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" Page mise à jour le 17 août 2009 "



DU SAMEDI 1er AOÛT (19 H) AU MARDI 11 AOÛT (14 H) 2009



DE LA GRAMMAIRE À L'INCONSCIENT : DANS LES TRACES DE DAMOURETTE ET PICHON


DIRECTION : Michel ARRIVÉ, Valelia MUNI TOKÉ, Claudine NORMAND

ARGUMENT :

"Le système grammatical d’une langue baigne en grande partie dans l’inconscient". C’est là l’un des postulats sur lesquels se construit le monumental Essai de grammaire de la langue française, de Jacques Damourette (1873-1943) et Edouard Pichon (1890-1940).

Les deux auteurs sont pittoresques et insolites. Jacques Damourette, de santé fragile, n’a jamais exercé son métier d’architecte, mais s’est passionné pour la langue française, dans tous ses états. Il a communiqué sa passion à son neveu Edouard Pichon, qui, en dépit de la maladie qui le fera mourir à 49 ans, mène une brillante carrière de médecin. Devenu psychanalyste, il est, en 1939, Président de la Société psychanalytique de Paris: il y reçoit un jeune et brillant psychiatre  nommé Jacques Lacan.

L’œuvre de Damourette et Pichon continue, près d’un siècle après le début (1911) de son élaboration, à intriguer, souvent à passionner à la fois les linguistes et les analystes. Ils se rencontreront à Cerisy pour approfondir tous les aspects de ce travail entre tous original, qui affronte, par le biais de la grammaire d’une langue, le français, le problème toujours renouvelé des relations entre langage et inconscient.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Samedi 1er août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Dimanche 2 août
Matin:
Michel ARRIVÉ, Valelia MUNI TOKE, Claudine NORMAND: Ouverture à trois voix pour deux grammairiens

Après-midi:
Anne-Gaëlle TOUTAIN: Pensée lingui-spéculative et domaine des articulations, ou de l’étiologie du langage: Damourette et Pichon, Saussure, Manier
Maria Dolores VIVERO GARCIA: "Je", "tu", "il" ... tous des délocutifs?


Lundi 3 août

Matin:
Pierre BONNY & François SAUVAGNAT: La question du genre chez Edouard Pichon. Quelques implications des notions de sexuisemblance et de sexuiférence, spécialement pour les sciences humaines

Après-midi:
Marc TSIRLIN: Cette grammaire reste actuelle
Sungdo KIM: La race, la nation, la langue: une archéologie et une politique de la grammaire nationale de Damourette et Pichon


Mardi 4 août

Matin:
Chloé LAPLANTINE: L’inconscient dans le langage: Boas, Sapir et Benveniste
François SAUVAGNAT: Edouard Pichon et Jacques Lacan, divergences et convergences: un bilan provisoire

Après-midi:
Annick OHAYON: Edouard Pichon, psychanalyste "français"
Jesús VAZQUEZ MOLINA: Les traces de Damourette et Pichon dans l'analyse de la négation dite explétive
David GAATONE: Damourette et Pichon et la machine à conjuguer


Mercredi 5 août

Matin:
André VALLI: A propos de la notion de "locution verbale coalescente" dans l’E.G.L.F. de Damourette et Pichon
Bérengère BOUARD: Les théories syntaxiques de Damourette et Pichon et la tradition grammaticale

Après-midi:
Henri PORTINE: Damourette et Pichon étaient-ils des cognitivistes avant l’heure?
Michel GROLLIER: De l’inconscient sensu-actoriel à l’inconscient lingui-spéculatif?
Elizaveta KHACHATURYAN: Les mots du discours d’origine verbale


Jeudi 6 août

DÉTENTE


Vendredi 7 août
Matin:
Ann-Gaël MOULINIER: Enonciation et expérience mystique dans les autobiographies de Mary Barnes et de Vaslav Nijinski
Maribel PEÑALVER VICEA: Métaphore et "idiome": inconscient national et inconscient individuel dans l'E.G.L.F. de Damourette et Pichon

Après-midi:
Rose-Marie GERBE: Le présent de l’indicatif: un "tiroir-canon" non marqué
Michel FAVRIAUD: La ponctuation de Jacques Damourette: une théorie inachevée de la voix
Valelia MUNI TOKÉ: Pichon et le regard du "je" sur le "soi": de l'épistémologique au politique


Samedi 8 août
Matin:
Sébastien MORET: Un fort vésicatoire au cas où...: Antoine Meillet, l’Allemagne et l’unité slave
Janeta MASPÉRO: Du moi "étoffé" au soi social

Après-midi:
André ROUSSEAU: L’énonciation chez Damourette et Pichon et chez Bühler
Josette LARUE-TONDEUR: Ambivalence et discordantiel


Dimanche 9 août

Matin:
Cécile BARBET & Yves LE BOZEC: De l'auxiliarité et des verbes modaux
Dan SAVATOVSKY: Grammaire nationale et barbarie: la terminologie de Damourette et Pichon

Après-midi:
Cécile MATHIEU: L'origine du langage et la motivation du signe chez Damourette et Pichon
Suzanne YANG: Les fous criminels: une forme extrême d'énonciation


Lundi 10 août

Matin:
Michel ARRIVÉ: Du métalangage chez Damourette et Pichon?
Adeline PATARD: La notion très actuelle d'actualité. Quelle pertinence pour l'analyse du temps verbal?

Après-midi:
Christian SURCOUF: Noncal, toncal, Imparfait et négation
Sylvie FERRANDO: Ce qu'entendre veut dire: des mots à la pensée
Anne COSYN & Bernard HARMEGNIES: Le silence dans la parole du Sujet en souffrance psychique: élément constitutif d'une grammaire de l'inconscient?


Mardi 11 août

Matin:
Essais de synthèse et perspectives d'avenir

Après-midi:
DÉPARTS DES PARTICIPANTS

RÉSUMÉS :

Michel ARRIVÉ: Du métalangage chez Damourette et Pichon?
Dans le titre de cette communication, l’élément du est l’article partitif, et non la contraction de l’article défini avec la préposition de. Le titre se clôt par un point d’interrogation. On souhaite en effet attirer l’attention sur un aspect, assez peu signalé, de l’attitude de Damourette et Pichon (DP) à l’égard du métalangage: y en a-t-il? Quand ils mettent en place, dès les premières pages de l’Essai de grammaire de la langue française, la notion fondamentale de catégorie, DP commencent par donner une forme traditionnelle aux définitions qu’ils donnent des quatre éléments qu’ils distinguent :
" Nous définirons le factif un terme ayant la pleine puissance de poser un fait comme existant " ;
" On appelle substantif un terme représentant un concept " ;
" On appelle adjectif  un terme représentant une qualité appliquée à un substantif " ;
" On appelle affonctif  un terme représentant une modalité s’appliquant à l’agencement des termes linguistiques entre eux ".
Mais parvenus à la fin de cet inventaire de définitions, ils se sentent envahis par un questionnement angoissé, fondé sur la constatation suivante:
" La forme habituelle des définitions, précisément en ce qu’elle ne définit que des substantifs, ne convient qu’aux substances ".
S’ensuit la nécessité de conférer aux catégories des définitions ne faisant appel qu’à des termes appartenant à la catégorie définie:
" Le substantif est " ;
" On est adjectif " ;
" Il fait factif " ;
" Ça se passe à l’affonctive ".
Sur ces données, on se posera trois questions:
1. Qu’en est-il de la forme de ces définitions? Répondent-elles vraiment à la condition exigée de ne comporter que des termes appartenant à la catégorie de l’élément défini?
2. Quels sont au juste les fondements théoriques de l’attitude de DP?
3. L’illustre aphorisme lacanien "il n’y a pas de métalangage" a-t-il quelque rapport avec la position prise par DP à l’égard des définitions?

Cécile BARBET & Yves LE BOZEC: De l'auxiliarité et des verbes modaux
Faut-il nécessairement qu’un verbe partage toutes les caractéristiques d’avoir ou d’être pour être considéré comme un auxiliaire (cf. Blanche-Benveniste 2001 ou Chu 2008)? Nous suggérerons que non, en nous basant notamment sur les travaux de Damourette & Pichon sur l’auxiliarité, et plus particulièrement sur leur idée d’"acception égocentrique" (1911-1940, t. V : 12). Cette notion nous semble particulièrement intéressante en ce qu’elle explique l’absence de valence, i.e. l’absence d’argument, des auxiliaires ; qu’elle a l’avantage de donner une explication sémantique, voire cognitive, à un phénomène de surface, syntaxique. Nous essayerons de montrer dans un second temps que les verbes modaux français devoir et pouvoir, quand ils sont en emploi épistémique, sont bel et bien en emploi auxiliaire, ils répondent à tous les critères d’auxiliarité de Damourette & Pichon, bien que pour ces auteurs, paradoxalement, et nous tenterons d’expliquer cette contradiction, il n’existe aucun auxiliaire modal en français.

Références Bibliographiques :

BLANCHE-BENVENISTE (2001). Auxiliaires et degrés de "verbalité", Syntaxe & Sémantique 3 : 75-97.
CHU, X. (2008). Les verbes modaux du français, Collection "L’essentiel français", Paris, Ophrys.


Pierre BONNY & François SAUVAGNAT: La question du genre chez Edouard Pichon. Quelques implications des notions de sexuisemblance et de sexuiférence, spécialement pour les sciences humaines
La notion de genre résulte d’une importation par rapport au domaine de la grammaire. Elle est actuellement, selon un topos éminent des sciences humaines (Butler et les queer theories), invariablement associée à une autre notion sociologique, celle d’identité, alors même que ses applications concernent les états intersexuels soit physiologiques (hermaphrodisme), soit psychiques (notamment les diverses formes de transsexualisme), désignés précisément comme "troubles de l’identité de genre". Or ce qui se donne comme convention sociale marquée d’évidence pour certains types de sociologie (du type: un garçon aime jouer au base-ball, une fille à la poupée, etc), supposant des mondes séparés dotés de caractéristiques continument distinctes, ne se retrouve pas en grammaire. La sexuiférence chez Pichon désigne ainsi la complexité des stratégies en œuvre dans l’usage des règles d’accord de genre en français, tandis que la distinction animé/inanimé — inexistante en français — est remplacée par la sexuisemblance. Nous viserons 1) à comparer les élaborations de Pichon aux options psychanalytiques quant à la question de la sexuation (notamment chez Freud et Lacan), 2) à discuter le lien entre sexuisemblance et vitalisme, qui est régulièrement affirmé par Pichon et qui trouve son pendant dans ses écrits psychologiques, 3) à repérer dans quelle mesure les difficultés rencontrées dans l’importation de la notion de genre dans les sciences humaines (les débats sur les assignations ou réassignations de genre) trouvaient déjà leur préfiguration dans les raffinements des analyses pichoniennes.

Bérengère BOUARD: Les théories syntaxiques de Damourette et Pichon et la tradition grammaticale
Dans cette communication, nous verrons en quoi l’analyse de la phrase et de la relation verbe/complément proposée par Damourette et Pichon dans l’Essai de grammaire de la langue française laisse entrevoir un héritage complexe, fait de ruptures, mais aussi de continuités par rapport aux théories syntaxiques anciennes (grammaire générale et grammaire scolaire), au sujet de trois points en particulier : la place accordée à la relation attributive ainsi qu’à la décomposition à l’aide du verbe être, le traitement des compléments indirects par rapport au nœud verbal, la position quant au classement des verbes en plusieurs catégories syntaxiques.

Anne COSYN & Bernard HARMEGNIES: Le silence dans la parole du Sujet en souffrance psychique: élément constitutif d'une grammaire de l'inconscient?
Dans une récente recherche exploratoire (Cosyn, 2008), nous avons convoqué différents champs épistémologiques, en dépassant les clivages des deux grandes cultures scientifiques (explicative vs compréhensive), afin d'étudier un fait particulier de la parole, et au-delà de la parole, du dire, d'un Sujet adulte en souffrance psychique: celui des silences, au sens d'absence de signal sonore, dans sa parole. Notre réflexion volontairement interdisciplinaire (psychologie clinique, psychanalyse - J. Lacan, linguistique - notamment le travail de F. de Saussure, philosophie du langage, recherches cognitivistes et (psycho-) linguistiques, et sémiologie indicielle d'A.–M. Houdebine) a brassé un certain nombre de questions portant sur l'épistémologie et les démarches et postures épistémologiques du chercheur, ainsi que sur les concepts qui, sous un même signifiant, relèvent de champs différents, tels ceux d'inconscient et de Sujet de l'inconscient, d'événements d'énonciation, d'interprétation, etc.
La confrontation des travaux de J. Lacan et des études de J. Damourette et E. Pichon d'une part, les questions soulevées par notre recherche et les premiers résultats obtenus d'autre part, nous confirment dans l'intérêt de poursuivre cette recherche. Finalement, ces travaux relancent les spéculations sur l’existence d’une grammaire de l’inconscient et, plus particulièrement, sur la contribution que peuvent y apporter des éléments que les grammaires et linguistiques classiques, tout attachées qu’elles sont à langue au détriment de la parole ont tendance à négliger.

Références bibliographiques :

J.L. Austin, Quand dire, c'est faire, coll. Points, Editions du Seuil, Paris, 1991 (1970).
A. Cosyn, Les Us du Laps du Motus, Mémoire sous la direction du Pr. B. Harmegnies, Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education, Université de Mons-Hainaut, septembre 2008.
J. Damourette et E. Pichon, La grammaire en tant que mode d'exploration de l'inconscient, in revue E.P.E.L. L'UNEBÉVUE, Grammaire et inconscient, supplément n°2, printemps 1993, pp 9 – 27.
J. Damourette et E. Pichon, La personne et la personnalité vues à la lumière de la pensée idiomatique française, in revue E.P.E.L. L'UNEBÉVUE, Grammaire et inconscient, supplément n°2, printemps 1993, pp 55 - 67.
A.-M. Houdebine, Séminaire de Sémiologie Indicielle (ou Sémiologie des indices), Université René Descartes - Paris V, 2007-2008.
J. Lacan, Séminaire XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, coll. Champ Freudien, Editions du Seuil, Paris, 1973.
J. Lacan, Séminaire I, Les écrits techniques de Freud, coll. Champ Freudien, Editions du Seuil, Paris, 1975.
J.R. Searle, Les actes de langage, Collection Savoir : Lettres, Editions Hermann, Paris, 1972.


Michel FAVRIAUD: La ponctuation de Jacques Damourette: une théorie inachevée de la voix
Damourette semble avoir tenté, dans la grande tradition du lien entre écrit et oral, d’esquisser, sans la théoriser vraiment, une rythmique et presque une thymique du discours, qui réintroduirait le sujet. La ponctuation serait la marque — rousseauiste? — des émotions dans le discours, dans la voix portée du discours écrit, qu’il soit oralisé ou non. La dynamique du discours, fût-il écrit, c’est la voix. Il a bien pressenti qu’il y avait du corps dans la ponctuation — un corps réel ou un symbolon musical. Alors ne peut-on considérer les difficultés qu’il rencontre pour asseoir sa théorie, catégories qui fonctionnent difficilement, pause et mélodie, distinctions qu’il évite, partiellement ou complètement, empan de discours concerné, intensité des marques, jeu des différentes marques dans un espace de discours donné, diversité des discours et des genres, positionnement du locuteur entre normativité sociolectale et idiosyncrasie — comme le révélateur, en négatif, d’une théorie à venir de la ponctuation dans le discours écrit, justement réamarrée à la voix?

Sylvie FERRANDO: Ce qu'entendre veut dire: des mots à la pensée
De 1911 à 1940, Jacques Damourette et son neveu Edouard Pichon écrivent et publient un ouvrage de grammaire révolutionnaire, véritable somme qui s’inscrit en rupture avec une certaine conception classique de la langue selon laquelle c’est l’idée, le concept qui prime et non le mot, selon l’aphorisme bien connu de Boileau "Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement". Leur position a une parenté, d’une part, avec celles de Saussure et de Jakobson et, d’autre part, avec les recherches freudiennes, puis lacaniennes. En revanche, elle s’inscrit contre la tradition de la philosophie du langage anglo-saxonne (Wittgenstein, Goodman), qui descend d’Aristote. Selon les grammairiens Damourette et Pichon, "Le système grammatical d’une langue baigne en grande partie dans l’inconscient" (Arrivé, 2008 : 8). Cette communication s'attachera à montrer à la fois certaines de ces parentés et de ces ruptures, en se centrant sur le versant perceptif (auditif et visuel) du langage, comme préalable à la conceptualisation. Puis elle esquissera un pas vers les théories neuroscientifiques récentes, pour montrer comment Damourette et Pichon ont pu en être précurseurs.

Références Bibliographiques :

Arrivé, M. (1994), Langage et psychanalyse, linguistique et inconscient, Paris, Presses Universitaires de France [Réédition 2005, Limoges : Lambert-Lucas].
Arrivé, M. (2008), Le linguiste et l’inconscient, Paris, PUF.
Damourette, J. & Pichon, E. (1911-1940), Des mots à la pensée. Essai de grammaire de la langue française, Paris, D’Artrey.
Freud, S. (1983), Contribution à la conception des aphasies (CCA), [1891], Paris, PUF.
Jakobson, R. (1973), "De la relation entre signes visuels et auditifs", Essais de linguistique générale, II, IV, Paris, Minuit, p. 104-112.
Lacan, J. (1973), Le Séminaire, livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Seuil.
Naccache, L. (2006), Le Nouvel Inconscient, Freud, Christophe Colomb des neurosciences, Paris, Ed. Odile Jacob.
Saussure, Ferdinand de (2005), Cours de linguistique générale, Paris, Payot & Rivages.


David GAATONE: Damourette et Pichon et la machine à conjuguer
L'œuvre de Damourette et Pichon a attiré l'attention d'abord, par son volume, inégalé depuis, et ensuite, par son apport original sur des phénomènes essentiellement sémantiques et/ou énonciatifs, tels que, par exemple, l'assiette du nom, la sexuisemblance, les temps, la nature complexe de la négation, et la notion de nynégocentrisme, annonciatrice de futures et fructueuses recherches sur l'énonciation... Mais, du moins à ma connaissance, peu de linguistes ont jugé utile de s'intéresser à l'approche morphologique des deux auteurs. C'est précisément cette dernière que nous essaierons d'explorer à travers la description de la morphologie verbale du français, dans le tome 3 de l'Essai. Une telle description exige d'abord une certaine rigueur dans les définitions de notions de base, telles que "morphologie", "verbe", "forme verbale", "désinence", ..., ce qui nous permettrait, par exemple, de décider si les tiroirs composés font partie de la conjugaison, au même titre que les tiroirs simples, et si les formes non personnelles (infinitif et participes) sont à considérer comme des formes verbales fléchies. En outre, on peut exiger la même rigueur dans la méthode utilisée pour, entre autres, le découpage de la forme verbale en segments linguistiquement justifiés, et pour la détermination des variantes éventuelles de la base verbale, autrement dit, de la prévisibilité de celles-ci. On verra que nos auteurs apparaissent déjà comme très modernes dans certains domaines, par exemple, par la distinction observée entre synchronie et diachronie et entre graphie et phonie, distinctions pas toujours évidentes à l'époque. On appréciera aussi l'utilisation de la diachronie et des fautes des locuteurs natifs en synchronie pour en dégager les tendances évolutives de la conjugaison française. En revanche, les définitions peuvent paraître, comme d'ailleurs dans d'autres parties de l'ouvrage, largement insuffisantes, et la description laisse à désirer quant à son exhaustivité, en dépit des dimensions relativement considérables du chapitre consacré à ce sujet. Enfin, le mécanisme sous-jacent à la conjugaison n'apparaît pas toujours clairement et les principes mêmes de l'analyse ne sont pas systématiquement exposés.

Références Bibliographiques :

Arrivé, Michel, 1994, Langage et psychanayse, linguistique et inconscient. Freud, Saussure, Pichon, Lacan. Paris, PUF.
Damourette, Jacques, Pichon Édouard, 1911-1940, Des mots à la pensée. Essai de grammaire de la langue française. Paris,  Éditions  d'Artrey. (T. III, 1911-1933).
Gaatone, David, 2001, "De quelques principes de base pour la description de la morphologie verbale française", in H. Kronning et al. (éds), Langage et référence. Mélanges offerts à Kerstin Jonasson à l'occasion de ses soixante ans. Uppsala, pp. 212-222.
Gaatone, David, 2005, L'exception comme empreinte de l'histoire dans la langue, Faits de Langues 25, pp. 191-198.
Gertner, Michael H., 1973, The Morphology of the Modern French Verb. The Hague, Mouton.
Huot, Hélène, 1991, "Jacques Damourette (1873-1943) et Édouard Pichon (1890-1940). Des mots à la pensée. Essai de grammaire de la  langue française", in H. Huot (éd.) La grammaire française entre comparatisme et structuralisme, 1870-1960. Paris, Armand Colin, pp.  155-189.
Isaac, Luc, 1985, Calcul de la flexion verbale en français contemporain. Genève, Droz.
Langages 124, "Actualité de Jacques Damourette et Édouard Pichon".
Lauwers, Peter, 2004, La description du français entre la tradition grammaticale et la modernité linguistique. Étude historiographique et épistémologique de la grammaire française entre 1907 et 1948. Leuven, Peeters.
Le Goffic, Pierre, 1997, Les formes conjuguées du français oral et écrit. Paris, Ophrys.
Morin, Yves-Charles, 1987, Remarques sur l'organisation de la flexion des verbes français, ITL 77-78, pp. 15-91.
Schane, Sanford, 1968, French Phonology and Morphology. Cambridge, Mass., M.I.T. Press.
Swiggers, Pierre et Van Den Eynde, Karl, 1987, La morphologie du verbe français, ITL 77-78, pp. 151-251.
Touratier, Christian, 1996, Le système verbal du français. Paris, Masson et A. Colin.
Travaux de Linguistique de l'Université de Gand 9-10.


Rose-Marie GERBE: Le présent de l’indicatif: un "tiroir-canon" non marqué
Damourette et Pichon parlent de forme neutre pour le présent de l’indicatif (PR), en le nommant "tiroir-canon": tiroir pour différencier temps verbal et temps des horloges, canon pour "standard". Le PR peut, de par son "extemporanéité" (le fait qu’il se construit à l’instant même), s’insérer dans diverses expressions temporelles: parce qu’il n’a pas de valeur temporelle première, le PR s’adapte (presque) à tout contexte. Nous nous intéresserons à des exemples écrits et oraux dans lesquels le lien entre valeur temporelle et PR est discutable et pour lesquels l’analyse la plus pertinente se fera en termes de modalité. Ainsi, dans La Maladie de Sachs de Martin Winckler (1998), le narrateur raconte toute une série d’événements au PR, mettant en scène un médecin et ses patients. Les premiers chapitres peuvent être envisagés comme passés ; puis, par quelques indices, le lecteur comprend que le PR n’a pas une valeur passée mais une valeur "désactualisante" et que les événements sont donnés à lire comme des situations exemplaires. Il faudra dès lors dépasser les théories temporelles ou non marquées du PR pour se concentrer sur les apports de Damourette et Pichon : le PR étant indifférencié, le contexte linguistique et extralinguistique doit être pris en compte pour expliciter la valeur de ce tiroir. Certains PR — notamment dans l’œuvre de Winckler, les exemples philosophiques et les histoires drôles — jouent tellement sur la frontière de l’actuel qu’ils ne peuvent être classés ni parmi les présents actuels, ni parmi les présents-passés, ni parmi les présents-futurs. Certains indices "pseudo-déictiques" nous montrent cependant que l’effectivité du procès est à prendre en compte: nous expliquerons alors que le PR comme forme non marquée peut admettre différentes valeurs contextuelles, et que le PR peut référer à un procès non actualisé.

Références Bibliographiques :

Serbat Guy (1980), "La place du présent de l’indicatif dans le système des temps", L’Information grammaticale, n°7, p. 36-39.
Serbat Guy (1988), "Le prétendu "présent" de l’indicatif: une forme non déictique du verbe", L’Information grammaticale, n°38, p. 32-35.
Sten Holger (1952), Les temps du verbe fini (indicatif) en français moderne, Copenhague: Bianco Lunos Bogtrykkeri-Ejnar Munksgaard.
Touratier Christian (1996), Le système verbal français, Paris: Masson-Armand Colin.
Vetters Carl (1993), "Temps et déixis", dans Carl Vetters dir., Le temps, de la phrase au texte, Lille: Presses Universitaires de Lille, p. 85-111.


Michel GROLLIER: De l’inconscient sensu-actoriel à l’inconscient lingui-spéculatif ?
Pichon présente dans son étude sur le bégaiement, qu’il réalise avec Madame Borel, la thèse d’un rapport du sujet au langage, et pour lui à la pensée, qui se répartit entre sensu-actoriel et lingui-spéculatif. La question ainsi se retrouve de la place supposée de ce qui est sujet dans l’être qui se manifeste, et l’écart alors inscrit avec le langage. Pichon propose de repérer l’ouverture qu’offre le langage dans son approche lingui-spéculative comme construisant l’usage du lien social qui inscrit le sujet dans l’usage des mots. Si l’inconscient est structuré comme un langage, quelle place pour un inconscient sensu-actoriel? Il y a là question par rapport à la psychanalyse, à partir de ce que pose Freud dès sa réflexion sur l’esquisse d’une psychologie scientifique où il départage le cri de l’usage du langage comme seule façon de sortir de l’instantanéité du frayage, et pouvoir ainsi s’inscrire dans ce qui devient mémoire. C’est aussi ce que reprend autrement Lacan avec sa "linguisterie" qui lui permet d’écrire ce qu’il en est d’un sujet de l’inconscient comme sujet de l’énonciation. C’est là une question sur l’écart entre les nécessités de l’expérience clinique et la réflexion linguistique, que pourtant Pichon tente le premier de conjoindre. Un linguiste comme N. Chomsky montre sa difficulté sur ce terrain, à ne pouvoir évacuer le personnage d’un sujet immanent derrière ce qui se produit, ce que E. Benveniste et M. Arrivé ont su éviter dans leur réflexion. Reste que madame Borel fondera une école de l’orthophonie à partir de ce travail avec Pichon, et que cette expérience conduira à proposer un traitement des troubles du langage tel le bégaiement, au début entre psychanalyse et rééducation, avec comme séparateur le repérage de ce qui relève de l’un ou l’autre aspect, la psychanalyse s’adressant au sujet inscrit dans le lingui-spéculatif, comme l’illustrent les quelques cas de l’ouvrage réalisé avec Pichon. L’actualité du traitement du bégaiement nous renvoie à cette question clinique sur la place du langage dans l’évènement subjectif, au même titre que l’accompagnement et le traitement de l’autisme.

Elizaveta KHACHATURYAN: Les mots du discours d’origine verbale
L’objet de notre analyse sont les mots du discours formés à partir des formes verbales. Ces unités existent dans chaque langue. Nous allons concentrer notre attention sur l’étude comparée de deux langues romanes: le français et l’italien.
P.ex. disons — diciamo, senti — écoute, tu vois — vedi, voyons, tiens, dai, ma va’, figuriamoci, non saprei, direi — je dirais, etc.
En parlant des mots du discours nous nous basons sur la définition des mots proposée dans le cadre du projet franco-russe de la description des ces unités (Laboratoire de Linguistique Formelle - UMR 7110, Université Paris 7, coordinateur du projet D. Paillard). Les mots du discours sont des unités qui "participent à la construction de la valeur référentielle de l’énoncé: ils spécifient à quel titre un énoncé est une "façon partiale et partielle" d’exprimer un état de choses". (D. Paillard "Marqueurs discursives et scène énonciatives", 2008) Les notions de scène énonciative et de locuteur seront importantes pour notre analyse. Dans le cadre de l’approche théorique et méthodologique adoptée, l’origine du mot du discours est un point de départ pour parler de sa sémantique. C’est dans cette perspective que notre communication sera consacrée à l’analyse de la forme verbale: la personne, le mode et le temps. En parlant de ces catégories formelles nous appliquerons la description proposée par Damourette et Pichon dans l’Essai de Grammaire de la Langue Française. Le recours à leur vision de la langue en général et des formes verbales en particulier semble d’autant plus justifié lorsqu’il s’agit des mots du discours d’origine verbale: les unités dont la sémantique, d’un côté, est étroitement liée avec la sémantique du lexème d’origine, et, de l’autre côté, relève (d’une façon plus évidente par rapport aux autres mots du discours) de la présence d’une scène énonciative actualisant en premier lieu le sujet parlant et son rapport au monde. Ces deux problématiques renvoient a priori à la Grammaire de Damourette et Pichon.

Sungdo KIM: La race, la nation, la langue: une archéologie et une politique de la grammaire nationale de Damourette et Pichon
Si on dispose d'une sensibilité comparative et donc relativiste de l'histoire des idées linguistiques, on s'aperçoit que la grammaire est éminemment une invention occidentale. Dans cette lignée de l'histoire de la grammaire occidentale, la place des Français est tout particulière. L'oeuvre de Damourette et Pichon (=DP) est à l'apogée de cette histoire du projet occidental.
Les fondements méthodologico-épistémologiques de la grammaire de DP sont d'autant plus complexes et ambivalents qu'ils relèvent de couches plurielles: racisme, nationalisme, natalisme, normativisme, mentalisme, positivisme, historicisme, littéralisme, oralisme, conservatisme et radicalisme. L'épistémologie de DP opère sur ces niveaux différents. Tous ces composants conceptuels et idéologiques  doivent être explicités dans un appareil épistémologique de cohérence et cohésion, en évitant de faire un choix arbitraire ou de passer sous  silence des propos jugés aberrants. En effet certains linguistes français manifestent leur embarras devant l'écart qu’ils saisissent entre ces propos et la rigueur du système de l'EGLP (cf. H.Portine, Langages 124, 1996, p.5). On peut aussi se contenter de déconstruire la mythologie du génie de la langue française: Meschonnic, dans De la langue française,1997, ne fait aucune mention de ces derniers défenseurs du génie de la langue française. Une constance de l'idéologie nationaliste de DP est de tenir pour confirmée l'existence fondatrice d'entités racistes, linguistiques et socio-politiques,  assumant au surplus entre ces trois dimensions une cohésion fondamentale, qui serait productrice d'identite nationale. A titre d'exemple, il existe un lien étroit entre les critères sélectifs des exemples de l'EGLP et leur conservatisme langagier et idéologique .
A contrario, il est assez surprenant de trouver une radicalité de leur discours subversif qui se révèle dans les critiques contre Saussure et à travers la rupture avec la tradition aristotélicienne. D'autre part, un élément essentiel de l'épistémologie se formule ainsi: " Le grammairien n'a pas le droit d'édicter des dogmes arbitraires basés sur des idées a priori: En revanche; il a le devoir de dresser l'inventaire soigneux des richesses de la langue française; de préciser la nature de ces richesses et la manière dont elles peuvent être utilisées". (par:38. p.53). L'EGLP peut être considérée essentiellement comme un acte de politique culturelle et nationale. Je me servirai des arguments de la politique de la linguistique de Gramsci: “ La grammaire normative écrite présuppose donc toujours un choix, une orientation culturelle, c'est-à-dire qu'elle est toujours un acte de politique culturelle nationale.” (Les carnets de prison, Gallimard, 1996). Enfin, je vais tenter de fournir des éléments d'histoire du racisme linguistique qui aurait influencé la pensée linguistique de DP. En résumé l'objet de cette communication est triple:
1)  repérer les composants conceptuels de l'épistémologie de la grammaire nationale de D P tout en respectant l'ambivalence et la complexité des arguments
2)  tenter une lecture politique de la grammaire à la lumière de la vision de Gramsci
3)  retracer les sources historiques de la problématique des rapports entre la race la nation et la langue dans l'oeuvre de DP.

Chloé LAPLANTINE: L’inconscient dans le langage: Boas, Sapir et Benveniste
Dans une discussion avec les recherches menées par Damourette et Pichon, on se propose de découvrir la réflexion poursuivie par des linguistes (Boas, Sapir et Benveniste) pour définir un inconscient linguistique et anthropologique. Chez Boas, Sapir et Benveniste la mise au jour de cet inconscient se fait dans la rencontre, elle est indissociable d’une remise en cause des catégories de pensée, catégories de langues indo-européennes comme universelles et nécessaires, elle implique de la part du grammairien d’être à la fois l’analyste de sa propre langue-culture et le découvreur d’un inconnu qui ne cesse de le questionner.

Josette LARUE-TONDEUR: Ambivalence et discordantiel
Damourette et Pichon considèrent le "ne" dit "explétif" comme discordantiel. Le "ne" discordantiel, selon nos auteurs, traduit un écart entre ce que le locuteur juge désirable et ce qu’il juge plausible. Ce concept de polyphonie dans la négation établie par Damourette et Pichon sera repris par Lacan puis par Ducrot. Lacan attribue le "ne" discordantiel au sujet de l’énonciation qui articule conscient et inconscient, par opposition au sujet de l’énoncé. Ducrot montre que deux énonciateurs différents sont à l’œuvre dans les énoncés négatifs, d’où le choc antagoniste de deux énonciations: une assertion et le refus de cette assertion. Nous montrerons que l’ambivalence psychique se révèle dans le "ne" discordantiel. Culioli montre que la négation implique la construction préalable du domaine notionnel par opération de choix entre identification et altérité. Il y a donc passage obligatoire par une ambivalence, même fugitive, qui va subsister au moins en trace mnésique. Franckel met en évidence le lien du "ne" discordantiel avec les verbes qui présentent une possibilité et non une visée, ce qui confirme l’incompatibilité de son emploi avec une conscience claire. Ce phénomène est étroitement lié à la dénégation explicitée par Freud: il s’agit de nier ce qui parvient à la représentation mentale, c’est une forme de défense contre ce qui est difficile à admettre. Lacan considère la dénégation comme "un aveu présentifié et renié", il situe le "ne" discordantiel entre deux niveaux, dans "l’entredit". Dans les deux cas, l’ambivalence psychique se traduit dans le discours par la coprésence des contraires.

Références Bibliographiques :

Culioli Antoine, "Representation, referential processes and regulation. Language activity as form production and recognition" (1989, in Language and cognition, J. Montangero & A. Tryphon eds., Foundation Archives Jean Piaget, Cahier n°10, pp. 97-124, Genève).
Culioli Antoine, Pour une linguistique de l’énonciation, t.I (1990, Ophrys, Paris, 225 p.).
Danon-Boileau, Le sujet de l’énonciation, (1987, Ophrys, Paris, 134 p.).
Ducrot Oswald, Dire et ne pas dire (1972, Ed Hermann, Paris, 284 p.).
Ducrot Oswald, Le Dire et le dit (1984, Les Ed. de Minuit, Paris, 240 p.).
Franckel Jean-Jacques, Les Figures du sujet (1990, Ophrys, Paris, 238 p.).
Freud Sigmund, "Die Verneinung", article de 1925.
Freud Sigmund, 1915, "Pulsions et destins des pulsions", in Métapsychologie (1968 Gallimard pour la traduction française de J. Laplanche et J.-B. Pontalis, 189 p.).
Henry Victor, Antinomies linguistiques (1988, Didier Erudition, Paris, 80 p. ; 1ère éd. Alcan, Paris, 1896).
Hermann Imre, L’Instinct filial (Paris, Denoël 1972, 445 p. trad. N. Abraham ; 1ère éd. 1943, Budapest).
Lacan, Ecrits (Paris, Seuil 1966, 924 p.).
Lacan Jacques, Séminaire III (Paris, Ed du Seuil, 1981, 366 p.).
Minkowski Eugène, La Schizophrénie (1927, 1ère éd. Payot ; 2002, Ed. Payot & Rivages, Paris, 286 p.).
Roheim Geza, Magie et schizophrénie (1ère éd. 1969, 2ème éd. 1986, éditions anthropos, 322 p. ; trad. de l’américain par Eddy Treves ; pour les deux textes inédits "L’argent sacré en Mélanésie" et "Psychisme en société", trad. du hongrois par Georges Kassai).
Spitz René A., Le Non et le Oui (1ère éd., 1957, No and Yes, New York, International Universities Press ; 1962, PUF, Paris, 132 p.).


Janeta MASPERO: Du Moi "étoffé" au Soi social
En prenant pour point de départ la position de Damourette et Pichon sur l’"empersonnement étoffé", puis en tenant compte des problématisations ultérieures de cette position (E. Benveniste, M. Arrivé, D. Leeman), mon propos tentera d’établir un pont vers la forme disjointe réfléchie "soi" en tant que nom métalinguistique se rapportant à l’une des manifestations de la subjectivité : l’ipséité. L’exploration de cette piste s’appuiera sur trois paradigmes de référence:
1) la réflexion de P. Ricœur sur l’ipséité (l’altérité en tant que constitutive de l’identité) ;
2) un courant dans le domaine de l’analyse du discours qui reformule le propos de Ricœur, tout en intégrant le concept de "sujet clivé" venu de la psychanalyse. On introduit ainsi dans le dispositif "sujet en idem/sujet en ipse" la notion d’empathie, socle de l’intersubjectivité pré-réfléchie ;
3) les travaux d’E. Benveniste sur le vocabulaire des institutions indo-européennes, mettant en avant la dimension sociale de la subjectivité.
Que reste-t-il, se demandera-t-on, de Damourette et Pichon dans tout cela ? Peut-être le fait que, si les "taxièmes" de l’intersubjectivité, garante du lien social, ne "baignent" pas entièrement dans l’inconscient, du moins ce dernier garde-t-il "en creux" leur empreinte, selon la jolie formule de M. Arrivé.

Références bibliographiques :

M. Arrivé, Langage et psychanalyse, linguistique et inconscient, PUF, 2004
J.-M. Barbéris, a. « Pour un modèle de l’actualisation intégrateur du sujet », De l’Actualisation, CNRS Editions, 1998; b. « Identité, ipséité dans la deixis spatiale », L’Information grammaticale n° 77, 1998
E. Benveniste, Le Vocabulaire des institutions indoeuropéennes, t. 2, Minuit, 1969
C. Détrie, P. Siblot, B. Vérine, Termes et concepts pour l’analyse du discours, Honoré Champion, 2001
D. Leeman  a.  « Me est un autre », Hommages à Michel Arrivé, Paris, L'Harmattan, 2002, b. « Je, me, moi : allomorphes ou facettes différentes de la première personne ? », Hommages à Michèle Perret, Linx, numéro spécial, 2002
A. Ono, La notion d’énonciation chez Emile Benveniste, Lambert-Lucas, 2007
P. Ricoeur, Soi-même comme un autre, Seuil, 199

Cécile MATHIEU: L’origine du langage et la motivation du signe chez Damourette et Pichon
 Dans le cadre de cette communication, nous nous attacherons à observer l’opposition de Damourette et Pichon au principe saussurien de l’arbitraire du signe et ses implications. Pichon ayant repéré avec lucidité l’ambiguïté de l'argumentation du CLG, qui substitue la relation signe/référent à la relation signifiant/signifié, il soutient le lien exclusivement nécessaire entre les deux faces du signe. Cette position se trouve argumentée par une théorie sur l’origine du langage exposée dès le premier tome de l’Essai de Grammaire de la langue française. Celle-ci sert de support à l’idée originale d’une motivation de la langue fondée sur la mimésis, non plus des référents, mais celle de leur représentation interne psychique. Cette spéculation philosophique sur la genèse du langage, nourrit une triple réflexion. La première est psychanalytique, en ce que la création du langage naît d’un mouvement intersubjectif, transitiviste et identificatoire. La deuxième est énonciative, en ce qu’elle fonde trois plans énonciatifs (le locutoire, l’allocutoire et le délocutoire). L’autre est grammaticale en postulant la genèse de catégories linguistiques fondées sur les étapes du développement des êtres humains dans leur rapport au monde. Nous en étudierons les propositions et les prolongements dans quelques théories ultérieures.

Sébastien MORET: Un fort vésicatoire au cas où...: Antoine Meillet, l’Allemagne et l’unité slave
Le contexte politiquement troublé et chaotique de la première moitié du XXème siècle fut à l’origine, entre autres, d’un réflexe de repli sur soi nationaliste dont l’un des aspects annexes prit la forme d’une réaffirmation de l’évidence d’un lien intrinsèque entre langue et nation. En ce sens, les pages introductives de Damourette et Pichon s’intègrent dans cet air du temps particulier, tout en dévoilant un arrière-fond idéologique et politique. Damourette et Pichon ne furent pas les seuls linguistes à réunir, dans le contexte particulier que j’ai rappelé, linguistique et politique. Il s’agira dans cet exposé de l’unité de la nation slave, telle qu’entrevue par Antoine Meillet, et dont il s’agira de suivre l’évolution dans certains de ses écrits. A partir de l’analyse de textes écrits entre 1910 et 1928, nous montrerons que les idées qu’ils véhiculent évoluèrent avec le temps et reflétèrent les cahots de leur contexte de production. Autrement dit, la conception que Meillet avait de l’unité slave ne saurait être totalement détachée des circonstances et de l’ambiance qui régnaient alors en France. Nous présenterons non seulement la conception que Meillet avait de l’unité slave, mais nous montrerons aussi le rôle qu’il souhaitait lui faire jouer dans un après-guerre où la France tremblait devant un possible retour en puissance de l’Allemagne.

Anne-Gaël MOULINIER: Enonciation et expérience mystique dans les autobiographies de Mary Barnes et de Vaslav Nijinski
Si l'importance des contributions de Damourette et Pichon à la notion d'énonciation est de plus en plus reconnue, leur influence aura probablement autant sinon plus porté sur le courant psychanalytique francophone que sur la linguistique de ce domaine culturel. L'influence directe de Pichon sur les ressources linguistiques de Jacques Lacan ont été notées à plusieurs reprises (Arrivé, Roudinesco, Sauvagnat), et l'opposition énonciation/énoncé (suivie de l'opposition dire/dit) prend chez lui une coloration particulière (s'agissant de rendre compte du sujet de l'inconscient) alors même qu'elle ne cesse de s'appuyer sur les mêmes "marques" que la linguistique francophone. On a particulièrement relevé à cet égard l'usage fait par Lacan de la différence entre les deux séries de pronoms personnels, de la valeur des personnes, des types de négations, des types de temporalité dans un texte aussi central que Subversion du sujet et dialectique du désir. Nous proposons d'appliquer ces instruments à deux autobiographies dont le caractère mystique est évident: les Carnets de Vaslav Nijinsky et le Voyage à travers la folie de Mary Barnes, pour mettre en évidence les forts contrastes qui les opposent concernant les rapports entre le sujet et la divinité. Si l'un comme l'autre définissent leur propre subjectivité comme relation avec Dieu, autant chez Barnes il s'agit de l'approche douloureuse d'un objet aussi érotisé que lointain autant chez Nijinsky il s'agit d'un véritable envahissement, dont à maints égards il est le pantin (Petrouchka).

Références Bibliographiques :

Arrivé Michel, Langage et psychanalyse, linguistique et inconscient: Freud, Saussure, Pichon, Lacan, Première édition: Paris, Puf, 1994.
Barnes Mary, Un voyage à travers la folie, Paris Seuil 1976.
Nijinsky V, Journal, Poche Folio 1991.
Pichon, Édouard, and Damourette, Jacques. (1925). La grammaire en tant que mode d'exploration de l'Inconscient L'Évolution psychiatrique, 1, 237-257.
Damourette et Pichon, Des mots à la pensée, essai de Grammaire de la langue française, éd. d'Atrey, Paris, 1911-1940.
Pichon E, Le développement psychique de l'enfant, Masson et Cie, Paris, 1953.
Lacan J, Ecrits, Seuil, Paris 1966.
Lacan J, Le séminaire (1952-1979), Ed du Seuil, Paris 1974...
Sauvagnat F, "Hallucinations psychotiques et énonciation" in La voix, dans et hors la cure, N° thématique, revue Psychologie clinique,  n°19, 2005, p 93-125.
Sauvagnat F, "Psychanalyse et linguistique: le surmoi et la question de l’énonciation chez J. Lacan", à paraître dans les actes du colloque de Cerisy: Freud et le langage, septembre 2007.


Valelia MUNI TOKÉ: Pichon et le regard du "je" sur le "soi": de l'épistémologique au politique
L'objectif de cette communication est de montrer comment s'articulent, dans la pensée pichonienne, l'épistémologique et le politique. Ainsi, la construction d'une grammaire maurrassienne par Damourette et Pichon se fonde sur la défense d'une investigation psychologisante, mentaliste, dans laquelle: i) la langue est le reflet de la pensée d'un peuple, ii) le grammairien ne peut étudier que sa langue maternelle. L'idée, explicitement nationaliste, selon laquelle "pour faire la grammaire du français [...] il fallait être Français", qui fait du grammairien une figure double, à la fois observateur et locuteur, i.e. à la fois observateur et objet d'étude, est dès lors à étudier selon deux points de vue: le point de vue grammatical, qui construit le "je" par contrastes successifs avec le "soi" et le "moi", et le point de vue psychanalytique de l'auto-analyse.

Annick OHAYON: Edouard Pichon, psychanalyste "français"
En 1923, Edouard Pichon entame une cure psychanalytique avec Eugénie Sokolnicka. Il a alors 33 ans, et il est le second médecin français à faire une telle démarche. Le premier est son ami René Laforgue, lui aussi en analyse avec E. Sokolnicka, l’émissaire polonaise de Freud dans cette terre de France réputée hostile à sa doctrine. On peut comprendre assez aisément ce qui conduit Laforgue vers la psychanalyse: il est alsacien et a lu très tôt Freud en allemand, il est psychiatre et il cherche à déchiffrer l’énigme de la psychose et surtout à lui opposer une thérapeutique enfin efficace. Par contre, la démarche de Pichon semble plus surprenante. Comment et pourquoi ce jeune psychiatre nationaliste, catholique traditionaliste, bientôt engagé dans les rangs de L’Action Française, peut-il adhérer à ce qui est alors considéré par beaucoup de ses collègues comme "une obscénité promue scientifique", ou, à tout le moins, comme une doctrine sulfureuse et une pratique dangereuse? Laforgue, qui le connaît bien, fournit une réponse sans appel à cette question (dans son Journal, inédit): Pichon était schizophrène, terme qu’il faut entendre non comme une métaphore, mais comme un diagnostic psychiatrique porté sur un homme clivé, perpétuellement au bord de la folie.
Dans cette communication, j’essaierai de répondre à cette interrogation d’une manière un peu moins péremptoire, en revenant sur cet engagement initial, et ses prolongements, dans les dix-sept années qui lui restent encore à vivre. J’analyserai un certain nombre de textes écrits par Pichon, seul ou en collaboration avec son oncle Damourette, particulièrement significatifs de ses choix théoriques et idéologiques. On est souvent tenté de présenter Edouard Pichon comme le précurseur de Jacques Lacan pour qui "l’inconscient est structuré comme un langage", et de son élève Françoise Dolto, pour qui il faut "parler aux bébés, qui sont des êtres de langage". Au-delà de cette vision téléologique, je souhaite revenir au personnage lui-même, en le situant dans la société de son temps, les années 1920 et 1930, dans sa vie — il est certes le neveu de Damourette, mais aussi le gendre de Pierre Janet —, dans ses relations avec ses collègues qui travaillent sur les mêmes objets (tels les psychologues Henri Delacroix et Henri Wallon), et dans la dynamique du mouvement psychanalytique qu’il contribue à construire d’une manière particulière. Je reviendrai ainsi sur son rôle au sein de la Société psychanalytique de Paris, en tant que secrétaire, mais surtout en tant que président de la commission linguistique pour l’unification du vocabulaire psychanalytique français.

Références Bibliographiques :

Ohayon Annick, Psychologie et psychanalyse en France. L’impossible rencontre, 1919-1969, Paris, La Découverte / Poche, 2006.
Carroy Jacqueline, Ohayon Annick, Plas Régine, Histoire de la psychologie en France XIXème XXème siècles, Paris, La Découverte Grands Repères, 2006.


Adeline PATARD: La notion très actuelle d'actualité. Quelle pertinence pour l'analyse du temps verbal?
Notre communication vise à interroger la pertinence, dans l’analyse du temps verbal, des catégories sémantiques de l’actualité et de la toncalité proposées par Damourette et Pichon dans le tome 5 de leur Essai de grammaire de la langue française consacré aux temps (verbaux), aux modes et aux voix. Pour ce faire, nous rappellerons d’abord l’exploitation qui est faite aujourd’hui de ces notions à travers les nombreuses approches "inactuelles" de l’imparfait, afin de dégager une conception moderne de la toncalité de ce tiroir verbal. Nous évaluerons ensuite les différents arguments avancés par les partisans des approches concurrentes (aspectuo-temporelles et anaphoriques) de l’imparfait. Enfin, après avoir dégagé les atouts de l’approche en termes d’actualité et de toncalité, nous ne manquerons pas de souligner les limites de ces notions et les questions qu’elles posent encore.

Maribel PEÑALVER VICEA: Métaphore et "idiome": inconscient national et inconscient individuel dans l'E.G.L.F. de Damourette et Pichon
"L'idiome" (EGLF), au sens de Damourette et Pichon1, pourrait se définir comme "l'expression d'une identité nationale"2. Il existerait dans cet idiome des éléments dont le mécanisme langagier montre mieux que tout autre son fonctionnement ainsi que le processus de cette identité. Ce sont des éléments qui revèlent cet "idiome" en tant que "merveilleux miroir des profondeurs de l'inconscient" (DP) des sujets. Si tout sujet parlant manifeste spontanément dans son discours les traces d'une certaine subjectivité, celle-ci est manifeste notamment dans la langue de l'écrivain qui traduit notamment la nature de cet "idiome" (DP) dont "la réalité du sujet n'est autre que celle de la langue". DP, de leur côté, l'ont déjà écrit: "les écrivains arriveraient à nous livrer, par leur style même, l'histoire de leur âme" (EGLF), une histoire qui nous appartient à nous tous. À tout cela, il faut ajouter que les grammaires — l'élaboration des normes — se servent fréquemment de la langue des écrivains ; des exemples tirés de leurs ouvrages montrent le bon usage, l'usage correct de la langue. Les dictionnaires en font preuve. La grammaire d'un "idiome" (DP) est ainsi exemplifiée au moyen de la langue des écrivains. C'est à ce stade que la coïncidence entre l'inconscient "national collectif" (DP) et freudien3 est manifeste, tous les deux s'inscrivant dans le même "carrefour" (D. Morales), celui de la subjectivité.

1 Dorénavant, nous désignerons Damourette et Pichons au moyen des sigles DP.
2 Cf V. Muni Toke, 2006.
3 Cf. V. Muni Toke.


Henri PORTINE: Damourette et Pichon étaient-ils des cognitivistes avant l’heure?
L’épopée de Damourette et Pichon s’inscrit dans l’épistémologie des années 1920 et 1930. A l’époque, face au structuralisme "montant", co-existent des relations entre psychologie et linguistique. Ces relations évoquent la mouvance cognitiviste des années 1980 et suivantes. Dans un premier temps, nous analyserons ce que veut dire "relations entre psychologie et linguistique au cours des années 1920 et 1930" et la façon dont Damourette et Pichon illustrent ou non ces relations. Dans un second temps, nous verrons comment la question posée dans le titre, à la fois, est peu signifiante et rend compte d’une dimension de nos auteurs. Ce second temps permettra de revenir sur la notion d’énonciation en la situant dans l’opposition cognition / cognition située.

André ROUSSEAU: L’énonciation chez Damourette et Pichon et chez Bühler
L'apport de Damourette et Pichon à la théorie de l'énonciation mérite d'être (mieux) connu: nous leur devons en effet, entre autres, les notions et les termes de LOCUTEUR et d'ACTUALISATION. "Locuteur" s'est imposé en linguistique depuis plusieurs décennies; "actualisation", proposé dès 1931 dans un article d'E. Pichon, est devenue une des notions centrales de Charles Bally (Linguistique générale et linguistique française, 1932). A l'époque de Damourette et Pichon, deux problématiques émergeaient: les rapports entre les personnes (l'interlocution) et les rapports entre personnes et monde (la représentation). La construction de l'interlocution est un des axes fondateurs de l'Essai de grammaire de la langue française, elle figure au tome I (§ 48), au tome III (§§ 813-817 et 886-891), au tome IV (§§ 1450-1471). Il n'est dès lors guère étonnant de rencontrer de remarquables convergences fortes, jamais évoquées à notre connaissance jusqu'à présent, entre l'Essai et la Sprachtheorie (1934, mais achevée en 1933):
1) à la notion implicite de "centre" fait écho l'origo bühlérienne (pp. 102ss. 136):
2) aux notions de nynégocentrisme et d'allocentrisme correspondent deux types de deixis1 chez Bühler: la Deixis ad oculos (et ad aures) et la Deixis am Phantasma;
3) la triade "moi - ici - maintenant" se trouve exactement à l'identique chez Bühler sous la forme "hier, jetzt, ich" (pp. 33, 102, 127, 149, 373 ss);
4) la trilogie Locutif, Allocutif, Délocutif trouve aussi des correspondances chez Bühler: "einer, der andere, Dinge" (pp. 24-25) et, sur un autre plan, les trois fonctions du signe: "Ausdruck, Appell, Darstellung" (pp. 28 ss, etc.).
Face à ce troublant parallélisme, il resterait à se demander s'il a existé des rapports entre Damourette & Pichon et Bühler — ce que j'ignore totalement pour l'instant, mais je vais diriger des recherches dans ce sens.

François SAUVAGNAT: Edouard Pichon et Jacques Lacan, divergences et convergences: un bilan provisoire
L'influence d'Edouard Pichon sur Jacques Lacan a été notée par de nombreux auteurs (Arrivé, Roudinesco, nous-même, etc), outre le fait que Pichon cite nommément Lacan à plusieurs reprises et que ce dernier le cite à son tour au moins huit fois explicitement dans les Ecrits, et beaucoup plus, implicitement, du début à la fin de son œuvre. Il ne faut d'ailleurs pas oublier que, s'il y a eu infuence, elle a commencé par ubn dialogue dont de nombreux comptes-rendus sont consultables dans la Revue Française de Psychanalyse jusqu'à la fin des années 1930. Nous souhaiterions ici esquisser un bilan des différents points sur lesquels il y a eu emprunts, convergences et divergences en distinguant trois types de destins:
1) dans un certain nimbre de cas, il semble y avoir eu un accord durable entre les deux analystes, voire une amplification par Lacan de thèses de Pichon;
2) dans d'autres cas, des modifications notables sont cosntatables, de Pichon à Lacan, à partir d'emprunts initiaux;
3) dans d'autres cas enfin, Lacan semble défendre des thèses nettement antagonistes par rapport à celles de Pichon.

Dan SAVATOVSKY: Grammaire nationale et barbarie : la terminologie de Damourette et Pichon
Réputée "barbare" (L. Spitzer, Romanic Review, 30-4, 1939), "hirsute" (J. Pohl, Travaux de linguistique 9/10, Gand, 1982-83) ou "ésotérique" (M.-A. Morel, Langages 124, 1996), la terminologie grammaticale de Damourette et Pichon a donné cours chez les commentateurs à quatre types d’approches: 1. s’efforcer de la "traduire" en totalité ou en partie, au fil de l’analyse, dans un métalangage grammatical "ordinaire" (H. Portine, Langages 124, 1996) ou tenter d’établir des tables de correspondance avec la "grammaire traditionnelle" (R. Rohrbach, CFS , 44, 1990); 2. s’attacher, au moyen de l’enquête, à sa réception, à sa postérité, en dressant la liste des termes qui ont survécu et sont encore en usage dans la linguistique contemporaine (J. Pohl, op. cit); 3. identifier les propriétés linguistiques des néologismes de forme — principalement leurs règles de formation — et en souligner la fécondité heuristique (M.-A. Morel, op. cit.; M. Wilmet, Langages 124, 1996) ; 4. définir des critères de classement des termes en usage (M. Savelli, colloque Métalangage et terminologie linguistique, Grenoble, 2001; D. Willems, id.). Néologismes de forme, néologismes de sens, emprunts divers au langage ordinaire ou à d’autres langages spécialisés, etc.: de par ses sources et ses caractéristiques formelles ou sémantiques, la terminologie en vigueur dans l’Essai de grammaire de la langue française peut paraître assez disparate. Elle constitue en réalité, de l’aveu même de D. & P.,  un système qui répond à un idéal de régularisation. C’est ce système que notre communication vise à décrire. Après avoir précisé le contexte étroit dans lequel s’est déployée, en France notamment, dans l’entre-deux-guerres, la réflexion des linguistes sur les questions de terminologie linguistique et le contexte plus large dans lequel se sont stabilisées au même moment les théories générales de la terminologie (Ecole de Vienne, etc.), nous chercherons à montrer ce qui, dans l’analyse grammaticale de D. &. P. elle-même, permet de rendre compte des formes et des usages de leur terminologie.

Christian SURCOUF: Noncal, toncal, Imparfait et négation
Dans notre communication, nous essaierons de montrer en quoi un prolongement de la notion de toncal pur (soit l’Imparfait selon Damourette & Pichon 1936, 172 §1706) peut expliquer l’effet négatif observé en (e) dans le dialogue suivant de Préparez vos mouchoirs de BLIER (1978, 14’50):

(a) Raoul: Et elle, elle se met là, avec son tricot et elle tricote en regardant les flammes
(b) Stéphane: Et toi, qu’est-ce que tu fais ?
(c) R.: Je la regarde, je regarde le feu, je la regarde encore et elle me sourit par-dessus son tricot
(d) S.: T’as du bol !
(e) R.: J’avais du bol, mais maintenant tout se déglingue, elle tricote toujours mais elle sourit plus !

Si tout locuteur francophone comprend que "J’avais du bol" signifie bien "Je n’ai pas (plus) de bol maintenant", sur quel mécanisme repose le sens négatif repéré ici? Pour répondre, en nous démarquant des explications fournies par exemple par Gosselin (2005, 163s) et Berthonneau & Kleiber (1994, 75), nous nous inspirerons de l’opposition noncal/toncal développée par Damourette & Pichon (1936, 246 § 1749), pour qui l’actualité noncale se conçoit "en synchronie et en coréalité avec le moi-ici-maintenant" — exprimée par le Présent (le "savez") —, et l’actualité toncale "en dehors de cette synchronie et de cette coréalité" — exprimée par l’Imparfait (le "saviez").

Références Bibliographiques :

BERTHONNEAU Anne-Marie & KLEIBER Georges (1994), "Imparfaits de politesse: rupture ou cohésion?", Travaux de linguistique 29 - La cohérence textuelle. Cohésion et rupture, 59-92.
GOSSELIN Laurent (2005), Temporalité et modalité, Louvain-la-Neuve, Duculot, 254 p.


Anne-Gaëlle TOUTAIN: Pensée lingui-spéculative et domaine des articulations, ou de l’étiologie du langage: Damourette et Pichon, Saussure, Manier
Nous essayons, dans cette communication, de dégager les enjeux, relativement au langage, des objets que construisent les deux théories linguistiques de Damourette et Pichon d’une part, de Saussure d’autre part. L’objet des premiers est le langage comme outil et reflet de la pensée lingui-spéculative, qui renvoie à la pensée dans ce qu’elle a de proprement humain. L’objet du second est la langue, définie comme domaine des articulations. Or, l’objet de Damourette et Pichon, s’il semble être un point d’articulation entre linguistique et psychanalyse, et offre en tant que tel des outils à l’élaboration lacanienne, implique une étiologie du langage que l’on peut qualifier d’imaginaire – et d’idéologique, au sens de l’idéologie du savant – dans la mesure où elle n’est pas théorisation mais valorisation du langage. Dans cette perspective, il ne saurait, d’une certaine manière, y avoir d’articulation entre linguistique et psychanalyse: il n’y a pas de linguistique, mais le déploiement d’une conviction. La définition saussurienne de la langue comme domaine des articulations est en revanche inaugurale d’une problématique véritablement linguistique, en ce qu’elle permet la théorisation de la langue. Cette théorisation peut être considérée comme une étiologie de la langue, sur laquelle fera fond le psychanalyste Alain Manier pour élaborer sa théorie de la psychose. L’objet saussurien est ainsi le lieu d’une véritable articulation entre linguistique et psychanalyse: fruit d’une théorisation de la langue, il est en cela même – c’est-à-dire en tant que spécifiquement linguistique – objectivable pour d’autres sciences ayant affaire au langage, telle la psychanalyse qui, se plaçant à son point de vue spécifique – elle a pour objet, non la langue, mais le locuteur – peut concevoir, à partir de l’étiologie de la langue, une étiologie du langage. C’est là l’originalité de la théorie saussurienne, qui la distingue par exemple des théories des structuralistes européens, et tout particulièrement de celle de Benveniste, dont l’objet, tout comme celui de Damourette et Pichon, est à maints égards « anthropologique » et non seulement linguistique.

Marc TSIRLIN: Cette grammaire reste actuelle
Dans cette contribution, nous traiterons de deux innovations grammaticales proposées par Damourette et Pichon, à savoir de la notion d’assiette et de celle de quantitude, dont la création s’explique, d’un côté, par l’insuffisance de la nomenclature linguistique traditionnelle manquant de cohésion, et, de l’autre, par le souci de trouver une étiquette adéquate aux nouvelles classifications et catégories que ces auteurs ont réussi à discerner. Si le terme d’assiette dénote toute façon de déterminer le nom, à l’opposé de la notion de détermination (qui fait penser surtout à l’article défini), et de celle de catégorie de l’article (partant de la forme et non du contenu de la catégorie), le terme de quantitude couvre non seulement les différences numériques (manifestées par la catégorie du nombre), mais toutes les différences quantitatives qui sont à actualiser dans le substantif français. Nous essayerons de montrer que c’est grâce à ces deux notions que s’ouvrent de nouvelles pistes d’analyse concernant le substantif: ses catégories grammaticales, ses fonctions, l’article et son absence, les phénomènes de l’actualisation et de la transposition.

André VALLI: A propos de la notion de "locution verbale coalescente" dans l’ E.G.L.F. de Damourette et Pichon
La linguistique française doit en particulier à Damourette et Pichon le chapitre important de leur essai consacré à la notion de "locution verbale coalescente". L’invention de cette notion à été déterminante pour l’étude du français parce qu’elle permettait de délimiter un espace complexe au sein duquel se recouvrent partiellement les phénomènes de figement, certains  accidents dans la détermination nominale ainsi que des solidarité manifestes entre certains verbes et certains noms: globalement cette notion aidait à poser une autre relation de solidarité entre verbe et groupe nominal que la simple transitivité que les linguistes contemporains ont étudié, posant pour en rendre les notions de "construction à verbe support de prédicats nominaux", pour Maurice Gross ou la notion de "prédicat verbo-nominal" pour Michael Herslund.

Jesús VAZQUEZ MOLINA: Les traces de Damourette et Pichon dans l'analyse de la négation dite explétive
Dans le vaste ouvrage formé par l’Essai de la Grammaire française, la négation est un domaine qui a été traité d’une façon abondante et remarquablement originale. Et cela en commençant par la terminologie, puisque les notions même de discordance et forclusion sont des néologismes pleinement justifiés, étant donné qu’ils montraient une approche bien différente de celle traditionnellement admise sur ce phénomène linguistique. C’est en particulier la notion de discordance qui retiendra mon attention ici, appliquée à ce petit ne qui sera décrit d’une façon très fine et à la fois exhaustive par D & P, avec un corpus très abondant d’exemples de toutes sortes, un ensemble qui aurait constitué, ne serait-ce que pour cette raison, un point de départ indispensable pour toute analyse postérieure. Mais il est bien connu que leur apport ne se limite pas à décrire. Bien au contraire, ils expliquent — sans éviter les raretés et les contrexemples — des nuances de sens très subtiles. Cette théorie discordantielle a été certes critiquée, mais elle a été beaucoup plus fréquemment commentée, complétée, ou s’est avérée comme source d’inspiration pour développer des explications ou des travaux sous des optiques énormément diverses. A cet égard, on pourrait affirmer que les courants linguistiques qui ont intégré le locuteur dans la construction du sens linguistique ont été plus sensibles aux analyses des auteurs comme D & P, autrefois caractérisées péjorativement de "psychologisantes". Je voudrais donc me référer aux contextes où ce ne "qui ne nie pas" peut apparaître, analyser des exemples et des explications apportées par ces deux auteurs, et expliquer, surtout, en quoi leurs idées ont contribué à une hypothèse sur la négation explétive, que j’ai développée ailleurs1, et qui essaie d’expliquer la signification de cet élément à partir d’une théorie instructionnelle et polyphonique de la langue.

1. Notamment dans Vazquez Molina (2004) et (2006).

Références Bibliographiques :

Arrivé, M. (1996): "Ce que Lacan retient de Damourette et Pichon: l’exemple de la négation", Langages, 124, 113-123.
Damourette, J. / Pichon, E. (1911-1940): Des mots à la pensée. Essai de grammaire de la langue française, vols. 1 et 6, D’Artrey, Paris.
Forest, R. (1993): Négations, Klincksieck, Paris.
Muller, Cl. (1991): La négation en français, Droz, Genève.
Vazquez Molina, J. (2004): La negación expletiva en francés, Servicio de publicaciones de la Universidad de Extremadura, Cáceres.
Vazquez Molina, J. "La négation des comparatives", Langages, 162, 2006, 45-60.


Maria Dolores VIVERO GARCIA: "Je", "tu", "il"... tous des délocutifs?
La distinction introduite par Benveniste (1966 : 242) entre discours et histoire se fonde sur la présence ou l’absence d’embrayeurs dans l’énoncé. Malgré son importance, cette distinction présente certains problèmes qui ont été mis en évidence par différents auteurs et dont le plus important est sans doute l’association je + passé simple. Pour sauver cette difficulté, Simonin-Grumbach (1975) propose de reformuler l’hypothèse de Benveniste en des termes un peu différents et de considérer que, dans un contexte de passé simple, je serait un faux déictique. Or on pourrait en dire autant de je + passé composé et, à la limite, de tout je énoncé. Tout essai d’explicitation de l’énonciateur suppose une "implicitation" du sujet de l’énonciation primaire, qui par définition ne peut être représenté. Cette réflexion fondamentale était déjà dans Damourette et Pichon et dans leur distinction entre trois plans énonciatifs: le locutoire, l’allocutoire et le délocutoire, qui interviennent notamment dans la description grammaticale de la personne. Nous tenterons ainsi de montrer que les analyses des auteurs de l’Essai de grammaire de la langue française se présentent, dans certains domaines, comme annonciatrices des prises de position adoptées ultérieurement par certains linguistes de l’énonciation et qu'elles vont même, dans d’autres, bien au-delà.

Références Bibliographiques :

Arrivé Michel, "Histoire, discours: retour sur quelques difficultés de lecture" in Michel Arrivé et Claudine Normand (éds.), Émile Benveniste vingt ans après, colloque de Cerisy, numéro spécial de la revue LINX, Nanterre, 1997, pp. 159-168.
Fuchs C. (1982-83), "Damourette et Pichon précurseurs de l´énonciation", Travaux de linguistique de l´université de Gand, 9-10, p. 53-65.
Maingueneau D. (1991), L’Énonciation en linguistique française, Paris, Hachette.
Simonin-Grumbach (1975), "Pour une typologie des discours" in Kristeva J. el al. (éds.), Langue, discours, société. Pour Émile Benveniste, Paris, Seuil, p. 85-121.
Todorov T. (1968), Qu'est-ce que le structuralisme? 2. Poétique, Paris, Seuil (1978), Poétique de la prose choix suivi de Nouvelles recherches sur le récit, Paris, Le Seuil.
Vivero García, M.D. (2001), El texto : teoría y análisis lingüístico, Madrid, Arrecife.
Vivero García, M.D. (2003), "L’analyse énonciative du discours autobiographique: l’exemple de Gide", in AMOSSY, R. et MAINGUENEAU, D. (dirs.), L'analyse du discours dans les études littéraires, Colloque de Cerisy, Presses Universitaires du Mirail, p. 239-251.
Vivero García, M.D. (2004), "Foyer énonciatif et foyer de conscience : deux façons de construire l’autre dans les discours", in J.M. López Muñoz, S. Marnette & L. Rosier (éds.), Dans la jungle des discours. Genres de discours et discours rapporté, Cádiz, Servicio de Publicaciones de la Universidad de Cádiz, p. 155-164.
Vivero García, M.D. (à paraître), "La question du point de vue dans sa dynamique interdisciplinaire. L'apport d'une distinction: foyer énonciatif vs foyer de conscience", communication présentée au colloque "Linguistique et littérature. Cluny, 40 ans après", Besançon, 29-31 octobre 2007.
Vivero García, M.D. & Forget D. (2007), "Suplir la palabra del otro. Análisis de prácticas periodísticas ligadas a la representación del discurso", Revue Romane, Copenhague, 42-1, p. 1-15.


Suzanne YANG: Les  fous criminels: une forme extrême d’énonciation
Un aspect peu discuté des positions d’E. Pichon concerne la façon dont il a pris position sur les perspectives de traitement des fous criminels. Cette problématique médico-légale connaît un renouveau au début du XXe siècle avec les travaux de l’Ecole psychanalytique de Berlin, mais surtout à Paris, où le premier numéro de la Revue Française de Psychanalyse contient un article qui fera date: le cas de Mme Lefèvre, sous la plume de lMarie Bonaparte. Selon l’auteur, ce crime n’est que la résultante de l’évolution lente et imperceptible d’un processus délirant, dont les motivations œdipiennes et narcissiques seront d’ailleurs explicitées, après coup, par la coupable elle-même.  Trois instruments sont mobilisés par la princesse Bonaparte pour rendre compte de ce cas :
1) Les savoirs psychiatriques concernant la paranoïa qui venaient de trouver leur achèvement dans la clinique francophone à un moment où la catégorie était parallèlement mise en doute dans la clinique allemande. La thèse de Lacan (1932) allait mettre en valeur, peu après, ce double mouvement;
2) La sociologie freudienne, fondée sur l’hypothèse d’un crime originaire (meurtre du père de la horde), rendant "explicable" l’organisation sociale comme effort de refoulement de pulsions meurtrières ayant une base "historique";
3) Les nombreux développements freudiens sur les aménagements de la culpabilité, qui faisaient l’objet de discussions intenses à cette époque dans l’Ecole française.
Ce cas illustre fait en 1928 l’objet d’une discussion serrée par Pichon. Dans "Position du problème de l’adaptation réciproque entre la société et les psychismes exceptionnels", il discute ce que représente ce cas: l’espoir de pouvoir en quelque sorte dissoudre par l’action psychanalytique des types d’actes dont la performance constitue un passage à l’extrême par rapport à ce dont la psychanalyse a à connaître chez tout patient: des énonciations inconscientes de souhaits de mort. Ce texte de Pichon, et ceux qui lui sont liés, sera étudié aux points de vue suivants :
1) D’une part en tant que représentatif d’une position de "droite" dans un paysage où une notable proportion des analystes professaient des opinions socialisantes (notamment Hugo Staub), et proposaient d’instituer des aménagements de peine afin de réaliser des cures analytiques de criminels;
2) D’autre part en tant que série d’opérations discursives tentant de préciser et limiter les types d’énonciation relevant de l’action psychanalytique ou non. Pichon se sert abondamment des catégories linguistiques élaborées dans Des mots à la pensée;
3) En le mettant en perspective avec les différentes façons dont l’opposition énonciation inconsciente / performance sociale commence à être présente chez Lacan; 
4) En le comparant aux considérations étrangement similaires proposées par le psychanalyste Thomas Szasz plusieurs décennies après, dans un contexte juridique différent aux USA, où à cette époque l’explication d’un acte criminel comme "produit" d’un trouble mental pouvait entraîner un jugement d’irresponsabilité. Le repérage d’une origine inconsciente de l’acte, traitable ou non, rendrait-elle le sujet d’autant plus responsable de son choix à nos jours ?  

Références Bibliographiques :

Bonaparte M : Le cas de Mme Lefebvre, Revue Française de Psychanalyse, Vol. 1, n°1, 1927, p 138-198.
Damourette J, Pichon E : Des mots à la pensée (Paris : Vrin, 2000)
Goldstein J : Consoler et Classifier : l’essor de la Psychiatrie Française (Le Plessis-Robinson : Empêcheurs de Penser en Rond, 1997)
Lacan J : De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité (Paris, Seuil, 1975/1933)
P. Schiff:  Psychanalyse d’un crime incompréhensible, suivi d’une discussion  à la Société Psychanalytique de Paris in Revue Française de Psychanalyse, 1935, tome VIII, n° 4 page 690-691.
Pichon E : Position du problème de l’adaptation réciproque entre la société et les psychismes exceptionnels » Revue Française de Psychanalyse, 1928, p 134-169
Pockett S : The Concept of Free Will : Philosophy, Neuroscience and the Law.  Behav. Sci. Law 25(2) : 281-93, 2007.
Sauvagnat F : "Jacques Lacan et la criminologie en 1951", in Quarto, Revue Freudienne de Belgique, n°75, janvier 2002, p. 50-57.
Szasz T : Law, Liberty and Psychiatry : An Inquiry into the Social Uses of Mental Health Practices (New York : Macmillan, 1963)


BIBLIOGRAPHIE :
Arrivé Michel, 1994, Langage et psychanalyse, linguistique et inconscient, Paris: Presses Universitaires de France [Réédition 2005, Limoges: Lambert-Lucas].
Arrivé Michel, 2008, Le linguiste et l’inconscient, Paris: PUF.
Damourette, Jacques, et Pichon, Edouard, Des mots à la pensée. Essai de grammaire de la langue française, 1911-1946, Paris: d’Artrey, puis Vrin.
Leeman Danielle, 2002a, Me est un autre, in Anis Jacques, Eskénazi André et Jeandillou Jean-François (éds.), Le signe et la lettre. Hommage à Michel Arrivé, Paris: L’Harmattan, 349-358.
Morel Mary-Annick, 1998, Les pronoms dans l’énoncé oral français, in Faits de langue, n°3, 169-173.
Muni Toke Valelia, à paraître, La grammaire nationale selon Damourette et Pichon: l’invention du locuteur, Paris-Leuven: Peeters.
Ohayon Annick, 1999, 2006, Psychologie et Psychanalyse en France. L’impossible rencontre (1919-1969), Paris: La Découverte.
Pichon Edouard et Borel-Maisonny S., 1937, Le bégaiement. Sa nature et son traitement, Paris, Masson et Cie Editeurs. Introduction du Pr P. Lereboullet.
Portine Henri, 1992, Remarques sur l’analyse des temps verbaux par J. Damourette et E. Pichon et sur l’étude de la phénoménologie du temps de E. Minkowski: sur le moi-ici-maintenant, in Morel Mary-Annick et Danon-Boileau Laurent (éds.): La deixis, Paris: PUF, 309-318.
Portine Henri (éd.), 1996, Langages, n°124, « Actualité de Jacques Damourette et Edouard Pichon », Paris: Larousse.
Roudinesco Elisabeth, Histoire de la psychanalyse en France 1885-1939, Paris: Fayard.
Valette Mathieu, 2006, Linguistiques énonciatives et cognitives françaises. Gustave Guillaume, Bernard Pottier, Maurice Toussaint, Antoine Culioli, Paris: Champion.


Avec le soutien du Laboratoire MoDyCo
(CNRS et Universités de Paris Ouest Nanterre La Défense et de Paris 5)
et de l'École Doctorale 139
(Université de Paris Ouest Nanterre La Défense)




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