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DU SAMEDI 1er AOÛT (19 H) AU MARDI
11 AOÛT (14
H) 2009
DE LA GRAMMAIRE À L'INCONSCIENT : DANS
LES TRACES DE DAMOURETTE ET
PICHON
DIRECTION : Michel ARRIVÉ, Valelia MUNI TOKÉ,
Claudine NORMAND
ARGUMENT :
"Le système grammatical d’une langue baigne
en grande partie dans l’inconscient". C’est là
l’un des postulats sur lesquels se construit le monumental
Essai de grammaire de la langue française,
de Jacques Damourette (1873-1943) et Edouard
Pichon (1890-1940).
Les deux auteurs sont pittoresques et insolites.
Jacques Damourette, de santé fragile,
n’a jamais exercé son métier d’architecte,
mais s’est passionné pour la langue française,
dans tous ses états. Il a communiqué sa passion
à son neveu Edouard Pichon, qui, en dépit
de la maladie qui le fera mourir à 49 ans, mène
une brillante carrière de médecin. Devenu
psychanalyste, il est, en 1939, Président de la Société
psychanalytique de Paris: il y reçoit un jeune et brillant
psychiatre nommé Jacques Lacan.
L’œuvre de Damourette et Pichon continue, près
d’un siècle après le début
(1911) de son élaboration, à intriguer,
souvent à passionner à la fois les linguistes
et les analystes. Ils se rencontreront à
Cerisy pour approfondir tous les aspects de ce travail
entre tous original, qui affronte, par le biais de
la grammaire d’une langue, le français, le problème
toujours renouvelé des relations entre
langage et inconscient.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Samedi 1er août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, des colloques
et des participants
Dimanche 2 août
Matin:
Michel ARRIVÉ, Valelia MUNI
TOKE, Claudine NORMAND: Ouverture à trois voix pour deux
grammairiens
Après-midi:
Anne-Gaëlle TOUTAIN:
Pensée lingui-spéculative et domaine des articulations,
ou de l’étiologie du langage: Damourette et Pichon, Saussure,
Manier
Maria Dolores
VIVERO GARCIA: "Je", "tu", "il" ... tous des délocutifs?
Lundi 3 août
Matin:
Pierre BONNY &
François SAUVAGNAT: La question du
genre chez Edouard Pichon. Quelques implications des
notions de sexuisemblance et de sexuiférence,
spécialement pour les sciences humaines
Après-midi:
Marc TSIRLIN:
Cette grammaire reste actuelle
Sungdo KIM: La race, la nation,
la langue: une archéologie et une politique de
la grammaire nationale de Damourette et Pichon
Mardi 4 août
Matin:
Chloé LAPLANTINE:
L’inconscient dans le langage: Boas, Sapir et Benveniste
François
SAUVAGNAT: Edouard Pichon et Jacques Lacan,
divergences et convergences: un bilan provisoire
Après-midi:
Annick OHAYON:
Edouard Pichon, psychanalyste "français"
Jesús VAZQUEZ
MOLINA: Les traces de Damourette et Pichon dans
l'analyse de la négation dite explétive
David
GAATONE: Damourette et Pichon et la machine à conjuguer
Mercredi 5 août
Matin:
André VALLI:
A propos de la notion de "locution verbale coalescente"
dans l’E.G.L.F. de Damourette et Pichon
Bérengère
BOUARD: Les théories syntaxiques
de Damourette et Pichon et la tradition grammaticale
Après-midi:
Henri PORTINE:
Damourette et Pichon étaient-ils des
cognitivistes avant l’heure?
Michel GROLLIER:
De l’inconscient sensu-actoriel à l’inconscient lingui-spéculatif?
Elizaveta KHACHATURYAN: Les
mots du discours d’origine verbale
Jeudi 6 août
DÉTENTE
Vendredi 7 août
Matin:
Ann-Gaël MOULINIER:
Enonciation et expérience mystique dans les autobiographies
de Mary Barnes et de Vaslav Nijinski
Maribel PEÑALVER
VICEA: Métaphore et "idiome": inconscient
national et inconscient individuel dans l'E.G.L.F. de Damourette
et Pichon
Après-midi:
Rose-Marie
GERBE: Le présent de l’indicatif: un "tiroir-canon"
non marqué
Michel FAVRIAUD:
La ponctuation de Jacques Damourette: une théorie
inachevée de la voix
Valelia MUNI TOKÉ: Pichon
et le regard du "je" sur le "soi": de l'épistémologique
au politique
Samedi 8 août
Matin:
Sébastien
MORET: Un fort vésicatoire au cas où...:
Antoine Meillet, l’Allemagne et l’unité slave
Janeta
MASPÉRO: Du moi "étoffé" au soi social
Après-midi:
André
ROUSSEAU: L’énonciation chez Damourette et
Pichon et chez Bühler
Josette LARUE-TONDEUR:
Ambivalence et discordantiel
Dimanche 9 août
Matin:
Cécile BARBET
& Yves LE BOZEC: De l'auxiliarité et des
verbes modaux
Dan SAVATOVSKY: Grammaire
nationale et barbarie: la terminologie de Damourette et Pichon
Après-midi:
Cécile MATHIEU: L'origine
du langage et la motivation du signe chez Damourette et Pichon
Suzanne YANG: Les fous
criminels: une forme extrême d'énonciation
Lundi 10 août
Matin:
Michel ARRIVÉ:
Du métalangage chez Damourette et Pichon?
Adeline PATARD:
La notion très actuelle d'actualité.
Quelle pertinence pour l'analyse du temps verbal?
Après-midi:
Christian
SURCOUF: Noncal, toncal, Imparfait et négation
Sylvie FERRANDO: Ce
qu'entendre veut dire: des mots à la pensée
Anne COSYN & Bernard HARMEGNIES:
Le silence dans la parole du Sujet en souffrance psychique:
élément constitutif d'une
grammaire de l'inconscient?
Mardi 11 août
Matin:
Essais de synthèse et perspectives d'avenir
Après-midi:
DÉPARTS DES PARTICIPANTS
RÉSUMÉS :
Michel ARRIVÉ: Du métalangage
chez Damourette et Pichon?
Dans le titre de cette communication,
l’élément du est l’article partitif,
et non la contraction de l’article défini avec la préposition
de. Le titre se clôt par un point d’interrogation.
On souhaite en effet attirer l’attention sur un aspect, assez
peu signalé, de l’attitude de Damourette et Pichon (DP) à
l’égard du métalangage: y en a-t-il? Quand ils mettent
en place, dès les premières pages de l’Essai de
grammaire de la langue française, la notion fondamentale
de catégorie, DP commencent par donner une forme traditionnelle
aux définitions qu’ils donnent des quatre éléments
qu’ils distinguent :
" Nous définirons
le factif un terme ayant la pleine puissance de poser
un fait comme existant " ;
" On appelle substantif
un terme représentant un concept " ;
" On appelle adjectif
un terme représentant une qualité appliquée
à un substantif " ;
" On appelle affonctif
un terme représentant une modalité s’appliquant
à l’agencement des termes linguistiques entre eux
".
Mais parvenus à la fin
de cet inventaire de définitions, ils se sentent
envahis par un questionnement angoissé, fondé
sur la constatation suivante:
" La forme habituelle des définitions,
précisément en ce qu’elle ne définit
que des substantifs, ne convient qu’aux substances ".
S’ensuit la nécessité
de conférer aux catégories des définitions
ne faisant appel qu’à des termes appartenant à
la catégorie définie:
" Le substantif est "
;
" On est adjectif " ;
" Il fait factif " ;
" Ça se passe à
l’affonctive ".
Sur ces données, on
se posera trois questions:
1. Qu’en est-il de la forme
de ces définitions? Répondent-elles vraiment
à la condition exigée de ne comporter que des
termes appartenant à la catégorie de l’élément
défini?
2. Quels sont au juste les
fondements théoriques de l’attitude de DP?
3. L’illustre aphorisme lacanien
"il n’y a pas de métalangage" a-t-il quelque
rapport avec la position prise par DP à l’égard
des définitions?
Cécile BARBET & Yves
LE BOZEC: De l'auxiliarité et des verbes
modaux
Faut-il
nécessairement qu’un verbe partage toutes
les caractéristiques d’avoir ou d’être
pour être considéré comme un auxiliaire
(cf. Blanche-Benveniste 2001 ou Chu 2008)? Nous suggérerons
que non, en nous basant notamment sur les travaux
de Damourette & Pichon sur l’auxiliarité,
et plus particulièrement sur leur idée d’"acception
égocentrique" (1911-1940, t. V : 12). Cette notion
nous semble particulièrement intéressante
en ce qu’elle explique l’absence de valence, i.e. l’absence
d’argument, des auxiliaires ; qu’elle a l’avantage de
donner une explication sémantique, voire cognitive,
à un phénomène de surface, syntaxique.
Nous essayerons de montrer dans un second temps que les
verbes modaux français devoir et pouvoir,
quand ils sont en emploi épistémique, sont
bel et bien en emploi auxiliaire, ils répondent à
tous les critères d’auxiliarité de Damourette &
Pichon, bien que pour ces auteurs, paradoxalement, et nous
tenterons d’expliquer cette contradiction, il n’existe
aucun auxiliaire modal en français.
Références Bibliographiques
:
BLANCHE-BENVENISTE
(2001). Auxiliaires et degrés de "verbalité",
Syntaxe & Sémantique 3 : 75-97.
CHU,
X. (2008). Les verbes modaux du français,
Collection "L’essentiel français", Paris,
Ophrys.
Pierre BONNY & François
SAUVAGNAT: La question du genre chez Edouard Pichon. Quelques
implications des notions de sexuisemblance et
de sexuiférence, spécialement pour
les sciences humaines
La notion de
genre résulte d’une importation par rapport
au domaine de la grammaire. Elle est actuellement,
selon un topos éminent des sciences humaines (Butler
et les queer theories), invariablement associée
à une autre notion sociologique, celle d’identité,
alors même que ses applications concernent les états
intersexuels soit physiologiques (hermaphrodisme), soit
psychiques (notamment les diverses formes de transsexualisme),
désignés précisément comme
"troubles de l’identité de genre". Or ce qui se donne comme
convention sociale marquée d’évidence pour certains
types de sociologie (du type: un garçon aime jouer au
base-ball, une fille à la poupée, etc), supposant
des mondes séparés dotés de caractéristiques
continument distinctes, ne se retrouve pas en grammaire. La sexuiférence
chez Pichon désigne ainsi la complexité des stratégies
en œuvre dans l’usage des règles d’accord de genre en
français, tandis que la distinction animé/inanimé
— inexistante en français — est remplacée par la
sexuisemblance. Nous viserons 1) à comparer les élaborations
de Pichon aux options psychanalytiques quant à la question
de la sexuation (notamment chez Freud et Lacan), 2) à
discuter le lien entre sexuisemblance et vitalisme, qui est
régulièrement affirmé par Pichon et qui
trouve son pendant dans ses écrits psychologiques, 3) à
repérer dans quelle mesure les difficultés rencontrées
dans l’importation de la notion de genre dans les sciences humaines
(les débats sur les assignations ou réassignations
de genre) trouvaient déjà leur préfiguration
dans les raffinements des analyses pichoniennes.
Bérengère BOUARD:
Les théories syntaxiques de Damourette
et Pichon et la tradition grammaticale
Dans cette communication,
nous verrons en quoi l’analyse de la phrase et de
la relation verbe/complément proposée par
Damourette et Pichon dans l’Essai de grammaire de la langue
française laisse entrevoir un héritage complexe,
fait de ruptures, mais aussi de continuités par
rapport aux théories syntaxiques anciennes (grammaire
générale et grammaire scolaire), au sujet de trois
points en particulier : la place accordée à la
relation attributive ainsi qu’à la décomposition
à l’aide du verbe être, le traitement des compléments
indirects par rapport au nœud verbal, la position quant au classement
des verbes en plusieurs catégories syntaxiques.
Anne
COSYN & Bernard HARMEGNIES: Le silence dans la parole
du Sujet en souffrance psychique: élément
constitutif d'une grammaire de l'inconscient?
Dans une récente recherche
exploratoire (Cosyn, 2008), nous avons convoqué
différents champs épistémologiques,
en dépassant les clivages des deux grandes cultures scientifiques
(explicative vs compréhensive), afin d'étudier
un fait particulier de la parole, et au-delà de la parole,
du dire, d'un Sujet adulte en souffrance psychique: celui des
silences, au sens d'absence de signal sonore, dans sa parole. Notre
réflexion volontairement interdisciplinaire (psychologie
clinique, psychanalyse - J. Lacan, linguistique - notamment le
travail de F. de Saussure, philosophie du langage, recherches cognitivistes
et (psycho-) linguistiques, et sémiologie indicielle d'A.–M.
Houdebine) a brassé un certain nombre de questions portant
sur l'épistémologie et les démarches et postures
épistémologiques du chercheur, ainsi que sur les
concepts qui, sous un même signifiant, relèvent de
champs différents, tels ceux d'inconscient et de Sujet de l'inconscient,
d'événements d'énonciation, d'interprétation,
etc.
La confrontation des travaux de
J. Lacan et des études de J. Damourette et E. Pichon
d'une part, les questions soulevées par notre recherche
et les premiers résultats obtenus d'autre part, nous
confirment dans l'intérêt de poursuivre cette recherche.
Finalement, ces travaux relancent les spéculations
sur l’existence d’une grammaire de l’inconscient et, plus particulièrement,
sur la contribution que peuvent y apporter des éléments
que les grammaires et linguistiques classiques, tout attachées
qu’elles sont à langue au détriment de la parole ont
tendance à négliger.
Références
bibliographiques :
J.L. Austin, Quand dire, c'est
faire, coll. Points, Editions du Seuil, Paris, 1991 (1970).
A. Cosyn, Les Us du Laps du Motus,
Mémoire sous la direction du Pr. B. Harmegnies,
Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education,
Université de Mons-Hainaut, septembre 2008.
J. Damourette et E. Pichon, La
grammaire en tant que mode d'exploration de l'inconscient,
in revue E.P.E.L. L'UNEBÉVUE, Grammaire et inconscient,
supplément n°2, printemps 1993, pp 9 – 27.
J. Damourette et E. Pichon, La
personne et la personnalité vues à la lumière
de la pensée idiomatique française, in revue
E.P.E.L. L'UNEBÉVUE, Grammaire et inconscient, supplément
n°2, printemps 1993, pp 55 - 67.
A.-M. Houdebine, Séminaire
de Sémiologie Indicielle (ou Sémiologie des
indices), Université René Descartes - Paris V, 2007-2008.
J. Lacan, Séminaire XI,
Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, coll.
Champ Freudien, Editions du Seuil, Paris, 1973.
J. Lacan, Séminaire I, Les
écrits techniques de Freud, coll. Champ Freudien,
Editions du Seuil, Paris, 1975.
J.R. Searle, Les actes de langage,
Collection Savoir : Lettres, Editions Hermann, Paris,
1972.
Michel FAVRIAUD: La ponctuation
de Jacques Damourette: une théorie inachevée
de la voix
Damourette
semble avoir tenté, dans la grande tradition
du lien entre écrit et oral, d’esquisser,
sans la théoriser vraiment, une rythmique et
presque une thymique du discours, qui réintroduirait
le sujet. La ponctuation serait la marque — rousseauiste?
— des émotions dans le discours, dans la voix portée
du discours écrit, qu’il soit oralisé ou
non. La dynamique du discours, fût-il écrit,
c’est la voix. Il a bien pressenti qu’il y avait du corps
dans la ponctuation — un corps réel ou un symbolon musical.
Alors ne peut-on considérer les difficultés
qu’il rencontre pour asseoir sa théorie, catégories
qui fonctionnent difficilement, pause et mélodie,
distinctions qu’il évite, partiellement ou complètement,
empan de discours concerné, intensité des marques,
jeu des différentes marques dans un espace de discours
donné, diversité des discours et des genres, positionnement
du locuteur entre normativité sociolectale et idiosyncrasie
— comme le révélateur, en négatif, d’une
théorie à venir de la ponctuation dans le discours
écrit, justement réamarrée à la voix?
Sylvie FERRANDO: Ce qu'entendre
veut dire: des mots à la pensée
De 1911 à 1940, Jacques Damourette et son neveu Edouard
Pichon écrivent et publient un ouvrage de grammaire révolutionnaire,
véritable somme qui s’inscrit en rupture avec une certaine conception
classique de la langue selon laquelle c’est l’idée, le concept
qui prime et non le mot, selon l’aphorisme bien connu de Boileau "Ce qui
se conçoit bien s’énonce clairement". Leur position a une
parenté, d’une part, avec celles de Saussure et de Jakobson et,
d’autre part, avec les recherches freudiennes, puis lacaniennes. En revanche,
elle s’inscrit contre la tradition de la philosophie du langage anglo-saxonne
(Wittgenstein, Goodman), qui descend d’Aristote. Selon les grammairiens
Damourette et Pichon, "Le système grammatical d’une langue baigne
en grande partie dans l’inconscient" (Arrivé, 2008 : 8). Cette
communication s'attachera à montrer à la fois certaines de
ces parentés et de ces ruptures, en se centrant sur le versant perceptif
(auditif et visuel) du langage, comme préalable à la conceptualisation.
Puis elle esquissera un pas vers les théories neuroscientifiques
récentes, pour montrer comment Damourette et Pichon ont pu en
être précurseurs.
Références Bibliographiques :
Arrivé, M. (1994), Langage et psychanalyse, linguistique
et inconscient, Paris, Presses Universitaires de France [Réédition
2005, Limoges : Lambert-Lucas].
Arrivé, M. (2008), Le linguiste et l’inconscient,
Paris, PUF.
Damourette, J. & Pichon, E. (1911-1940), Des mots à
la pensée. Essai de grammaire de la langue française,
Paris, D’Artrey.
Freud, S. (1983), Contribution à la conception des
aphasies (CCA), [1891], Paris, PUF.
Jakobson, R. (1973), "De la relation entre signes visuels et
auditifs", Essais de linguistique générale,
II, IV, Paris, Minuit, p. 104-112.
Lacan, J. (1973), Le Séminaire, livre XI, Les quatre
concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Seuil.
Naccache, L. (2006), Le Nouvel Inconscient, Freud, Christophe
Colomb des neurosciences, Paris, Ed. Odile Jacob.
Saussure, Ferdinand de (2005), Cours de linguistique générale,
Paris, Payot & Rivages.
David GAATONE: Damourette
et Pichon et la machine à conjuguer
L'œuvre de Damourette et Pichon a attiré l'attention
d'abord, par son volume, inégalé depuis, et ensuite, par
son apport original sur des phénomènes essentiellement
sémantiques et/ou énonciatifs, tels que, par exemple,
l'assiette du nom, la sexuisemblance, les temps, la nature complexe de
la négation, et la notion de nynégocentrisme, annonciatrice
de futures et fructueuses recherches sur l'énonciation... Mais,
du moins à ma connaissance, peu de linguistes ont jugé utile
de s'intéresser à l'approche morphologique des deux auteurs.
C'est précisément cette dernière que nous essaierons
d'explorer à travers la description de la morphologie verbale du
français, dans le tome 3 de l'Essai. Une telle description
exige d'abord une certaine rigueur dans les définitions de notions
de base, telles que "morphologie", "verbe", "forme verbale", "désinence",
..., ce qui nous permettrait, par exemple, de décider si les tiroirs
composés font partie de la conjugaison, au même titre que les
tiroirs simples, et si les formes non personnelles (infinitif et participes)
sont à considérer comme des formes verbales fléchies.
En outre, on peut exiger la même rigueur dans la méthode utilisée
pour, entre autres, le découpage de la forme verbale en segments
linguistiquement justifiés, et pour la détermination des
variantes éventuelles de la base verbale, autrement dit, de la
prévisibilité de celles-ci. On verra que nos auteurs apparaissent
déjà comme très modernes dans certains domaines, par
exemple, par la distinction observée entre synchronie et diachronie
et entre graphie et phonie, distinctions pas toujours évidentes à
l'époque. On appréciera aussi l'utilisation de la diachronie
et des fautes des locuteurs natifs en synchronie pour en dégager les
tendances évolutives de la conjugaison française. En revanche,
les définitions peuvent paraître, comme d'ailleurs dans d'autres
parties de l'ouvrage, largement insuffisantes, et la description laisse à
désirer quant à son exhaustivité, en dépit des
dimensions relativement considérables du chapitre consacré
à ce sujet. Enfin, le mécanisme sous-jacent à la conjugaison
n'apparaît pas toujours clairement et les principes mêmes de
l'analyse ne sont pas systématiquement exposés.
Références Bibliographiques :
Arrivé, Michel, 1994, Langage et psychanayse, linguistique
et inconscient. Freud, Saussure, Pichon, Lacan. Paris, PUF.
Damourette, Jacques, Pichon Édouard, 1911-1940, Des
mots à la pensée. Essai de grammaire de la langue française.
Paris, Éditions d'Artrey. (T. III, 1911-1933).
Gaatone, David, 2001, "De quelques principes de base pour la
description de la morphologie verbale française", in H. Kronning
et al. (éds), Langage et référence. Mélanges
offerts à Kerstin Jonasson à l'occasion de ses soixante ans.
Uppsala, pp. 212-222.
Gaatone, David, 2005, L'exception comme empreinte de l'histoire
dans la langue, Faits de Langues 25, pp. 191-198.
Gertner, Michael H., 1973, The Morphology of the Modern
French Verb. The Hague, Mouton.
Huot, Hélène, 1991, "Jacques Damourette (1873-1943)
et Édouard Pichon (1890-1940). Des mots à la pensée.
Essai de grammaire de la langue française", in H. Huot
(éd.) La grammaire française entre comparatisme
et structuralisme, 1870-1960. Paris, Armand Colin, pp. 155-189.
Isaac, Luc, 1985, Calcul de la flexion verbale en français
contemporain. Genève, Droz.
Langages 124, "Actualité de Jacques Damourette et
Édouard Pichon".
Lauwers, Peter, 2004, La description du français
entre la tradition grammaticale et la modernité linguistique.
Étude historiographique et épistémologique de
la grammaire française entre 1907 et 1948. Leuven, Peeters.
Le Goffic, Pierre, 1997, Les formes conjuguées du
français oral et écrit. Paris, Ophrys.
Morin, Yves-Charles, 1987, Remarques sur l'organisation
de la flexion des verbes français, ITL 77-78, pp. 15-91.
Schane, Sanford, 1968, French Phonology and Morphology.
Cambridge, Mass., M.I.T. Press.
Swiggers, Pierre et Van Den Eynde, Karl, 1987, La morphologie
du verbe français, ITL 77-78, pp. 151-251.
Touratier, Christian, 1996, Le système verbal du
français. Paris, Masson et A. Colin.
Travaux de Linguistique de l'Université de Gand 9-10.
Rose-Marie GERBE: Le présent
de l’indicatif: un "tiroir-canon" non marqué
Damourette et Pichon parlent de forme neutre pour
le présent de l’indicatif (PR), en le nommant
"tiroir-canon": tiroir pour différencier
temps verbal et temps des horloges, canon pour
"standard". Le PR peut, de par son "extemporanéité"
(le fait qu’il se construit à l’instant même),
s’insérer dans diverses expressions temporelles:
parce qu’il n’a pas de valeur temporelle première,
le PR s’adapte (presque) à tout contexte. Nous nous
intéresserons à des exemples écrits et
oraux dans lesquels le lien entre valeur temporelle et PR est
discutable et pour lesquels l’analyse la plus pertinente
se fera en termes de modalité. Ainsi, dans La Maladie
de Sachs de Martin Winckler (1998), le narrateur raconte
toute une série d’événements au PR, mettant
en scène un médecin et ses patients. Les premiers
chapitres peuvent être envisagés comme passés
; puis, par quelques indices, le lecteur comprend que le PR
n’a pas une valeur passée mais une valeur "désactualisante"
et que les événements sont donnés à
lire comme des situations exemplaires. Il faudra dès lors
dépasser les théories temporelles ou non marquées
du PR pour se concentrer sur les apports de Damourette et Pichon
: le PR étant indifférencié, le contexte
linguistique et extralinguistique doit être pris en compte
pour expliciter la valeur de ce tiroir. Certains PR — notamment
dans l’œuvre de Winckler, les exemples philosophiques et les
histoires drôles — jouent tellement sur la frontière
de l’actuel qu’ils ne peuvent être classés ni parmi
les présents actuels, ni parmi les présents-passés,
ni parmi les présents-futurs. Certains indices "pseudo-déictiques"
nous montrent cependant que l’effectivité du procès
est à prendre en compte: nous expliquerons alors que le
PR comme forme non marquée peut admettre différentes
valeurs contextuelles, et que le PR peut référer
à un procès non actualisé.
Références Bibliographiques
:
Serbat Guy (1980), "La place du présent de
l’indicatif dans le système des temps", L’Information
grammaticale, n°7, p. 36-39.
Serbat Guy (1988), "Le prétendu "présent"
de l’indicatif: une forme non déictique
du verbe", L’Information grammaticale,
n°38, p. 32-35.
Sten Holger (1952), Les temps du verbe fini (indicatif)
en français moderne, Copenhague:
Bianco Lunos Bogtrykkeri-Ejnar Munksgaard.
Touratier Christian (1996), Le système
verbal français, Paris: Masson-Armand
Colin.
Vetters Carl (1993), "Temps et déixis", dans
Carl Vetters dir., Le temps, de la phrase au texte,
Lille: Presses Universitaires de Lille, p. 85-111.
Michel GROLLIER: De l’inconscient
sensu-actoriel à l’inconscient lingui-spéculatif
?
Pichon présente
dans son étude sur le bégaiement, qu’il
réalise avec Madame Borel, la thèse d’un rapport
du sujet au langage, et pour lui à la pensée, qui
se répartit entre sensu-actoriel et lingui-spéculatif.
La question ainsi se retrouve de la place supposée de ce
qui est sujet dans l’être qui se manifeste, et l’écart
alors inscrit avec le langage. Pichon propose de repérer l’ouverture
qu’offre le langage dans son approche lingui-spéculative
comme construisant l’usage du lien social qui inscrit le sujet dans
l’usage des mots. Si l’inconscient est structuré comme un langage,
quelle place pour un inconscient sensu-actoriel? Il y a là question
par rapport à la psychanalyse, à partir de ce que pose
Freud dès sa réflexion sur l’esquisse d’une psychologie
scientifique où il départage le cri de l’usage du langage
comme seule façon de sortir de l’instantanéité
du frayage, et pouvoir ainsi s’inscrire dans ce qui devient mémoire.
C’est aussi ce que reprend autrement Lacan avec sa "linguisterie" qui
lui permet d’écrire ce qu’il en est d’un sujet de l’inconscient
comme sujet de l’énonciation. C’est là une question sur
l’écart entre les nécessités de l’expérience
clinique et la réflexion linguistique, que pourtant Pichon tente
le premier de conjoindre. Un linguiste comme N. Chomsky montre sa difficulté
sur ce terrain, à ne pouvoir évacuer le personnage d’un
sujet immanent derrière ce qui se produit, ce que E. Benveniste
et M. Arrivé ont su éviter dans leur réflexion.
Reste que madame Borel fondera une école de l’orthophonie à
partir de ce travail avec Pichon, et que cette expérience conduira
à proposer un traitement des troubles du langage tel le bégaiement,
au début entre psychanalyse et rééducation, avec
comme séparateur le repérage de ce qui relève
de l’un ou l’autre aspect, la psychanalyse s’adressant au sujet inscrit
dans le lingui-spéculatif, comme l’illustrent les quelques cas
de l’ouvrage réalisé avec Pichon. L’actualité du traitement
du bégaiement nous renvoie à cette question clinique sur
la place du langage dans l’évènement subjectif, au même
titre que l’accompagnement et le traitement de l’autisme.
Elizaveta KHACHATURYAN:
Les mots du discours d’origine verbale
L’objet de notre analyse sont les mots
du discours formés à partir des formes verbales.
Ces unités existent dans chaque langue. Nous allons
concentrer notre attention sur l’étude comparée
de deux langues romanes: le français et l’italien.
P.ex. disons — diciamo, senti —
écoute, tu vois — vedi, voyons, tiens, dai, ma va’,
figuriamoci, non saprei, direi — je dirais, etc.
En parlant des mots du discours nous
nous basons sur la définition des mots proposée
dans le cadre du projet franco-russe de la description des ces
unités (Laboratoire de Linguistique Formelle - UMR 7110,
Université Paris 7, coordinateur du projet D. Paillard).
Les mots du discours sont des unités qui "participent à
la construction de la valeur référentielle de l’énoncé:
ils spécifient à quel titre un énoncé
est une "façon partiale et partielle" d’exprimer un état
de choses". (D. Paillard "Marqueurs discursives et scène
énonciatives", 2008) Les notions de scène énonciative
et de locuteur seront importantes pour notre analyse. Dans le
cadre de l’approche théorique et méthodologique adoptée,
l’origine du mot du discours est un point de départ pour
parler de sa sémantique. C’est dans cette perspective que
notre communication sera consacrée à l’analyse de la
forme verbale: la personne, le mode et le temps. En parlant de ces
catégories formelles nous appliquerons la description proposée
par Damourette et Pichon dans l’Essai de Grammaire de la Langue
Française. Le recours à leur vision de la langue
en général et des formes verbales en particulier semble
d’autant plus justifié lorsqu’il s’agit des mots du discours d’origine
verbale: les unités dont la sémantique, d’un côté,
est étroitement liée avec la sémantique du
lexème d’origine, et, de l’autre côté, relève
(d’une façon plus évidente par rapport aux autres mots
du discours) de la présence d’une scène énonciative
actualisant en premier lieu le sujet parlant et son rapport au monde.
Ces deux problématiques renvoient a priori à
la Grammaire de Damourette et Pichon.
Sungdo KIM: La race, la nation, la
langue: une archéologie et une politique de la grammaire
nationale de Damourette et Pichon
Si on dispose d'une sensibilité
comparative et donc relativiste de l'histoire des idées
linguistiques, on s'aperçoit que la grammaire est
éminemment une invention occidentale. Dans cette lignée
de l'histoire de la grammaire occidentale, la place des Français
est tout particulière. L'oeuvre de Damourette et Pichon
(=DP) est à l'apogée de cette histoire du projet
occidental.
Les fondements méthodologico-épistémologiques
de la grammaire de DP sont d'autant plus complexes et
ambivalents qu'ils relèvent de couches plurielles:
racisme, nationalisme, natalisme, normativisme, mentalisme,
positivisme, historicisme, littéralisme, oralisme,
conservatisme et radicalisme. L'épistémologie
de DP opère sur ces niveaux différents. Tous ces
composants conceptuels et idéologiques doivent être
explicités dans un appareil épistémologique
de cohérence et cohésion, en évitant
de faire un choix arbitraire ou de passer sous silence
des propos jugés aberrants. En effet certains linguistes
français manifestent leur embarras devant l'écart
qu’ils saisissent entre ces propos et la rigueur du système
de l'EGLP (cf. H.Portine, Langages 124, 1996, p.5). On peut aussi
se contenter de déconstruire la mythologie du génie
de la langue française: Meschonnic, dans De la langue
française,1997, ne fait aucune mention de ces derniers défenseurs
du génie de la langue française. Une constance
de l'idéologie nationaliste de DP est de tenir pour confirmée
l'existence fondatrice d'entités racistes, linguistiques
et socio-politiques, assumant au surplus entre ces trois dimensions
une cohésion fondamentale, qui serait productrice d'identite
nationale. A titre d'exemple, il existe un lien étroit entre
les critères sélectifs des exemples de l'EGLP et leur
conservatisme langagier et idéologique .
A contrario, il est assez surprenant
de trouver une radicalité de leur discours subversif
qui se révèle dans les critiques contre
Saussure et à travers la rupture avec la tradition aristotélicienne.
D'autre part, un élément essentiel de l'épistémologie
se formule ainsi: " Le grammairien n'a pas le droit d'édicter
des dogmes arbitraires basés sur des idées
a priori: En revanche; il a le devoir de dresser l'inventaire
soigneux des richesses de la langue française; de préciser
la nature de ces richesses et la manière dont elles peuvent
être utilisées". (par:38. p.53). L'EGLP peut être
considérée essentiellement comme un acte de politique
culturelle et nationale. Je me servirai des arguments de la politique
de la linguistique de Gramsci: “ La grammaire normative écrite
présuppose donc toujours un choix, une orientation culturelle,
c'est-à-dire qu'elle est toujours un acte de politique culturelle
nationale.” (Les carnets de prison, Gallimard, 1996). Enfin, je vais
tenter de fournir des éléments d'histoire du racisme
linguistique qui aurait influencé la pensée linguistique
de DP. En résumé l'objet de cette communication est
triple:
1) repérer les composants
conceptuels de l'épistémologie de la grammaire
nationale de D P tout en respectant l'ambivalence et la complexité
des arguments
2) tenter une lecture politique
de la grammaire à la lumière de la vision de
Gramsci
3) retracer les sources
historiques de la problématique des rapports entre
la race la nation et la langue dans l'oeuvre de DP.
Chloé LAPLANTINE: L’inconscient
dans le langage: Boas, Sapir et Benveniste
Dans une
discussion avec les recherches menées par Damourette
et Pichon, on se propose de découvrir la réflexion
poursuivie par des linguistes (Boas, Sapir et Benveniste)
pour définir un inconscient linguistique et
anthropologique. Chez Boas, Sapir et Benveniste la mise au
jour de cet inconscient se fait dans la rencontre, elle est
indissociable d’une remise en cause des catégories
de pensée, catégories de langues indo-européennes
comme universelles et nécessaires, elle
implique de la part du grammairien d’être à la
fois l’analyste de sa propre langue-culture et le découvreur
d’un inconnu qui ne cesse de le questionner.
Josette LARUE-TONDEUR: Ambivalence
et discordantiel
Damourette et Pichon considèrent le "ne" dit
"explétif" comme discordantiel. Le "ne"
discordantiel, selon nos auteurs, traduit un écart
entre ce que le locuteur juge désirable et ce
qu’il juge plausible. Ce concept de polyphonie dans
la négation établie par Damourette
et Pichon sera repris par Lacan puis par Ducrot. Lacan attribue
le "ne" discordantiel au sujet de l’énonciation
qui articule conscient et inconscient, par opposition
au sujet de l’énoncé. Ducrot montre que
deux énonciateurs différents sont à l’œuvre
dans les énoncés négatifs, d’où
le choc antagoniste de deux énonciations: une assertion
et le refus de cette assertion. Nous montrerons que
l’ambivalence psychique se révèle dans le
"ne" discordantiel. Culioli montre que la négation
implique la construction préalable du domaine notionnel
par opération de choix entre identification et
altérité. Il y a donc passage obligatoire par
une ambivalence, même fugitive, qui va subsister au
moins en trace mnésique. Franckel met en évidence
le lien du "ne" discordantiel avec les verbes qui
présentent une possibilité et non une visée,
ce qui confirme l’incompatibilité de son emploi avec
une conscience claire. Ce phénomène est étroitement
lié à la dénégation explicitée
par Freud: il s’agit de nier ce qui parvient à la représentation
mentale, c’est une forme de défense contre ce qui
est difficile à admettre. Lacan considère
la dénégation comme "un aveu présentifié
et renié", il situe le "ne" discordantiel entre
deux niveaux, dans "l’entredit". Dans les deux cas, l’ambivalence
psychique se traduit dans le discours par la coprésence
des contraires.
Références Bibliographiques
:
Culioli Antoine, "Representation, referential processes
and regulation. Language activity as form production
and recognition" (1989, in Language and
cognition, J. Montangero & A. Tryphon eds., Foundation
Archives Jean Piaget, Cahier n°10, pp. 97-124,
Genève).
Culioli Antoine, Pour une linguistique de l’énonciation,
t.I (1990, Ophrys, Paris, 225 p.).
Danon-Boileau, Le sujet de l’énonciation,
(1987, Ophrys, Paris, 134 p.).
Ducrot Oswald, Dire et ne pas dire (1972, Ed
Hermann, Paris, 284 p.).
Ducrot Oswald, Le Dire et le dit (1984, Les
Ed. de Minuit, Paris, 240 p.).
Franckel Jean-Jacques, Les Figures du sujet
(1990, Ophrys, Paris, 238 p.).
Freud Sigmund, "Die Verneinung", article de 1925.
Freud Sigmund, 1915, "Pulsions et destins des pulsions",
in Métapsychologie (1968 Gallimard pour
la traduction française de J. Laplanche et
J.-B. Pontalis, 189 p.).
Henry Victor, Antinomies linguistiques (1988,
Didier Erudition, Paris, 80 p. ; 1ère éd.
Alcan, Paris, 1896).
Hermann Imre, L’Instinct filial (Paris, Denoël
1972, 445 p. trad. N. Abraham ; 1ère éd.
1943, Budapest).
Lacan, Ecrits (Paris, Seuil 1966, 924 p.).
Lacan Jacques, Séminaire III (Paris,
Ed du Seuil, 1981, 366 p.).
Minkowski Eugène, La Schizophrénie
(1927, 1ère éd. Payot ; 2002, Ed. Payot
& Rivages, Paris, 286 p.).
Roheim Geza, Magie et schizophrénie (1ère
éd. 1969, 2ème éd. 1986, éditions
anthropos, 322 p. ; trad. de l’américain
par Eddy Treves ; pour les deux textes inédits
"L’argent sacré en Mélanésie" et
"Psychisme en société", trad. du hongrois
par Georges Kassai).
Spitz René A., Le Non et le Oui (1ère
éd., 1957, No and Yes, New York, International
Universities Press ; 1962, PUF, Paris, 132 p.).
Janeta
MASPERO: Du Moi "étoffé" au Soi social
En prenant pour point de départ
la position de Damourette et Pichon sur l’"empersonnement
étoffé", puis en tenant compte des problématisations
ultérieures de cette position (E. Benveniste, M.
Arrivé, D. Leeman), mon propos tentera d’établir
un pont vers la forme disjointe réfléchie "soi"
en tant que nom métalinguistique se rapportant à
l’une des manifestations de la subjectivité : l’ipséité.
L’exploration de cette piste s’appuiera sur trois paradigmes
de référence:
1) la réflexion de P. Ricœur
sur l’ipséité (l’altérité en tant que
constitutive de l’identité) ;
2) un courant dans le domaine de
l’analyse du discours qui reformule le propos de Ricœur,
tout en intégrant le concept de "sujet clivé"
venu de la psychanalyse. On introduit ainsi dans le dispositif
"sujet en idem/sujet en ipse" la notion d’empathie, socle de
l’intersubjectivité pré-réfléchie ;
3) les travaux d’E. Benveniste
sur le vocabulaire des institutions indo-européennes,
mettant en avant la dimension sociale de la subjectivité.
Que reste-t-il, se demandera-t-on,
de Damourette et Pichon dans tout cela ? Peut-être
le fait que, si les "taxièmes" de l’intersubjectivité,
garante du lien social, ne "baignent" pas entièrement
dans l’inconscient, du moins ce dernier garde-t-il "en creux"
leur empreinte, selon la jolie formule de M. Arrivé.
Références
bibliographiques :
M. Arrivé, Langage
et psychanalyse, linguistique et inconscient, PUF, 2004
J.-M. Barbéris, a. «
Pour un modèle de l’actualisation intégrateur
du sujet », De l’Actualisation, CNRS Editions, 1998;
b. « Identité, ipséité dans la deixis spatiale
», L’Information grammaticale n° 77, 1998
E. Benveniste, Le Vocabulaire des
institutions indoeuropéennes, t. 2, Minuit, 1969
C. Détrie, P. Siblot, B.
Vérine, Termes et concepts pour l’analyse du discours,
Honoré Champion, 2001
D. Leeman a. «
Me est un autre », Hommages à Michel Arrivé,
Paris, L'Harmattan, 2002, b. « Je, me, moi : allomorphes
ou facettes différentes de la première personne
? », Hommages à Michèle Perret, Linx, numéro
spécial, 2002
A. Ono, La notion d’énonciation
chez Emile Benveniste, Lambert-Lucas, 2007
P. Ricoeur, Soi-même comme
un autre, Seuil, 199
Cécile
MATHIEU: L’origine du langage et la motivation du signe chez
Damourette et Pichon
Dans le cadre de cette communication,
nous nous attacherons à observer l’opposition de Damourette
et Pichon au principe saussurien de l’arbitraire du signe et
ses implications. Pichon ayant repéré avec lucidité
l’ambiguïté de l'argumentation du CLG, qui substitue
la relation signe/référent à la relation
signifiant/signifié, il soutient le lien exclusivement
nécessaire entre les deux faces du signe. Cette position se trouve
argumentée par une théorie sur l’origine du langage
exposée dès le premier tome de l’Essai de Grammaire
de la langue française. Celle-ci sert de support à
l’idée originale d’une motivation de la langue fondée
sur la mimésis, non plus des référents, mais
celle de leur représentation interne psychique. Cette spéculation
philosophique sur la genèse du langage, nourrit une triple
réflexion. La première est psychanalytique, en ce
que la création du langage naît d’un mouvement intersubjectif,
transitiviste et identificatoire. La deuxième est énonciative,
en ce qu’elle fonde trois plans énonciatifs (le locutoire,
l’allocutoire et le délocutoire). L’autre est
grammaticale en postulant la genèse de catégories
linguistiques fondées sur les étapes du développement
des êtres humains dans leur rapport au monde. Nous en étudierons
les propositions et les prolongements dans quelques théories
ultérieures.
Sébastien MORET: Un fort
vésicatoire au cas où...:
Antoine Meillet, l’Allemagne et l’unité slave
Le contexte
politiquement troublé et chaotique de la première
moitié du XXème siècle fut à
l’origine, entre autres, d’un réflexe de repli
sur soi nationaliste dont l’un des aspects annexes prit
la forme d’une réaffirmation de l’évidence
d’un lien intrinsèque entre langue et nation.
En ce sens, les pages introductives de Damourette et Pichon
s’intègrent dans cet air du temps particulier, tout
en dévoilant un arrière-fond idéologique
et politique. Damourette et Pichon ne furent pas les
seuls linguistes à réunir, dans le contexte
particulier que j’ai rappelé, linguistique et politique.
Il s’agira dans cet exposé de l’unité de la nation
slave, telle qu’entrevue par Antoine Meillet, et dont il s’agira
de suivre l’évolution dans certains de ses écrits.
A partir de l’analyse de textes écrits entre 1910 et
1928, nous montrerons que les idées qu’ils véhiculent
évoluèrent avec le temps et reflétèrent
les cahots de leur contexte de production. Autrement dit,
la conception que Meillet avait de l’unité slave ne saurait
être totalement détachée des circonstances
et de l’ambiance qui régnaient alors en France. Nous
présenterons non seulement la conception que Meillet
avait de l’unité slave, mais nous montrerons aussi le rôle
qu’il souhaitait lui faire jouer dans un après-guerre
où la France tremblait devant un possible retour en puissance
de l’Allemagne.
Anne-Gaël
MOULINIER: Enonciation et expérience mystique dans les
autobiographies de Mary Barnes et de Vaslav Nijinski
Si l'importance des contributions de Damourette
et Pichon à la notion d'énonciation est de plus en
plus reconnue, leur influence aura probablement autant sinon plus
porté sur le courant psychanalytique francophone que sur
la linguistique de ce domaine culturel. L'influence directe de Pichon
sur les ressources linguistiques de Jacques Lacan ont été
notées à plusieurs reprises (Arrivé, Roudinesco,
Sauvagnat), et l'opposition énonciation/énoncé (suivie
de l'opposition dire/dit) prend chez lui une coloration particulière
(s'agissant de rendre compte du sujet de l'inconscient) alors même
qu'elle ne cesse de s'appuyer sur les mêmes "marques" que la
linguistique francophone. On a particulièrement relevé
à cet égard l'usage fait par Lacan de la différence
entre les deux séries de pronoms personnels, de la valeur des
personnes, des types de négations, des types de temporalité
dans un texte aussi central que Subversion du sujet et dialectique
du désir. Nous proposons d'appliquer ces instruments à
deux autobiographies dont le caractère mystique est évident:
les Carnets de Vaslav Nijinsky et le Voyage à
travers la folie de Mary Barnes, pour mettre en évidence
les forts contrastes qui les opposent concernant les rapports entre le
sujet et la divinité. Si l'un comme l'autre définissent
leur propre subjectivité comme relation avec Dieu, autant chez
Barnes il s'agit de l'approche douloureuse d'un objet aussi érotisé
que lointain autant chez Nijinsky il s'agit d'un véritable envahissement,
dont à maints égards il est le pantin (Petrouchka).
Références Bibliographiques
:
Arrivé Michel, Langage et psychanalyse,
linguistique et inconscient: Freud, Saussure, Pichon, Lacan,
Première édition: Paris, Puf, 1994.
Barnes Mary, Un voyage à travers la
folie, Paris Seuil 1976.
Nijinsky V, Journal, Poche Folio 1991.
Pichon, Édouard, and Damourette, Jacques.
(1925). La grammaire en tant que mode d'exploration de
l'Inconscient L'Évolution psychiatrique, 1, 237-257.
Damourette et Pichon, Des mots à la
pensée, essai de Grammaire de la langue française,
éd. d'Atrey, Paris, 1911-1940.
Pichon E, Le développement psychique
de l'enfant, Masson et Cie, Paris, 1953.
Lacan J, Ecrits, Seuil, Paris 1966.
Lacan J, Le séminaire (1952-1979),
Ed du Seuil, Paris 1974...
Sauvagnat F, "Hallucinations psychotiques et
énonciation" in La voix, dans et hors la cure,
N° thématique, revue Psychologie clinique, n°19,
2005, p 93-125.
Sauvagnat F, "Psychanalyse et linguistique:
le surmoi et la question de l’énonciation chez J. Lacan",
à paraître dans les actes du colloque de Cerisy:
Freud et le langage, septembre 2007.
Valelia MUNI TOKÉ: Pichon
et le regard du "je" sur le "soi": de l'épistémologique
au politique
L'objectif de cette
communication est de montrer comment s'articulent,
dans la pensée pichonienne, l'épistémologique
et le politique. Ainsi, la construction d'une grammaire
maurrassienne par Damourette et Pichon se fonde sur la
défense d'une investigation psychologisante, mentaliste,
dans laquelle: i) la langue est le reflet de la pensée
d'un peuple, ii) le grammairien ne peut étudier que
sa langue maternelle. L'idée, explicitement nationaliste,
selon laquelle "pour faire la grammaire du français
[...] il fallait être Français", qui fait du grammairien
une figure double, à la fois observateur et locuteur,
i.e. à la fois observateur et objet d'étude, est
dès lors à étudier selon deux points de vue:
le point de vue grammatical, qui construit le "je" par contrastes
successifs avec le "soi" et le "moi", et le point de vue psychanalytique
de l'auto-analyse.
Annick OHAYON: Edouard Pichon,
psychanalyste "français"
En 1923, Edouard Pichon entame une cure psychanalytique
avec Eugénie Sokolnicka. Il a alors
33 ans, et il est le second médecin français
à faire une telle démarche. Le premier
est son ami René Laforgue, lui aussi en analyse
avec E. Sokolnicka, l’émissaire polonaise de Freud
dans cette terre de France réputée hostile à
sa doctrine. On peut comprendre assez aisément ce qui conduit
Laforgue vers la psychanalyse: il est alsacien et
a lu très tôt Freud en allemand, il est
psychiatre et il cherche à déchiffrer l’énigme
de la psychose et surtout à lui opposer une thérapeutique
enfin efficace. Par contre, la démarche de
Pichon semble plus surprenante. Comment et pourquoi ce
jeune psychiatre nationaliste, catholique traditionaliste,
bientôt engagé dans les rangs de L’Action
Française, peut-il adhérer à ce
qui est alors considéré par beaucoup de ses collègues
comme "une obscénité promue scientifique", ou,
à tout le moins, comme une doctrine sulfureuse et une pratique
dangereuse? Laforgue, qui le connaît bien, fournit
une réponse sans appel à cette question (dans
son Journal, inédit): Pichon était
schizophrène, terme qu’il faut entendre non comme
une métaphore, mais comme un diagnostic psychiatrique
porté sur un homme clivé, perpétuellement au
bord de la folie.
Dans cette communication, j’essaierai de répondre
à cette interrogation d’une manière
un peu moins péremptoire, en revenant sur
cet engagement initial, et ses prolongements, dans
les dix-sept années qui lui restent encore à
vivre. J’analyserai un certain nombre de textes écrits
par Pichon, seul ou en collaboration avec son oncle
Damourette, particulièrement significatifs de ses
choix théoriques et idéologiques. On est souvent
tenté de présenter Edouard Pichon comme le précurseur
de Jacques Lacan pour qui "l’inconscient est structuré
comme un langage", et de son élève Françoise
Dolto, pour qui il faut "parler aux bébés, qui
sont des êtres de langage". Au-delà de cette vision
téléologique, je souhaite revenir au personnage
lui-même, en le situant dans la société
de son temps, les années 1920 et 1930, dans sa vie —
il est certes le neveu de Damourette, mais aussi le gendre
de Pierre Janet —, dans ses relations avec ses collègues
qui travaillent sur les mêmes objets (tels les psychologues
Henri Delacroix et Henri Wallon), et dans la dynamique du mouvement
psychanalytique qu’il contribue à construire d’une manière
particulière. Je reviendrai ainsi sur son rôle
au sein de la Société psychanalytique de Paris,
en tant que secrétaire, mais surtout en tant que président
de la commission linguistique pour l’unification du vocabulaire
psychanalytique français.
Références Bibliographiques
:
Ohayon Annick, Psychologie et psychanalyse en
France. L’impossible rencontre, 1919-1969, Paris,
La Découverte / Poche, 2006.
Carroy Jacqueline, Ohayon Annick, Plas Régine,
Histoire de la psychologie en France XIXème
XXème siècles, Paris, La Découverte
Grands Repères, 2006.
Adeline PATARD: La notion
très actuelle d'actualité. Quelle
pertinence pour l'analyse du temps verbal?
Notre communication vise à interroger la pertinence,
dans l’analyse du temps verbal, des catégories
sémantiques de l’actualité et de
la toncalité proposées par Damourette et Pichon
dans le tome 5 de leur Essai de grammaire de la langue
française consacré aux temps (verbaux),
aux modes et aux voix. Pour ce faire, nous rappellerons
d’abord l’exploitation qui est faite aujourd’hui de ces
notions à travers les nombreuses approches "inactuelles"
de l’imparfait, afin de dégager une conception
moderne de la toncalité de ce tiroir verbal. Nous évaluerons
ensuite les différents arguments avancés
par les partisans des approches concurrentes (aspectuo-temporelles
et anaphoriques) de l’imparfait. Enfin, après avoir
dégagé les atouts de l’approche en termes d’actualité
et de toncalité, nous ne manquerons pas de souligner
les limites de ces notions et les questions qu’elles posent
encore.
Maribel PEÑALVER VICEA: Métaphore
et "idiome": inconscient national et inconscient individuel
dans l'E.G.L.F. de Damourette et Pichon
"L'idiome" (EGLF),
au sens de Damourette et Pichon1,
pourrait se définir comme "l'expression d'une
identité nationale"2. Il existerait
dans cet idiome des éléments dont le mécanisme
langagier montre mieux que tout autre son fonctionnement ainsi
que le processus de cette identité. Ce sont des éléments
qui revèlent cet "idiome" en tant que "merveilleux
miroir des profondeurs de l'inconscient" (DP) des sujets.
Si tout sujet parlant manifeste spontanément dans son
discours les traces d'une certaine subjectivité, celle-ci
est manifeste notamment dans la langue de l'écrivain qui
traduit notamment la nature de cet "idiome" (DP) dont "la réalité
du sujet n'est autre que celle de la langue". DP, de leur côté,
l'ont déjà écrit: "les écrivains arriveraient
à nous livrer, par leur style même, l'histoire
de leur âme" (EGLF), une histoire qui nous appartient
à nous tous. À tout cela, il faut ajouter que les
grammaires — l'élaboration des normes — se servent fréquemment
de la langue des écrivains ; des exemples tirés
de leurs ouvrages montrent le bon usage, l'usage correct de la
langue. Les dictionnaires en font preuve. La grammaire d'un
"idiome" (DP) est ainsi exemplifiée au moyen de la langue
des écrivains. C'est à ce stade que la coïncidence
entre l'inconscient "national collectif" (DP) et freudien3
est manifeste, tous les deux s'inscrivant dans le même "carrefour"
(D. Morales), celui de la subjectivité.
1
Dorénavant, nous désignerons Damourette
et Pichons au moyen des sigles DP.
2
Cf V. Muni Toke, 2006.
3
Cf. V. Muni Toke.
Henri PORTINE: Damourette et Pichon
étaient-ils des cognitivistes avant l’heure?
L’épopée
de Damourette et Pichon s’inscrit dans l’épistémologie
des années 1920 et 1930. A l’époque,
face au structuralisme "montant", co-existent des relations
entre psychologie et linguistique. Ces relations évoquent
la mouvance cognitiviste des années 1980 et
suivantes. Dans un premier temps, nous analyserons ce que
veut dire "relations entre psychologie et linguistique au
cours des années 1920 et 1930" et la façon dont
Damourette et Pichon illustrent ou non ces relations. Dans
un second temps, nous verrons comment la question posée
dans le titre, à la fois, est peu signifiante et rend compte
d’une dimension de nos auteurs. Ce second temps permettra de revenir
sur la notion d’énonciation en la situant dans l’opposition
cognition / cognition située.
André ROUSSEAU: L’énonciation
chez Damourette et Pichon et chez Bühler
L'apport de Damourette et Pichon à la théorie
de l'énonciation mérite d'être
(mieux) connu: nous leur devons en effet, entre
autres, les notions et les termes de LOCUTEUR et d'ACTUALISATION.
"Locuteur" s'est imposé en linguistique depuis plusieurs
décennies; "actualisation", proposé dès
1931 dans un article d'E. Pichon, est devenue une des notions
centrales de Charles Bally (Linguistique générale
et linguistique française, 1932). A l'époque
de Damourette et Pichon, deux problématiques émergeaient:
les rapports entre les personnes (l'interlocution) et les
rapports entre personnes et monde (la représentation).
La construction de l'interlocution est un des axes fondateurs
de l'Essai de grammaire de la langue française,
elle figure au tome I (§ 48), au tome III (§§
813-817 et 886-891), au tome IV (§§ 1450-1471). Il
n'est dès lors guère étonnant de
rencontrer de remarquables convergences fortes, jamais évoquées
à notre connaissance jusqu'à présent,
entre l'Essai et la Sprachtheorie (1934, mais
achevée en 1933):
1) à la notion implicite de "centre" fait écho
l'origo bühlérienne (pp. 102ss. 136):
2) aux notions de nynégocentrisme et d'allocentrisme
correspondent deux types de deixis1 chez
Bühler: la Deixis ad oculos (et ad aures)
et la Deixis am Phantasma;
3) la triade "moi - ici - maintenant" se trouve exactement
à l'identique chez Bühler sous la forme "hier,
jetzt, ich" (pp. 33, 102, 127, 149, 373 ss);
4) la trilogie Locutif, Allocutif, Délocutif
trouve aussi des correspondances chez Bühler: "einer,
der andere, Dinge" (pp. 24-25) et, sur un autre
plan, les trois fonctions du signe: "Ausdruck, Appell,
Darstellung" (pp. 28 ss, etc.).
Face à ce troublant parallélisme, il resterait
à se demander s'il a existé des rapports
entre Damourette & Pichon et Bühler — ce que
j'ignore totalement pour l'instant, mais je vais diriger
des recherches dans ce sens.
François SAUVAGNAT:
Edouard Pichon et Jacques Lacan, divergences et
convergences: un bilan provisoire
L'influence
d'Edouard Pichon sur Jacques Lacan a été
notée par de nombreux auteurs (Arrivé, Roudinesco,
nous-même, etc), outre le fait que Pichon cite
nommément Lacan à plusieurs reprises et que
ce dernier le cite à son tour au moins huit fois
explicitement dans les Ecrits, et beaucoup plus, implicitement,
du début à la fin de son œuvre. Il ne faut d'ailleurs
pas oublier que, s'il y a eu infuence, elle a commencé
par ubn dialogue dont de nombreux comptes-rendus sont consultables
dans la Revue Française de Psychanalyse jusqu'à
la fin des années 1930. Nous souhaiterions ici esquisser
un bilan des différents points sur lesquels il y a eu emprunts,
convergences et divergences en distinguant trois types de destins:
1) dans un certain
nimbre de cas, il semble y avoir eu un accord durable
entre les deux analystes, voire une amplification par
Lacan de thèses de Pichon;
2) dans d'autres
cas, des modifications notables sont cosntatables,
de Pichon à Lacan, à partir d'emprunts initiaux;
3) dans d'autres
cas enfin, Lacan semble défendre des thèses
nettement antagonistes par rapport à celles de
Pichon.
Dan SAVATOVSKY: Grammaire nationale
et barbarie : la terminologie de Damourette et Pichon
Réputée
"barbare" (L. Spitzer, Romanic Review,
30-4, 1939), "hirsute" (J. Pohl, Travaux de linguistique
9/10, Gand, 1982-83) ou "ésotérique" (M.-A.
Morel, Langages 124, 1996), la terminologie grammaticale
de Damourette et Pichon a donné cours chez les commentateurs
à quatre types d’approches: 1. s’efforcer de la
"traduire" en totalité ou en partie, au fil de l’analyse,
dans un métalangage grammatical "ordinaire" (H. Portine,
Langages 124, 1996) ou tenter d’établir des tables de
correspondance avec la "grammaire traditionnelle" (R. Rohrbach,
CFS , 44, 1990); 2. s’attacher, au moyen de l’enquête,
à sa réception, à sa postérité,
en dressant la liste des termes qui ont survécu et sont
encore en usage dans la linguistique contemporaine (J. Pohl,
op. cit); 3. identifier les propriétés
linguistiques des néologismes de forme — principalement
leurs règles de formation — et en souligner la fécondité
heuristique (M.-A. Morel, op. cit.; M. Wilmet, Langages
124, 1996) ; 4. définir des critères de classement
des termes en usage (M. Savelli, colloque Métalangage
et terminologie linguistique, Grenoble, 2001; D. Willems, id.).
Néologismes de forme, néologismes de sens,
emprunts divers au langage ordinaire ou à d’autres langages
spécialisés, etc.: de par ses sources et ses
caractéristiques formelles ou sémantiques, la
terminologie en vigueur dans l’Essai de grammaire de la langue
française peut paraître assez disparate. Elle constitue
en réalité, de l’aveu même de D. & P.,
un système qui répond à un idéal de régularisation.
C’est ce système que notre communication vise à
décrire. Après avoir précisé le
contexte étroit dans lequel s’est déployée,
en France notamment, dans l’entre-deux-guerres, la réflexion
des linguistes sur les questions de terminologie linguistique
et le contexte plus large dans lequel se sont stabilisées
au même moment les théories générales de
la terminologie (Ecole de Vienne, etc.), nous chercherons à montrer
ce qui, dans l’analyse grammaticale de D. &. P. elle-même,
permet de rendre compte des formes et des usages de leur terminologie.
Christian SURCOUF: Noncal,
toncal, Imparfait et négation
Dans notre communication, nous essaierons de montrer
en quoi un prolongement de la notion de toncal
pur (soit l’Imparfait selon Damourette & Pichon 1936,
172 §1706) peut expliquer l’effet négatif
observé en (e) dans le dialogue suivant de Préparez
vos mouchoirs de BLIER (1978, 14’50):
(a) Raoul: Et elle, elle se met là, avec son
tricot et elle tricote en regardant les flammes
(b) Stéphane: Et toi, qu’est-ce que tu fais
?
(c) R.: Je la regarde, je regarde le feu, je la regarde
encore et elle me sourit par-dessus son tricot
(d) S.: T’as du bol !
(e) R.: J’avais du bol, mais maintenant
tout se déglingue, elle tricote toujours mais elle
sourit plus !
Si tout locuteur francophone comprend que "J’avais
du bol" signifie bien "Je n’ai pas (plus) de bol maintenant",
sur quel mécanisme repose le sens négatif
repéré ici? Pour répondre, en nous démarquant
des explications fournies par exemple par Gosselin
(2005, 163s) et Berthonneau & Kleiber (1994, 75), nous
nous inspirerons de l’opposition noncal/toncal développée
par Damourette & Pichon (1936, 246 § 1749), pour qui
l’actualité noncale se conçoit "en synchronie et en
coréalité avec le moi-ici-maintenant" — exprimée
par le Présent (le "savez") —, et l’actualité toncale "en
dehors de cette synchronie et de cette coréalité"
— exprimée par l’Imparfait (le "saviez").
Références Bibliographiques
:
BERTHONNEAU Anne-Marie & KLEIBER Georges (1994),
"Imparfaits de politesse: rupture ou cohésion?",
Travaux de linguistique 29 - La cohérence
textuelle. Cohésion et rupture, 59-92.
GOSSELIN Laurent (2005), Temporalité et modalité,
Louvain-la-Neuve, Duculot, 254 p.
Anne-Gaëlle
TOUTAIN: Pensée lingui-spéculative et domaine des
articulations, ou de l’étiologie du langage: Damourette
et Pichon, Saussure, Manier
Nous essayons, dans cette communication, de
dégager les enjeux, relativement au langage, des objets
que construisent les deux théories linguistiques de Damourette
et Pichon d’une part, de Saussure d’autre part. L’objet des premiers
est le langage comme outil et reflet de la pensée lingui-spéculative,
qui renvoie à la pensée dans ce qu’elle a de proprement
humain. L’objet du second est la langue, définie comme
domaine des articulations. Or, l’objet de Damourette et
Pichon, s’il semble être un point d’articulation entre linguistique
et psychanalyse, et offre en tant que tel des outils à l’élaboration
lacanienne, implique une étiologie du langage que l’on peut
qualifier d’imaginaire – et d’idéologique, au
sens de l’idéologie du savant – dans la mesure où
elle n’est pas théorisation mais valorisation du langage.
Dans cette perspective, il ne saurait, d’une certaine manière,
y avoir d’articulation entre linguistique et psychanalyse:
il n’y a pas de linguistique, mais le déploiement
d’une conviction. La définition saussurienne de la langue
comme domaine des articulations est en revanche inaugurale
d’une problématique véritablement linguistique,
en ce qu’elle permet la théorisation de la langue. Cette théorisation
peut être considérée comme une étiologie
de la langue, sur laquelle fera fond le psychanalyste Alain
Manier pour élaborer sa théorie de la psychose. L’objet
saussurien est ainsi le lieu d’une véritable articulation
entre linguistique et psychanalyse: fruit d’une théorisation
de la langue, il est en cela même – c’est-à-dire en tant
que spécifiquement linguistique – objectivable pour
d’autres sciences ayant affaire au langage, telle la psychanalyse qui,
se plaçant à son point de vue spécifique – elle
a pour objet, non la langue, mais le locuteur – peut
concevoir, à partir de l’étiologie de la langue,
une étiologie du langage. C’est là l’originalité
de la théorie saussurienne, qui la distingue par exemple des
théories des structuralistes européens, et tout particulièrement
de celle de Benveniste, dont l’objet, tout comme celui de Damourette
et Pichon, est à maints égards « anthropologique
» et non seulement linguistique.
Marc TSIRLIN: Cette grammaire
reste actuelle
Dans cette contribution, nous traiterons de deux innovations
grammaticales proposées par Damourette
et Pichon, à savoir de la notion d’assiette
et de celle de quantitude, dont la création
s’explique, d’un côté, par l’insuffisance
de la nomenclature linguistique traditionnelle manquant
de cohésion, et, de l’autre, par le souci de
trouver une étiquette adéquate aux nouvelles
classifications et catégories que ces auteurs ont
réussi à discerner. Si le terme d’assiette
dénote toute façon de déterminer
le nom, à l’opposé de la notion de détermination
(qui fait penser surtout à l’article défini), et
de celle de catégorie de l’article (partant de la
forme et non du contenu de la catégorie), le terme de
quantitude couvre non seulement les différences numériques
(manifestées par la catégorie du nombre), mais
toutes les différences quantitatives qui sont à
actualiser dans le substantif français. Nous essayerons
de montrer que c’est grâce à ces deux notions que s’ouvrent
de nouvelles pistes d’analyse concernant le substantif: ses catégories
grammaticales, ses fonctions, l’article et son absence, les phénomènes
de l’actualisation et de la transposition.
André VALLI: A propos de
la notion de "locution verbale coalescente"
dans l’ E.G.L.F. de Damourette et Pichon
La linguistique française doit en particulier
à Damourette et Pichon le chapitre important
de leur essai consacré à la notion de "locution
verbale coalescente". L’invention de cette notion
à été déterminante pour l’étude
du français parce qu’elle permettait de délimiter
un espace complexe au sein duquel se recouvrent partiellement
les phénomènes de figement, certains accidents
dans la détermination nominale ainsi que des solidarité
manifestes entre certains verbes et certains noms: globalement cette
notion aidait à poser une autre relation de solidarité
entre verbe et groupe nominal que la simple transitivité que
les linguistes contemporains ont étudié, posant
pour en rendre les notions de "construction à verbe support
de prédicats nominaux", pour Maurice Gross ou la notion
de "prédicat verbo-nominal" pour Michael Herslund.
Jesús VAZQUEZ MOLINA:
Les traces de Damourette et Pichon dans l'analyse
de la négation dite explétive
Dans le vaste ouvrage formé par l’Essai de
la Grammaire française, la négation
est un domaine qui a été traité d’une
façon abondante et remarquablement originale.
Et cela en commençant par la terminologie, puisque
les notions même de discordance et forclusion
sont des néologismes pleinement justifiés,
étant donné qu’ils montraient une approche bien
différente de celle traditionnellement admise
sur ce phénomène linguistique. C’est en particulier
la notion de discordance qui retiendra mon attention ici,
appliquée à ce petit ne qui sera
décrit d’une façon très fine et à
la fois exhaustive par D & P, avec un corpus très
abondant d’exemples de toutes sortes, un ensemble qui aurait
constitué, ne serait-ce que pour cette raison, un point
de départ indispensable pour toute analyse postérieure.
Mais il est bien connu que leur apport ne se limite pas
à décrire. Bien au contraire, ils expliquent —
sans éviter les raretés et les contrexemples
— des nuances de sens très subtiles. Cette théorie
discordantielle a été certes critiquée,
mais elle a été beaucoup plus fréquemment commentée,
complétée, ou s’est avérée
comme source d’inspiration pour développer des explications
ou des travaux sous des optiques énormément
diverses. A cet égard, on pourrait affirmer que les courants
linguistiques qui ont intégré le locuteur dans
la construction du sens linguistique ont été plus
sensibles aux analyses des auteurs comme D & P, autrefois
caractérisées péjorativement de "psychologisantes".
Je voudrais donc me référer aux contextes
où ce ne "qui ne nie pas" peut apparaître,
analyser des exemples et des explications apportées
par ces deux auteurs, et expliquer, surtout, en quoi leurs
idées ont contribué à une hypothèse
sur la négation explétive, que j’ai développée
ailleurs1, et qui essaie d’expliquer
la signification de cet élément à partir
d’une théorie instructionnelle et polyphonique de la
langue.
1. Notamment dans Vazquez Molina (2004) et
(2006).
Références Bibliographiques
:
Arrivé, M. (1996): "Ce que Lacan retient de
Damourette et Pichon: l’exemple de la négation",
Langages, 124, 113-123.
Damourette, J. / Pichon, E. (1911-1940): Des
mots à la pensée. Essai de grammaire de
la langue française, vols. 1 et 6, D’Artrey,
Paris.
Forest, R. (1993): Négations, Klincksieck,
Paris.
Muller, Cl. (1991): La négation en français,
Droz, Genève.
Vazquez Molina, J. (2004): La negación
expletiva en francés, Servicio de
publicaciones de la Universidad de Extremadura, Cáceres.
Vazquez Molina, J. "La négation des comparatives",
Langages, 162, 2006, 45-60.
Maria Dolores VIVERO GARCIA:
"Je", "tu", "il"... tous des délocutifs?
La distinction introduite par Benveniste (1966 :
242) entre discours et histoire se fonde sur la présence
ou l’absence d’embrayeurs dans l’énoncé.
Malgré son importance, cette distinction
présente certains problèmes qui ont
été mis en évidence par différents
auteurs et dont le plus important est sans
doute l’association je + passé simple. Pour
sauver cette difficulté, Simonin-Grumbach
(1975) propose de reformuler l’hypothèse de
Benveniste en des termes un peu différents et de
considérer que, dans un contexte de passé simple,
je serait un faux déictique. Or on
pourrait en dire autant de je + passé composé
et, à la limite, de tout je énoncé.
Tout essai d’explicitation de l’énonciateur suppose
une "implicitation" du sujet de l’énonciation primaire,
qui par définition ne peut être représenté.
Cette réflexion fondamentale était
déjà dans Damourette et Pichon et dans leur distinction
entre trois plans énonciatifs: le locutoire,
l’allocutoire et le délocutoire, qui interviennent
notamment dans la description grammaticale de la personne.
Nous tenterons ainsi de montrer que les analyses des auteurs
de l’Essai de grammaire de la langue française se présentent,
dans certains domaines, comme annonciatrices des prises de position
adoptées ultérieurement par certains linguistes
de l’énonciation et qu'elles vont même,
dans d’autres, bien au-delà.
Références
Bibliographiques :
Arrivé Michel, "Histoire, discours: retour sur
quelques difficultés de lecture" in Michel
Arrivé et Claudine Normand (éds.),
Émile Benveniste vingt ans après,
colloque de Cerisy, numéro spécial
de la revue LINX, Nanterre, 1997, pp. 159-168.
Fuchs C. (1982-83), "Damourette et Pichon précurseurs
de l´énonciation", Travaux
de linguistique de l´université de Gand,
9-10, p. 53-65.
Maingueneau D. (1991), L’Énonciation
en linguistique française, Paris, Hachette.
Simonin-Grumbach (1975), "Pour une typologie des
discours" in Kristeva J. el al. (éds.), Langue,
discours, société. Pour Émile
Benveniste, Paris, Seuil, p. 85-121.
Todorov T. (1968), Qu'est-ce que le structuralisme?
2. Poétique, Paris, Seuil
(1978), Poétique de la prose choix suivi
de Nouvelles recherches sur le récit,
Paris, Le Seuil.
Vivero García, M.D. (2001), El texto :
teoría y análisis lingüístico,
Madrid, Arrecife.
Vivero García, M.D. (2003), "L’analyse
énonciative du discours autobiographique:
l’exemple de Gide", in AMOSSY, R. et MAINGUENEAU,
D. (dirs.), L'analyse du discours dans
les études littéraires, Colloque de Cerisy,
Presses Universitaires du Mirail, p. 239-251.
Vivero García, M.D. (2004), "Foyer énonciatif
et foyer de conscience : deux façons
de construire l’autre dans les discours", in
J.M. López Muñoz, S. Marnette &
L. Rosier (éds.), Dans la jungle des discours.
Genres de discours et discours rapporté,
Cádiz, Servicio de Publicaciones de la
Universidad de Cádiz, p. 155-164.
Vivero García, M.D. (à paraître), "La
question du point de vue dans sa dynamique interdisciplinaire.
L'apport d'une distinction: foyer énonciatif
vs foyer de conscience", communication présentée
au colloque "Linguistique et littérature.
Cluny, 40 ans après", Besançon,
29-31 octobre 2007.
Vivero García, M.D. & Forget D. (2007), "Suplir
la palabra del otro. Análisis de prácticas
periodísticas ligadas a la representación
del discurso", Revue Romane, Copenhague,
42-1, p. 1-15.
Suzanne YANG:
Les fous criminels: une forme extrême d’énonciation
Un aspect peu discuté des
positions d’E. Pichon concerne la façon dont il a pris
position sur les perspectives de traitement des fous criminels.
Cette problématique médico-légale connaît
un renouveau au début du XXe siècle avec les travaux
de l’Ecole psychanalytique de Berlin, mais surtout à Paris,
où le premier numéro de la Revue Française
de Psychanalyse contient un article qui fera date: le cas de Mme
Lefèvre, sous la plume de lMarie Bonaparte. Selon l’auteur,
ce crime n’est que la résultante de l’évolution lente
et imperceptible d’un processus délirant, dont les motivations
œdipiennes et narcissiques seront d’ailleurs explicitées, après
coup, par la coupable elle-même. Trois instruments sont
mobilisés par la princesse Bonaparte pour rendre compte de ce
cas :
1) Les savoirs psychiatriques concernant
la paranoïa qui venaient de trouver leur achèvement
dans la clinique francophone à un moment où la
catégorie était parallèlement mise en doute
dans la clinique allemande. La thèse de Lacan (1932) allait
mettre en valeur, peu après, ce double mouvement;
2) La sociologie freudienne, fondée
sur l’hypothèse d’un crime originaire (meurtre du père
de la horde), rendant "explicable" l’organisation sociale
comme effort de refoulement de pulsions meurtrières ayant
une base "historique";
3) Les nombreux développements
freudiens sur les aménagements de la culpabilité,
qui faisaient l’objet de discussions intenses à cette
époque dans l’Ecole française.
Ce cas illustre fait en 1928 l’objet d’une
discussion serrée par Pichon. Dans "Position du problème
de l’adaptation réciproque entre la société
et les psychismes exceptionnels", il discute ce que représente
ce cas: l’espoir de pouvoir en quelque sorte dissoudre par l’action
psychanalytique des types d’actes dont la performance constitue
un passage à l’extrême par rapport à ce dont la
psychanalyse a à connaître chez tout patient: des énonciations
inconscientes de souhaits de mort. Ce texte de Pichon, et ceux qui
lui sont liés, sera étudié aux points de vue suivants
:
1) D’une part en tant que représentatif
d’une position de "droite" dans un paysage où une notable
proportion des analystes professaient des opinions socialisantes
(notamment Hugo Staub), et proposaient d’instituer des aménagements
de peine afin de réaliser des cures analytiques de criminels;
2) D’autre part en tant que série
d’opérations discursives tentant de préciser
et limiter les types d’énonciation relevant de l’action
psychanalytique ou non. Pichon se sert abondamment des catégories
linguistiques élaborées dans Des mots à
la pensée;
3) En le mettant en perspective avec les
différentes façons dont l’opposition énonciation
inconsciente / performance sociale commence à être
présente chez Lacan;
4) En le comparant aux considérations
étrangement similaires proposées par le psychanalyste
Thomas Szasz plusieurs décennies après, dans
un contexte juridique différent aux USA, où à
cette époque l’explication d’un acte criminel comme "produit"
d’un trouble mental pouvait entraîner un jugement d’irresponsabilité.
Le repérage d’une origine inconsciente de l’acte, traitable
ou non, rendrait-elle le sujet d’autant plus responsable de son
choix à nos jours ?
Références
Bibliographiques :
Bonaparte M : Le cas de Mme Lefebvre,
Revue Française de Psychanalyse, Vol. 1, n°1, 1927,
p 138-198.
Damourette J, Pichon E : Des mots à
la pensée (Paris : Vrin, 2000)
Goldstein J : Consoler et Classifier :
l’essor de la Psychiatrie Française (Le Plessis-Robinson
: Empêcheurs de Penser en Rond, 1997)
Lacan J : De la psychose paranoïaque
dans ses rapports avec la personnalité (Paris, Seuil,
1975/1933)
P. Schiff: Psychanalyse d’un crime
incompréhensible, suivi d’une discussion à
la Société Psychanalytique de Paris in Revue Française
de Psychanalyse, 1935, tome VIII, n° 4 page 690-691.
Pichon E : Position du problème
de l’adaptation réciproque entre la société
et les psychismes exceptionnels » Revue Française
de Psychanalyse, 1928, p 134-169
Pockett S : The Concept of Free Will :
Philosophy, Neuroscience and the Law. Behav. Sci. Law
25(2) : 281-93, 2007.
Sauvagnat F : "Jacques Lacan et la criminologie
en 1951", in Quarto, Revue Freudienne de Belgique, n°75,
janvier 2002, p. 50-57.
Szasz T : Law, Liberty and Psychiatry
: An Inquiry into the Social Uses of Mental Health Practices
(New York : Macmillan, 1963)
BIBLIOGRAPHIE :
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psychanalyse, linguistique et inconscient,
Paris: Presses Universitaires de France [Réédition
2005, Limoges: Lambert-Lucas].
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Paris: PUF.
Damourette, Jacques, et Pichon, Edouard, Des
mots à la pensée. Essai de grammaire de
la langue française, 1911-1946, Paris: d’Artrey,
puis Vrin.
Leeman Danielle, 2002a, Me est un autre,
in Anis Jacques, Eskénazi André et Jeandillou
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signe et la lettre. Hommage à Michel Arrivé,
Paris: L’Harmattan, 349-358.
Morel Mary-Annick, 1998, Les pronoms dans l’énoncé
oral français, in Faits de langue, n°3,
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Muni Toke Valelia, à paraître, La
grammaire nationale selon Damourette et Pichon: l’invention
du locuteur, Paris-Leuven: Peeters.
Ohayon Annick, 1999, 2006, Psychologie et Psychanalyse
en France. L’impossible rencontre (1919-1969),
Paris: La Découverte.
Pichon Edouard et Borel-Maisonny S., 1937, Le
bégaiement. Sa nature et son traitement,
Paris, Masson et Cie Editeurs. Introduction
du Pr P. Lereboullet.
Portine Henri, 1992, Remarques sur l’analyse
des temps verbaux par J. Damourette et E. Pichon
et sur l’étude de la phénoménologie
du temps de E. Minkowski: sur le moi-ici-maintenant,
in Morel Mary-Annick et Danon-Boileau Laurent
(éds.): La deixis, Paris: PUF, 309-318.
Portine Henri (éd.), 1996, Langages,
n°124, « Actualité de Jacques Damourette
et Edouard Pichon », Paris: Larousse.
Roudinesco Elisabeth, Histoire de la psychanalyse
en France 1885-1939, Paris: Fayard.
Valette Mathieu, 2006, Linguistiques énonciatives
et cognitives françaises. Gustave
Guillaume, Bernard Pottier, Maurice Toussaint,
Antoine Culioli, Paris: Champion.
Avec le soutien du Laboratoire MoDyCo
(CNRS et Universités de Paris Ouest Nanterre La Défense
et de Paris 5)
et de l'École Doctorale 139
(Université de Paris Ouest Nanterre La Défense)
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