DU LUNDI 2 JUILLET (19 H) AU LUNDI 9 JUILLET (14 H) 2007
DIRECTION : Christophe BIDENT
ARGUMENT :
Maurice Blanchot reconnu très tôt par ceux qui allaient devenir ses meilleurs amis (Levinas, Bataille, Antelme, Des Forêts, Mascolo), mais également par d’autres qui lui furent d’abord hostiles (comme Sartre), aura suscité cinquante années durant une reconnaissance à la fois vive et secrète, confidentielle et internationale, provenant d’horizons aussi divers que la littérature, la critique, la philosophie, la politique, l’art ou la médecine. Plus récemment, son travail est devenu l’enjeu de nombreux livres, recueils et colloques, en Angleterre, en Espagne, en Russie, ou encore au Brésil, aux Etats-Unis, en Australie. L’attention des chercheurs se porte de plus en plus sur les récits, alors que les derniers textes fragmentaires restent peu étudiés.
Il reste ainsi tant à déchiffrer de cette œuvre que nul ne saurait légitimement imposer une orientation particulière à cette rencontre. Il convient donc que celle-ci, qui se tiendra à l’occasion du centième anniversaire de la naissance de l’écrivain, évite simplement les pièges de l’admiration mimétique et de la polémique stérile. Et qu’elle soit, au contraire, l’occasion d’exercer une parole libre tout en croisant des interrogations propres, d’autant plus propres qu’altérées chaque fois qu’elles rencontrent la densité du texte de Blanchot.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Lundi 2 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants
Mardi 3 juillet
Matin:
Jean-Luc NANCY: « Un plaisir immense »
Kevin HART: Le rapport du troisième genre: contre Aristote, contre Augustin, contre tous plus ou moins
Après-midi:
Pierre MADAULE: "La vengeance d'Adam"
Pierre-Antoine VILLEMAINE: Modification
Soirée:
Film avec Philippe Lacoue-Labarthe
Mercredi 4 juillet
Matin:
Danielle COHEN-LEVINAS: Levinas, Blanchot: l'amitié dans le texte
Jérémie MAJOREL: Starobinski et Derrida lecteurs de Blanchot
Après-midi:
Christophe BIDENT: De la chronologie à la théorisation
Jonathan DEGENÈVE: La transformation de la vie en destin. Malraux, Sartre et Blanchot
Soirée:
Table Ronde: Sur la traduction de Blanchot
Jeudi 5 juillet
Matin:
Pascal POSSOZ: La médecine en filigrane dans la vie et l'œuvre de Blanchot
Martin CROWLEY: Touche – là
Après-midi:
REPOS
Soirée:
Grands soirs et petits matins (1968), de William KLEIN
Vendredi 6 juillet
Matin:
Vanghélis BITSORIS: Blanchot, Derrida: du droit à la mort au droit à la vie
Gisèle BERKMAN: Blanchot, Derrida: l'amitié, l'écriture, la déconstruction
Après-midi:
Serge ZENKINE: Maurice Blanchot et l'image visuelle
Chris FYNSK: De Thomas à Thomas
Soirée:
Lectures de textes de Blanchot en diverses langues
Samedi 7 juillet
Matin:
Ian MACLACHLAN: Lire, écrire: Blanchot et Laporte
Dominique RABATÉ: Blanchot aujourd'hui: emprise et rejets (Pingaud, Puech, Haenel, Quignard, Millet)
Après-midi:
Didier CAHEN: Quand je mourrais...
Jérôme DUWA: La Déclaration des 121: un texte fait par tous et non par un
Etienne BALIBAR: Blanchot l'insoumis
Soirée:
Film: « Maurice Blanchot », réalisé par Hugo Santiago
Dimanche 8 juillet
Matin:
Michaël HOLLAND: D'un retour au tournant. Politique et narration chez Blanchot
Leslie HILL: Qu'appelle-t-on "désastre"?
Après-midi:
Frédéric MORA: L'impossibilité d'une île
Daniel DOBBELS: Le dernier geste du dernier homme
Lundi 9 juillet
Matin:
Conclusions
Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS
RÉSUMÉS :
Vanghélis BITSORIS: Blanchot, Derrida: du droit à la mort au droit à la vie
Dans le texte La littérature et le droit à la mort, Blanchot érige la valeur du risque de la vie en droit à la mort, en associant l’action révolutionnaire à celle qu’incarne la littérature. Le point culminant de ce droit à la mort est la Terreur. D’où la référence blanchotienne à la Phénoménologie de l'Esprit de Hegel, à la pensée de Sade et de Bataille. Face à ce droit à la mort qui est conçu comme l’essence d’un droit propre à l’être humain, Derrida oppose le droit à la vie. Si Blanchot présuppose que nous sommes déjà morts, Derrida affirme que nous sommes tous des survivants en sursis. A la place de la volonté qui met en danger mortel la vie pour affirmer la souveraineté de la conscience et du sujet, Derrida nous incite à préférer la vie et à affirmer la survie.
Didier CAHEN: Quand je mourrais...
Je souhaite parler de la vie de Blanchot. Cette vie, si elle n’a rien d’un vécu immédiat, reste cependant une vie vivante, archi-vivante, qui se conçoit à l’intérieur de l’homme et ne doit rien au ciel ! J’espère montrer en quoi les personnages de ses récits auront permis à l’écrivain d’envisager comme il se doit la vie ; combien, en somme, Blanchot aura appris à vivre avec ses "créatures".
Pour mieux la situer, ce court extrait de "Qui a peur de la littérature?" — ce livre où j’essayais de présenter et détailler les vivres de cette vie-là: "Fécondité de la littérature quand l’œuvre avoue sa dimension unique. Là-bas, lorsque l’on cherche dans la nuit du temps ce n’est pas l’homme qui donne son sens à l’œuvre, mais l’œuvre qui donne sa vie à l’homme".
Martin CROWLEY: Touche – là
Dans les dernières pages de la section 'La solitude essentielle', qui ouvre L'Espace littéraire, quelqu'un (disons, pour le moment, Maurice Blanchot) nous pose la question suivante: "qu'arrive-t-il quand ce qu'on voit, quoique à distance, semble vous toucher par un contact saisissant, quand la manière de voir est une sorte de touche, quand voir est un contact à distance?" Touché, le regard s'abîme, se perd dans les gouffres de la fascination; ainsi ce "contact à distance" ruine-t-il toute possibilité de possession sensible. Il s'agira ici de poursuivre ces réflexions (en déplaçant l'accent de la vision sur la lecture), en examinant le régime référentiel de certains récits blanchotiens. Afin de cerner au plus près les enjeux de ce "contact à distance", une attention particulière sera accordée aux moments privilégiés d'une mise en scène du toucher, ainsi qu'au mode d'existence dans ces récits de références spécifiques, historiques ou même personnelles.
Jérôme DUWA: La déclaration des 121: un texte fait par tous et non par un
Comme le dit expressément le récit qu’en fait Blanchot dans Pour l’Amitié, la déclaration des 121 est née de la rencontre d’un désir commun qu’"il faut faire quelque chose" eu égard aux événements d’Algérie. A partir de cette reconnaissance mutuelle qui met initialement en jeu Dionys Mascolo, Jean Schuster et Maurice Blanchot, un texte va se construire en mêlant sans confusion ces voix auxquelles d’autres afflux vont encore être associés. Pour des raisons qui tiennent profondément à la nature de leur engagement dans l’histoire qui se fait, les acteurs de cette parole partagée n’ont jamais voulu prendre la posture de l’historien. Puisque les archives de ce texte qui "créa l’événement" ont été préservées par Dionys Mascolo et confiées à l’IMEC, l’opportunité nous est offerte d’en étudier précisément les différentes versions, non pas simplement par un assez vain souci d’attribution de tel mot à tel rédacteur, mais surtout pour mieux comprendre ce moment d’exception d’une mise en commun de la pensée.
Leslie HILL: Qu'appelle-t-on "désastre"?
On le sait: c’est en rapportant à l’écriture le mot de « désastre » que s’ouvre ce qui aura été le dernier grand ouvrage de Blanchot, paru il y a maintenant plus d’un quart de siècle. Désastre: événement funeste, malheur grave, dégât, ruine, échec complet, entraînant de graves conséquences, affirme le dictionnaire. Le livre de Blanchot — mais s’agit-il encore d’un livre? — serait donc « né sous une mauvaise étoile ». Mais qu’appelle-t-on « désastre »? Et comment celui-ci se rapporte-t-il à l’écriture, à ce que dans L’entretien infini Blanchot appelait: « le neutre le fragmentaire », et à ce qui, dans le texte même de L’écriture du désastre, se dit « changement d’époque »? Dans cette communication, je m’efforcerai d’avancer un peu dans cette voie en proposant ainsi quelques éléments de lecture de L’écriture du désastre.
Références Bibliographiques :
Ouvrages
Blanchot : Extreme Contemporary, London, Routledge, 1997, xii + 302 pp., ISBN 0 415 09173 X (hb), 0 415 09174 8 (pbk), repris en 2001 comme e-book, ISBN 0 203 00475 2.
Bataille, Klossowski, Blanchot : Writing at the Limit, Oxford, Oxford University Press, 2001, x + 277 pp., ISBN 0 19 815971 4.
After Blanchot : Literature, Philosophy, Criticism, textes rassemblés par Leslie Hill, Brian Nelson, et Dimitris Vardoulakis, Newark, University of Delaware Press, 2005, ISBN 0 87413 946 5.
Chapitres, articles de revue
« “Ein Gespräch” : Blanchot depuis Heidegger jusqu'à Hölderlin », Revue des sciences humaines, special issue on Maurice Blanchot, edited by Roger Laporte, 253, January-March 1999, 187-208, ISSN 0035 2195.
« D’un nihilisme presque infini », in Maurice Blanchot : récits critiques, textes réunis par Christophe Bident et Pierre Vilar, Tours, Farrago, 2003, 377-93, ISBN 2 84490 130 1.
« La pensée politique », Le Magazine littéraire, 424, October 2003, 35-8, ISSN 0024 9807.
« Les actes du jour » (October 2003), L’Espace Blanchot internet site http://www.blanchot.fr.
« Maurice Blanchot has died… », in Nowhere without No : In Memory of Maurice Blanchot, textes réunis par Kevin Hart, Stray Dog Editions, Vagabond Press, Sydney, 2003, 20-2, ISBN 0 95751506 0 X.
« A Fragmentary Demand », in The Power of Contestation : Perspectives on Maurice Blanchot, textes réunis par Kevin Hart et Geoffrey H. Hartman, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2004, 101-20, 205-9, ISBN 0 8018 7962 0.
« “An Outstretched Hand…” : From Fragment to Fragmentary », in Blanchot, The Obscure, textes réunis par Rhonda Khatab, Carlo Salzani, Sabina Sestigiani, and Dimitris Vardoulakis, Colloquy : text theory critique, 10, novembre 2005, 282-96, http://www.arts.monash.edu.au/others/colloquy/issue10/hill.pdf.
« “Distrust of Poetry” : Levinas, Blanchot, Celan », MLN, 120, 5, hiver 2005, 986-1008, ISSN 0026 7910.
« De seuil en seuil… », Maurice Blanchot, la singularité d’une écriture, Les Lettres romanes, hors série, à paraître.
« Le tournant du fragmentaire (prolégomènes) », Europe, numéro spécial sur Maurice Blanchot, textes réunis par Evelyne Grossman, à paraître.
Michaël HOLLAND: D'un retour au tournant. Politique et narration chez Blanchot
Vers 1937, faussant compagnie aux "années tournantes" de l’entre-deux-guerres, Maurice Blanchot renonce à toute activité politique à la faveur, semble-t-il, d’une retraite vers le temps hors temps de l’écriture de fiction. Comment rendre compte de ce mouvement? Quand exactement a-t-il lieu, et comment? Selon quelle modalité peut-on passer de la politique à la fiction? Est-ce possible, autrement que par un rusé tour de passe-passe? De telles questions forment depuis plusieurs décennies le point névralgique de toute lecture des écrits de Blanchot pris dans leur ensemble. En outre, le trouble dont elles affectent la réflexion s’intensifie lorsqu’on constate que, par un renversement apparent de ce mouvement de retraite, Blanchot semble abandonner la fiction à partir de 1957 pour revenir à la politique. "Retour" qui s’opère sous le signe du tournant. Ma communication tentera une exploration des détours de ce retour et de ce tournant.
Ian MACLACHLAN: Lire, écrire: Blanchot et Laporte
Roger Laporte (1925-2001) a soutenu un rapport de lecture et d’écriture avec l’œuvre de Blanchot tout au long de sa carrière d’écrivain. Les extraits publiés de ses carnets, ainsi que les diverses études qu’il a consacrées à Blanchot, témoignent d’une lecture passionnée et sans cesse renouvelée de ses romans, récits, et écrits critiques. On discerne les traces de cette lecture partout dans l’œuvre de Laporte et surtout dans ces textes repris dans Une Vie (1986), extraordinaire aventure d’une écriture. Pour sa part, Blanchot a commenté les textes de Laporte à diverses reprises, de façon révélatrice quoique passagère. Cette communication proposera de sonder l’enjeu de cet entrecroisement de deux œuvres singulières sous l’égide de la notion d’une « lecture écrivante ».
Pierre MADAULE: "La vengeance d'Adam"
L'expression "la vengeance d'Adam" que l'on trouve une fois dans le texte de Thomas l'obscur, version de 1941, serait du même mouvement prophétique et opératoire. Sa mise en œuvre, qui suppose l'identification possible du personnage nommé Thomas à l'Adam de la Bible vu comme représentant de l'humanité entière, impliquerait de la part du scripteur-opérateur qu'il perde ici le contrôle de ce qu'il pourrait encore écrire en tant qu'homme ordinaire, même damné, et que donc il s'abandonne à son double, à son spectre, à son "épave" noyée en lui, bref à ce qu'il resterait encore de sa personne après la noyade du premier chapitre de Thomas l'obscur....
Dominique RABATÉ: Blanchot aujourd'hui: emprise et rejets (Pingaud, Puech, Haenel, Quignard, Millet)
Cette communication veut décrire et analyser ce que Blanchot a représenté et continue de représenter pour un nombre important d’écrivains aujourd’hui, dans leur pratique comme dans leur réflexion sur l’écriture, écrivains qui s’en réclament explicitement ou qui s’en écartent de manière plus ou moins polémique. Je pense à Bernard Pingaud, Jean-Benoît Puech, François Dominique, Pascal Quignard, Richard Millet ou Yannick Haenel, sans que la liste soit encore limitative. Selon certains moments qu’il faut envisager en diachronie depuis les années 70, et sans étudier ceux qui auront été les plus évidemment proches de Blanchot (Laporte, Noël, Madaule), c’est le rôle de modèle à copier ou à rejeter que je souhaite comprendre, modèle invoqué ou non, directement ou indirectement mis en scène. Dans cette persepctive, on s’efforcera de faire la part entre le “blanchotisme” comme idéologie littéraire et ce qui incombe plus strictement à Blanchot.
Serge ZENKINE: Maurice Blanchot et l'image visuelle
Destructive et autodestructive, "ressemblante à elle-même" et informe, remplaçant la projection optique à distance par le contact corporel "rapproché", et le jour intellectuel par la fascination aveugle et la régression biologique, l'image chez Blanchot n'est pas la reconstitution esthétique d'un monde intelligible, mais une rivale redoutable de la pensée rationaliste, la trace des forces élémentaires et/ou sacrées, des substances continues du néant "intime" qui s'opposent à la discontinuité de la pensée et du langage. Elle ne peut pas être "admirée", on est contraint de lutter contre elle, et les personnages de Blanchot, de même que l'auteur même, sont aux prises avec l'image.
BIBLIOGRAPHIE :
Bibliographie critique
- Christophe Bident, Maurice Blanchot, partenaire invisible, Champ Vallon, 1998.
- Christophe Bident, Reconnaissances, Antelme, Blanchot, Deleuze, Calmann-Lévy, 2003.
- Jacques Derrida, Parages, Galilée, 1986.
- Jacques Derrida, Demeure – Maurice Blanchot, Galilée, 1998.
- Kevin Hart, The Dark Gaze, University of Chicago Press, 2004.
- Leslie Hill, Blanchot, Extreme Contemporary, Routledge, London/New York, 1997.
- Leslie Hill, Bataille, Blanchot, Klossowski, Writing at the limit, Oxford University Press, 2001.
- Mike Holland (éd.), The Blanchot Reader, Blackwell, Oxford, 1995.
- Emmanuel Lévinas, Sur Maurice Blanchot, Fata Morgana, Montpellier, 1975.
- Pierre Madaule, Une tâche sérieuse ?, Gallimard, 1973.
- Jean-Luc Nancy, La Communauté désœuvrée, Christian Bourgois, 1983.
- Jean-Luc Nancy, La Déclosion, Galilée, 2005.
- Daniel Wilhem, Maurice Blanchot : la voix narrative, U.G.E., coll. 10/18, 1974.
- Daniel Wilhem, Maurice Blanchot, intrigues littéraires, Léo Scheer, 2005.
Numéros spéciaux de revues, ouvrages collectifs
- Maurice Blanchot, récits critiques, dir. Christophe Bident et Pierre Vilar, Farrago, 2003.
- Critique, n°229, Maurice Blanchot, juin 1966.
- Lignes, n°11, Maurice Blanchot, septembre 1990.
- Revue des sciences humaines, Maurice Blanchot, Lille, septembre 1998.
- The Oxford Literary Review, n°22, Maurice Blanchot, 2000.