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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2013 : un des colloques







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APPRIVOISER L'ARGENT AUJOURD'HUI ?

DU LUNDI 7 OCTOBRE (19 H) AU LUNDI 14 OCTOBRE (18 H) 2013

DIRECTION : Jean-Baptiste de FOUCAULD

ARGUMENT :

La dérégulation des activités financières qui a abouti en 2008 à la crise des "subprimes", suivie de celle des dettes souveraines, et qui a entraîné ralentissement économique et hausse du chômage, a donné à la question toujours centrale de la place de l’argent dans la société une actualité plus brûlante que jamais. La nécessité d’"apprivoiser l’argent" semble faire l’objet d’un certain consensus. Mais comment faire?

L’argent est un "phénomène social total" d’une grande complexité qui met en jeu de multiples dimensions. L’argent, "bon serviteur, mais mauvais maître", selon un vieux dicton plein de sagesse, peut mobiliser les sciences sociales, la philosophie politique, les religions, les pratiques alternatives, les tentatives en cours de régulation, de réglementation et de surveillance, pour aider la société à trouver un rapport plus sain, plus sobre, plus juste et autrement créatif avec l’argent.

Afin de contribuer à rebâtir des équilibres plus satisfaisants entre la société et l’argent, ce colloque s’efforcera de faire le point des recherches et innovations actuelles dans une optique pluridisciplinaire afin d’ouvrir un large débat entre les acteurs concernés. Après avoir examiné les diverses interprétations de la crise, il s’efforcera de mesurer les obstacles qui rendent difficile une riposte efficace, les contrepoids sur lesquels il est possible de s’appuyer, afin de mettre en scène diverses pistes de solution.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 7 octobre
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mardi 8 octobre
Matin:
Ouverture
Bernard ROY: Pourquoi un colloque "Apprivoiser l'argent aujourd'hui"?
Jean-Baptiste de FOUCAULD: L’argent, bon serviteur, mais mauvais maître

Interpréter la crise financière
Denise FLOUZAT-OSMONT d'AMILLY: Six ans après. Des interrogations sur le déclenchement de la crise et sa généralisation (conférence en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de Caen)

Après-midi:
Michel CAMDESSUS: De la crise aux solutions. Premières pistes: faut-il et peut-on réformer le système monétaire international?
Charles-Henri FILIPPI: De l’auto-conditionnement à l’autorégulation: comment les choses se sont-elles passées? Facteurs idéologiques et sociologiques

Soirée:
Paul H. DEMBINSKI: Deux utopies à l'épreuve des faits, 1989 et 2007 (marxisme et finance)


Mercredi 9 octobre
Interpréter la crise financière (suite)
Matin:
Anton BRENDER: Pouvait-on faire autrement? La crise a-t-elle été bien gérée?
Jean-Pierre DUPUY: Le désir d’argent et la crise

Après-midi:
Mathilde DUPRÉ: Les ONG contre les paradis fiscaux
Daniel LEBÈGUE: L’éthique de la vie publique est-elle minée par l’argent?

Soirée:
Gaël GIRAUD: Apprivoiser l’argent par la fiscalité, le cas des entreprises


Jeudi 10 octobre
Obstacles à l'apprivoisement, contrepoids possibles
Matin:
Philippe WAHL: La responsabilité systémique des banques
Bruno GIZARD: Quels principes déontologiques pour les banquiers?
Pierre de LAUZUN: Quelle organisation pour les banques et les marchés?

Après-midi:
Séance à l'Abbaye de Hambye
La Manche face à la crise financière, table ronde introduite par Jean-François LE GRAND [Président du Conseil général de la Manche]
Etude de cas: le risque de maltraitance des personnes âgées par l'argent, par Agnès JUGÉ [CLIC de Mortain] et Hélène MARAIS [Hôpital de Mortain],
avec la participation de Philippe BAS [Sénateur, Vice-président du Conseil général de la Manche]
Visite de l'Abbaye par Bernard BECK

Soirée:
Bernard PERRET: Les nouvelles voies de la démarchandisation. Envisager un découplage du développement social et de l'accroissement des échanges monétaires


Vendredi 11 octobre
Obstacles à l'apprivoisement, contrepoids possibles (suite)
Matin:
Patrick VIVERET: L'argent dans le statut des croyances
André ORLÉAN: Sur le pouvoir de l'argent et son autonomie

Après-midi:
François de WITT: Portée et limite de la philanthropie
Jean-Louis BANCEL: Des biens de main morte aux biens communs ou l’économie sociale et solidaire et l’argent

Soirée:
Les religions et les spiritualités face à l’argent
Table ronde interreligieuse, à partir d'un texte de Sylvie Taussig (L’argent entre substance et fonction), avec Philippe GAUDIN, Philippe HUMEAU et François RACHLINE


Samedi 12 octobre
Les grands enjeux
Matin:
Christian STOFFAES: La responsabilité des économistes
Bernard LIETAER: Pour un écosystème monétaire

Après-midi:
Alain CAILLÉ: L’argent peut-il être convivial?

Les pauvres et l’argent (comment apprivoiser l’argent quand on n'en a pas?), table ronde animée par Sylvain ALLEMAND, avec Catherine BARBAROUX [Adie], Elisabeth SABBAH [La Banque Postale] et Bruno TARDIEU [ATD Quart Monde] (La contribution des familles les plus démunies pour repenser l'économie)

Soirée:
Charles MÉRIGOT: L’expérience du manque d’argent
Témoignage de Jean CHAUSSE


Dimanche 13 octobre
Apprivoiser l'argent, comment?
Matin:
Maria NOWAK: Les débats autour de différentes formes de microcrédit
Armand HATCHUEL: L’argent et les valeurs, une approche par la construction des savoirs

Après-midi:
Jean-Pierre LANDAU: Stabilité et efficacité des systèmes financiers: complémentarité et contradiction
Marie-Laure PAYEN: Les conditions d'un emploi éthique de l'épargne
Thierry WALRAFEN: À partir d'un regard allemand, recherche sur une morale boursière


Lundi 14 octobre
Apprivoiser l'argent, comment? (suite)
Matin:
Laurence SCIALOM: Les nouvelles régulations et architectures bancaires et financières européennes ont-elles tiré les leçons de la crise?
Jézabel COUPPEY-SOUBEYRAN: Le citoyen, l'expert et le lobbyiste face aux réformes

Après-midi:
Eléments de synthèse par de jeunes chercheurs (Mattias MANO, Gautier MARIAGE, Olympe TARTERET)
Table ronde finale et conclusions, avec Jean-Baptiste de FOUCAULD et Bernard ROY

DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Jean-Louis BANCEL: Des biens de main morte aux biens communs ou l’économie sociale et solidaire et l’argent
Un des éléments caractéristiques des structures de l’économie sociale est la non-appropriation individuelle des résultats et leur accumulation dans des réserves impartageables mises au service du projet. Ce faisant, les structures de l’économie sociale pourraient être qualifiées de dépositaires de biens de main morte, ce qui pourrait justifier le régime fiscal de non lucrativité dont nombre d’entre elles bénéficient. Avec la remise en cause croissante de la non lucrativité et l’apparition du concept de l’entreprise sociale, certains craignent la banalisation de l’économie sociale et solidaire. Nous verrons comment une analyse sur la contribution des structures de ce secteur au développement de "biens communs" est susceptible de leur donner un nouvel horizon et une nouvelle vigueur.

Michel CAMDESSUS: De la crise aux solutions. Premières pistes: faut-il et peut-on réformer le système monétaire international?
Penser l'après-crise en termes constructifs, c'est se poser la question de la reconstruction d'un véritable ordre monétaire international. De nombreuses analyses et propositions ont été faites, de divers côtés, parfois très innovantes. Certaines ont été présentées au G20, mais leur examen à été reporté, la crise des dettes souveraines en Europe accaparant l'attention. Comment apprécier ces propositions, souvent mal connues, et leur efficacité potentielle? Comment, éventuellement, les améliorer? Quelles chances ont-elles d'être réellement appliquées? Et dans le doute, l'Union européenne pourrait-elle prendre une initiative volontariste alternative débloquant la situation et ouvrant la voie à un progrès général?

Denise FLOUZAT-OSMONT d'AMILLY: Six ans après. Des interrogations sur le déclenchement de la crise et sa généralisation
Six ans après le début de la crise, sommes-nous encore, fin 2013, dans la zone dangereuse ? Pour répondre à cette question, on s’est interrogé sur les causes profondes de la crise et ses mécanismes ainsi que sur le comportement des différents acteurs. Ont été rappelés les trois grands leviers utilisés pour la combattre : régulation et supervision financière, politique monétaire, politique budgétaire. Il apparait maintenant que les efforts des banques centrales, inimaginables jusque-là, doivent être relayés par les autorités publiques et par les responsables privés afin de rétablir les équilibres nécessaires à la sortie de la crise.

Pierre de LAUZUN
Pierre de LAUZUN est Directeur Général délégué de la Fédération Bancaire Française (FBF) depuis 2001, et Délégué général de l’Association Française des Marchés Financiers (AMAFI) depuis 2002. Dans le secteur bancaire depuis 1987, il a été auparavant à la direction du Trésor. Essayiste, il cherche à explorer, dans la réflexion comme dans l’action, la place du chrétien dans la société d’aujourd’hui.

Charles MÉRIGOT: L’expérience du manque d’argent
Charles Mérigot a connu des années difficiles qui l'ont mené à perdre son emploi, son logement et ses liens. Il en a tiré un livre, Le dit de la cymbalaire, qui relate les événements, les sentiments, les expériences vécues à cette époque. Puis il a créé une maison d'édition à partir de ce livre: les éditions de la ramonda. Que se passe-t-il aujourd'hui quand on ne dispose plus d'un minimum d'argent? L'argent est-il une unité de mesure? (il y a-t-il un degré "zéro" d'argent?) Quels liens entre l'argent et les relations sociales, l'argent et le temps... Charles Mérigot part de son vécu et l'illustre d'exemples concrets, soit de cette période (selon la place que l'on occupe dans la société et selon les moyens dont on dispose le même trajet en métro coûtera plus ou moins cher), soit de la période suivante qu'il vit en tant que responsable d'une micro-entreprise, soit d'autres épisodes vécus depuis l'enfance face à des situations extrêmes (En Afrique, Espagne, ...).

Charles Mérigot, né en 1950, est éditeur.

Maria NOWAK: Les débats autour de différentes formes de microcrédit
Si l'argent-maître entraîne des conséquences désastreuses sur l'économie, le microcrédit vise à servir les exclus de la finance, qui souffrent de ne pas avoir accès au crédit. Cette contribution passera en revue les différentes formes de microfinance et décrira l'impact qu'elle peut avoir sur la croissance et sur l'emploi, ainsi que les dérives possibles.

Maria Nowak est diplômée de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris et de la London School of Economics. Elle a travaillé dans le domaine du développement à l'Agence Française du Développement. En tant que Directeur des Politiques et des Recherches, elle a transféré dans les années 1980, l'expérience de la Grameen Bank en Afrique de l'Ouest. Détachée à la Banque Mondiale en 1991, elle a lancé les premiers programmes de microcrédit en Europe de l'Est. Parallèlement, elle a créé en France en 1989, l'Association pour le Droit à l'Initiative Economique, dont elle a été présidente bénévole, jusqu'en 2011. Elle a fondé et présidé deux réseaux de microfinance: le Centre de la Microfinance (1996) qui couvre l'Europe et l'Asie Centrale et le Réseau de la Microfinance (2003) qui couvre les pays de l'Union Européenne. Entre 2001 et 2003, elle a été Conseiller Spécial au Cabinet du Ministre de l'Economie des Finances et de l'Industrie. Elle est actuellement présidente de l'Adie International et, à ce titre, présidente de microStart, société coopérative de microcrédit, créée en Belgique, avec BNP Paribas, Fortis et le FEI. Elle prépare, en même temps la création d'une société de microfinance en Tunisie et l'introduction de la microfinance en Grèce. Elle a reçu de nombreux prix et elle est Docteur honoris causa de l'Université de Louvain. Elle est aussi Officier de la Légion d'honneur et Commandeur de l'Ordre du Merite.
Publications
Banquière de l'Espoir (Albin Michel, 1994).
On ne prête (pas) qu'aux riches (JC Lattès, 2005).
Espoir Economique (JC Lattès, 2010).

André ORLÉAN: Sur le pouvoir de l'argent et son autonomie
L’aptitude à contrôler la monnaie est une question qui obsède les sociétés capitalistes. L’exemple de l’hyperinflation allemande de 1923 en illustre avec force les enjeux considérables. Aujourd’hui encore, nombreux sont ceux qui mettent en garde contre un laxisme monétaire excessif aux conséquences potentiellement désastreuses. L’approche théorique que je défends jette sur cette question cruciale une lumière originale en ce qu’elle conçoit la monnaie comme une puissance autonome, sui generis, s’imposant aux acteurs plus que leur étant soumise. Cette conception "anthropologique" qui pense la monnaie comme l’institution au fondement de la valeur économique s’oppose à la conception qui domine la pensée économique, conception dite "instrumentale" parce qu’elle pense la monnaie comme un instrument facilitant les échanges. Durant cette conférence, je m’efforcerai de présenter cette analyse originale du fait monétaire en montrant qu’elle conduit à une approche renouvelée de la question du contrôle monétaire: alors qu’en général, les dérives monétaires sont analysées comme ayant pour origine des décisions publiques erronées, je montrerai qu’elles sont le résultat inintentionnel de la dynamique sociale et de ses conflits. Dans la monnaie, c’est le corps économique pris comme totalité qui se donne à voir.

André Orléan est un économiste, spécialiste des questions monétaire et financière. Il est actuellement Directeur de recherches au CNRS et Directeur d’Études de l’EHESS. Il a pour laboratoire de rattachement, l’Unité Mixte de Recherche "Paris Jourdan Sciences Économiques" (CNRS, EHESS, ENS, ENPC). Il est également Président de l’Association Française d’Économie Politique (AFEP), qui milite pour le pluralisme des approches en économie.
Publications
L’empire de la valeur. Refonder l’économie, Éditions du Seuil, 2011 (Prix Paul Ricœur, prix de l’AFSE.
Le pouvoir de la finance
, éditions Odile Jacob, 1999.
(avec Michel Aglietta) La monnaie souveraine (Odile Jacob, 1998), résultat d’un travail collectif pluridisciplinaire réunissant anthropologues, économistes et historiens.

Marie-Laure PAYEN: Les conditions d'un emploi éthique de l'épargne
Depuis 30 ans l’association "Ethique et Investissement" milite pour que les investisseurs (que sont les épargnants) soient attentifs à la cohérence entre leurs placements financiers et leurs convictions et qu’ils contribuent par leur questionnement à améliorer le comportement éthique des entreprises. Investir éthique, c’est "Investir pour un monde plus humain", et veiller à ce que la priorité soit donnée à l’homme dans l’entreprise et plus généralement dans l’économie.
Aujourd’hui l’investissement éthique est englobé dans ce qu’on appelle l’Investissement Socialement Responsable. Quand est né ce concept? Comment est-il pris en compte aujourd’hui dans la gestion d’actifs? A quelles conditions un tel investissement peut-il contribuer à rendre le monde plus humain?

Marie-Laure Payen a travaillé dans le monde industriel, exerçant différents postes dans les domaines des études économiques et financières, du contrôle de gestion et de l’audit. Elle a adhéré à l’association "Ethique et Investissement" en 2003 et a commencé par travailler aux cotés de la présidente de l’époque Sœur Michelle Barrot. Elle est présidente de l’association depuis 2007.

Bernard PERRET: Les nouvelles voies de la démarchandisation. Envisager un découplage du développement social et de l'accroissement des échanges monétaires
Le processus séculaire de monétarisation de l’échange social fait de longue date l’objet de critiques d’ordre éthique, anthropologique ou politique. Depuis deux décennies, il se heurte en outre à des limites intrinsèques, liées notamment à la tertiarisation de l’économie, au développement de l’immatériel et à l’évolution des besoins sociaux. L’épuisement de la dynamique de croissance dans les pays riches rend ces limites sans cesse plus visibles. Enfin, de manière encore plus radicale, la prise de conscience de notre dépendance vitale vis-à-vis de ressources naturelles finies, non renouvelables et non substituables, devrait logiquement conduire à un réencastrement de l’économie monétaire dans d’autres logiques d’échange et de partage social.

Né en 1951, Bernard Perret, ungénieur et socio-économiste, est ancien élève de l'École Polytechnique et de l'ENSAE, membre permanent du Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD) au ministère du développement durable (Paris). Il est aussi membre du comité de rédaction des revues Esprit et Evaluation (Londres).
Publications
Le capitalisme est-il durable? (Carnets nord, octobre 2008).
L'évaluation des politiques publiques (La Découverte 2001, réédité en 2008).
Pour une raison écologique (mars 2011).

François RACHLINE
François Rachline, né en 1948, docteur d’Etat ès sciences économiques, diplômé de Sciences Po et du British Institue (Cambridge U), est .écrivain, universitaire (professeur d’économie à Sciences Po - Paris), et conseiller spécial du Président du Conseil économique, social et environnemental (Jean-Paul Delevoye).
Publications
Que l’argent soit ! (Calmann-Lévy, 1993 et Hachette Pluriel, 1995).
D’où vient l’argent ? (Panama 2006).
Pour une banque centrale mondiale
(Hermann, 2010).

Bruno TARDIEU (ATD Quart Monde): La contribution des familles les plus démunies pour repenser l'économie
Les familles les plus démunies inventent au jour le jour des manières de vivre, des stratégies qui sont souvent mal comprises et critiquées. Si elles étaient soutenues, cela pourrait leur permettre de sortir de la précarité et inspirer les autres citoyens à vivre le développement durable au quotidien, c'est-à-dire à ne pas gâcher les ressources et les personnes.

Sylvie TAUSSIG: L’argent entre substance et fonction
L’argent semble s’opposer radicalement à la religion et à la spiritualité, en tant qu’il est le souci du lendemain, contre une morale d’un dénuement et de l’imprévoyance, ou bien l’obsession de l’ici contre la préoccupation de l’au-delà, voire le matériel contre le spirituel. Mais n’est-il pas aussi une pure abstraction, étant l’indéterminé par excellence, une pure fonction sans substance, avant de s’incarner dans un litre de lait, une maison, une place de théâtre? De plus, l’évangile, dans la parabole des talents, condamne l’avare qui thésaurise et ne produit pas de talent, comme si l’argent au contraire, qui peut faire des petits, était appelé comme les hommes à croître et à se multiplier. L’avarice d’Harpagon a une dimension blasphématoire. L’argent n’est-il pas, dans son abstraction, l’image même de la puissance, une puissance possiblement diabolique, qui peut se retourner contre celui qui, enivré, oublie de convertir ce traducteur universel, réponse humaine à la malédiction de Babel, en biens matériels concrets, déterminés. Les religions et spiritualités, qui demandent sans cesse la traduction de l’argent en aumônes, en lieux de culte, en dépenses somptuaires pour les fêtes, en dons divers et variés, pour éviter qu’il ne produise des "bulles", n’indiquent-elles pas par là une autre manière de lier les hommes et la nécessité de donner une présence à l’argent, tels l’eau et le vin de l’eucharistie, Dieu incarné?

Sylvie Taussig, écrivain et chercheuse au CNRS où, à partir du XVIIe siècle et de Pierre Gassendi, elle travaille sur l'histoire des idées, l'histoire des sciences et l'histoire de l'épicurisme. Elle a fondé et anime Irène (Identités et religions: études des nouveaux enjeux) dont le propos est de réfléchir sur les mutations du fait religieux.

François de WITT: Portée et limite de la philanthropie
La France est parmi les grands pays développés celui dont l'Etat offre le meilleur dispositif de soutien fiscal à la philanthropie. Et pourtant, rapportés à la richesse nationale, les dons des Français nous situent en très mauvaise position, loin derrière un pays à forte fiscalité comme la Suède. Le nombre de nos fondations est quant à lui dérisoire et elles sont pauvrement dotées comparativement à celles de nombre de nos voisins (la Belgique ou la Suisse, par exemple). La pression fiscale, l'omniprésence des structures publiques, la culture catholique (le bien ne fait pas de bruit, l'argent ne fait pas le bonheur...) ne suffisent pas expliquer pourquoi nos élites préfèrent thésauriser (ou émigrer) plutôt que se déposséder volontairement. Comment provoquer un "déclic philanthropique" au moment même où la pression fiscale augmente?

Avec le soutien de la Banque Postale

La Banque Postale