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DU LUNDI 27 JUIN (19 H) AU LUNDI 4 JUILLET (14 H) 2011



LES CONTRE-CULTURES

DE LA RÉVOLUTION CULTURELLE AU DÉPASSEMENT DE L'ART (1945-2010)


DIRECTION : Christophe BOURSEILLER, Olivier PENOT-LACASSAGNE

ARGUMENT :

Qu’est-ce qu’une contre-culture? Comment interpréter le sens général des contestations et des ruptures culturelles de la seconde moitié du XXe siècle? Comment reconstituer la logique des moments, des tendances et des styles d’expression qui, dès les années 1950, ont bouleversé l’idéologie culturelle des sociétés occidentales?

Les discours sur la notion de culture, sur les altérations qu’elle subit, sur la diversité des influences qui la transforment, abondent ; mais ces discours font peu de place à la notion de contre-culture. Il est pourtant impossible d’en ignorer les multiples créations: Beat Generation, Pop Art, "pop philosophie", rock culture, hippisme, new wave...

Les contre-cultures ne constituent pas un ensemble négligeable de sous-produits culturels dont l’exotisme éclectique serait l’indice le plus sûr. Elles sont bien plutôt, selon le mot de Theodore Rozsak, "une exploration politique de la conscience": l’histoire retournée contre elle-même, une hésitation du devenir, l’appropriation renouvelée du réel. Un désir de transformation radicale de la société anime ses acteurs, le souci d’une autre culture artistique et intellectuelle désigne ses créateurs.

Contre les modèles culturels dominants, les contre-cultures portent la révolution dans la vie quotidienne. En elles se tiennent les possibles inaboutis des sociétés dans lesquelles nous vivons. Quelles que soient leurs productions, brillantes ou médiocres, quels que soient les discours qui les soutiennent (Marcuse, Debord, Deleuze, Foucault, etc.), leur but est la réalisation effective de l’homme. Ainsi, l’acteur de la contre-culture (théoricien, poète, peintre, écrivain, musicien) conçoit sa pratique d’artiste et sa réflexion d’intellectuel comme une opposition révoltée au monde social, psychique et humain auquel il refuse d’appartenir.

Nous nous proposons d’en analyser les manifestations, les articulations et les développements depuis 1945 ; d’en évaluer la présente vitalité et l’actualité. L’éclectisme de la contre-culture et, parfois, son syncrétisme superficiel ne peuvent en occulter la radicalité. Un certain rapport à la culture et aux avant-gardes la définit. Mais elle se distingue avec la même netteté des sous-cultures qu’elle inspire et nourrit. Ainsi, derrière le rejet de la culture dominante et des sous-produits de la contestation se profile, sous son enseigne, une critique vigoureuse de l’individu et de la société.

CALENDRIER DÉFINITF :

Lundi 27 juin
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 28 juin
Matin:
Introduction à la contre-culture
Christophe BOURSEILLER & Olivier PENOT-LACASSAGNE: Introduction
Patrick TACUSSEL: Lettrisme et contre-culture

Après-midi:
Avant-garde et contre-culture
Jérôme DUWA: Vol au-dessus d'un nid d'ignus. Surréalisme et contre-culture
Christian LEBRAT: "Les Situs heureux": Alain Montesse et le groupe pro-situationniste de l’IDHEC (1968-1972)


Mercredi 29 juin
Le temps de la contestation

Matin:
L'Amérique contestataire
Frédéric ROBERT: Vers une contre-culture américaine dans les années soixante (texte lu)
Michaël ROLLAND: La presse parallèle française des années 70, entre transferts culturels et spécificités nationales

Après-midi:
Cinéma, presse et contre-culture
Steve KRIEF: Lenny Bruce
Patrick TACUSSEL: Les conspirateurs: une contre-culture politique aux XIXe et XXe siècles

Soirée:
Bansky: projection et débats, avec la participation d'une classe du Collège Anne Heurgon-Desjardins de Cerisy


Jeudi 30 juin
Les penseurs de la contestation

Matin:
Théâtre et politique
Roberto NIGRO: Révolution moléculaire et nouvelles pratiques révolutionnaires
Catherine BRUN: Gatti dedans / dehors: de l'avant-garde aux contre-cultures

Après-midi:
Philosophies et contre-culture
Jonathan DEGENÈVE: Le cinéma américain des années 70: un modèle de contre-culture?
Diogo SARDINHA: Contestation et violence révolutionnaire


Vendredi 1er juillet
Musique et contre-culture

Matin:
Punk et New Wave, l'autre contre-culture
Olivier PENOT-LACASSAGNE: 1968-1978: les métamorphoses de la contre-culture
Jean-Pierre TURMEL: Genesis Breyer-P.Orridge

Après-midi:
Du metal au GRM
Alexis MOMBELET: Le Metal: une culture de l'ubris
Christian ZANESI: Le GRM — Groupe de recherches musicales — et les contre-cultures


Samedi 2 juillet
Matin:
Christian Prigent, TXT, avant-garde ou contre-culture?
Christian PRIGENT & Olivier PENOT-LACASSAGNE: Entretien
Muriel PIC: Une leçon de montage: Christian Prigent et les avant-gardes
Bénédicte GORRILLOT: "Beat gestation". Christian Prigent: au-delà des contre-cultures?
Christian PRIGENT: Lecture

Après-midi:
Le mouvement géopoétique
Kenneth WHITE & Olivier PENOT-LACASSAGNE: Du nomadisme intellectuel à la géopoétique (entretien)
Kenneth WHITE: La statégie de la mutation
Kenneth WHITE: Lecture

Soirée:
Projection du film de François Reichenbach: Les Chemins du Nord profond. Kenneth White sur les traces de Basho au Japon (52', 1984)


Dimanche 3 juillet
Les contre-cultures aujourd'hui

Matin:
Barbara SAFAROVA: L’art brut à l’encontre de la culture?
Natalia SMOLIANSKAÏA: La "poussière" des avant-gardes. "Formes de vie" artistiques: contre-culture et avant-gardes
Michaël ROLLAND: Contre-culture(s), le singulier pluriel. Perspectives générales

Après-midi:
DÉTENTE


Lundi 4 juillet
DÉPARTS 

RÉSUMÉS :

Catherine BRUN: Gatti dedans / dehors: de l'avant-garde aux contre-cultures
Si l'œuvre de Gatti mérite d'être interrogée ici, c'est par sa trajectoire: intronisée par les avant-gardes artistiques en 1959, avec la création du Crapaud-Buffle au TNP, elle se détourne dès 1968 des scènes institutionnelles pour habiter et vivre, autrement, le théâtre: dans des friches, des hôpitaux, des prisons, sur la route; sans comédiens / avec des stagiaires loulous, paysans, détenus, étudiants; sans public / avec des "témoins"; contre la Culture / avec les savoirs, les œuvres et ceux qui les portent? dans une célébration passionnée de ce qui fait l?homme plus grand que l?homme. C'est ce déplacement du dedans (l'avant-garde) au dehors (la ou les contre-cultures) qui sera analysé pour en percevoir les enjeux artistiques et politiques.

Jonathan DEGENÈVE: Le cinéma américain des années 70: un modèle de contre-culture?
Il s’agira d’envisager ce que l’on a nommé le Nouvel Hollywood — une désignation qui soulève déjà le problème de la récupération — sous trois angles:
- les grandes caractéristiques des ces films qui se présentent souvent comme des road movies (Easy Rider, Vanishing Point, Zabriskie Point, etc.);
- les raisons qui expliquent pourquoi ils sont devenus une référence en matière de contre-culture, une référence qui va d’ailleurs jusqu’au culte et qui déborde largement les cadres du cinéma, du territoire américain et des années 70;
- la question de savoir ce qu’il reste d’une force d’opposition lorsqu’elle devient ainsi un modèle, mais cette question en tant qu’elle se pose déjà chez certains cinéastes de cette période (Al Ashby par exemple).

Christophe Cormier, Contre-culture et cinéma. Dennis Hopper à l’œuvre, L’Harmattan, Paris, 2009.
Jean-Baptiste Thoret, Le Cinéma américain des années 70, Cahiers du cinéma, Paris, 2006.
Théodore Roszak, The making of a Counter Culture, Doubleday, New-York, 1968.


Jérôme DUWA: Vol au-dessus d'un nid d'ignus. Surréalisme et contre-culture
L'ignu n'est pas une espèce d'oiseau en voie de disparition. Ce terme, non dénué d'humour, était utilisé par Allen Ginsberg et Jack Kerouac pour désigner le statut marginal du poète entre gnose et ignorance. Cette marginalité des écrivains de la Beat Generation a-t-elle des points communs avec le surréalisme? Dans les années 60, le groupe surréaliste est encore actif à Paris et il existe aussi un collectif aux États-Unis, plus précisément à Chicago. On s'interrogera sur la réception de la Beat Generation et de la notion de contre-culture par ces groupes et également sur la place qu'a pu avoir le surréalisme pour des auteurs comme Ginsberg, Burroughs ou Gysin.

Bénédicte GORRILLOT: "Beat gestation". Christian Prigent: au-delà des contre-cultures?
Dans Christian Prigent quatre temps, entretiens avec B. Gorrillot (Paris, Argol, 2009), l’écrivain évoque longuement sa bibliothèque et les lectures-choc qui ont profondément déterminé son écriture: Sade, Rimbaud, Bataille, Artaud, Ponge, Roche, Lacan, Kristeva, Marx, Mao, Derrida... Mais à côté de ce panthéon très noble, constitué de grands écrivains, de grands intellectuels ou de grands politiques, l’auteur avoue d’autres sources, réputées moins nobles. Ainsi vers 1965, évoque-t-il les écrivains américains de la beat-generation, en particulier Allen Ginsberg qui l’ont aidé à sortir d’une fascination trop franco-française pour André Breton. Or très vite la bombe "Francis Ponge" et la corrosion "Denis Roche" amènent l’écrivain à renier les écrits inspirés par Howl ou Kaddish. A l’autre extrême d’une carrière, le 5 février 2010, l’écrivain donnait en lecture, au Triangle de Nantes, "NCIS", inspiré de la célèbre série B policière, Naval Criminal Investigation Service, créée par Donald P. Bellisario et Doc McGill et diffusée en France sur M6 depuis le 3 mars 2004. Dans ce texte polyphonique, C. Prigent prélève au ciseau, découpe, remonte, remodèle, caricature, carnavalise, les moments les plus typiques (c’est-à-dire les plus clichés) d’un genre cinématographique considéré comme un sous-genre.
De Howl à NCIS, l’auteur s’inspire d’une matière relevant de la contre-culture, c’est-à-dire soit dressée contre la culture académique officielle (Ginsberg) soit méprisée par la culture officielle et le noble goût artistique (NCIS). Tout se passe comme si l’écrivain, défenseur dans les années 70-90 d’une posture d’avant-garde, était aimanté par les pratiques artistiques mettant le plus ouvertement en garde le bon goût esthétique, osant convoquer comme matériau de travail les productions les plus décriées. Avant lui, les DADA et les surréalistes avaient convoqué la publicité commerciale et le collage journalistique dans l’écriture littéraire. Le non-artistique, brandi comme contestation de la culture dominante et comme "nouvelle culture", recouvre une partie de ce qu’on pourrait appeler le monde de la contre-culture. Dans la lignée de ces avant-gardes, C. Prigent poursuit cette façon de mettre en garde de la culture officielle. A chaque fois, ces contre-modèles aident l’écrivain à clarifier sa remise en cause radicale de l’expression artistique, sentie comme incapable de rendre compte de la vérité du rapport de l’humain à ce qu’il vit.
Or les contre-modèles décriés par le "grand goût" (ou le "noble goût") artistique semblent, chez lui, se succéder: extraits de journaux ou tracts politiques dans les fictions des années 70-80, chansonnettes populaires ou marxistes et films pornos de série Z dans les proses POL, images d’Épinal ou séries policières B dans les récents poèmes. La contre-culture paraît ainsi se décliner au pluriel pour inspirer l’auteur et nourrir sa critique acide (et en même temps vivifiante) de l’expression littéraire.
Nous tenterons donc, dans cette étude, de préciser la variété de ces contre-modèles et l’usage paradoxal qu’en a l’auteur. Car ces matériaux issus de la contre-culture lui servent précisément à tenter de sauver l’avenir de la culture, et notamment de l’une de ses composantes essentielles: l’expression poétique.

Bénédicte Gorrillot, née 1966 à Lille, est Maître de Conférences en Poésie latine & Littérature française contemporaine à l’Université de Valenciennes. Depuis septembre 2009, elle est co-éditrice de la revue Formes Poétiques Contemporaines (U-Buffalo, USA) avec Jan Baetens (U-Lewen, Belgique) et Jean-Jacques Thomas (SUNY-Buffalo, USA) et membre du Comité de lecture de "La Société des Lecteurs de Francis Ponge", fondée en 2010 par Armande Ponge et Jean-Marie Gleize. Elle a collaboré à plusieurs revues françaises et étrangères (Études françaises, L’Esprit créateur, Fabula-Acta.org, Fusées, Lendemains, Libr-critique.com, Littérature, Mondesfrancophones.com, Sites, etc.). Elle a publié un livre d’entretiens avec Christian Prigent: Prigent, quatre temps, Paris, Argol 2009. Elle a coordonné un livre de traductions INTER (Autour d’Inter aerias fagos de P. Quignard), Paris, Argol, janv. 2011. Elle a co-organisé un colloque "Liberté, licence, illisibilité poétiques" du 30 janvier au 2 février 2008 à San Diego (USA) dont les actes sont à paraître fin 2011 aux Presses de l’ENS-LSH de Lyon. Elle achève la préparation d’un nouveau colloque international "L’héritage gréco-latin dans le contemporain" qui se tiendra à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes de Paris du 3 au 5 février 2011 et dont les actes paraîtront aux Presses Universitaires du Septentrion fin 2012. Elle va faire paraître fin 2011 un autre livre d’entretiens, avec Michel Deguy, chez Argol. Elle a aussi publié un roman Les Yeux d’après, Paris, éd. Caractères, 1997 et quelques poèmes dans la revue Fusées (2010) et Le Nouveau Recueil (2000 & 2001). Un recueil poétique L’Orchestre rouge de Dufy va paraître dans l’Anthologie Triages (éd. Tarabuste) au printemps 2011.

Christian LEBRAT: "Les Situs heureux": Alain Montesse et le groupe pro-situationniste de l’IDHEC (1968-1972)
Admis dans la promotion 1968-1970 de l’IDHEC, Alain Montesse participe activement au mouvement contestataire qui secoue l’école. Il réalise alors plusieurs films, dont U.S.S. (1970) puis Les Situs heureux (1970-78), qui rassemblent les expériences "hippies" d’une part et pro-situationnistes de l’autre en une forme originale de dérive à la beauté sombre. Nous reviendrons sur les événements et le parcours singulier d’Alain Montesse.
Projection des films: U.S.S. (Unsanity’S Speculum) (1970), 29 min. 30; Les Situs heureux (1970-1978), 52 min ; Bugey pour mémoire (1971), 6 min. 30.

Cinéaste, vidéaste et photographe, Christian Lebrat est également historien du cinéma d’avant-garde et expérimental. Directeur des éditions Paris Expérimental (http://www.paris-experimental.asso), il a co-dirigé l’encyclopédie Jeune, dure et pure ! Une histoire du cinéma d’avant-garde et expérimental en France (2001) et publié récemment un recueil de ses textes critiques intitulé Cinéma radical (2008).

Alexis MOMBELET: Le Metal: une culture de l'ubris
Le metal désigne un courant musical qui naît au tournant des années 1960-1970, sous l’impulsion de groupes anglais tels que Black Sabbath ou Deep Purple. En quelques années, le metal, qui repose sur des guitares électriques et des sons saturés, s’internationalise. Représenté par des groupes tels que Metallica, Slayer, Rammstein, Dimmu Borgir ou Marduk, le metal est une radicalisation de la musique rock, tant sur le plan musical que sur celui des pratiques sociales et des imaginaires qui l’accompagnent. S’il rassemble plusieurs centaines de milliers de personnes en France, ce phénomène musical et culturel reste en partie méconnu du grand public. Plus encore, le metal éveille la suspicion des médias et de certains responsables politiques et religieux en raison des discours contestataires et de l’imaginaire satanique qu’il véhicule en particulier via le black metal. Générant une esthétique de l’excès, de la démesure, le metal est traversé par l’ubris et vient nous rappeler, à la suite d’Edgar Morin auteur du Paradigme perdu: la nature humaine (1973), qu’"homo sapiens est homo demens".

Docteur en Sociologie, diplômé de l’Université Paris Descartes (Paris V), Alexis Mombelet est membre du CEAQ (Centre d’Etude sur l’Actuel et le Quotidien). Il est l’auteur de plusieurs publications sur la musique metal et le satanisme. Directeur de La Religion metal. Sociologie de la musique metal (revue Sociétés n°88, De Boeck, 2005), coauteur de l’ouvrage Le Satanisme. Quel danger pour la société ? (Pygmalion-Flammarion, 2008), il a également rédigé l’entrée "Metal (courant musical)" pour le Dictionnaire de l’Adolescence et de la Jeunesse (PUF, 2010). Domaines de recherche: pratiques culturelles, musiques, jeunesse, déviance (www.alexismombelet.com).

Muriel PIC: Une leçon de montage: Christian Prigent et les avant-gardes
Dans quelle mesure l’illisibilité d’une œuvre est-elle une tentative pour nous désapprendre à lire afin de lutter contre une idéologie du sens? Pour poser cette question d’une pédagogie de la contre-culture à l’œuvre de Christian Prigent, je la confronterai à deux œuvres considérées avant-gardistes: celles de Stéphane Mallarmé et de Georges Bataille.

Muriel Pic est chercheur FNS en littérature française du XXe siècle à l’université de Neuchâtel.
Elle a publié plusieurs ouvrages dont Le Désir monstre. Poétique de Pierre Jean Jouve (2006), W.G. Sebald. L’image papillon (2009) et Les désordres de la bibliothèque (2010).
http://www2.unine.ch/ilf/page20409.html


Christian PRIGENT

Christian Prigent est né en 1945 à Saint-Brieuc. Après des séjours à Rome (1978/1980) et à Berlin (1985/1991), il vit désormais en Bretagne. Il a dirigé de 1969 à 1993 la revue d’avant-garde TXT et la collection du même nom. Il a publié, essentiellement chez POL, à Paris, mais aussi chez Christian Bourgois, Cadex, Zulma, Le Bleu du Ciel, Argol, une quarantaine d’ouvrages (poésie, fiction, essais sur la littérature et la peinture) et donne régulièrement, dans le monde entier, des lectures publiques de son travail.
Bibliographie récente (sélection): Météo des plages (roman en vers) POL, 2010 ; Christian Prigent quatre temps (entretiens), Argol, 2009 ; Naufrage du Litanic (CD & livret), Le Bleu du Ciel, 2008; Le Sens du toucher (essai), Cadex, 2008 ; Demain je meurs (roman), POL, 2007; L'Incontenable (essai), POL, 2004 ; Grand-mère Quéquette (roman), POL, 2003 ; Salut les anciens /Salut les modernes (essai), POL, 2000.


Frédéric ROBERT: Vers une contre-culture américaine dans les années soixante
Les années 1960 sont une décennie intrinsèquement politique et culturelle, bercée par des révoltes et des utopies: révoltes essentiellement politiques (même si des exemples de révoltes culturelles existent, si l’on songe au mouvement hippie de San Francisco) et utopies pour la plupart culturelles (même si, là encore, des utopies politiques ne peuvent être ignorées, comme la "démocratie de participation" de la Nouvelle Gauche américaine). En effet, à cette époque, le politique était indissociable du culturel et le culturel se politisait à une vitesse telle que l’opinion publique américaine s’inquiétait, s’interrogeait et se demandait si les valeurs auxquelles elle avait adhéré depuis toujours n’étaient pas en train de voler en éclats, de se diluer dans un courant contestataire et contre-culturel que personne ne pouvait maîtriser, ni endiguer. Il s’agit également d’une décennie ayant connu une rupture entre ceux qui estimaient pouvoir changer radicalement la société en s’engageant politiquement et ceux qui souhaitaient proposer une alternative à la culture "mainstream", établie depuis longtemps, privilégiant de "nobles" valeurs américaines, telles que le patriotisme, l’impérialisme, l’égalité, le capitalisme, la compétition, l’ascension sociale, l’engagement civique, le respect de la famille et des institutions gouvernementales, la vénération de la femme en tant que mère ("Mommism"), l’adhésion à des repères sociaux, moraux et religieux et la nostalgie d’un héritage culturel américain remontant aux origines mêmes de la nation selon lequel l’ensemble de la population est doté d’une "vertu politique" qui le pousse à faire passer l’intérêt général avant l’intérêt particulier. Par conséquent, les personnes hostiles à cette culture américaine établie souhaitaient proposer une culture autre, une culture radicalement opposée à celle en vigueur, en d’autres termes, une contre-culture, un contre-American Way of Life, car ce dernier ne correspondait plus aux idéaux de leur génération, issue du "baby-boom", qui décida de crier haut et fort dans les années 1960 ce que certains avaient pensé tout bas dans les années 1950. La société américaine capitaliste et consumériste à l’excès, ainsi que la culture qu’elle avait engendrée, devint ipso facto leur cible de prédilection.

Frédéric Robert est maître de conférences en civilisation américaine à l’université Jean Moulin Lyon III. Il a enseigné à Wabash College, Crawfordsville (Indiana). Sa thèse de Doctorat, soutenue à l’université Lumière Lyon II en 1998, traitait des mouvements contestataires étudiants dans les années 1960 et de la contre-culture, en Californie.
Il a publié plusieurs ouvrages: L’Amérique contestataire des années 1960 (Paris: Ellipses, 1999), L’Histoire américaine à travers les présidents américains et leurs discours d’investiture (1789-2001) (Paris, Ellipses 2001), La Nouvelle Gauche américaine: faits et analyses (Paris: L’Harmattan, 2001), La Civilisation américaine par les textes de 1494 à nos jours (Paris: Ellipses, 2003). Il a également coordonné deux ouvrages sur la question de civilisation américaine aux concours: pour le concours 2009, L’empire de l’exécutif: la présidence des Etats-Unis de Franklin D. Roosevelt à George W. Bush (1933-2006) (Paris: Ellipses, 2008) et pour le concours 2010, Le Sud après la guerre de Sécession: de la reconstruction à la reségrégation (1865-1896) (Paris: Ellipses, 2009). Il a également participé au Dictionary of American History, 3rd edition, 10 vols., Professor Stanley I. Kutler ed., (New York: Charles Scribner's Sons, 2002).
Il a publié de nombreux articles de civilisation américaine contemporaine traitant de la contestation et de la Nouvelle Gauche américaine dans les années 1960. Il a été membre du comité directeur de la Société d’études nord-américaines (SENA) de 1998 à 2003 et membre du Jury de CAPES externe d’Anglais de 1999 à 2005. En 2011, il a publié La révolution hippie aux Presses Universitaires de Rennes (PUR) et Révoltes et utopies: la contre-culture américaine dans les années soixante, également aux Presses Universitaires de Rennes, avec la participation d’Armand Hage. Il travaille actuellement sur le rock psychédélique des années 1960 et doit d’ailleurs diriger un numéro spécial sur le rock des années soixante pour la revue Volume !.


Michaël ROLLAND: Contre-culture(s), le singulier pluriel. Perspectives générales
Tout en appartenant au champ des cultures contestataires, la contre-culture cherche à s’inscrire dans la vie quotidienne, à promouvoir un "vivre ensemble" alternatif. Elle renvoie au couple norme/transgression tout en ayant une dimension éminemment politique. Le terme même de "contre-culture" pose problème car, au sens propre, il ne serait que l’envers d’une culture jugée comme dominante. De plus, l’utilisation du singulier reviendrait à revendiquer une unicité qui doit être discutée. Ainsi le concept de contre-culture, banalisé, s'avère paradoxalement flou, car employé trop souvent comme synonyme de termes aux contenus différents: culture underground, culture parallèle, culture alternative, subculture, bohème, avant-garde. Il convient donc de s'interroger sur son sens, son histoire, ses acteurs, ses vecteurs et ses manifestations. Nous proposons dans cette communication de revenir sur les premières pistes de réflexions élaborées lors du séminaire interdisciplinaire consacré à l’approche esthétique et politique des phénomènes contre-culturels au XXe siècle se tenant à l'Université Nancy 2 de septembre 2010 à juin 2013.

Agrégé d’histoire, Michaël Rolland prépare une thèse d’histoire culturelle sur les contre-cultures des années 1968 en France. Professeur en lycée, il est également chargé de cours sur l’histoire et les pratiques de la contestation à l’époque contemporaine à l’Université Nancy 2. Co-directeur du séminaire interdisciplinaire sur les contre-cultures organisé à l’Université Nancy 2 (2010-2013) il est notamment l’auteur d’"Actuel et les contre-cultures des années 68 en France", in MARGAIRAZ Michel et TARTAKOWSKY Danielle (Dir.), 1968 entre libération et libéralisation, la grande bifurcation, PUR, 2010.
Bibliographie
BENDERSON Bruce, Concentré de contre-culture, Scali, 2007.
BIZOT J.-F. (Dir.), Underground. L’histoire, Actuel/Denoël, 2001.
BIZOT Jean-François, Free Press, la contre-culture vue par la presse underground, Actuel/Panama, 2006.
HEATH Joseph et POTTER Andrew, Révolte consommée, le mythe de la contre-culture, Naïve, 2004.
HEBDIGE Dick, Subcultures. The Meaning of Style, Methuen, 1979.
LANCELOT Michel, Le jeune lion dort avec ses dents. Génies et faussaires de la contre-culture, Albin Michel, 1974.
LEMMONIER Bertrand, "Contre-culture", in DELPORTE Christian, MOLLIER Jean-Yves et SIRINELLI Jean-François, Dictionnaire d’histoire culturelle de la France contemporaine, PUF, Quadrige poche, 2010.
MARCUS Greil, Lipstick Traces, une histoire secrète du XXème siècle, Allia, 1989, trad. 1998.
MAUGER Gérard, "Hippies, Loubards, Zoulous et autres marginaux de 1968 à nos jours", in Problèmes politiques et sociaux, n°660, juillet 1991
ROSZACK Theodore, Vers une contre-culture, Stock, 1968, trad.1970.
VANEIGHEM Raoul, Traité de savoir vivre à l’usage des jeunes générations, Gallimard, 1967.


Barbara SAFAROVA: L’art brut à l’encontre de la culture?
Dans son premier manifeste anti culturel intitulé "L’Art brut préféré aux arts culturels" de 1949, Dubuffet différencie la "haute culture" et "l’art mimétique" — qu’il considère comme stériles et trop étroits — avec l’art brut. Selon lui, l’art brut est une alternative supérieure à l’art "officiel" grâce à l’absence de la filiation culturelle, quelle qu’elle soit. Or, face à certaines images de l’art brut, nous sommes souvent confrontés à une profusion de signes culturels ou idéologiques, que cela soient les croix gammées dans les œuvres de J. Domsic ou d’A. Walla, les portraits de V.I. Lénine ou J.V. Staline dans le cas d’A. Lobanov, les images de petites filles détournées dans l’œuvre de H. Darger. La présente communication se propose d’explorer le rôle des emprunts culturels dans plusieurs œuvres d’art brut et leur effet paradoxal sur le spectateur.

Barbara Safarova est présidente de l'association abcd (art brut connaissance & diffusion), essayiste, docteur en philosophie, maître des conférences en esthétique et directrice de programme au Collège international de Philosophie.
Essai "L'art brut et l'air du temps", dans le catalogue Art, brut. Shiga: Musée de l'art moderne, 2008.
Essai "Unica Züms Suche nach dem Absoluten" ("Unica Züm's Search for the Absolute"), dans Surrealismus und Wahnsinn. Surrealism and Madness. Heidelberg: Sammlung Prinzhom et Verlag das Wunderhom, 2009.
Essai "Lubos Plny. Une histoire de nombril", dans Corps accords. Body Talk. Bruxelles: Art & Marges, 2010.
Essai "A.C.M. Artiste, collectionneur, archéologue", dans World Transformers. The Art of Outsiders. reality, Fantasy and Utopie beyond the Everyday. Hatje Cantz Verlag Ostfildem et Schim Kunsthalle Francfort, 2010.


Natalia SMOLIANSKAÏA: La "poussière" des avant-gardes. "Formes de vie" artistiques: contre-culture et avant-gardes
Il s’agit de tracer des "formes de vie" artistiques révélant l’héritage du langage avant-gardiste dont le contenu se disperse parfois en des éléments de "contre-culture" artistique. On analysera, sur l’exemple du film "Poussière" (2000-2005), comment des "formes de vie" de contre-culture russe après "perestroïka" se réfèrent, en particulier, à des "formes de vie" d’avant-garde, en quoi celles-ci se croisent et se distinguent. On étudiera si les "formes de vie" apprivoisées par ces artistes contribuent à faire évoluer la "poussière" des avant-gardes? Où se place la frontière entre les "formes de vie" de contre-culture-artistique et celles de l’avant-garde? Comment peut-on ainsi définir la contre-culture artistique?

Natalia Smolianskaïa est artiste et philosophe, elle dirige actuellement au Collège international de philosophie le programme Crise du cadre: penser les langages de l’art. Les avant-gardes et la crise du cadre. En tant qu’artiste, elle a été à l’origine du groupe russe artistique "Polygone" (1990-1996) dont elle a fait partie, revendiquent le lien avec les avant-gardes.

Jean-Pierre TURMEL: Genesis Breyer-P. Orridge
Genesis Breyer-P.Orridge a commencé à œuvrer dans les domaines du théâtre de rue et de l'Art Moderne (peinture, sculpture et performance) avant d'investir ceux de la musique pop et rock, en particulier en définissant le concept de MUSIQUE INDUSTRIELLE avec Throbbing Grisle. Ses groupes ultérieurs, Psychic TV, Jack The Tab, Thee Majesty, etc. lui permirent de développer les thèmes du néo-primitivisme, du chamanisme, des cultures psychédélique et transgenre. Il est enfin écrivain (histoire de l'art, philosophie et poésie). Une action ininterrompue depuis plus de quarante ans, inspirée par les présences tutélaires de William S. Burroughs et Brion Gysin, ses amis et mentors depuis le début.

"Thee Psychick Bible". Genesis Breyer-P.Orridge (Camion Noir)
"Sordide Sentimental. Lumières et Ténèbres". Jean-Pierre Turmel (Camion Blanc)
"Une Esthétique de la Contestation". Emmanuel Grynspan (Sordide Sentimental. épuisé)
"Roots of Rock n'Roll (vol 1 à 8)" (textes publiés avec CDs). Gérard Herzhaft (Frémeaux & associés)
"Wrekkers of Civilisation. The Story of Coum Transmission & Throbbing Gristle". Simon Ford (Black Dog publishing)
"Fluxus et la Musique". Olivier Lussac (les Presses du Réel)
"L'Anti-Nature" Clément Rosset (Presses Universitaires)
"Eros, Dionysos, l'Echiquier Enneigé" Vincent Emmanuel Guitter (mémoire de maîtrise en Arts Plastiques - 1986 - non publié)



Avec le soutien de l'Université de Paris 3 la Sorbonne Nouvelle
et du Collège International de Philosophie



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