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" Page mise à jour le 8 février 2010 "



DU LUNDI 1er SEPTEMBRE (19 H) AU LUNDI 8 SEPTEMBRE (14 H) 2008



L'AILLEURS DEPUIS LE ROMANTISME

(DE CHATEAUBRIAND À BONNEFOY)


DIRECTION : Daniel LANÇON, Patrick NÉE

ARGUMENT :

La notion d’"Ailleurs", opposée dans la langue à celle d"Ici", subit à partir du romantisme une profonde mutation. Si du XVème au XVIIIème siècle la découverte des nouvelles « parties du monde » soutient les mythes prospectifs d’un Eldorado à conquérir (et où se régénérer), c’est sur un mode nostalgique que l’élan romantique privilégie la dimension rétrospective d’un retour à l’origine (l’Orient, c’est d’abord là où le soleil se lève, orior), renouant, même sans le savoir, avec le grand courant gnostique de la culture occidentale (qui fait de la vie terrestre une chute ontologique d’où s’évader pour rejoindre une origine divine). A contrario, les expériences de dessaisissement, suscitées par la curiosité empathique et le souci du dialogue, sauront convertir les désirs d’Ailleurs en reconnaissances d’altérité.

Le XXème siècle (en Occident) ne fait-il que confirmer ce dispositif — jusqu'au tourisme de masse —, ou parvient-il à en proposer la critique? Et qu’en est-il (à partir de courants littéraires francophones) d’un Ailleurs inversé, pour lequel c'est l’Ici fui par les uns qui sert d’Ailleurs pour les autres?

Aux points de vue littéraires (d’expression française et francophones, mais sans limitation de genres: poésie, roman, littérature de voyage, essais) se mêleront ceux des sciences humaines (philosophie, histoire, sociologie, ethnologie), afin que cette notion d’"Ailleurs" (jusqu’ici atomisée en une pluralité des Ailleurs, voire confondue avec celle, polymorphe, d’Altérité) commence à trouver une structure et un contenu qui lui soient spécifiques.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 1er septembre
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 2 septembre
Sciences humaines 1
Matin:
Francis AFFERGAN: La rupture fondatrice d'une anthropologie de l'altérité

Après-midi:
Jean-Nicolas ILLOUZ: Nerval: vers l'orient intérieur
Patrick LABARTHE: Baudelaire ou l'ailleurs rétrospectif


Mercredi 3 septembre
Matin:
Yves BONNEFOY: L'ailleurs ici
Débat général

Après-midi:
XIXe - XXe - Francophonies
Colette CAMELIN: Océanie: Eden, sauvagerie, mélancolie
Paul-André CLAUDEL: Le sceau de l'ailleurs: l'Alexandrie invisible d'Agostino John Sinadino (Le Caire, 1876 - Milan, 1956)
Alain GUYOT: Gautier ou l'ailleurs à deux pas d'ici

Soirée:
Projection de "Nouveau Monde" de Terence Malick


Jeudi 4 septembre
XXe siècle, 1
Matin:
Marie-Paule BERRANGER: Les ailleurs de Blaise Cendrars
Catherine MAUBON: L'ailleurs chez Michel Leiris

Après-midi:
XXe siècle, 2: Francophonies
Michel MAFFESOLI: La soif de l'infini
Muriel DÉTRIE: Le Voyage en Orient dans l'œuvre de Nicolas Bouvier: quête d'ailleurs et désorientation
Paul DIRKX: La migration littéraire entre autonomie et antinomie: Christian Dotremont


Vendredi 5 septembre
Matin:
Sciences humaines 2
Sylvain VENAYRE: L'ici et l'ailleurs dans l'Histoire de France de Jules Michelet
Jean-François STASZAK: Figures géograpgiques de l'exotisme océanien

Après-midi:
REPOS


Samedi 6 septembre
Matin:
XXe siècle, 3
Marie-Annick GERVAIS-ZANINGER: L'ailleurs chez Julien Gracq
Claude COSTE: Roland Barthes ou l'assentiment du voyageur

Après-midi:
Francophonies
Ridha BOULAÂBI: La langue orientale ou le dernier ailleurs chez Claude Ollier
Véronique PORRA: L'Ici-Ailleurs des francophonies "individuelles" européennes
Daniel-Henri PAGEAUX: L'Ici-Ailleurs des littératures caraïbes


Dimanche 7 septembre
Matin:
XIXe siècle, 2
Jean-Marie ROULIN:
La patrie est un ailleurs
Sarga MOUSSA: Le Voyage de Lamartine et celui du médecin Delaroière

Après-midi:
Francophonies
Xavier GARNIER: De l'ailleurs colonial à l'ici postcolonial: le paradoxe créatif de l'indigène écrivain en Afrique
Carmen HUSTI-LABOYE: De la littérature et de l'ailleurs
Daniel LANÇON: Georges Henein en quête d'un ici d'Orient-Occident


Lundi 8 septembre
Matin:
XXe siècle,  4
Patrick NÉE: Yves Bonnefoy déconstructeur de l'ailleurs
Débat général
Daniel LANÇON & Patrick NÉE: Conclusions du colloque

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Francis AFFERGAN: La rupture fondatrice d'une anthropologie de l'altérité
Je me saisirai de la question de l’Ailleurs par la voie(x) biaisée de l’altérité. Mon propos consistera à poser l’hypothèse selon laquelle il y eut, dans l’histoire occidentale des idées scientifiques, morales et culturelles, deux types de rupture. La première, inopérante, aurait permis, dans le même temps où l’autre était posé comme objet, d’en entraver la connaissance. Les soubassements d’une telle entreprise sont à dévoiler chez Montaigne, Rousseau ou encore le capitaine Cook. La seconde, opérante et fondatrice, aurait permis la construction d’une épistémologie romantique, qui a constitué les fonts baptismaux de la discipline anthropologique comme institution, dans une perspective paradoxalement scientiste et positiviste, par le double jeu d’une dé-négation de l’altérité et d’une promotion de la seule différence. Le père fondateur d’un tel dispositif fut Morgan aux USA, dans les années 1860.

Références Bibliographiques :

Affergan, Francis, 1987, Exotisme et Altérité (Paris, P.U.F.).
Affergan, Francis, 1991, Critiques anthropologiques (Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques).
Affergan, Francis, 1997, La Pluralité des Mondes (Paris, Albin Michel).
Cook, James et King, James, 1784, A Voyage to the Pacific Ocean… on His Majesty’s Ships: Resolution and Discovery, 3 vols., Dublin, Chamberlaine et al.
Duchet, Michèle, 1995, Anthropologie et Histoire au siècle des Lumières (Paris, Albin Michel).
Montaigne, L’Apologie de Raymond Sebond in Essais II (Paris, Folio Gallimard).
Rousseau J.-J., 1971, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (GF, Flammarion).
Rousseau J.-J., 1970, Essai sur l’origine des langues (Paris, Nizet).
Sahlins, Marshall, 1995, How « Natives » Think. About Captain Cook, For exemple (Chicago, Univ. of Chicago Press).


Marie-Paule BERRANGER: Les ailleurs de Blaise Cendrars
Blaise Cendrars s'est construit une image de "bourlingueur des lettres", et a parfois fait les frais de cette construction — n'est-il pas considéré de haut dans le Traité du style d'Aragon et dans les Entretiens de Breton, au même titre que Soupault, en tant que "poète voyageur? En interrogeant le sens du mythe de l'"Homère du Transsibérien" (Dos Passos) et des stratégies centrifuges de Cendrars, on rencontrera un exemple typique de cette quête romantique de l'ailleurs qui masque un trouble identitaire profond, et qui évolue, en passant de la poésie au récit, vers l'exploration de l'altérité. "Je suis l'Autre": cette citation de Nerval estampille régulièrement les textes de Cendrars. S'il a été montré que Cendrars est bien d'abord le "bourlingueur des bibliothèques" qui projette la chose lue sur les choses vues, de la Russie au Brésil,  c'est finalement le contemplatif, le "brahmane à rebours", le "lotisseur du ciel",  qui du Journal d'Amérique de 1911 aux années de claustration dans l'écriture des mémoires à Aix se découvre derrière l'image de l'aventurier des lettres.

Colette CAMELIN: Océanie: Eden, sauvagerie, mélancolie
Le Pacifique, écrit Segalen, est "le pays le plus éloigné de tous les continents solides", c’est là que s’achève la grande aventure des marins européens en quête de l’Eden. Si Christophe Colomb a cru que l’Orénoque provenait de la montagne du Paradis, Bougainville et Diderot ont pu rêver, en Polynésie, d’une humanité libre des maux de la civilisation. L’assassinat du capitaine Cook à Hawaï en 1779 a mis fin à la vision mythique que les Européens avaient des Maoris, et réciproquement. Au XIXème siècle, tandis que les uns s’attachent à la "sauvagerie" des Maoris (Typee et Omoo de Melville), d’autres peignent un Eden dégradé (Le Mariage de Loti), d’autres encore s’intéressent aux relations complexes entre les "indigènes" et les Européens, marins, commerçants, militaires, aventuriers (The Ebb-tide de Stevenson). Le romancier écossais a passé les dernières années de sa vie à voyager dans le Pacifique: "Pourquoi ce nouveau désir extrême exotique? ce départ pour le "cinquième monde", ainsi que l'appelaient les grands navigateurs, — après quoi, dirait un hagiographe, il n'est plus d'envolée possible que pour l'autre monde...", écrit Segalen au sujet de Gauguin. De fait, Stevenson est allé mourir à Samoa en 1894, l’année où Gauguin sculptait Oviri, ce qui signifie « sauvage » en maori. Et Gauguin est mort aux Marquises en 1903. Pendant qu’il y peignait Contes barbares en 1902, Marcel Schwob faisait route vers Samoa, sur les traces de Stevenson — un voyage catastrophique. En 1903, Segalen en mission aux Marquises, découvre les dernières œuvres et les écrits de Gauguin. De cette rencontre, décisive pour sa propre poétique, sont nés Les Immémoriaux, où il voulait décrire les Tahitiens tels que Gauguin les avait peints, deux études consacrées à Gauguin et un roman dont le peintre est le héros: Le Maître-du-jouir. Enfin il écrit en 1904 les premières notes de son Essai sur l’exotisme. La notion d’exotisme met en tension "la quête d’Ailleurs", la recherche de la "secousse", de l’émotion produite par le Divers, "ce qui diffère" de l’ici, et la rencontre de l’Autre, qui reste, pour Segalen, toujours ambiguë: l’Autre est apprécié, désiré même, mais, qu’il soit Maori ou Chinois, il est le témoin dégradé d’une civilisation détruite. Il s’agit alors de restaurer la plénitude du continent originaire par l’anthropologie (Les Immémoriaux), puis par l’art: c’est l’entreprise du Maître-du-jouir.
Gauguin et Segalen sont partie prenante de l’aventure coloniale, mais ils arrivent après la phase exaltante de conquête. Comme l’écrivait déjà Rimbaud, on ne peut que retrouver "la même magie bourgeoise à tous les points où la malle nous déposera". Le Pacifique reste cependant le terrain d’élection des aventuriers qui tentent d’échapper à la "magie bourgeoise" — "beachcombers" de Stevenson, de Chadourne (Vasco), de Gary (La tête coupable), Renée Hamon, que Colette appelait "le petit corsaire". Ce qui domine, au XXème siècle, c’est la mélancolie.

Références Bibliographiques :

A. Sperry, Captain Cook explores the South Seas, Ramdom House, Inc, New York (1963).
Bougainville, Voyage autour du monde par la frégate du roi La Boudeuse et la flûte L’Étoile (1771).
H. Melville, Typee (1846), Omoo (1847).
P. Loti, Le Mariage de Loti (1880).
R.-L. Stevenson, In the South Seas (1890), The Beach of Falesa (1893), The Ebb-Tide (1893).
M. Schwob, Vers Samoa (1901-1902).
P. Gauguin, Oviri, écrits d’un sauvage, éd. D. Guérin, Idées/Gallimard, 1974.
P. Gauguin, Lettres à sa femme et à ses amis, M. Malingue éd., Paris, Grasset, 1949.
P. Gauguin, Noa Noa, éd. Jean Loize, Paris, Balland, 1966.
P. Gauguin, Avant et après, Paris, La table ronde, 1994.
P. Gauguin, Correspondance, t. I, Merlhès éd, Paris, 1984.
P. Gauguin, Lettres de Paul Gauguin à Georges-Daniel de Monfreid, précédées d’un « Hommage à Gauguin » de Victor Segalen, Paris, Georges Crès, 1919. Réédition, avec des notes de Annie Joly-Segalen, Paris, Falaize, 1950.
P. Gauguin, Ancien culte mahorie, commenté par R. Huyghes, Paris, Hermann, 1967.
V. Segalen, Les Immémoriaux (1907), Gauguin dans son dernier décor (1904), Hommage à Gauguin (1919), Le Maître-du-jouir (inachevé, commencé en 1907).
S. Maugham, The Moon and six pence (1919).
M. Chadourne, Vasco (1927).
R. Hamon, Aux îles de lumière, avec une « présentation » de Colette (1940).
R. Gary, La tête coupable (1968).
H. Mingarelli, Océanie (2006).


Paul-André CLAUDEL: Le sceau de l'ailleurs: l'Alexandrie invisible d'Agostino John Sinadino (Le Caire, 1876 - Milan, 1956)
Issu des marges orientales de la francophonie méditerranéenne, le poète bilingue Agostino John Sinadino (1876-1956) est à première vue une émanation exemplaire de l’Alexandrie multiculturelle du début du siècle, cette "ville aux portes ouvertes sur la Méditerranée et aux fenêtres fermées sur l’Egypte" (G. Zananiri) dont le souvenir s’est inscrit dans la mémoire collective. Pourtant, le parcours de Sinadino, loin d’être linéaire, est marqué par de singulières lignes de fuite: déchiré entre les pays et les langues, son itinéraire peut se lire comme une succession de traversées du désert, entre Alexandrie, Milan, Paris et New York. Funambule des cultures, incapable de s’enraciner dans les espaces littéraires qu’il arpente, Sinadino se place dans une altérité radicale par rapport aux codes esthétiques de ses pays d’accueil. Dans le cadre d’une interrogation sur la thématisation de l’Ailleurs entre XIXème et XXème siècle, cette expérience prend, à l’évidence, une valeur paradigmatique: elle correspond en effet au moment de l’assimilation, voire de la "somatisation", de ce concept par des auteurs des marges nés justement dans l’Ailleurs tel que le conçoit l’Occident: à l’aube du XXème siècle, l’Ici originel de l’Europe ne peut pour cette génération représenter ingénument le lieu d’un retour, ni même constituer un ailleurs de substitution. Logiquement, "l’ailleurs égyptien" qui définit Sinadino se présente comme un "signe ombilical ineffaçable", un véritable syndrome d’altérité, un legs désertique et même labyrinthique. Fondamentalement étranger, en situation pathétique d’extraterritorialité par rapport à tous ses espaces de réception (France, Italie, Egypte), ce poète vivra donc en situation d’apatride. Au monde des frontières réelles Sinadino sera contraint d’opposer son déplacement perpétuel dans un autre univers, purement abstrait et spirituel, arrière-monde secret, non-lieu ou mieux, Alexandrie invisible construite par la parole qui sera, de fait, sa seule marque de reconnaissance: la poésie.

Muriel DÉTRIE: Le Voyage en Orient dans l'œuvre de Nicolas Bouvier: quête d'ailleurs et désorientation
Lorsqu’en 1953, à l’âge de vingt-quatre ans, il entreprend "sans esprit de retour" son grand voyage vers l’Orient — voyage qui le conduira de la Yougoslavie au Japon en passant par la Turquie, l’Iran, l’Afghanistan, le Pakistan, l’Inde et Ceylan —, Nicolas Bouvier est animé par le désir de découvrir un ailleurs qui lui permette de renouer avec les origines oubliées de la culture occidentale. Mais si ce mythe romantique de l’Orient s’y dessine en filigrane, les œuvres nées de ce périple en dénoncent l’illusion: la chronologie de leur rédaction tout comme leur chronologie interne qui ne sont pas calquées sur celle du voyage, leur organisation spatiale qui ne dessine pas un itinéraire linéaire et orienté mais procède par ellipses, fragmentation, reprises ou variations, leur utilisation des mots français ou étrangers comme matériaux sonores plus que comme signifiants, etc, tout en elles, à des degrés divers,  ruine l’idée d’un sens à chercher et d’une totalité à retrouver. L’écriture du voyage en Orient dit la désorientation du voyageur qui, en perdant ses repères et la conscience de son moi, fait l’expérience du vide qui gît au cœur du monde et renvoie dos à dos les notions mêmes de l’ici et de l’ailleurs, du même et de l’autre.

Paul DIRKX: La migration littéraire entre autonomie et antinomie: Christian Dotremont
Il a fallu attendre les années quatre-vingt pour que la critique commence à s’intéresser de près à l’œuvre littéraire de Christian Dotremont (1922-1979), dont le nom n’évoquait guère jusqu’alors que le mouvement d’art (essentiellement) plastique "Cobra". Cette absence est liée à la trajectoire singulière de l’écrivain. Notre contribution tentera de saisir les fondements sociologiques de cette trajectoire, pour ensuite privilégier sa dimension textuelle, et notamment les "logogrammes". L’analyse rapportera la créativité de Christian Dotremont au degré d’autonomie lié à sa position, inconfortable, dans le champ littéraire et intellectuel "français" à l’échelle internationale. Comme tant d’écrivains "francophones" pris dans les logiques antinomiques qui fondent leurs positions respectives, le Belge a su faire de nécessité vertu, mais d’une manière extraordinaire dont on aimerait contribuer à faire voir toute l’ampleur. Dans sa longue tentative visant à (ne pas) composer avec les forces du champ, l’attrait d’un ailleurs insaisissable car toujours déplacé apparaît comme un vecteur déterminant — comme la chance et en même temps la malédiction d’un écrivain incarnant en son âme et son corps l’antinomie de son univers littéraire, lequel, à la même époque, n’existe, et lui aussi de moins en moins, qu’en ayant l’esprit ailleurs.

Xavier GARNIER: De l'ailleurs colonial à l'ici postcolonial: le paradoxe créatif de l'indigène écrivain en Afrique
Le type d’Ailleurs que représente le continent africain ne saurait être mieux désigné que par l’expression très courante, y compris sur le continent lui-même, d’"Afrique profonde". La littérature coloniale, qui s’écrit pourtant au nom d’une bonne connaissance du terrain, joue l’impossibilité de transformer cet Ailleurs en Ici: l’inconnaissable, ou le mystère, étant une dimension revendiquée par ceux qui se disent "initiés" au continent. On examinera comment, de l’époque coloniale aux indépendances, la littérature africaine reprend ce principe d’un Ailleurs enfoui au cœur de l’Ici africain, générant ainsi d’une dynamique narrative novatrice, qui nourrit toujours le roman africain contemporain. Le sentiment de vivre dans des lieux où il ne se passe rien (villages ou périphéries urbaines) est ambivalent: il dit, de façon explicite, un rêve d’Ailleurs, mais également, et de façon plus profonde, le pressentiment d’une menace intérieure, attachée à l’Ici, et qui est l’autre face de l’Ailleurs rêvé.

Alain GUYOT: Gautier ou l'ailleurs à deux pas d'ici
Théophile Gautier, grand voyageur et grand amateur de dépaysement et d’exotisme, ne manque pour autant jamais une occasion de déplorer le recul de cette "couleur locale" dont il est si friand et qui, à ses propres dires, "s’en va du monde" à mesure du progrès des chemins de fer et de ce que l’on n’appelle pas encore la mondialisation. C’est peut-être précisément ce qui le pousse à s’en aller quérir cet exotisme dans les endroits les plus inattendus et parfois les plus proches, qu’il s’agisse d’un abattoir de la banlieue parisienne ou d’une exposition universelle de l’autre côté de la Manche, qui lui épargne un voyage aux Indes ou en Chine. C’est à cette tension entre un ailleurs lointain, à l’originalité en constant recul et peut-être à fuir pour cette raison, et un ici beaucoup moins avare de "couleur locale" que l’on souhaiterait s’intéresser dans la poétique du récit de voyage propre à Gautier.

Carmen HUSTI-LABOYE: De la littérature et de l'Ailleurs
La notion d’"Ailleurs" a subi de multiples variations du fait de la place centrale qu’elle a progressivement acquis depuis la constitution de la culture occidentale impériale jusqu’aux expériences de dessaisissement suscitées par la curiosité empathique et le souci du dialogue propre aux propositions ségaliennes puis glissantiennes, convertissant la quête d’Ailleurs en rencontre de l’altérité. S’intrique ensuite dans ces changements les effets de la mondialisation et la transformation des écrivains en "bâtards internationaux", en écrivains "nomades". Aujourd’hui, l’émergence d’un Ailleurs inversé semble être le propre de jeunes écrivains (ex-francophones), souvent délocalisées et se référant non plus aux langues mais à la mythique "République des Lettres". Cependant, des problèmes demeurent car non seulement l’exotisme reste une "valeur de marché" mais au-delà de l’étiquette littéraire (devenue quasiment infamante, comme celle de littérature coloniale) la description macro-littéraire esquissée dans le paragraphe précédent n’évite pas l’inconvénient des simplifications. Bien des écrivains échappent à une telle organisation du champ et leur exemple révèle que la littérature française (ou en français) a toujours été une littérature de la "Plus Grande France", et cela bien avant l’Empire. En somme, la littérature française ne peut se penser sans "ailleurs".

Jean-Nicolas ILLOUZ: Nerval: vers l'orient intérieur
"Le chemin mystérieux va vers l’intérieur", écrit Novalis ; et Friedrich Schlegel note dans l’Athenäum en 1800: "C’est en Orient que nous devons chercher le romantisme suprême". Ce double programme, l’œuvre de Nerval le réalise admirablement, plaçant sous le même signe de l’Orient et l’expérience du voyage et, dans Aurélia, l’expérience du rêve ("Où vas-tu ? me dit-il. – Vers l’Orient !"). Ce faisant, du Voyage en Orient à Aurélia en passant par divers récits d’errance sur la terre maternelle du Valois éprouvée dans un sentiment d’inquiétante étrangeté, la quête d’un ailleurs, d’abord illusoirement situé en quelque point géographique, s’intériorise, s’intensifie, et bientôt s’affole, tandis que l’enfermement dans l’ici, de plus en plus douloureusement ressenti, ne laisse plus d’autre issue au promeneur égaré que le suicide.

Véronique PORRA: L'Ici-Ailleurs des francophonies "individuelles" européennes
Très souvent, les auteurs que la critique nord-américaine désigne par le terme d’"allophones" ont été abordés, dans les études universitaires en France, comme des "francophonies individuelles", voire des "singularités" (Jouanny 2000). On oppose en cela ces écrivains d’expression française originaires d’espaces non francophones aux auteurs communément appelés "francophones" et qui, eux, sont fréquemment abordés de façon collective, comme éléments d’un corpus plus homogène. Dans cette communication, il s’agira de montrer, au travers de la question de la production du discours exotique, que ces auteurs, s’inscrivant par leur passage à la langue française dans un "horizon d’attente" commun, présentent des homologies dont l’approche en terme de singularité ne rend pas compte. A partir d’exemples des dix dernières années, nous nous pencherons, d’une part, sur le rôle de producteurs d’exotisme que la réception leur attribue, en étudiant notamment ce qui se cache derrière la très répandue métaphore du "passeur", et, d’autre part, nous verrons comment ces auteurs, reproduisant la posture des Persans de Montesquieu, inversent le discours exotique européen.

Jean-Marie ROULIN: La patrie est un ailleurs
"Je est un autre": au début du XIXème siècle, préfigurant cette formule, la patrie est perçue par le sujet post-révolutionnaire comme un /ailleurs/ qu’il faut reconquérir pour en faire /at home/. Dans cette génération marquée par l’exil et/ou l’émigration, la terre natale est revue avec un sentiment d’étrangeté, et l'Ailleurs comme porteur des éléments du ressourcement de l'origine et de l'identité. Je m’interrogerai donc sur cette articulation spécifique de la patrie et de l’ailleurs chez Chateaubriand, mais aussi d’autres auteurs du début du XIXème siècle de Mme de Staël à Balzac.

Sylvain VENAYRE: L'ici et l'ailleurs dans l'Histoire de France de Jules Michelet
"Sans une base géographique", écrit Michelet dans sa préface de 1869 à l’Histoire de France, "le peuple, l’acteur historique, semble marcher en l’air comme dans les peintures chinoises où le sol manque". Tout le projet littéraire de Michelet — écrire l’histoire de la formation de la nation française — est ainsi inséparable d’une lecture de l’espace: la dialectique du Même et de l’Autre, qui rend compte de la formation de la France (ce "nous" omniprésent chez Michelet), s’accompagne nécessairement de celle de l’Ici et de l’Ailleurs. Cette communication se propose d’analyser cette double dialectique sous tous ces aspects: le sens des comparaisons exotiques de Michelet (les peintures chinoises, certes, mais aussi les fakirs indiens pour évoquer les Ordres Mendiants ou les corridas espagnoles pour comprendre les tournois chevaleresques); le rôle que Michelet assigne à ses propres voyages, tant en France qu’à l’étranger, en termes de connaissance; ses considérations sur le génie voyageur des peuples; le sens historique qu’il confère aux Croisades ou aux Grandes Découvertes, etc. On espère proposer de cette façon, à propos d’une œuvre souvent considérée comme très romantique et très française, mais peu préoccupée par l’ailleurs, une mesure originale de l’exotisme et de la culture du voyage au milieu du XIXème siècle.

BIBLIOGRAPHIE :

I. Réflexions théoriques (philosophie, histoire, ethnologie, sociologie)
Claude Levi-Strauss, Tristes tropiques, Paris, Plon, 1955 ; rééd. Presses Pocket, coll. "Terre humaine".
Michel Le Bris, L’Homme aux semelles de vent, Paris, Grasset, 1977 ; rééd. Payot & Rivages, 2001.
Jean-Pierre Charnay, Les Contre-Orients ou comment penser l'autre selon soi, Paris, Sindbad, 1980.
Jean Baudrillart, Amérique, Paris, Grasset et Fasquelle, 1986 ; rééd. Livre de poche.
Edward Saïd, L'Orientalisme. L'Orient créé par l'Occident, Paris, Le Seuil, 1980 ; rééd. augm., 2005.
Pierre-Jean Labarrière, Le Discours de l’altérité. Une logique de l’expérience, Paris, PUF, 1983.
Paul Virilio, L’Espace critique, Paris, Christian Bourgois, 1984.
Jacques Meunier, Le Monocle de Joseph Conrad, ethnologie, exotisme et littérature, Paris, La Découverte, 1987 ; rééd. Payot & Rivages, 1993.
Francis Affergan, Exotisme et altérité, essai sur les fondements d'une critique de l'anthropologie, Paris, PUF, 1987, rééd. 1993.
Paul Ricoeur, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990 ; rééd. « Points », 1996.
Alain Corbin, Le Territoire du vide. L’Occident et le désir de rivage (1750-1840), Paris, Aubier, 1988, rééd. "Champs"/Flammarion, 1990.
Marc Guillaume, La Contagion des passions. Essai sur l’exotisme intérieur, Paris, Plon, 1989.
Tzvetan Todorov, Nous et les Autres. La Réflexion française sur la diversité humaine, Paris, Seuil, 1989, rééd. "Points/Essais", 1992.
François Maspéro, Les Passagers du Roissy-express, Paris, Seuil, 1990, rééd. augm. de preface coll. "Points", 2004.
Jean-Didier Urbain, L’Idiot du voyage: histoire de touristes, Paris, Plon, 1991, rééd. augm., Payot et Rivages, 2002.
Marc Augé, Non-lieux, introduction à une anthropologie de la surmondité, Paris, Seuil, 1992.
Jean Baudrillard et Marc Guillaume, Figures de l’altérité, Paris, Descartes & Cie, 1994.
Mondher Kilani, L’Invention de l’autre, essai sur le discours anthropologique, Lausanne, éditions Payot, 1994.
Stanislas Breton, L’Autre et l’ailleurs, Paris, Descartes & Cie, 1995.
Bertrand Badie et Marc Sadoun (dir.), L’Autre (pour Alfred Grosser), Paris, Presses de Sciences Politiques, 1996.
Clifford Geertz, Ici et Là-bas. L’anthropologue comme auteur (1988), trad. D. Lemoine, Paris, Métailié, 1996.
Marc Augé, L’Impossible Voyage. Le tourisme et ses images, Paris, Rivages, 1997.
Francis Affergan, La Pluralité des mondes. Vers une autre anthropologie, Paris, Albin Michel, 1997.
Michel Maffesoli, Du nomadisme: vagabondages initiatiques, Paris, Livre de poche/Essais, 1997 ; rééd. augmentée d’une préface, La Table ronde, 2005.
L’Autre dans les encyclopédies, dir. Bd Baillaud, Jérôme de Gramont et Denis Hüe, Rennes, PUR, 1999.
Edward Saïd, Culture et Impérialisme, Paris, Fayard / Le Monde Diplomatique, 2000.
Michel Franck, Désirs d’ailleurs, essai d’anthropologie des voyages, Paris, Armand Colin, 2000, rééd. Québec, Presses de l’Université Laval, 2004.
Sylvain Venayre, La Gloire de l’aventure. Genèse d’une mystique moderne, 1850-1940, Paris, Aubier, 2002.
Paul Virilio, Ville panique. Ailleurs commence ici, Paris, Galilée, 2004.


II. Etudes littéraires transversales
Jean-Claude Berchet, préface à Le Voyage en Orient, anthologie des voyageurs dans le Levant au XIXe siècle, Laffont, « Bouquins », 1985.
Pierre Citti, Contre la décadence. Histoire de l’imagination française dans le roman 1890-1914, PUF, 1987.
Michel Collot, L’Horizon fabuleux, t.I, XIXe siècle, t.II, XXe siècle, Paris, José Corti, 1988.
Michel Collot, La Poésie moderne et la structure d’horizon, Paris, PUF, 1989.
Poésie et Altérité, M. Collot et J.-C. Mathieu (éd.), Paris, Presses de l'ENS, 1990.
Ailleurs imaginés. Littérature, histoire, civilisations (dir. Jean-Michel Racault), Paris, Didier Érudition / St-Denis de la Réunion: Université de la Réunion, Faculté de Lettres et Sciences Humaines, 1990 (Cahiers CRLH-CIRAOI ; 6).
Denise Brahimi, Un aller retour pour Cipango, Paris, Noel Blandin, 1992.
Ninette Boothroyd et Muriel Detrie, préface à Le Voyage en Chine. Anthologie des voyageurs occidentaux, Laffont, « Bouquins », 1992.
Paul Zumthor, La Mesure du monde, Paris, Seuil, 1993.
Ecrire le voyage, György Tverdota éd., Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 1994.
Sarga Moussa, La Relation orientale. Enquête sur la communication dans les récits de voyage en Orient (1811-1861), Paris, Kincksieck, 1995.
Jean-Marc Moura, La Littérature des lointains. Histoire de l’exotisme européen au XXe siècle, Paris, Champion, 1998.
Jean-Marc Moura, L’Europe littéraire et l’Ailleurs, Paris, PUF, 1998.
Littératures postcoloniales et représentations de l’ailleurs, Afrique, Caraïbe, Canada, J. Bessière, J.-M. Moura (éd.), Paris, Champion, 1999.
Patrick Née, "L’Ailleurs en question", in Modernité et romantisme, I. Bour, E. Dayre et P. Née (éd.), Paris, Champion, 2001, p. 211-233.
Jean-Xavier Ridon, Le Voyage en son miroir. Essai sur quelques tentatives de reinvention du voyage au XXe siècle, Paris, Kimé, 2002.
Nicolas Bonna, Le Voyageur éveillé, Paris, Les Belles Lettres, 2002.
Jean-Marc Moura, Exotisme et Lettres francophones, Paris, PUF, 2003.
Littérature et colonies, Les Cahiers du SIELEC n°1 (Société internationale d’étude des littératures de l’ère coloniale), Paris, Kailash, 2003.
Gérard Cogez, Les Ecrivains voyageurs au XXe siècle, Paris, Points/Seuil, 2004.
Le Voyage en Egypte, […] de Bonaparte à l’occupation anglaise, Sarga Moussa éd., Paris, Laffont, "Bouquins", 2004.
Récits du dernier siècle des voyages, dir. Olivier Hambursin, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne (PUPS), 2005.
Daniel Lançon, L’Egypte littéraire de 1776 à 1882. Destin des antiquités et aménité des rencontres, Paris, Geuthner, 2007.


III. L’Ailleurs en littérature des XIXe et XXe siècles
Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem, éd. Jean-Claude Berchet, Gallimard, "folio classique", 2005.
Lamartine, Graziella, éd. Jean-Michel Gardair, Gallimard, "folio classique", 1979 ; Voyage en Orient, éd. Sarga Moussa, Champion, 2000.
Nerval, Le Voyage en Orient, Œuvres complètes, éd. Jean Guillaume et Claude Pichois, Gallimard, "Bibl. de la Pléiade", t.II, 1984 (rééd. Gallimard, "folio classique", 1998), et Carnet du Caire ; Lorely. Souvenirs d’Allemagne - La Bohême galante - Les Nuits d’octobre, Paris, Pantin et Meaux - Promenades et souvenirs, Œuvres complètes, t. III, 1993.
Hugo, Les Orientales, Les Feuilles d’automne, éd. Pierre Albouy, Gallimard, "Poésie".
Gautier, Voyage en Espagne suivi de Espana, éd. Patrick Berthier, Gallimard, "folio classique", 1981; Emaux et camées, éd. Claudine Gothot-Mersch, Gallimard, "Poésie", 1981 ; Le Roman de la momie, éd. Jean-Michel Gardair, Gallimard, "folio classique", 1986 ; Voyage en Egypte, éd. Paolo Tortonese, Paris, La Boîte à documents, 1991.
Mérimée, Colomba et autres nouvelles, éd. Pierre Josserand, Gallimard, "folio classique", 1964 ; Carmen et autres nouvelles, éd. Pierre Josserand, Gallimard, "folio classique", 1965.
Flaubert, Par les champs et par les grèves, préf. Gonzague Saint-Bris, Encre éditions, 1979 ; Les Mémoires d’un fou, Novembre, Pyrénées-Corse, Voyage en Italie, éd. Claudine Gothot-Mersch, Gallimard, "folio classique" ; La Tentation de Saint-Antoine, éd. Claudine Gothot-Mersch, Gallimard, "folio classique", 1983 ; Voyage en Egypte, éd. Pierre-Marc de Biasi, Grasset, 1991; Salammbô, éd. Gisèle Seginger, Garnier-Flammarion, 2001.
Maxime du Camp, Souvenirs et paysages d’Orient, Paris, Arthus Bertrand, 1848 ; Souvenirs littéraires (1882-1883), rééd. Balland, 1984, nlles éd. L’Harmattan (1993), Aubier (1994), Complexe (2002).
Xavier Marmier, Du Rhin au Nil, souvenirs de voyage, Paris, Arthus Bertrand, 1847 ; Du Danube au Caucase. Voyages et littérature, Paris, Garnier frères, 1854.
Leconte de Lisle, Poèmes barbares, Claudine Gothot-Mersch éd., Gallimard, "Poésie", 1985 ; Poèmes antiques, éd. Claudine Gothot-Mersch, Gallimard, "Poésie", 1994.
Fromentin, Un été dans le Sahara, Une année dans le Sahel, Carnets de voyages (Algérie, Ile de Ré, Egypte), éd. Guy Sagnes, Œuvres complètes, Gallimard, "Bibl. de la Pléiade", 1984.
Gobineau, Trois ans en AsieLes Religions et les philosophies dans l’Asie centraleSouvenirs de voyage, éd. Jean Gaulmier, Œuvres, Gallimard, "Bibl. de la Pléiade", t. II, 1983 ; Nouvelles asiatiques, t. III, 1987.
Baudelaire, Les Fleurs du mal, éd. Claude Pichois, Œuvres complètes, Gallimard, "Bibl. de la Pléiade", t. I,  1975 (rééd. "Poésie/Gallimard") ; Le Spleen de Paris, t. II, 1976.
Rimbaud, Poésies, Une saison en enfer, Illuminations, éd. Suzanne Bernard (revue par André Guyaux), Garnier, "Classiques", 1981.
Mallarmé, Poésies, éd. Bertrand Marchal, préf. d’Yves Bonnefoy, Gallimard, coll. "Poésie", 1992.
Maupassant, Sur l’eau, éd. Jacques Dupont, Gallimard, "folio classique", 1993 ; Au soleil, et autres récits de voyage, éd. Gérard Gengembre, Pocket, coll. "Classiques", 1998.
Pierre Loti, Madame Chrysanthème, éd. Bruno Vercier, Garnier-Flammarion, 1990 ; Voyages (1872-1913) [de L’Île de Pâques à La Mort de Philae et Suprêmes visions d’Orient], éd. Claude Martin, Laffont, "Bouquins", 1991 ; Aziyadé, suivi de Fantôme d’Orient, éd. Claude Martin, Gallimard, "folio classique", 1991 ; Le Mariage de Loti, éd. Bruno Vercier, Garnier-Flammarion, 1991 ; Le Roman d’un enfant, suivi de Prime jeunesse, éd. Bruno Vercier, Gallimard, "folio classique", 1999.
Jules de Gaultier, Le Bovarysme, Paris, Mercure de France, 1892.
Claude Farrère, Les Civilisés, Ollendorf, 1905 [Prix Goncourt], rééd. Alain Quella-Villéger, Paris, Kailash, 1997 ; La Bataille, Arthème Fayard, 1909, éd. définitive Ollendorf, 1911, rééd. Le livre de poche, 1973.
Jules Boissière, Fumeurs d’opium, nouvelles, Editions Louis Michaud, 1909, rééd. Kailash, 2005.
Gaston Maspero, Ruines et paysages d’Egypte, Librairie orientale & américaine Guilmoto, 1910, 2ème éd. augm. 1914, rééd. Sophie Basch, Payot & Rivages, 2000 et 2003.
Paul Gauguin, Oviri, Écrits d’un sauvage, éd. Daniel Guérin, Gallimard, "Idées/gallimard", 1974, rééd. "folio essais", 1998 ; L’Ancien culte maori, fac-similé, Hermann, 2002.
Victor Segalen, Les Immémoriaux, Mercure de France, 1907, rééd. Plon, coll. "Terre humaine", 1956 puis 1982, et  "Points/Seuil", 1983 ; Stèles (1912), Crès, 1922, rééd. Annie Joly-Segalen, "Poésie/Gallimard", 1973, puis Christian Doumet, Le livre de poche classique, 1999 ; Peintures, Crès, 1916, rééd. Gallimard, 1983 ; Gauguin dans son dernier décor, Crès, 1919, rééd. Fata Morgana, 1975 ; René Leys, Crès, 1922, rééd. Gallimard, "L’Imaginaire", 1978 ; Équipée. Voyage au pays du réel, Plon, 1929, rééd. Gallimard, "L’Imaginaire", 1983 ; Thibet, Mercure de France, 1963, éd. intégrale 1973 ; Lettres de Chine, Plon, 1967, rééd. 10/18, 1993 ; Briques et tuiles, Fata Morgana, 1967, éd. augm. 1975 ; Chine, la grande statuaire, Flammarion, 1972 ; Imaginaires, Rougerie, 1972 ; Siddharta, Rougerie, 1974 ; Le Fils du Ciel, Flammarion, 1975, rééd. Garnier-Flammarion, 1985 ; Essai sur l’exotisme. Une esthétique du Divers (Notes), éd. Annie Joly-Segalen, Fata Morgana, 1978 ; Le Double Rimbaud, Fata Morgana, 1979 ; Gustave Moreau, maître imagier de l’orphisme, éd. Éliane Formentelli, Fata Morgana, 1984.
Paul Claudel, Œuvre poétique (Connaissance de l’Est (1900, éd. complète 1928), Cent phrases pour éventail (1926), Le Vieillard sur le mont Omi (1925 et 1927), Dodoitzu (1936 et 1945), Petits poèmes d’après le chinois (1939), Autres poèmes d’après le chinois, Poèmes retrouvés [dont "Tao The King"]), éd. Jacques Petit, Gallimard, "Bibl. de la Pléiade", 1967.
Saint-John Perse, Œuvres complètes (Éloges (1911), Anabase (1924), Exil (1942), Vents (1946), Amers (1957), ChroniqueOiseaux (1962), Hommages, Lettres d’Asie), Gallimard, "Bibl. de la Pléiade", 1972.
Henry J.-M. Levet, Cartes postales (1920), 2ème éd. Jean Paulhan, Gallimard, 1943 ; rééd. Bernard Delvaille, "Poésie/Gallimard", 2001.
Thomas Raucat, L’Honorable partie de campagne, Gallimard, 1924, rééd. "folio", 1984, puis "L’Imaginaire", 2004 ; De Shang-Haï à Canton, Paris, Émile-Paule Frères, 1927.
Roland Dorgelès, Un parisien chez les sauvages (1924) in Route des Tropiques, Albin Michel, 1944, rééd. Babel, 1997 ; Sur la route mandarine, Albin Michel, 1925, rééd. Kailash, 1995 ; Partir, Albin Michel, 1926 ; La Caravane sans chameaux, 1931.
Agostino John Sinadino, Il dio dell’attimo, lettre-préface de Paul Valéry, Milano, Bottega di poesia, 1924 ; Poésies (1902-1925), Paris, M. Senac, 1929 ; Cahiers inédits (1945-1953), Margherita Orsino-Alcacer (éd.), Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2006 ; La Festa (1901), Paul-André Claudel (éd.), Firenze, 2006.
Marc Chadourne, Vasco, 1927, rééd. (préf. de J.-L. Coatalem) La Table ronde, 1994 ; Chine, Plon, 1931 [Grand prix du reportage] ; Tour de la terre, Plon, 1935, 2 vol. (t.I: "Extrême-Occident", t.II: "Extrême-Orient").
Michel Vieuchange, Smara. Carnets de route d’un fou du désert, préf. de Paul Claudel, Plon, 1932, rééd. Phébus, 1990.
Valery Larbaud, Œuvres (Poésies d’A. O. Barnabooth (1908, puis 1913) - Journal d’A. O. Barnabooth (1913) - Jaune, bleu, blanc (1927) – Aux couleurs de Rome (1938)), Gallimard, "Bibl. de la Pléiade", 1958 ; Le Voyageur sédentaire, éd. Béatrice Mousli (anthologie et notes), La Quinzaine/Louis Vuitton, 2003.
Paul Morand, Nouvelles complètes (Tendres stocks, préf. Marcel Proust (1921) – Ouvert la nuit (1922) – Fermé la nuit (1923) – Magie noire (1928), etc.), éd. Michel Collomb, Gallimard, "Bibl. de la Pléiade", t.I, 1992 ; Rien que la terre, Grasset, 1928, rééd. "Les Cahiers rouges", 2000 ; Venises, Gallimard, 1971, rééd. "L’Imaginaire", 1983.
Guillaume Apollinaire, Alcools, Mercure de France, 1913, in Œuvres poétiques, éd. M. Adéma et Michel Decaudin, Gallimard, "Bibl. de la Pléiade", 1965.
Blaise Cendrars, Du monde entier, Poésies complètes 1912-1924, préf. de Paul Morand, Denoël, 1947, rééd. "Poésie/Gallimard", 1967 ; Au coeur du monde, Poésies complètes 1924-1929, Denoël, 1947, rééd. "Poésie/Gallimard", 1968 ; Bourlinguer, Denoël, 1948, rééd. "folio/Gallimard", 1974 ; Le Lotissement du ciel, Denoël, 1949, rééd. "folio/Gallimard", 1976.
André Gide, Voyage au Congo, suivi de Le Retour du Tchad. Carnets de route, Gallimard, 1927 et 1928, rééd. "folio", 1995.
André Malraux, La Voie royale, Grasset, 1930, rééd. Christiane Moatti, Le livre de poche, 1992.
Paul Nizan, Aden Arabie, Rieder, 1931, rééd. La Découverte/Poche, 2002.
Jean Cocteau, Tour du monde en 80 jours (mon premier voyage), Gallimard, 1936, rééd. "Idées/Gallimard", 1983.
Jean Giraudoux, Suzanne et le Pacifique, Grasset et Fasquelle, 1935, rééd. Le livre de poche/biblio, 1997.
André Breton, Œuvres complètes, éd. Marguerite Bonnet, Gallimard, "Bibl. de la Pléiade", t. I, 1988: Manifeste du surréalisme (1924), Nadja (1928) ; t.II, 1992: Les Vases communicants (1932), L’Amour fou (1937), Pleine marge et Fata Morgana (1940) ; t.III, 1999: Arcane 17 enté d’Ajours (1944-1947), Carnet de voyage chez les Indiens Hopi [1945], Ode à Charles FourierMartinique charmeuse de serpents (1948).
Georges Limbour, Soleils bas, suivis de poèmes, contes et récits (1919-1968) [dont "L’enfant polaire" (1921), "Le calligraphe" (1958), "Récits africains" (1927-1930 et 1968)), préf. Michel Leiris, Gallimard, "Poésie", 1972 ; Les Vanilliers, Gallimard, 1938, rééd. "L’Imaginaire" ; La Chasse au mérou, Galerie Louise Leiris et Gallimard, 1963.
Michel Leiris, Grande fuite de neige [1927], Les Cahiers du Sud, 1934, rééd. Fata Morgana, 1982 ; Aurora [1927-28], Gallimard, 1946, rééd. "L’Imaginaire" ; L’Afrique fantôme, Gallimard, 1934, rééd. "Tel" ; Haut mal, Gallimard, 1943, rééd. "Poésie".
Antonin Artaud, Héliogabale ou l’anarchiste couronné, Gallimard, 1934, rééd. "L’Imaginaire", 1979 ; Les Tarahumaras
Henri Michaux, Ecuador, Gallimard, 1929, revue en 1968, rééd. "L’Imaginaire", 1990 ; Un barbare en Asie, Gallimard, 1933, revue 1967, rééd. "L’Imaginaire", 1986 ; Ailleurs. Voyage en Grande Garabagne [1936], Au pays de la magie [1941], Ici, Poddema, Gallimard, 1948, revue en 1967, rééd. "Poésie", 1986 ; "je vous écris d’un pays lointain", in Plume précédé de Lointain intérieur, Gallimard, 1938, rééd. Raymond Bellour, "Bibl. de la Pléiade", t.I, 1998 ; "Les poètes voyagent" [1946] dans Passages, Gallimard, 1950, rééd. t.II.
Christian Dotremont, Œuvres poétiques complètes [1937-1979], éd. Michel Sicard, préf. Yves Bonnefoy, Mercure de France, 1998.
Julien Gracq, Un beau ténébreux, Corti, 1945 ; Liberté grande, Corti, 1947, nlles éd. augm. 1958, 1969 ; Le Rivage des Syrtes, Corti, 1951 ; Un balcon en forêt, Corti, 1958 ; La Presqu’île, Corti, 1970 ; Les Eaux étroites, Corti, 1976 ; La Forme d’une ville, Corti, 1985.
Jean Laude, Les Plages de Thulé, Le Seuil, 1964 ; La Trame inhabitée de la lumière, Corti, 1989.
Charles Duits, Le Pays de l’éclairement, Denoël, 1967, rééd. Le Bois d’Orion, 1994.
Michel Butor, « Le voyage et l’écriture », Répertoire IV, Paris, Minuit, 1968.
Roland Barthes, L’Empire des signes, Skira, 1970.
Lorand Gaspar, Sol absolu, Gallimard, 1972, rééd. "Poésie", 1982 ; Égée suivi de Judée, Gallimard, 1980, rééd. "Poésie", 1993 ; Carnet de Patmos, Le Temps qu’il fait, 1991 ; Arabie heureuse, Deyrolle, 1997 ; Carnets de Jérusalem, Le Temps qu’il fait, 1997 ; Patmos et autres poèmes, Gallimard, 2001, rééd. "Poésie", 2004.
Yves Bonnefoy, Rimbaud, Le Seuil, 1961 ; L’Arrière-pays, Skira, 1972, rééd. avec « Postface » (2004), Gallimard 2005 ; Récits en rêve, Mercure de France, 1987 ; La Vie errante, Mercure de France, 1993 ; "Entretien avec Paul de Sinety (sur le voyage)", in Yves Bonnefoy, L’Œil de Bœuf, 1994 ; La Hantise du Ptyx, William Blake & Co. Éd., 2003 ; L’Imaginaire métaphysique, Le Seuil, 2006.
Claude Ollier, Marrakch Médine, Flammarion, 1979 ; Mon double à Malacca, Flammarion, 1982 (réed. POL, 2001) ; Outback, ou l’arrière-monde, POL, 1995 ; Missing, POL, 1999.
Édouard Glissant, Poétique de la relation, Paris, Gallimard, 1990 ; Traité du Tout-monde, Paris, Gallimard, 1997.
Edmond Jabès, Je bâtis ma demeure, Poèmes 1943-1957. Préface de Gabriel Bounoure, Gallimard, 1959, rééd. 1975 ; Le Livre des Questions I. Le Livre de Yukel ; Le Retour au livre, Gallimard, 1988, (Coll: « L’Imaginaire ») ; Le Livre des Questions II. Yaël ; Elya ; Aely ; . El, ou le dernier livre, Gallimard, 1989, (Coll : « L’Imaginaire ») ; Un étranger avec, sous le bras, un livre de petit format, Gallimard, 1989 ; Le Seuil le Sable. Poésies complètes, 1943-1988, Gallimard, 1990, couv. ill. (Coll: « Poésie ») ; Le Livre de l’Hospitalité, Gallimard, 1991 ; Le Livre des ressemblances, Le Soupçon le Désert ; L’Ineffaçable, l’Inaperçu, Gallimard, 1991 (Coll: « L’Imaginaire ») ; Du désert au Livre, suivi de L’Étranger, entretiens avec Marcel Cohen, Préface de Danièle Sabbah, Nouvelle édition revue et corrigée, Pessac, Éditions Opales, 2001.
Nicolas Bouvier, Œuvres (L’Usage du monde (Droz, 1963), Chronique japonaise (L’Âge d’homme, 1975), Le Poisson-scorpion ([1981], Gallimard, 1982),  Journal d’Aran et d’autres lieux (Payot, 1990)), éd. Éliane Bouvier et Pierre Starobinski, Gallimard, "Quarto", 2004.
Jean-Luc Coatalem, La Consolation des voyages, Paris, Grasset, 2004.
Georges Henein, Œuvres, Poèmes, récits, essais, articles et pamphlets, préfaces Yves Bonnefoy, Berto Farhi, édition établie par Pierre Vilar avec la collaboration de Marc Kober et Daniel Lançon, Paris, Denoël, 2006.


IV. Etudes littéraires monographiques spécifiques à la prise en compte de l’Ailleurs
Daniel Lançon, Jabès l’Égyptien, Paris, Jean-Michel Place, 1998.
Patrick Née, Poétique du lieu dans l’œuvre d’Yves Bonnefoy ou Moïse sauvé, Paris, PUF, 1999.
ID., "Les Fleurs du mal de Limbour", in Territoires de la poésie contemporaine, Nathalie Piégay-Gros (éd.), Paris, Champion, 2001, p. 35-59.
ID., "L’Ailleurs-Ici de Christian Dotremont", in Christian Dotremont, multiple à l’infini, Catherine Soulier (éd.), Montpellier, Presses de l’Université Paul-Valéry-Montpellier III, 2004, p. 133-179.
ID., "Le non-ailleurs de Lorand Gaspar", in Lorand Gaspar, Daniel Lançon (éd.), Cognac, Le Temps qu’il fait, cahier seize, 2004, p. 334-351.
ID., "L’Ailleurs maritime de Rimbaud", Littérature n°147, sept. 2007, p. 4-20.
ID., "Ailleurs et poésie (Mallarmé)", Romantisme, sept-oct. 2007.
Daniel Lançon, "L’expérience de l’Amérique chez Yves Bonnefoy", in Yves Bonnefoy, Paris, L’Herne, Odile Bombarde, Jean-Paul Avice (dir.), 2008.



Avec le soutien de l'Université Stendhal Grenoble III, du Groupe de recherches Forell de Poitiers
et de l'UFR de Poitiers "Lettres langues"




COLLOQUE PUBLIÉ PAR HERMANN EDITEURS, 2009



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