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" Page mise à jour le 22 juin 2009 "


DU LUNDI 30 JUIN (19 H) AU JEUDI 10 JUILLET (14 H) 2003



ANTONIN ARTAUD. QUESTIONS OUVERTES


DIRECTION : Olivier PENOT-LACASSAGNE

ARGUMENT :

L'œuvre d'Artaud est une œuvre engagée dans le procès de la "modernité européenne". Ce colloque sera l'occasion d'en repérer les trajets discursifs, poétiques et politiques, d'en répertorier les points de fixation, de rupture ou d'éclatement, d'analyser l'évolution complexe de la pensée d'Artaud sans en interrompre arbitrairement le mouvement.

Le geste critique que cela suppose n'est pas indifférent, toujours menacé de replis frileux ou partisans. Non seulement il exige de lire tout Artaud, récusant de la sorte les découpages abusifs et le morcellement de ses écrits, mais il demande également la suspension des a priori critiques et cliniques. Nous n'écarterons donc aucune des postures, aucun des parcours qui traversent cette œuvre.

Quelques-uns, largement débattus (le théâtral, le religieux, le mythique, les pratiques d'écriture, l'imagination spéculative), seront l'occasion d'analyses nouvelles ; d'autres, encore peu étudiés, seront interrogés (nom propre et signature ; communauté et secret ; détermination chrétienne de la chair et déconstruction du christianisme ; souffrance et rémunération ; tentation de savoir et reniement ; abjection et fécalité ; métaphysique, pataphysique et athéisme ; écriture et dessin...).

CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 30 juin
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mardi 1er juillet
Matin:
Henri BÉHAR: Le rire d'Artaud
Isabelle KRZYWKOWSKI: Artaud et Gertrude Stein: vers un renouvellement de l'écriture théâtrale

Après-midi:
Guy DUREAU: De l'obsession mythographique: invention et réinvention de la fable chez Antonin Artaud
Bernard BAILLAUD: Artaud/Paulhan/Thévenin

Soirée:
Artaud/Rimbur de Jean-Pierre VERHEGGEN par le Théâtre-Poème (Monique Dorsel, Fabienne Crommelynck, Franck Dacquin)


Mercredi 2 juillet
Matin:
Anne TOMICHE: (Anti)lyrisme d'Artaud?
Myriam BOUCHARENC: Artaud et Van Gogh: variations sur l'entre-deux-morts

Après-midi:
Ludovic CORTADE: Artaud et le mysticisme chrétien
Olivier PENOT-LACASSAGNE: L'invention de soi

Soirée:
Projection des films de Raymonde Carasco: La Danse du Peyolt et Tutuguri


Jeudi 3 juillet
Matin:
Giorgia BONGIORNO: L'évidant: écriture et dessin chez Antonin Artaud
Emmanuel RUBIO: Artaud/Breton: androgynie et amour fou

Après-midi:
Monique BORIE: Artaud et le modèle oriental
Marcello GALLUCCI: Artaud et le mythe de l'Atlantide

Soirée:
Lecture théâtrale: A la dérive d'artaud, par Georges BAAL et Gérard NAURET


Vendredi 4 juillet
Matin:
Itzhak GOLDBERG: Le visage chez Artaud
Laurent DANCHIN: Dubuffet à Rodez: Artaud ou l'art brut?

Après-midi:
Atelier : L'édition des Œuvres complètes par Paule Thévenin (Olivier PENOT-LACASSAGNE, Laurent DUBREUIL, Delphine LELIÈVRE)

Samedi 5 juillet
REPOS


Dimanche 6 juillet
Matin:
Stamos METZIDAKIS: Du Dé d'Artaud: Ceci n'est pas la pensée d'Artaud
Céline SZYMKOWIAK: La méthode du corpus dans l'étude des glossolalies d'Artaud

Après-midi:
Jean-Luc STEINMETZ: La poésie vraie d'Artaud
Marie-Christine LALA: Artaud-Bataille, aujourd'hui

Soirée:
Projection du film: La passion de Jeanne D'Arc (Dreyer, 1926)


Lundi 7 juillet
Matin:
Guillaume BRIDET: Artaud et le ressourcement mythique des années 1930
Jacob ROGOZINSKI: La décision du vide (sur Les Nouvelles Révélations de l'Etre)

Après-midi:
Projection du film de Raymonde Carasco: Artaud et les Tarahumaras

Soirée:
Projection du film: Que Viva Mexico! (Eisenstein)


Mardi 8 juillet
Matin:
Béatrice BONHOMME: Antonin Artaud: le corps dans tous ses états
Guilhem FABRE: Pour en finir avec le jugement de Dieu: un théâtre de la voix

Après-midi:
Diogo SARDINHA: Artaud lu par Foucault et Deleuze
Laurent DUBREUIL: Les impossibilités de la lecture

Soirée:
Projection du film de Raymonde Carasco: Ciguri 99: le dernier chaman


Mercredi 9 juillet
Matin:
Georges BAAL: Quand le souffle d'Artaud passe par la bouche de l'acteur
Pierre-Antoine VILLEMAINE: Le vertige de l'auteur

Après-midi:
Martine ANTLE: Artaud théâtralisé
Kuniichi UNO: La pantoufle d'Artaud — Artaud et Hijikata
Mari SAKAHARA: Comment Artaud a-t-il été reçu au Japon?


Jeudi 10 juillet
Matin:
Table Ronde : Actualité d'Antonin Artaud?, avec Georges BAAL, Béatrice BONHOMME, Raymonde CARASCO et Marie-Christine LALA
Lecture: Aliénier l'acteur, par Pierre-Antoine VILLEMAINE

Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS

RÉSUMÉS :

Martine ANTLE: Artaud théâtralisé
Je propose de mettre en lumière les discours sur les portraits d'Artaud, tout autant que les portraits eux-mêmes, et de poser la question suivante: dans quelle mesure et comment ces discours et ces représentations visuelles "théâtralisent" Artaud et orientent son œuvre?

Georges BAAL: Quand le souffle d'Artaud passe par la bouche de l'acteur
Antonin Artaud c'est aussi des textes, des poèmes, des cris jetés sur papier que l'acteur dit, joue, vie sur scène. Avant de frapper le spectateur, ces mots, ces phrases, frappent de plein fouet celui qui fait passeur: l'acteur. En quoi dire qu'Antonin Artaud change, plus que d'autres, la vie de l'acteur? Apprentissage de la souffrance par le don de son corps, de sa voix, de ses yeux, de son souffle vital — le metier d'acteur devient l'aire vitale de l'existence humaine. Si l'univers est une tragédie, l'acteur est, au centre, éruption où se forge l'objet en sujet.
Pour le psychanalyste, on touche au noyau inanalysable.
Pour l'acteur, le travail de la maladie, de l'âge, de la mort, se fait, phrase par phrase, en lui-même. C'est ce que l'homme-acteur donnera à l'homme-spectateur pour l'accompagner dans ce voyage organisé dans la folie.

Giorgia BONGIORNO: L'évidant: écriture et dessin chez Antonin Artaud
L'œuvre d'Antonin Artaud nous interpelle en ce qu'elle pose dans son propre mouvement la question de l'œuvre. Son interrogation de l'impossible création en reprend radicalement l'acte même à travers une manipulation du temps qui fonctionne comme une "protestation perpétuelle contre la loi de l'objet créé" (1947). Le concours de l'écrit et du dessin dans cette emprise, qui avait déjà été celle théâtrale, est à lire comme une relation nécessaire. Il ne s'agit pas seulement d'accentuer par le dessin celle qui est nommée la "motilité" de l'écriture, mais de constituer dans leur croisement une venue poétique jamais vue, "infigurable" dit encore Artaud, toujours sur le point de naître et à jamais ratée. Par le dessin, Artaud touche l'énigme de sa poésie, une certaine proximité entre évidence et vide, entre monstration et maladresse.

Béatrice BONHOMME: Artaud: le corps dans tous ses états
"Artaud est le seul à avoir été profondeur absolue dans la littérature, et découvert un corps vital et le langage prodigieux de ce corps, à force de souffrance (...). Le langage d’Artaud est taillé dans la profondeur des corps", écrit Gilles Deleuze dans Logique du sens.Cette communication proposera, donc, en s’appuyant sur les analyses de Deleuze, de dresser une sorte de topographie des différents états du corps dans l’œuvre d’Antonin Artaud. Puis, dans un perpétuel aller-retour des mots au corps, des corps aux mots, elle tentera de mettre en exergue l’écriture comme acte infini de guerre et les mots en éclats comme écriture performative.

Myriam BOUCHARENC: Artaud et Van Gogh: variations sur l'entre-deux-morts
"Mort empiétant sur le domaine de la vie, vie empiétant sur la mort" (L’Ethique de la psychanalyse): ainsi Lacan ébauche-t-il, à propos d’Antigone, le concept d’"entre-deux-morts", en corrélation avec celui de "seconde mort", qu’il emprunte à Sade. De cette notion, on trouve trace aussi bien dans les rites de doubles funérailles que dans la Bible ou chez les philosophes (Heidegger, Jankélévitch) et, plus récemment, sous la plume de Daniel Sibony. Qu’elle soit perçue comme une réactualisation de l’origine ou une mort vécue par anticipation, l’entre-deux-morts est une figure majeure du passage, de l’intrication (ou de la désintrication), de la réversibilité. On cherchera à dégager quelques-unes des incidences de ce concept, suggestif dans sa variabilité même, avec Van Gogh le suicidé de la société, texte littéralement écrit entre deux morts, et qui regarde de — et depuis — "l’autre côté de la tombe".

Guillaume BRIDET: Artaud et le ressourcement mythique des années 1930
L'intérêt d'Artaud pour la culture mexicaine, qui culmine dans son voyage de 1936, s'inscrit dans le cadre plus vaste d'un renouveau mythique qui, dans les années 1930, touche, non seulement l'avant-garde littéraire française, mais encore certaines dramaturges (Cocteau, Giraudoux) ou certains écrivains proches du fascisme (Drieu, Brasillach). Un point commun rassemble tous ces écrivains: la certitude d'une insuffisance à la fois essentielle et conjoncturelle de la civilisation et de la littérature occidentales, insuffisance à laquelle le recours au mythe pourrait permettre de mettre un terme. On s'efforcera de situer les enjeux à la fois moraux, politiques, spirituels et littéraires de la démarche d'Artaud en le comparant avec celles qu'entreprirent dans les mêmes années d'autres écrivains, principalement les membres du Collège de sociologie (Roger Caillois, Michel Leiris, Georges Bataille) et les membres du groupe surréaliste (André Breton).

Raymonde CARASCO: Antonin Artaud et les Tarahumaras
Antonin Artaud n'a cessé d'écrire et de ré-écrire sur les Tarahumaras: outre les articles écrits à vif, au Mexique, juste après son Voyage au Pays des Tarahumaras, en septembre-octobre 1936, tels "La montagne des Signes", "Le pays des Rois Mages", "Une Race-Principe", on connaît les deux poèmes "Tutuguri", écrits l'un en octobre 1947, l'autre le 16 février 1948, quelques jours avant sa mort, ainsi que les textes consacrés aux rites du Ciguri, tels "La danse du Peyotl" réécrit en 1937, ou "Le Rite du Peyotl chez les Tarahumaras", écrit à Rodez en 1943, puis remanié en 1947 lors du Retour à Paris. A partir de la projection d'extraits de son film Artaud et les Tarahumaras, Raymonde Carasco analysera en quoi ces textes sont une sorte de catalyseur du montage des images, des sons et des voix, le fil directeur de la dizaine de films qu'elle a réalisés depuis 1978 au "pays des tarahumaras".

Ludovic CORTADE: Artaud et le mysticisme chrétien
Artaud fut-il mystique? Au-delà de la dimension mythique suscitée par l’œuvre et la vie d’Antonin Artaud, le rapport que ce dernier entretint au mysticisme chrétien demande à être réévalué à la lumière d’une analyse rigoureuse des textes. Le propos sera centré sur le statut et la légitimité des médiations sensibles chez Artaud à l’aune des écrits du Pseudo-Denys, de Maître Eckhart et de Jean de la Croix.

Laurent DUBREUIL: Les impossibilités de la lecture
Au moins pour le dernier Artaud, la lecture se voudrait intenable. L'œuvre voudrait juste être attestée, mais surtout pas interprétée, ni lue. Même les "lecteurs vérifiés" peuvent faillir, et trahir. C'est le cas de Jacques Prevel, impossible disciple. Et Paule Thévenin, dans son édition du texte, se met elle aussi à lire plus qu'Artaud ne commandait — au nom pourtant d'une (illusoire) fidélité aux manuscrits.

Guy DUREAU: De l'obsession mythographique: invention et réinvention de la fable chez Antonin Artaud
En considérant les textes les plus importants qui jalonnent la "carrière" littéraire d'Antonin Artaud, depuis l'Ombilic des Limbes jusqu'à la conférence du Vieux Colombier, je me propose d'étudier comment se produit de façon récurrente dans ces textes une sorte de refonte de la réalité dans l'édification systématique d'une mythologie personnelle qui subvertit toute dénotation référentielle. En effet, Artaud compense la déception que lui impose l'épreuve du réel, avec tous ses obstacles et toutes ses insuffisances, par l'élaboration obsessionnelle de constructions imaginaires nourries syncrétiquement de mythes personnels ou collectifs, prises dans le tourbillon d'incessantes métamorphoses, et mêlant indistinctement la fiction et la réalité. J'envisage de montrer comment s'organisent et se combinent alors, autour du processus de répétition, l'itération lexico-sémantique et la récurrence thématique, moyens d'une quête sans cesse relancée à partir du langage et du mythe pour traduire l'intrusion systématique du fantasme dans le réel.

Itzhak GOLDBERG: Le visage chez Artaud
Les visages contemporains échappent à leur inscription dans la tradition humaniste ou religieuse, ne se considèrent pas comme le condensé psychologique de la personne, ne croient plus dans leur capacité à immobiliser le temps. La dépersonnalisation, la décomposition, font que la face perd son statut de monument et s'approche davantage d'une figure vague, n'offrant aucune garantie d'éternité. C'est ainsi que des têtes de Michaux, de Gasiorowski, de Rainer, ou de Saura, défilent devant nous comme un magma d'éléments disjoints et indistincts. Ceux d'Artaud, amorphes, semblent échapper à toute fonction descriptive. Définis par leur auteur comme "une force vide, un champ de mort", ces griffonnages fébriles, faits à partir de traits qui s'interrompent au milieu de leur trajet, sont des figures anguleuses, éclatées et disloquées qui mettent en scène leur propre anéantissement. On tentera d'étudier leur spécificité et les rapports qu'ils entretiennent avec les écrits.

Marie-Christine LALA: Artaud-Bataille, aujourd'hui
Nous inscrivons notre questionnement dans l'ouverture de cet Aujourd'hui sans cesse renouvelé à la source du présent. C'est le pourquoi de la présence continuée d'Artaud et de Bataille qui insiste et fait appel devant nous ici et maintenant. Au centre de notre propos, nous mettrons leurs pratiques d'écriture pour souligner à quel point ces créations dans la langue, aussi différentes soient-elles l'une de l'autre, ont tendu pour toujours l'axe qui relie métaphysique et langage.

Références Bibliographiques :

"La haine de la poésie dans l'écriture et la pensée de G. Bataille", In Bataille writing the sacred, Ed. Routledge, Londres et New-York, 1995.
Le réel en jeu (Artaud, Bataille, Breton), Revue Mélusine: Réalisme-Surréalisme, n°XXI, Ed. L'Age d'Homme, Lausanne, Suisse, 2001.
"Dénigration poétique et création, d'après G. Bataille", In Altérations, créations dans la langue: les langages dépravés, Ed. A. Tomiche, Presses Universitaires Blaise Pascal, Clermont-Ferrand, 2001.
Artaud / Bataille: L'écriture dans la langue, Revue Europe Antonin Artaud n°873-874, janvier-février 2002.


Stamos METZIDAKIS: Du Dé d'Artaud: Ceci n'est pas la pensée d'Artaud
Incantatoire bien plus que représentative, la parole chez Artaud se veut errante, aléatoire. Ayant sa source dans les humeurs et mouvements du corps du poète, elle ne vise pas à développer logiquement une pensée qui serait "derrière" une instance langagière particulière, mais à se laisser emporter par le hasard (ce qui vient du mot "dé" en arabe) de l'articulation elle-même. Or, il se trouve que cette articulation, comme par hasard, se fait très souvent chez Artaud à l'aide du préfixe "dé-", négativisant ainsi et faisant éclater toute finitude, qu'elle soit sémantique, thématique ou existentielle. Aussi sa parole ne peut-elle indiquer que ce non-lieu exprimé gravement par l'élève Hamlet de Prévert: "Je suis où je ne suis pas". Allant de la tension phonémique et symbolique de la voyelle <é> à la libération et à l'ouverture articulatoire de <a>, sa parole corporelle, mise en scène ici par notre titre, finit toujours ainsi par l'emporter sur son esprit.

Mari SAKAHARA: Comment Artaud a-t-il été reçu au Japon?
Trente ans après sa parution (1938), Le Théâtre et son double a eu des lecteurs parmi les hommes de théâtre japonais comme TERAYAMA et SUZUKI. Ils ont montré des réactions divergentes, mais pareillement sensibles aux lignes de forces de l'œuvre d'Artaud qui nous semble en contiguïté étroite avec les crises et les remises en cause des conditions humaines, mondialement vécues au vingtième siècle. Il est temps de libérer les écrits d'Artaud des mythes d'un visionnaire et d'Artaud le momo, réprouvé contestataire, et d'apprendre à les lire pour une histoire du théâtre transnationale.

Diogo SARDINHA: Artaud lu par Foucault et Deleuze
Jusqu'à la fin de sa vie, Deleuze restera fidèle à l'inspiration venue d'Artaud et proposera même d'« en finir avec le jugement » en général. Pour sa part, Foucault ne fera plus de référence à l'écrivain, qui fut une figure majeure de ses textes des années 60 sur la transgression et la folie ; tout se passe comme si l'expérience d'Artaud ne lui permettait plus de faire avancer sa réflexion. Qu'y a-t-il alors dans les « guerres déclarées » par Artaud qui ait invité Deleuze à les pousser plus loin? Et contre quelle limite butent-elles pour que Foucault semble les avoir abandonnées?

Céline SZYMKOWIAK: La méthode du corpus dans l'étude des glossolalies d'Artaud
Les glossolalies griffonnées dans les Cahiers de Rodez sont assurément un moyen pour Artaud de pallier la défaillance fondamentale de la langue quotidienne, inapte à l’expression de son mal-être et par conséquent globalement répudiée. Ces textes brefs, apparemment versifiés, ont parfois été interprétés comme des résidus de la langue maternelle (ou plutôt des langues maternelles) de l’auteur — ce "polyglottisme levantin" étudié par Paule Thévenin. Cependant, au plan linguistique, les glossolalies d’Artaud peuvent également être analysées d’un point de vue d’abord descriptif, ce qui suppose l’élaboration d’un "corpus glossolalique" qui sera étudié comme tel, sans préjuger de la présence éventuelle de langues attestées. Quelques caractéristiques de ce corpus seront présentées: la richesse lexicale, le phénomène de la non-néologie, la prédominance de la voyelle "a", la récurrence du groupe consonantique "nd".

Anne TOMICHE: (Anti)lyrisme d'Artaud?
Cette contribution interrogera les reconfigurations lyriques que propose l'œuvre d'Artaud. Qu'en est-il du lyrisme dans la poésie d'Artaud, quand ce lyrisme ne peut être identifié ni "aux fibres mêmes du cœur de l'homme" (que Lamartine disait avoir substituées à la lyre de convention) ni aux "élastiques de [s]es souliers blessés" (que Rimbaud tire "comme des lyres")? Si la poésie, avec Artaud, continue à s'affirmer comme chant et souffle, de quelle nature sont ce chant et ce souffle? C'est la question à laquelle nous tenterons de répondre à partir d'une étude qui portera à la fois sur les premiers poèmes d'Artaud (Tric Trac du Ciel, L'Ombilic des Limbes), sur la Correspondance avec Jacques Rivière et sur les poèmes écrits à Rodez et après Rodez (Ci-Gît, Suppôts et Suppliciations).

Kuniichi UNO: La pantoufle d'Artaud — Artaud et Hijikata
Le danseur Tatsumi Hijikata, qui a créé une nouvelle danse expérimentale (le buto) dans les années 60 au Japon, s'est beaucoup intéressé à Artaud, mort en mordant la pantoufle, c'est à partir de cette image qu'il a écrit un petit texte extraordinairement dense sur la vie et la pensée d'Artaud. Pour Hijikata l'être du corps demande la recherche incessante durant toute une vie. Comme dans le cas d'Artaud, les conflits entre tout ce qui détermine et clôt le corps et tout ce que le corps possède comme vitalité infinie se présentent comme question primordiale pour Hijikata et ses expérimentations.


Lecture théâtrale: A la dérive d'artaud, par Georges BAAL et Gérard NAURET
Spectacle, puisque présenté par deux acteurs, où chaque mot est écrit par Artaud, de L'Ombilic des Limbes à des textes tardifs, mais où les deux corps, les deux voix, les quatre yeux ne cherchent pas à ressembler à Artaud, à la jouer, mais à être, tels que seul Artaud leur permet d'exister.
Travail théâtral qui remet en question l'essence même du théâtre, où alternent mise en scène affinée depuis vingt ans et lecture aléatoire, où chaque spectateur peut être face ou dans le spectacle.
C'est un travail auquel nous (Gérard Nauret et Georges Baal) revenons fatalement, depuis vingt ans, ne sachant jamais ce qu'il apportera ce soir mais certains que ni nous, ni, espérons, les spectateurs n'en sortirons indemnes.


Avec le soutien du Conseil Scientifique de l'Université de Paris III,
du Centre de Recherches sur le Surréalisme de l'Université de Paris III (GRD/CNRS 2223)
et du Centre Régional des Lettres de Basse-Normandie



COLLOQUE PUBLIÉ PAR LES LETTRES MODERNES MINARD, 2009



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