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" Page mise à jour le 6 avril 2010 "

DU LUNDI 13 AOÛT (19 H) AU LUNDI 20 AOÛT (14 H) 2007



DALI. SUR LES TRACES D'EROS



DIRECTION : Frédérique JOSEPH-LOWERY, Isabelle ROUSSEL-GILLET

ARGUMENT :

Bouches de femmes qui se mangent, couples qui s’entredévorent, mères qui donnent à téter un sein à la blancheur des crânes les plus secs : l’univers de Dali est sombre et déliquescent. C'est seulement dans les ombres que de discrètes érections, sur les toiles, osent hausser le ton. A moins que la tonalité ne devienne grotesque, tout s’effondre : le sex appeal est un monstre dit une femme de toile à un tout petit garçon. Du côté de la représentation des femmes, le vent de la mode semble apporter gaieté et fantaisie : seins tiroirs, fesses à rallonges, corps à appareil génital fait de homards, autres crustacés pendus au cou, épaulettes de côtelette. Le corps de Vénus se recompose selon les fantasmes nécrophiles, fétichistes, autoérotiques, scatologiques, support de pratiques anales, orales qui remontent au temps de la plus ancienne enfance. Le décor, à son tour, se corporalise: téléphone-sexe, divan-lèvre, chapeau-vulve… Le sexe est cette grande puissance métamorphique mobile, fantasque et baroque, insaisissable, qui annihile les frontières entre les règnes d’hommes, de femmes, d’objets tandis que s’érigent par derrière fantômes et fantasmes, doubles images d’un univers plus désincarné qu’il n’y paraît.

Cette rencontre autour de Salvador Felipe Jacinto Dali se propose de recueillir les traces textuelles, reliques picturales, vestiges cinématographiques, restes pseudo-scientifiques qui jonchent l’œuvre.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 13 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 14 août
Matin:
Pilar PARCERISAS: L'érotisme archéologique chez Salvador Dali. Gradiva ou la beauté féminine à travers le rêve ou le désir érotique
Philippe KAENEL: "Au nom du Père, du Fils... ": le Christ polymorphe de Salvador Dali

Après-midi:
Vernissage de l'installation d'Annick ROUBINOWITZ dans les anciennes étables
Passage dansé de Virginie SOUQUET

Isabelle ROUSSEL-GILLET: Béjart/Dali: Gala sur les traces des pas
Frédérique JOSEPH-LOWERY: La danse, une ruse de méduse?


Mercredi 15 août
Matin:
Henri BÉHAR: Scatodali
Passage dansé de Virginie SOUQUET (dans la cour de la ferme)
Haim FINKELSTEIN: Dali, la sodomie-critique

Après-midi:
Claire NOUVET: Dons de main
Daniel KAY: Le peep-show de Saint Antoine
Vicent SANTAMARIA DE MINGO: De l'hystérie et ses rapports à la bisexualité (Rêverie)
Témoignage de Denise SANDELL


Jeudi 16 août
JOURNÉE À AVRANCHES
Matin:
- Visite du Scriptorial d'Avranches
- Visite de l'exposition "Dali. La pratique du recyclage" (au Scriptorial d'Avranches)
- Apéritif et buffet (Salle Victor Hugo près du Jardin des Plantes d'Avranches)

Après-midi:
Frédérique JOSEPH-LOWERY: « Il y a un lézard ! » (au Musée d'Avranches)
- Visite de l'exposition "Au lieu du dragon" d'Annick ROUBINOWITZ (au Musée d'Avranches)
- Eorasonnée, Création Solo Danse contemporaine, par Virginie SOUQUET (Fonds Anciens à Avranches)
- Visite de l'exposition "Dali et Béjart: danser Gala" (Maison Bergevin à Avranches)

- Visite du Mont-Saint-Michel


Vendredi 17 août
Matin:
William JEFFETT: Dali: une érotique chaude, une érotique froide
Astrid RUFFA: Opérations magiques et toute puissance d'Eros

Après-midi:

Patrice SCHMITT: L'image double: sur les traces d'Eros et Thanatos


Samedi 18 août
Matin:
Paolo SCOPELLITI: Le grand paranoïaque comestible
Jean-Claude MARCEAU: Dali ou le gay savoir de l'érotisme Modern Style

Après-midi:
Claude DEBON: Apollinaire mis en nu par Dali même
John JOHNSTON: Eros cybernétique

Soirée musique:
Dali à la foire du trône (archives INA), introduit par Fédérique JOSEPH-LOWERY, avec discussion
Récital de Martine TORREGROSSA (Chant à la guitare de 5 poèmes de Garcia Lorca, mis en musique par Paco Ibanes)


Dimanche 19 août
Matin:
Iveta SLAVKOVA-MONTEXIER: La perte de l'intégrité et l'érotisme: une vision antihumaniste du désir dans l'œuvre de Dali
Myriam WATTHEE-DELMOTTE: "Visages cachés" de l'éros dalinien: la pensée du roman (communication aux Granges dans l'ancienne étable avec installation d'Annick ROUBINOWITZ)

Après-midi:
Intervention d'Annick ROUBINOWITZ
Lecture d'un texte de José FERREIRA avec Michel MEGAS
Jean-Louis GAILLEMIN: Critique érotique de l'objet

Soirée:
Le nouvel Angélus de Millet (Installation d'Annick ROUBINOWITZ)


Lundi 20 août
Matin:
Présentation des doctorants: Caroline BARBIER DE REULLE, Elliott KING et Maayan RAZON
Synthèse et discussion

Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS

RÉSUMÉS :

Henri BÉHAR: Scatodali
Il est établi, notamment grâce au travail de Frédérique Joseph-Lowery, que Dali est bien un écrivain de langue française, usant d’une parlure imagée et savoureuse, d’autant plus délectable qu’elle porte sa voix, la trace de ses désirs. "Pervers-polymorphe", le diagnostic à son endroit (et même l’envers) est devenu banal. Il tombe comme un couperet, et il évite de voir comment Dali s’y prend, en matière textuelle, pour communiquer ses fantasmes au lecteur. Et l’on sait quels scandales ses écrits ont provoqués, entre autres chez ses lecteurs communistes! Curieusement, alors que les excréments s’affichent immédiatement dans sa peinture, à un moment et dans un milieu qui ne "mâche pas ses mots", Dali s’exprime en ce domaine d’une manière particulièrement châtiée. C’est ce que je voudrais montrer par une analyse très précise de La Vie secrète et d’autres textes de la même eau, pour en venir à une conclusion pour le moins inattendue.

Claude DEBON: Apollinaire mis en nu par Dali même
Dans le cas des dix-huit gravures avec lesquelles Dali a accompagné les "poèmes secrets" d’Apollinaire et quelques autres (1967), les "traces d’Eros" ont la particularité de passer d’abord par une excitation verbale. Comment s’est-elle manifestée dans les gravures? En quête de représentations littérales, métaphoriques ou libres, on doit d’abord se poser des problèmes de rapport et d’attribution, ce qui ne va pas de soi, dans la mesure où les titres des gravures non solidaires d’un poème ont été ajoutés par les éditeurs et ne sont pas le fait de Dali. Cette première étude permet de rectifier quelques incongruités dans les dénominations. Alors que les vignettes — qui deviendront "Les petits nus" — sont référables à un texte, les dix gravures mobiles doivent être attribuées avec prudence. L’enquête tentera de montrer si Dali a procédé à une simple juxtaposition de gravures interchangeables ou si, comme cela est certain au moins dans quelques cas, Apollinaire l’a vraiment excité-inspiré. Dans les meilleures gravures, ce qui n’est pas pour étonner, la trace d’Éros comporte une composante morbide liée au contexte de la guerre, dans lequel ont été écrits les poèmes à Madeleine.

Haim FINKELSTEIN: Dali : la sodomie-critique
Les écrits de Dali sont émaillés d'allusions et de références directes à la sodomie. Parfois, Dali évoque la sodomie pratiquée avec — ou imposée à — sa chère Gala. Cela peut être vu en relation avec les fantasmes oraux et anaux de destruction, de sadisme, ou de cannibalisme, en liaison avec son programme d'adoption des caractéristiques de base des organisations anales et orales associées à la sexualité infantile. Ceci pourrait être également vu comme un mode de dévaluation critique qui est similaire dans bien des aspects à la dimension critique de sa méthode paranoïaque-critique. C'est ce que cette conférence se propose de dévoiler.

Jean-Louis GAILLEMIN: Critique érotique de l'objet
Les objets et les meubles qui forment notre environnement n’ont pas la neutralité machiniste qu’une conception moderniste leur attribue. «Animaux domestiques » pour reprendre l’expression d’Andrea Branzi en 1985, ils entretiennent avec nous par leur présence permanente des relations physiques et affectives qui les font entrer dans la sphère d’Eros. En partant d’un règlement des Shakers pour la construction de leurs meubles, nous aborderons l’objet dans sa relation au corps chez Dali et son évolution vers une vision organique de l’environnement intérieur qui culmine avec le Dream of Venus pavillon de 1939. Conception organique que partagent avec lui à cette époque Tristan Tzara ou Roberto Matta.

William JEFFETT: Dali : une érotique chaude, une érotique froide
Dans la production de ses images, comment Dali se positionne-t-il par rapport à la façon dont elles portent la trace ou la marque de l’artiste ou au contraire les repoussent ? Nous avons en effet d’un côté une représentation érotique de Gala où Dali démontre un classicisme impeccable lorqu’en 1949 il identifie son épouse à la madone ou à Leda: La Madonne de Port-Lligat, Leda atomica. Ce parti-pris a son origine dans l’idée de "la photographie en couleurs peinte à la main" et se rapporte aux paysages oniriques de 1930. A l’extrême opposé de cette approche, Dali explore des techniques qui tirent parti du hasard (automatisme, décalcomanie), de la calligraphie et du dripping. La cause en est le surréalisme automatique mais aussi et surtout la reconnaissance par Dali de l’Informel et de l’Expressionisme abstrait d’une part, des happenings d’autre part. Cela est visible par exemple dans Vélasquez peignant l’infante Margarita avec les ombres et lumières de sa propre gloire (1958), toile où Dali dialogue avec Georges Mathieu. En 1960, la performance vidéo Chaos and creation qui nous montre une peinture coulant sur des corps de femmes nues propose une interprétation parodique des actions d’Yves Klein. Plusieurs déclarations de Dali nous persuadent que c’est bien en termes érotiques que Dali considère ses œuvres. Ne dit-il pas dans ses Aveux Invouables que "la peinture, comme l’amour, passe par les yeux et ressort pas les petits poils du pinceau"? Et encore: "tout ce qui sort de ma brosse est érotique".

Frédérique JOSEPH-LOWERY: "Il y a un lézard !"
Il se faufile d'un texte à l'autre : depuis la Gradiva de Jensen, jusqu'au texte de Freud chez qui il passa presque inaperçu, mais pas au point d'échapper au regard de Dali qui en rapporte la trace dans sa Vie Secrète placée sous l'exergue de "celle qui avance". Quand la main de Dalito toucha la poitrine de Dullita qui la lui mit là, entre ses seins, Dali sentit sa main "comme un lézard endormi". C'est avec ce reptile que Dali touche dans la langue le toucher des seins. Comme une sensation érotique se propage, le manuscrit de Dali montre le mot lézard fondre ses limites sonores et graphiques avec le nom de Lazare et l'une des notions clefs du surréalisme l'azar. J'examinerai les déplacements sémantiques du lézard jusqu'à son grossissement en un dragon hermaphrodite que Dali dessine à trois reprises lorsqu'il déplace le lézard non plus hors du texte de Jensen ou de Freud, mais du sien propre vers les textes d'autrui qu'il illustre : Cellini et Mao Tsé Toung.

Philippe KAENEL: "Au nom du Père, du Fils... " : le Christ polymorphe de Salvador Dali
Souvent négligées, les peintures religieuses de Dali occupent une place centrale dans son œuvre après la seconde guerre mondiale. Dali tente alors de donner un corps au Christ en prenant position par rapport à la tradition artistique et aux fondements théologiques de l’incarnation. Mais il y investit sa propre histoire, sa propre libido construite par rapport à un père avec lequel il a rompu précisément à cause d’une représentation de Jésus en 1930. Complexe trinitaire et oedipien, mysticisme nucléaire et narcissisme, érotisme et morphologie esthétique interagissent chez celui qui se définissait, précisément, comme un "pervers polymorphe".

Jean-Claude MARCEAU: Dali ou le gay sçavoir de l'érotisme Modern'Style
L’érotisme chez Dali est à l’image du personnage qu’il s’est créé: à la fois excentrique et provocateur, raffiné et sublime. Partant de deux notations de Lacan dans Télévision: "De la sexologie, il n’y a rien à attendre puisqu’on ne peut par l’observation de ce qui tombe sous nos sens, c’est-à-dire la perversion, rien construire de nouveau dans l’amour", et "La vertu que je désigne du gay sçavoir consiste à raser le sens, pour cela jouir du déchiffrage, ce qui implique que le gay sçavoir n’en fasse au terme que la chute, le retour du péché", nous analyserons l’érotique dalinienne à travers trois aspects: l’ombre du Nom absent dans son rapport avec le narcissisme, la lecture paranoïa critique de l’Angélus de Millet comme révélatrice de fantasmes "ataviques" et "crépusculaires", enfin l’examen de l’adage dalinien selon lequel "la partouze est au clédalisme ce que la chèvre domestique est à la divine Licorne". Il apparaîtra alors qu’à l’opposé de la transparence visuelle du loft, l’œuvre de Dali révèle toute l’épaisseur et la sagesse d’une authentique porno-graphie.

Claire NOUVET: Dons de main
De quelle main Dali peint-il? De quel don provient cette main? Et à quoi cette main se donne-t-elle pour peindre? Eros ou thanatos? A supposer que ces deux principes puissent être simplement opposés l’un à l’autre, ce que précisément la main de Dali ne permet pas. Dali certes n’hésite pas à offrir en spectacle une main sexualisée, et même phallicisée, tronc turgescent par lequel, nous dit-il, coule la sève ou flux libidinal dans cet acte solitaire, réminiscent de la masturbation, que serait l’acte de peindre. Mais pour que cette main phallique s’érige, pour que le flux libidinal s’écoule, une autre main est intervenue. Une prise en main a eu lieu dont il s'agira de suivre la trace. Prise en main apparemment thérapeutique par Gala qui doit lui donner (littéralement et métaphoriquement) la main pour qu’il puisse peindre. Et derrière cette prise en main par Gala, la prise en main maternelle (ce "geste de tendresse des mères et des amants se donnant la main, de façon que seuls les doigts de l'une d'elle sortent") dont la tendresse cruelle, trouble et mortifère persiste, intraitable.

Pilar PARCERISAS: L'érotisme archéologique chez Salvador Dali. Gradiva ou la beauté féminine à travers le rêve ou le désir érotique
La dimension archéologique du désir imprègne toute l'œuvre de Dali. Qu'on songe à l'atavisme archéologique de L'Angélus de Millet, à L'Atlantide géologique du paysage fossilisé du Cap Creus, ou à la reprise freudienne de la Fantaisie de Gradiva (à des fins thérapeuthiques). J'interrogerai la portée iconographique de Gradiva en tant qu'"image survivante" de l'histoire de l'art, au sens où l'entend Georges Didi-Huberman. Le désert de Pompéï que le XIXème siècle redécouvre devient un lieu d'amour où Dali (Gala-Dali) construit un couple en chair et en os qui répond à sa fascination pour le double spectral féminin. L'artiste y crée une machine érotique d'amour et de mort que l'on retrouve dans la porte duchampienne de la Galerie Gradiva que cette figure anime.

Isabelle ROUSSEL-GILLET: Béjart/Dali: Gala, sur les traces des pas
La reconstitution de ce ballet nous interroge sur la tenue de corps en scène et hors scène. Béjart sacre le corps érotique. Dali, quant à lui, tient la danseuse à l'œil, et mène la danse sur une autre scène: faisons ce pas de côté dans la toile ou les dessins, sur les traces d’un geste dansé, ou plutôt d'un pas. Figure paradoxale de la suspension du temps et du mouvement, une danseuse se cambre, se vrille jusqu’à en perdre la tête. Le sacrifice est à l'œuvre —le sacré chez Béjart, le sacrifié chez Dali. Une autre danseuse que nous suivons fuit, tant que le glas ne sonne pas, aux pays des merveilles.

Astrid RUFFA: Opérations magiques et tout-puissance d'Eros
"C’est avec le corps que l’âme forme les idées", affirmait Dali. Nul étonnement donc face à l’intérêt du Catalan dès les années 30 pour la magie, une pratique qui postule un lien indissoluble entre matière et esprit. Tel un envoûteur, le créateur œuvre sur le plan physique pour que la pensée se concrétise et agisse sur autrui. Or, les opérations magiques conçues par Dali ont une double particularité : elles sont animées par une force souterraine et invisible, Eros, et ont pour but de ramener à la conscience et de propager les idées subliminales les plus personnelles. Je me propose ainsi de mettre en lumière l’imaginaire magique de Dali surréaliste et d’en suivre les développements ultérieurs. En particulier, en passant de "Rêverie" (1931) aux 50 secrets magiques (1948), j’aimerais souligner l’importance de plus en plus grande accordée par le peintre aux rituels magico-érotiques pour penser et figurer la valeur spirituelle du geste artistique.

Vicent SANTAMARIA DE MINGO: De l'hystérie et ses rapports à la bisexualité (Rêverie)
Dans le nº4 du Surréalisme au Service de la Révolution (1931), Dali fait connaître son admirable texte érotique intitulé "Rêverie". Cette nouvelle sera le détonateur de la très célèbre "affaire Aragon". Il est étonnant que Breton, dans son livre Misère de la poésie, n'évoque la rêverie dalinienne que pour son contenu manifeste. Contrairement à ce geste très significatif, je prendrai le parti de sonder le contenu latent du texte afin de montrer comme Dali prit pour modèle les fantasmes des hystériques et les mécanismes psycho-physiques ayant son propre corps pour objet. J'éclaircirai le penchant bisexuel des fantasmes où se montre le "caractère très spécial" d'un texte exclu pour cette raison de la Vie secrète. "La paranoïa dissocie comme l'hystérie condense", écrivait Freud. A nous d'agir en véritables paranoïaques pour dissocier la condensation hystérique si bien simulée par celui qui est devenu le principal exploiteur de la paranoïa. Après tout, Dali, comme disait André Thirion, "en utilisant toutes les ressources de la psychologie freudienne pour essayer de voir clair dans l'inconscient, dans le rêve mais aussi dans les "rêveries", introduisait un élément révolutionnaire dans la création artistique, parce qu'il s'agissait d'un propos délibéré et non d'un acte manqué".

Patrice SCHMITT: L'image double; sur les traces d'Eros et Thanatos
Eros et Thanatos constituent deux vecteurs de la trajectoire dalinienne. Ces deux pulsions trouvent à s’enraciner dans l’image double. Thanatos car l’image double est l’expression du frère mort, elle porte la compulsion de répétition sans fin entre deux significations, elle fait ressurgir les fantasmes de corps morcelé. Eros car elle permet de les réduire d’où jubilation et du même coup auto-création. Eros car, à l’instar du mot d’esprit, sa résolution est source de plaisir.

Références Bibliographiques :

Etude psychanalytique de la création chez Salvador Dali, Nîmes, Editions Lacour-Ollé, novembre 2004. (thèse soutenue en Sorbonne en janvier 1981).
De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec Salvador Dali, catalogue de l’exposition « Salvador Dali, rétrospective 1920-1980 », Centre Georges Pompidou, musée national d’art moderne, décembre 1979.
Dali et Lacan dans leurs rapports à la psychose paranoïaque, Confrontation (revue psychanalytique), n°4, Art et désordre, Paris, Aubier, automne 1980.
Dali et le sein, Senologia (revue médicale), n°4, Paris, Masson, 1982.
Etude psychanalytique de la création chez Salvador Dali, DVD. Présentation de 100 toiles, dessins et photographies de S. Dali accompagnés de commentaires, issus de l’ouvrage du même titre, sur un fond musical. 2006. Version en langue anglaise en cours.
Site web : http://www.psycho-ressources.com/toile/la-creation-chez-dali.html


Paolo SCOPELLITI: Le grand paranoïaque comestible
Retraçant la structuration progressive de l'obsession de Dali pour le dos libidineux d'un Hitler qu'il a toujours envisagé au féminin, je me propose de mettre en lumière, non seulement les antécédents, mais encore les affinités inquiétantes, allant jusqu'à l'identification, du délire de Dali avec celui d'Hitler lui-même: à cette fin, je mettrai à contribution l'œuvre tant peinte qu'écrite des deux, dont il ressort la présence de tangences jusque là insoupçonnées entre leurs propres cas et celui de l'"homme aux loups", rapporté par Freud. Cependant, un tel engouement de la part de Dali ne saurait nullement prouver l'existence chez lui d'un penchant pro-nazi; dépassant au contraire le cadre strict de son propre inconscient, Dali essaya de faire de sa propre obsession le pivot d'une intervention surréaliste sur la "vie mythique" de l'Occident, visant à contrer la montée naziste. De ce fait, son obsession s'insère dans le cadre plus vaste d'une réflexion sur le mythe, dont aussi bien la culture que la politique européennes, élaborant de plusieurs façons le mythe de "l'homme nouveau", furent occupées du premier au deuxième après-guerre: je songe aussi bien à l'intervention de Lénine au IIe Congrès de l'Internationale Communiste qu'à Der Mythos des XX. Jahrhunderts de Rosenberg, mais également au célèbre article de Jung sur "Wotan", ainsi qu'aux travaux du Collège de Sociologie et, bien sûr, aux GRANDS TRANSPARENTS de Breton. Rater ce rapprochement exposerait à répéter l'erreur de Breton, lequel, s'étant mépris sur le sens de l'obsession hitlérienne de Dali, expulsa celui-ci du groupe surréaliste: je vais donc essayer de recontextualiser cette obsession dans une dimension collective, la situant ainsi à l'orée d'une pensée moderne, que la réflexion sur le mythe occupe encore à présent.

Références Bibliographiques :

- 1992: "Une contribution surréaliste à la psychanalyse : L'Immaculée Conception d'Eluard et Breton", Mélusine (Cahiers du CENTRE DE RECHERCHES SUR LE SURREALISME de la Sorbonne Nouvelle), n° XIII.
- 1997: "Sur la contribution du surréalisme à la schizo-analyse", Mélusine, n° XVI.
- 1997: "Tzara et Breton collectionneurs", Mélusine, n° XVII (Actes du Colloque "Chassé-croisé Tzara-Breton", Sorbonne, 23-25 mai 1996).
- 2001: "Encore sur l'apport du surréalisme à la schizo-analyse", Mélusine, n° XXI.
- 2002: L'influence du surréalisme sur la psychanalyse, avec une préface de Roger Dadoun, Editions L'ÂGE D'HOMME, Lausanne-Paris.
- 2002: "L'Immaculée Conception" d'Eluard et Breton, fac-similé du manuscrit du Musée Picasso de Paris transcrit et présenté par Paolo Scopelliti, avec une préface d'Henri Béhar, Éditions L'ÂGE D'HOMME, Lausanne-Paris.
- 2003: "L'Art, chemin faisant" (introduction au catalogue du "Parcours d'art contemporain en milieu rural", Pont-Scorff, 30 juin-7 septembre 2003).
- 2004: Psicanalisi surrealista, Editions MIMESIS, Milan. (Cet essai n'est pas que la version italienne de L'influence du surréalisme sur la psychanalyse, l'auteur y ayant consigné, dans un chapitre qui n'apparaissait pas dans l'édition française de 2002, les résultats de ses recherches ultérieurs dans le domaine).
- 2005: "Une maladie surréaliste", Le Magazine Littéraire, n° 444.
- 2006: "Il Surrealismo e l'arte degli alienati" (texte d'une leçon donnée le 2 mai à l'Université Rome-I pour le cours d'Herméneutique artistique "Immagine, arte, marginalità", disponible sur demande).
- Février 2007:  "Surréalisme et psychanalyse : une approche nouvelle", Cahiers de l'Atanor (Revue annuelle de la FONDATION GELLU NAUM - Bucarest), n° 2.
- Mai 2007: "Question de climat : Les Champs entre psychiatrie et linguistique", in : Mesures et démesure dans les Lettres françaises au XXe siècle, Editions HONORE CHAMPION, Genève (mélanges offerts à Henri Béhar, textes recueillis par Jean-Pierre Goldenstein et Michel Bernard).
- Courant 2007: "M. Jourdain surréaliste, ou les contraintes de la prose", Formules (Actes du Colloque "Surréalisme et contraintes formelles", Sorbonne, 12-14 octobre 2006).


Iveta SLAVKOVA-MONTEXIER: La perte de l'intégrité et l'érotisme: une vision antihumaniste du désir dans l'œuvre de Dali
Entre 1928 et 1932, juste avant et juste après son ralliement au mouvement surréaliste parisien, Salvador Dali commence à s'intéresser à la problématique de l'éclatement, celui de l'identité et celui de la perception, qui sera un des fils conducteurs de sa théorie de la paranoïa-critique proposant un rapport radicalement nouveau au monde. Comme les surréalistes, dans ses écrits et dans ses peintures, Dali remet en cause la rationalité, la séparation sujet percevant-objet perçu, la possibilité de maîtriser les pulsions inconscientes et la violence (même si chez lui la volonté de maîtrise persiste). Dali s'oppose ainsi à l'agencement humaniste en vigueur depuis la Renaissance, lequel postule un homme intègre, rationnel et maîtrisant. Dans l'agencement antihumaniste de Dali, le désir sexuel et l'érotisme sont des lieux d'expression privilégiés : l'éclatement du corps y est extrême et contraire au corps humaniste unifié ; la violence et la cruauté sont affirmées comme des caractéristique essentielles de l'homme, contredisant ainsi la sérénité harmonieuse voulue par l'humanisme ; le dégoût et l'abject sont considérés comme des constituantes fondamentales du désir, contrecarrant la conviction humaniste que les aspirations de l'homme sont nobles. Je me propose d'étudier cet aspect de l'œuvre peint et écrit de Dali entre 1928 et 1932 en faisant également appel à L'Anti-Œdipe de Gilles Deleuze et de Félix Guattari, Ulysse de James Joyce et aux idées de la psychanalyste Mélanie Klein.

Myriam WATTHEE-DELMOTTE: "Visages cachés" de l'éros dalinien: fiction romanesque
Visages cachés est l'unique roman écrit par Dali, et le seul travail de fiction qui ait exigé de lui une organisation narrative ample, structurée selon un principe autre que la chronique, et décentrée à l'égard du sujet intime. Le récit, en imposant ses contraintes d'écriture, offre à Dali un espace expressif neuf qui l'entraîne, au-delà du jeu sur les images, à faire émerger une véritable pensée de l'éros qui s'insère dans une problématique plus vaste, depuis toujours au cœur du roman : l'individu saisi dans sa difficulté d'habiter le monde.

BIBLIOGRAPHIE :

- Ades, Dawn, Dali (Thames and Hudson, 1982 et 1995) et Dali and surrealism, Harper & Row, c1982. Avec Vincent Gille, Jennifer Mundy : Surrealism : Desire Unbound (2005). Avec Jean-Hubert Martin : The Endless Enigma : Dali and the Magicians of Multiple Meaning (2003). Editrice de Dali's optical illusions, Wadsworth Atheneum Museum of Art en association avec Yale University Press, 2000.
- Béhar Henri, André Breton : Le grand indésirable, Fayard 2005, Créateur de la revue Mélusine, Cahiers du Centre de Recherche sur le Surréalisme. Avec Michel Carassou : Dada, Fayard 2005.
- Finkelstein Haim, Salvador Dali, Art and writings, 1927-1942. The Metamorphosis of Narcissus, Cambridge University Press, 1996. Surrealism and the crisis of the object, UMI Research Press, 1979.
- Gaillemin Jean-Louis, Dali, Désirs inassouvis, du purisme au surréalisme.
- Joseph-Lowery Frédérique, dir. numéro Lire Dali, Revue des Sciences Humaines, 2001, et édition critique des manuscrits originaux de La Vie secrète de Salvador Dali, de Salvador Dali, éd. L'Age d'homme, 2006.
- Jeffet William, dir. avec Hank Hine et Kelly Reynolds de Persistence and Memory, New critical perspectives on Dali at the centennial, the Salvador Dali Museum, St Petersburg, Florida, 2004.
- Kachur Lewis, Marcel Duchamp, Salvador Dali, and Surrealist Exhibition Installations, Displaying the marvelous (MIT Press), 2001.
- Ottinger Didier, Le Surréalisme et Mythologie moderne : Les Voies du labyrinthe d'Ariane à Fantômas, Gallimard, 2002 et Duchamp sans fin (2000).
- Millet Catherine, Créatrice et directrice de la revue Art Press. Livres : Dali et moi. éd. Gallimard, 2005. L'Art contemporain : Histoire et géographie (Flammarion 2006), L'Art Contemporain en France (Flammarion, 1987, 1994 et 2005) et La Vie sexuelle de Catherine Millet, Seuil, 2002.
- Parcerisas Pilar, catalogue de l'exposition Dali's Affinities (2004).
- Scopelliti Paolo, Le fac-similé de « l'Immaculée Conception » d'Eluard et Breton, préface d'Henri Béhar, L'Age d'Homme, 2002.
- Spector Jack, Surrealist art and writing, 1919-1939 : The gold of time, Cambridge University Press, 1996. The Aesthetics of Freud : A Study in Psychoanalysis and Art, ed. Mc Graw Hill, 1974.
- Taylor Michael et Dawn Ades, Dali, catalogue d'exposition au Palais Grassi de Venise (septembre 2004-Janvier 2005) et au musée d'art de Phildelphie (février-mai 2005), ed. Rizzoli International Publication.
- Watthee-Delmotte Myriam et Olivier Clynckemaillie, Dali (2000).


Avec le soutien du Scriporial et de la ville d'Avranches, du Centre de Recherche Surréaliste de Paris,
de la Maison Guerlain (Paris), du Théâtre de La Fenice (Venise),
du Théâtre de la Monnaie (Bruxelles) et des Editions Notari (Genève)



COLLOQUE PUBLIÉ AUX ÉDITIONS NOTARI, 2010



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