons-nous agi?

Sur la compétitivité: pour alléger les charges pesant sur les entreprises essentiellement industrielles, nous n’appliquons pas le versement transport. L’impôt local est de 20% inférieur à la moyenne des villes de même strate. Nous avons financé 30 bâtiments industriels et tertiaires pour permettre aux entreprises de se concentrer sur leur développement.
Dans trois ou quatre cas d’entreprises en difficulté passagère avec un risque de dépôt de bilan et de liquidation, la Communauté rachète les locaux pour donner de la trésorerie à l’entreprise.

Faciliter la vie des entreprises: La création d’une Maison de l’Emploi, de l’Entreprise et de la Formation regroupant 10 structures avec un seul directeur, celui de Pôle Emploi. Cela a permis de simplifier la vie des entreprises comme celle des salariés et des demandeurs d’emploi.
Chaque année, en septembre, une rencontre régulière élus-entreprises-administrations permet de surmonter ensemble certaines difficultés.

Revaloriser la formation professionnelle et le travail manuel:
- Pour valoriser le travail des jeunes dans l’industrie, nous avons réalisé une exposition et un document où 70 jeunes témoignent et expriment la satisfaction éprouvée dans leur travail. Pourtant, à l’origine, eux-mêmes et leurs parents avaient une perception négative du travail et des perspectives salariales offertes par les entreprises industrielles.
- Sur 3 sites de la Communauté, 150 artisans et gens de métier, retraités bénévoles de 60 à 85 ans transmettent le mercredi après-midi leur savoir-faire à des jeunes âgés de 9 à 14 ans. 12 ans plus tard, il n’y a pas de décrocheurs scolaires parmi ces jeunes et 40 % travaillent dans l’artisanat.
- Avec hélas un peu de retard, nous essayons de mettre sur pied, avec l’UIMM, un Campus des métiers afin de poursuivre dans cette voie de revalorisation du travail manuel.

Réduire la dépense publique: Nous maîtrisons mieux la dépense publique dans la mesure où le taux d’actifs entre 15 et 64 ans (critères de Lisbonne) est supérieur de 10 points à la moyenne nationale. Cela accroit la proportion de familles pouvant compter sur un double salaire. De plus, les dépenses Assédic et allocations sociales "RSA; API; AAH", sont inférieures de moitié à la moyenne nationale.

Voici quelques exemples de ce qui a permis un redressement de l’économie et de l’emploi industriel sur notre territoire. Nous bénéficions, il est vrai de quelques atouts: l’éthique du travail, fruit des traditions rurales, le christianisme social qui maintient un fort sentiment de bienveillance vis-à-vis d’autrui, un réseau autoroutier de qualité...

Dans ce pays trop pessimiste, il est bon de rappeler que "l’État ne peut pas tout" et que l’initiative et la responsabilité des citoyens sont déterminantes.

Pierre Méhaignerie est Président de Vitré Communauté, Maire de Vitré.

Jean-Luc MOLINS
Natif de Perpignan, Jean-Luc Molins a perdu son accent mais a gardé une attirance pour le soleil et la lumière. Il débute sa carrière à France Télécom en 1986. Titulaire d’une licence de sciences physiques, il exerce comme inspecteur technique dans le domaine des transmissions numériques jusqu’en 1996. Après avoir été membre de la direction de la fédération CGT Poste et Télécom pendant 15 ans et le secrétaire général de son union fédérale des cadres pendant 10 ans, il rejoint en 2011 l’Ugict-CGT comme secrétaire national. Il y anime notamment le pôle cadre et le groupe de travail sur le numérique. Membre de la mission Mettling en 2015, il contribue à la mise en place du droit à la déconnexion. Il est administrateur et le trésorier de l’APEC. Marathonien, il aime défendre sa langue maternelle, et préfère "hasta la victoria siempre" à "make america great again".

Luca PALTRINIERI & Muriel PRÉVOT-CARPENTIER: Individualisation et coopération dans les entreprises de plateformes
Le modèle de l'entreprise comme institution fermée fondée sur le contrat de travail et la hiérarchie managériale correspond à un système de distinctions, de partage des espaces relatif à l’âge libéral, alors que la plateforme elle-même, en tant qu’hybride entreprise-marché (Casilli, 2017), est le produit ou la conséquence de l’effondrement d’une série de distinctions qui structuraient l'imaginaire du capitalisme: la distinction entre espace public et privé, vie personnelle et professionnelle, consommation et production. Cette transformation des formes du travail dans l’économie des plateformes, dans la manière dont elle rejoue la partition entre individu et collectif, sera interrogée par deux approches philosophiques croisées: d’une part, celle ergologique (Schwartz, 2000) qui analyse l’activité et les conditions de travail (Prévot-Carpentier, 2013) au regard de la représentation idéale des nouveaux modèles de coopération portée par les travailleurs qui s’y engagent (El Karmouni & Prévot-Carpentier, 2016); d’autre part, celle politique qui postule un contexte plus général de crise de la "forme entreprise" (Davis, 2016) et projette la possibilité d’entreprise commune ou de dépassement de l’entreprise (Paltrinieri, 2017) par les stratégies proposées par le mouvement du coopérativisme de plateforme (Scholz, 2016; Scholz & Schneider, 2017).

Bibliographie:
Casilli, A. (2017), "De la firme à la plateforme: penser le digital labor", Poli, 13, 40-49.
Davis, G. (2016), The Vanishing American Corporation. Navigating the Hazard of a New Economy, Oakland, Berret-Kohaler.
El Karmouni, H., & Prévot-Carpentier, M. (2016), "L’idéal coopératif dans une organisation contemporaine. Le cas de la coopérative de La Louve", RECMA, 340(2), 78-92.
Paltrinieri, L. (2017), "Entreprise commune ou dépassement de l’entreprise? Platform cooperativism et néolibéralisme", Communication au colloque de Cerisy "L’alternative du commun", à paraître dans C. Laval, P. Sauvetre, F. Taylan, L’alternative du commun.
Prévot-Carpentier, M. (2013), "Les conditions de travail: proposition de modélisation pour l’usage", Thèse de doctorat de philosophie, Aix-en-Provence.
Scholz, T. (2016), Uberworked and Underpaid: How Workers are disrupting Digital Economy, London, Polity.
Scholz, T., Schneider, N. (2017), Ours to Hack and to Own. The Rise of Plateform Capitalism..., London, O/R.
Schwartz, Y. (2000), Le paradigme ergologique ou un métier de Philosophe, Toulouse, Octarès.


Kostas PAPADAKIS
Konstantinos (Kostas) Papadakis est spécialiste principal auprès du Département de la Gouvernance et du Tripartisme de l’Organisation internationale du Travail (OIT) à Genève. Entre 2013 et 2016 il a été officier principal de liaison de l'OIT pour Chypre et la Grèce et en charge du Bureau d'Athènes de l'OIT représentant l'Organisation dans les deux pays. Avant cette fonction, il a travaillé pour le bureau du directeur exécutif du Secteur du Dialogue Social de l'OIT. Il a été précédemment spécialiste en développement de la recherche et des politiques au Département de Gouvernance et du Tripartisme (2008-2012), et chercheur à l'Institut international d'études sociales (2000-2008). Ses principaux domaines de travail sont le dialogue social, la gouvernance participative, la responsabilité sociale des entreprises, les relations professionnelles transfrontalières et l'impact de la crise financière sur les relations professionnelles et le marché du travail dans le sud européen. Il a publié cinq livres en tant qu'auteur et éditeur, des nombreux articles parus dans des revues spécialisées et des documents de travail. Il a aussi été l’auteur principal de deux Rapports Récurrents sur le Dialogue Social et le Tripartisme présentés à la Conférence internationale du Travail en 2013 et en 2018. Il est titulaire d'un doctorat (2005) et d’un DES (1997) en droit international et politiques internationales obtenus auprès de l'Institut de hautes études internationales et du développement à Genève (IUHEID), et d'un diplôme ès en relations internationales obtenu à l'Université de Genève (1995).

Frédéric REY: Les recompositions territoriales des régulations du travail
Les transformations du travail s’accompagnent d’une recomposition en profondeur des échelles et des lieux de la régulation. D’une part, les alternatives au salariat et les formes nouvelles de travail — qui ont toujours constitué de véritables défis pour les systèmes traditionnels de régulation —, posent la question des espaces pertinents de leurs régulations collectives. D’autre part, le centre de gravité du système français de relations professionnelles s’est considérablement déplacé vers l’entreprise. Ces évolutions — transformations du travail, de l’emploi, décentralisation — entraînent un affaiblissement sans précédent des modalités antérieures, nationales et sectorielles, de la régulation. Notre contribution reviendra dans un premier temps sur ces dynamiques scalaires et les enjeux associés pour les replacer dans la perspective du demi-siècle écoulé — des années 1980 aux récentes ordonnances. Ces éléments de contexte rappelés, elle mobilisera dans un second temps l’histoire parallèle des expérimentations territoriales de dialogue social en direction des petites entreprises, et leur institutionnalisation actuelle, pour illustrer l’ambivalence des recompositions à l’œuvre entre logiques de fragmentations et créations de nouvelles échelles territoriales de la régulation.

Frédéric Rey, sociologue du travail et des relations professionnelles au laboratoire Lise-CNRS, est maître de conférences au Cnam. Ses thématiques principales de recherches portent sur les transformations des relations sociales, les nouvelles formes d'emploi et de précarités, et les régulations collectives du travail et de l'emploi.

Vivien ROUSSEL: "Le faire" dans la formation: l'exemple de fablabs d'insertion à Gonesse et à Montreuil
Un certain nombre d'acteurs de l'éducation — du secteur privé aux institutions publiques, jusqu'au niveau international — mettent en œuvre des politiques axées la fois sur l'application des modalités de type fablabs et sur l'innovation pour déployer la créativité et les capacités d'empowerment chez les jeunes. Le paradigme du "faire" est invoqué comme nouvel attrait pour engager les jeunes dans l'action et dans les activités pédagogiques, autour des outils numériques (au sens large) et aussi dans l'idée de "rendre tangibles" et concrètes leurs actions. Tout en s'inscrivant dans ces démarches et logiques, les dispositifs de formations mandatés par Co-dev cherchent à déplacer le "learning by doing" à des fins d'insertion de jeunes en situation de précarité et en ruptures économique, sociale, territoriale, voir même identitaire. L'analyse des pratiques et des activités permettra de mieux envisager ce qui s'y passe et d'en comprendre les profondes raisons, ainsi que les choix de transmission et de perspectives d'avenir offerts à ces jeunes — dans la complexité du marché de l'emploi contemporain.

Maryse SALLES: Langages au travail: quelques enjeux
Cette contribution s'intéresse aux langages dans les organisations. L'objectif est d'identifier quelques enjeux importants liés à ces langages, dans une perspective d'émancipation du travail et de démocratie dans les organisations. On traitera du langage des travailleurs, puis de celui des directions, enfin du langage de l'organisation que constitue le système d'information de l'organisation.
Quelques réalisations seront présentées, issues d'une part d'un groupe de travail mixte chercheurs/syndicalistes CGT, d'autre part d'un séminaire de recherche pluridisciplinaire à l'université de Toulouse.

Maryse Salles est maître de conférences (HDR) en informatique à l’Université de Toulouse (UT1-Capitole) et membre de l’IRIT. Ses recherches portent sur l’ingénierie des systèmes d’aide à la décision, en particulier l’ingénierie des exigences, et s’intéressent à la dimension éthique de leur conception. Elle anime un séminaire de recherche pluridisciplinaire qui analyse l'influence que les systèmes d'information et d'aide à la décision peuvent exercer sur la démocratie dans les organisations.

Jean-Michel SAUSSOIS: La figure du travail au cinéma
Pendant une soirée, la figure du travail au cinéma sera discutée en soulignant le sens et l’évolution du mot travail. Particulièrement, l’œuvre du cinéaste  Harun Farucki servira d’appui à la discussion, un cinéaste qui s’est affirmé par sa capacité à "déblayer les décombres qui obstruent les images". Trois films seront visionnés L’expression des mains (1977, 30 minutes), Comparaison (2009, 16 minutes, différentes méthodes pour fabriquer des briques), enfin Rien sans risque (2004, 52 minutes); dans ce film, le cinéaste observe en fait un travail invisible, une négociation entre une société de capital / risque et une entreprise qui lance un produit nouveau. Deux autres films seront présentés pendant les moments de temps libre Workers leaving the factory et Guerre à distance (58 minutes).

Jean-Michel Saussois, docteur en sociologie, diplômé d’HEC, est professeur émérite à ESCP-Europe. Lors de la création en 1990, à l’initiative du ministre de la recherche Hubert Curien, de l’ANVIE (Agence Nationale pour la Valorisation Interdisciplinaire des sciences de l'homme et de la société auprès des Entreprises), il en sera le délégué général pendant trois ans, assurant ainsi la période de lancement. Ses recherches sur le travail ont porté sur la nature du travail des cadres dans les organisations privées et publiques. Il est membre du comité éditorial de la revue Sociologie du Travail.
Publications:
Capitalisme sans répit, Éditions La dispute, Paris, novembre 2006.
Théories des organisations, collection "Repères", Éditions La Découverte, 2007, réédition en 2012.
Capitalisme: un dieu sans bible. Idées reçues sur le modèle économique dominant, Éditions Cavalier Bleu, 2011.
(Dir.) Les organisations. État des savoirs, Sciences Humaines Éditions, 2012, réédité en 2016.


Michèle SEBAG: Qualité de la vie au travail et santé économique des entreprises: étude des relations causales
La science des données (aussi appelée nouvelle intelligence artificielle) construit des modèles à partir des données disponibles. Dans le domaine des politiques publiques, de l'économie et bien d'autres, les modèles sont importants pour prédire les évolutions ou pour émettre des recommandations.
Une distinction importante sépare les modèles à base de corrélations, et les modèles causaux. Les premiers permettent souvent de faire des prédictions efficaces (si je vois des parapluies, il pleut), mais pas d'émettre des recommandations bien fondées (je ne peux pas faire pleuvoir en sortant mon parapluie). Pour émettre des recommandations, nous avons besoin de modèles "causaux".
Nous avons étudié les données de la Secafi, dans le but d'examiner l'existence de relations causales entre les variables liées à la rentabilité des entreprises et les variables liées à la qualité de la vie au travail (QVT), et dans quel sens opère la causalité. Les entreprises sociales deviennent-elles profitables (la recommandation prioritaire serait alors de s'occuper de la QVT)? Ou bien, les entreprises profitables deviennent-elles attentives à la QVT (et la priorité serait alors de devenir profitable)? Ou encore, le sens de la relation causale dépend-elle du secteur d'activité des entreprises?

Serge VOLKOFF: Les parcours professionnels dans le "paysage" des conditions de travail et de leurs changements: approche par trois études quantitatives
Après avoir rappelé les principales transformations des conditions de travail au cours des vingt dernières années — dans la perspective du "productivisme réactif" —, cette contribution examinera les résultats de trois analyses des correspondances menées récemment à partir de sources différentes et concernant respectivement: le positionnement des salariés européens des différentes tranches d’âge dans le "paysage" des conditions de travail (enquête de la Fondation de Dublin); une typologie des changements de conditions de travail à diverses époques et diverses périodes des itinéraires professionnels (enquête française S.I.P.); une exploration des marges de liberté et du rapport au travail selon l’âge/la génération, avec les enjeux de santé que cela recouvre (enquête "Parlons Travail" initiée par la CFDT). Ces éléments permettront de dresser les contours des dynamiques à l’œuvre, et/ou des formes de stabilité voire d’inertie, à partir desquelles il sera possible d’interroger les voies d’évolution à envisager pour la période qui s’ouvre.

Serge Volkoff est statisticien (administrateur Insee) et ergonome (HdR). Anciennement responsable des études et statistiques sur les conditions de travail au ministère du Travail, il a ensuite dirigé, entre 1991 et 2012, le Centre de Recherches sur l’Expérience, l’Age et les Populations au Travail (CREAPT), dont il reste membre.
Publications:
Le travail avant la retraite, Éditions Liaisons, 2014.
Les conditions de travail, La Découverte, 2014.
Les risques du travail, La Découverte, 2015.
Conditions de travail et soutenabilité, Rapports CEE, 2015.


ATELIERS :

Sophie BERNARD: Travail et plateformes numériques
Les sociétés occidentales seraient en voie "d’ubérisation". Si ce terme très médiatisé est rarement défini, nous assistons bien à l’émergence d’un nouveau modèle économique caractérisé par le déploiement de plateformes numériques jouant le rôle d’intermédiaires entre clients et prestataires de service. Ces derniers ont pour particularité d’être soit des particuliers, soit des travailleurs indépendants. Le développement de ces plateformes est porteur de nombre d’interrogations quant à l’avenir du travail, mais il est également l’occasion de remettre sur le métier des questionnements animant les sciences sociales depuis des décennies. Ces interrogations seront partagées dans le cadre d’un atelier. Trois questions structureront la présentation initiale puis les débats qui suivront.  En quoi l’économie de plateforme participe-t-elle d’une redéfinition des frontières du travail ? En quoi les plateformes numériques accroissent-elles la porosité des statuts d’emploi? Comment s’organise la régulation juridique et politique des plateformes numériques? Cet atelier se déroulera dans l’une des plages dévolues à ces temps de discussion décentralisée (dimanche soir ou mercredi après-midi).

Sophie Bernard est professeure de sociologie à l’Université de Paris-Dauphine, membre de l’Irisso-CNRS.
Elle est notamment l’auteure de Travail et automatisation des services, Toulouse, Éditions Octarès, 2012 et de Être caissière (caissier), Lyon, Lieux dits éd., (2011).


Jean-Yves BOULIN: Le futur du temps de travail ou le temps de travail du futur?
Au cours de cet atelier nous nous pencherons sur les initiatives à l’œuvre aujourd’hui, en France et en Europe, s’agissant de la durée et de l’organisation du temps de travail, ainsi que sur leur portée avec en perspective de réfléchir à ce que pourrait (devrait?) être le temps de travail d’un travail en mouvement. Les questions qui structureront cet atelier renverront aux enjeux sous-jacents aux politiques du temps de travail: aller vers un meilleur équilibre entre vie au travail et vie hors travail; imaginer des durées et formes d’organisation du temps de travail permettant de préserver la santé des travailleurs et d’assurer une meilleure réalisation de leur travail; mieux répartir le temps de travail entre ceux qui sont "débordés", et ceux qui n’ont que quelques heures de travail par semaine voire pas du tout; donner une plus grande autonomie aux individus dans la gestion de leur temps sociaux sur l’ensemble du cours de la vie. Un des fils rouges de notre atelier sera de voir comment articuler la flexibilité productive et la flexibilité individuelle, mais également d’évaluer dans quelle mesure (et jusqu’à quel point) le temps hors-travail peut être structurant des durée et rythme du temps de travail et selon quelles modalités cela peut être mis en œuvre.

Jean-Yves Boulin, est sociologue, chercheur associé à l’IRISSO, Université Paris Dauphine.
Il est l’auteur notamment (avec Laurent Lesnard) de l’ouvrage, Les batailles du dimanche, PUF, 2017 et (avec Dominique Anxo) de Working time patterns for sustainable work, Eurofound, 2017.


Olivier CARLAT: Mesure du travail: une opportunité pour le dialogue social
"Enquêtes, Indicateurs, ... nouveaux matériaux pour un dialogue social rénové ou illusion d’un diagnostic partagé".
En partant de l'enquête CFDT parlons travail, de KPI ou expériences d'enquêtes ou d'études d’entreprises et/ou universitaires, les participants pourront aborder les questionnements suivants en croisant les regards de syndicalistes, Drh ou représentants d’entreprises chercheurs et universitaires:
- Que mesure-t-on? Diversités des approches / études
- La mesure, étape vers un diagnostic partagé et un nouveau dialogue social
- Les acteurs à impliquer: un élargissement des enjeux (interne et externe?)
- Performance et "ROI global"
- Plan d’action et analyse projective
- Quel avenir pour le dialogue social face aux nouveaux enjeux?

Lectures suggérées:
- Enquête Parlons Travail [en ligne]
- Étude CEVIPOF [en ligne]
- Rapport Combrexelle [en ligne]

Louise GAXIE: Animation d’une réflexion en petits groupes pour élaborer collectivement une carte mentale autour de la thématique du travail
Les cartes mentales (cartes heuristiques ou encore arbre à idées) permettent de cartographier le territoire conceptuel d’une idée ou d’une thématique par rapport à un champ de connaissance et/ou une problématique. En effet, cet outil vise à faire émerger des connaissances puis à les organiser, les structurer, les hiérarchiser, à faire des liens entre elles et à les présenter de manière visuelle dans une arborescence. Il rend ainsi possible une présentation d’ensemble d’un sujet appréhendé dans sa complexité afin d’en faciliter la compréhension et l’analyse. Notons que, par analogie, les cartes mentales sont appréhendées comme l’expression graphique du fonctionnement de notre cerveau. L’arborescence "présente dans son architecture des similitudes avec le cheminement de la pensée, fondé lui-même sur un réseau de liens, conducteur d’informations" (DELADRIÈRE, J.-L., LE BIHAN, F., MONGIN, P., REBAUD., D., Organisez vos idées avec le Mind Mapping, Paris, Dunod, 3e éd., 2014, p. p. 24.).

Déroulement de l’atelier
Brainstorming/remue-méninge:
Chaque participant doit exprimer toutes les idées qui lui viennent à l’esprit en lien avec le sujet et les inscrire sur des post-it. À ce stade, toutes les idées même farfelues et originales sont les bienvenues.
Chacun peut rebondir sur les idées des uns et des autres.
À la fin de cette séquence, les participants sont en présence d’un tableau avec tous les post-it dessus.
Construction de la carte mentale:
L’objectif est ensuite d’organiser ces différents post-it et de hiérarchiser les idées.
- Commence donc une discussion pour chercher à dégager les grandes thématiques transversales pouvant regrouper telles ou telles idées, puis les sous-thématiques dans chacune des thématiques principales, etc. Il est également utile de relier les différents concepts (ou idées) énoncés et de nommer ces relations.
- De ce travail de réorganisation des post-it et donc des idées, vont se dégager les grandes branches de l’arborescence (idéalement pas plus de 4), puis les sous-branches, etc
- Au fur et à mesure de cette réorganisation, il est nécessaire d’examiner globalement et en détail la carte en construction afin de vérifier que:
- les thèmes majeurs ont bien été identifiés et qu’ils constituent bien les branches de premier niveau de l’arborescence,
- les mots clés choisis sont adéquats et facilement compréhensibles,
- les redondances et le superflu ont été repérés, etc.
- Il est donc possible que le groupe dessine plusieurs cartes mentales ou qu’il en fasse fortement évoluer une au fur et à mesure de l’évolution de la réflexion collective.
- À la fin de cet exercice, la carte est devenue familière au groupe qui a une vision globale et détaillée de la problématique. Il peut la présenter aux autres groupes et en débattre.

Dimitri PLEPLÉ: Philosophie de l’entreprise libérée: observations et questionnements
Les exemples d’organisations qui cherchent à réinventer leur modèle d’organisation interne se multiplient. Elles se présentent comme entreprises libérées ou simplement comme des organisations qui veulent donner plus d’autonomie et de responsabilités à leurs collaborateurs et se définissent souvent en opposition avec les dérives du management traditionnel. Mais ces changements soulèvent des questions auxquelles nous tenterons de répondre au cours de cet atelier.

- Quels types d’entreprises (taille, secteur, activité)?
- Quelle philosophie (vision de l’homme, valeurs, culture, dirigeant)?
- Quels principes (autonomie, cadre, contrôle, processus)?
- Quel accompagnement (formation, conseil, coaching, maturité)?
- Quelles difficultés (obstacles, dangers)?

Avec le soutien
du BIT (Bureau International du Travail),

de La Fabrique de l’Industrie,
de la Fondation Gabriel Péri,

de la Fondation de l'Académie des technologies,
de Veolia,
de la Chaire "Futurs de l'industrie, du travail et de l'innovation" de Mines-Paristech
et en partenariat avec l'ANDRH