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Programme 2018 : un des colloques


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Flyer LE TRAVAIL EN MOUVEMENT

ORGANISATIONS, FRONTIÈRES, RECONNAISSANCES
Mise à jour
06/06/2018
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DU JEUDI 13 SEPTEMBRE (19 H) AU JEUDI 20 SEPTEMBRE (14 H) 2018

( colloque de 7 jours )

DIRECTION : Émilie BOURDU-SZWEDEK, Michel LALLEMENT, Pierre VELTZ, Thierry WEIL

ARGUMENT :

Depuis quelques années, les indices d’une vaste recomposition du travail n’ont cessé de se multiplier. Outre la révolution numérique dont on commence à percevoir et à anticiper les nombreux effets, il faut compter avec de nouvelles formes de gestion des activités productives qui en appellent à toujours plus d’engagement au travail, de responsabilités sociales, de collaborations horizontales... À l’image des transformations qui affectent les lieux comme les temps des pratiques professionnelles, ce sont par ailleurs les frontières même du travail qui sont aujourd’hui en train de bouger.

Le colloque rassemblera dirigeants d’entreprise, directeurs des ressources humaines, syndicalistes, universitaires, acteurs publics ainsi que toutes celles et ceux intéressés par le thème du travail et de ses transformations autour de trois interrogations: 1) Quelles sont les nouvelles pratiques productives et les nouvelles formes d’organisation du travail? 2) Comment se transforment les frontières du travail? 3) Quelles sont les implications de ces changements pour les modes de reconnaissance au travail, du travail et par le travail?

Pour aborder toutes ces questions, le programme sera établi sur la base de communications ou de tables rondes suivies de débats, d’ateliers et de discussions autour de témoignages et de représentations du travail, par exemple cinématographiques. Les participants pourront proposer des thèmes d’atelier et décideront le premier jour à quel atelier ils souhaitent contribuer. Sont également prévues des visites d’entreprises locales illustrant des formes intéressantes d'agencement de collectifs de travail.

CALENDRIER PROVISOIRE :

Jeudi 13 septembre
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Vendredi 14 septembre
Matin:
Les mots et les chiffres du travail — Qui sont les "travailleurs" aujourd'hui?
Michel LALLEMENT & Pierre VELTZ: Mots et chiffres du travail: une mise en perspective historique
Maryse SALLES: Les mots du travail
Serge VOLKOFF: Les parcours professionnels dans le "paysage" des conditions de travail et de leurs changements: approche par trois études quantitatives
Michèle SEBAG: Conditions de travail, satisfaction des travailleurs et performances économiques

Après-midi & Soirée:
Quel travail pour la société demain?
Louise GAXIE & Alain OBADIA: Animation d’une réflexion en petits groupes sur la carte mentale de travail.
Propositions de thèmes d’atelier (Sophie BERNARD [Travail et plateformes numériques], Olivier CARLAT et les participants qui souhaitent en proposer)
Bourse aux ateliers (chacun choisit ceux auxquels il veut participer)


Samedi 15 septembre
Matin:
Les nouvelles formes du travail: autonomie, responsabilisation, participation
Introduction d'Yves CLOT: Entreprise libérée et entreprise délibérée: une discussion
Jean-Yves BONNEFOND: Instituer le dialogue sur la qualité du travail: un enjeu de performance et de santé. L'exemple du dispositif DQT à l'usine Renault de Flins
Bertrand BALLARIN: La responsabilisation appliquée à l'entreprise Michelin

Après-midi:
Séance de posters des doctorants

Les nouvelles formes du travail: individualisation et coopération dans le travail à l'ère du numérique
Luca PALTRINIERI & Muriel PRÉVOT-CARPENTIER: Individualisation et coopération dans les entreprises de plateformes
Isabelle BERREBI-HOFFMANN: Intelligence artificielle et nouvelles formes d'organisation du travail
Flore BARCELLINI: Transformations du travail, industrie du futur et cobotique

Soirée:
Du revenu universel à l'accompagnement universel?
Table ronde animée par Pierre VELTZ, avec Jean-Baptiste de FOUCAULD et Yannick VANDERBORGH


Dimanche 16 septembre
Matin:
Les expérimentations locales dans le domaine de l'emploi, de la formation et du travail
Hervé RENAULT: Premiers retours sur l'expérimentation "Territoires zéro chômeur" dans le Calvados (ATIPIC Emplois Nouvelle Génération)
Jean-Marie BERGÈRE: Plaine Commune, Castres, Bassin minier, trois expérimentations soutenues par la Fondation de France
Pierre MÉHAIGNERIE: La Maison de l'emploi de Vitré

Après-midi:
Transformations du travail et territoire
Table ronde animée par Danielle KAISERGRUBER, avec:
Olivier BOUBA-OLGA: Dynamiques territoriales, éloge de la diversité
Frédéric REY: Les recompositions territoriales des régulations du travail
Hervé DEFALVARD: Économie sociale et solidaire dans les territoires

Soirée:
Ateliers thématiques


Lundi 17 septembre
Matin:
Comment former aux compétences requises par le travail demain?
Séquence 1: Les défis à relever par les appareils de formation initiale et continue
Pierre FALZON

Jean-Luc MOLINS: Qu'elle formation à l'ère numérique?

Séquence 2: Témoignages
Bertrand MARTINOT
Vivien ROUSSEL: "Le faire" dans la formation: l'exemple de fablabs d'insertion à Gonesse et à Montreuil

Après-midi:
DÉTENTE

Soirée:
Les récits et les représentations du travail
Jean-Michel SAUSSOIS: La figure du travail au cinéma


Mardi 18 septembre
Matin:
Quels cadres juridiques pour les nouvelles formes de travail?
Xavier BEAUDONNET
Josepha DIRRINGER
Marie-Josée KOTLICKY
Valérie VAN GOETHEM

Après-midi:
Visites de la coopérative d’activité économique Crescendo ou de l’entreprise Donaldson

Soirée:
Les récits et les représentations du travail
Laurence DECRÉAU: Histoire de nos représentations du travail


Mercredi 19 septembre
Matin:
Les frontières de l'entreprise: l'entreprise étendue et sa responsabilité
Mathilde FRAPARD: Les accords transnationaux des droits des travailleurs

Table ronde sur le dialogue social international, avec:
Kostas PAPADAKIS
Bernard THIBAUT
Denis PENNEL

Après-midi:
Ateliers thématiques (suite)


Jeudi 20 septembre
Matin:
Restitutions des ateliers thématiques: faire ressortir les points qui font débat dans chaque atelier
Contribution et réactions des doctorants et jeunes chercheurs
Discussion générale

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS & BIO-BIBLIOGRAPHIES :

Bertrand BALLARIN: La responsabilisation appliquée à l'entreprise Michelin
Comme la plupart des entreprises, Michelin s’est employé, à partir des années 1990, à mettre l’ensemble de ses opérations sous contrôle. Cette démarche a concentré l’intelligence décisionnelle au sommet et complexifié un fonctionnement dans lequel la personne s’épanouissait difficilement. Ce modèle s’est grippé sous l’effet de l’instabilité économique, de la volatilité des marchés et de la segmentation accrue de la production. Il n’était plus envisageable qu’une intelligence concentrée au sommet maîtrise la complexité du monde extérieur et celle que créent en interne les innombrables remontées d’information générées par la volonté de tout savoir pour tout décider. D’où le souci de redonner du pouvoir d’agir assorti d’une obligation de rendre des comptes à chaque niveau pour retrouver l’intérêt de l’activité professionnelle d’abord, l’avantage compétitif d’une forte agilité et d’une innovation naturelle ensuite. Une transformation aussi radicale ne pouvait se conduire que de façon progressive. Le choix a été fait d’une approche expérimentale, mobilisant des unités volontaires. Cette démarche s’appuie sur des leaders transformateurs, convaincus qu’ils ne détiennent pas les solutions. Seul est décrit un modèle général, réduit à quelques principes de fonctionnement et de comportement. Il n’y a ni équipes de déploiement interne, ni consultants externes. Il y a l’impulsion que donnent ces leaders transformateurs et le travail de leurs équipes pour dessiner par elles-mêmes un nouvel espace d’autonomie et de nouvelles façons de travailler.

Diplômé de Saint-Cyr, de l’IEP de Paris, de l’École de guerre et ancien auditeur de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), Bertrand Ballarin a fait une carrière d’officier dans l’armée de terre de 1974 à 2003. Il a rejoint Michelin fin 2003 et a dirigé deux sites industriels en France et en Chine. En 2012, il a pris la responsabilité d’une démarche de responsabilisation, à laquelle s’est ajoutée celle des relations sociales du Groupe en 2013. Il a quitté Michelin fin mars 2018 et exerce depuis une activité de conseil indépendant sur le thème de la responsabilisation et de ses impacts sur le management.

Flore BARCELLINI: Transformations du travail, industrie du Futur et cobotique

L’industrie du Futur ambitionne de redessiner les contours du monde industriel avec une volonté politique forte de modernisation des outils de production, à travers une collection de technologies hétérogènes (cobots et exosquelette, fabrication additive, big data & cloud, internet des objets...). Au-delà de ces aspects technologiques, les usines du futur ne peuvent se penser sans une réflexion sur des modèles organisationnels "de rupture" ouverts aux capacités d’innovation des salariés en les associant de manière active au renouvellement de leur système de travail (Barcellini, Van Belleghem et Daniellou, 2013). Cette  communication se propose d’éclairer cette question en mettant en avant une vision constructive du travail de conception et de production des femmes et des hommes dans les usines du futur (Falzon, 2014), notamment dans le cadre d'un projet d’introduction de robots collaboratifs dans l’industrie.

Flore Barcellini, professeure d’ergonomie au CNAM,  y dirige le département Travail. Membre du Centre de Recherche sur le Travail et le Développement et chercheure associée à l’Institut Interdisciplinaire de l’Innovation, elle s’intéresse aux transformations du travail liées à des innovations sociales (p.ex. travail dans les communautés en ligne, transitions agro-écologiques, fab-lab) ou technologiques (travail à distance via les outils de l’internet, travail avec des robots collaboratifs et industrie du futur) (Barcellini, 2015), dans la perspective de l’ergonomie constructive (Falzon, 2013).

Jean-Yves BONNEFOND: Instituer le dialogue sur la qualité du travail: un enjeu de performance et de santé. L'exemple du dispositif DQT à l'usine Renault de Flins
À partir d'une expérimentation menée avec Renault, à l'usine de Flins, par l'équipe de psychologie du travail du Cnam, nous exposerons les modalités d'institution d'un dispositif de dialogue et d'action sur la qualité du travail (DQT) qui dure depuis 4 ans. Il vise à faire reculer les atteintes à la santé et à l'efficacité à partir de l'initiative des opérateurs: responsables hiérarchiques, direction et organisations syndicales, en organisant entre eux le dialogue sur la qualité de leur travail. Les tentatives organisationnelles pour se porter à la rencontre de l'initiative, de l'intelligence individuelle et collective des salariés ne sont pas nouvelles. Dès la fin des années 80, chez Renault comme ailleurs, pour relever les défis technologiques, économiques et sociaux de "l'usine du futur" d'alors (Irion 1990), l'organisation taylorienne du travail devait se transformer par le développement du professionnalisme, l'expression et la participation des salariés. Aujourd'hui la question se pose car le travail contemporain est souvent bien loin de ces transformations escomptées. Et ce d'autant plus que la qualité des produits et des services, dans un monde que les technologies numériques transforment, dépendent de plus en plus de nouveaux modes de coopération sur le travail. Des innovations organisationnelles se cherchent donc à nouveau car il en va de la performance comme de la santé. Avec prudence au regard de l'histoire, le dispositif que nous présenterons est de nature à nourrir la réflexion sur cette question.

Jean-Yves Bonnefond est docteur en psychologie du travail, chercheur associé au Centre de recherche sur le travail et le développement du Cnam. Ses travaux portent sur l'intervention dans les organisations pour un développement conjoint de la santé et de la performance à partir de la qualité du travail.
Publication:
Bonnefond, J.Y. (2017), "Intervention et développement organisationnel en clinique de l'activité. Le cas du dispositif "DQT" à l'usine Renault de Flins", Activités 14(2) [En ligne].


Yves CLOT: Entreprise libérée et entreprise délibérée: une discussion
L’année 2018 restera celle de modifications significatives du code du travail et du code civil. Les instances représentatives du personnel sont bel et bien en cours de transformation avec, par exemple, la disparition des CHSCT. D'un autre côté, l’objet social de l’entreprise est, au moins formellement bousculé par l’affirmation souhaitée d’une "raison d’être" complémentaire aux critères financiers dominants. On y verra le signe d’une crise de la conception de l’entreprise touchant aussi bien la santé des salariés que la gouvernance dans son ensemble. Dans cette intervention, on questionnera le lien entre les deux. On montrera surtout que le trait d’union entre la performance et la santé se trouve probablement du côté de la qualité du travail, qualité des produits et des services comprise. La qualité du travail peut être vue autant du côté de la santé publique avec la multiplication des scandales sanitaires qui affectent usagers et consommateurs que du côté de la santé au travail. Mais on en fera aussi une garantie possible de la performance elle-même. L’expérience des interventions en entreprises ou en institutions protège pourtant de toute naïveté sociale: la qualité du travail est d’abord un problème à résoudre et ce problème révèle des conflits de critères récurrents et, en un sens, inéliminables. Si l’entreprise mérite bien d’avoir des "raisons d’être", c’est qu’elle a d’abord les "soucis du faire". Ces "soucis" de la qualité du travail ne peuvent être abordés qu’en instituant entre toutes les "parties prenantes", contre un déni trop fréquent, une coopération conflictuelle autour de la qualité du travail. C’est sous cet angle qu’on abordera les questions de l’autonomie, de la responsabilité et de la participation. La pratique et l’idée d’entreprise délibérée sera mise en discussion pour poser les questions de la liberté dans le travail contemporain.

Michel LALLEMENT & Pierre VELTZ: Mots et chiffres du travail: une mise en perspective historique
L’objectif de cette intervention est d’introduire la première séance du colloque consacrée "aux mots et aux chiffres du travail". Nommer et mesurer le travail sont des choix qui ne vont pas de soi. Mais ils sont à la fois significatifs et structurants. L’accent sera donc mis sur le caractère évolutif de la sémantique et des dispositifs conventionnels utilisés pour dire et représenter le travail, en les reliant aussi, sommairement, aux formes d’invention de l’"emploi" et du "chômage". Ce faisant, il s’agira aussi de dégager les enjeux pour les reconfigurations du travail telles qu’elles se dessinent aujourd’hui, dans un contexte particulièrement mouvant.

Michel Lallement est professeur de sociologie au Cnam (chaire d’Analyse sociologique du travail, de l’emploi et des organisations) et membre du Lise-CNRS.
Publications:
Le Travail. Une sociologie contemporaine, Gallimard, 2011.
L’Âge du Faire, Seuil, 2015.
Avec I. Berrebi-Hoffmann et M.C. Bureau, Makers. Enquête sur les laboratoires du changement social, Seuil, 2018.


Luca PALTRINIERI & Muriel PRÉVOT-CARPENTIER: Individualisation et coopération dans les entreprises de plateformes
Le modèle de l'entreprise comme institution fermée fondée sur le contrat de travail et la hiérarchie managériale correspond à un système de distinctions, de partage des espaces relatif à l’âge libéral, alors que la plateforme elle-même, en tant qu’hybride entreprise-marché (Casilli, 2017), est le produit ou la conséquence de l’effondrement d’une série de distinctions qui structuraient l'imaginaire du capitalisme: la distinction entre espace public et privé, vie personnelle et professionnelle, consommation et production. Cette transformation des formes du travail dans l’économie des plateformes, dans la manière dont elle rejoue la partition entre individu et collectif, sera interrogée par deux approches philosophiques croisées: d’une part, celle ergologique (Schwartz, 2000) qui analyse l’activité et les conditions de travail (Prévot-Carpentier, 2013) au regard de la représentation idéale des nouveaux modèles de coopération portée par les travailleurs qui s’y engagent (El Karmouni & Prévot-Carpentier, 2016); d’autre part, celle politique qui postule un contexte plus général de crise de la "forme entreprise" (Davis, 2016) et projette la possibilité d’entreprise commune ou de dépassement de l’entreprise (Paltrinieri, 2017) par les stratégies proposées par le mouvement du coopérativisme de plateforme (Scholz, 2016; Scholz & Schneider, 2017).

Bibliographie:
Casilli, A. (2017), "De la firme à la plateforme: penser le digital labor", Poli, 13, 40-49.
Davis, G. (2016), The Vanishing American Corporation. Navigating the Hazard of a New Economy, Oakland, Berret-Kohaler.
El Karmouni, H., & Prévot-Carpentier, M. (2016), "L’idéal coopératif dans une organisation contemporaine. Le cas de la coopérative de La Louve", RECMA, 340(2), 78-92.
Paltrinieri, L. (2017), "Entreprise commune ou dépassement de l’entreprise? Platform cooperativism et néolibéralisme", Communication au colloque de Cerisy "L’alternative du commun", à paraître dans C. Laval, P. Sauvetre, F. Taylan, L’alternative du commun.
Prévot-Carpentier, M. (2013), "Les conditions de travail: proposition de modélisation pour l’usage", Thèse de doctorat de philosophie, Aix-en-Provence.
Scholz, T. (2016), Uberworked and Underpaid: How Workers are disrupting Digital Economy, London, Polity.
Scholz, T., Schneider, N. (2017), Ours to Hack and to Own. The Rise of Plateform Capitalism..., London, O/R.
Schwartz, Y. (2000), Le paradigme ergologique ou un métier de Philosophe, Toulouse, Octarès.


Frédéric REY: Les recompositions territoriales des régulations du travail
Les transformations du travail s’accompagnent d’une recomposition en profondeur des échelles et des lieux de la régulation. D’une part, les alternatives au salariat et les formes nouvelles de travail — qui ont toujours constitué de véritables défis pour les systèmes traditionnels de régulation —, posent la question des espaces pertinents de leurs régulations collectives. D’autre part, le centre de gravité du système français de relations professionnelles s’est considérablement déplacé vers l’entreprise. Ces évolutions — transformations du travail, de l’emploi, décentralisation — entraînent un affaiblissement sans précédent des modalités antérieures, nationales et sectorielles, de la régulation. Notre contribution reviendra dans un premier temps sur ces dynamiques scalaires et les enjeux associés pour les replacer dans la perspective du demi-siècle écoulé — des années 1980 aux récentes ordonnances. Ces éléments de contexte rappelés, elle mobilisera dans un second temps l’histoire parallèle des expérimentations territoriales de dialogue social en direction des petites entreprises, et leur institutionnalisation actuelle, pour illustrer l’ambivalence des recompositions à l’œuvre entre logiques de fragmentations et créations de nouvelles échelles territoriales de la régulation.

Frédéric Rey, sociologue du travail et des relations professionnelles au laboratoire Lise-CNRS, est maître de conférences au Cnam. Ses thématiques principales de recherches portent sur les transformations des relations sociales, les nouvelles formes d'emploi et de précarités, et les régulations collectives du travail et de l'emploi.

Vivien ROUSSEL: "Le faire" dans la formation: l'exemple de fablabs d'insertion à Gonesse et à Montreuil
Un certain nombre d'acteurs de l'éducation — du secteur privé aux institutions publiques, jusqu'au niveau international — mettent en œuvre des politiques axées la fois sur l'application des modalités de type fablabs et sur l'innovation pour déployer la créativité et les capacités d'empowerment chez les jeunes. Le paradigme du "faire" est invoqué comme nouvel attrait pour engager les jeunes dans l'action et dans les activités pédagogiques, autour des outils numériques (au sens large) et aussi dans l'idée de "rendre tangibles" et concrètes leurs actions. Tout en s'inscrivant dans ces démarches et logiques, les dispositifs de formations mandatés par Co-dev cherchent à déplacer le "learning by doing" à des fins d'insertion de jeunes en situation de précarité et en ruptures économique, sociale, territoriale, voir même identitaire. L'analyse des pratiques et des activités permettra de mieux envisager ce qui s'y passe et d'en comprendre les profondes raisons, ainsi que les choix de transmission et de perspectives d'avenir offerts à ces jeunes — dans la complexité du marché de l'emploi contemporain.

Jean-Michel SAUSSOIS: La figure du travail au cinéma
Pendant une soirée, la figure du travail au cinéma sera discutée en soulignant le sens et l’évolution du mot travail. Particulièrement, l’œuvre du cinéaste  Harun Farucki servira d’appui à la discussion, un cinéaste qui s’est affirmé par sa capacité à "déblayer les décombres qui obstruent les images". Trois films seront visionnés L’expression des mains (1977, 30 minutes), Comparaison (2009, 16 minutes, différentes méthodes pour fabriquer des briques), enfin Rien sans risque (2004, 52 minutes); dans ce film, le cinéaste observe en fait un travail invisible, une négociation entre une société de capital / risque et une entreprise qui lance un produit nouveau. Deux autres films seront présentés pendant les moments de temps libre Workers leaving the factory et Guerre à distance (58 minutes).

Jean-Michel Saussois, docteur en sociologie, diplômé d’HEC, est professeur émérite à ESCP-Europe. Lors de la création en 1990, à l’initiative du ministre de la recherche Hubert Curien, de l’ANVIE (Agence Nationale pour la Valorisation Interdisciplinaire des sciences de l'homme et de la société auprès des Entreprises), il en sera le délégué général pendant trois ans, assurant ainsi la période de lancement. Ses recherches sur le travail ont porté sur la nature du travail des cadres dans les organisations privées et publiques. Il est membre du comité éditorial de la revue Sociologie du Travail.
Publications:
Capitalisme sans répit, Éditions La dispute, Paris, novembre 2006.
Théories des organisations, collection "Repères", Éditions La Découverte, 2007, réédition en 2012.
Capitalisme: un dieu sans bible. Idées reçues sur le modèle économique dominant, Éditions Cavalier Bleu, 2011.
(Dir.) Les organisations. État des savoirs, Sciences Humaines Éditions, 2012, réédité en 2016.


Serge VOLKOFF: Les parcours professionnels dans le "paysage" des conditions de travail et de leurs changements: approche par trois études quantitatives
Après avoir rappelé les principales transformations des conditions de travail au cours des vingt dernières années — dans la perspective du "productivisme réactif" —, cette contribution examinera les résultats de trois analyses des correspondances menées récemment à partir de sources différentes et concernant respectivement: le positionnement des salariés européens des différentes tranches d’âge dans le "paysage" des conditions de travail (enquête de la Fondation de Dublin); une typologie des changements de conditions de travail à diverses époques et diverses périodes des itinéraires professionnels (enquête française S.I.P.); une exploration des marges de liberté et du rapport au travail selon l’âge/la génération, avec les enjeux de santé que cela recouvre (enquête "Parlons Travail" initiée par la CFDT). Ces éléments permettront de dresser les contours des dynamiques à l’œuvre, et/ou des formes de stabilité voire d’inertie, à partir desquelles il sera possible d’interroger les voies d’évolution à envisager pour la période qui s’ouvre.

Serge Volkoff est statisticien (administrateur Insee) et ergonome (HdR). Anciennement responsable des études et statistiques sur les conditions de travail au ministère du Travail, il a ensuite dirigé, entre 1991 et 2012, le Centre de Recherches sur l’Expérience, l’Age et les Populations au Travail (CREAPT), dont il reste membre.
Publications:
Le travail avant la retraite, Éditions Liaisons, 2014.
Les conditions de travail, La Découverte, 2014.
Les risques du travail, La Découverte, 2015.
Conditions de travail et soutenabilité, Rapports CEE, 2015.


ATELIERS :

Sophie BERNARD: Travail et plateformes numériques
Les sociétés occidentales seraient en voie "d’ubérisation". Si ce terme très médiatisé est rarement défini, nous assistons bien à l’émergence d’un nouveau modèle économique caractérisé par le déploiement de plateformes numériques jouant le rôle d’intermédiaires entre clients et prestataires de service. Ces derniers ont pour particularité d’être soit des particuliers, soit des travailleurs indépendants. Le développement de ces plateformes est porteur de nombre d’interrogations quant à l’avenir du travail, mais il est également l’occasion de remettre sur le métier des questionnements animant les sciences sociales depuis des décennies. Ces interrogations seront partagées dans le cadre d’un atelier. Trois questions structureront la présentation initiale puis les débats qui suivront.  En quoi l’économie de plateforme participe-t-elle d’une redéfinition des frontières du travail ? En quoi les plateformes numériques accroissent-elles la porosité des statuts d’emploi? Comment s’organise la régulation juridique et politique des plateformes numériques? Cet atelier se déroulera dans l’une des plages dévolues à ces temps de discussion décentralisée (dimanche soir ou mercredi après-midi).

Sophie Bernard est professeure de sociologie à l’Université de Paris-Dauphine, membre de l’Irisso-CNRS.
Elle est notamment l’auteure de Travail et automatisation des services, Toulouse, Éditions Octarès, 2012 et de Être caissière (caissier), Lyon, Lieux dits éd., (2011).


Avec le soutien
du BIT (Bureau International du Travail),

de La Fabrique de l’Industrie,
de la Fondation Gabriel Péri,

de la Fondation de l'Académie des technologies,
de Veolia
et de la Chaire "Futurs de l'industrie, du travail et de l'innovation" de Mines-Paristech