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" Page mise à jour le 14 juin 2010
"
DU LUNDI 7 JUIN (19 H) AU JEUDI 10 JUIN (14
H) 2010
GUERRES ET TOTALITARISMES DANS LA BANDE DESSINÉE
DIRECTION : Viviane ALARY, Benoît MITAINE
ARGUMENT :
La bande dessinée,
à l’instar des autres arts, s’imprègne en
permanence des secousses qui bouleversent la marche du temps.
En tant qu’événements majeurs de l’histoire des
nations et des peuples, les guerres et les totalitarismes, deux
phénomènes souvent liés par des relations
de cause à effet, se trouvent naturellement présents
dans l’univers bédéistique. Mais la bande dessinée
ne fait pas que consigner les événements marquants
telle une simple caisse d’enregistrement et son histoire montre
combien ce médium est aussi souvent un art de l’engagement.
Outre la volonté de
faire ressortir l’existence de patrimoines iconographiques
souvent méconnus, ce colloque international se propose
de réfléchir sur toutes les formes de récits
graphiques traitant de la guerre ou du totalitarisme et des
conséquences qui s’ensuivent pour les sociétés.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Lundi 7 juin
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants
Mardi 8 juin
Matin:
La guerre et la bande dessinée: toute une h/Histoire
Michel PORRET:
L'imaginaire totalitaire dans la bande dessinée francophone
après la Seconde Guerre Mondiale
Pierre FRESNAULT-DERUELLE:
Milton Caniff, Male Call: "Miss Lace" ou "La guerre en dentelles"
Philippe MARION: La guerre, prise de vue
Après-midi:
Mémoires de guerre: biographies et autobiographies
Yan SCHUBERT: Inimaginable, indicible,
irreprésentable? La bande dessinée face au génocide
juif
Jacques SAMSON: Discussion avec
Emmanuel Guibert autour du Photographe (1ème partie), avec
la participation d'une classe de troisième du collège Anne
Heurgon-Desjardins de Cerisy
Antonio ALTARRIBA: La guerre
de mon père
Paul GRAVETT: Joe
Sacco en Palestine: entre autobiographie et histoire
Soirée:
Projection d’un documentaire de 28’ sur La Guerre d’Alan
suivie d’une table ronde avec Emmanuel GUIBERT et Jacques SAMSON autour de Le Guerre d'Alan
(2ème partie)
Mercredi 9 juin
Matin:
La guerre dessinée: fabrique et miroir des
imaginaires nationaux
Vincent MARIE: La
fabrique d'un imaginaire de la Grande Guerre en bande dessinée:
le cas de Jacques Tardi
Danielle CORRADO: Carlos
Giménez et la guerre civile espagnole: le passeur de mémoire
Renée DICKASON: La Seconde
Guerre Mondiale dans les bandes dessinées britanniques:
histoire(s) vraie(s) et construction fictionnelle de l'Histoire
Après-midi:
La guerre idéologique: entre patrie et parti
Philippe VIDELIER:
Zone libre: la bande dessinée à Lyon
Lucia MIRANDA MORLA:
Lisbonne en deuil, Portugal sans voix ou l'utopie de Salazar
Mariella COLIN: La guerre d'Espagne
vue par la bande dessinée italienne
Antonio MARTIN: Les dessinateurs
de Franco. Humour graphique et bande dessinée
pour une après-guerre
Soirée:
Benoît PEETERS:
Naguère Tintin
Jeudi 10 juin
Matin:
Regards croisés par et dans la bande
Guy ABEL: Los Guerrilleros,
ou la guerre des irréductibles espagnols contre
Napoléon l’envahisseur. Un avatar d’Astérix?
Manuel MEUNE: Guerre
froide ou guerre des langues: Tintin au pays de la traduction
Viviane ALARY:
Soy mi sueño, l’aventure d’un récit
graphique sur la guerre
Viviane ALARY & Benoît MITAINE: Conclusions
Après-midi:
DÉPARTS
RÉSUMÉS :
Guy ABEL: Los Guerrilleros,
ou la guerre des irréductibles espagnols contre
Napoléon l’envahisseur. Un avatar d’Astérix?
Los Guerrilleros racontent
sur un mode humoristique et distancié la résistance
des Espagnols à l’invasion des soldats de l’Empire.
Au fil des épisodes, les succès des Guerrilleros
préfigurent leur victoire finale. Notre questionnement portera
sur cette vision plaisante de la guerre, sur ses caractéristiques,
mais aussi sur les soubassements idéologiques perceptibles
dans cette revanche de l’envahi imaginée au début
des années 70. Par ailleurs, dessinée durant la période
du tardo-franquisme, cette fiction entretient des rapports
avec Astérix: en effet, les points de ressemblance
sont assez nombreux et donnent à penser que les auteurs de
la série, Joan Bernet Toledano et Andrade, ont puisé
inspiration dans l’œuvre de Uderzo-Goscinny. La recette a fonctionné:
les irréductibles espagnols ont connu le succès outre-Pyrénées,
mais pas vraiment au-delà. Cela peut aussi poser des questions.
Viviane ALARY: Soy mi sueño,
l’aventure d’un récit graphique sur la guerre
Soy mi sueño (De Ponent, 2008) est
un récit graphique de Pablo Auladell, dessinateur et illustrateur
de la nouvelle génération et Felipe Hernández
Cava, membre du collectif El Cubri, co-directeur de la
revue Madriz, co-auteur de nombreuses fictions où la
mémoire et l’histoire jouent un rôle capital. Après
Berlin 31 et Ventanas a Occidente, Hernández
Cava continue son exploration du XXe siècle en décentrant
à nouveau le regard habituellement porté sur l’Espagne
et sa guerre civile. Le chronotope choisi est significatif à l’échelle
européenne: la Crimée entre 1942 et 1945, conquise et
dévastée tour à tour par les deux puissances nazi
et soviétique. Bien que l’exactitude et la documentation historique
ne soient jamais prises en défaut, l’intérêt majeur
de ce roman graphique n’est pas dans la reconstitution d’épisodes
centraux de la Deuxième Guerre mondiale. Le parti pris est celui
d’une vision subjective et hallucinée émanant d’une instance
narrative duelle improbable où la parole de la victime fait advenir
celle du bourreau. Le lecteur est invité à suivre l’aventure
d’un récit et non le récit d’exploits militaires. C’est
une aventure pour la bande dessinée qui, forte de son histoire,
de son héritage et de ses dernières actualisations se présente
à même de soutenir une pensée complexe sur le totalitarisme,
la guerre et ses représentations par le truchement d’une narration
figurative où prime l’opacité.
Antonio ALTARRIBA: La
guerre de mon père
Le 4 mai 2001, mon père s'est
suicidé à l'âge de 90 ans. Sa décision
a été la conséquence d'une suite d'échecs
qui ont jalonné son existence. Anarchiste, il participe
à la guerre civile espagnole, est enfermé dans les
camps de concentration du Sud de la France, aide la Résistance
contre les allemands et, rentré en Espagne, échoue
dans les affaires et dans la relation avec ma mère dont il
se sépare à l'âge de 75 ans. Déchiré
par la douleur et la culpabilité, j'ai entrepris la rédaction
d'un scénario BD publié en juin dernier sous le
titre El arte de volar (L'art de voler). Comment fonctionne
le processus créatif quand on se retrouve en état de
choc émotionnel? Comment faire passer en images une intimité
qui, tout en étant proche, n'est pas la mienne? Comment organiser
un récit qui oscille entre les exigences documentaires
et la métaphore visuelle?
Mariella COLIN: La guerre d'Espagne
vue par la bande dessinée italienne
Le fascisme a utilisé tous les médias pour diffuser l’idéologie
du régime; la littérature et la presse pour l’enfance
et la jeunesse furent des cibles privilégiées. Le contrôle
exercé par la dictature se transforma en asservissement, à
partir du moment où fut créé le ministère de
la Culture populaire (1937). La politique de l’autarcie (instaurée
pendant la guerre d’Éthiopie) détermina le rejet de toute
la production d’importation ou d’imitation étrangère, notamment
la bande dessinée d’aventures importée des USA, contre laquelle
ce même ministère décréta un embargo. Cela favorisa
l’affirmation d’auteurs-dessinateurs autochtones, dont certains mirent leurs
talents au service de la politique mussolinienne, qui devenait alors de
plus en plus belliqueuse. C’est ainsi qu’apparurent dans la presse pour
la jeunesse des bandes dessinées illustrant les guerres voulues par
le Duce. Cette production de propagande s’imposa dans les albums pour
les plus petits comme dans les hebdomadaires pour les adolescents, lorsque
les dessinateurs italiens collaborent à rendre populaire la guerre
d’Espagne, puis la seconde guerre mondiale, au moyen de leurs bandes dessinées.
Danielle CORRADO: Carlos Giménez
et la Guerre civile espagnole: le passeur de mémoire
Figure de la bande dessinée espagnole,
Carlos Giménez a retracé dans plusieurs albums
son expérience personnelle de la dictature franquiste
et en particulier ses séjours dans les orphelinats (Paracuellos
del Jarama) au lendemain de la Guerre civile. Avec 36-39
Malos tiempos, il entreprend une fresque des années
de guerre depuis la perspective revendiquée du camp des Républicains.
Dans la trace de Paracuellos qui se faisait l’écho d’une
mémoire personnelle et collective des fils de Républicains
reniés par le Régime, Giménez, né en
1941, se fait littéralement passeur de mémoire au
sens où il met en œuvre les récits qu’il a recueillis
auprès de ceux qui vécurent la guerre. Cette communication
se propose d’explorer les choix narratifs et esthétiques adoptés
par l’auteur pour évoquer la brutalité tragique du
quotidien des madrilènes. Des choix au service de la construction
d’un discours engagé sur la guerre. Je m’attacherai à
interroger dans cette perspective le rôle du paratexte — auctorial
et éditorial — dans la construction du sens de la création
et de la publication de cette série d’albums qui s’inscrit
dans un vaste mouvement de résistance contre l’oubli de la
Guerre civile.
Références bibliographiques
:
Corrado Danielle, "Paracuellos del Jarama :
la autobio/grafía de Carlos Giménez", in Historietas,
Comics y Tebeos españoles, Viviane Alary (ed), prologue
de Román Gubern, P.U.M., Toulouse, 2002.
Corrado Danielle et Alary Viviane, La guerre
d'Espagne en héritage: entre mémoire et oubli
(de 1975 à nos jours), Presses Universitaires Blaise Pascal,
Clermont-Ferrand, 2007.
Alary Viviane et Corrado Danielle, Mythe
et Bande dessinée, Presses Universitaires Blaise
Pascal, Clermont-Ferrand, 2006.
Renée DICKASON: La
Seconde Guerre Mondiale dans les bandes dessinées britanniques:
histoire(s) vraie(s) et construction fictionnelle de l'Histoire
Une décennie après la fin du conflit qui allait
ébranler durablement le monde, alors que le deuil des
soldats morts aux combats est encore vif dans bien des familles
et que le souvenir des ruines reste gravé dans la mémoire
collective, les récits sur la seconde Guerre mondiale ne
cessent d’alimenter l’intérêt des Anglais. Revivre
ou découvrir les événements de cette période
troublée fascine un peuple qui multiplie les récits
dans la littérature de jeunesse, au cinéma ou encore
dans les bandes dessinées. Ainsi, le Révérend
Marcus Morris n’hésite pas à consacrer plusieurs épisodes
de The Eagle à la glorification d’un héros
national, un certain Winston Churchill, dont les accomplissements
d’une vie équivalent sans équivoque à la grandeur
du Royaume dont il est issu. Outre la vénération de
personnages célèbres des sphères politiques ou
militaires, les bandes dessinées revisitent les faits et les
lieux tout autant qu’elles reconstituent ou reconstruisent, de façon
plus ou moins romancée, les événements. Ainsi
des batailles devenues mythiques comme la débâcle de Dunkerque
ou le débarquement sur les plages normandes sont narrées
avec émotion et fierté dans des BD qui réécrivent
et remettent en perspective actes de bravoure et efforts populaires.
Pierre FRESNAULT-DERUELLE: Milton Caniff,
Male Call: "Miss Lace" ou "La guerre en dentelles"
Milton Caniff, l'un des plus grands auteurs de BD américains,
est connu pour avoir publié "Terry et les Pirates" et "Steve
Canyon". Pendant la guerre, et à titre gracieux, Caniff
publie pour l’Armée un strip hebdomadaire Male Call
(L’appel du mâle) au titre peu flatteur, et dont le machisme
patent servira d'emblème au discours politiquement correct.
Il reste que cette série de propagande mérite, malgré
tout, d’être revisitée. Les dimensions esthétiques
et rhétoriques font en effet de cette série un modèle
du genre. On insistera en particulier sur la manière dont l'auteur
exploite les vertus médiologiques de son support.
Paul GRAVETT: Joe Sacco en Palestine:
entre autobiographie et histoire
Seize ans séparent la publication initiale dans les comic
books américains de Palestine: une nation occupée
en 1993 et le nouveau livre complet en 2009 de Gaza 1956, en marge
de l'histoire, les deux romans graphiques de Joe Sacco sur la
Palestine. Avec le premier livre, Sacco, un jeune étudiant
en journalisme, a combiné pour la première fois en
bande dessinée l'autobiographie avec un journalisme nouveau
et subjectif, nommé "Gonzo" depuis Hunter S. Thompson. Pour son
retour dans la bande de Gaza, nous trouvons un Sacco plus sobre,
exact et rigoureux, un vrai historien qui revient sur deux massacres
perpétrés par l'armée israélienne en
1956 qui ont presque disparu dans l'oubli. Je veux considérer
et comparer ces deux œuvres importantes en examinant les explications
de l’auteur au sujet de ses techniques narratives et de ses décisions
stylistiques et surtout comment et pourquoi ses motivations personnelles
ont changé.
Vincent MARIE: La fabrique d'un imaginaire
de la Grande Guerre en bande dessinée: le cas de Jacques
Tardi
L’œuvre de Tardi explore largement la première guerre mondiale.
Des bandes dessinées telles que C’était la guerre
des tranchées, La fleur au fusil, ou Varlot
soldat... apparaissent comme autant d’objets de médiation
culturelle contribuant à la construction d’une mémoire
iconographique plus ou moins objective de la Grande Guerre. Ainsi,
en regard de l’investigation historienne, il semble intéressant
de comprendre comment se fabrique une mémoire de la Grande
Guerre à travers les différents filtres culturels et
mémoriels d’un itinéraire d’auteur de bande dessinée:
témoignage indirect (de troisième génération),
utilisation de sources historiques et muséologiques, influences
artistiques... Si l’œuvre de Tardi se fait l’écho indirect des
récits de son grand-père, son analyse s’inscrit dans le
champ d’une histoire sociale des représentations, nécessitant
de passer les planches au crible d’un travail de contextualisation
et de mise en relation. Réfléchir sur la (re)présentation
de la Grande Guerre chez Tardi, sur la généalogie des
images, sur les rapports entre temps et récits, entre mémoire
et oubli ou encore entre vérité et subjectivité,
permet d’appréhender l’influence de son travail sur les mentalités
collectives. Car Tardi reste un modèle de référence
pour les dessinateurs s’aventurant sur le terrain de la Grande Guerre.
Références bibliographiques
:
MARIE Vincent (dir.), La Grande Guerre dans la
bande dessinée de 1914 à 2009, Cinq Continents,
Milan, 2009.
MARIE Vincent, Enseigner la souffrance et la
mort à partir de C’était la guerre des tranchées
de Tardi, CRDP Poitou-Charentes, 2009.
Antonio MARTIN: Les dessinateurs de Franco. Humour graphique
et bande dessinée pour une après-guerre
La Guerre Civile espagnole, qui se solda par la victoire des militaires
insurgés contre la République, soutenus par les forces les
plus réactionnaires de la société espagnole, déboucha
sur un Etat totalitaire dominé par le général Francisco
Franco. La propagande joua un rôle fondamental durant les années
1936-1939 au point de déclencher une "guerre de papier" dans laquelle
l’humour graphique et la BD furent mis au service d’idéologies extrêmes
qui utilisèrent ces médias à des fins politiques. Il
convient, dans ce contexte, de souligner l’importance des bandes dessinées
phalangistes et carlistes réalisées par les dessinateurs de
Franco: Flechas, Pelayos, Flecha et Flechas y
Pelayos, qui fonctionnèrent comme des appareils de propagande
du nouveau régime. En face, pour la République, on retiendra
particulièrement les revues d’humour graphique comme L’Esquetlla
de la Torratxa (en Catalogne), No Veas et La Traca.
Durant les années 40, la culture et les media furent durement
mutilés par une censure féroce (1) et la BD
espagnole n’eut d’autre choix que de se soumettre à l’idéologie
et aux intérêts des vainqueurs de la guerre. Nombre d’illustrateurs
et dessinateurs républicains (marxistes, anarchistes ou simplement
démocrates) durent s’exiler en France et en Amérique, quant
à ceux qui restèrent, différents sorts les attendaient:
représailles diverses, prison et camps de concentration (Escobar,
Juez, Liceras, Robledano, Martínez de León), voire, pour certains,
la mort pour de soi-disant délits d’opinion (Acín, Bluff,
Aguirre, Méndez-Álvarez).
La bande dessinée espagnole de l’après-guerre se retrouva
prisonnière de la Nouvelle Espagne que les phalangistes prétendirent
construire en s’inspirant de la Nouvelle Europe d’Hitler. Durant les années
40, la décennie de plomb du franquisme, tous les dessinateurs et
auteurs de BD devinrent les dessinateurs de Franco, même si certains
étaient connus pour avoir un double langage et une double vie (Lozano
Olivares, Lorenzo Goñi). Les intérêts des vainqueurs,
tout comme le joug de leur idéologie, mirent un point d’arrêt
à l’évolution de la BD espagnole d’après-guerre et,
plus largement, de l’ensemble de la culture espagnole.
(1) Voir le film Canciones para después de una guerra,
de Basilio M. Patino:
http://www.youtube.com/watch?v=uBRJSKDg_Ww&feature=related
Références bibliographiques :
Historia del cómic español, 1875-1939. Barcelona.
Editorial Gustavo Gili, 1978. 245 páginas (Capítulo III,
6 y 7 “Guerra Civil y comics”).
Apuntes para una historia de los tebeos. Barcelona. Ediciones
Glénat, 2000, 212 páginas (Capítulo III, “Tiempos
heroicos del tebeo español, 1936-1947).
“Història de la prensa espanyola, 1936-39. Notes per un catàleg
dels tebeos de la Guerra Civil”. El Contemporani, nº 27,
Gener-Juny 2003.
La guerra de papel. El cómic de la Guerra Civil Española.
Cuadernos de Documentación y Bibliografía. 2006, 52 páginas.
Manuel MEUNE: Guerre froide
ou guerre des langues: Tintin au pays de la traduction
Tintin figure parmi les œuvres les plus
traduites: dans le cas de "grandes langues", on devine que
la Guerre froide, dans L'Affaire Tournesol, peut être
perçue différemment selon l'imaginaire national,
mais dans le cas de dialectes pour lesquels tel album de Tintin
est parfois le seul livre traduit, l'enjeu de la traduction est
autre. Dans la réception médiatique de ces adaptations,
le mythe Tintin prend le pas sur l'histoire, petite ou grande,
et la référence aux "vraies guerres" disparait. Déshistoricisée,
l'œuvre d'Hergé devient le lieu d'une nouvelle guerre —
celle qui met aux prises les langues dominantes et dominées.
A une époque où l'identité est un nouveau
graal, le héros est convoqué pour "défendre"
les langues: le travail de mémoire devient métalinguistique,
voire politique — même si la magie des images fait oublier
ces combats — et on en viendrait à douter de l'utilité
du contexte historique dans la pérennité du phénomène
plurilingue qu'est devenu Tintin...
Lucia MIRANDA MORLA: Lisbonne en
deuil, Portugal sans voix ou l'utopie de Salazar
Avec cette communication, je voudrais mettre en lumière
l’œuvre de Miguel Rocha. Les deux ouvrages qui sont au cœur de cette
analyse sont As Pombinhas do Senhor Leitão (1999)
et Salazar: Agora, na hora da sua morte (2006), scénario
de João Paulo Cotrim et dessin de Miguel Rocha. J’emploie
le terme "roman graphique" dans mon titre parce que je considère
que les deux travaux de Rocha répondent à une motivation
et à une ampleur nettement romanesques. La raison pour laquelle
j’ai choisi de dédier cette communication à Miguel Rocha
tient son origine au fait qu’il s’agit d’un auteur peu connu en France
; il est aussi un des très rares auteurs ayant abordé ouvertement,
sans intention humoristique ou caricaturale, le sujet de la dictature
salazariste en bande dessinée. Seul comme "auteur unique" ou
à quatre mains avec Cotrim, Rocha arrive à nous transmettre
l’univers obscur et dépravé de la Lisbonne des années
70, une période qui tient par ailleurs une place essentielle
dans l’histoire récente du Portugal.
Benoît PEETERS:
Naguère Tintin
La guerre et le totalitarisme?
Ils sont presque omniprésents dans Les Aventures
de Tintin, en tout cas pendant les années du
"Petit Vingtième". Dans la première expédition
de Tintin au pays des Soviets, bien sûr. Dans
Le Lotus bleu, non moins. Mais aussi dans L’Oreille
cassée, Le Sceptre d’Ottokar et Au pays
de l’Or noir. La guerre subit une éclipse presque totale
dans les albums parus sous l’Occupation. C’est alors Hergé
que l’on interrogera, et ce procès toujours recommencé
dont il a fait l’objet, lui qui n’avait pourtant pas comparu à
la Libération, au procès du Soir volé. Dès
1944, le dessinateur entra dans une longue crise dépressive,
dont seul un voyage vers la Lune parvint à le distraire:
la guerre n’en est pourtant pas absente. Et elle est plus présente
encore dans un album sur lequel on s’attardera, L’Affaire
Tournesol.
Michel PORRET: L'imaginaire totalitaire
dans la bande dessinée francophone après
la Seconde Guerre Mondiale
Durant les Trente glorieuses, nous l’avons montré,
l’imaginaire spectaculaire de la grande menace caractérise
la bande dessinée francophone (BD)1.
Production massive pour enfants et adolescents, elle décline
volontiers l’aventure selon les canons exotiques ou non du roman
populaire jusqu’aux années 1930. Son contexte socio-historique
l’inspire. La grande épreuve de l’"âge des extrêmes"
(Éric Hobsbawn) qu’est le XXe siècle reste l’expérience
totalitaire contre le libéralisme de l’État de droit.
Entre réalisme et caricature, la BD y fait écho. À
preuve, durant la "montée des périls" dès 1933:
Le sceptre d’Ottokar (1938-1939) ; au cœur de la Guerre
froide: L’Affaire Tournesol (1954- 1955), course-poursuite
entre roman d’espionnage à la John le Carré et farce burlesque,
à suivre Groucho Marx — adepte d’un marxisme qui brise avec la lutte
des classes — devant la réception de l’hôtel Zsnôri
de Szhôd. Après 1945, des États imaginaires de
la BD évoquent l’Europe que scinde le "rideau de fer" (Bordurie,
Poldévie, Braslavie, Koldurie, etc.). Exotisme danubien, police
omniprésente, terrorisme d’État, projets bellicistes: ces
régimes totalitaires ou autoritaires à la Staline ou à
la Tito offrent le cadre manichéen de la quête du bien du
héros démocratique (globe-trotter, détective, journaliste,
etc.). Or, si Tintin, Valhardi, Marc Dacier et la Patrouille des Castors
affrontent les sbires totalitaires pour déjouer la "grande menace"
sur l’Europe libérale, E. P. Jacobs — dans le sillage swiftien d’H.
G. Wells et de G. Orwell — illustre le totalitarisme (Le Secret de
l’Espadon, 1950-1953 ; Le Piège diabolique, 1962) comme
la contre-utopie dictatoriale du monde parfait hors de l’histoire (L’énigme
de l’Atlantide, 1957). À l’optimisme jacobien — échec
de Big Brother contre l’aimable libéralisme de Blake
et Mortimer — suivent le cauchemar climatisé de Jacques Lob et
Jose Bielsa (Les mange-bitume, 1974) et le désespoir
de Chantal Montellier (Shelter, 1980 ; L’esclavage c’est la
liberté, 1984) — double triomphe du projet totalitaire dans
sa vulgate BD néo-orwellienne.
1 "La ‘grande
menace’. L’apocalypse des armes de destruction massive dans la
bande dessinée francophone après la Seconde Guerre
mondiale", in M. PORRET (éd.), Objectif bulles, Bande
dessinée et histoire, Genève, Georg, 2009, pp.
203-231.
Références bibliographiques
:
"Le monde hors du temps. Utopie et Atlantide dans
l’imaginaire de la bande dessinée francophone", à
paraître, Europe.
(DIRECTION): Objectif bulles. Bande dessinée
et histoire, Genève, Georg, coll. sciences humaines
L’Équinoxe, 2009, 302 p., dont: "La bande dessinée
éprouve l’histoire" (pp. 11-41) ; "La ‘grande menace’. L’apocalypse
des armes de destruction massive dans la bande dessinée francophone
après la Seconde Guerre mondiale" (pp. 203-231).
"Tintin est un pacifique, il a toujours été
contre la guerre", in Guerres et paix : mélanges offerts à
Jean-Claude Favez, sous la dir. de Michel Porret, Jean-François
Fayet et al., Genève, Georg, 2000, pp. 503-517.
"Tintin au pays du tintamarre : bruits et silences
de la ligne claire", Équinoxe, revue de sciences
humaines, 19, 1995, pp. 4-26.
Jacques SAMSON
"Celui qui a été ne peut plus désormais
ne pas avoir été (...)"
Vladimir Jankélévitch
En projetant dans la mêlée des masses
de sans-grade, de sans-nom, de sans-visage, la guerre anéantit
toute individualité. La nature immonde et informe de ses
affrontements morcelle à l’infini l’imaginaire et le discours
de ceux qui en ont fait les frais; sauf à fondre leur singularité
dans des mythes et idéaux intégrateurs. Aussi, quand
elle ne sert pas de prétexte — politique, économique,
géographique, culturel, historique, hagiographique, etc.
— pour des enjeux qui ne sont pas d’abord ceux des campagnes menées
sur le terrain en son nom, la guerre est un piètre sujet à
histoires; sauf à extraire du destin collectif le sujet héroïque
d’un récit de bravoure ou de sacrifice. Loin de cette sorte
de prétexte, que reste-t-il à qui veut parler de la
guerre? Loin de tout déchaînement de violence, comment
retracer un parcours de guerre qui ne paraisse pas dépouillé
de substance et de sens? Comment raconter la guerre... sans la guerre?
Comment porter les "combats ordinaires" qu’elle se fait fort de taire?
Comment leur donner en bande dessinée la forme exacte qui leur
convienne? Avec le témoin privilégié dont il se
fait l’auteur — l’ex-soldat américain Alan Ingram Cope —, Emmanuel
Guibert s’emploie à réinventer le sujet de la guerre en
composant autour de lui et de son histoire un sujet commun. Nombreux
sont les défis relevés avec virtuosité par La
guerre d’Alan, parmi lesquels les questions poétiques, éthiques
et esthétiques occuperont une place de choix dans notre réflexion.
Yan SCHUBERT: Inimaginable, indicible, irreprésentable?
La bande dessinée face au génocide juif
Confrontée aux limites du langage formel et iconographique
pour traiter du génocide juif, la bande dessinée, à
l’instar d’autres courants artistiques majeurs, a cherché à
créer un univers de représentations capable d’en rendre compte.
Mais face à un événement souvent décrit comme
indicible ou irreprésentable, elle s’est souvent cantonnée
à reprendre des codes élaborés tant au cinéma
et en littérature en s’appuyant sur les images (semi-)fictionnelles
véhiculées par les films et les récits produits
après 1945, que dans les photographies et les films d’époque,
garants illusoire d’une certaine authenticité. En partant de Maus
d’Art Spiegelman qui marque un véritable tournant dans le traitement
de la question du génocide juif en bande dessinée et offre
à bien des égards une lecture novatrice de l’événement,
nous réfléchirons au rôle fondamental de la photographie
dans la représentation de l’extermination des populations juives
européennes. Alors que Shoah de Claude Lanzmann remet en
question toute représentation du génocide, il sera intéressant
d’étudier comment Mauss et le courant prolixe dans lequel il s’inscrit
(ou qu’il engendre) répondent aux interrogations sur les limites
de la représentation et sur les possibilités du récit.
Référence bibliographique :
Yan Schubert, "Des chats, des souris et des cochons. La bande
dessinée et le génocide juif", in Michel Porret, Objectif
bulles, Bande dessinée et histoire, Genève, Georg,
2009, pp. 160-180.
Philippe VIDELIER: Zone libre: la bande
dessinée à Lyon
Lyon fut quarante années durant l’un des principaux
centres de l’édition de bandes dessinées de "petits
formats" aux tirages faramineux. Elle le doit à la guerre.
L’entrée dans Paris des troupes nazies en juin 1940, la division
de la France en deux, une zone nord occupée et une "zone libre",
ou "zone nono" (non-occupée) obligèrent un certain
nombre d’éditeurs d’illustrés pour la jeunesse à
se réfugier en province. Ce fut le cas de la Librairie Moderne
et des éditions Fleurus à Lyon. Fleurus, d’inspiration
catholique, publiait Cœurs Vaillants et Ames Vaillantes
(c'est-à-dire Tintin) et la Librairie Moderne, autour d’Ettore
Carozzo, réfugié politique, les bandes dessinées
transalpines et américaines. Autour de ces deux pôles s’agglomérèrent
les jeunes gens qui allaient porter sur les fonds baptismaux les "petits
formats". Certains d’entre eux étaient liés à la
Résistance (parfois au plus haut niveau, tel Auguste Vistel, le
créateur des éditions LUG, chef régional des F.F.I.).
Les "petits formats", périodiques vendus en kiosques et apparentés
à la "littérature de gare" (c'est-à-dire peu prisée
des élites) se partageaient des thématiques simples:
western, comique et guerre. Ils avaient pour caractères principaux
d’être anonymes et transnationaux, publiant indifféremment
sous des couvertures attractives et colorées une production
italienne, anglaise, américaine, espagnole, française,
généralement non signée. Ces "petits formats"
mettaient en scène des héros récurrents ou non,
portés par une chaîne industrielle d’auteurs à la fortune
diverse. Ils marquèrent durablement un vaste public populaire
et contribuèrent à structurer, reproduire ou conforter des
représentations et des modèles idéologiques consubstantiels
des Trente Glorieuses. Les titres traitant de la Deuxième Guerre
mondiale font masse. Les Alliés, la Résistance, les as
de la RAF, les combattants du désert ou de la jungle y affrontent
l’ennemi nazi ou nippon et professent les valeurs de courage et d’héroïsme
représentatifs d’un Occident universaliste, alors même
que d’autres enjeux déchirent la scène planétaire:
guerre froide ou décolonisation.
Références bibliographiques
:
Articles généraux
"Comics", article du Dictionary of Transnational
History, Palgrave Macmillan (USA & UK), 2009.
"Les héros de la guerre du papier : il y a
cent ans, naissait la bande dessinée", Le Monde Diplomatique,
décembre 1996 (traduit en allemand, espagnol, italien).
"Comics. Die Neunte Kunst und die Jugend der Welt",
Lettre International (Berlin), Marz 1994.
"Comics a maldi sveta", Lettre Internationale
(Prague), zima 1993-1994.
"Tineretea lumii", Lettre Internationale (Bucarest),
n°7, toamna 1993.
"La jeunesse du monde", Lettre Internationale
(Paris), été 1993.
Ethnologie politique de la Bande Dessinée
"Un rêve américain" et "L’Histoire en
noir et blanc", in Maîtres de la bande dessinée
européenne, Bibliothèque nationale de France
- Le Seuil, catalogue de l’exposition à la BNF, octobre 2000
(dir. Thierry Groensteen).
"América Latina en el Espejo de las viñetas",
Voces y Culturas (Barcelone), n°8, 2° semestre
1995.
"Portrait d’Hergé en étoile mystérieuse",
Ras l’front, juillet-août 1994.
"En quête de l'Eldorado, découverte
du dieu blanc", Le Monde Diplomatique, juillet 1992.
"La découverte du malheur : les bandes dessinées
de l'âge atomique", Alliage, n°10, hiver 1991.
"La guerre froide racontée aux enfants", Le
Monde Diplomatique, août 1990 (repris dans Manière
de Voir – Le Monde Diplomatique, n°107, octobre-novembre
2009, sous le titre: "Satan, la sorcière et les “Rouges”".
"Bandes dessinées et engagement politique,
aventures individuelles dans l'histoire du siècle", Le
Monde Diplomatique, août 1988.
"Dictateurs de papiers et républiques ubuesques
inspirées de modèles souvent trop réels :
l'Amérique Latine dans le miroir de la bande dessinée",
Le Monde Diplomatique, septembre 1986.
La Santé dans les bandes dessinées
(programme réalisé pour l’Organisation Mondiale de la
Santé)
La santé dans les bandes dessinées
(ouvrage avec Pierine Piras), Paris, Éditions Frison-Roche/CNRS
Editions, 1992, 191 pages.
"Dessiner pour la santé" (avec Pierine Piras),
La Santé de l'homme, n°300, juillet-août 1992.
"Strip cartoons for health" (avec Pierine Piras),
World Health, May-June 1992 (paru également en
français, espagnol, portugais, russe).
"L’image des maux" (avec Pierine Piras), Autrement,
"l’Homme contaminé : la tourmente du sida", série
Mutations, n°130, mai 1992.
"Bulles de fumée : les bandes dessinées
et le tabac" (avec Pierine Piras), La Santé de l'Homme,
n°294, juillet-août 1991.
"La santé par la bande" (avec Pierine Piras),
La Santé de l'Homme, revue du Comité Français
d’Éducation pour la Santé, n°289-290, novembre-décembre
1990.
"La santé des bandes dessinées" (avec
Pierine Piras), Forum Mondial de la Santé – revue
internationale d'éducation sanitaire, Organisation Mondiale
de la Santé, n°1, 1990. (paru également dans
World Health Forum, Foro Mundial de la Salud, et en édition
arabe).
Organisé par l'Equipe de Recherche sur les
Littératures, les Imaginaires
et les Sociétés
de l'Université de Caen Basse-Normandie
en association avec le Centre
de Recherche sur les Littératures et la Sociopoétique
de l'Université Blaise
Pascal de Clermont-Ferrand