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" Page mise à jour le 23 juin 2008 "


DU LUNDI 3 JUILLET (19 H) AU LUNDI 10 JUILLET (14 H) 2006



REGARDS CROISÉS : CAMILLE CLAUDEL, SA VIE, SON ŒUVRE


DIRECTION : Silke SCHAUDER

ARGUMENT :

Adoptant une approche pluridisciplinaire de la vie et de l'œuvre de Camille Claudel, ce colloque vise à réunir, en vue d'un débat pluriel et contradictoire, des spécialistes de sensibilités et de disciplines différentes. Ainsi, des artistes, des éditeurs, des chercheurs universitaires, des écrivains, des acteurs, des danseurs, des cinéastes, des fondeurs pourront mettre en commun l'expérience singulière qu'a représenté pour eux la rencontre avec la vie et l'œuvre de Camille Claudel. Par le croisement de nos regards, nous tenterons de rendre compte de l'infinie complexité de sa création artistique. Notre réflexion commune prendra origine dans différentes disciplines qui, par leur confrontation fertile, permettront de lire et relire l'œuvre et la vie de cette artiste hors pair.

Parmi les thèmes transversaux, seront abordées la présence de Camille Claudel dans l'œuvre de son frère Paul Claudel et celle, tant active que sous-jacente, dans l'œuvre de Rodin. Les différentes transpositions artistiques que sa vie et son œuvre ont suscitées au cinéma, en danse, en littérature et au théâtre seront exposées et discutées ensemble. Enfin, de nombreuses interventions originales auront lieu dont la lecture de poèmes écrits à partir de l'œuvre de Camille Claudel.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 3 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mardi 4 juillet
Matin:
Camille Claudel, artiste ou artiste femme?
Silke SCHAUDER: Procréation ou création? La trajectoire heurtée d'une artiste femme
Marie-Jo BONNET: Camille Claudel, suicidée de la société? Persée et la Méduse ou les conséquences dramatiques du clivage femme — artiste

Camille Claudel dans le miroir... du cinéma
Stéphane GATTI: Camille Claudel à Wassy

Après-midi:
Projections: "Camille Claudel" (2002) de Dominik Rimbault ; "Regards sur Camille Claudel" (2005) de Stéphane Gatti


Mercredi 5 juillet
Matin:
Camille Claudel et Auguste Rodin — Histoire d'une passion
Alain BEAUSIRE: "Ma féroce amie" ou le non-retour d'une enfant prodigue (texte lu par Silke SCHAUDER)
Jeanne FAYARD: Symbolique et réalité de l'image de la femme dans les œuvres croisées d'Auguste Rodin et de Camille Claudel
Gérard BOUTÉ: Des rapports de Camille Claudel avec l'ombre, le miroir et le double

Après-midi:
Camille Claudel dans le miroir... du génie des lieux
Danièle DRAVET: Le mystère K. Momille

Projections (suite): "Camille Claudel" (2002) de Dominik Rimbault ; "Regards sur Camille Claudel" (2005) de Stéphane Gatti

Soirée:
Présentation, par Arlette ALBERT-BIROT, du spectacle de Charles GONZALÈS: "Charles Gonzalès devient Camille Claudel" (avec le concours du Centre régional des Lettres de Basse Normandie)


Jeudi 6 juillet
Matin:
Camille Claudel dans le miroir... du théâtre
Jonathan KERR: L'âge mûr ou l'Œdipe in-dépassé
Christine FARRÉ: Mes errances avec Camille Claudel
Catherine ANNE: Camille Claudel prise dans la toile familiale

Après-midi:
Camille Claudel dans le miroir... de la danse
Jeanne FAYARD: Faire danser la sculpture de Camille Claudel: autour de la chorégraphie et de la mise en scène de « Sakountala » par Marie-Claude Pietragalla

Soirée:
Lecture: La Robe bleue (Verdier, 2004), Hommage à Michèle DESBORDES, par Eveline LEGRAND


Vendredi 7 juillet
Matin:
Camille Claudel dans le miroir... de la littérature
Françoise CADOL: Rodin, tout le temps que dure le jour
Sylvie LELEU-MERVIEL: Mlle Say, du sens comme une attraction lictionnelle entre fragments rhapsodiques
Sandrine LETRECHER: A propos du spectacle « Camille »

Après-midi:
REPOS


Samedi 8 juillet
Camille Claudel dans le miroir... de la psychanalyse et de la psychiatrie (journée animée par Maurice CORCOS)
Matin:
Danielle ARNOUX: Camille Claudel entre création et folie
Françoise CLOAREC: Camille Claudel, artiste statuaire à Ville-Evrard

Après-midi:
Silvia LIPPI: Espaces discordants, amours déséquilibrés
Philippe JULIEN: L'œuvre d'art comme réponse publique à la trahison de l'autre
François CLAUDEL: Camille et Paul Claudel au regard de leur enfance dans le Tardenois

Soirée:
Projection: "Camille Claudel" (1988) de Bruno Nuytten


Dimanche 9 juillet
Matin:
Camille et Paul Claudel — entre fraternité et rivalité
Joseph BOLY, Marie-Claire BOLLY & François CLAUDEL: Camille Claudel: Lettres de l'asile
Michel BRETHENOUX: Camille et Paul Claudel: génies et enfers

Après-midi:
Thérèse MOURLEVAT: La passion de Paul Claudel pour Rosalie Vetch

Camille Claudel dans le miroir... de la critique d'art
Gérard POULOUIN: Octave Mirbeau et Camille Claudel


Lundi 10 juillet
Matin:
Camille Claudel dans le miroir... de la réalité
Jean DUBOS: Réalisation d'un bronze d'art par la méthode cire perdue
Chantal DOQUET-CHASSAING: L'association Camille Claudel à Nogent-sur-Seine

Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS

RÉSUMÉS :

Catherine ANNE: Camille Claudel prise dans la toile familiale
Du même ventre, la pièce que je viens d’écrire est inspirée par l’histoire réelle de Camille, de son frère Paul et de sa sœur Louise. C’est la figure de la femme dans sa fratrie, dans sa famille, que j’ai cherché à faire apparaître dans cette pièce qui traite à égalité les trois protagonistes. Comment ses aspirations d’artiste, son appétit de création et sa vitalité de femme ont été compris, admis ou rejetés dans sa famille, et au premier plan par ces compagnons de vie que sont le frère et la sœur. Comment, enfin, à l’âge adulte, la sœur aimée, magnifique, admirée a fini par être enfermée dans un asile, avec l’accord de Paul et de Louise? Le théâtre, lieu de la polysémie, me semble idéal pour faire résonner ensemble ces trois voix, et donner à chacune sa force et la chance de se faire entendre.

Danielle ARNOUX: Camille Claudel entre création et folie
En 1899, Camille Claudel expose ses dernières grandes sculptures. Puis, sa création cesse, le délire s’installe — ou l’inverse. Y a-t-il eu une succession ou une causalité? Quelle fut la logique conduisant à cette effroyable incompatibilité? Que dire de la place de Rodin? On étudiera ces questions avec L’Âge mûr, Clotho, Persée et la Gorgone, Niobide blessée, soit la rupture, le deuil, la protection mise en défaut. Et voici l’année 1905, pour Paul Claudel celle du Partage de midi. Camille Claudel, elle, dit son refus au monument Blanqui. Tandis que son frère s’en tire en écrivant une œuvre du sacrifice, Camille va réaliser, par sa folie, le sacrifice de son œuvre.

Références Bibliographiques :

D. Arnoux, Camille Claudel, l’ironique sacrifice, Paris, EPEL, 2001.
D. Arnoux, "Comme quelqu’un qui dit 'non'", Littoral, Erès, n°29, 1989.
D. Arnoux, "L’œuvre de la rupture, L’Âge mûr de Camille Claudel", Revue du Littoral, n°43, février 1996.
D. Arnoux, "Paul Claudel, un sacrifice joyeux", dans Che vuoi?, Paris, L’Harmattan, n°18, 2002.
D. Arnoux, "Quand mon frère arrivera", dans Che vuoi?, Paris, L’Harmattan, n°19, 2003.
D. Arnoux, "Camille Claudel, construction d’une légende", Lunes, n°21, oct. 2002.
D. Arnoux, "La trilogie des Coûfontaine, L’amant sacrifié, la femme crucifiée", dans Bulletin de la Société Paul Claudel, n°166, 2002.


Alain BEAUSIRE: "Ma féroce amie" ou le non-retour d'une enfant prodigue
La non-existence de Camille depuis son enfance a trouvé à combler le vide par le "plein" d’existence de Rodin ; phagocyté, il se vide à son tour tout au long de la relation, pendant que Camille "existe" et crée. La séparation de 1892 sera salvatrice pour Rodin, qui reprend alors peu à peu de l’énergie créatrice et s’investit dans les grands projets, expositions, études du Balzac qui trouve son apothéose en 1898, grande rétrospective de 1900... Rodin avait franchi une autre dimension: "Sans doute, reconnaît-il en 1907 (comme s’il illustrait sa relation avec Camille), l’enlacement du Baiser est très joli. Mais dans ce groupe je n’ai rien trouvé. C’est un thème traité souvent suivant la tradition scolaire: un sujet complet en lui-même et artificiellement isolé du monde qui l’entoure: c’est un grand bibelot sculpté suivant la formule habituelle et qui retient étroitement l’attention sur les deux personnages représentés au lieu d’ouvrir de larges horizons à la rêverie" ("Propos de Rodin sur l’art et les artistes" par Paul Gsell, in la Revue, n°21, 1er novembre 1907, p. 105). Rupture, comme il avait rompu avec Camille en 1898, l’année même de la confrontation retentissante du grand marbre du Baiser avec le monumental Balzac, rebelle, militant ou agitateur, caricature révolutionnaire et subversive, grand coup de gueule courageux, politiquement incorrect, jeté à la société, comme un Nietzsche dionysiaque ou un Einstein irrévérentieux. Pour Camille il était déjà trop tard !

Références Bibliographiques :

Beausire, A. (1977). "Watteau et l'Eau", in Catalogue de l'exposition Pélerinage à Watteau, Paris, Musée de la Monnaie.
Beausire, A. (1984). "Les Expositions de Rodin en Suisse", in Catalogue de l'exposition Rodin, Martigny, Fondation Gianadda, 1984.
Beausire, A. (1985-1992). Correspondance de Rodin — 1860-1917, 4 vol., Paris, éd. du Musée Rodin.
Beausire, A. (1986). "Le Marcottage", in Catalogue de l'exposition La Sculpture française au XIXème siècle.
Beausire, A. (1986). "Rodin et la statue de Balzac", in Le Courrier Balzacien, n°24, juillet 1986.
Beausire, A. (1988). "Dix-huit lettres de Rodin", in Archives de l'Art français, tome XXIX.
Beausire, A. (1988). Quand Rodin exposait, Paris, éd. du Musée Rodin (Thèse de 1984, mise à jour et adaptée).
Beausire, A. (1989). "Œuvres de Rodin", in Catalogue de l'exposition Monet — Rodin, Paris, Musée Rodin.
Beausire, A. (1990). Rodin et la Caricature, catalogue d'exposition, Paris, Musée Rodin, 1990.
Beausire, A. (1996). "Les Archives du Musée Rodin", in Rodin — Le Musée et ses Collections, Paris, éd. du Musée Rodin, 1996.
Beausire, A. (1998). "A charge et à décharge (caricatures)", in Catalogue de l'exposition 1898: le Balzac de Rodin (VIII), Paris, Musée Rodin, 1998.
Beausire, A. (2005). "Le Baiser de Rodin", Catalogue de vente d’art moderne, Galerie Koller, Zürich, 24 juin 2005 ; notice du n°3016, pp.16-21, illustr.
Participation aux catalogues d'exposition: Rodin et la Hollande (Paris, 1996) ; Vers l'Age d'airain — Rodin en Belgique (Paris, 1997) (III, 5), Paris, Galeries nationales du Grand Palais.


Joseph BOLY, Marie-Claide BOLLY & François CLAUDEL: Camille Claudel: Lettres de l'asile
Comment trouver la juste porte d’entrée dans la vie et dans l'œuvre de Camille Claudel? Je dirais avant tout qu’elle fut « une femme ». Et certains auront l’audace de ne rien ajouter. En disant « une femme », dans les années 80, il ne pouvait s’agir que de Camille Claudel, la femme, dans sa qualité d’archétype, et la femme, une femme de génie entre deux autres génies: Paul Claudel et Auguste Rodin. Ses lettres en témoignent. Camille est omniprésente dans la vie et dans l’œuvre de Paul Claudel. Dans ses premières années, d’abord, où, vouée à la sculpture, dès l’âge de 13 ans, elle ne fit qu’attiser le propre génie de son frère. On la retrouve dans l’œuvre littéraire de Paul Claudel où, la première, elle fait figure de femme interdite, bien avant le Partage de midi. Aliénée et internée, elle ne cessera de hanter les nuits et les jours du poète ambassadeur, ainsi qu’en témoigne son Journal. Ce sera le grand tourment dans la vie de Paul Claudel, après l’amour crucifié de 1900-1905, avec Rosalie Vetch.
Les lettres de l’asile seront lus et commentés par Marie-Claire Bolly, Joseph Boly et François Claudel, petit-fils de Paul Claudel.

Marie-Jo BONNET: Camille Claudel, suicidée de la société? Persée et la Méduse ou les conséquences dramatiques du clivage femme — artiste
Je reprend volontairement le titre du texte d’Antonin Artaud sur Van Gogh afin d’analyser le rôle de la société bourgeoise de la fin du XIXème siècle dans la folie, puis l’enfermement de Camille Claudel à l’asile. Son groupe Persée et la Méduse est exemplaire du conflit qui l’a déchirée. Victoire du masculin solaire (Persée) qui brandit la tête décapitée d’un féminin maternel terrorisant (Méduse) qui est en fait un autoportrait de Camille et l’image de sa défaite qu’elle nous offre à méditer. A l’aide d’autres œuvres de décapitation (Judith et Holopherne d’Artemisia Gentileschi, David et Goliath Le Caravage), nous montrerons ce qu’a de spécifique au tournant des XIXème - XXème siècles le clivage femme — artiste qui a eu raison du génie « contre nature » de Camille Claudel. « C’est l’exploitation de la femme, l’écrasement de l’artiste à qui l’on veut faire suer jusqu’au sang », écrit-elle de l’asile à son frère le 3 mars 1930. Ou s’arrête le « délire », ou commence la haine du féminin et comment recevoir l’acte d’accusation d’une artiste « asociale » qui a grandi dans une famille ou il n’y avait pas de place pour deux génies à la fois, et qui devient à son corps défendant femme rebelle coupable d’exister.

Références Bibliographiques :

Les relations amoureuses entre les femmes du XVIème au XXème siècle, Odile Jacob, 1995, réédité en poche en 2001.
Les Deux Amies, essai sur le couple de femmes dans l’art, Blanche, 2000.
Qu’est-ce qu’une femme désire quand elle désire une femme?, Odile Jacob, 2004.
Les Femmes dans l’art, de La Martinière, 2004.
"De l’ombre aux Lumières", dans Les Femmes et la Révolution (Autrement).
"Les autoportraits de femmes peintres à leur travail aux XVIIIème et XIXème siècles", in Revue d’Histoire Moderne et contemporaine.
"Berthe Morisot", Revue Clio.
A paraître en avril 2006: Artistes et femmes au temps des avant-gardes, Ed. Odile Jacob.


Gérard BOUTÉ: Des rapports de Camille Claudel avec l'ombre, le miroir et le double
La personnalité de Camille Claudel ne cesse de fasciner. On peut se demander si des « oripeaux médiatiques » — selon l’expression du directeur du musée Rodin, Jacques Vilain —, n’ont pas recouvert l’œuvre d’interprétations qui regardent plus la personne que la création. Qu’en est-il donc de cette œuvre au plus près de ce qu’elle nous montre. Car la sculpture de Camille Claudel « désormais proscrite de la place publique et du plein air », comme le dit Paul Claudel, ne se livre bien que dans un certain lieu, une certaine lumière. La sculpture de Rodin, écrit-il encore en substance « repousse la lumière comme une borne » […] ; celle de Camille Claudel, « dans le milieu de la pièce clair obscur (je souligne), l’accueille comme un beau bouquet ». En quoi, donc, cette lumière « soutirée d’une chambre » ; en quoi ce pâle éclairage confèrerait-il à l’œuvre de Camille une intériorité et une force qu’elle n’aurait pas sous une pleine clarté? L’ombre est ici un signifiant. Elle n’est pas seulement contrepoint de la lumière dans l’œuvre de Camille Claudel, elle marque doublement sa vie et sa sculpture. La forme même est ainsi le miroir d’un symptôme marqué du désir inconscient : ombre d’un frère mort d’abord, celle d’un frère vivant ensuite, celle d’un maître enfin. Cette ombre-là confère à l’œuvre sa puissance esthétique et son pouvoir phénoménal ; ombre du désir maternel toujours présente, quand, au moment où, Camille devient elle-même, toute raison en vient à chanceler absorbée par la nuit.

Références Bibliographiques :

Bonaparte, M., Cronos, Eros, Thanatos, PUF. Paris, 1952.
Cassar, J., Dossier Camille Claudel. Séguier/Archimbaud. Paris, 1988.
Claudel, P., Œuvres en prose, Gallimard/ Pléiade, Paris, 1949.
Claudel, P., Camille Claudel Statuaire.
Claudel, P., Ma sœur Camille.
Claudel, P., Rodin ou l'homme de génie.
Claudel, P., Le Soudier de satin, Gallimard. Paris, 1929.
Claudel, P., Mémoires improvisés. Idées/Gallimard. Paris, 1969.
Claudel, P., Quarante et un entretiens avec Jean Amrouche, Gallimard, Paris, 1969.
Dufrenne, M., Phénoménologie de l'expérience esthétique. PUF, Paris, 1953.
Fabre-Pellerin, B., Le Jour et la Nuit de Camille Claudel, Lachenal /Ritter, Paris, 1988.
Freud, S., Introduction à la psychanalyse, Payot, Paris, 1947.
Freud, S., Essais de psychanalyse. Payot. Paris, 1981.
Freud, S., Totem et Tabou, Payot, Paris, 1947.
Freud, S., Trois essais sur la théorie de la sexualité, Gallimard. Paris, 1962.
Freud, S., La Vie sexuelle. PUF, Paris, 1969.
Freud, S., Malaise dans la civilisation, PUF. Paris, 1971.
Freud, S., Das lch und dits, Es. Leipzig, 1923.
Focillon, H., L'Art des sculpteurs romans, PUF Paris, 1931.
Lacan J., Ecrits, Seuil, Paris, 1966.
Lacan J., Le séminaire, livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Seuil, Paris, 1973.
Merleau-Ponty, M., L’Œil et l'Esprit, Gallimard, Paris, 1964.
Merleau-Ponty, M., Le Visible et l'invisible, Gallimard, Paris, 1964.
Merleau-Ponty, M., Phénoménologie de la perception, Gallimard, Paris, 1945.
Paris, J., L'Espace et le Regard. Le Seuil, Paris, 1965.
Paris, R.-M., Camille Claudel, Gallimard, Paris, 1984.
Paris, R.-M., Camille Claudel re-trouvée catalogue raisonné, éd. Aittouarès, Paris, 2000.
Serres, M., Statues, édit. François Bourin, Paris, 1987.
Tardieu, J., Le Miroir ébloui, Gallimard. Paris, 1993.
Bouté, G. (rééd. 1982). L’Esprit de la couleur, Dessain et Tolra, Paris
Bouté, G. (1995, 2000). Camille Claudel, le miroir et la nuit, éditions de l’Amateur/éditions des catalogues raisonnés, Paris 1995, rééd. 2000.
Bouté, G. (2004). Sexe et identité féminine, L'Archipel, Paris.


Michel BRETHENOUX: Camille et Paul Claudel: génies et enfers
« Persée, celui qui tue sans regarder », brandit « cette tête à la chevelure sanglante... Le reste est silence ». C’est par ces mots, lourds de remords, que Paul Claudel en 1951 présentait l’Exposition de sa sœur au Musée Rodin, mi-fasciné, mi-révulsé. Quarante œuvres y avaient été «exhumées », puis la pierre tombale retomba: 30 années allaient s’ajouter aux 30 précédentes, de l’impitoyable séquestration.
« L’Enfer du Génie » ! N’est-ce pas aussi la marque de Camille? En 1988, parallèlement à ce titre osé de Gérald Antoine, biographe de Paul, paraît le film d’« Adjani-Depardieu ». Si l’émotion est déclenchée, le tabou sur le Génie séquestré n’est pas pour autant levé. Nul ne s’est précipité pour re-visiter, simultanément, deux œuvres jusqu’alors séparées comme gloire et ténèbres. « Camille re-trouvée », titre Reine-Marie Paris sur son Catalogue raisonné édité en 2000. Qu’attendons-nous donc, précisément, pour la retrouver dans l’œuvre de Paul? « En filigrane », elle y fut toujours présente. En dépit de l’occultation générale subsiste, au cœur du flux torrentueux des mots, cette prégnance qui fit dire à un familier du poète: « c’est cette fille de génie qui a été la semence de son génie ». Aujourd’hui, qui montrera « la Vérité sortant du puits », la « délivrance » de tout un monde englouti, privé de corps et même de tombeau? D’où cette tentative pour repérer dans l’œuvre de son « petit Paul » les traces de son trop mal-aimé visage. Ainsi donc, remontons au terroir, au climat familial, suivons le dramaturge, l’exégète qui s’interroge tardivement sur la « Séquestrée », que le chrétien voulait faire « exorciser à distance ». De l’attraction, de la complicité initiales, tout aurait-il sombré? Le drame de la « Présence-Absence » habite Camille, et celui « la Femme-Interdite » hantera toujours Paul. Cette brûlure essentielle marqua bien des héros, dont "Tête d’Or" qui, pour le subconscient, masque sans doute une Tête Sanglante. « Dure nuit ! le sang séché... ». Oui, Paul et Camille, chacun selon son mode et son génie, auront livré bataille entre matière et Esprit.

Françoise CLOAREC: Camille Claudel, artiste statuaire à Ville-Evrard
« Je suis venue ici tout à l’heure. Je suis venue ici en automobile. On m’a fait passer par la fenêtre. C’est un enlèvement. C’est Rodin le sculpteur et ma famille qui l’ont provoqué ».
C’est la première observation établie le 10 mars 1913, juste après l’arrivée de Camille Claudel à la Maison de Santé de l’Asile d’aliénés de Ville-Evrard. Elle a quarante huit ans, sa beauté s’est abîmée, elle est épuisée. Elle va rester pensionnaire jusqu’au 5 septembre 1914. Le 10 mars 1913 elle pèse 74 kilos, le 18 août 1914, elle pèse 49 kilos. A cette époque, Ville-Evrard est divisé en trois parties: un asile d’aliéné pour les indigents, un service pour les alcooliques du département de la Seine, le Service Spécial, et la Maison de Santé. Nous connaissions le talent de Camille Claudel, son histoire de famille, sa passion, sa douleur, mais nous ne savions rien des premiers mois de sa vie en institution psychiatrique. Un dossier médical un peu moisi, poussiéreux, oublié avec des centaines d’autres empilés les uns sur les autres a été retrouvé en 1995, dans les caves de Ville-Evrard. Il retrace cette hospitalisation.

Chantal DOQUET-CHASSAING: L'association Camille Claudel à Nogent-sur-Seine
Il s’agit d’une véritable chance de pouvoir nourrir à Nogent-sur-Seine, l’espoir de voir s’épanouir le petit musée actuel, Musée Dubois-Boucher, en un musée consacré à la sculpture de la fin du XIXème siècle, et plus particulièrement dédiée à Camille Claudel. En parallèle, la maison où Camille Claudel habita adolescente est désormais propriété de la Municipalité, désireuse de la réhabiliter en un lieu de mémoire. Depuis le succès de l’exposition Camille Claudel en 2003 à Nogent-sur-Seine, la municipalité réfléchit sur ces nouvelles perspectives. Reine-Marie Paris évoquait déjà ce projet dans les années 1980 avec Michel Baroin, maire, à l’époque, de cette ville où l’on parle souvent sculpture autour des œuvres de Marius Ramus, Paul Dubois, Alfred Boucher, et de Camille Claudel, tous nogentais, d’une façon ou d’une autre...
Pour que ces projets voient le jour, la population s’est rassemblée en une association « Camille Claudel à Nogent-sur-Seine ». Créée le 17 novembre 2004, elle compte en 2005, déjà plus de 300 membres. Ses missions sont larges: accompagner les réalisations de la ville, faire vivre les idées comme promouvoir la sculpture auprès des adolescents, servir de lien entre tous les passionnés de Camille Claudel, faire connaître et rendre hommage à Camille Claudel...

Jean DUBOS: Réalisation d'un bronze d'art par la méthode cire perdue
Dans cet exposé, agrémenté de diapositives, seront abordés les différents thèmes suivants:
- retour à la source sur la méthode cire perdue à partir d'une expérience d'archéologie expérimentale gallo-romaine, suivi d'un aperçu sur les traces des fondeurs africains, montrant la simplicité toute relative de la méthode à la cire perdue ;
- comment se pratiquait cette méthode du temps de Camille Claudel, matériau modèle moules fusions, montrant la rivalité des deux méthodes cire perdue et fonte au sable au 20ème siècle?
- l'évolution actuelle de cette méthode cire perdue qui, grâce à l'industrie, fait renaissance et donne un nouveau dynamisme en fonderie d'art ;
- les différentes étapes pour obtenir un bronze de qualité à partir d'un modèle en passant par le moulage, le noyau, la cire, le moule réfractaire, la coulée, la ciselure et enfin par la patine qui donnera l'aspect finale au bronze ;
- le code de déontologie des fondeurs d'art établi en 1993 qui régi les us et coutumes du métier ;
- les liens sculpteurs / fondeurs nécessaires à la bonne édition d'une œuvre.

Christine FARRÉ: Mes errances avec Camille Claudel
Entrer dans l’univers de Camille Claudel par le biais du théâtre, de la parole, du corps, du mouvement: voilà le pari qui fut le mien il y a un peu plus de deux ans. Entrer dans cet univers et construire un spectacle dont le texte est nourri des seuls correspondances et textes des critiques de l’époque: voilà la difficulté à transgresser afin d’aller vers une dramaturgie vivante. Je suis donc partie en errance pendant de longs mois et j’ai parcouru lettres et feuillets d’écrivains, comme ceux de Mirbeau, par exemple. Je parle d’errance à travers cette correspondance car c’est bien dans cette divagation que j’ai pu imaginer Camille. C’est par cette errance que j’ai rencontré des personnages qui lui étaient proches comme Asselin ou Morhardt, c’est par cette errance que sont nées pour moi quelques intuitions. Il a fallu que je sois nue, vierge de tout savoir pour aborder cette histoire, et pour la faire « mienne », afin que sur scène Camille puisse exister entre réalité et fiction. Car l’espace théâtre se dessine entre ses deux pôles, afin d’en appeler à l’imaginaire du spectateur, à sa propre réflexion. J’espère donc avoir construit  un spectacle où l’errance du spectateur se marie avec celle d’une Camille dont les mystères restent insondables. C’est de cette errance dont je voudrais parler.

« Camille Claudel 1864-1943 »
La pièce a été créée le 8 octobre 2004 au Théâtre Jacques Coeur à Lattes (34) et joué au Centre Culturel de la Clef en Novembre et décembre 2004, le 4 février 2005 au théâtre Jacques Coeur à Lattes, du 8 juillet 2005 au 30 juillet 2005 au Théâtre La Luna, Festival d'Avignon, le 6 août 2005 à Lattes , le 10 mars 2006 à Toulon, du 4 au 29 octobre 2006 au Théâtre des 2 Rives à  Charenton (94). Elle sera en tournée à partir de janvier 2007.


Jeanne FAYARD: Symbolique et réalité de l'image de la femme dans les œuvres croisées d'Auguste Rodin et de Camille Claudel
L’image de la femme dans l’œuvre d'Auguste Rodin semble multiple, si l’on considère le grand nombre de ses sculptures de femmes ou de couples qui lui sont  inspirées de la mythologie ou des grandes figures de la littérature. Sa relation amoureuse avec Camille Claudel marque un tournant dans son expression artistique, en ce qu’il donne une impulsion de vie nouvelle à la matière. Camille Claudel s’inspire, quant à elle, de la mythologie au début pour traduire son amour (« Sakountala »). Mais la dure réalité de la brièveté de la passion qui anime Camille et Rodin, fait évoluer les deux artistes différemment dans leur œuvre. Rodin reste dans le symbolique pour continuer à traduire des images de femme et de couples. Camille projette directement « l’histoire de sa vie » dans son œuvre, et ce réalisme l’empêche de continuer à accéder au symbolique et d’évoluer vers d’autres formes artistiques. Si Rodin écrit dans son livre « Les cathédrales de France » que l’image de la cathédrale évoque, pour lui, celle d’une femme « en prière », agenouillée, Camille se représente dans sa sculpture, en femme « humiliée, à genoux », selon Paul Claudel. Elle donne à sa sculpture un premier titre symbolique « Le dieu envolé », et, dans une seconde version, le titre réaliste de « L’implorante » ou encore « La suppliciée ». Dans la fusion de l’amour et de la création, les inconscients des deux artistes se sont rejoints dans cette image de femme qui les habite, mais vont se séparer pour des destinées différentes. Rodin ne fait plus de grandes sculptures de couples, mais continue l’exploration de nouvelles formes artistiques et affronte des débats esthétiques autour des commandes « Les Bourgeois de Calais », « Victor Hugo », « Balzac ». Camille n’exécute aucune commande: « Persée et la Gorgone » est la dernière œuvre où elle symbolise encore son histoire personnelle, qui marque aussi la tragédie de son dédoublement. La maladie envahit peu à peu son psychisme, la mène vers la destruction de son œuvre, jusqu’au refus de créer pendant les trente ans d’asile.

Références Bibliographiques :

Fayard, Jeanne (1979). Delsol, homme et sculpteur insolite, éd. Cercle d’or.
Fayard, Jeanne. Préface et présentation du « Dossier Camille Claudel » de Jacques Cassar, éd. Séguier (1989), réédité par Maisonneuve & Larose-Archimbaud, (1998) avec une nouvelle préface « Et Camille Claudel sortit de l’ombre » et réédité, en 2001, avec une nouvelle préface « Camille Claudel comme métaphore ».
Fayard, Jeanne (1989. La vie passionnée de Rodin, éd. Séguier, réédité par Maisonneuve & Larose-Archimbaud (1998) avec une nouvelle préface « La femme et la cathédrale ».
Fayard, Jeanne (1992). Ipousteguy, sculpteur, Catalogue raisonné, co-éd. Cercle d’art et Kunsthalle de Berlin dirigé par Evelyne Artaud.
Fayard, Jeanne (1994). Clement, sculpteur, éd. Edifor, collection un auteur/ un artiste.
Elle est aussi l’auteur d’une pièce de théâtre « Une femme, Camille Claudel » avec Anne Delbée (1981) et d’une biographie sur le dramaturge américain « Tennessee Williams » (éd. Seghers, coll.Théâtre de tous les Temps, 1972).


Jeanne FAYARD: Faire danser la sculpture de Camille Claudel: autour de la chorégraphie et de la mise en scène de « Sakountala » par Marie-Claude Pietragalla
En créant en 2000 le ballet « Sakountala » qui lui a été inspiré par la vie et l’œuvre de Camille Claudel, Marie-Claude Pietragalla voulait raconter la vie de cette artiste qui la fascinait et dont le destin la bouleversait. Son intention n’était pas de faire une biographie illustrée, ni de reproduire une grande fresque historique, mais plutôt d’entrer au plus intime du corps de cette femme et des corps qu’elle a sculptés pour tenter d’approcher et de comprendre ce qui l’a fait basculer dans le monde de l’enfermement. Marie-Claude Pietragalla est partie des principales sculptures de Camille — « Sakountala » , « La Valse », « Les Causeuses », « Clotho » — pour mettre en mouvement ses œuvres, pour faire danser la sculpture, pour évoquer l’imaginaire de l’artiste. Alors que la sculpture est un arrêt sur image, où le mouvement semble suspendu dans une expression évocatrice, la danse est un art du mouvement qui précède ou prolonge l’émotion. Pour Marie-Claude Pietragalla, le défi était donc d’évoquer par le langage du corps le parcours créatif intense et intime de cette artiste d’exception, de recréer son milieu familial, et de nous introduire dans le monde de l’asile où a basculé son destin. Si Paul est présent dans la complicité qu’il partage avec Camille dès l’enfance, Rodin n’apparaît, dans le spectacle, qu’à travers ses œuvres « La porte de l’enfer » et « Les bourgeois de Calais ». Marie-Claude Pietragalla a voulu se centrer sur Camille pour évoquer le parallèle entre le travail du danseur qui façonne son corps et le travail du sculpteur qui façonne la pierre.

Philippe JULIEN: L'œuvre d'art comme réponse publique à la trahison de l'autre
Paul et Camille Claudel ont vécu la même expérience d'ordre privée: la trahison de l'autre après quelques années de passion amoureuse. Pour Paul, ce fut à Fou-Tchéou avec Rosalie Vetch ; pour Camille, ce fut à Paris avec Auguste Rodin. C'est alors que le passage au public de cette expérience par la création esthétique devient un jour nécessaire pour pouvoir surmonter la mélancolie de cet horrible abandon. Paul y a réussi grâce à ses chefs-d'œuvres d'ordre théâtral, tandis que Camille y a échoué par son statuaire au point de devoir vivre trente ans d'internement. Les raisons de cette différence sont à analyser.

Jonathan KERR: L'âge mûr ou l'Œdipe in-dépassé
En présentant Camille C (Molière inattendu 2005), j'ai orienté mon travail sur la mythologie. En quelque sorte, j'ai fait de Camille une déesse et de Rodin, un dieu. La vérité, la cruelle vérité, me semblait insupportable à montrer sur scène. Comme l'a fait dire un autre borgne célèbre: quand la légende est plus belle que la vérité, on imprime la légende.
Et c'est la légende que nous avons jouée. D'aucuns, comme Rodin, virent dans l'âge mûr, un camouflet au maître, il était évident pour eux, comme pour lui, que c'était Camille qui se représentait en impossible maîtresse, en implorante, priant désespérément Rodin de ne pas rejoindre sa concubine Rose Beuret. Pour moi, c'est le drame de Camille qui est tout entier enchâssé dans cette œuvre. Sa vie, son destin, sa destruction, sa fin: son combat insensé. C'est ce que je me propose de démontrer en m'appuyant sur mes propres recherches.
Il m'a fallu comprendre cette "énigme", cette insupportable vérité, pour oser faire imprimer le mythe.

Sylvie LELEU-MERVIEL: Mlle Say, du sens comme une attraction lictionnelle entre fragments rhapsodiques
Les travaux récents en sciences de l’information et de la communication ont montré que le sens n’est pas un fait inerte, définitivement encodé dans des données qui le contiendraient toutes. Le sens est un construit qui s’élabore sur le vif dans la relation: sous l’effet du parcours dynamique de l’individu qui les consulte, les données entrent en tension les unes avec les autres et, par juxtaposition ou par rapprochement, s’instaurent des forces attractives (ou répulsives), appelées lictions, qui créent de la résonance (ou de la dissonance) sémantique. Le concept d’espace imaginal traduit cet univers de forces où réside le sens. Mlle Say est un travail d’écriture mettant en œuvre une telle perspective. Des fragments « authentiques » extraits des Lettres de l’asile, des textes de Paul Claudel, des passages de Claude Debussy liés à sa rencontre avec Camille, mais aussi des fragments musicaux de La danse des morts et Jeanne au bûcher d’Arthur Honegger sur des textes de Paul, autant de particules qui gravitent autour de la vie et de l’œuvre de Camille Claudel et qui sont mises en liction au sein d’une même rhapsodie pour « mettre en sens » les composantes de cette destinée inouïe.

Références Bibliographiques :

Ouvrages
Leleu-Merviel (2005). Création numérique: écritures — expériences interactives. Paris/Londres, Lavoisier/Hermès Science Publishing, ISBN 2-7462-1130-0.
Leleu-Merviel (2001). Nouvelles écritures, numéro spécial de la revue Document Numérique Volume 5-n°1-2/2001. Paris, Hermès Science Publications, 2001, ISBN 2-7462-0454-1, ISSN 1279-5127.
Articles de revues internationales
Leleu-Merviel S. (2004). "Effets de la numérisation et de la mise en réseau sur le concept de document", Paris, Cépaduès Editions, Revue Internationale I3: Information, Interaction, Intelligence, A Journal in the Sciences of Information Engineering, Numéro thématique: Le document numérique sous la direction de Jean Charlet et Jean-Michel Salaun, Volume 4 n°1/2004, pp.121-140, ISBN 2-85428-634-0, ISSN 1630-649X.
Labour M., Leleu-Merviel S. & Vieville N. (2004). "Using a quality-led multimedia approach for interpersonal communication training", Norfolk (USA), AACE Publisher — Association for the Advancement of Computing in Education — Journal of Educational Multimedia and Hypermedia (JEMH), Volume 13 n°2/2004, pp.185-214, ISSN 1055-8896.
Leleu-Merviel S. (2002). "De la navigation à la scénation: un grand pas vers la numérisation du récit", Paris, Lavoisier/Hermès Science Publications, Revue Internationale Les cahiers du Numérique, Numéro spécial La navigation sous la direction de Franck Ghitalla, Volume 3 n°3/2002, pp.97-120, ISBN 2-7462-0578-5, ISSN 1469-3380.
Leleu-Merviel S., Labour M., Verclytte L. & Vieville N. (2002). "Script creation for the design of lesson plans". Norfolk (USA), AACE Publisher — Association for the Advancement of Computing in Education — Journal of Technology and Teacher Education (JTATE), Volume 10 n°1/2002, pp.5-16, ISSN 1059-7069.
Communications internationales avec actes et comité
Leleu-Merviel S., "La structure du Aha. De la fulgurance comme une percolation". 8th International Conference H2PTM’05 « Hypertexts and Hypermedia. Create, play, exchange: network experiences », Paris (France), Novembre 29-Décembre 1, pp.59-76, 2005.
Useille P., Labour M., Leleu-Merviel S., Mineur Y., Verclytte L., "Vers une modélisation du document numérique de création de connaissances: rendre compte de l’expérience des utilisateurs". 8th International Conference H2PTM’05 « Hypertexts and Hypermedia. Create, play, exchange: network experiences », Paris (France), Novembre 29-Décembre 1, pp.307-323, 2005.
Hussain K., Anceaux F., Yasin-Mughal S.,  Leleu-Merviel S., "An empirical study on structured web home page for the recall of site map on the World Wide Web", AIC’05 5th WSEAS 2005 International Conference on applied Informatics and Communications, Malta (Malte), September 15-17, Issue 12, Volume 2, pp.2054-2059, 2005.
Vieville N., Morillon L.,  Leleu-Merviel S., Labour M., "Does technology transform the dialog? Transposing face-to-face interviews into e-mail interviews in qualitative investigation", ED-MEDIA 2005, World Conference on Educational Multimedia, Hypermedia & Telecommunications, Montréal (Canada), June 27-July 2, pp.858-866, 2005.
Leleu-Merviel S., "Nouvelles stratégies d’apprentissage: exercer l’intelligence émotionnelle des professionnels grâce à la fiction numérique", 4ème Colloque International « La recherche en multimédia et son impact sur le processus d’apprentissage », Beyrouth (Liban), Juin 16-17, Atlantouniyah Revue de l’Université Antonine n°6/2005 pp.163-170, 2005.


Sandrine LETRECHER: A propos du spectacle « Camille » (mars 2006)
Le point de départ de mon travail autour de Camille était son oeuvre et non sa biographie. Je crois même que j'ai choisi ce postulat de départ en réaction contre une utilisation à mon sens excessive des éléments biographiques au détriment de sa création. J'ai choisi de visiter chronologiquement douze de ses sculptures sur le plateau, de « L'homme penché » à « La joueuse de Flûte ». Je suis donc partie de la matière et non des mots, en demandant aux comédiens de « jouer » ces sculptures en recouvrant leurs corps d'argile et de terre glaise. Nous ne savions pas encore à ce stade du travail quels liens existeraient entre les œuvres et quelles histoires naîtraient sous nos yeux. Mais de textes choisis en improvisation, in fine les mots prononcés dans ce spectacle découlent toujours de l'œuvre.

Silvia LIPPI: Espaces discordants, amours déséquilibrés
L’art de sculpter, c’est l’art de couper les volumes: et cette destruction, cette « coupure » de l’espace originaire — totalité mythique et parfaite — qu’est la matière à l’état brut, est l’acte originaire de la création (poiesis), acte qui marque la jonction entre la matière qui prend forme (les figures, les représentations…) et l’acte de l’artiste qui se détermine (son style de tailler la matière, sa façon de l’assembler, de lui faire prendre forme dans le nouvel espace crée par la coupure, etc.). Mais il manque un troisième élément: la signature marque l’acte du sujet, elle représente l’assemblage du corps et du nom dans l’œuvre. Et quand on dit nom, on dit nom du père, symbole, inscription pour le sujet d’un amour qui est à la fois structurant et malheureux. Pour Camille Claudel, ces éléments — espace, sculpture, nom, amour et père — se combinent d’une manière inattendue, différente et tellement spéciale qu’ils forment, ils « construisent » l’artiste exceptionnelle que tout le monde connaît en même temps que la femme éprouvée, déçue et délaissée par l’amour, l’art et la vie même. Essayer de comprendre la manière dont espace, sculpture, nom, amour et père se nouent entre eux, s’affrontent et se fixent, constitue mon projet de recherche au sujet de la vie et de l’œuvre de Camille Claudel.

Thérèse MOURLEVAT: La passion de Paul Claudel pour Rosalie Vetch
Exécutrice testamentaire de Louise Vetch, la fille de Paul Claudel et de Rosalie Vetch, pour les correspondances, les photos et les papiers de famille, j'ai pu ainsi approcher "un autre Claudel" qui, après avoir vécu le drame de la passion de Rodin pour sa sœur, et vu que l'état de celle-ci se dégrade irrémédiablement, se prend sur le bateau qui le ramène en Chine en 1900 d'une passion violente pour une merveilleuse et énigmatique jeune femme, Rosalie. Elle semblera l'abandonner au terme de près de quatre années passées ensemble à Foutchéou, lui causant une incurable blessure. Mais l'écrivain la fera surgir au coeur de toute son œuvre poétique et dramatique, et il arrive que, derrière la silhouette de la maîtresse adorée, se profile celle de la soeur qu'il lui a fallu quitter.

Références Bibliographiques :

La Passion de Claudel. La vie de Rosalie Scibor-Rylska, Pygmalion, Paris.
Les manuscrits ou l'oeuvre en chantier de Claudel (2005). Editions Universitaires de Besançon.
Le Clair-obscur dans la littérature française (2005). Wydawnictwo slaskiego, Katowice.
Claudel homme politique (2006), Dijon.
Articles dans la Revue d'Histoire du Théâtre, Le Bulletin Critique du Livre en français, Les publications claudéliennes.


Gérard POULOUIN: Octave Mirbeau et Camille Claudel
Octave Mirbeau, écrivain et journaliste actif à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle, a publié de nombreux artistes sur des peintres, entre autres Monet, Renoir, Pissarro, sur le sculpteur Auguste Rodin, qu'il connaissait personnellement, et qui a illustré Le jardin des supplices. Mirbeau a aussi écrit des articles enthousiastes à propos de Camille Claudel, dont il espérait voir le génie reconnu. Il est convaincu qu'elle doit trouver place à côté des sculpteurs consacrés, il affirme les qualités plastiques de ses œuvres, quels que soient les sujets abordés, il dénonce les préjugés dont elle peut être la victime. On se propose de situer dans le contexte de leur apparition les écrits de Mirbeau qui traitent de Camille Claudel, de préciser quelles sont les qualités qu'il associe à l'artiste dont il défend avec chaleur les œuvres.

Silke SCHAUDER: Procréation ou création? La trajectoire heurtée d'une artiste femme
Dans ma communication, j’aborde la question délicate des liens qu’entretient la féminité avec la création artistique, à travers le cas tragique de Camille Claudel. Génie statuaire à la maternité empêchée, Camille, sous la pression de sa décompensation psychotique, détruit avant son hospitalisation en 1913 nombre de ses œuvres, telle une Médée tuant par vengeance ses propres enfants. Comment expliquer ces actes qui semblent être autant de suicides avant sa nuit finale?
Je pose l’hypothèse que la création mobilise tant des identifications paternelles (l’artiste doit assumer la paternité de son œuvre, la nommer, l’inscrire dans le monde) que maternelles: l’œuvre est en gestation, l’artiste porte son œuvre, l’enfante, s’en sépare... Cette capacité double, complexe, est négociée différemment par chaque artiste jouant dans le cas les plus heureux sur les deux registres identificatoires et rééditant ainsi, le fantasme de bisexualité que Freud a identifié comme étant à la base de l’acte créateur. Or, les aléas de la vie de Camille Claudel ont cruellement attaqué cette capacité qui semble le moteur même de l’art. J’essayerai de suivre le devenir de cette double identification lors de différents moments clés dans la vie de Camille Claudel. Comment, lors de l’adolescence, son talent extrêmement précoce se révèle-t-il? Comment la fécondité de l’œuvre éclôt-elle au temps de la passion amoureuse avec Rodin? Qu’advient-il de l’œuvre lors des crises du couple et lors de la rupture définitive marquée par l’Âge mûr? Quelles œuvres Camille Claudel crée-t-elle seule dans son atelier du 19 quai de Bourbon? Et pourquoi cesse-t-elle toute activité artistique pendant les trente dernières années de sa vie?
Un triple renoncement semble avoir contraint Camille Claudel à remplacer, au fur et à mesure, son activité artistique par l’activité délirante:
- d’abord, le renoncement à sa féminité, à travers la rupture désastreuse avec Rodin ;
- puis, le renoncement à sa maternité, suite aux avortements qu’elle a subis au cours de leur relation tumultueuse ;
- enfin, le renoncement à l’œuvre dont elle n’était plus capable d’assumer — sous l’emprise des idées de spoliation et de persécution par Rodin — la paternité pendant les trente ans d’internement à Montdevergues.
A partir de l’été 1906, Camille a fait enterrer, tels des êtres morts, ses œuvres détruites en les confiant à un charretier. S’agit-il de la date anniversaire, commémorative, de ses avortements? Ou encore, de la répétition mortifère de la mise en terre de son frère Charles-Henri, premier enfant de ses parents, mort après quinze jours de vie le 16 août 1863? La mort de cet enfant a-t-elle conféré à Camille, au prénom bisexuel, le statut d’enfant de remplacement? Née le 8 décembre 1864, elle sera diffusément, aveuglement haïe par sa mère pour sa différence.
Alors, Camille Claudel: artiste ou artiste femme? Son œuvre bouleversante était-elle destinée à effacer toute différence sexuelle, toute filiation, tout nom?

BIBLIOGRAPHIE :

Arnoux, Danielle (2001). L’ironique sacrifice. EPEL, Paris.
Bouté, Gérard (1995). Camille Claudel. Le miroir et la nuit. Les éditions de l’amateur. Editions des catalogues raisonnés.
Boly, Joseph (1989). Camille Claudel, Société Paul Claudel, Belgique.
Cassar, Jacques (1987). Dossier Camille Claudel. Librairie Archimbaud, Séguier, Paris.
Desbordes, Michèle (2004). La robe bleue. Verdier, Paris.
Fabre-Pellerin, Brigitte (1988). Le jour et la nuit de Camille Claudel. Lachenal et Ritter, Paris.
Fabre-Pellerin, Brigitte (2005). Camille Claudel, le tourment de l’absence, Les Carnets de psychanalyse.
Lehembre, B. (1999). Camille Claudel - Auguste Rodin. La passion à quatre mains. Acropole, Tours.
Paris, Reine-Marie (2000). Camille Claudel re-trouvée. Catalogue raisonné, Éditions Aittouarès, Paris.
Paris, Reine-Marie (1984). Camille Claudel. Gallimard, Paris.
Pinet, Hélène (1994). Rodin, les mains du génie. Collection Découvertes Gallimard, Paris.
Pinet, Hélène et Paris, Reine-Marie (2003). Camille Claudel. Le génie est comme un miroir. Collection Découvertes Gallimard, Paris.
Rivière, Anne ; Gaudichon, Bruno ; Ghanassa, Danielle (1996). Camille Claudel. Catalogue raisonnée. Adam Biro, Paris.
Rivière, Anne et Gaudichon, Bruno (éd., 2003). Camille Claudel Correspondance, Gallimard, Paris.
Schauder, Silke (2002). "Camille Claudel - contemporaine de l´éternité", in: Encrages, n°3, L´Harmattan, Paris, pp. 32-47.
Schauder, Silke (2005). "Camille Claudel: de la création à la perte", in: Juffé, Michel. Expériences de la perte. PUF, Paris, pp.265-279.
Smith, Anne-Marie et Schauder, Silke (2005). "Recherches de la forme libre: le destin artistique de trois femmes au fil de la modernité, Virginia Woolf, H.D. et Camille Claudel", in: Resonances, Paris.
Schauder, Silke (2006). "Du temps de l’œuvre à l’œuvre du temps. Notes sur Camille Claudel". Séminaire Babel, Paris, le 8 novembre 2004 (à paraître in: Babel , Tome 4, Editions In Press, Paris).
Schauder, Silke (2006). "Exposée sur les crêtes du cœur". Notes sur L’Age mûr de Camille Claudel. (à paraître in: Revue de Psychiatrie et de Psychologie Médicale).


Avec le soutien de l'Université de Paris 8 et du Centre Régional des Lettres de Basse-Normandie



COLLOQUE PUBLIÉ AUX ÉDITIONS L'HARMATTAN, 2008



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