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Page mise à jour le 20 avril 2009 "
DU SAMEDI 4 OCTOBRE (13 H) AU MARDI 7 OCTOBRE
(14 H) 2008
HENRI CARTIER-BRESSON : IMAGES DE L'HISTOIRE
DIRECTION : Jean-Pierre MONTIER
ARGUMENT :
L’année
2008, centenaire de la naissance d’Henri Cartier-Bresson,
sera l’occasion de porter un regard neuf sur son œuvre
telle qu'elle s'est constituée, de s’interroger sur
sa place dans les divers courants esthétiques du XXème
siècle, et par-delà la reconnaissance dont elle
bénéficie, sur ce qu'elle réserve
pour les générations futures. C’est dans cet esprit
que sera organisé un colloque en deux parties.
La première partie,
Henri Cartier-Bresson: images de l’histoire, à
Cerisy, sera plus particulièrement orientée
en direction des engagements ou implications du photographe, de
la dimension politique de son œuvre, de sa signification en termes
d’histoire culturelle. Henri Cartier-Bresson est proche de la
figure de "l’intellectuel", mais, en dépit de ses engagements
nombreux et de la volonté permanente de s’impliquer,
sans jamais s’y conformer vraiment. Sa situation, plus complexe,
mérite analyse, de même que le rôle qu’il
a joué, du fait de sa stature même, dans les
débats théoriques ayant marqué l’histoire,
plus singulière, de la réflexion sur la photographie.
La seconde partie Revoir
Cartier-Bresson, qui se tiendra au musée du Petit
Palais les 14 et 15 novembre 2008, lors du "Mois de la Photo",
déclinera les questions d’élaboration, de
diffusion et de réception de l’œuvre.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Samedi 4 octobre
Matin:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Après-midi:
Françoise
DENOYELLE: Emergence et circulation des premières photographies
publiées
Sophie TRIQUET: Henri
Cartier-Bresson et son rôle fondateur dans l'approche
de l'image photographique en Espagne
Anne HENAULT: Points d'acuité,
points d'identité
Soirée:
Présentation du Centre culturel et des participants
Dimanche 5 octobre
Matin:
Danielle LEENAERTS:
"L'Espagne parle", 1933: un reportage inaugural (texte présenté
par Jean-Pierre MONTIER)
Jean ARROUYE: Le sillage surréaliste
Jean-Paul COLLEYN: Photo et
ethno-graphies. Saisir le temps de Cartier-Bresson
Après-midi:
Jorge PULLA: L'engagement
d'Henri Cartier-Bresson. Ses images de l'Espagne d'après
une perspective benjaminienne
Myriam CHERMETTE:
La collaboration de Cartier-Bresson à Ce Soir : le
traitement de l'actualité par Henri Cartier-Bresson
Laurent AUBAGUE: Le chien de
Quetzalcoalt et l'ombre des pyramides
Lundi 6 octobre
Matin:
Jean-Pierre MONTIER:
H. C.-B. : USA/URSS
Caroline ZIOLKO:
Henri Cartier-Bresson, le franc-tireur de la street photography
Après-midi:
Bruno CHALIFOUR:
L'Amérique de Cartier-Bresson
Danièle MÉAUX:
Voyages en Chine
Yvon INIZAN: "Comme
aller loin, dans les pierres" : Henri Cartier-Bresson
et Yves Bonnefoy
Mardi 7 octobre
Matin:
Toviraaj RAMCHARIT:
Henri Cartier-Bresson, quel regard libertaire?
Table Ronde Conclusive
Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS
RÉSUMÉS :
Jean
ARROUYE: Le sillage surréaliste
Henri Cartier-Bresson, dans un texte d’hommage à André
Breton, a écrit: "c’est au surréalisme que je dois
allégeance" et, dans la présentation de ses images
de Moscou, il dit de sa photographie qu’elle est une "poursuite
[du] hasard objectif". En conséquence, dans une première
partie, la communication cherchera à établir ce
que sa pratique de la photographie doit au surréalisme
(le hasard objectif y joue-t-il vraiment un rôle et quel
aspect de celui-ci: réitération événementielle?
coincidence inattendue? surprise, célébrée
par André Breton et invoquée par Henri Cartier-Bresson
dans la préface aux Européens? L’"harmonie"
et la "géométrie", si souvent prônées
par le photographe sont-elles des avatars du merveilleux surréaliste?
La "flânerie active" qui, au dire d’Henri Cartier-Bresson,
lui donne occasion de prendre des photographies heureuses est-elle
de nature semblable à la déambulation d’André
Breton dans Nadja? "L’émotion procurée par le
sujet et la beauté de la forme" que le photographe confesse est-elle
comparable à l’émerveillement éprouvé par
le poète devant certains spectacles de rencontre?, etc.). Dans
un deuxième temps, il sera examiné sur quelques exemples
topiques comment cet héritage du surréalisme semble
déterminer la forme et le contenu (déclarés
totalement solidaires, à plusieurs reprises, par Henri
Cartier-Bresson) de certaines des photographies des reportages
historiques sur l’Allemagne, la Russie, La Chine et autres pays.
Laurent AUBAGUE:
Le chien de Quetzalcoalt et l'ombre des pyramides
Henri Cartier Bresson est allé au Mexique
en 1934 et 1964. Il en a ramené 54 photos qui constituent
ses Carnets Mexicains. La vision de ces clichés
montre les différentes facettes d'un pays qui a su retenir
le regard du photographe dans sa diversité la plus multiple,
la plus secrète, et la plus profonde. En essayant aujourd'hui
de comparer ces deux visions construites à 30 ans d'intervalle
et en les confrontant avec ce que l'on peut voir du Mexique des années
2000, on comprend pourquoi Carlos Fuentes, dans la préface
des Carnets Mexicains, a affirmé que Cartier Bresson
"a photographié l'éternité mexicaine". A partir de
l'analyse de quatre photos, cette communication voudrait montrer
comment, sous les généralités d'une approche globale,
certains traits beaucoup plus fins et affranchis des stéréotypes
permettent d'approfondir encore le regard mexicain de Cartier Bresson.
Bruno CHALIFOUR: L'Amérique
de Cartier-Bresson
Après la France, les Etats-Unis sont sans doute
le pays, et la culture, où l'approche "Cartier-Bressonesque"
d'un medium éminemment technologique et moderniste, la photographie,
fut le plus rapidement reconnue appréciée, et montrée.
La tradition photographique déjà fortement établie
en Amérique — et ce depuis près de 70 ans, lorsque
les premières œuvres de Cartier-Bresson furent exposées
à la galerie Julien Levy de New York dans les années 1930
— rend l'étude des causes d'un tel intérêt réciproque
d'autant plus intéressante, ainsi que celle de ses conséquences
sur la photographie américaine. A travers une approche historique
et esthétique, voire philosophique, de la photographie américaine
et de l'œuvre du photographe, mon travail tentera d'expliquer le phénomène
de la relation Amérique/Cartier-Bresson des années
1930 aux années 1990 — l'impact de l'œuvre photographique
allant en effet au-delà de la dernière exposition innovante
de Peter Galassi au MoMA de New York en 1984.
Myriam CHERMETTE: La collaboration
d’Henri Cartier-Bresson à Ce Soir : le traitement
de l'actualité par Henri Cartier-Bresson
Cette communication se propose
de revenir sur les premières armes d’Henri Cartier-Bresson
dans la presse. Par sa collaboration à Ce soir,
ce fils de famille, peintre, aventurier, obtient un statut officiel,
réglementé par la loi de 1935, qui en fait un "journaliste
assimilé" et lui permet d’obtenir une carte de presse. Selon
quelles modalités travaille-t-il pour la publication
de Louis Aragon et Jean Richard Bloch? Comment se concilient
les contingences d’une rédaction de presse quotidienne,
toujours dans l’urgence, à la recherche de la réussite
commerciale(1), et les ambitions du photographe
« qui faisait des photographies artistiques »(2)?
Dans un témoignage rétrospectif, Henri Cartier-Bresson
précise: "On était payé au mois (…) Aragon nous
fichait une paix royale (…). Nous étions tout le contraire
de salariés. Ce Soir nous a servi un peu de modèle
quand il s’est agit d’imaginer le fonctionnement de l’agence Magnum"(3).
Dans quelle mesure Ce Soir a-t-il pu être un laboratoire
d’essai pour le jeune photographe? Était-il ou non, un photographe
"comme les autres" à cette époque? Cette analyse,
fondée entre autres, sur un corpus d’images publiées,
permet d’aborder la production d’Henri Cartier-Bresson pour
Ce Soir. Au-delà des grands événements
comme le couronnement du roi George VI, quelle actualité
traite le photographe, quel regard lui porte-t-il? Et qu’en retient
la rédaction de Ce Soir? Est-ce que le paradoxe
soulevé en première partie se résout dans
les affinités idéologiques et politiques, qui tendent
à défendre l’idéal communiste? Cette production,
enfin, se distingue-t-elle de la masse des images publiées
dans le quotidien, produites par des agences ou d’autres photographes?
Quelle visage donne-t-elle du travail d’Henri Cartier-Bresson, par
rapport à celui qui émerge des magazines illustrés
comme Regards ou Vu?
(1) Ce Soir connaît
un certain succès et passe de 120 000 exemplaires
en 1937 à 250 000 en 1939, ce qui représente
une réussite notable dans le contexte morose que connaît
alors la presse quotidienne parisienne.
(2) Interview accordée
à Michel Guérin dans Le Monde le 6 août
1944.
(3) Ibid.
Jean-Paul COLLEYN: Photo
et ethno-graphies. Saisir le temps de Cartier-Bresson
Il s'agira de réfléchir sur L'homme et son contexte.
Cet itinéraire fera croiser celui de quelques illustres voyageurs:
Arthur Rimbaud, Aby Warburg, Victor Segalen, Antonin Artaud, Pierre
Verger, Michel Leiris, Jean Rouch. Dans le cas d'Henri Cartier-Bresson,
les lois de composition photographiques mises en œuvre par l'artiste,
loin de s'opposer aux qualités documentaires, forment précisément
le dispositif qui permet de regarder. Comme pour l'ethnographe, la question
de l'autre ne s'ajoute pas, elle est toute la question. Il s'agit, comme
le disait HCB, de témoigner, de se souvenir, de prendre parti,
de découvrir et non pas inventer.
Françoise
DENOYELLE: Emergence et circulation des premières
photographies publiées
L’objet de cette communication
est de tenter de cerner dans quelles conditions précises
ont été diffusées les photographies de
Henri Cartier-Bresson avant la création de Magnum. Le
corpus considéré concerne essentiellement les photographies
diffusées ou évoquées (comptes rendus
d’expositions) dans la presse (revues, numéros spéciaux,
presse magazine, presse quotidienne) notamment par le canal
d’Alliance Photo avec laquelle il collabore encore à la
Libération (cf. correspondance de Cartier-Bresson dans
les archives d’Alliance Photo). L’étude sera fondée
sur les publications, à partir de 1932-1933, comme Arts
et Métiers graphiques, Vu, Ce soir et Regards... Quels
sont les milieux influents en marge des cercles de la peinture et
de la littérature et ceux des surréalistes? Quel rôle
jouent les hommes de presse et d’édition comme Lucien
Vogel, Charles Peignot, Maximilien Vox d’une part et l’éditeur
de Minotaure et de Verve: Thériade, d’autre
part. Un autre cercle, le groupe assez informel des photographes
de l’AEAR qu’il côtoie à son retour de New York mais
dont il a connu la plupart d’entre eux avant ses voyages. Comment
se situe Henri Cartier-Bresson par rapport à des photographes
comme Chim, Robert Capa, Germaine Krull André Kertész
et Eli Lotar... qui doivent gagner leur vie avec leurs photographies
et passent d’une commande à l’autre dans un décloisonnement
des pratiques dans laquelle s’inscrivent les photographes des années
trente? La collaboration à Ce soir d’Aragon à partir
de 1937. Dans quel corpus de photographies se situent celles de Henri
Cartier-Bresson et quel est leur rôle dans la constitution de
l'opinion publique?
Anne HENAULT: Points d'acuité,
points d'identité
L'œuvre photographique d'Henri Cartier-Bresson a marqué pour
beaucoup de nations une sorte de commencement absolu de la photographie.
La photographie espagnole n'est certainement pas la seule à lui
accorder un tel rôle fondateur. Nous projetons de réfléchir
sur les analyses que la sémiotique visuelle (Jean-Marie Floch et
ses élèves) a consacrées à quelques photographies
de Cartier-Bresson, mais aussi de Boubat, afin de contribuer à cerner
ce qui dans la forme de l'expression propre à Cartier-Bresson lui
confère ce caractère inaugural, voire l'allure d'un appel
du type "lève-toi et marche!".
Yvon INIZAN: « Comme aller
loin, dans les pierres » : Henri Cartier-Bresson
et Yves Bonnefoy
"Comme aller loin, dans les pierres" : en ce titre, un mouvement
et tout autant une comparaison, une image. Il s’agit du titre d’un livre
de Yves Bonnefoy paru en 1992 et dans lequel figuraient sept lithographies
originales d’Henri Cartier-Bresson. Un ouvrage commun qui venait ponctuer
une longue relation, une amitié ; une réalisation qui devait
illustrer une commune préoccupation, un même élan
poétique. En ce titre, donc, l’image d’un mouvement, cependant
reconduit vers le sol. Un lointain offert peut-être par le dessin
d’une sente rocailleuse accrochée aux flancs arides d’un versant.
Et l’on songe aux courbes de la montagne Sainte-Victoire sans doute, puisque
c’est aussi dans la proximité de Cézanne, que le poète
et le photographe en sont venus à entremêler leurs arts.
Ainsi nous nous proposons d’interroger une rencontre, c'est-à-dire
un événement. Nous souhaitons écarter autant que
possible l’approche an-historique de l’œuvre qui chercherait à
reconduire vers une essence du photographique. Et c’est là emprunter
au poète un principe critique quand celui-ci propose, afin de comprendre
ce qu’il en est d’une poétique en son émergence, de reconduire
vers une communauté d’artistes, à un moment donné de
l’histoire. Est-il possible ainsi d’emprunter au poète, pour éclairer
sous l’angle d’une poésie de la présence, l’œuvre du photographe?
Danielle LEENAERTS: "L'Espagne
parle", 1933: un reportage inaugural
En 1933, Henri Cartier-Bresson répond à
la première commande que lui adresse un magazine illustré:
Vu. Dédié aux informations générales
qu’il donne à voir plus qu’à lire, ce magazine fait en
France figure de pionnier dans le champ de la presse illustrée.
L’orientation progressiste insufflée au magazine par son
directeur, Lucien Vogel, se traduit non seulement sur le plan de
la forme, mais aussi sur celui du contenu politique. Les photographies
de Cartier-Bresson s’inscrivent dans une série de trois articles
présentés sous le titre "L’Espagne parle". Elles s’associent
à l’enquête menée par le correspondant du magazine,
Jean Rotvand, sur les réformes entreprises par le nouveau
gouvernement républicain, en place depuis à peine
deux ans. Si cette collaboration de Cartier-Bresson à Vu
restera sans suite, elle nous paraît inaugurale à
plus d’un titre, comme nous le soulignerons dans notre intervention.
D’abord parce qu’elle démontre au photographe lui-même
la possibilité de vivre de ses images en œuvrant comme
reporter. Ensuite parce que sa vision est désormais investie
de la mission, ou de la responsabilité de rendre l’actualité
à travers un style, déjà présent ici.
En passant cette première commande à Cartier-Bresson, Lucien
Vogel a vraisemblablement encouragé cette double prise de conscience.
Celle-ci nous nous paraît fondatrice d’une forme d’exigence qui
est celle d’Henri Cartier-Bresson, face à l’histoire.
Danièle
MÉAUX: Voyages en Chine
Cette contribution consistera en une étude
comparée des photographies réalisées
en Chine par Henri Cartier-Bresson. Certaines sont en noir et
blanc; d’autres sont en couleur. Je m’attacherai à dégager
les effets esthétiques qui découlent, dans ce
cas précis, du recours à la couleur.
Jean-Pierre MONTIER: H. C.-B.:
USA/URSS
La bipolarisation qui a marqué
l’époque de la Guerre froide aura en réalité
dominé idéologiquement la presque totalité
du XXème siècle, et informé les engagements
des intellectuels depuis le milieu des années 20 jusqu’à
la chute du Mur de Berlin. Henri Cartier-Bresson, loin d’avoir
éludé ce clivage, y a inscrit une large partie de son
œuvre. Il partage certaines formes d’anti-américanisme,
tout en étant éminemment sensible à la culture
et à certaines valeurs américaines. Et sur le modèle
de nombreux artistes ou écrivains, il effectue aussi
son "voyage au pays des Soviets" en s’efforçant d’échapper
aussi bien à l’éloge obligé qu’aux illusions
enthousiastes. L’on s’attachera à examiner les subtilités
d’une position qui, certainement, participe des débats
de son époque, mais aussi cherche à s’en dégager
en affirmant constamment des exigences artistiques coïncidant
avec la recherche de vérités humaines. Est-il
enfin indifférent qu’il se soit également attaché
à photographier et à exposer "Les Européens"?
Il y aurait une géopolitique de l’œuvre de Cartier-Bresson
dont nous nous efforcerons de formuler les enjeux.
Jorge
PULLA: L'engagement d'Henri Cartier-Bresson. Ses images
de l'Espagne d'après une perspective benjaminienne
Cette communication envisage
d’expliquer l’évolution d’Henri Cartier-Bresson
au cours de ses premières années d’activité
(1931–1939) d’après les exposés théorétiques
de Walter Benjamin dans Petite histoire de la photographie
(1931) et L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité
technique (1936-39). Walter Benjamin a commencé ses réflexions
sur la photographie sous l´influence du surréalisme.
Dans ce mouvement, et surtout dans le traitement que ses
revues font de la photographie documentaire, Benjamin découvre
le nouveau rôle politique et révolutionnaire que
l’art et la photographie sont appelés à jouer dans
la société industrielle. Benjamin, pourtant, admet
les limitations du surréalisme et sa douteuse effectivité
politique. C’est pour cela qu’il propose le cinéma documentaire
russe et la conjonction de la photographie et du texte comme les
moyens qui doivent prendre la relève de la photographie surréaliste
vis-à-vis de la tâche révolutionnaire. Chez
Henri Cartier-Bresson on peut trouver la même évolution.
En partant d´une position proche du surréalisme, qui
est spécialement évidente dans la thématique
de sa première œuvre, c’est le besoin de lutter contre le fascisme
qui le a poussé vers le photojournalisme et le cinéma
politiquement engagés. Cette communication se sert de la
photographie et des films qu’Henri Cartier-Bresson a tournés
en Espagne afin d´illustrer cette évolution et l’importance
que ce pays y a eu. De l’Espagne traitent tant les trois premiers
reportages qu’il a publiés que ses deux premiers documentaires,
qui accomplissent à la perfection la fonction politique que
Walter Benjamin donnait en 1931 à la photographie qu’il appelle
"constructive": "découvrir dans ses images la faute et designer
le coupable".
Toviraaj RAMCHARIT: Henri Cartier-Bresson,
quel regard libertaire?
"Collectionner des photographies,
c’est collectionner le monde"(1), écrit
Susan Sontag dans la page inaugurale de son décisif
Sur la photographie. On pourrait sans risque surenchérir
avec elle: agencer des photographies, c’est agencer le monde.
Telle semble être la tangible substance de la collaboration
de Henri Cartier-Bresson avec la Confédération
Nationale du Travail (CNT) (2), concours de belles
idées — et photographies — qui se concrétisa sous
la forme d’un ouvrage paru en avril 2000 chez l’éditeur
Nautilus: Vers un autre futur, "un regard libertaire" (3).
Cette originale collaboration apporte fraîcheur, sens et
énergie à chaque arête, là où manifestation
et recréation du signe s’opèrent. Il semble indubitable
que lesdites lignes d’intersection brassent à travers une
époque récente (le violent XXème siècle),
une idéologie pérenne (l’anarchisme) et une "jeune"
expression esthétique (la photographie). Pour autant,
l’ambition de Henri Cartier-Bresson transcende ces lignes directrices
— ces imposants carcans, diraient les anarchistes justement.
N’est-ce pas présentement la définition de l’intellectuel?
Sans intellectualisme déplacé (après tout,
ce n’est pas le genre de la maison), l’auteur remotive le signe
linguistique (au sens de Saussure) en actualisant le discours bakouninien
sur les aspirations libertaires de l’humanité. Les légendes
commentées des photographies, la sur-présence
du texte sur l’image, l’émergence de l’esprit sur les braises
de l’émotion "figée", tels sont les symptômes
d’un engagisme avéré. En interrogeant les notions
de posture intellectuelle, de distance critique ainsi que de la modernité
de la pensée dite anarchiste, nous escomptons mieux cerner le
« phénomène » Cartier-Bresson, l’intellectuel
engagé comme l’homme passionné. "Artiste et historien"
certes, mais l’homme avant l’intellectuel? Avec le texte de Mikhail
Bakounine comme support dynamique, les photographies de Cartier-Bresson
s’accomplissent dans le temps: elles "s’a-chronisent" (4).
Comme l’artiste en somme.
(1) Sontag, Susan, Sur la
photographie, traduit de l'américain par Philippe
Blanchard, Paris, Christian Bourgois, 2000.
(2) CF. site internet: http://www.cnt-f.org/
(3) Cartier-Bresson, Henri, Vers un
autre futur, « un regard libertaire », Paris,
Nautilus, avril 2000.
(4) Nous risquons le néologisme.
Références
Bibliographiques :
Textes politiques: théories
de l’anarchisme
Bakounine, Mikhail Aleksandrovitch, Archives
Bakounine, (VII volumes), Boston, Leiden, E.J. Brill,
1962.
Bakounine, Mikhail Aleksandrovitch, La
Liberté, « Choix de textes », Paris, Pauvert,
1965.
Bakounine, Mikhail Aleksandrovitch, Théorie
générale de la Révolution, textes
assemblés et annotés par Etienne Lesourd ; d'après
G.P. Maximov ; [trad. additives du russe par Marcel Body], Paris,
Les Nuits rouges, 2001.
Biographie
Grawitz, Madeleine, Bakounine: Biographie,
Paris, Calmann-Lévy, coll. « Les Vies des philosophes
», 2000.
Iswolsky, Hélène, La
Vie de Bakounine, Paris, Gallimard, 1930.
Kaminski, Hanns Erich, Bakounine:
la vie d'un révolutionnaire, Paris, La Table
Ronde, coll. « La Petite vermillon », 2003.
Photographie
Cartier-Bresson, Henri, Vers un autre
futur: un regard libertaire, Paris, Editions Nord-Sud,
2000.
Dejay, E. ; Johnson, P. ; Moliterni,
C., Paris mai-juin 1968, Portfolio de 94 documents
légendés au format 21,5 x 28, Paris, Editions
S.E.R.G.
Sophie TRIQUET: Henri Cartier-Bresson
et son rôle fondateur dans l'approche de l'image
photographique en Espagne
À la suite d’un séjour
en Espagne durant l’année 1933, Henri Cartier-Bresson
exposa une sélection de ses images à l’Ateneo
de Madrid. Événement déjà majeur dans
l’actualité photographique de l’époque, cette exposition
bénéficia d’un écho particulier dans
la presse. On pourrait penser qu’elle fut même fondatrice
d’une certaine approche critique de la photographie en Espagne.
En effet, Guillermo de Torre, personnalité liée aux
mouvements d’avant-garde et auteur d’un ouvrage théorique intitulé
Literaturas europeas de vanguardia qui parut en 1925, y trouva
une possibilité de synthèse frappante au sein de ses
recherches esthétiques. S’intéressant aux rapports
entre image et littérature depuis les années 1920,
il fit des images de Cartier-Bresson le lieu d’une définition
"animiste" de la photographie. À travers l’analyse de sa démarche
critique, on tentera d’identifier à la fois l’apport
réel de ce photographe français dans le domaine
de l’image en Espagne et la pertinence de ce point de vue à
l’égard de sa démarche. Quand parut en janvier 1934
l’article de Guillermo de Torre, "Le nouvel art de la caméra
ou la photographie animiste", l’exposition à la galerie Julien
Lévy avait déjà eu lieu et présenté
ces images sous le terme d’ "anti-graphic". Se pose alors la question
d’une interprétation proprement espagnole de ces photographies
et l’impact de celle-ci au sein d’un corpus théorique qui
s’est d’abord attaché à appréhender des images
étrangères, considérant avant tout la photographie
comme un des phénomènes de "l’esprit contemporain".
On tentera de cerner le propos de ce critique espagnol, lecteur
de Delteil, Mac Orlan ou Crevel, face à ces représentations
qui font de la réalité leur motif même. Guillermo
de Torre envisagea en effet d’aborder ces images non plus sous
le seul angle du visible mais du lisible, y rencontrant
ce "renouvellement du mystère", ce "fantastique social" alors
à l’œuvre en littérature.
Caroline
ZIOLKO: Henri Cartier-Bresson, le franc-tireur de la street
photography
Entre regard d’auteur et regard documentaire,
l’œil de Cartier-Bresson permet au photojournalisme de se distancer
de l’événementiel et du simple reportage pour créer
de toute pièce une narration de nature universelle et humaniste,
dépassant ainsi l’instantané anecdotique.
L’observation de certains de ses clichés,
réalisés dans les rues en Europe, en Chine, ou
en Amérique du Nord, permet de découvrir à
travers une approche comparative, visuelle et méthodique,
au delà de la représentation, une démarche originale,
surprenante par sa rigueur mais aussi par sa spontanéité,
celle d’un auteur photographe totalement intemporel.
BIBLIOGRAPHIE :
L’Amérique
furtivement, textes de Gilles Mora, Paris, Le Seuil,
1991.
Paris à
vue d’œil, textes de Vera Feyder et André Pieyre
de Mandiargues, Paris, Le Seuil, 1994 (131 photos n. b.).
Henri Cartier-Bresson
: L’Art sans art, texte de Jean-Pierre Montier,
Paris, Flammarion, 1995 (Prix Nadar) ; éd. angl.: Henri
Cartier-Bresson and the Artless Art, Londres, Thames
& Hudson, 1996 ; éd. am.: Henri Cartier-Bresson
and the Artless Art, Boston, Bulfinch, 1996 ; éd.
all.: Henri Cartier-Bresson : Seine Kunst – Sein Leben,
Munich, Schirmer/Dosel, 1996 ; éd. ital.: Henri
Cartier-Bresson Lo Zen e la Fotografia, Milan, Leonardo
Arte, 1996.
Carnets mexicains,
1934-1964, texte de Carlos Fuentes, Paris, Hazan,
1995.
André Breton,
Roi Soleil, texte et photographies d’Henri
Cartier-Bresson et Gérard Macé, Saint-Clément,
Fata Morgana, 1995.
Tête à
tête, texte d’Ernst H. Gombrich, Londres,
Thames & Hudson, 1998 ; éd. fr.: Paris, Gallimard,
1998.
Paysages, textes
d’Erik Orsenna et Gérard Macé, Paris,
Delpire éditeur, 2001 ; éd. am.: Documentary
and Anti-Graphic Photographs: Manuel Alvarez Bravo, Henri
Cartier-Bresson, Walker Evans, reconstitution de l’exposition
de 1935 à la Galerie Julien Levy de New York, coproduction
Paris, Fondation Henri Cartier-Bresson / Paris, Maison européenne
de la Photographie / Lausanne, musée de l’Élysée,
Göttingen, Steidl, 2004. [cat. d’exposition.].
Henri Cartier-Bresson:
L’œil du siècle, par Pierre Assouline,
Paris, Plon, 1999 / Editions Gallimard, « Folio »,
2001.
Henri Cartier-Bresson,
entre l’ordre et l’aventure, par Jean Clair,
Éd. L’Échoppe, 2003.
Henri Cartier-Bresson,
Des images et des mots, Delpire, coll. «
Dixit », 2003 (ouvrage collectif ; 49 photos); 2e édition
avec DVD, 2004.
De qui s’agit-il?,
textes de Philippe Arbaïzar, Jean Clair, Claude
Cookman, Robert Delpire, Peter Galassi, Jean-Noël Jeanneney,
Jean Leymarie, Serge Toubiana, réalisé par Robert
Delpire / Idéodis Création, Paris, Gallimard
/ BnF, 2003 (476 photos n. b., 3 peintures, 32 dessins); éd.
all.: Wer sind sie?, Munich, Schirmer/Mosel.
Alberto Giacometti
/ Henri Cartier-Bresson, une communauté de regards,
textes de Christoph Becker, Tobia Bezzola, Henri Cartier-Bresson,
Yves Bonnefoy, Paris, coproduction Paris, Fondation
Henri Cartier-Bresson / Kunshaus Zurich, Zurich, Éd.
Scalo, 2005.
Le Silence intérieur
d’une victime consentante, textes d’Agnès
Sire et de Jean-Luc Nancy, Paris, Fondation Henri Cartier-Bresson
/ Paris, Londres, New York, Thames & Hudson, 2006.
Henri Cartier-Bresson
: Scrapbook, Paris, Londres, New York, Thames
& Hudson, 2006 ; éd. ital.: Rome, Contrasto ; éd.
all.: Munich, Schirmer/Mosel.
Avec le soutien de l'Equipe d'accueil CELAM (Université
Rennes 2), de Rennes Métropole,
de la Région Bretagne, de Olympus France et du Ministère
de la Culture