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DU SAMEDI 3 SEPTEMBRE (19 H) AU SAMEDI 10 SEPTEMBRE (14 H) 2011



MARIE-CLAIRE BANCQUART : L'INVENTION DE VIVRE


DIRECTION : Béatrice BONHOMME, Jacques MOULIN, Aude PRÉTA DE BEAUFORT

Avec la particpation de Marie-Claire BANCQUART

ARGUMENT :

Marie-Claire Bancquart, née en 1932, professeur émérite de littérature française à la Sorbonne, vit à Paris. Son œuvre de poète, de romancière, de nouvelliste, d'essayiste et de critique est désormais consacrée par de nombreux prix prestigieux et par plusieurs études. Elle est aussi largement accueillie à l'étranger.

Rien pourtant d'académique dans ce parcours infiniment exigeant et libre. L'ouverture aux courants divers de la poésie contemporaine est ici préférée à toute chapelle.

L’enjeu de la poésie de Marie-Claire Bancquart  n’est pas jeu de paroles, ni poursuite de l’"objectal", mais recherche de ce qui peut compter dans une vie, dans la vie. La mort n’a pas manqué d’approcher très tôt l’auteur ; d’où cette question fondamentale. Dans la mort, pourtant, la poésie ne se complaît pas: au contraire, Marie-Claire Bancquart s’adosse à elle pour acquérir et fortifier des motifs de vivre, du vivre. Elle cherche la parole au profond de notre corps, que nous connaissons si mal, mais qui est nous, et qui nous ouvre à la communauté  et avec tout ce qui est vivant. Les plantes, les bêtes, comme les villes, et, bien entendu, les autres humains, sont donc très présents dans cette écriture, qui s’inspire aussi très souvent des mythes anciens ou modernes. Elle est également interrogation sur la parole, cherchée au plus juste, mais forcément inexacte.

Au cœur de la recherche poétique de Marie-Claire Bancquart, il y a donc donc le corps, le corps et l'objet dans leur relation — à la fois énigmatique et quotidienne — au cosmos: exploration d'un intime-universel où la complaisance autobiographique, l'épanchement et les excès du lyrisme n'ont pas leur place. Le poète interroge sans relâche l'intervalle irréductible, qui existe entre mot et monde comme à l'intérieur du sujet lui-même et de son rapport à l'existence. L'intervalle qui troue, "imprévisible", la présence au monde. "Braille du vivant", la langue du poème se passe de fioritures: tendresses retenues, silences, blancs, mots faussement simples.

C'est là que le poète situe sa responsabilité: tâcher d'habiter le monde en conscience, en y effleurant des joies, en y devinant des survies dans l'immanence, sans rien ignorer de ses violences — habiter "avec la mort, quartier d'orange entre les dents".

La position de Marie-Claire Bancquart  dans le champ du lyrisme contemporain, la façon dont se redéfinit chez elle l'"engagement" du poète, son regard sur l'aventure poétique depuis la Seconde Guerre, les visages de son écriture et le réinvestissement du mythe auquel elle procède, les rapports qu'elle entretient avec quelques aînés de référence en poésie (dont André Frénaud) ses amitiés poétiques et critiques, ses collaborations avec le compositeur Alain Bancquart ainsi qu'avec des peintres et des graveurs, sont autant d'aspects que chercheurs et amis seront amenés à aborder en présence du poète.

Site : http://mapage.noos.fr/marieclairebancquart

CALENDRIER DÉFINITIF :

Samedi 3 septembre
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Dimanche 4 septembre
Matin:
L'attachement au monde, à la vie, "adossée à la mort"
Béatrice BONHOMME: Marie-Claire Bancquart, l'énigme du temps
Aude PRÉTA-DE BEAUFORT: Ecrire "en bel âge": Qui voyage le soir, le De Senectute de Marie-Claire Bancquart

Après-midi:
Phénoménologie et inscription charnelle
Jacques MOULIN: Si charnu dans l'intraduisible
Isabelle RAVIOLO: Dire le corps "contre le silence des dieux". Marie-Claire Bancquart, une poétique de la verticalité


Lundi 5 septembre
Matin:
Fragmentation, Irradiation, Ontologie
Marie-Claire BANCQUART: Présentation du travail de Stello Bonhomme
Michaël BISHOP: Arbres, oranges et oiseaux: maximum-minimum d'un "cela" qui irradie: pour une ontologie bancquartienne
Arnaud BEAUJEU: Intensités passagères dans Avec la mort, quartier d'orange entre les dents

Après-midi:
Incarnation
Serge BOURJEA: L'animal, mon corps. "Donne-moi / L'impossible futilité des bêtes..."
Marie JOQUEVIEL-BOURJEA: Marie-Claire Bancquart, la joie devant la chose


Mardi 6 septembre
Matin:
Silence, Ineffable
Arnaud VILLANI: Poésie et phénoménologie: le retour des entours chez Marie-Claire Bancquart
Filomena IOOSS: "La musique et l'ineffable" dans Terre Energumène et dans Voix, de Marie-Claire Bancquart

Après-midi:
Poésie, Musique, Musicalité
Jacques DARRAS: Ne pas en être tout à fait ou l'art de s'abstraire de la musique du temps
Alain BANCQUART: Musique-Poésie: 60 ans de création commune


Mercredi 7 septembre
Matin:
Frontières entre l'habituel et l'impossible
Régis LEFORT: Juste un peu à côté de l'habituel
Françoise DELORME: Heurter l'impossible

Après-midi:
DÉTENTE


Jeudi 8 septembre
Matin:
Dialogue et mémoire, exploration des limites
Clémence O'CONNOR: L'inhumain chez Marie-Claire Bancquart
Claude BER: Voix en écho, écho de voix

Après-midi:
Présences, énigme
John STOUT: Présences et énigmes, la poésie de Marie-Claire Bancquart
Sylvestre CLANCIER: La poésie de Marie-Claire Bancquart ou l'énigme intacte et Isis toujours

Soirée:
Création de Au grand lit du monde, musipoème de Marie-Claire & Alain BANCQUART. Texte dit par Frédérique WOLF-MICHAUX. Musique interprétée par Pierre-Yves ARTAUD


Vendredi 9 septembre
Matin:
Lyrisme, mythe
Shirley JORDAN: Marie-Claire Bancquart: poétique des limites
Gabriel GROSSI: Du lyrisme au mythe, une poésie de l'énigme

Après-midi:
Entre énigme et quotidien
Michael BROPHY: Pour une géométrie de l'énigme intacte
Eric DAZZAN: Marie-Claire Bancquart ou la poésie du quotidien

Soirée:
Lectures
Gérard NOIRET: Dans le feuilletage de la terre, lecture commentée


Samedi 10 septembre
Matin:
Synthèse
Questions à Marie-Claire BANCQUART
Lectures

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Alain BANCQUART: Musique-Poésie: 60 ans de création commune
Au terme de soixante ans de vie commune avec Marie-Claire Bancquart, je peux envisager de faire le point sur le travail que nous n’avons pas cessé de faire en commun. Du premier essai, encore enfantin, envisagé en 1951 à la dernière production: Appels d’être, écrite en 2009, c’est un parcours qui tient compte de toute l’évolution musicale qui a été la mienne, mais aussi de l’attitude vis-à-vis d’une poésie que j’ai vue se faire jour après jour, et dont l’évolution a été parallèle à celle de mon propre travail. C’est cette double évolution qu’à l’aide d’un certain nombre d’exemples musicaux, je voudrais montrer, tout en essayant de faire apparaître à la fois les correspondances, mais aussi les différences essentielles qui existent entre les deux arts. Il s’agira donc non seulement de retracer le produit d’une longue expérience commune, mais aussi de proposer une réflexion plus générale sur les rapports entre musique et poésie.

Les Cahiers du C.I.R.E.M. : Alain Bancquart.1994. Publications de l’Université de Tours.
Musique : habiter le temps. Préface de Franck C. Yeznikian. 2003. Éditions Symétrie.
Qui voyage le soir. Un livre et deux disques. Préface de Jean-Marc Chouvel, traduction anglaise de Eric Rosencrantz. 2010. Inactuelles, Éditions Tschann Librairie Paris-Montparnasse.


Arnaud BEAUJEU: Intensités passagères dans Avec la mort, quartier d'orange entre les dents de Marie-Claire Bancquart
De nos vies fragiles et précaires, Marie-Claire Bancquart intensifie la profondeur, à force de conscience, avec et contre l’éphémère, à coup de sensations vives et passagères, dont l’acuité insaisissable a des reflets d’impossible. Chaque mot glisse en équilibre sur le fil du poème, à chaque pas récrit.
Puisque l’inacceptable et puisque le fini, alors goûter encore au mystère de leurs fruits : l’élan, l’amour, la vie...

Arnaud Beaujeu, agrégé de lettres modernes, docteur en langue et littérature françaises, est né en 1973. Ses principales publications concernent les œuvres de Beckett et de Bernard Vargaftig. Il a également consacré des articles à Colette Guedj, Patrick Modiano, Jean-Pierre Lemaire, Pierre Dhainaut (entretien). Il a coordonné les numéros 36 (Michel Steiner) et 42 (anthologie) de la revue Nu(e). Certains de ses poèmes ont paru ou doivent paraître dans les revues NU(e), Serta, Le Crépuscule des Jours et Thauma. Il enseigne en classes préparatoires littéraires à Cannes.

Claude BER: Voix en écho, écho de voix
Cette communication abordera le dialogue que l’écriture de Marie-Claire Bancquart entretient avec de multiples voix poétiques, notamment celles de l’antiquité et la manière dont son écriture se nourrit de ce dernier non pas académiquement, mais dans un rapport à la "substantifique moelle" de la littérature et du texte perçus comme objets du monde, part de l’expérience du sensible. Cet abord se fera moins de manière critique qu’en tant que poète en écho à ma propre démarche et autour d’affinités électives avec l’œuvre de Marie-Claire Bancquart.

Claude Ber, agrégée de Lettres, elle a enseigné en lycée et en université, puis occupé des fonctions académiques et nationales; elle intervient actuellement à Sciences Po. et à la Sorbonne. Présente dans de multiples revues, sites et anthologies, elle participe aussi à des ouvrages collectifs et donne de multiples lectures et conférences en France et à l’Etranger.  (Site: www.claude-ber.org).
Dernières publications en poésie: L’Inachevé de soi (peintures P. Dubrunquez), Méditations de lieux (photographies Adrienne Arth), La Mort n’est jamais comme (Prix International de poésie Ivan Goll), Sinon la Transparence, Ed. de l’Amandier, Vues de vaches (photographies C. Derouineau) Ed. de l’Amourier, Le livre, la table, la lampe, Ed. le Grand Incendie. En théâtre: La Prima Donna suivi de L’Auteurdutexte, Orphée Market, Ed. de l’Amandier.

Michaël BISHOP: Arbres, oranges et oiseaux: maximum-minimum d'un "cela" qui irradie; pour une ontologie bancquartienne
Etude consacrée à un large choix des recueils de Marie-Claire Bancquart dans l'optique d'une vision, à la fois ontologique et plus strictement poétique, qui, tout en étant indivise, irradiante, "totale", semble hésiter entre un "peu [qui reste] marchable" et le sentiment irrésistible, improbable, d'une "joie", toujours "caressable".

Professeur McCulloch émérite à l'Université Dalhousie, Halifax, Canada, Michaël Bishop est poète et traducteur, éditeur et auteur de nombreux ouvrages et essais sur la poésie et les arts plastiques modernes et contemporains en france: plus récemment des traductions d'Yves Bonnefoy, Gérard Titus-Carmel, Jean-Paul Michel (tous aux Edns VVV), Contemporary French Art 1 & 2 (deux volumes sur 22 artistes, chez Rodopi), La Genèse maintenant (William Blake & Co). En préparation: deux livres sur la poésie française contemporaine.

Béatrice BONHOMME: Marie-Claire Bancquart, l'énigme du temps
Novalis écrit: "pour devenir, l’arbre se change en flamme qui fleurit, l’homme en flamme qui parle, l’animal en flamme qui marche". Immergé dans le tissu des choses et des êtres, le poète se sent contenir un infini. L’inspiration chez MCB, c’est alors le sens de l’univers, le sentiment de la nature, l’expérience du Tout. Le poète emmuré dans son corps, se fait un corps à la mesure du monde. Et de la naissance à la mort persiste cette tâche poétique, l’affleurement de l’infini dans les plus profondes épreuves.

Béatrice Bonhomme-Villani, poète et essayiste, vit à Nice. Elle a publié des livres de poèmes, des récits, des pièces de théâtre ainsi que des articles et ouvrages critiques sur Pierre Jean Jouve et sur la poésie contemporaine. Professeur à l’Université de Nice, elle est responsable d’un Centre de Recherche sur la littérature (le CTEL), au sein duquel elle a créé en 2003 un axe voué à la poésie, Poièma. Elle a fondé avec Hervé Bosio, en 1994, la Revue Nu(e) qui a consacré à ce jour 45 numéros à l’œuvre des poètes contemporains. Elle dirige la Société des lecteurs de Pierre Jean Jouve et les Cahiers Jouve. Citons les derniers livres parus: La Maison abandonnée (Post-face, Bernard Vargaftig, Melis, 2006), Mutilation d’arbre (Préface Bernard Vargaftig, Collodion 2008), Passant de la lumière (L’Arrière-Pays, 2008), Mémoire et chemins vers le monde (une étude qui s’inscrit comme un hommage à de nombreux auteurs contemporains) (Melis, 2008) et Pierre Jean Jouve ou la quête intérieure (Aden, 2008). La pièce La fin de l’éternité a été créée à Grenade en 2009.

Serge BOURJEA: L'animal, mon corps - "Donne-moi / L'impossible futilité des bêtes..."
Dès les tous premiers recueils (Mais, 1969) au plus récent poème ("Qui voyage le soir", 2001), s’inscrit dans la poésie de Marie-Claire Bancquart l’étrange présence de l’animal. Rhétorique parfois (symbolique ou seulement métaphorique), mais le plus souvent affirmation et présence pure du vivant, une "bête" pro-pose obstinément son corps (écaille, plume, pelage, mouvements ou odeurs...), au "corps défectif", au "mon corps" tragiquement humain du poème. Entre les deux s’insinuent un "couteau d’alphabet", quelque "mince lame [...] entre moi et moi" qui — le nommant — nient l’être en ce qu’il est au plus profond: un "moi-cellule", "partageant avec le lièvre / destination dans l’univers". Entre l’animal et "mon corps" semble dès lors se jouer le destin d’une poésie qui efface la frontière, conjure la damnation des "bêtes droites" — condamnées à "déshabite[r] le présent" par l’usage du langage. On dira comment se tente dans la poésie de Marie-Claire Banquart quelque "régime graphique / indivis / d’avec les mots du merle", pour formuler que — pour la condition humaine — "la dérision n’est pas certaine". "Un bruissement, un cri moqueur de bête / seront peut-être notre dire [...] / nos corps / enfin disponibles, en bel âge...".

Serge Bourjea est professeur émérite à l’Université de Montpellier (Montpellier III). Directeur de la revue Etudes Valéryennes, il est spécialiste de l’œuvre de Paul Valéry à laquelle il a consacré de très nombreux ouvrages et articles. Collaborateur des principales revues littéraires, en France et à l’étranger (Poétique, Littérature, Europe, La Revue des lettres modernes, Pleine Marge, Genesis, Le Magazine littéraire, la R.H.L.F. ; Etudes françaises (Canada), Yale French Studies, Sites (USA)...), il consacre l’essentiel de sa recherche aux "écritures" modernes et contemporaines, qu’elles soient verbales ou picturales...

Michael BROPHY: Pour une géométrie de l'énigme intacte
Si elle ne cesse de pénétrer dans l’indécis et de vivre au plus intime de soi l’inéluctable fuite des substances et des sensations, Marie-Claire Bancquart s’emploie aussi à "cadastrer la vie / prenant marques de peu, dans le désordre". Par ce travail de cadastrage et de cadrage, son art tente de dégager du flux des épisodes et accidents du quotidien l’énigme qui y perdure: "dans la perte / notre / présence / obstinée". Ainsi, devant le tableau célèbre d’Uccello, c’est une petite portion triangulaire de la toile qui retient uniquement son attention et l’amène à formuler un mystère doté pourtant de toute la force d’un théorème: "Le triangle restreint s’ouvre à l’infini, vers le haut". De même, très souvent dans l’œuvre, c’est la figure irrégulière, la géométrie confuse ou bizarre, qui permet au regard de cerner l’incernable, ne serait-ce qu’un instant, et de retrouver à longueur de temps la "verticale vers l’énigme". C’est cette géométrie poétique que je propose d’explorer, tactique d’approche et d’approximation d’un poète qui, sachant toute vie sans équivalence, se soucie moins de l’intelligible que du délectable.

Jacques DARRAS: Ne pas en être tout à fait ou l'art de s'abstraire de la musique du temps
La poésie de Marie-Claire Bancquart produit un effet musical particulier et reconnaissable, qui n'emprunte rien aux exercices traditionnels du chant poétique. Là réside son originalité. Nous montrerons qu'à notre sens cette particularité procède d'un usage de la syntaxe propre au poète. Les pauses, les blancs, l'enchaînement des vers créent une prosodie de "vers libre" très déterminée, parfois désinvolte, qui confère au poème tout à la fois sa liberté et sa contrainte.

Eric DAZZAN: Marie-Claire Bancquart ou la poésie du quotidien
"Mon "Ecrire en poésie", c’est bien mon "être"", écrit Marie-Claire Bancquart (Poésie 1, mars 2000) et c’est aussi du temps traversé et accumulé en notes et brouillons destinés à la poubelle (Terre énergumène, p.131), ainsi qu’en poèmes qui disent cette traversée, la rendent lisible et visible. Rien d’autobiographique dans cette œuvre sinon qu’une durée s’y esquisse, qu’un regard s’y affirme dans sa solitude, dans ses refus de s’en laisser conter comme dans son aptitude à relever ce qui, dans le tout venant de l’existence, nous rappelle qu’il n’y a "rien d’incroyable, au fond" (ibid., p.12). C’est au quotidien que se tisse et détisse le sens d’un exister qui doit se tenir "un peu à côté / de l’habituel", dans une distance qui fasse justice à ce qu’il recèle de merveilles comme de pauvretés.

Eric Dazzan est PrAg à l’Université de Bordeaux 1 (Espace Oméga), il collabore au CTEL de l’Université de Nice Sophia Antipolis (axe poiéma). Il poursuit des recherches sur la poésie du 20ème siècle (Jouve, Bonnefoy, Jaccottet, Malrieu, Puel, Guez Ricord, Sacré, Vargaftig, Macé, Goffette). Il a publié une monographie sur l’œuvre de Gaston Puel aux éditions des Vanneaux. Il a fondé et dirige avec Josette Ségura les éditions de L’Arrière-Pays.

Françoise DELORME: Heurter l'impossible
"J'écris seulement pour parler de la vie, de l'amour, de la mort, de la révolte. Ce n'est pas tout, ce n'est pas rien non plus. Heurter l'impossible, mettre de l'énergie en mots [...] on écrit pour cerner, pour réclamer, pour célébrer. Pour déranger" (Qui voyage le soir). La poésie de Marie-Claire Bancquart, toute en tensions, se construit (ou plutôt croît dans une sorte de photosynthèse parfois douloureuse, comme un arbre "éclate") entre mémoire et oubli, assentiment et refus. L'oxymore (mais aussi toutes les figures paradoxales) y tient une place importante. Marie-Claire Bancquart en ranime sans cesse la part violente et contradictoire plutôt que la part unificatrice et pacifiante, comme si les tensions alors provoquées étaient plus à même de produire une énergie poétique créatrice, revivifiée. En tout cas, l'étrangeté de nombreuses images dérange les habitudes de lecture et oblige, dans L'opéra des limites, à apprendre "à ne pas rencontrer Dieu ni le bonheur / mais l'atténuation de leur silence".

Françoise Delorme habite et travaille dans le Jura à Lajoux. Céramiste depuis 1973, docteur es Lettres Modernes, elle est l'auteur de plusieurs livres de poèmes.
Sur Marie-Claire Bancquart, elle a publié un artcile dans la revue littéraire Le passe-muraille (Lausanne).

Gabriel GROSSI: Du lyrisme au mythe, une poésie de l'énigme
La poésie de Marie-Claire Bancquart revendique à la fois un lyrisme qui laisse sa part au quotidien et à la sensibilité, et une écriture qui accorde une grande importance à la mythologie, gréco-romaine ou biblique, à travers notamment l'inscription de plusieurs figures mythiques "du Sphinx à Œdipe, de Jésus à Pierre". Comment ces deux souffles s’articulent-ils dans la poésie de Marie-Claire Bancquart? Quel rôle joue "l'énigme" dans cette articulation? C'est ainsi la façon dont le lyrisme s'articule au mythe à travers l'énigme qu'il s'agit d'étudier. Perception de l'incompréhensible, l'énigme semble autant corporelle qu'intellectuelle. Nous explorerons l'écriture de l'énigme essentiellement dans le recueil Enigmatiques, paru en 1995 aux éditions Obsidiane, sans nous priver de quelques incursions dans d'autres volumes de poésie capables d'éclairer notre compréhension de la parole énigmatique.

Gabriel GROSSI, doctorant à l’Université de Nice sous la direction de Béatrice Bonhomme, étudie, dans le cadre de ses recherches en thèse, l’ensemble de l’œuvre poétique de Jean-Michel Maulpoix.

Filomena IOOSS: "La musique et l'ineffable" dans Terre Energumène et dans Voix, de Marie-Claire Bancquart
Plongeant dans la violence liée à l’éphémère de toute existence, la poésie de Marie-Claire Bancquart "va au plus profond du puits" pour écouter les mouvements intérieurs du corps, les palpitations d’une vie organique obscure et mystérieuse, qui semble néanmoins en accord harmonieux avec le mouvement de l’univers tout entier. Je me propose de relever ce qui, dans les deux recueils cités, suggère une sorte de respiration qui, silencieuse, tremblante ou brutale, participe elle-même à la musique fugitive de la vie: souhait quelque peu paradoxale d’en assurer la pérennité ou espoir d’arracher au corps même ce "mot" qui enfin l’écrive?

Agrégée et docteur ès lettres, membre du Centre Transdisciplinaire d’Épistémologie de la Littérature de l’Université de Nice-Sophia Antipolis, ses thèmes de recherche préférentiels s’articulent autour du silence et de l’ineffable, en particulier dans la poésie et dans la production littéraire d’un certain nombre d’auteurs appartenant à des groupes dominés. Travaux sur Pessoa, Darras, Ponge ou encore sur Duras, Lispector, Cocteau, Lacaussade.

Marie JOQUEVIEL-BOURJEA: Marie-Claire Bancquart, la joie devant la chose
Dans l’avant-propos qui engage le geste auto-anthologique de Rituel d’emportement, poèmes 1969-2001 (2002), Marie-Claire Bancquart affirme: "Partant de la mort et de la solitude, on pourrait penser qu’il n’y a pas de plénitude à laquelle un poète puisse espérer atteindre, pas de célébration possible. C’est tout le contraire". C’est ce "registre de célébration" — a mezza voce plus que fortissimo — qui retiendra notre attention. Quelles occasions pour l’"être pour", quand, quotidiennement, universellement, domine le "contre", "l’inusable multiplication des catastrophes", la "guerre deux fois le jour / sur l’écran"? Quand le corps même finit par opposer son refus à un monde qui ne cesse de l’oppresser — alors, "[n]e rien donner"? La chance, pourtant, existe d’un accord: "Les choses / tournent regard vers nous / qui méritons lentement leur tendresse". "Et le visage en sang / quelquefois / participe à la tendresse du soleil". Si jamais elle ne la provoque, l’œuvre cependant apprend progressivement à saisir l’occasion, à en développer les possibles, à la dire afin d’en maintenir la "trace légère", les "ferveurs [...] furtives": "J’écris / pour voir / un peu des noces entre l’assiette et la pomme". Ecrire pour voir le monde en ses infimes manifestations de joie, l’ouverture des choses à la terre: lieu toujours à dire plus que "lieu-dit", ce sont ces ancrages heureux quoique furtifs que nous nous proposons de lire.

Marie Joqueviel-Bourjea est Maître de Conférences en langue et littérature françaises à l’Université Paul-Valéry Montpellier-III. Spécialiste de poésie moderne et contemporaine, elle a soutenu sa thèse de doctorat sur l’œuvre de Jacques Réda, reprise sous forme de livre: Jacques Réda, la dépossession heureuse ; habiter "quand même" (2006). Elle a consacré de nombreuses études à la poésie moderne et contemporaine: P. Valéry, B. Cendrars, O.-J. Périer, G. Perros, N. Bouvier, L.-R. des Forêts, L. Gaspar, M. Deguy, J. Roubaud, J. Réda, M. Etienne, F. J. Temple, P. Dhainaut, R. Depestre...
Ouvrages parus: Faut-il oublier Valéry ? (2006, numéro 100 des Etudes valéryennes, sous sa direction) ; Paul Valéry, Cahier 43 (2006, transcription et édition critique d’un inédit) ; Choses tues : le trait, la trace, l’empreinte (Poésie & Peinture) (2008, actes de colloque sous sa direction).

Shirley JORDAN: Marie-Claire Bancquart: poétique des limites
La notion des limites est au cœur de la pratique poétique de Marie-Claire Bancquart. Chaque poème, envisagé comme "faire part des difficultés", est un exercice, à mi-chemin entre affirmation et négation, par lequel la poète établit des points de repère pour se (re)situer dans le monde: exercice "hygiènique", aurait dit Francis Ponge, geste toujours à renouveler. Cette intervention étudiera les multiples façons dont poète et lecteur se heurtent aux limites dans cet univers poétique si homogène. Il s’agira des limites physiques (comment établir la cartographie de son corps?); mentales (jusqu’où nous amènent nos facultés cognitives métaphysiques (comment, dans une perspective humaniste, la poésie de Marie-Claire Bancquart opère-t-elle un éternel retour à l’énigme d’un monde sans dieu?); et linguistiques (que peut la parole?).

Professeur de littérature française et de culture visuelle à Queen Mary, University of London, Shirley Jordan poursuit des études interdisciplinaires sur la littérature contemporaine et les arts visuels (arts plastiques, photographie, film). Elle a publié The Art Criticism of Francis Ponge (1994), Contemporary French Women’s Writing (2004) et bon nombre d’articles sur des écrivains et artistes contemporains.

Régis LEFORT: Juste un peu à côté de l'habituel
L'habituel définirait ce qui passe et que l'habitude nourrit de l'oubli. Déplacer son regard "juste un peu à côté de l'habituel" reviendrait à envisager la réalité à nouveaux frais, en l'éloignant et par là même nous la restituant. Qu'advienne ce "juste un peu à côté de l'habituel" (Terre énergumène) dans la langue, c'est alors que le lecteur est regardé, c'est lui que cela regarde. Et qui se ré-approprie le monde. Le poème devient le moyen de ne plus être "l'étranger des germes". Marie-Claire Bancquart réaffirme la métaphore, trouble la métonymie, avive les contrastes, manie l'ellipse pour l'expression d'une gravité. Mais pour que le monde s'affirme, ou se précipite à la vue, il est nécessaire de déplacer aussi le moi comme dans cette "scène au temps distordu qui se présente souvent à moi / Disons à un légèrement ailleurs de moi". L'idéal serait de pouvoir passer au doigt l'anneau de Gygès, qui défait ce par quoi l'espace et le temps existent, le moi. Ainsi s'offrirait le réel, absolument. Mais, à défaut, la poétesse, plus sûrement, "[met] la main / dans [le] plus au creux, dans [le] plus entier" du corps. Et ça respire, bon gré, mal gré.

Régis Lefort est maître de conférences à l'Université d'Aix Marseille. Il est l'auteur d'un essai sur l'œuvre d'Henry Bauchau, L'originel dans l'œuvre d'Henry Bauchau (Honoré Champion, 2007). Depuis plusieurs années maintenant, sa recherche est centrée sur l'étude de la poésie contemporaine.

Jacques MOULIN: Si charnu dans l'intraduisible
"La poésie est elle-même un improbable taillé dans la langue. Elle pose la question du corps" (Explorer l’incertain. L’Amourier éditions, 2010 ; (p.42) [EI]).
Poser la question du corps, courir après lui, chercher la visite du dedans comme on cherche à pénétrer les choses: "Gratter, flairer, serrer, caresser, pétrir, transpercer, quel exercice charnel, voire lascif sur les choses" [EI45]. Il s’agit aussi de rassembler tous (les) habités de la biologie [EI40], le chien qui passe en face, pareil: il est vous, il est moi [EI40], la radiographie de l’autre, le vivant en somme. Ce, dans une biologie souvent citadine et babélienne, nourrie aux mythes, au sang des veines et aux grands cycles cosmiques, vivant et matière, mais toujours dans l’appétit de vivre et l’humilité: ce que l’homme peut, dans son insuffisance [EI65].

Clémence O'CONNOR: L'inhumain chez Marie-Claire Bancquart
La poésie de Marie-Claire Bancquart s’abreuve de ce qui ne ressort pas de l’humain — l’animal, le végétal, le réifié, ce qui précède ou excède la temporalité humaine: celle, cosmique, du fossile, de la roche, du charbon. Redonner à l’humain sa part d’inhumain, c’est dénoncer la vulnérabilité criante du corps et de la mémoire, mais aussi resituer la vie et les mots dans un cycle de décomposition et de maturation qui les dépasse, et où chercher, peut‑être, le silence d’une "parole ancienne", une manière de ne pas "échapper aux énigmes". Cependant la conscience d’un temps profond ne fait que renvoyer le poème à l’immédiat, récusant "les archéologies de cendres".

Clémence O'Connor est agrégée de littérature anglaise et enseigne le français à l'université d'Aberdeen, en Écosse. Sa thèse de doctorat, en cours de publication, porte sur l'œuvre poétique de Heather Dohollau.

Isabelle RAVIOLO: Dire le corps "contre le silence des dieux". Marie-Claire Bancquart, une poétique de la verticalité
"Alors : noce, ou supplice ?", M.-C. Bancquart, Terre énergumène (Ed. Le Castor Astral, 2009).
Trois expériences donnent à l’œuvre de Marie-Claire Bancquart sa vibration spécifique: celle qu’on peut nommer avec elle "le profond du corps" telle que l’enfant-femme l’éprouve ; celle de la disparition des dieux entraînant l’épreuve extrême de la mélancolie ; et celle de la poésie, "le rapport entre l’arbre et les bronches" (Opportunité des oiseaux, 1984), le souffle qui élève, redonne la "verticalité". Ces trois expériences sont distinctes bien que chacune aggrave les deux autres et réciproquement. "Déçu / on ressort par la bouche" (Verticale du secret, 2007), dit la poète. Ces trois expériences s’appellent et se rejoignent dans la "prière mystique" que Marie-Claire Bancquart adresse "contre le silence des dieux" — silence auquel le poème adresse sa question. Contre la mort, il se fait corps vertical, toujours en train de renaître.

Isabelle Raviolo est née à Milan et vit à Paris où elle enseigne la philosophie et les lettres dans le secondaire. Elle a publié ses poèmes en revue et a réalisé plusieurs expositions de ses tableaux. Elle a publié sa thèse sur Maître Eckhart aux éditions du Cerf. Elle dirige Thauma, revue de philosophie et de poésie depuis 2005. Elle a publié des poèmes de Marie-Claire Bancquart dans le numéro consacré au "Corps". Elle dirige la maison d’édition La Dame d'Onze Heures qu’elle a créée. Elle y a publié Aurélie Loiseleur, Maël Renouard, Jean-Marc Sourdillon et Livane Pinet.

John STOUT: Présences et énigmes, la poésie de Marie-Claire Bancquart
Dans sa poésie Marie-Claire Bancquart interroge des événements et des lieux quotidiens, guidée par une préoccupation du temps, de la mémoire et de la mortalité. Elle présente la subjectivité lyrique comme suspendue entre ce qui lui est proche — les choses, les éléments de la vie quotidienne — et le monde éternel des mythes. Elle décrit un monde ou la mémoire individuelle et collective se trame parmi les fragments et les signes de l'actualité. Derrière tous ces fragments et signes, un ordre caché se laisse pressentir. Marie-Claire Bancquart évoque la présence du divin, mais toujours d'une façon discrète et incertaine. Le divin agit plutôt comme une absence ambigue dans ses poèmes. Elle constate que, dans la poésie d'André Frénaud (comme dans sa propre poésie, pourrait-on ajouter), "tout n'est que relations, chaque élément du multiple ramène au Tout". Dans cette communication j'ai l'intention de proposer une lecture de la poésie de Marie-Claire Bancquart organisée autour du dialogue entre ses poèmes et ceux de certains de ses grands aînés: Frénaud, Tardieu, Follain, Jaccottet. On peut considérer Bancquart comme l'héritière des préoccupations formelles et ontologiques qui informent l'œuvre de ces poètes.

John Stout est professeur agrégé d'Études françaises à l'Université McMaster au Canada. Il a publié des articles sur la poésie française moderne et contemporaine, ainsi qu'une étude de l'œuvre d'A. Artaud (Antonin Artaud's Alternate Genealogies, Wilfrid Laurier University Press, 1996). En 2010 il a publié chez Rodopi un livre d'entretiens, L'Énigme-poésie: Entretiens avec 21 poètes françaises. Il commence maintenant une étude portant sur la poésie post-moderne en France, au Canada et aux États-Unis.

Arnaud VILLANI: Poésie et phénoménologie: le retour des entours chez Marie-Claire Bancquart
Parce qu'elle semble s'y prêter, je voudrais analyser en précision la poésie de Marie-Claire Bancquart à partir des concepts, créés par la phénoménologie husserlienne, d'horizon de monde, d'intentionnalité, d'esquisses et d'amorces, de remplissement des intentions signifiantes. Je m'attarderai plus spécialement sur ceux de corrélat noético-noématique, de chiasme et d'entrelacs. On en tirera une conclusion sur l'essence thétique ou non thétique de la poésie.

Arnaud Villani est écrivain-chercheur. Très nombreux articles de philosophie et poésie, publiés en revue et ouvrages collectifs. Spécialiste de Gilles Deleuze (La Guêpe et l'orchidée, Belin 1999 ; Le Vocabulaire de Gilles Deleuze, Noesis 2003, diffusion Vrin (en collaboration avec Robert Sasso). Traduction en collaboration de Albert North Whitehead, Procès et réalité (Gallimard). Poésie : Les oiseaux noirs et autres textes, Revue Nu(e) ; publications dans la Revue Po&sie, direction Michel Deguy. Derniers textes parus : Précis de philosophie nue, Revue Nu(e) : Petites Méditations métaphysiques sur la vie et la mort, Hermann 2008 ; Court Traité du rien, Hermann 2009 ; à paraître en 2011 : Traduction du Poème de Parménide, suivi de Parménide et la dénomination, Hermann.


Avec le soutien du Centre d’Epistémologie de la Littérature de l’Université de Nice



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