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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2015 : un des colloques





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DELEUZE : VIRTUEL, MACHINES ET LIGNES DE FUITE

DU SAMEDI 1er AOÛT (19 H) AU MARDI 11 AOÛT (14 H) 2015

DIRECTION : Anne QUERRIEN, Anne SAUVAGNARGUES, Arnaud VILLANI

ARGUMENT :

Dans les années 1970 et 1980, philosophes, artistes, militants découvraient à l’Université Paris 8 la pensée de Deleuze se faisant. Les nouvelles générations lisent aujourd’hui ses livres et ceux qu’il a écrits avec Félix Guattari, à l’affût de concepts opératoires pour aborder les formalismes par leurs devenirs, leur capacité à faire la différence. Vingt ans après, Deleuze reste à découvrir. Son travail recompose les structuralismes et souligne ce qui échappe à leur tendance à la reproduction. Il cesse d’unifier l’expérience comme un donné originaire et bifurque hors des apories de la phénoménologie. Expérimentez, n’interprétez pas! Explorez de nouvelles subjectivités mutantes, développez les devenirs minoritaires! Analysez les modalités de contrôle émergentes! Ce nouveau statut des constructions sémiotiques branche philosophie et théories sur leurs pratiques, les sciences humaines sur leurs critiques en situations, sur leurs cliniques, accroche les arts sur le réel comme machines créatrices de blocs nouveaux de sensation. Avec Guattari, Deleuze transforme l’image de la pensée.

Le présent colloque, ouvert aux recherches internationales en cours, favorisera la rencontre de chercheurs, philosophes et artistes pour former de nouveaux réseaux de travail et d’expérimentation. Non réservé aux philosophes, ni seulement axé sur les discours, il agencera, pendant dix jours conférences et tables rondes, promenades, conversations, explorations en musique, vidéo, films, performances.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Samedi 1er août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque, du séminaire et des participants


Dimanche 2 août
Géophilosophie de Deleuze
Matin:
Histoires de philosophie
Arnaud VILLANI: Deleuze, le vrai-fuyant, la poésie, les Grecs
Eugene HOLLAND: Pour une nomadologie des institutions
Discutant: Mitchell HARPER

Après-midi:
Devenirs géopolitiques
Barbara GLOWCZEWSKI: Lignes de fuite et cristallisation des hétérogénéités (entre totémisme aborigène et umbanda brésilienne)
Dandan JIANG: Le "corps sans organe" et le devenir: dialogue entre Deleuze et la pensée taoïste
Discutante: Xiyin ZHOU

Soirée:
Deux films autour de la question du corps sans organe: Los Pascoleros et Artaud et les Tarahumaras de Raymonde Carasco, présentés par Régis HÉBRAUD


Lundi 3 août
Multiplicités, diagrammes
Matin:
Multiplicités et diagrammes
Daniela VOSS: Diagrammes, usages multiples
Jean-Clet MARTIN: Ensembles et multiplicités: une pédagogie du concept
Discutant: Pablo Nicolás PACHILLA

Après-midi:
Habiter, lire et performer en rhizome
Françoise VERY: Deleuze et la multiplicité de la pensée architecturale
Discutante: Claire THOUVENOT
Diana MASNY: Une théorie des litteraties multiples. Lire en rhizome
Discutante: Marianna CHARITONIDOU
Nadia VADORI-GAUTHIER: Une minute de danse par jour

Soirée:
Vidéos japonaises de François PAIN:
- Min Tanaka, danseur Butõ japonais à la clinique de La Borde
- Félix Guattari


Mardi 4 août
Deleuze littéralement
Matin:
Résistance et "art du contrôle"
Court hommage à François Zourabichvili, auteur de Deleuze et la littéralité et Deleuze une philosophie de l'événement, par Anne SAUVAGNARGUES
Raymond BELLOUR: "L’art est ce qui résiste même si ce n’est pas la seule chose qui résiste" [conférence en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de Caen et sur le site France Culture Plus]
Dork ZABUNYAN: Le cinéma comme "art du contrôle": stratégies du retournement

Après-midi:
Littéralité, perspective et agrammaticalité
Gregory FLAXMAN: Deleuze, perspective et perspectivisme
Viviana LIPUMA: Du "mass media act" à la création des médias libres: image, visibilité et problèmes pour l’élaboration d’une stratégie minoritaire

Soirée:
"Le corps sans organes: d'Antonin Artaud à Carmelo Bene à la distance des drogues", performance-lecture par Carlo BENGIO, réalisateur de films documentaires et acteur (Montréal, Canada)


Mercredi 5 août
Tourner autour des corps sans organes
Matin:
José GIL: Sorcellerie et machinisme
Kuniichi UNO: La genèse d’un corps inconnu
Ana GODINHO-GIL: Processus de fuite: le presque rien qui tourne en ligne d'expérimentation
Discutante: Claudia MONGINI

Après-midi:
DÉTENTE


Jeudi 6 août
Musiques machiniques et lignes formelles
Matin:
Musiques machiniques et mondes multiples
Silvio FERRAZ: Musique et modulation: vers une poétique du vent
Discutant: Gustavo PENHA
Maël GUESDON: De la clinique à la musique, les ritournelles deleuzo-guattariennes

Après-midi:
Lignes mathématiques, problèmes, idées physiques
Juan Luis GASTALDI: De la sociologie des mathématiques à la logique du sens
Diego ABADI: L'idée deleuzienne et son rapport aux lois physiques

Soirée:
Concert à la Cathédrale de Coutances (organisé avec Les Amis de la Cathédrale): Pièces de Rameau, Telemann et Jean-Sébastien Bach (L'offrande musicale), György Ligeti (Volumina, pour orgue, joué par Yoann TARDIVEL) et œuvre de Pascale Criton & Silvia Tarozzi (Circle process, pour violon, jouée par Silvia TAROZZI)


Vendredi 7 août
Extensions politiques du domaine des concepts
Matin:
Capitalisme, axiomatique et contrôle
Tatiana ROQUE: Formalismes et investissements politiques
Frédéric RAMBEAU: Prise et méprise dans la perversion deleuzienne

Après-midi:
Marx et autres machines de guerre
Rodrigo GUERON: Deleuze et Guattari et leur rapport à Marx: les quatre différences
Valentin SCHAEPELYNCK: "Machine de guerre": au croisement du concept et de l’expérimentation sociale
Anne QUERRIEN: La politique en deçà et au delà de la représentation
Discutant: Andrés VAHOS

Soirée:
Gabriela BERTI: Agencements créatifs, assemblages collectifs (Vidéo-Essai)


Samedi 8 août
Matin:
Subjectivations et dé-subjectivations
Pascale CRITON: Ondes, flux, membranes et subjectivations temporelles
Peter Pál PELBART: Subjectivations, dé-subjectivations

Fendre les mots, casser les phrases, table ronde avec
Fredrika SPINDLER: Subjectivités et lignes de fuite: sur l'amitié
Annita COSTA MALUFE: Poétiques de l'immanence: Deleuze, Beckett...

Après-midi:
DÉTENTE

Soirée:
Deleuze, Beckett et l'épuisé
Tentative épuisante: Flânerie autour de Quad de Samuel Beckett et de L'épuisé de Gilles Deleuze
Vidéo-forme de Marco CANDORE


Dimanche 9 août
Écologies schizoanalytiques
Matin:
Lignes de fuite schizoanalytiques
Florent GABARRON-GARCIA: Fécondité de la démarche schizo-analytique dans la clinique
Abrahão de OLIVEIRA SANTOS: Agencement-candomblé et lignes de fuite brésiliennes
Karin SCHNEIDER: Situational Diagrams

Après-midi:
Sensori-motricités techniques
Anne SAUVAGNARGUES: Écologie des images
Andrew GOFFEY: Écologies mentales: les images et la production de subjectivité
Discutants: Agustin COLOMBO et Natascia TOSEL

Soirée:
Tania MOURAUD, vidéaste plasticienne


Lundi 10 août
Phylum machinique et modes d'existence
Matin:
Philotechnies
Vincent BEAUBOIS: Microesthétique du design
Tatsuya HIGAKI: De la métallurgie nomade aux cyborgs
Georges AMAR: Y a-t-il un ingénieur deleuzien?
Jose Carlos CARDOSO: Ars inveniendi et heuristique transcendantale

Après-midi:
Cintia VIERA DA SILVA: Un ou plusieurs désirs
K. Mariquian AHOUANSOU: Le devenir d’Olivia au pays de Shonda. Expérimentation de désirs et production

Soirée:
Projection du film Facs of life de Silvia Maglioni et Graeme Thomson


Mardi 11 août
Clôture
Matin:
Table ronde des doctorants
Conclusion générale et suites à donner
, avec tous les participants au colloque et Anne QUERRIEN, Anne SAUVAGNARGUES, Arnaud VILLANI

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

K. Mariquian AHOUANSOU: Le devenir d’Olivia au pays de Shonda. Expérimentation de désirs et production
"You didn’t save me. I’m on my own" ! La multiplication des héroïnes, dans les médias traditionnels, invite à une critique des productions virtuelles des subjectivités. L'avantage des séries télévisées est qu’elles permettent de créer des personnages complexes avec lesquels le téléspectateur entre en relation par ses flux de désir; et qu’elles peuvent faire sentir "fugitivement d’une façon autre que la nôtre, comme sentirait un autre que nous" (Zourabichvili, 1997). En dépit de l’apparente frivolité des séries qui ont fait le succès de la scénariste, réalisatrice et productrice, africaine américaine, Shonda Rhimes, son apport aux débats féministes est remarquable. ShondaLand, "l’univers" dans lequel évoluent ses personnages, met en avant des problématiques de genre, de pouvoir, de sexualités et de races qui témoignent parfois de rapports d’intersectionnalité. Je proposerai une interprétation de l’agencement des désirs et des possibles productions qui découlent (ou pourraient découler) des actes de résistances dont fait montre son personnage principal, Olivia Pope, aussi bien dans sa vie professionnelle que personnelle. Ce, malgré le pouvoir que sa position sociale et économique "devrait autoriser".

Georges AMAR: Y a-t-il un ingénieur deleuzien?
Agencer entre mille plateaux une machine désirante, n'est-ce pas le plaisir de l’ingénieur et sa mission? La lecture de Deleuze et Guattari l’invite à se tourner vers de multiples savoirs, l'incite à se faire polymathe et poète. À se libérer de la perspective purement fonctionnelle en rejoignant celle de la technique comme invention, à la façon de Gilbert Simondon. À observer la croissance en rhizome des réseaux de transport dans la ville contemporaine. Tout cela demande un travail prospectif ouvert, attentif aux singularités et aux lignes de fuite. Les concepts forgés dans Mille plateaux sont autant d’outils pour construire une nouvelle image de l’activité de l’ingénieur comme activité de pensée.

Raymond BELLOUR: "L’art est ce qui résiste même si ce n’est pas la seule chose qui résiste"
Cette phrase fameuse de Gilles Deleuze, adressée aux étudiants de la FEMIS dans sa conférence "Qu'est-ce que l'acte de création?", unit dans l'acte de résistance "l'œuvre d'art" et "la lutte des hommes". Étrangement, la philosophie ne figure pas dans ce destin de la résistance, alors qu'en permettant de les penser elle sert tant l'art que la lutte des hommes. Deleuze cite aussi ce qu'il appelle "un beau concept philosophique" de Malraux affirmant que l'art est "la seule chose qui résiste à la mort." Là encore, l'art ferait ce que ne fait pas la philosophie. Peut-être est-ce là l'indice d'un rapport indécis entre l'art et la philosophie, dont l'œuvre de Deleuze semble souvent témoigner, pour le bien mutuel de l'un et de l'autre. C'est cette indécision productive qu'on voudrait tenter sinon d'éclairer, au moins de cerner.

Bibliographie
"Penser, raconter - Le cinéma de Gilles Deleuze", dans Hg./dir. Oliver Fahle, Lorenz Engell, Der Film bei Deleuze/Le cinéma selon Deleuze, Verlag der Bauhaus-Universität Weimar/Presses de la Sorbonne Nouvelle, 1997.
Gilles Deleuze, Une vie philosophique, Eric Alliez éd., Synthelabo, coll. "Les Empècheurs de penser en rond", Paris, 1998.
Deleuze et les écrivains, Bruno Gelas et Hervé Micolet (dirs), éditions Cécile Defaut, Nantes, 2007.
Afterimages of Gilles Deleuze's Film Philosophy, David Rodowock (ed.), University of Minnesota Press, Minneapolis, 2010.


Annita COSTA MALUFE: Poétiques de l'immanence: Deleuze, Beckett...
Cette communication développe une notion de poétique passible d’être déduite de la pensée de Gilles Deleuze, avec Félix Guattari. Pour cela, on se concentrera sur certains aspects du style de Deleuze et de sa conceptualisation, à la recherche de ce qu’ou appellera une "poétique de l’immanence". On privilégiera  le rapport de Deleuze avec le dramaturge et écrivain irlandais Samuel Beckett, en vue d'une résonance entre deux modes d’écritures: les vélocités des phrases, l’usage de la répétition, la présence de la vocalité dans l’écrit, la lecture qui devient écoute dans les deux cas. Et encore, en vue de la création d’un style cassé, ou échoué, comme disait Beckett — ou d'un non-style, pour Deleuze. Une poétique de l’immanence serait surtout le renversement du privilège de la tradition d’une poétique de la représentation dans la littérature et concernerait plusieurs écrivains avec lesquels la pensée de Deleuze et Guattari s'est inspirée dès ses début.

Annita Costa Malufe (São Paulo, Brésil, 1975) est professeur à la PUC-SP [Université Catholique de São Paulo], Brésil, dans le département de Littérature et Critique littéraire; elle est docteur en théorie littéraire par l'Université de Campinas, Brésil, avec la publication: Poéticas da imanência: Ana Cristina e Marcos Siscar [Poétiques de "immanence": Ana Cristina Cesar e Marcos Siscar], Ed. 7Letras/Fapesp, 2011. Elle a réalisé deux recherches de post-doctorat: à la PUC-SP, avec Peter Pál Pelbart, sur la poétique et l’écriture de Gilles Deleuze, et à la USP [Université de São Paulo], avec Fábio de Souza Andrade, sur le rapport entre les styles de Deleuze et de Samuel Beckett; elle a publié quatre livres de poèmes, deux ouvrages d’essais et plusieurs articles, tous concernant la poésie contemporaine, spécialement la poétesse brésilienne Ana Cristina Cesar, Beckett et la philosophie de Deleuze et Guattari.

Pascale CRITON: Ondes, flux, membranes et subjectivations temporelles
Quel est ce paysage-milieu à la fois interne et externe que nous constituons à chaque instant dans notre relation aux signaux sonores? En musique, le temps peut-être plus ou moins impliqué, feuilleté, enveloppé, interstitiel, imperceptible, chiffonné, diffus, focalisé, dilaté, délocalisé, multiple. Entre matérialité, espace, corps et sensorialité, je voudrais évoquer une perception multiple, simultanée, flux en transformation dans un espace membrane aux dimensions plurielles, imbriquées. Je parlerai de l'expérience sonore et musicale du point de vue de la subjectivité et de la perception du temps, en relation avec une écoute multimodale.

Pascale Criton est compositrice et musicologue. Directrice artistique de Art&Fact, elle collabore avec le laboratoire Lutherie, Acoustique et musique (LAM, Institut d'Alembert, UPMC, CNRS). Son intérêt pour la philosophie de la musique est né dans le sillage de sa rencontre avec Gilles Deleuze, en 1974.
Publications récentes
Gilles Deleuze. La pensée-musique, co-édité avec J.-M. Chouvel, Paris, Cdmc, 2015.
Ivan Wyschnegrasky. Libération du son - Écrits 1916-1979 (ed.), Lyon, Symétrie, 2013, Prix des Muses (fondation Singer-Polignac).
"Bords à bords: vers une pensée-musique", Le Portique, n°20.
(rééd. en ligne sur http://wwwrevues.mshparisnord.org/filigrane/index.php?id=415)
"Listening otherwise. Playing with vibrations", in Proceedings ICMC 2014, Athens, 2015.
Ses œuvres sont éditées chez Jobert (www.pascalecriton.com).


Florent GABARRON-GARCIA: Fécondité de la démarche schizo-analytique dans la clinique
Lorsqu'elles font l'objet de la répression psychiatrique, les productions délirantes n'en révèlent pas moins les symptômes de l'institution. Dès lors, l'analyse se dédouble. Si la souffrance du sujet est indexée sur son histoire qu'il convient d'analyser, elle vient également questionner le dispositif institutionnel et l'Histoire. Le patient oblige l'institution au travail à trouver les modalités d'un accueil de la souffrance qui s'exprime et dont le clinicien est, a minima, comptable. Ici s'éclaire l'enjeu de la "psychanalyse et de la transversalité" de Guattari, les "cinq propositions" que Deleuze fait à la psychanalyse et, plus généralement, un des enjeux cliniques posés par la schizo-analyse. Par des récits de cures, nous rendrons compte de la fécondité clinique de cette perspective.

Barbara GLOWCZEWSKI: Lignes de fuite et cristallisation des hétérogénéités (entre totémisme aborigène et umbanda brésilienne)
La cartographie des Kuruwarri (Rêves, Dreamings), traces géographiques et lignes de chants des ancêtres totémiques warlpiri qui sillonnent le désert central, est célébrée par des rituels où les hommes et les femmes (dans des espaces séparés) rejouent en dansant leurs voyages en devenant tel ou tel être de Rêve (Kangourou, Emeu, Prune, Pluie ou Vent) qui est peint sur leur corps pour disséminer des images-forces qui fertilisent la terre et tout le vivant. La cartographie des dieux orixa arrivés au Brésil avec les esclaves africains se manifeste jusqu'à aujourd'hui par un réseau complexe d'entités qui incorporent certains pratiquants des cultes afro-brésiliens qui deviennent ainsi des orixa différents pendant le moment de transe. Dans L'umbanda d'autres "enchantés", esprits de morts noirs Preto Velho, "indiens" Caboclo, ou autres — peuvent aussi transformer le corps et les paroles des "incorporés" et communiquer avec ceux qui assistent à ces soirées. Seront comparées à l'aide d'images filmées différentes formes rituelles de passages du virtuel à l'actuel et la cristallisation de ces spiritualités hétérogènes dans la revirtualisation de ce qui s'est manifesté.

Barbara Glowczewski est directrice de recherche au laboratoire d'Anthropologie sociale (CNRS/Collège de France/EHESS) et travaille avec les Aborigènes d'Australie depuis 1979. Après avoir suivi les cours de Deleuze à Vincennes dans les années 70, elle a travaillé avec Guattari dans les années 80 (Chimères 1).
Auteur de nombreux livres, dont Les Rêveurs du désert, Rêves en colère, Guerriers pour la Paix, et le dernier publié cette année au Brésil: Totemic Becomings/Devires Totemicos (n-1, Sao Paulo).


Andrew GOFFEY: Écologies mentales: les images et la production de subjectivité
How are we to understand what Guattari calls "mental ecologies" and their position in the production of subjectivity today? Although Guattari does not offer a specific set of reflections on images as such in his ecosophy, the ontologically pragmatic character of his thinking — aimed at working with the chaosmosis of worlds in the process of constitution — does provide us with some tools for addressing the role of images in his work. On the one hand, we must acknowledge the crucial importance that Guattari accorded both to artistic practice as a kind of creativity suitable for understanding processes of metamodelling (as well as to theoretical reflections on art - such as the link he makes between Schlegel’s conception of the fragment and a-signifying semiotics). But on the other hand, we must take into account the predominantly negative role of the media in his thinking, the hypnotic allure of the televisual, its connections with processes of machinic enslavement. By exploring the shifting thinking of images in Guattari’s work and its connection to the problem of the production of subjectivity, we can gain a better understanding of the challenges that thinking in a "poisoned milieu" pose.

Andrew Goffey is Director of the Centre of Critical Theory and Associate Professor of Critical Theory and Cultural Studies at the University of Nottingham. He is the co-author with Matthew Fuller, of Evil Media, the coeditor, with Eric Alliez, of The Guattari Effect and with Roland Faber, of The Allure of Things. He is the translator of Isabelle Stengers and Philippe Pignarre's Capitalist Sorcery, Félix Guattari's Schizoanalytic Cartographies, and of work by Maurizio Lazzarato, Barbara Cassin, and Etienne Balibar. He is also coeditor of the journal Computational Culture.

Rodrigo GUERON: Deleuze et Guattari et leur rapport à Marx: les quatre différences
Cet exposé évoquera quatre différences décisives entre la philosophie politique de Deleuze et Guattari et le marxisme. La première tient à la manière dont le marxisme pose les problèmes politiques en termes de "besoin", là où Deleuze et Guattari préfèrent le faire en termes de "désirs". La deuxième différence apparaît dans la critique que les deux auteurs formulent à l'égard de la conception marxiste du rapport entre infrastructure et idéologie. En réalité, ce que le marxisme nomme "idéologie" se transforme chez Deleuze et Guattari en "énoncés d'organisations de pouvoir". La troisième différence tient à la manière dont le marxisme pense à partir d'un mouvement de récapitulation où le rapport à la mémoire est décisif et qui vise à décrire ce qu'on appelle généralement le "développement des forces productives". Enfin, la quatrième différence apparaît dans l'affirmation selon laquelle une société se définit beaucoup plus par ses lignes de fuite que par ses contradictions.

Maël GUESDON: De la clinique à la musique, les ritournelles deleuzo-guattariennes
Des premières occurrences de la ritournelle dans les textes de Guattari à son déploiement dans le onzième plateau de Mille Plateaux, je me propose d’examiner une circulation lexicale, théorique et clinique qui lie le concept deleuzo-guattarien aux stéréotypies psychiatriques. Ce parcours tentera non seulement de comprendre l’importance de la clinique dans l’élaboration du concept mais également de suivre, dans cette perspective, les différents moments de transformation de la ritournelle au tournant des années 1980.

Ancien allocataire-moniteur du Centre de Recherches sur les Arts et le Langage à l’École des Hautes Etudes en Sciences Sociales (CRAL - EHESS), Maël Guesdon consacre sa thèse au concept de ritournelle chez Deleuze et Guattari, sous la co-direction d’Esteban Buch et Anne Sauvagnargues. Il participe à l'ANR "Musimorphose" qui étudie les effets du "virage numérique" sur la musicalisation du quotidien (CAPHI, LINA, CRAL).
Publications
"Même les constantes sont pour la variation. Sur trois usages de la mélodie dans Capitalisme et schizophrénie", in Pascale Criton et Jean-Marc Chouvel (dir.), Gilles Deleuze. La pensée-musique, Cdmc, 2015.
"Gilles Deleuze, une politique du son" (entretien), in Pascale Cassagnau, Une idée du Nord. Excursions dans la création contemporaine sonore, Beaux Arts de Paris Éditions, 2015.
"Retromania: Crisis of Progressive Ideal and Spectrality in Pop Music" (avec Philippe Le Guern), in Katharina Niemeyer (dir.), Media and Nostalgia. Yearning for the Past, Present and Future, Palgrave Macmillan, 2014.
"D’une répétition l’autre. La ritournelle dans "Monographie sur R.A."", in Chimères, revue des schizoanalyses fondée par Gilles Deleuze et Félix Guattari, n°79 "Chaosmose, temps pluriels", numéro dirigé par Pascale Criton, Éditions érès, 2013.
"L’Ontologie du rock de Roger Pouivet", in Volume !, Éditions Seteun, 7:1, 2010.


Dandan JIANG: Le "corps sans organe" et le devenir: dialogue entre Deleuze et la pensée taoïste

Comment constituer ou créer un "corps sans organe" (CsO), tout en entrant en connexion avec d’autres CsO? Une question principale chez Deleuze est de faire passer ou circuler les "multiplicités à transformation", comme possibilité de réaliser des "devenirs" virtuels. Il s’agit d’une capacité de s’ouvrir aux différences, par les puissances "déterritorialisantes". Au fond, c’est une éthique du "devenir" qu’il essaie de proposer par la négative, dans le domaine de l’esthétique et du "micro-politique", comme une logique alternative de vivre et de penser à travers une série de concepts (rhizome-ligne de fuite-CsO-machine abstraite-agencement-plan de consistance). Sur ce point, un dialogue interculturel entre Deleuze et la pensée taoïste (en particulier chez Zhuangzi [Tchouang Tseu]) nous aiderait à approcher et interroger autrement l’acte de création comme agencement, procès, comme "problème de l’écriture" lié au "l’être en devenir" et à "la communication transversale".

Chercheure distinguée; professeure d’esthétique au département de Philosophie del 'Université Jiaotong (Shanghai). Directrice de programmes de recherches au Collège International de Philosophie (CIPh, Paris). Séjours de recherches post-doc au Centre de recherches sur les arts et le langage (CRAL, EHESS, 2011). Lauréate de la Bourse de recherche de la Ville de Paris et du laboratoire "Écriture de la modernité" à l’Université Paris III (2009). Chercheure invitée (programme "Hermès") à la Fondation de la Maison des Sciences de l’Homme (FMSH, Paris, 2008). Professeure invitée au département de philosophie, Paris I (mai-juin 2015). Elle a coordonné le numéro spécial "Philosopher en Chine d’aujourd’hui" (Rue Descartes, CIPh, 2011), a publié une vingtaine d’articles et traduit une dizaine de livres du français en chinois.

Diana MASNY: Une théorie des litteraties multiples. Lire en rhizome
Dans Mille Plateaux, Deleuze et Guattari déploient le concept du rhizome comme une façon selon laquelle l'humain, l'animal et le végétal peuvent avoir des expériences et devenir dans le monde. Reposant sur la potentialité transversale et transdisciplinaire du rhizome, cette présentation sur la lecture en rhizome s'inscrit dans la discipline de l'éducation. Une lecture intense et immanente est le lien qui connecte le rhizome, l’enseignement et l’apprentissage. Une lecture intense se rapporte à une perturbation intempestive qui crée une rupture asignifiante. Une lecture immanente est constituée de ce qui pourrait se produire (potentialité) dans la lecture et la lecture du monde. De plus, ces connexions n'opèrent pas dans l'isolement, mais au sein d'un agencement qui déterritorialise et reterritorialise le contenu et l'expression. Par conséquent, lire en rhizome consiste à lire de manière intense et immanente les relations entre les éléments, au sein d'un agencement. Quel est le fonctionnement de la lecture en rhizome? Que produit-elle?

Diana Masny est professeure émérite à l’Université d’Ottawa et professeure auxiliaire à Queensland University of Technology. Ses recherches portent sur le développement transdisciplinaire de la Théorie des littératies multiples, la rhizoanalyse, la petite enfance, langue et immigration et l’éducation en milieu minoritaire.
Publications récentes
Mapping Multiple Literacies: An introduction to Deleuzian Literacy Studies (avec David. R. Cole), Continuum, 2013 (Bloomsbury, 2014).
Direction
Cartographies of Becoming in Education, Sense, 2013.
Co-direction
Deleuze and Education (avec Inna Semetsky), Edinburgh, 2013.
Education and the Politics of Becoming (avec David. R. Cole), Routledge, 2014.


Abrahão de OLIVEIRA SANTOS: Agencement-candomblé et lignes de fuite brésiliennes
Le candomblé, culte de l'ancestralité de matrice africaine, a été créé par les Africains esclavagisés et leurs descendants qui ont du résister et inventer des modes de penser et de vivre, distincts des valeurs coloniales. La pratique du culte a longtemps été considérée comme un crime par l'État brésilien. Entre 1890 et 1940 la police de Rio de Janeiro a envahi ses lieux de vie, les terreiros, confisquant les objets rituels et appréhendant les adeptes. Après la reconnaissance d'un statut religieux aux activités  du "peuple de santo", il subit aujourd'hui des attaques violentes de certains évangélistes qui sont alliés aux institutions de l'État ou au pouvoir des trafiquants de drogue des favelas. Dans cet environnement hostile, le processus créatif du candomblé a engagé le peuple noir dans une démarche de "chercheurs d'existence", inspirée par les "encantamentos" (enchantements) ancestraux qui s'offre sur la nouvelle terre, à la recherche d'alternatives politiques et sociales dans les villes qu'ils habitent. Le peuple des terreiros se compose actuellement aussi de Brésiliens non noirs et d'étrangers, qui recherchent ces "encantamentos" (enchantements) et reinventent leurs rites. Je propose de montrer comment l'agencement-candomblé fabrique à la fois une grande variété de cultes et un mouvement commun de création de lignes de fuite brésiliennes.

Abrahão de Oliveira Santos est professeur de Psychologie à l’Universidade Federal Fluminense, Rio de Janeiro, Brésil, et directeur du Kitembo - Laboratoire de Recherche en Subjectivité et Culture Afro-Brésilienne, il travaille sur le champ social et la santé mentale en utilisant des concepts de Felix Guattari et Gilles Deleuze.
Publications
"Gestion collective des rêves: extractions déterritorialisées", Revue L’Unebévue, nº31, 2014.
Psicose: questoes de vida ou morte, Sao Paulo, Vetor, 2006.


Peter Pal PELBART: Subjectivations, dé-subjectivations
Chez des penseurs contemporains tels que Foucault et Deleuze, aussi bien que chez certaines de ses sources littéraires ou philosophiques (Nietzsche, Blanchot) ou chez les philosophes inspirés par eux (Agamben, Negri), on peut discerner nettement deux vecteurs: l´un qui va dans la direction d´une "dé-subjectivation", collective et individuelle, soit dans le domaine philosophique, esthétique, politique, voire clinique, et un autre, au contraire, qui constitue des "modes de subjectivation" — sans que cela implique un retour quelconque au Sujet (de la connaissance, de l´histoire, etc). Il s´agit donc de penser l´articulation ou le hiatus entre ces deux vecteurs dans notre contexte biopolitique, dont les dispositifs et agencements redessinent les modes d´existence actuels et les rapports entre vie/pouvoir/subjectivité.

Peter Pál Pelbart est philosophe et essaiste. Il est professeur à la Pontificale Université Catholique de São Paulo. Il a traduit des livres de Gilles Deleuze en brésilien et écrit sur la folie, le temps, le biopolitique, la subjectivité.
Son dernier livre est Cartography of Exhaustion - Niilism Inside Out. Membre de la Compagnie Théâtrale Ueinzz, il a un projet de théâtre avec des usagers psychiatriques à São Paulo. Il est également co-éditeur de la n-1publication.


Anne QUERRIEN: La politique en deçà et au delà de la représentation
L'œuvre majeure de Deleuze est apparue au moment où le mouvement de mai 68 était rentré dans le rang. Elle donnait de nombreux concepts, tels que différence et expression par exemple, qui permettaient d'appréhender différemment le mouvement social et d'en chercher le sens dans l'action de minorités. Pour de nombreux acteurs de ce mouvement, le cours de Deleuze fut l’occasion de transformer leurs pratiques et de se lancer dans des expérimentations artistiques ou sociales. La critique de la notion de représentation qui fonde la pratique politique démocratique, céda la place au souci de coordonner une multitude de tentatives alternatives, menées selon leurs logiques propres. Ces expériences micropolitiques, ou parfois très vastes, sont bordées par la pensée de Deleuze et Guattari qui,  par la conception d’un virtuel actif, leur ouvre des possibles.

Frédéric RAMBEAU: Prise et méprise dans la perversion deleuzienne
La perversion désigne pour Deleuze la discontinuité, le trébuchement, l’accroc qui singularise un mode d’existence immanent. Par la manière disjonctive dont elle articule les intervalles du sens et les déraillements du jeu pulsionnel, elle nous porte au cœur du lien que Deleuze a noué entre critique et clinique. Elle nomme un nouveau système de provocations, irréductible à un processus de régression pathologique, qui déplace la théorie freudienne des destins pulsionnels, destitue la métaphore paternelle et met en jeu la fonction éthique de l’érotisme. Mais quelle position subjective Deleuze veut-il faire valoir avec cet éloge, certes ponctuel, de la perversion, qui vient saper le bien fondé de l’alternative et la nécessité du choix imposé par le tranchant de la castration et qui suspend, dans la forme de la dénégation, la division subjective qui est censée s’y jouer? L’opération perverse, censée être créatrice dans son hésitation même, déterminée dans son oscillation, ne relève pas tant, chez Deleuze, d’une subjectivation sexuelle que d’une allure vitale. Mais par là elle indique aussi un point de dessaisissement de l’éthique deleuzienne du désir.

Frédéric Rambeau est maître de Conférences au département de philosophie de l’Université Paris8 Vincennes/Saint-Denis. Ses recherches portent sur la philosophie française contemporaine et sur les théories de la subjectivation.
Publications
Michel Foucault, La Volonté de savoir, Gallimard, "folioplus", 2006.
"Des gestes faits en public", in Réactivations du geste, J.Abensour (ed.), 2011.
"Deleuze et le personnage conceptuel", Europe, 2012.
"La fêlure de l’immanence, Foucault-Lacan 1966", L’Unebévue, 2013.
"L’endurance de l’immanence", Nouvelle Revue d’Esthétique, 2014.


Tatiana ROQUE: Formalismes et investissements politiques
Deleuze et Guattari désignent l’immanence capitaliste comme une axiomatique, notamment dans Mille Plateaux. En quel sens l’axiomatique serait-elle immanente? Nous ferons une analyse historique du rôle de l’axiomatique en mathématiques, en soulignant des éléments qui ont pu intéresser D&G au moment où ils ont écrit ce livre. Il deviendra nécessaire, ensuite, d’expliquer qu’il ne s’agit pas pour eux d’une métaphore mathématique. Pour cela, il faudra montrer, d’une part, en quoi l’axiomatique caractérise une étape du capitalisme qui se définit aussi par une inflexion dans les manières de penser et de faire de la philosophie. D’autre part, ce sera peut-être le moment d’interroger la pertinence et les effets de l’emploi d’un tel concept à la lumière du rôle que les formalismes mathématiques ont eu ces dernières années dans des courants hégémoniques de la philosophie. Cette remise en question est d’autant plus urgente que la machine capitaliste fonctionne, chaque jour de manière plus intense, à partir des outils issus des domaines mathématiques d’une tout autre nature, comme la cybernétique et l’automation.

Tatiana Roque, professeur à l’Institut des mathématiques de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro, est membre associé des Archives Henri Poincaré (Laboratoire d'Histoire des Sciences et de Philosophie - Université de Lorraine). Elle  a été directrice de programme au Collège International de Philosophie.

Anne SAUVAGNARGUES: Écologie des images
Tenir que les images valent à la fois comme individuations réelles et comme production de subjectivation revient à confronter les agencements collectifs d’énonciation aux agencements technoesthétiques sensori-moteurs et à leurs milieux associés. De tels milieux ne sont pas seulement professionnels et mentaux mais également environnementaux et sociaux-techniques. Cela ouvre à une nouvelle exploration écologique des images.

Anne Sauvagnargues est Professeure des universités à l’Université Paris Ouest Nanterre et a publié notamment Deleuze. De l’animal à l’art (2004), Deleuze et l’art (2005), Deleuze. L’Empirisme transcendantal (2010) aux PUF, Artmachines (Edinburgh University Press, 2015).

Valentin SCHAEPELYNCK: "Machine de guerre": au croisement du concept et de l’expérimentation sociale
Dès 1953, Deleuze écrit dans Empirisme et subjectivité avoir rencontré dans l’œuvre de Hume une conception créatrice de l’institution. Loin de se réduire à une borne, un cadre ou une limitation, celle-ci doit plutôt être envisagée comme "un modèle d’actions, une véritable entreprise, un système inventé de moyens positifs". Une vingtaine d’années plus tard, préfaçant le recueil de Félix Guattari, Psychanalyse et transversalité, il identifie dans la psychothérapie institutionnelle un "troisième âge de la psychiatrie", qui a su introduire une pensée originale de l’institution comme modèle et création collective, au-delà de la loi répressive comme du contrat libéral. Nous tenterons de dégager la singularité de l’approche deleuzienne, puis deleuzo-guattarienne, de l’institution, au croisement de la production des concepts et de l’expérimentation sociale.

Karin SCHNEIDER: Situational Diagrams
Thinking + materiality = art.
The character who is capable of producing this equation in its singular form is the figure of the artist. The one who is able to create what was never been created before. However, this capacity of encapsulating thought into forms as eternal instants, deeply related to its own time creation has many different intersections. From a dialogue with Art History to a broader form of "social creations", the figure of the artist exists within a horizon of producing/reinforcing/deconstructing fixed visions of time and space; and in more diluted ways of constant producing social movements. An aesthetic project nowadays should consider the figure of the artist as a floating sign. A sign that can interact with many different intersections producing affect, percepts and concepts always neutralizing and dislocating planes of fixed compositions.

Karin Schneider (American/ Brazilian) artist, filmmaker, teacher and writer, living and working in Harlem, New York. In 1997, she was the co-founder of Union Gaucha Productions (UGP), an artist-run, experimental film company designed to collaborate with people from different artistic disciplines. Schneider was also a founding member of Orchard gallery, a cooperatively organized exhibition and event space in New York's Lower East Side. (2005 to 2008). In 2010, co-founded cage to facilitate other kinds of encounters among people from different disciplines. Her work are in museum collections such as Whitney Museum of American Art, New York, Museum of Modern Art, Sao Paulo; Museum of Modern Art, Rio de Janeiro; Museum of Art in Lodz, Poland; Centre Georges Pompidou, Paris; Museum of Modern Art, Buenos Aires among others. She exhibited in numerous museums internationally such as Museum of Modern Art, New York; Sculpture Center, NY; Centre D’art Contemporain, Bordeuax; The Barbican, London; Museum of Modern and Contemporary Art, Rijeka among others.

Fredrika SPINDLER: Subjectivités et lignes de fuite: sur l'amitié
"L’être inconnu et glissant d’un "Qui?" indéfini" (Blanchot).
Si l’amitié est au cœur de la philosophie, constituant sa définition en tant qu’amour ou amitié de la sagesse, Deleuze a bien montré, tout au long de son œuvre ainsi que dans celle co-écrite avec Guattari, comment l’ami de la sagesse ne saurait être d’une nature nette ni simple. Tout comme la supposée sagesse a du être repensée en termes de cet inconnu qui est à penser dans une rencontre violente, l’ami est aussi un rival, un opposant, un prétendant. La question qui doit ainsi être posée est la suivante: sous quelles conditions est-il possible de repenser l’amitié — non seulement l’ami de la sophia, mais la nature d’une amitié philosophique dans laquelle on (un, deux, beaucoup) ait perdu le Je autant que le Nous; dans laquelle on devient une multiplicité dé-subjectifiée, dé-personnalisée, dont un autre nom est l’amour, appelé par la pensée de Deleuze — et à quel prix un tel devenir peut venir à être.

Fredrika Spindler, PhD en Philosophie, maître de conférences à l’Université de Södertörn, Stockholm et Richmond Visiting Professor à Williams College, Massachusetts, USA.
Publications récentes
Deleuze. Tänkande och blivande (Deleuze. Penser et devenir), Göteborg, Glänta Produktion, 2013.
Nietzsche. Kropp, konst, kunskap (Nietzsche. Corporéité, création, connaissance), Göteborg, Glänta Produktion, 2010.
Spinoza. Multitud, affekt, kraft (Spinoza. Multitude, affect, puissance), Göteborg, Glänta, 2009.
Att läsa Spinoza (Reading Spinoza), (ed, with Carl Montan), Stockholm, Tankekraft, forthcoming spring 2015.
"Affektivitetens ekonomi" ("The economy of affectivity"), De Nios Litterära - Kalender, Magnus Halldin (ed), Stockholm, Norstedts, forthcoming spring 2015.
"Time and eternity", Spinoza. Basic Concepts, Andre Santos Campos (ed), Exeter, Imprint Academic, forthcoming spring 2015.
"Deleuze: om identitet, fascism och motstånd" ("Deleuze: on identity, fascism and resistance"), Samtida politisk teori, Stefan Johnsson (ed), Stockholm, Tankekraft, forthcoming spring 2015.
Förord, Spinoza, Politisk-teologisk traktat (Introduction to Spinoza’s Theologico-Political Treatise), Göteborg, Daidalos, 2014.
"Multitude and democracy", in Time and Form, Marcia Sà Cavalcante Schuback and Luiz Carlos Pereira (eds), Stockholm, Axl Books, 2014.


Claire THOUVENOT
Claire Thouvenot est doctorante en philosophie de l’art à Paris Ouest Nanterre La Défense. Elle travaille sur les relations entre esthétique et politique, à travers le cas particulier des projets architecturaux de l’avant-garde russe (suprématisme et constructivisme) pour transformer le mode de vie, comme cartographie des possibles existentiels ouverts par la révolution de 1917.

Kuniichi UNO: La genèse d’un corps inconnu
L’imperceptible n’est jamais aboli dans la perception. Une image est perçue mais comme imperceptible. Une image même visuelle n’est jamais une représentation optique sur un écran à l’intérieur du corps ou du cerveau. Elle est faite de couches des images imperceptiblement construites. Ce que nous voyons nous est donné par les invisibles, les images multiples, multi-dimensionnelles constituées à travers les sens différents qui tracent ce que Walter Benjamin a appelé "l’Espace des Images". Le corps inconnu dans le cinéma, notamment dans celui de l’Image-temps apparaît dans cet Espace des images imperceptibles, quasi-tactiques. Une image est profondément tactile plus que visible pour Deleuze. Essayons de (re)trouver une nouvelle concaténation entre la perception, les signes, le corps et le monde à travers des livres de Deleuze.

Françoise VERY: Deleuze et la multiplicité de la pensée architecturale
En interrogeant des non-philosophes, dont beaucoup d’architectes, qui depuis la fin des années soixante ont écouté ou lu Gilles Deleuze, je vais essayer de faire un premier repérage de la diversité des manières de s’intéresser à lui lorsqu’on cherche à construire une pensée du projet. Ce qui m’intéresse est la mise en évidence de la multiplicité des intérêts de Deleuze face à la diversité des modes de penser l’architecture. La publication du "Pli" a été un des moments les plus évidents de l’intérêt pour Deleuze dans les écoles d’architecture. Mais, pour nous architectes qui nous intéressons aussi bien aux relations entre les cultures de l’architecture et du cinéma qu’à la création de rapports entre pensée architecturale et fabrication des territoires, il représente une constante vivification et un encouragement de la pensée. Enfin, mon intérêt pour lui vient aussi de la construction d’une pensée philosophique à partir d’un travail critique historique puisque l’histoire architecturale de l’architecture est la source du laboratoire de recherche que nous avions créé avec Bruno Queysanne il y a plus de trente ans.

Françoise Very est architecte IUAV Venise. Dottore in Architettura sous la direction de Manfredo Tafuri, "Peter Behrens 1900-1920", 1973. Lauréate de la Villa Médicis (hors les murs) à Vienne (Autriche). Jusqu'au 30 septembre 2013: Professeur de Théories et Pratiques de la Conception Architecturale et Urbaine à l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Grenoble. Responsable du master Aedification-Grands territoires-Villes. Directrice du laboratoire de recherche "Les Métiers de l’Histoire de l’Architecture, édifices-villes-territoires ".
Dernières publications
Latek, Irena, Paviol, Sophie, Simond, Clotilde, Very, Françoise (sous la direction de), In situ - de visu - in motu. Architecture, cinéma et arts technologiques. Architecture, cinema and the technological arts, In folio éditions, Gollion, 2014.
Lucente, Roberta, Recchia, Ida, Thépot, Patrick, Very, Françoise, Feedback, Territori di ricerca per il progetto di architettura. Territoires de recherche pour le projet d’architecture, Rome, Gangemi editore, À parraître.


Dork ZABUNYAN: Le cinéma comme "art du contrôle": stratégies du retournement
Un an après la publication de L’Image-temps (1985), Deleuze rédige une "lettre" au critique de cinéma Serge Daney, qui sera reprise par la suite dans Pourparlers (1990). Deleuze y esquisse un étrange programme pour le cinéma, puisqu’il s’agit d’en faire un "art du contrôle", qui reste encore à inventer. Une double opération le caractérise, sachant que cet "art du contrôle" se situe dans un moment de "convulsion", voire de "lutte" entre cinéma et télévision. Premièrement, une sorte d’immersion, presque un abandon dans ces images télévisuelles qui dénaturent les potentialités expressives du médium par la diffusion de programmes "sans âme", parfois "absolument nuls", organisateurs ici et là d’une "débilité du cervelet". Deuxièmement, un "retournement" effectué par le cinéma de ces mêmes images sur leur propre terrain, une espèce de sublimation de la médiocrité du spectacle télévisuel, mais sans parodie ni raillerie. "L’art du contrôle" mis en avant par Deleuze se propose corrélativement de renouveler la critique des images animées en un sens élargi.

Dork Zabunyan est maître de conférences HDR en cinéma à l’Université de Lille 3. Il a publié deux ouvrages sur Deleuze et le cinéma: Gilles Deleuze - Voir, parler, penser au risque du cinéma (PSN, 2006) et Les Cinémas de Gilles Deleuze (Bayard, 2011). Il collabore à différentes revues comme artpress, Cahiers du cinéma, Trafic ou encore Critique. Il dirige la collection "Logique des images" aux éditions Bayard.



"Le corps sans organes: d'Antonin Artaud à Carmelo Bene à la distance des drogues", performance-lecture par Carlo BENGIO, réalisateur de films documentaires et acteur (Montréal, Canada)
Dans mon intervention, je propose de visiter le corps sans organes deleuzien en mettant à l’œuvre le concept dans une série de situations faisant intervenir l’usage des drogues telles que: héroïne, cocaïne, amphétamine, LSD. Mon discours s’articule sur mon vécu d’ancien usager qui se prolonge par une carrière dans les arts de la scène. On visionnera d’abord un document audio-visuel que j’ai créé en déclamant des extraits de "Interjections" d’Antonin Artaud, sur une musique balinaise, montrant des images en contre-point.

Carlo Bengio est metteur en scène, acteur, performeur, scénographe. Co-concepteur de spectacles multimédia  représentés à Montréal et dans de nombreux festivals au cours de tournées internationales (1982 à 1990). Nombreuses mises en scènes de théâtre à Montréal (1992 à 2010).



Gabriela BERTI: Agencements créatifs, assemblages collectifs (Vidéo-Essai)
Les notions d’agencement et d’assemblage proposées par Guattari et Deleuze sont des puissants outils pour penser notre présent et activer notre capacité à créer de façon continue. Les assemblages sont des actes qui posent des fondations et dévient toute subjectivité clôturée, en nous invitant à comprendre qu’il existe un collectif en nous et autour de nous. Créer est une manière de résister, d’agencer, agencement où les assemblages collectifs jouent un rôle constituant et mobilisant. Dans cette vidéo-essai, nous partons des idées de Deleuze et Guattari afin de nous approcher de quelques-uns des faits les plus pressants du contexte sociopolitique de l’Espagne, en utilisant des formes créatives réalisées par la PAH (Plateforme des Victimes de l’Hypothèque), qui nous permettent d’intervenir dans la réalité, de même que des actions de protestation contre la violation des droits humains des migrants.

Avec le soutien
de l'Université de Paris Ouest Nanterre La Défense,
de l'Université Paris 8
et de l'Université Paris Lumières

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