DU LUNDI 3 JUILLET (19 H) AU LUNDI 10 JUILLET (14 H)
2006
REGARDS CROISÉS : CAMILLE CLAUDEL, SA VIE,
SON ŒUVRE
DIRECTION : Silke SCHAUDER
ARGUMENT :
Adoptant une approche pluridisciplinaire de la vie
et de l'œuvre de Camille Claudel, ce colloque vise à réunir,
en vue d'un débat pluriel et contradictoire, des
spécialistes de sensibilités et de disciplines
différentes. Ainsi, des artistes, des éditeurs,
des chercheurs universitaires, des écrivains, des
acteurs, des danseurs, des cinéastes, des fondeurs pourront
mettre en commun l'expérience singulière qu'a
représenté pour eux la rencontre avec la vie et l'œuvre
de Camille Claudel. Par le croisement de nos regards, nous tenterons
de rendre compte de l'infinie complexité de sa création
artistique. Notre réflexion commune prendra origine dans
différentes disciplines qui, par leur confrontation fertile,
permettront de lire et relire l'œuvre et la vie de cette artiste
hors pair.
Parmi les thèmes transversaux,
seront abordées la présence de Camille
Claudel dans l'œuvre de son frère Paul Claudel et
celle, tant active que sous-jacente, dans l'œuvre de Rodin.
Les différentes transpositions artistiques que sa vie
et son œuvre ont suscitées au cinéma, en danse,
en littérature et au théâtre seront exposées
et discutées ensemble. Enfin, de nombreuses interventions
originales auront lieu dont la lecture de poèmes écrits
à partir de l'œuvre de Camille Claudel.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Lundi 3 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants
Mardi 4 juillet
Matin:
Camille Claudel, artiste ou artiste femme?
Silke SCHAUDER: Procréation
ou création? La trajectoire heurtée d'une artiste
femme
Marie-Jo BONNET: Camille Claudel,
suicidée de la société? Persée
et la Méduse ou les conséquences dramatiques du clivage
femme — artiste
Camille Claudel dans le miroir... du cinéma
Stéphane GATTI: Camille Claudel à Wassy
Après-midi:
Projections: "Camille Claudel" (2002) de Dominik Rimbault
; "Regards sur Camille Claudel" (2005) de Stéphane Gatti
Mercredi 5 juillet
Matin:
Camille Claudel et Auguste Rodin — Histoire d'une passion
Alain BEAUSIRE: "Ma féroce
amie" ou le non-retour d'une enfant prodigue (texte
lu par Silke SCHAUDER)
Jeanne FAYARD: Symbolique et
réalité de l'image de la femme dans les œuvres croisées
d'Auguste Rodin et de Camille Claudel
Gérard BOUTÉ: Des
rapports de Camille Claudel avec l'ombre, le miroir et le double
Après-midi:
Camille Claudel dans le miroir... du génie des lieux
Danièle DRAVET: Le mystère K. Momille
Projections (suite): "Camille Claudel" (2002) de Dominik
Rimbault ; "Regards sur Camille Claudel" (2005) de Stéphane
Gatti
Soirée:
Présentation, par Arlette ALBERT-BIROT, du
spectacle de Charles GONZALÈS: "Charles Gonzalès
devient Camille Claudel" (avec le concours du Centre régional
des Lettres de Basse Normandie)
Jeudi 6 juillet
Matin:
Camille Claudel dans le miroir... du théâtre
Jonathan KERR: L'âge
mûr ou l'Œdipe in-dépassé
Christine
FARRÉ: Mes errances avec Camille Claudel
Catherine ANNE: Camille
Claudel prise dans la toile familiale
Après-midi:
Camille Claudel dans le miroir... de la danse
Jeanne FAYARD: Faire danser la
sculpture de Camille Claudel: autour de la chorégraphie et de
la mise en scène de « Sakountala » par Marie-Claude
Pietragalla
Soirée:
Lecture: La Robe bleue (Verdier, 2004), Hommage
à Michèle DESBORDES, par Eveline LEGRAND
Vendredi 7 juillet
Matin:
Camille Claudel dans le miroir... de la littérature
Françoise CADOL: Rodin, tout le temps que dure le jour
Sylvie LELEU-MERVIEL: Mlle Say,
du sens comme une attraction lictionnelle entre fragments rhapsodiques
Sandrine LETRECHER: A
propos du spectacle « Camille »
Après-midi:
REPOS
Samedi 8 juillet
Camille Claudel dans le miroir... de la psychanalyse et
de la psychiatrie (journée animée par Maurice CORCOS)
Matin:
Danielle ARNOUX: Camille Claudel
entre création et folie
Françoise
CLOAREC: Camille Claudel, artiste statuaire à Ville-Evrard
Après-midi:
Silvia LIPPI: Espaces discordants,
amours déséquilibrés
Philippe JULIEN: L'œuvre
d'art comme réponse publique à la trahison de l'autre
François CLAUDEL: Camille
et Paul Claudel au regard de leur enfance dans le Tardenois
Soirée:
Projection: "Camille Claudel" (1988) de Bruno Nuytten
Dimanche 9 juillet
Matin:
Camille et Paul Claudel — entre fraternité et rivalité
Joseph BOLY, Marie-Claire BOLLY & François
CLAUDEL: Camille Claudel: Lettres de l'asile
Michel BRETHENOUX:
Camille et Paul Claudel: génies et enfers
Après-midi:
Thérèse MOURLEVAT:
La passion de Paul Claudel pour Rosalie Vetch
Camille Claudel dans le miroir... de la critique d'art
Gérard
POULOUIN: Octave Mirbeau et Camille Claudel
Lundi 10 juillet
Matin:
Camille Claudel dans le miroir... de la réalité
Jean DUBOS:
Réalisation d'un bronze d'art par la méthode
cire perdue
Chantal DOQUET-CHASSAING:
L'association Camille Claudel à Nogent-sur-Seine
Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS
RÉSUMÉS :
Catherine ANNE: Camille Claudel prise
dans la toile familiale
Du même ventre, la pièce que je viens
d’écrire est inspirée par l’histoire réelle de
Camille, de son frère Paul et de sa sœur Louise. C’est la figure
de la femme dans sa fratrie, dans sa famille, que j’ai cherché
à faire apparaître dans cette pièce qui traite à
égalité les trois protagonistes. Comment ses aspirations
d’artiste, son appétit de création et sa vitalité
de femme ont été compris, admis ou rejetés dans sa
famille, et au premier plan par ces compagnons de vie que sont le frère
et la sœur. Comment, enfin, à l’âge adulte, la sœur aimée,
magnifique, admirée a fini par être enfermée dans
un asile, avec l’accord de Paul et de Louise? Le théâtre,
lieu de la polysémie, me semble idéal pour faire résonner
ensemble ces trois voix, et donner à chacune sa force et la chance
de se faire entendre.
Danielle ARNOUX: Camille Claudel
entre création et folie
En 1899, Camille Claudel expose ses dernières
grandes sculptures. Puis, sa création cesse, le délire
s’installe — ou l’inverse. Y a-t-il eu une succession ou
une causalité? Quelle fut la logique conduisant à cette
effroyable incompatibilité? Que dire de la place de Rodin?
On étudiera ces questions avec L’Âge mûr,
Clotho, Persée et la Gorgone, Niobide blessée,
soit la rupture, le deuil, la protection mise en défaut.
Et voici l’année 1905, pour Paul Claudel celle du Partage
de midi. Camille Claudel, elle, dit son refus au monument Blanqui.
Tandis que son frère s’en tire en écrivant une œuvre
du sacrifice, Camille va réaliser, par sa folie, le sacrifice
de son œuvre.
Références Bibliographiques :
D. Arnoux, Camille Claudel, l’ironique
sacrifice, Paris, EPEL, 2001.
D. Arnoux, "Comme quelqu’un qui dit 'non'", Littoral, Erès,
n°29, 1989.
D. Arnoux, "L’œuvre de la rupture, L’Âge mûr
de Camille Claudel", Revue du Littoral, n°43, février
1996.
D. Arnoux, "Paul Claudel, un sacrifice joyeux", dans Che
vuoi?, Paris, L’Harmattan, n°18, 2002.
D. Arnoux, "Quand mon frère arrivera", dans Che vuoi?,
Paris, L’Harmattan, n°19, 2003.
D. Arnoux, "Camille Claudel, construction d’une légende",
Lunes, n°21, oct. 2002.
D. Arnoux, "La trilogie des Coûfontaine, L’amant sacrifié,
la femme crucifiée", dans Bulletin de la Société
Paul Claudel, n°166, 2002.
Alain BEAUSIRE: "Ma féroce
amie" ou le non-retour d'une enfant prodigue
La non-existence de Camille depuis son enfance a trouvé à
combler le vide par le "plein" d’existence de Rodin ; phagocyté,
il se vide à son tour tout au long de la relation, pendant
que Camille "existe" et crée. La séparation de 1892
sera salvatrice pour Rodin, qui reprend alors peu à peu de
l’énergie créatrice et s’investit dans les grands
projets, expositions, études du Balzac qui trouve son apothéose
en 1898, grande rétrospective de 1900... Rodin avait franchi
une autre dimension: "Sans doute, reconnaît-il en 1907 (comme
s’il illustrait sa relation avec Camille), l’enlacement du Baiser
est très joli. Mais dans ce groupe je n’ai rien trouvé.
C’est un thème traité souvent suivant la tradition scolaire:
un sujet complet en lui-même et artificiellement isolé du
monde qui l’entoure: c’est un grand bibelot sculpté suivant la formule
habituelle et qui retient étroitement l’attention sur les deux
personnages représentés au lieu d’ouvrir de larges horizons
à la rêverie" ("Propos de Rodin sur l’art et les artistes"
par Paul Gsell, in la Revue, n°21, 1er novembre 1907, p. 105). Rupture,
comme il avait rompu avec Camille en 1898, l’année même
de la confrontation retentissante du grand marbre du Baiser avec le
monumental Balzac, rebelle, militant ou agitateur, caricature révolutionnaire
et subversive, grand coup de gueule courageux, politiquement incorrect,
jeté à la société, comme un Nietzsche
dionysiaque ou un Einstein irrévérentieux. Pour Camille
il était déjà trop tard !
Références Bibliographiques :
Beausire, A. (1977). "Watteau et l'Eau",
in Catalogue de l'exposition Pélerinage à Watteau,
Paris, Musée de la Monnaie.
Beausire, A. (1984). "Les Expositions de Rodin en Suisse", in
Catalogue de l'exposition Rodin, Martigny, Fondation Gianadda, 1984.
Beausire, A. (1985-1992). Correspondance de Rodin — 1860-1917,
4 vol., Paris, éd. du Musée Rodin.
Beausire, A. (1986). "Le Marcottage", in Catalogue de l'exposition
La Sculpture française au XIXème siècle.
Beausire, A. (1986). "Rodin et la statue de Balzac", in Le
Courrier Balzacien, n°24, juillet 1986.
Beausire, A. (1988). "Dix-huit lettres de Rodin", in Archives
de l'Art français, tome XXIX.
Beausire, A. (1988). Quand Rodin exposait, Paris, éd.
du Musée Rodin (Thèse de 1984, mise à jour
et adaptée).
Beausire, A. (1989). "Œuvres de Rodin", in Catalogue de l'exposition
Monet — Rodin, Paris, Musée Rodin.
Beausire, A. (1990). Rodin et la Caricature, catalogue d'exposition,
Paris, Musée Rodin, 1990.
Beausire, A. (1996). "Les Archives du Musée Rodin", in
Rodin — Le Musée et ses Collections, Paris, éd.
du Musée Rodin, 1996.
Beausire, A. (1998). "A charge et à décharge (caricatures)",
in Catalogue de l'exposition 1898: le Balzac de Rodin (VIII),
Paris, Musée Rodin, 1998.
Beausire, A. (2005). "Le Baiser de Rodin", Catalogue de vente
d’art moderne, Galerie Koller, Zürich, 24 juin 2005 ; notice
du n°3016, pp.16-21, illustr.
Participation aux catalogues d'exposition: Rodin et la Hollande
(Paris, 1996) ; Vers l'Age d'airain — Rodin en Belgique (Paris,
1997) (III, 5), Paris, Galeries nationales du Grand Palais.
Joseph BOLY, Marie-Claide BOLLY &
François CLAUDEL: Camille Claudel: Lettres de l'asile
Comment trouver la juste porte d’entrée dans la vie et dans
l'œuvre de Camille Claudel? Je dirais avant tout qu’elle fut «
une femme ». Et certains auront l’audace de ne rien ajouter. En
disant « une femme », dans les années 80, il ne pouvait
s’agir que de Camille Claudel, la femme, dans sa qualité d’archétype,
et la femme, une femme de génie entre deux autres génies:
Paul Claudel et Auguste Rodin. Ses lettres en témoignent. Camille
est omniprésente dans la vie et dans l’œuvre de Paul Claudel.
Dans ses premières années, d’abord, où, vouée
à la sculpture, dès l’âge de 13 ans, elle ne fit qu’attiser
le propre génie de son frère. On la retrouve dans l’œuvre
littéraire de Paul Claudel où, la première, elle
fait figure de femme interdite, bien avant le Partage de midi.
Aliénée et internée, elle ne cessera de hanter les
nuits et les jours du poète ambassadeur, ainsi qu’en témoigne
son Journal. Ce sera le grand tourment dans la vie de Paul Claudel, après
l’amour crucifié de 1900-1905, avec Rosalie Vetch.
Les lettres de l’asile seront lus et commentés par Marie-Claire
Bolly, Joseph Boly et François Claudel, petit-fils de Paul Claudel.
Marie-Jo BONNET: Camille Claudel,
suicidée de la société? Persée et
la Méduse ou les conséquences dramatiques du clivage
femme — artiste
Je reprend volontairement le titre du texte d’Antonin Artaud sur
Van Gogh afin d’analyser le rôle de la société bourgeoise
de la fin du XIXème siècle dans la folie, puis l’enfermement
de Camille Claudel à l’asile. Son groupe Persée et
la Méduse est exemplaire du conflit qui l’a déchirée.
Victoire du masculin solaire (Persée) qui brandit la tête
décapitée d’un féminin maternel terrorisant (Méduse)
qui est en fait un autoportrait de Camille et l’image de sa défaite
qu’elle nous offre à méditer. A l’aide d’autres œuvres
de décapitation (Judith et Holopherne d’Artemisia Gentileschi,
David et Goliath Le Caravage), nous montrerons ce qu’a de spécifique
au tournant des XIXème - XXème siècles le clivage
femme — artiste qui a eu raison du génie « contre nature »
de Camille Claudel. « C’est l’exploitation de la femme, l’écrasement
de l’artiste à qui l’on veut faire suer jusqu’au sang »,
écrit-elle de l’asile à son frère le 3 mars 1930.
Ou s’arrête le « délire », ou commence la haine
du féminin et comment recevoir l’acte d’accusation d’une artiste
« asociale » qui a grandi dans une famille ou il n’y avait pas
de place pour deux génies à la fois, et qui devient à
son corps défendant femme rebelle coupable d’exister.
Références Bibliographiques :
Les relations amoureuses entre les femmes du XVIème au XXème
siècle, Odile Jacob, 1995, réédité
en poche en 2001.
Les Deux Amies, essai sur le couple de femmes dans l’art, Blanche,
2000.
Qu’est-ce qu’une femme désire quand elle désire
une femme?, Odile Jacob, 2004.
Les Femmes dans l’art, de La Martinière, 2004.
"De l’ombre aux Lumières", dans Les
Femmes et la Révolution (Autrement).
"Les autoportraits de femmes peintres à leur travail aux
XVIIIème et XIXème siècles", in Revue d’Histoire
Moderne et contemporaine.
"Berthe Morisot", Revue Clio.
A paraître en avril 2006: Artistes et femmes au temps des
avant-gardes, Ed. Odile Jacob.
Gérard BOUTÉ: Des rapports
de Camille Claudel avec l'ombre, le miroir et le double
La personnalité de Camille Claudel ne cesse de fasciner.
On peut se demander si des « oripeaux médiatiques »
— selon l’expression du directeur du musée Rodin, Jacques Vilain
—, n’ont pas recouvert l’œuvre d’interprétations qui regardent
plus la personne que la création. Qu’en est-il donc de cette œuvre
au plus près de ce qu’elle nous montre. Car la sculpture
de Camille Claudel « désormais proscrite de la place publique
et du plein air », comme le dit Paul Claudel, ne se livre bien
que dans un certain lieu, une certaine lumière. La sculpture
de Rodin, écrit-il encore en substance « repousse la lumière
comme une borne » […] ; celle de Camille Claudel, « dans
le milieu de la pièce clair obscur (je souligne), l’accueille
comme un beau bouquet ». En quoi, donc, cette lumière «
soutirée d’une chambre » ; en quoi ce pâle éclairage
confèrerait-il à l’œuvre de Camille une intériorité
et une force qu’elle n’aurait pas sous une pleine clarté? L’ombre
est ici un signifiant. Elle n’est pas seulement contrepoint de la
lumière dans l’œuvre de Camille Claudel, elle marque doublement
sa vie et sa sculpture. La forme même est ainsi le miroir d’un
symptôme marqué du désir inconscient : ombre d’un
frère mort d’abord, celle d’un frère vivant ensuite, celle
d’un maître enfin. Cette ombre-là confère à
l’œuvre sa puissance esthétique et son pouvoir phénoménal
; ombre du désir maternel toujours présente, quand,
au moment où, Camille devient elle-même, toute raison
en vient à chanceler absorbée par la nuit.
Références Bibliographiques :
Bonaparte, M., Cronos, Eros, Thanatos,
PUF. Paris, 1952.
Cassar, J., Dossier Camille Claudel. Séguier/Archimbaud.
Paris, 1988.
Claudel, P., Œuvres en prose, Gallimard/ Pléiade,
Paris, 1949.
Claudel, P., Camille Claudel Statuaire.
Claudel, P., Ma sœur Camille.
Claudel, P., Rodin ou l'homme de génie.
Claudel, P., Le Soudier de satin, Gallimard. Paris, 1929.
Claudel, P., Mémoires improvisés. Idées/Gallimard.
Paris, 1969.
Claudel, P., Quarante et un entretiens avec Jean Amrouche,
Gallimard, Paris, 1969.
Dufrenne, M., Phénoménologie
de l'expérience esthétique. PUF, Paris, 1953.
Fabre-Pellerin, B., Le Jour et la Nuit de Camille Claudel,
Lachenal /Ritter, Paris, 1988.
Freud, S., Introduction à la psychanalyse, Payot,
Paris, 1947.
Freud, S., Essais de psychanalyse. Payot. Paris, 1981.
Freud, S., Totem et Tabou, Payot, Paris, 1947.
Freud, S., Trois essais sur la théorie de la sexualité,
Gallimard. Paris, 1962.
Freud, S., La Vie sexuelle. PUF, Paris, 1969.
Freud, S., Malaise dans la civilisation, PUF. Paris, 1971.
Freud, S., Das lch und dits, Es. Leipzig, 1923.
Focillon, H., L'Art des sculpteurs romans, PUF Paris, 1931.
Lacan J., Ecrits, Seuil, Paris, 1966.
Lacan J., Le séminaire, livre XI, Les quatre concepts
fondamentaux de la psychanalyse, Seuil, Paris, 1973.
Merleau-Ponty, M., L’Œil et l'Esprit, Gallimard, Paris,
1964.
Merleau-Ponty, M., Le Visible et l'invisible, Gallimard, Paris,
1964.
Merleau-Ponty, M., Phénoménologie de la perception,
Gallimard, Paris, 1945.
Paris, J., L'Espace et le Regard. Le Seuil, Paris, 1965.
Paris, R.-M., Camille Claudel, Gallimard, Paris, 1984.
Paris, R.-M., Camille Claudel re-trouvée catalogue
raisonné, éd. Aittouarès, Paris, 2000.
Serres, M., Statues, édit. François Bourin,
Paris, 1987.
Tardieu, J., Le Miroir ébloui, Gallimard. Paris,
1993.
Bouté, G. (rééd. 1982). L’Esprit de la couleur,
Dessain et Tolra, Paris
Bouté, G. (1995, 2000). Camille Claudel,
le miroir et la nuit, éditions de l’Amateur/éditions
des catalogues raisonnés, Paris 1995, rééd.
2000.
Bouté, G. (2004). Sexe et identité féminine,
L'Archipel, Paris.
Michel BRETHENOUX: Camille
et Paul Claudel: génies et enfers
« Persée,
celui qui tue sans regarder », brandit « cette
tête à la chevelure sanglante... Le reste est silence
». C’est par ces mots, lourds de remords, que Paul Claudel
en 1951 présentait l’Exposition de sa sœur au Musée
Rodin, mi-fasciné, mi-révulsé. Quarante
œuvres y avaient été «exhumées »,
puis la pierre tombale retomba: 30 années allaient s’ajouter
aux 30 précédentes, de l’impitoyable séquestration.
« L’Enfer du Génie
» ! N’est-ce pas aussi la marque de Camille? En 1988, parallèlement
à ce titre osé de Gérald Antoine, biographe
de Paul, paraît le film d’« Adjani-Depardieu
». Si l’émotion est déclenchée,
le tabou sur le Génie séquestré n’est pas
pour autant levé. Nul ne s’est précipité
pour re-visiter, simultanément, deux œuvres jusqu’alors
séparées comme gloire et ténèbres.
« Camille re-trouvée », titre
Reine-Marie Paris sur son Catalogue raisonné édité
en 2000. Qu’attendons-nous donc, précisément,
pour la retrouver dans l’œuvre de Paul? « En filigrane
», elle y fut toujours présente. En dépit
de l’occultation générale subsiste, au cœur du
flux torrentueux des mots, cette prégnance qui fit dire
à un familier du poète: « c’est cette fille
de génie qui a été la semence de son génie
». Aujourd’hui, qui montrera « la Vérité
sortant du puits », la « délivrance »
de tout un monde englouti, privé de corps et même de tombeau?
D’où cette tentative pour repérer dans l’œuvre de son
« petit Paul » les traces de son trop mal-aimé visage.
Ainsi donc, remontons au terroir, au climat familial, suivons le
dramaturge, l’exégète qui s’interroge tardivement
sur la « Séquestrée », que le chrétien
voulait faire « exorciser à distance ».
De l’attraction, de la complicité initiales, tout aurait-il sombré?
Le drame de la « Présence-Absence » habite
Camille, et celui « la Femme-Interdite » hantera toujours
Paul. Cette brûlure essentielle marqua bien des héros,
dont "Tête d’Or" qui, pour le subconscient, masque sans
doute une Tête Sanglante. « Dure nuit ! le sang séché...
». Oui, Paul et Camille, chacun selon son mode et son génie,
auront livré bataille entre matière et Esprit.
Françoise CLOAREC: Camille
Claudel, artiste statuaire à Ville-Evrard
« Je suis venue ici tout à l’heure. Je suis venue
ici en automobile. On m’a fait passer par la fenêtre. C’est
un enlèvement. C’est Rodin le sculpteur et ma famille qui
l’ont provoqué ».
C’est la première observation établie
le 10 mars 1913, juste après l’arrivée de Camille
Claudel à la Maison de Santé de l’Asile d’aliénés
de Ville-Evrard. Elle a quarante huit ans, sa beauté s’est
abîmée, elle est épuisée. Elle va rester
pensionnaire jusqu’au 5 septembre 1914. Le 10 mars 1913 elle pèse
74 kilos, le 18 août 1914, elle pèse 49 kilos. A cette
époque, Ville-Evrard est divisé en trois parties: un asile
d’aliéné pour les indigents, un service pour les alcooliques
du département de la Seine, le Service Spécial, et la
Maison de Santé. Nous connaissions le talent de Camille Claudel,
son histoire de famille, sa passion, sa douleur, mais nous ne savions
rien des premiers mois de sa vie en institution psychiatrique. Un dossier
médical un peu moisi, poussiéreux, oublié avec des
centaines d’autres empilés les uns sur les autres a été
retrouvé en 1995, dans les caves de Ville-Evrard. Il retrace cette
hospitalisation.
Chantal DOQUET-CHASSAING: L'association
Camille Claudel à Nogent-sur-Seine
Il s’agit d’une véritable chance de pouvoir nourrir à
Nogent-sur-Seine, l’espoir de voir s’épanouir le petit musée
actuel, Musée Dubois-Boucher, en un musée consacré
à la sculpture de la fin du XIXème siècle, et plus
particulièrement dédiée à Camille Claudel.
En parallèle, la maison où Camille Claudel habita adolescente
est désormais propriété de la Municipalité,
désireuse de la réhabiliter en un lieu de mémoire.
Depuis le succès de l’exposition Camille Claudel en 2003 à
Nogent-sur-Seine, la municipalité réfléchit sur ces
nouvelles perspectives. Reine-Marie Paris évoquait déjà
ce projet dans les années 1980 avec Michel Baroin, maire, à
l’époque, de cette ville où l’on parle souvent sculpture autour
des œuvres de Marius Ramus, Paul Dubois, Alfred Boucher, et de Camille
Claudel, tous nogentais, d’une façon ou d’une autre...
Pour que ces projets voient le jour, la population s’est rassemblée
en une association « Camille Claudel à Nogent-sur-Seine
». Créée le 17 novembre 2004, elle compte en 2005,
déjà plus de 300 membres. Ses missions sont larges: accompagner
les réalisations de la ville, faire vivre les idées
comme promouvoir la sculpture auprès des adolescents, servir
de lien entre tous les passionnés de Camille Claudel, faire connaître
et rendre hommage à Camille Claudel...
Jean DUBOS: Réalisation d'un
bronze d'art par la méthode cire perdue
Dans cet exposé, agrémenté
de diapositives, seront abordés les différents
thèmes suivants:
- retour à la source sur la méthode
cire perdue à partir d'une expérience d'archéologie
expérimentale gallo-romaine, suivi d'un aperçu
sur les traces des fondeurs africains, montrant la simplicité
toute relative de la méthode à la cire perdue ;
- comment se pratiquait cette méthode
du temps de Camille Claudel, matériau modèle
moules fusions, montrant la rivalité des deux méthodes
cire perdue et fonte au sable au 20ème siècle?
- l'évolution actuelle de cette
méthode cire perdue qui, grâce à l'industrie,
fait renaissance et donne un nouveau dynamisme en fonderie d'art
;
- les différentes étapes
pour obtenir un bronze de qualité à partir d'un
modèle en passant par le moulage, le noyau, la cire,
le moule réfractaire, la coulée, la ciselure et enfin
par la patine qui donnera l'aspect finale au bronze ;
- le code de déontologie des
fondeurs d'art établi en 1993 qui régi les
us et coutumes du métier ;
- les liens sculpteurs / fondeurs nécessaires
à la bonne édition d'une œuvre.
Christine FARRÉ: Mes errances
avec Camille Claudel
Entrer dans l’univers de Camille Claudel par le biais du théâtre,
de la parole, du corps, du mouvement: voilà le pari qui fut
le mien il y a un peu plus de deux ans. Entrer dans cet univers
et construire un spectacle dont le texte est nourri des seuls correspondances
et textes des critiques de l’époque: voilà la difficulté
à transgresser afin d’aller vers une dramaturgie vivante. Je
suis donc partie en errance pendant de longs mois et j’ai parcouru
lettres et feuillets d’écrivains, comme ceux de Mirbeau, par
exemple. Je parle d’errance à travers cette correspondance car
c’est bien dans cette divagation que j’ai pu imaginer Camille. C’est
par cette errance que j’ai rencontré des personnages qui lui étaient
proches comme Asselin ou Morhardt, c’est par cette errance que sont
nées pour moi quelques intuitions. Il a fallu que je sois
nue, vierge de tout savoir pour aborder cette histoire, et pour la
faire « mienne », afin que sur scène Camille puisse
exister entre réalité et fiction. Car l’espace théâtre
se dessine entre ses deux pôles, afin d’en appeler à
l’imaginaire du spectateur, à sa propre réflexion.
J’espère donc avoir construit un spectacle où l’errance
du spectateur se marie avec celle d’une Camille dont les mystères
restent insondables. C’est de cette errance dont je voudrais parler.
« Camille Claudel 1864-1943 »
La pièce a été créée
le 8 octobre 2004 au Théâtre Jacques Coeur à
Lattes (34) et joué au Centre Culturel de la Clef en Novembre et
décembre 2004, le 4 février 2005 au théâtre
Jacques Coeur à Lattes, du 8 juillet 2005 au 30 juillet 2005 au
Théâtre La Luna, Festival d'Avignon, le 6 août 2005
à Lattes , le 10 mars 2006 à Toulon, du 4 au 29 octobre 2006
au Théâtre des 2 Rives à Charenton (94). Elle
sera en tournée à partir de janvier 2007.
Jeanne FAYARD: Symbolique et réalité
de l'image de la femme dans les œuvres croisées d'Auguste Rodin
et de Camille Claudel
L’image de la femme dans l’œuvre d'Auguste Rodin semble multiple,
si l’on considère le grand nombre de ses sculptures de femmes ou
de couples qui lui sont inspirées de la mythologie ou des
grandes figures de la littérature. Sa relation amoureuse avec Camille
Claudel marque un tournant dans son expression artistique, en ce qu’il
donne une impulsion de vie nouvelle à la matière. Camille
Claudel s’inspire, quant à elle, de la mythologie au début
pour traduire son amour (« Sakountala »). Mais la
dure réalité de la brièveté de la passion qui
anime Camille et Rodin, fait évoluer les deux artistes différemment
dans leur œuvre. Rodin reste dans le symbolique pour continuer à
traduire des images de femme et de couples. Camille projette directement
« l’histoire de sa vie » dans son œuvre, et ce réalisme
l’empêche de continuer à accéder au symbolique et d’évoluer
vers d’autres formes artistiques. Si Rodin écrit dans son livre
« Les cathédrales de France » que l’image de
la cathédrale évoque, pour lui, celle d’une femme «
en prière », agenouillée, Camille se représente
dans sa sculpture, en femme « humiliée, à genoux
», selon Paul Claudel. Elle donne à sa sculpture un premier
titre symbolique « Le dieu envolé », et, dans
une seconde version, le titre réaliste de « L’implorante
» ou encore « La suppliciée ». Dans la
fusion de l’amour et de la création, les inconscients des deux artistes
se sont rejoints dans cette image de femme qui les habite, mais vont se séparer
pour des destinées différentes. Rodin ne fait plus de grandes
sculptures de couples, mais continue l’exploration de nouvelles formes
artistiques et affronte des débats esthétiques autour des
commandes « Les Bourgeois de Calais », « Victor
Hugo », « Balzac ». Camille n’exécute
aucune commande: « Persée et la Gorgone » est la
dernière œuvre où elle symbolise encore son histoire personnelle,
qui marque aussi la tragédie de son dédoublement. La maladie
envahit peu à peu son psychisme, la mène vers la destruction
de son œuvre, jusqu’au refus de créer pendant les trente ans d’asile.
Références Bibliographiques :
Fayard, Jeanne (1979). Delsol, homme et sculpteur insolite,
éd. Cercle d’or.
Fayard, Jeanne. Préface et présentation du « Dossier
Camille Claudel » de Jacques Cassar, éd. Séguier
(1989), réédité par Maisonneuve & Larose-Archimbaud,
(1998) avec une nouvelle préface « Et Camille Claudel
sortit de l’ombre » et réédité, en 2001,
avec une nouvelle préface « Camille Claudel comme métaphore
».
Fayard, Jeanne (1989. La vie passionnée de Rodin, éd.
Séguier, réédité par Maisonneuve &
Larose-Archimbaud (1998) avec une nouvelle préface «
La femme et la cathédrale ».
Fayard, Jeanne (1992). Ipousteguy, sculpteur, Catalogue raisonné,
co-éd. Cercle d’art et Kunsthalle de Berlin dirigé par
Evelyne Artaud.
Fayard, Jeanne (1994). Clement, sculpteur, éd. Edifor,
collection un auteur/ un artiste.
Elle est aussi l’auteur d’une pièce de théâtre
« Une femme, Camille Claudel » avec Anne Delbée
(1981) et d’une biographie sur le dramaturge américain «
Tennessee Williams » (éd. Seghers, coll.Théâtre
de tous les Temps, 1972).
Jeanne FAYARD: Faire danser la sculpture
de Camille Claudel: autour de la chorégraphie et de la mise en
scène de « Sakountala » par Marie-Claude Pietragalla
En créant en 2000 le ballet « Sakountala » qui
lui a été inspiré par la vie et l’œuvre de Camille
Claudel, Marie-Claude Pietragalla voulait raconter la vie de cette artiste
qui la fascinait et dont le destin la bouleversait. Son intention n’était
pas de faire une biographie illustrée, ni de reproduire une grande
fresque historique, mais plutôt d’entrer au plus intime du corps
de cette femme et des corps qu’elle a sculptés pour tenter d’approcher
et de comprendre ce qui l’a fait basculer dans le monde de l’enfermement.
Marie-Claude Pietragalla est partie des principales sculptures de Camille
— « Sakountala » , « La Valse »,
« Les Causeuses », « Clotho » — pour
mettre en mouvement ses œuvres, pour faire danser la sculpture, pour
évoquer l’imaginaire de l’artiste. Alors que la sculpture est
un arrêt sur image, où le mouvement semble suspendu dans
une expression évocatrice, la danse est un art du mouvement qui
précède ou prolonge l’émotion. Pour Marie-Claude
Pietragalla, le défi était donc d’évoquer par le
langage du corps le parcours créatif intense et intime de cette
artiste d’exception, de recréer son milieu familial, et de nous
introduire dans le monde de l’asile où a basculé son destin.
Si Paul est présent dans la complicité qu’il partage avec
Camille dès l’enfance, Rodin n’apparaît, dans le spectacle,
qu’à travers ses œuvres « La porte de l’enfer »
et « Les bourgeois de Calais ». Marie-Claude Pietragalla
a voulu se centrer sur Camille pour évoquer le parallèle
entre le travail du danseur qui façonne son corps et le travail
du sculpteur qui façonne la pierre.
Philippe JULIEN: L'œuvre d'art
comme réponse publique à la trahison de l'autre
Paul et Camille Claudel ont vécu
la même expérience d'ordre privée:
la trahison de l'autre après quelques années
de passion amoureuse. Pour Paul, ce fut à Fou-Tchéou
avec Rosalie Vetch ; pour Camille, ce fut à Paris avec
Auguste Rodin. C'est alors que le passage au public de cette expérience
par la création esthétique devient un jour nécessaire
pour pouvoir surmonter la mélancolie de cet horrible
abandon. Paul y a réussi grâce à ses chefs-d'œuvres
d'ordre théâtral, tandis que Camille y a échoué
par son statuaire au point de devoir vivre trente ans d'internement.
Les raisons de cette différence sont à analyser.
Jonathan KERR: L'âge mûr
ou l'Œdipe in-dépassé
En présentant Camille C (Molière inattendu 2005),
j'ai orienté mon travail sur la mythologie. En quelque
sorte, j'ai fait de Camille une déesse et de Rodin,
un dieu. La vérité, la cruelle vérité,
me semblait insupportable à montrer sur scène.
Comme l'a fait dire un autre borgne célèbre: quand
la légende est plus belle que la vérité, on
imprime la légende.
Et c'est la légende que nous
avons jouée. D'aucuns, comme Rodin, virent dans l'âge
mûr, un camouflet au maître, il était
évident pour eux, comme pour lui, que c'était
Camille qui se représentait en impossible maîtresse,
en implorante, priant désespérément
Rodin de ne pas rejoindre sa concubine Rose Beuret. Pour moi, c'est
le drame de Camille qui est tout entier enchâssé dans
cette œuvre. Sa vie, son destin, sa destruction, sa fin: son combat
insensé. C'est ce que je me propose de démontrer en m'appuyant
sur mes propres recherches.
Il m'a fallu comprendre cette "énigme",
cette insupportable vérité, pour oser faire
imprimer le mythe.
Sylvie LELEU-MERVIEL: Mlle Say,
du sens comme une attraction lictionnelle entre fragments rhapsodiques
Les travaux récents en sciences de l’information et
de la communication ont montré que le sens n’est pas un fait
inerte, définitivement encodé dans des données
qui le contiendraient toutes. Le sens est un construit qui s’élabore
sur le vif dans la relation: sous l’effet du parcours dynamique de l’individu
qui les consulte, les données entrent en tension les unes avec
les autres et, par juxtaposition ou par rapprochement, s’instaurent des
forces attractives (ou répulsives), appelées lictions, qui
créent de la résonance (ou de la dissonance) sémantique.
Le concept d’espace imaginal traduit cet univers de forces où réside
le sens. Mlle Say est un travail d’écriture mettant en
œuvre une telle perspective. Des fragments « authentiques »
extraits des Lettres de l’asile, des textes de Paul Claudel,
des passages de Claude Debussy liés à sa rencontre avec
Camille, mais aussi des fragments musicaux de La danse des morts
et Jeanne au bûcher d’Arthur Honegger sur des textes de Paul,
autant de particules qui gravitent autour de la vie et de l’œuvre de Camille
Claudel et qui sont mises en liction au sein d’une même rhapsodie
pour « mettre en sens » les composantes de cette destinée
inouïe.
Références Bibliographiques :
Ouvrages
Leleu-Merviel (2005). Création numérique:
écritures — expériences interactives. Paris/Londres,
Lavoisier/Hermès Science Publishing, ISBN 2-7462-1130-0.
Leleu-Merviel (2001). Nouvelles écritures, numéro
spécial de la revue Document Numérique Volume 5-n°1-2/2001.
Paris, Hermès Science Publications, 2001, ISBN 2-7462-0454-1,
ISSN 1279-5127.
Articles de revues internationales
Leleu-Merviel S. (2004). "Effets de la numérisation et
de la mise en réseau sur le concept de document", Paris, Cépaduès
Editions, Revue Internationale I3: Information, Interaction, Intelligence,
A Journal in the Sciences of Information Engineering, Numéro
thématique: Le document numérique sous la direction
de Jean Charlet et Jean-Michel Salaun, Volume 4 n°1/2004, pp.121-140,
ISBN 2-85428-634-0, ISSN 1630-649X.
Labour M., Leleu-Merviel S. & Vieville N. (2004). "Using a quality-led
multimedia approach for interpersonal communication training", Norfolk
(USA), AACE Publisher — Association for the Advancement of Computing
in Education — Journal of Educational Multimedia and Hypermedia
(JEMH), Volume 13 n°2/2004, pp.185-214, ISSN 1055-8896.
Leleu-Merviel S. (2002). "De la navigation à la scénation:
un grand pas vers la numérisation du récit", Paris, Lavoisier/Hermès
Science Publications, Revue Internationale Les cahiers du Numérique,
Numéro spécial La navigation sous la direction de
Franck Ghitalla, Volume 3 n°3/2002, pp.97-120, ISBN 2-7462-0578-5,
ISSN 1469-3380.
Leleu-Merviel S., Labour M., Verclytte L. & Vieville N. (2002).
"Script creation for the design of lesson plans". Norfolk (USA), AACE
Publisher — Association for the Advancement of Computing in Education
— Journal of Technology and Teacher Education (JTATE), Volume
10 n°1/2002, pp.5-16, ISSN 1059-7069.
Communications internationales avec actes et comité
Leleu-Merviel S., "La structure du Aha. De la fulgurance
comme une percolation". 8th International Conference H2PTM’05
« Hypertexts and Hypermedia. Create, play, exchange: network experiences
», Paris (France), Novembre 29-Décembre 1, pp.59-76,
2005.
Useille P., Labour M., Leleu-Merviel S., Mineur Y., Verclytte L., "Vers
une modélisation du document numérique de création
de connaissances: rendre compte de l’expérience des utilisateurs".
8th International Conference H2PTM’05 « Hypertexts and Hypermedia.
Create, play, exchange: network experiences », Paris (France),
Novembre 29-Décembre 1, pp.307-323, 2005.
Hussain K., Anceaux F., Yasin-Mughal S., Leleu-Merviel
S., "An empirical study on structured web home page for the recall of site
map on the World Wide Web", AIC’05 5th WSEAS 2005 International
Conference on applied Informatics and Communications, Malta (Malte),
September 15-17, Issue 12, Volume 2, pp.2054-2059, 2005.
Vieville N., Morillon L., Leleu-Merviel S., Labour
M., "Does technology transform the dialog? Transposing face-to-face interviews
into e-mail interviews in qualitative investigation", ED-MEDIA
2005, World Conference on Educational Multimedia, Hypermedia & Telecommunications,
Montréal (Canada), June 27-July 2, pp.858-866, 2005.
Leleu-Merviel S., "Nouvelles stratégies d’apprentissage: exercer
l’intelligence émotionnelle des professionnels grâce à
la fiction numérique", 4ème Colloque International
« La recherche en multimédia et son impact sur le processus
d’apprentissage », Beyrouth (Liban), Juin 16-17, Atlantouniyah
Revue de l’Université Antonine n°6/2005 pp.163-170, 2005.
Sandrine LETRECHER: A propos du
spectacle « Camille » (mars 2006)
Le point de départ de mon travail autour de Camille était
son oeuvre et non sa biographie. Je crois même que j'ai choisi
ce postulat de départ en réaction contre une utilisation
à mon sens excessive des éléments biographiques au
détriment de sa création. J'ai choisi de visiter chronologiquement
douze de ses sculptures sur le plateau, de « L'homme penché
» à « La joueuse de Flûte ». Je suis donc
partie de la matière et non des mots, en demandant aux comédiens
de « jouer » ces sculptures en recouvrant leurs corps d'argile
et de terre glaise. Nous ne savions pas encore à ce stade du travail
quels liens existeraient entre les œuvres et quelles histoires naîtraient
sous nos yeux. Mais de textes choisis en improvisation, in fine
les mots prononcés dans ce spectacle découlent toujours de
l'œuvre.
Silvia LIPPI: Espaces discordants, amours
déséquilibrés
L’art de sculpter, c’est l’art de couper les volumes: et cette destruction,
cette « coupure » de l’espace originaire — totalité
mythique et parfaite — qu’est la matière à l’état
brut, est l’acte originaire de la création (poiesis), acte
qui marque la jonction entre la matière qui prend forme (les
figures, les représentations…) et l’acte de l’artiste qui se détermine
(son style de tailler la matière, sa façon de l’assembler,
de lui faire prendre forme dans le nouvel espace crée par la coupure,
etc.). Mais il manque un troisième élément: la signature
marque l’acte du sujet, elle représente l’assemblage du corps et du
nom dans l’œuvre. Et quand on dit nom, on dit nom du père,
symbole, inscription pour le sujet d’un amour qui est à la fois structurant
et malheureux. Pour Camille Claudel, ces éléments — espace,
sculpture, nom, amour et père — se combinent d’une manière
inattendue, différente et tellement spéciale qu’ils forment,
ils « construisent » l’artiste exceptionnelle que tout le monde
connaît en même temps que la femme éprouvée, déçue
et délaissée par l’amour, l’art et la vie même. Essayer
de comprendre la manière dont espace, sculpture, nom, amour et père
se nouent entre eux, s’affrontent et se fixent, constitue mon projet de
recherche au sujet de la vie et de l’œuvre de Camille Claudel.
Thérèse MOURLEVAT:
La passion de Paul Claudel pour Rosalie Vetch
Exécutrice testamentaire de Louise Vetch, la fille de Paul
Claudel et de Rosalie Vetch, pour les correspondances, les photos
et les papiers de famille, j'ai pu ainsi approcher "un autre Claudel"
qui, après avoir vécu le drame de la passion de Rodin
pour sa sœur, et vu que l'état de celle-ci se dégrade
irrémédiablement, se prend sur le bateau qui le ramène
en Chine en 1900 d'une passion violente pour une merveilleuse et
énigmatique jeune femme, Rosalie. Elle semblera l'abandonner
au terme de près de quatre années passées ensemble
à Foutchéou, lui causant une incurable blessure. Mais
l'écrivain la fera surgir au coeur de toute son œuvre poétique
et dramatique, et il arrive que, derrière la silhouette de la
maîtresse adorée, se profile celle de la soeur qu'il lui
a fallu quitter.
Références Bibliographiques :
La Passion de Claudel. La vie de Rosalie Scibor-Rylska,
Pygmalion, Paris.
Les manuscrits ou l'oeuvre en chantier de Claudel (2005).
Editions Universitaires de Besançon.
Le Clair-obscur dans la littérature française (2005).
Wydawnictwo slaskiego, Katowice.
Claudel homme politique (2006), Dijon.
Articles dans la Revue d'Histoire du Théâtre, Le
Bulletin Critique du Livre en français, Les publications
claudéliennes.
Gérard POULOUIN: Octave Mirbeau
et Camille Claudel
Octave Mirbeau, écrivain et journaliste actif à la
fin du XIXème siècle et au début du XXème
siècle, a publié de nombreux artistes sur des peintres,
entre autres Monet, Renoir, Pissarro, sur le sculpteur Auguste
Rodin, qu'il connaissait personnellement, et qui a illustré
Le jardin des supplices. Mirbeau a aussi écrit des
articles enthousiastes à propos de Camille Claudel, dont il
espérait voir le génie reconnu. Il est convaincu qu'elle
doit trouver place à côté des sculpteurs consacrés,
il affirme les qualités plastiques de ses œuvres, quels
que soient les sujets abordés, il dénonce les préjugés
dont elle peut être la victime. On se propose de situer dans
le contexte de leur apparition les écrits de Mirbeau qui
traitent de Camille Claudel, de préciser quelles sont les
qualités qu'il associe à l'artiste dont il défend
avec chaleur les œuvres.
Silke SCHAUDER: Procréation
ou création? La trajectoire heurtée d'une artiste
femme
Dans ma communication, j’aborde la question délicate des
liens qu’entretient la féminité avec la création
artistique, à travers le cas tragique de Camille Claudel.
Génie statuaire à la maternité empêchée,
Camille, sous la pression de sa décompensation psychotique,
détruit avant son hospitalisation en 1913 nombre de ses
œuvres, telle une Médée tuant par vengeance ses propres
enfants. Comment expliquer ces actes qui semblent être autant
de suicides avant sa nuit finale?
Je pose l’hypothèse que la création mobilise tant
des identifications paternelles (l’artiste doit assumer la paternité
de son œuvre, la nommer, l’inscrire dans le monde) que maternelles: l’œuvre
est en gestation, l’artiste porte son œuvre, l’enfante, s’en sépare...
Cette capacité double, complexe, est négociée
différemment par chaque artiste jouant dans le cas les plus
heureux sur les deux registres identificatoires et rééditant
ainsi, le fantasme de bisexualité que Freud a identifié comme
étant à la base de l’acte créateur. Or, les aléas
de la vie de Camille Claudel ont cruellement attaqué cette capacité
qui semble le moteur même de l’art. J’essayerai de suivre le devenir
de cette double identification lors de différents moments clés
dans la vie de Camille Claudel. Comment, lors de l’adolescence, son
talent extrêmement précoce se révèle-t-il?
Comment la fécondité de l’œuvre éclôt-elle
au temps de la passion amoureuse avec Rodin? Qu’advient-il de l’œuvre
lors des crises du couple et lors de la rupture définitive marquée
par l’Âge mûr? Quelles œuvres Camille Claudel crée-t-elle
seule dans son atelier du 19 quai de Bourbon? Et pourquoi cesse-t-elle
toute activité artistique pendant les trente dernières
années de sa vie?
Un triple renoncement semble avoir contraint
Camille Claudel à remplacer, au fur et à mesure, son
activité artistique par l’activité délirante:
- d’abord, le renoncement à sa féminité,
à travers la rupture désastreuse avec Rodin ;
- puis, le renoncement à sa maternité, suite aux
avortements qu’elle a subis au cours de leur relation tumultueuse
;
- enfin, le renoncement à l’œuvre dont elle n’était
plus capable d’assumer — sous l’emprise des idées de spoliation
et de persécution par Rodin — la paternité pendant
les trente ans d’internement à Montdevergues.
A partir de l’été 1906, Camille a fait enterrer,
tels des êtres morts, ses œuvres détruites en les confiant
à un charretier. S’agit-il de la date anniversaire, commémorative,
de ses avortements? Ou encore, de la répétition mortifère
de la mise en terre de son frère Charles-Henri, premier
enfant de ses parents, mort après quinze jours de vie le 16
août 1863? La mort de cet enfant a-t-elle conféré
à Camille, au prénom bisexuel, le statut d’enfant de remplacement?
Née le 8 décembre 1864, elle sera diffusément,
aveuglement haïe par sa mère pour sa différence.
Alors, Camille Claudel: artiste ou artiste femme? Son œuvre bouleversante
était-elle destinée à effacer toute différence
sexuelle, toute filiation, tout nom?
BIBLIOGRAPHIE :
Arnoux, Danielle (2001). L’ironique sacrifice.
EPEL, Paris.
Bouté, Gérard (1995). Camille Claudel. Le
miroir et la nuit. Les éditions de l’amateur. Editions
des catalogues raisonnés.
Boly, Joseph (1989). Camille Claudel, Société
Paul Claudel, Belgique.
Cassar, Jacques (1987). Dossier Camille Claudel. Librairie
Archimbaud, Séguier, Paris.
Desbordes, Michèle (2004). La robe bleue.
Verdier, Paris.
Fabre-Pellerin, Brigitte (1988). Le jour et la nuit de
Camille Claudel. Lachenal et Ritter, Paris.
Fabre-Pellerin, Brigitte (2005). Camille Claudel, le
tourment de l’absence, Les Carnets de psychanalyse.
Lehembre, B. (1999). Camille Claudel - Auguste Rodin.
La passion à quatre mains. Acropole, Tours.
Paris, Reine-Marie (2000). Camille Claudel re-trouvée.
Catalogue raisonné, Éditions Aittouarès,
Paris.
Paris, Reine-Marie (1984). Camille Claudel. Gallimard,
Paris.
Pinet, Hélène (1994). Rodin, les mains
du génie. Collection Découvertes Gallimard,
Paris.
Pinet, Hélène et Paris, Reine-Marie (2003).
Camille Claudel. Le génie est comme un miroir.
Collection Découvertes Gallimard, Paris.
Rivière, Anne ; Gaudichon, Bruno ; Ghanassa, Danielle
(1996). Camille Claudel. Catalogue raisonnée.
Adam Biro, Paris.
Rivière, Anne et Gaudichon, Bruno (éd., 2003).
Camille Claudel Correspondance, Gallimard, Paris.
Schauder, Silke (2002). "Camille Claudel - contemporaine
de l´éternité", in: Encrages, n°3,
L´Harmattan, Paris, pp. 32-47.
Schauder, Silke (2005). "Camille Claudel: de la création
à la perte", in: Juffé, Michel. Expériences
de la perte. PUF, Paris, pp.265-279.
Smith, Anne-Marie et Schauder, Silke (2005). "Recherches de
la forme libre: le destin artistique de trois femmes au fil
de la modernité, Virginia Woolf, H.D. et Camille Claudel",
in: Resonances, Paris.
Schauder, Silke (2006). "Du temps de l’œuvre à l’œuvre
du temps. Notes sur Camille Claudel". Séminaire
Babel, Paris, le 8 novembre 2004 (à paraître in: Babel
, Tome 4, Editions In Press, Paris).
Schauder, Silke (2006). "Exposée sur les crêtes
du cœur". Notes sur L’Age mûr de Camille Claudel.
(à paraître in: Revue de Psychiatrie et de
Psychologie Médicale).
Avec le soutien de l'Université de Paris 8 et
du Centre Régional des Lettres de Basse-Normandie