DU MERCREDI 12 JUILLET (19 H) AU MERCREDI 19 JUILLET
(14 H) 2006
L'ANTHROPOLOGIE HISTORIQUE DE LA RAISON SCIENTIFIQUE
DIRECTION : Philippe DESCOLA, Bruno LATOUR
ARGUMENT :
Les travaux en anthropologie et en histoire sociale
ont depuis trente ans modifié en profondeur la conception
traditionnelle des sciences exactes, de leur rôle
social, de leurs origines culturelles, de leur enracinement
métaphysique. Si l’histoire de la Raison ne paraît
plus pouvoir résumer à elle seule l’originalité
de la science occidentale, il n’existe pourtant pas encore d’alternative
qui permette de respecter à la fois l’objectivité
des sciences de la nature et leur étrangeté anthropologique.
Le but de ce colloque n’est
pas de proposer un autre "grand récit" synthétique,
mais plutôt de comparer systématiquement
les conditions favorables ou défavorables à
l’émergence de la pensée scientifique dans
différentes parties du monde. Ce sera l’occasion d’une
confrontation méticuleuse entre historiens des
sciences, philosophes et anthropologues.
Nous essayons dans cette rencontre de revenir
à la tradition de Cerisy: moins de communications, des exposés
plus courts (en français le plus souvent ; ceux qui seront
en anglais feront l'objet d'un résumé et, de toutes
façons, tous les orateurs comprennent le français)
et surtout beaucoup de temps pour la discussion. Ces moments d'exploration
sont importants car il est rare que les historiens des sciences,
les philosophes des sciences et les anthropologues aient le temps
de se rencontrer sur une question aussi importante. Pour se préparer
au colloque, il n'est pas mauvais de se familiariser avec les ouvrages
des auteurs mais il sera souvent fait mention du livre de Philippe
Descola, Par-delà nature et culture.
Un ouvrage ultérieur,
réunissant les contributions, permettra de
proposer une réécriture réaliste et
comparative de la science occidentale.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Mercredi 12 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants
Jeudi 13 juillet
Matin:
Philippe DESCOLA: De l’analogisme au naturalisme
Après-midi:
Lorraine DASTON: Le tabou
de l'anthropomorphisme dans les sciences (English version)
Patricia FALGUIÈRES: Teckné, art, nature
et mécanique dans l’Europe du XVIème siècle
Vendredi 14 juillet
Matin:
Karine CHEMLA: Cosmologie, calcul
et histoire conceptuelle. Une approche anthropologique des mathématiques
de la Chine ancienne
Après-midi:
Jean-Jacques GLASSNER:
L'herméneutique des devins mésopotamiens
Samedi 15 juillet
Matin:
Peter GALISON: Physics without
Center (La physique décentrée)
Après-midi:
REPOS
Dimanche 16 juillet
Matin:
Claude IMBERT: L'épisode
formaliste, avant et après
Claude ROSENTAL: La raison
scientifique au prisme de l'anthropologie historique de la démonstration
Après-midi:
Première discussion plénière
préparée avec les participants (Christine HERZFELD, Vinciane
DESPRET, Lucienne STRIVAY)
Lundi 17 juillet
Matin:
Hans-Jörg RHEINBERGER:
Historiciser l'épistémologie (English
version)
Isabelle STENGERS: La raison
scientifique et le problème de la bêtise
Après-midi:
Ian HACKING: Sur l'anthropologie
philosophique de la raison scientifique
Mardi 18 juillet
Matin:
Fabian MUNIESA: Le problème
de l'économie
Sophie HOUDART: Une autre
manière d'être universel: ethnographie d'un laboratoire
de biologie au Japon
Après-midi:
Deuxième discussion plénière préparée
avec les participants (Oleg KHARKHORDINE, Andréas Léo
FINDEISEN)
Mercredi 19 juillet
Matin:
Bruno LATOUR: Si nous n’avons jamais été
moderne, de quoi héritons-nous?
Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS
RÉSUMÉS :
Karine CHEMLA: Cosmologie, calcul
et histoire conceptuelle. Une approche anthropologique des mathématiques
de la Chine ancienne
La tradition mathématique de la Chine ancienne, pour laquelle
le Canon Les neuf chapitres constitue une œuvre de référence,
confère à la surface sur laquelle se mènent
les calculs un rôle crucial. Cette surface représente
en effet bien plus qu’un instrument de calcul. Elle est le lieu d’une
recherche sur les algorithmes qui s’articule sur une réflexion
à caractère cosmologique. Les algorithmes s’y incarnent
de façon dynamique, et font l’objet en tant que tels d’un travail
mathématique spécifique. La surface à calcul a permis
à cette recherche de se développer grâce à
la mise au point d’un formalisme et de manières de faire très
particuliers. C’est dans le contexte de cette pratique intellectuelle
qu’a pris forme, au moins dès les débuts de l’ère
commune, et que s’est développée sur plus de treize siècles
en Chine, une approche inédite des équations. Aussi bien
le concept que les visées assignées à la recherche
se laissent corréler aux spécificités du travail
sur la surface. Et pourtant, dès le XIIème siècle,
des manuscrits arabes témoignent de ce que cette approche des
équations a circulé et a été intégrée
à d’autres approches des équations développées
ailleurs. Je m’appuierai sur ce matériau pour discuter des rapports
qu’on peut élaborer entre anthropologie et histoire des sciences.
Lorraine DASTON: Le tabou de
l'anthropomorphisme dans les sciences
Le tabou concernant l’anthropomorphisme dans les sciences, tout
en restant culturellement spécifique (d’un point de vue historique
et anthropologique, il s’agit d’une grande exception), fait encore
l’objet de controverses (par exemple, en éthologie). Pourquoi
une ligne infranchissable devrait être tracée entre les
modes de description et d’explication propres aux humains et ceux
s’appliquant au reste de la nature? L’anthropomorphisme est souvent
lié à l’anthropocentrisme et condamné comme une
manifestation de plus de provincialisme et d’arrogance. Pourquoi notre
espèce devrait-elle être située au centre de l’univers?
Il est toutefois possible de repérer et de circonscrire des cas
historiques où anthropomorphisme et anthropocentrisme s’opposèrent
l’un à l’autre. Je propose une exploration historique et conceptuelle
du bannissement de l’anthropomorphisme, avec une attention particulière
pour ses racines théologiques juives et chrétiennes,
qui l’interdirent en le considérant comme blasphématoire.
Lorraine DASTON: The taboo against
anthropomorphism in science
The taboo against anthropomorphism in science is at once culturally
specific (seen historically and anthropologically, it is the
great exception), and it is still controversial (e.g. in cognitive
ethology). Why should a sharp line be drawn between the modes of
description and explanation appropriate to human beings and those
applied to the rest of the nature? Anthropomorphism is often linked
to anthropocentrism and condemned as simply another expression of
provincialism and arrogance: why should our species be made the hub
around which the universe turns? But it is possible to conceive and
instantiate historically cases in which anthropomorphism and anthropocentrism
stand opposed to one another. I propose a conceptual and historical
exploration of the ban on anthropomorphism, with special attention
to its roots in Jewish and Christian theology: anthropomorphism was
first forbidden on religious grounds, as blasphemous.
Peter GALISON: Physics Without
Center
For decades a governing, if disputed metaphor
for physical science has been that of a pyramid. From the etherial
reaches of unified field theories, through nuclear, atomic, and
eventually molecular physics, a vast hierarchy of reason aimed
to direct all from a few master equations.
Nowhere was this vision more deeply entrenched
than in particle physics or string theory. But over the last
years, physics has been shifting--not through a particular new
theory but through a contested realignment of the role of law itself.
On the one side there is growing an increasing reliance on simulations,
numerical approximations ; on the other a sense that the long-held
desire to find a single equation that would dictate all the constants
of nature was not be. Instead, there would be only a huge, perhaps infinite
exfoliation of new universes and the mere accident that we find ourselves
in this one not that one was not to be explained by other than our own
presence. The rise of simulations and anthropic arguments are so much
part of a dispute about the form of the right law, or even the properties
of the right law. Instead, these are moves within a great shift: a substitution
of the ring for the pyramid, a battle not over the nature of the center,
but over its very existence.
Jean-Jacques GLASSNER:
L'herméneutique des devins mésopotamiens
A la suite d’une hypothèse formulée pour
le cas chinois, une rumeur persistante fait de la divination en Mésopotamie
l’un des mobiles de l’invention de l’écriture. Mais tel n’est
pas le cas.
On propose de se porter au 18e siècle avant notre
ère, en Babylonie, une période charnière où
la science divinatoire connaît une mutation profonde. Un nouveau
régime de rationalité résulte des réflexions
et des remises en cause des devins où l’écriture joue
une place majeure ; en un mot, la science divinatoire s’enrichit des
savoirs de l’écriture. Par un double processus de transformation
ou de sémantisation, les signes naturels, désormais perçus
comme des signes d’écriture, sont socialisés et signifient
le devenir humain. La place de l’écriture s’en trouve amplifiée,
mais c’est le mode de lecture qui subit une mutation. L’analogisme demeure
le mode de pensée dominant.
Références Bibliographiques :
"Pour un lexique des termes et figures analogiques en usage
dans la divination mésopotamienne", Journal Asiatique,
272, 1984, pp.15-45.
"L'aruspice mésopotamien et le regard de l'anatomiste",
Journal des médecines cunéiformes,
6, 2005, pp.22-33.
"La leçon de logique d'un devin babylonien", Revue
d'Assyriologie, sous presse.
Ian HACKING: Sur l'anthropologie
philosophique de la raison scientifique
Mon proposé vise à expliquer, dans le contexte
de mes études sur les styles de pensée scientifique,
« ce qui me paraît le plus décisif pour passer
d’un régime "analogique" à un régime "naturaliste"
où prédominent ces styles (mathématiques, du laboratoire,
statistiques, etc.) qui paraissent plus directement associés
au développement des sciences ». A mon avis, chaque style
a son histoire propre. Les démonstrations mathématiques
ont émergé (vraisemblablement) dans la culture ionienne
il y a 26 siècles, mais (selon moi) la probabilité n’émerge
que dans l’Europe moderne du XVIIème siècle. L’apparition
d’un nouveau style est toujours liée à la découverte
d’une capacité cognitive « innée » appartenant
à l’enveloppe génétique humaine, et qui trouve à
un moment donné un milieu social favorable qui lui donne matière
à se nourrir et à se développer. Si l’on pense que
ces différents styles de pensée scientifique sont tous des
manifestations d’un seul régime naturaliste, on en revient au premier
style de pensée scientifique dans la tradition européenne:
on se livre à une spéculation sur les conditions
nécessaires à l’évolution des preuves déductives
et des postulats nécessaires pour leur démonstration. Je
propose ici un enchaînement des conjectures et un modèle du
raisonnement qui dérive notamment du livre de Reviel Netz,
The Shaping of Deduction in Greek Mathematics: A Study in Cognitive
History (1999). Cet ouvrage met l’accent, à juste titre, sur
la déduction et non sur les axiomes, qui focalisent traditionnellement
la réflexion philosophique sur les mathématiques grecques.
Ces recherches contribuent à une anthropologie philosophique,
presque dans le sens d’Emmanuel Kant, parce qu’elles sont situées
à l’intersection de deux domaines, le domaine cognitif (universel)
et le domaine culturel (local).
Sophie HOUDART: Une autre manière
d'être universel: ethnographie d'un laboratoire de
biologie au Japon
Nous sommes au milieu des années
1990 dans un laboratoire de biologie, au Japon. Ce laboratoire,
révèle l’enquête, met notre cosmologie
moderne à rude épreuve – épreuve rendue
d’autant plus saillante que le laboratoire est comparé avec
un autre, français, avec lequel il collabore. Dans l’un comme
dans l’autre groupe, les scientifiques étudient le comportement
sexuel de la drosophile. Chacun de leur côté, ils
travaillent sur des mutations qui montrent un comportement sexuel
modifié. Ils appartiennent à un même champ scientifique
; échangent matériaux, informations, chercheurs
même ; usent globalement des mêmes dispositifs techniques
et publient dans les mêmes revues scientifiques. Selon toute
apparence, les deux laboratoires sont unis par une même épistémologie
et la collaboration qui les rapproche institutionnellement est
fondée. Il y a pourtant matière à discussion:
les méthodes d’observation du comportement, les outils de
mesure, entre autres, les distinguent franchement au point de voir le
même mutant homosexuel dans un laboratoire et asexuel dans l’autre.
L’analyse de la controverse à laquelle donne lieu cette découverte
contrastée montre au final que les protagonistes manient des
anthropologies différentes dont l’univocité de la Raison
scientifique semble bien en peine de rendre compte.
Références Bibliographiques :
S. Houdart, 2000, "Quand des mouches font
la différence – D’un laboratoire (japonais) à
l’autre (français)", Ateliers, 19, p.67-94.
S. Houdart, 2001, "Des mouches et des hommes – dans un laboratoire
japonais de génétique du comportement", Médecine/Sciences,
11, p.1306-14.
S. Houdart, 2002, "On a découvert une mouche homosexuelle
! - La mise en événement d’un objet scientifique",
Terrains, 38, p.97-112.
Claude IMBERT: L'épisode
formaliste, avant et après
Il y eut un formalisme mathématique au début
du XXème siècle, bien circonscrit par le programme
de Hilbert. Il fut de courte durée, et n’a pas survécu
à l’approche syntaxique et métamathématique de
Gödel. Quelques années plus tard, Cavaillès l’a
replacé dans une histoire axiomatique de la mathématique
moderne, il s’y dissout. Il y eut aussi un usage généralisé
du formalisme, dont les motifs sont beaucoup moins clairs: prestige du
formalisme mathématique pas toujours compris, logicisme russellien,
programme analytique repris par le positivisme logique pour une Encyclopédie
de sciences unifiées. Aujourd’hui on voit mieux comment
tous faisaient allégeance à une canonicité du savoir,
suspendue à une logique élémentaire sur laquelle
s’articulait le criticisme. Hilbert s’en était recommandé,
le terme même de logique formelle est dû à
Kant. Une analyse réductionniste et sa promesse d’universalité
apparaissaient seules capables, en dernier ressort, d‘authentifier les
connaissances empiriques. Ces retraites analytiques sur une forme minimale
et ultimement discursive ont tenu lieu d’épistémologie,
comme s’il fallait profiter tacitement de la réalité anthropologique
du langage tout en s’en méfiant. Sans revenir sur ce qui a occulté
la réalité historique de canons logiques discontinus ni
sur les schématismes sous-jacents, c’est bien l’attachement à
une monotonie analytique, le préjugé du simple toujours
réductible au familier, qui a alimenté le formalisme. Aujourd’hui
la question est ailleurs: comment se met en place, sur des symbolismes
ayant leur délinéation propre, une intelligibilité
non nécessairement discursive? Elle n’est jamais entièrement
dissociable de ses supports ni des expériences qu’elle diffuse.
Ici commencerait une enquête anthropologique.
La réalité de la forme est incontestable:
comme analogie, transformation, style, anamorphose, et tout ce
que suggèrent la notion protéiforme de Gestalt
ou les travaux de d’Arcy Thompson. Elle a place dans la chaîne
cognitive. S’y alimente une générativité syntaxique,
une capacité de métamorphose, et des combinaisons contrôlables.
La complexité des savoirs appelle une multiplicité de supports,
offrant une capacité de dépliement sur de nouvelles dimensions.
Repérables dans l’histoire, ils sont particulièrement
visibles dans les programmes informatiques contemporains qui enchaînent
des algorithmes hétérogènes. Une discursivité
canonique n’est jamais initiale. Articulant, comme tout symbolisme partagé,
une communication, une régularité, et une carte de réel,
on y verra plutôt le résultat d’un processus de feed
back, c’est-à-dire la manière dont un savoir détache,
à terme, une partie de lui-même comme sa grammaire économe.
Tout formalisme y est subordonné. Ce pourquoi Merleau-Ponty
et Lévi-Strauss ont donné en temps voulu de très
bons arguments.
Fabian MUNIESA: Le problème
de l'économie
Le pari d’une rencontre féconde entre l’histoire des sciences
et l’anthropologie a fait l’objet de quelques essais prometteurs
dans le domaine de l’économie, mais ces essais ont suscité
parfois de vives critiques. Le propos de cette communication est de réfléchir
sur le cas du « performativity program », un
programme de recherche (formulé par Michel Callon et décliné
par Donald MacKenzie) qui propose de mélanger l’enquête sur
« economics » (la science) et celle sur «
the economy » (son objet) et qui a, de ce fait, suscité
d’importantes disputes dans le champ de l’anthropologie économique
(Daniel Miller) et, simultanément, dans celui de l’histoire
des sciences économiques (Philip Mirowski). Un intérêt
de cette dispute est celui de fournir un matériau intéressant
pour comprendre le statut de l’économie dans le raisonnement
critique moderne. Au centre de ces disputes, se trouve en effet la question
centrale de la « critique de l’économie » (et, partant,
de la vérité du raisonnement économique). Cette discussion
fournit donc une occasion intéressante pour réexaminer
le « problème de l’économie » (au sens où
les catégories économiques émergent en tant qu’objets,
tous confondus, de science, de pratique et de critique).
Hans-Jörg RHEINBERGER: Historiciser
l'épistémologie
Si le 19ème siècle assista à l’ascension du
positivisme dans la philosophie de la science, le début du 20ème
siècle connut une crise de la pensée positiviste sans
pour autant trouver une solution immédiate, ni même une
alternative à cet héritage. Lentement, tout au long du
siècle, les philosophes des sciences entreprirent d’historiciser
l’épistémologie et de reconnecter les contextes de justification
et de découverte, auparavant séparés. Ce mouvement
ne peut être compris au sein des limites étroites de l’histoire
de la philosophie: il doit être situé dans le contexte plus
large des dynamiques propres aux sciences du 20ème siècle.
L’histoire récente des sciences de la vie constituera la toile
de fond de mes considérations.
Hans-Jörg RHEINBERGER:
Historicizing Epistemology
If the nineteenth century witnessed
the rise of positivism in philosophy of science, the early
twentieth century went through a crisis of positivistic
thinking without an immediate solution or even alternative to
the heritage of the century before. Only slowly, in the course
of the twentieth century, thinkers of science began to historicize
epistemology and to re-connect the once separated contexts
of justification and of discovery. This movement cannot be understood
within the narrow confines of a history of philosophy ; it has
to be placed in the broader context of the dynamics of the twentieth
century sciences. The recent history of the life sciences will serve
as a foil to my considerations.
Claude ROSENTAL: La raison
scientifique au prisme de l'anthropologie historique de
la démonstration
Les résultats récents
des recherches menées en anthropologie historique
de la démonstration conduisent à réinterroger
les représentations les plus sédimentées
de la raison scientifique. Elles incitent par exemple à
appréhender le travail démonstratif autrement
que dans les termes limités d'une opposition canonique
entre preuve (apodeixis) et persuasion (epideixis).
Le conférencier s'attachera à dresser un bilan
de ces recherches et à en dégager les perspectives
pour la saisie de cette activité singulière que
l'on nomme raison.
Références Bibliographiques :
Rosental, C. , De la démo-cratie
en Amérique, à paraître.
Rosental, C. , "Making Science and Technology Results Public:
A Sociology of Demos", in B. Latour & P. Weibel (ed.),
Making Things Public, Cambridge (MA), MIT Press,
2005, pp. 346-349.
Rosental, C. , "Fuzzyfying the World: Social Practices of
Showing the Properties of Fuzzy Logic", in M. N. Wise (ed.),
Growing Explanations: Historical Perspectives on Recent
Science, Durham, Duke University Press, 2004, pp. 279-319.
Rosental, C. , "Richesse et ivresse de la démonstration.
Les textes scientifiques en logique", dans J. M. Berthelot
(sous la dir. de), Figures du texte scientifique,
Paris, Presses Universitaires de France, 2003, pp. 275-297.
Rosental, C. , "Certifying Knowledge: The Sociology of
a Logical Theorem in Artificial Intelligence", in American
Sociological Review, vol. 68, August 2003, pp. 623-644.
Rosental, C. , La trame de l’évidence. Sociologie
de la démonstration en logique, Paris, Presses
Universitaires de France, 2003.
Rosental, C. , "Quelle logique pour quelle rationalité?
Représentations et usages de la logique en sciences
sociales", in Enquête, vol. 2, 2002, pp. 69-92.
Rosental, C. , "De la démo-cratie en Amérique.
Formes actuelles de la démonstration en intelligence
artificielle", Actes de la recherche en sciences sociales,
141-142, mars 2002, pp. 110-120.
Isabelle STENGERS: La raison
scientifique et le problème de la bêtise
Gilles Deleuze a écrit que si
l'erreur, au 17ème siècle, et l'illusion,
au 18ème siècle, sont les problèmes autour
desquels s'organise l'image de la pensée, c'est la bêtise
qui, avec Nietzsche et Flaubert, devient le problème
à la fin du 19ème siècle (et au 20ème?).
Dans les trois cas, la question n'est pas le peuple (ignorant), mais
la pensée elle-même, sa vulnérabilité
propre. On tentera de prolonger cette idée en la liant à
la question de la «raison scientifique », en ce que
cette question implique une identité de « la science
» peu séparable de la professionnalisation des sciences.
On envisagera plus particulièrement le lien entre l'énoncé
« cela doit pouvoir s'expliquer par... » et la référence
à la « nature ».
BIBLIOGRAPHIE :
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Rabinow, Paul, Essays on the Anthropology of Reason,
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Travel and Science: Itineraries of Precision from the
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Bourguet, Christian Licoppe and Otto Sibum, Harwood Academic
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Serres, Michel, ed., Eléments d'histoire des sciences,
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Stengers, Isabelle, L'invention des sciences modernes,
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Strathern, Marylin, Property, Substance and Effect:
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Athlone Press, 1999.
Traweek, Sharon, Beam Times and Life Times, the World
of High Energy Physicists, Cambridge Mass, Harvard University
Press, 1988.
Witkowski, Nicolas, ed., Dictionnaire culturel des sciences,
Paris, Editions du Regard, 2003.
Avec le soutien du CNRS, de la Fondation Giannino
Bassetti, de la Fondation Hugot,
de l'Institut CDC et de CDC Entreprises