Plan du Site du Centre Culturel International de Cerisy-La-Salle
: cliquez
ici
DU JEUDI 25 AOÛT (19 H) AU JEUDI 1er
SEPTEMBRE (14 H) 2011
DIRECTION : Christine HUGUET
ARGUMENT :
Pour quelles raisons l’œuvre de
Charles Dickens, cette "substance fluide et composée
appelée: Dickens", pour parler comme Chesterton, s’est-elle
imposée, d’emblée et à tout jamais, semble-t-il,
comme un référent universel? Pourquoi les techniques
et procédés qu’il mit au point pour le plus
grand bonheur de ses contemporains, continuent-ils d’inspirer les
écrivains de notre temps, après avoir profondément
marqué ceux du vingtième siècle?
Le Bicentenaire de la naissance
de l’"Inimitable" approche à grands pas, et pourtant
le secret de l’atemporalité, du statut mythique
de son œuvre, nous échappe toujours. Nul n’ignore
que la modernité accorde une attention particulière
au pouvoir des mots, à cette capacité qu’a la littérature
de créer un monde autonome, et que, à cet égard,
la magie créatrice du Verbe se manifeste avec une vitalité
rarement égalée dans le corpus dickensien. Mais un tel
constat n’épuise pas la question de l’éternelle
jeunesse de Dickens.
Ce colloque international, qui réunira bon nombre
de spécialistes mondiaux de l’auteur, s’attachera donc
à apporter des réponses à cette interrogation,
en mettant notamment en relief, à la lumière des enjeux
modernistes, un certain nombre d’aspects moins connus de l’œuvre du grand
romancier.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Jeudi 25 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants
Vendredi 26 août
Matin:
Dickens et la France
Michael HOLLINGTON:
Charles Dickens citoyen
Ignacio RAMOS GAY: Dickens, la France et la proto-écocritique
comparative (texte lu)
Après-midi:
Questions de réception 1
Juliet JOHN: Culture, environnement
et popularité
Dominic RAINSFORD: Dickens
et le monde en explosion
Paul SCHLICKE: L’actualité
de Sketches by Boz
Soirée:
Gillian PIGGOTT: Dickens, Chaplin et les premiers films
muets
Samedi 27 août
Matin:
Les objets selon Dickens
David ELLISON: "Traces
discrètes": Dickens et les enjeux de l’intimité
Holly FURNEAUX: Dickens,
la sexualité et le corps, ou, pour l’amour d’une horloge: Maître
Humphrey et ses obscurs objets du désir
Après-midi:
DÉTENTE (Mont-Saint-Michel)
Dimanche 28 août
Matin:
Forme et Récit 1 (débuts, milieux, fins)
David PARKER: Intrigues
dickensiennes
John O. JORDAN: Clôture
du récit dans David Copperfield et Bleak House
Après-midi:
Dickens (Post)Moderne
Francesca ORESTANO:
Deux Londoniens: Charles Dickens et Virginia Woolf
Natalie McKNIGHT: Dickens
post-moderne: fragmentation de l’être, états de conscience
autres
Adina CIUGUREANU: Obsession
et mélancolie dans l’œuvre de Dickens (David Copperfield
et Great Expectations)
Soirée:
Wendy PARKINS: Mobilité et modernité:
lecture de Barnaby Rudge
Lundi 29 août
Matin:
Forme et Récit 2
Lawrence FRANK: De l’utilité
des allusions dans les romans tardifs de Dickens
Zelma CATALAN: "Tous mes
actes et mes pensées, en toute sincérité",
ou pourquoi faire confiance aux narrateurs à la première
personne chez Dickens?
Michal P. GINSBURG: Intrigue
de/dans Barnaby Rudge
Après-midi:
Oblicité et ambiguïté chez Dickens
Valerie KENNEDY: Animal,
végétal ou minéral? Interversions de l’organique
et de l’inorganique dans Our Mutual Friend
Matthias BAUER
& Angelika ZIRKER: Dickens et l’ambiguïté
Soirée:
Dîner au Château de La Salle. Lecture par Michael
HOLLINGTON
Mardi 30 août
Matin:
"Philothophy", philosophie existentielle et sens de l'Histoire
John BOWEN: "La philozophie
de la choze"
David PAROISSIEN: Dickens
et les voix de l’Histoire
Andrew BALLANTYNE: Dingley
Dell: lieux de mémoire dans Pickwick Papers
Après-midi:
DÉTENTE (Coutances)
Soirée:
Nathalie VANFASSE: La Dame à sa toilette,
La Vanité et La Jeune Fille et la Mort: une réinterprétation
picturale du personnage de Miss Havisham
Mercredi 31 août
Matin:
Questions de réception 2
Murray BAUMGARTEN: Dickens
et les Juifs/les Juifs et Dickens
Vladimir TRENDAFILOV:
Dickens et quelques légendes urbaines de la Bulgarie du vingtième
siècle
Dickens à l'international
Jonathan GROSSMAN: Réseaux
de passagers
Après-midi:
DÉTENTE (Bayeux)
Soirée:
Robert L. PATTEN: Dickens à
l'international. Little Dorrit raconte le "Grand Tour"
Jeudi 1er septembre
Matin:
Ignacio RAMOS GAY: Dickens, la France et la proto-écocritique
comparative (texte lu)
Après-midi:
DÉPARTS
RÉSUMÉS :
Andrew BALLANTYNE: Dingley Dell: lieux de mémoire
dans Pickwick Papers
L’éducation et la recherche contribuent à
nous préparer à affronter l’avenir. Dans notre vie
professionnelle, nous sommes supposés faire preuve de toujours
plus d’efficacité, et tout est mis en œuvre pour que nous produisions
le maximum de ces bonnes choses qu’attendent de nous employeurs et
clients. L’industrialisation y est très clairement pour quelque
chose, elle qui a mis la machine à vapeur à l’honneur.
Pickwick Papers, quant à lui, nous met en vacances. C’est
un texte fouillé et ludique à la fois, sans la moindre efficacité,
même sur le plan narratif, puisque l’intrigue se résume
presque en une série de digressions. L’Arcadie idéalisée
de ce texte, c’est Dingley Dell, village qui a su préserver son
manoir vieille Angleterre et sa communauté pré-industrielle.
Les traditions rurales (le cricket, les fêtes de Noël) y
sont toujours aussi vivaces, et l’endroit se présente comme celui
où s’incarne l’authentique identité nationale. Il s’oppose
aux usines et aux écoles qui occupent l’espace des autres écrits
de Dickens: des endroits où efficacité est le maître
mot mais où l’auteur ne trouve que vie de forçat et
des lieux où l’humanité, lorsqu’elle est toujours présente,
ne survit qu’envers et contre tout. Dingley Dell offre une poche de
résistance à l’industrialisation ; sa culture devient
incarnation d’une identité nationale bien en mal de bonne humeur
pour trouver sa place dans un avenir industriel.
Matthias BAUER & Angelika ZIRKER: Dickens
et l’ambiguïté
Dickens n’a pas la réputation d’être
un auteur particulièrement ambigu, surtout lorsqu’on songe
à des personnages aussi nettement bons ou mauvais qu’Oliver
ou Quilp, ou encore à la rédemption de Scrooge et à
la justice poétique qui consacre la chute de M. Pecksniff. Pourtant,
évoquer le contraste entre le bien et le mal dans l’œuvre de
Dickens, c’est précisément mettre le doigt sur cette prédilection
qu’avait l’auteur pour les dichotomies qui, soudain, deviennent potentiellement
ambiguës. Le dénouement de Great Expectations en
constitue le cas le plus remarquable: il plonge le lecteur dans la plus
grande incertitude concernant le devenir de Pip, humble amoureux d’une
étoile antagonistique, Estella. Mais alors qu’on a abondamment commenté
ce dénouement et ses révisions successives, on s’est rarement
penché sur le phénomène pourtant fréquent
d’ambiguïté produite par des dichotomies en apparence nettes,
et dont la conclusion de Great Expectations n’est qu’une variante.
Nous nous intéresserons à A Tale
of Two Cities, roman dans lequel le contraste entre les deux
villes ne saurait être dissocié de leur ressemblance,
et où la différence entre les deux héros masculins
n’aurait aucun sens s’ils ne se ressemblaient à ce point.
Nous verrons comment cette conception de l’ambiguïté opère
à tous les niveaux du discours, et notamment aux niveaux syntaxique
et sémantique: un principe que résume bien à elle
seule la première phrase du roman, "C’était la meilleure
des époques, c’était la pire des époques". Le
contraste y devient contradiction logique, apte à souligner
toute l’ambiguïté qu’il y a à juger de l’état
du monde. De la première à la dernière page du
roman, où vie et mort se rejoignent, le contraste n’est évoqué
que pour être mieux dépassé.
Matthias Bauer est professeur de littérature
anglaise à l’Université de Tübingen, Allemagne.
Il est co-fondateur et co-rédacteur en chef de Connotations:
A Journal for Critical Debate. Il s’intéresse plus particulièrement
aux débuts de l’ère moderne (à ce titre, ses
publications portent sur Shakespeare et surtout sur les "poètes
métaphysiques"), à la période victorienne et au
discours poétique. Il est le concepteur de deux projets récents
de recherche et collaboration interdisciplinaire portant sur "Les dimensions
de l’ambiguïté" et sur "Contextes et leur interprétation",
ce dernier mettant l’accent sur les critères d’interprétation
en poésie. Il participe au tout nouveau projet de recherche sur
les "Textes sacrés". Dans le domaine des études dickensiennes,
il est l’auteur d’un ouvrage sur David Copperfield ainsi que
d’articles, dont un portant sur "Little Dorrit et le langage des
choses".
Angelika Zirker est maître de conférences
habilitée en littérature anglaise à l’Université
de Tübingen, Allemagne. Elle est co-éditrice de Connotations:
A Journal for Critical Debate. Elle s’intéresse aux
débuts de l’ère moderne et à la période
victorienne. Sa thèse de doctorat portait sur le concept de
rédemption dans les deux Alice de Lewis Carroll. Elle
a récemment co-publié un article interdisciplinaire
sur "L’interaction ambiguë Locuteur-Auditeur". Dans le domaine des
études dickensiennes, elle est l’auteur d’une conférence
sur les habitudes de lecture dans Our Mutual Friend (Colloque
"Dickens: Culture victorienne, plaisirs douteux", Jerusalem, 2009).
Murray BAUMGARTEN: Dickens et les Juifs/les
Juifs et Dickens
Pour les lecteurs juifs de Dickens, Oliver Twist,
que ce soit le livre ou ses adaptations théâtrales
et cinématographiques, s’est avéré être
une expérience traumatisante. Le problème n’est pas
seulement que Fagin est un Juif d’opérette, un personnage
de scène dont la bande de gamins a des airs de petite troupe
théâtrale qui s’entraîne à se déguiser,
à faire semblant d’être ce qu’ils ne sont pas et à
jouer différents rôles. Le problème est aussi que
Fagin fait inévitablement penser à Shylock: il vient
ainsi ressusciter le mythe des crimes rituels, vestige moyenâgeux
grâce auquel on a pu diaboliser les Juifs et qui occupe une
place de choix dans le canon littéraire anglais, en commençant
par Chaucer.
Au cours de cette communication, on se proposera
d’analyser la place occupée par Dickens dans l’histoire
de l’antisémitisme littéraire anglais, en étudiant
et en comparant Oliver Twist et Our Mutual Friend,
roman dans lequel Dickens inverse les stéréotypes
juifs. Peut-être est-ce précisément parce que l’auteur
conçut Riah pour faire contrepoids à Fagin que les Juifs
demeurent parmi ses lecteurs les plus nombreux et les plus fidèles?
Murray Baumgarten est professeur de littérature
anglaise et comparée à l’Université de Santa
Cruz, en Californie. Il est, avec Peter Kenez, titulaire de la
Chaire Neufeld-Levin d’Etudes sur l’Holocauste de cette même
université. Il a occupé pendant plusieurs années
le poste de rédacteur en chef de Judaism: A Quarterly
Journal of Jewish Life and Thought, une publication du Congrès
juif américain. Il est l’auteur ou co-auteur de nombreux
ouvrages sur la littérature juive, dont Understanding Philip
Roth (co-écrit avec Barbara Gottfried). De 1981 à
1986, il a été directeur-fondateur du "Projet Dickens".
John BOWEN: "La philozophie de la choze"
Dans Hard Times, la philosophie est partout,
non seulement dans la satire de la philosophie de Gradgrind et
de tout ce qui s’y rapporte, mais également dans cette terminologie,
cette foule de mots qui surviennent de façon récurrente
ou surgissent dans les instants particulièrement cruciaux
ou tendus: "signification, fait, raisonnable, raison, objet, sujet,
sens, vérité, existence, prise de conscience, matière,
l’immatériel". Mais si Hard Times est le roman de Dickens
qui pose le plus ostensiblement certaines questions philosophiques,
il est aussi celui qui s’intéresse de plus près aux concepts
d’amusement et de spectacle. Cette communication portera sur la façon
dont Dickens pense simultanément ces deux éléments.
Ce dont il sera ici surtout question, c’est l’amusement, la philosophie,
l’art d’être idiot et stupéfié, et en quoi peut
bien consister la puissance en chevaux.
John Bowen est Professeur de littérature
du dix-neuvième siècle à l’Université
de York. Il est l’auteur, entre autres, de Other Dickens: Pickwick
to Chuzzlewit (OUP, 2000), de l’édition Penguin du roman
de Dickens, Barnaby Rudge (2003) et, en collaboration avec le
Professeur Robert L. Patten, de Palgrave Advances in Charles Dickens
Studies (2005). Il a été Président de la Société
Dickens pour l’année 2008, est membre de faculté du Projet
Dickens de l’Université de Californie et membre de l’Association
Anglaise.
Zelma CATALAN: "Tous mes actes et mes pensées,
en toute sincérité", ou pourquoi faire confiance
aux narrateurs à la première personne chez Dickens?
Les récits à la première personne
soulèvent des problèmes liés à ce que
Lubomir Dolezel, dans Heterocosmica, nomme "l’authentification"
du monde de la fiction. Dans le cas de Bleak House et de Great
Expectations, ces problèmes deviennent plus aigus du fait
de l’intrigue policière, qui détermine quand et comment
révéler une vérité dont lecteur et narrateur
ignorent tout jusque bien plus loin dans le récit. Cette communication
porte sur les complexités du jeu de confiance qu’instaure Dickens:
un jeu dont il sort vainqueur grâce à une remise à
plat des tournants de l’histoire dans les récits policiers et
autobiographiques (voir à ce propos Jerome Bruner), grâce
aussi à l’adoption, à l’encontre de ses narrateurs, d’un
mode interactif spécifique. De cette façon, leur connaissance
accrue d’eux-mêmes se voit attribuer un degré certain
de fiabilité, pour reprendre le terme d’Alvin Goldman. Par ailleurs,
Dickens peut ainsi ancrer le monde de la fiction dans un cadre cognitif
solide qui privilégie une approche moderne de la question du rapport
entre action et formation de soi.
Zelma Catalan est maître de conférences
en littérature anglaise du dix-neuvième siècle,
stylistique et fiction narrative à l’Université de
Sofia, Bulgarie. Ses publications récentes dans ce domaine
sont les articles et ouvrages suivants: "The Victorian Bildungsroman:
Worlds, Spaces, Directions" (écrit en bulgare: Sofia: 2008), The
Politics of Irony in Thackeray’s Mature Fiction (Sofia: 2010), “Dickens’s
David Copperfield: Worlds, Landscapes, and Narrative” (Metamorphosis
and Place, CSP, 2009), "Dickens and Bentham in Bleak House:
A Fiction against Fictions" (à paraître).
Adina CIUGUREANU: Obsession et mélancolie
dans l’œuvre de Dickens (David Copperfield et Great
Expectations)
Cette communication portera sur l’obsession et la
mélancolie considérées comme des "maladies
nerveuses": des pathologies que le dix-neuvième siècle
identifiait comme des aspects de la folie, selon Foucault (Histoire
de la folie à l'âge classique), et dont souffrent
certains des personnages mineurs de David Copperfield et
de Great Expectations, comme je m’efforcerai de le montrer.
Dickens, on le sait, s’intéressait aux maisons de fous ; il
lui arriva de visiter des hospices. Par ailleurs, il était
l’ami de John Forster et John Conolly, qui avaient tous deux des connaissances
en psychiatrie et de l’intérêt pour cette science. De
surcroît, les articles traitant de la folie qu’il publia dans
Household Words ainsi que la description qu’il offrit d’un hospice
de fous dans American Notes tendent à prouver non
seulement qu’il désirait clairement exploiter ce thème,
mais aussi qu’il en comprenait les enjeux littéraires profonds.
Cette communication tentera de démontrer dans quelle mesure
des personnages comme Dora, Uriah Heep, Molly ou encore Mrs. Joe présentent
des symptômes d’obsession, de mélancolie, ou des
deux. Tout en n’ayant jamais été ni hospitalisés
ni retirés de l’hospice (comme M. Dick), ils n’en deviennent
pas moins des cas de folie caractérisée, allant d’une
douce mélancolie (Dora) à un état obsessionnel
grave (Uriah Heep). En abordant tous ces cas de folie, qu’elle soit
médicalement reconnue ou non, Dickens anticipe le roman (post-)moderne,
qui a fait de l’esprit dérangé l’un de ses thèmes
de prédilection.
Adina Ciugureanu est professeur de littérature
anglaise et américaine à l’université Ovidius
de Constanta, Roumanie. Elle y occupe actuellement le poste de doyen
de la Faculté de Lettres. Son principal domaine de recherche
est l’ère victorienne et le modernisme. Ses ouvrages High
Modernist Poetic Discourse (1997), Modernism and the Idea of
Modernity (2004) et Victorian Selves (2005) témoignent
de son profond intérêt pour ces périodes. Elle
est également l’auteur de nombreux articles, parus en Roumanie
et ailleurs, dont "The Victim–Aggressor Duality in Great Expectations",
à paraître cette année.
David ELLISON: "Traces discrètes": Dickens
et les enjeux de l’intimité
Dans une page remarquable de Paris, Capitale du dix-neuvième
siècle, Walter Benjamin fait une description inoubliable
d’un intérieur bourgeois, vu comme déploiement de surfaces
recouvertes de panne de velours, destinées à retenir
les traces de l’occupant des lieux. Il observe une préférence
pour le velours pour recouvrir les chaussons, les montres et autres
objets qui, même lorsqu’ils attendent de servir ou sont visiblement
délaissés, témoignent des instants heureux où
ils se font fait manipuler. Une telle interaction, suggère Benjamin,
établit une ligne de démarcation entre les sphères
publique et privée, créant ainsi l’identité du sujet
par l’objet. Si le monde extérieur regorge de biens froidement
utiles, l’intérieur héberge les habitudes du collectionneur,
et ce sont elles qui permettent de retenir les données concernant
l’individu, puisqu’elles laissent leur empreinte, éphémère
mais éloquente, sur les objets. Benjamin voit dans ce rapport
franchement érotique à l’objet une ressemblance nette
avec le type d’échange mis en place dans le cadre du commerce sexuel.
Cette communication portera sur la relation entre collectionneur et
objet, à comprendre non pas tant comme signe de la complexité
du monde marchand que comme réponse à un problème
récent: celui de la préservation d’une précaire
intimité au sein du foyer. Dans Oliver Twist et dans Dombey
and Son, Dickens explore justement cette incapacité de l’intérieur
domestique à garantir la vie privée, tout en laissant entendre
que, au sein de la demeure victorienne, certaines sortes d’objets (notamment
les livres) peuvent créer des domaines bien plus privés que
d’autres.
David Ellison est en ce moment chercheur invité
au centre de recherches des cultures en transformation de l’Université
de Technologie de Sydney. Il enseigne les études littéraires
et l’histoire culturelle à la School of Humanities de l’Université
de Griffith. Sa recherche porte entre autres sur la littérature et
la culture victoriennes, la vie du foyer, la technologie, l’architecture
et la bioéthique. Il a récemment publié "Inimitable
Marionettes, Dickens with Napoleon in his Eyes", "The Spoiler’s Art:
Embarrassed Space as Memorialisation", ainsi que "Reproduction without
Women: Frankenstein and the Prohibition of Human Cloning" (en collaboration
avec le Professeur Isabel Karpin). Il travaille actuellement sur le
thème du foyer, source de mécontentement: un projet qui
remet en cause l’idée du triomphe toujours plus marqué
du confort sur le foyer victorien parce qu’il privilégie à
l’inverse le concept d’inconfort, en montrant comment ce dernier se décline
curieusement dans toutes les pratiques improvisées qui façonnent
la vie moderne au quotidien.
Lawrence FRANK: De l’utilité des allusions
dans les romans tardifs de Dickens
Conçue dans la perspective d’une histoire
du fait intellectuel telle que M.M. Bakhtin et Dominick LaCapra
l’ont théorisée, cette communication, qui portera
sur les tensions, réelles ou apparentes, entre intrigue et
allusion, évoquera plus particulièrement les allusions
à Hamlet et aux débats scientifiques du milieu
de l’époque victorienne que l’on trouve dans Bleak House,
Little Dorrit et, plus particulièrement, dans Our
Mutual Friend, réponse délibérée
de Dickens à L’Origine des espèces de Darwin.
En revenant sur la pratique de l’histoire du fait
intellectuel après une quarantaine d’années de
théorisation, cette communication permettra de voir comment
l’allusion, envisagée comme une forme de "figuration",
peut parvenir à infléchir l’intrigue dans les romans
ici envisagés. Elle modifie notamment l’orientation du récit
vers la résolution apparente des intrigues policière
et amoureuse (celle qui mène les personnages de la première
rencontre à l’autel). La perspective ici adoptée s’inspirera
des travaux de Garrett Stewart sur la narratographie, parus dans Novel
Violence et ailleurs.
Lawrence Frank est professeur émérite
d’anglais à l’Université d’Oklahoma. Il est l’auteur
de Charles Dickens and the Romantic Self et de Victorian
Detective Fiction and the Nature of Evidence: The Scientific Investigations
of Poe, Dickens, and Doyle. Il a publié de nombreux articles
sur la littérature et la culture des dix-neuvième siècles
britannique et américain dans des recueils et revues scientifiques,
notamment American Imago, Dickens Studies Annual,
Essays in Criticism, Nineteenth-Century Literature,
Signs, et Studies in English Literature.
Holly FURNEAUX: Dickens, la sexualité et
le corps, ou, pour l’amour d’une horloge: Maître Humphrey et
ses obscurs objets du désir
En tant qu’écrivain, Dickens éprouvait
une véritable fascination pour la culture marchande et consumériste
et pour ses conséquences sur les relations humaines: c’est
là l’un des nombreux traits de modernité de son œuvre. Je
m’intéresse ici à Master Humphrey’s Clock, miscellanées
aujourd’hui peu connues que Dickens rédigea entre avril 1840
et décembre 1841. Certes, The Old Curiosity Shop,
roman publié en feuilleton que ce texte préfigurait à
l’origine, eut tôt fait de le supplanter. Il n’en demeure pas moins
que la narration de départ (qui présentait Master Humphrey,
son cercle de conteurs invétérés et ses manuscrits
logés au creux de l’horloge) présente des liens évocateurs
avec The Old Curiosity Shop. J’examine en détail cette
fascination pour la relation à l’objet dont le périodique
explore la singularité. M’appuyant sur des travaux relatifs à
la théorie de la chose, à Dickens et la culture marchande,
j’examine de plus près l’armoire de l’horloge, afin de faire apparaître
les relations émotionnelles, souvent teintées d’érotisme,
qu’entretiennent l’homme et l’objet dans ces miscellanées. J’agrandis
le périmètre de recherche de mon ouvrage, Queer Dickens,
afin de définir l’intérêt que portait Dickens aux
désirs non maritaux et à ceux exempts de toute notion de
reproduction. J’analyse le mécanisme queer de l’horloge, à
la fois comme hybride générique et comme lieu autre de reproduction.
Holly Furneaux est maître de conférences
en études victoriennes à l’Université de Leicester.
Elle est l’auteur de Queer Dickens: Eroctics, Families, Masculinities
(Oxford University Press, 2009) ; elle a co-dirigé, avec Sally
Ledger, l’ouvrage Dickens in Context (Cambridge University
Press, à paraître en 2011), et préparé une
édition de la biographie de Dickens écrite par John Forster,
Life of Charles Dickens (Sterling, à paraître
en 2011). Elle est l’organisatrice de la Journée Dickens annuelle
qui se tient à Londres et fait partie du comité organisateur
du congrès "Conte de quatre villes", à l’occasion du
bicentenaire en 2012. Dans le livre auquel elle travaille actuellement
et qui examine "La tendresse masculine en temps de guerre, de la guerre
de Crimée à la Première Guerre mondiale", elle
poursuit ses recherches sur les masculinités, le tactile, l’émotion,
les soins corporels et l’écriture de soi.
Michal P. GINSBURG: Intrigue de/dans Barnaby
Rudge
Cette communication portera sur la relation entre
l’intrigue de Barnaby Rudge et les intrigants du roman.
Comment interpréter le choix que fit Dickens de dépeindre
les émeutes de Gordon comme l’œuvre d’"intrigants"? Comment
leurs manœuvres trouvent-elles leur place dans l’intrigue du roman,
au sens large du terme? Cette intrigue rompt à bien des égards
avec les conventions que Dickens avait jusqu’alors établies.
Quel sens donner à ces modifications? En quoi sont-elles
liées à la représentation de l’intrigue politique
qu’offre le roman? Quels sont les points communs et les différences
entre l’intrigue de Barnaby Rudge et celle d’un autre roman dépeignant
la violence populaire, A Tale of Two Cities? Qu’en apprend-on?
Michal P. Ginsburg est professeur de littérature
française et comparée et Directeur du programme
d’études de littérature comparée à
l’Université Northwestern. Elle a publié des articles sur
plusieurs romans de Dickens: Great Expectations, Oliver
Twist, Our Mutual Friend, Dumbey and Son, The
Old Curiosity Shop, et A Tale of Two Cities. Elle participe
souvent au projet "Dickens Universe" de l’Université de Californie
à Santa Cruz.
Jonathan GROSSMAN: Réseaux de passagers
Quels pouvaient bien être les enjeux lorsque Dickens,
auteur de dix romans qui, sans exception, situaient la scène
d’exposition en Angleterre, parmi les Anglais, décida de
faire commencer Little Dorrit à Marseille, dans un
contexte international? Et comment expliquer l’étrangeté
de cette scène d’exposition à caractère international?
La réponse qu’apportera cette communication aura trait à
la façon dont Dickens appréhende les changements historiques
marquant les réseaux de passagers. En effet, tout en évoquant,
en des termes à valeur universelle et atemporelle, "nous tous,
tant que nous sommes, voyageurs infatigables, qui cheminons dans le pèlerinage
de la vie", Dickens offre une synthèse des changements qui marquent
son époque lorsqu’il imagine, dans Little Dorrit, une
simultanéité temporelle et spatiale à l’échelle
mondiale.
Jonathan Grossman, maître de conférences
habilité à UCLA (Université de Californie, Los Angeles),
achève en ce moment un ouvrage sur Charles Dickens et la
révolution des transports en commun au dix-neuvième
siècle, qui a abouti à une standardisation de l’heure.
Michael HOLLINGTON: Charles Dickens citoyen
Cette conférence s’intéressera aux
rapports entre Dickens et le radicalisme politique contemporain
en France, en évoquant en particulier, bien entendu, des personnalités
littéraires équivalentes outre-Manche, dont Victor
Hugo. Il sera également question, entre autres, du point de
vue de Dickens sur Louis-Philippe et la Monarchie de Juillet mais aussi
sur Louis Napoléon et le Second Empire (à commencer par
la façon dont Dickens remarque à quel point Louis-Philippe,
qui passe sous ses yeux dans son carrosse, à Paris dans les années
1840, vit dans la crainte paranoïaque d’être assassiné).
Seront aussi abordés la publication par Dickens d’articles
fouriéristes dans Household Words (E.S. Dixon à
propos de Toussenel) et sa réponse au Dernier jour d’un condamné
de Hugo, dans Oliver Twist entre autres. L’optique générale
ici retenue sera la façon dont Dickens et Hugo dépeignent
les misérables de Paris de de Londres.
Michael Hollington est professeur retraité
d’anglais de l’Université de New South Wales de Sydney (où
il a enseigné jusqu’en 2002) et de l’Université de Toulouse-Le
Mirail (où il a enseigné jusqu’en 2007). C’est en 2007
qu’il a repris ses recherches sur Dickens, après lui avoir
consacré plusieurs ouvrages par le passé: Dickens and
the Grotesque en 1982 et Charles Dickens: Critical Perspectives
en quatre tomes, en 1995. Cette même année, il a organisé
avec des amis et collègues un colloque très réussi
à Gênes, sur le thème de Dickens et l’Italie.
Trois volumes d’Actes y sont consacrés, dont deux co-édités
par le Professeur Hollington. Il dirige en ce moment la préparation
d’un recueil en deux tomes à paraître chez Continuum Press,
The Reception of Dickens in Europe. Il est activement impliqué
dans les préparatifs, à l’échelle internationale,
du bicentenaire de Dickens en 2012.
Juliet JOHN: Culture, environnement et popularité
"Les auteurs anglais du dix-neuvième siècle
les plus appréciés en cette fin de vingtième
siècle", affirme Jonathan Bate au début de son article
"Culture and Environment: From Austen to Hardy" (New Literary History,
30 (1999), 541-560), "sont Jane Austen et Thomas Hardy". Le fait que
cet article ne mentionne même pas le nom de Dickens est, à
n’en pas douter, un choix stratégique. Dickens ébranle
en effet l’argument principal de Bate selon lequel la popularité
posthume d’Austen et de Hardy est à rattacher directement à
leur vision organique des liens entre culture et environnement, à
leur représentation d’un monde "dans lequel l’on vit en rythme
avec la nature" (p. 542). Cette communication, qui portera sur les liens
entre la popularité de Dickens et sa modernité urbaine, compliquera,
sans toutefois les rejeter complètement, les lectures conservatrices,
teintées de nostalgie, qui sont faites du jeu entre culture, environnement
et attrait littéraire durable.
Juliet John est Professeur de littérature
victorienne à l’Université de Liverpool. Ses publications
sur Dickens sont les suivantes: Dickens’s Villains: Melodrama,
Character, Popular Culture (Oxford University Press, 2001; édition
brochée 2003) et Dickens and Mass Culture (OUP, 2010).
Elle a dirigé l’édition Routledge des textes originaux d’Oliver
Twist (2006) et coordonne en ce moment le recueil d’articles et
études du bicentenaire intitulé Dickens and Modernity
(2012). Elle est coordinatrice en chef de la Oxford Bibliography
of Victorian Literature (version électronique) et coordinatrice
du Oxford Handbook of Victorian Literary Culture (parution en 2013).
John O. JORDAN: Clôture du récit
dans David Copperfield et Bleak House
Le dénouement d’un roman de Dickens n’est
jamais simple. Cette communication s’intéressera à
certains des traits généraux qui rendent la clôture
du récit problématique chez lui, et examinera plus
à loisir le dénouement de David Copperfield et de
Bleak House, l’un comme l’autre à la fois exemple représentatif
d’une dynamique plus globale de l’art de la conclusion, et cas particulier
enrichi de ses propres ambiguïtés et imprécisions.
Bibliographie
Hillis Miller, "The Problematic of Ending in the
Novel", Nineteenth-Century Fiction 33 (1978), 3-7.
Frank Kermode, The Sense of an Ending: Studies
in the Theory of Fiction. Oxford: Oxford University Press,
1967.
Marianna Torgovnick, Closure in the Novel.
Princeton, NJ: Princeton University Press, 1981.
D.A. Miller, Narrative and its Discontents.
Princeton, NJ: Princeton University Press, 1981.
John O. Jordan, Supposing “Bleak House”.
Charlottesville, VA: University of Virginia Press, 2011.
Valerie KENNEDY: Animal, végétal
ou minéral? Interversions de l’organique et de l’inorganique
dans Our Mutual Friend
Dans Our Mutual Friend, comme dans
bien des romans de Dickens, les êtres humains sont comparés
à des objets inanimés et inversement par le biais de
la métaphore et de la comparaison. Ces mêmes êtres
sont également souvent comparés à des animaux,
au point d’estomper la frontière entre mondes animé
et inanimé, entre règne de l’homme et règne animal.
Il arrive aussi dans Our Mutual Friend, comme le dit Adrian
Poole, que la ligne de démarcation entre les vivants et les morts
soit franchie, en partie à cause des images évolutionnistes
dont le narrateur s’empare. Cette communication analysera certains des
cas les plus significatifs de passage de l’humain au non humain, de l’organique
à l’inorganique, dans le but de décrire ce qui distingue
et renouvelle la vision dickensienne du monde dans Our Mutuel Friend.
Valerie Kennedy enseigne depuis 1997 dans
le Département de langue et littérature anglaises
de l’Université Bilkent d’Ankara, en Turquie. Elle a écrit
entre autres Edward Said: A Critical Introduction, paru chez
Polity Press en 2000 et traduit en signes complexes chinois et en chinois
simplifié. Son article en deux parties, "Dickens and Savagery
at Home and Abroad" est paru dans le Dickensian de 2008. Sa recherche
porte actuellement sur Dickens, V. S. Naipaul, Mary Kingsley et Joseph
Conrad.
Natalie McKNIGHT: Dickens post-moderne: fragmentation
de l’être, états de conscience autres
On étudiera ici la façon dont Dickens
se penche sur les fractures et les marges de la conscience, sur
les sentiments d’aliénation et autres états conscients
distincts de l’expérience au quotidien. A partir de scènes
extraites de tout le corpus, du premier roman (Pickwick Papers)
au dernier (The Mystery of Edwin Drood), on montrera comment l’intérêt
que portait Dickens à ces états ne faiblit jamais: il devint
plus profond et sa perception toujours plus affinée gagna en subtilité
psychologique. On replacera l’intérêt de Dickens pour l’être
fragmenté dans le contexte victorien d’une remise en cause toujours
plus nette de l’autorité: une position à relier au déclin
du rôle patriarcal dans le foyer, au doute toujours plus affirmé
en matière de religion (un sentiment que firent naître Darwin,
mais aussi les découvertes en géologie et la recherche
sur les textes bibliques), ou encore à la confiance perdue en ceux
qui nous gouvernent (comme en témoignent le chartisme et le mécontentement
général face à la bureaucratie gouvernementale).
Dickens sut remettre en cause les sources traditionnelles de l’autorité,
y compris l’autorité que nous avons sur nous-mêmes.
Le Professeur Natalie McKnight détient
une chaire en Humanités au College of General Studies de l’Université
de Boston. Elle a publié deux ouvrages sur la fiction victorienne,
Idiots, Madmen and Other Prisoners in Dickens et Suffering
Mothers in Mid-Victorian Novels (St. Martin's/Palgrave). Son
troisième livre, Fathers in Victorian Fiction, paraîtra
sous peu chez Cambridge Scholars Press. Elle est co-rédacteur
en chef de Dickens Studies Annual, Archiviste et Responsable
des abonnements du Dickens Quarterly.
Francesca ORESTANO: Deux Londoniens: Charles
Dickens et Virginia Woolf
Lorsqu’elle évalue le modernisme, la critique
a tendance à privilégier la représentation de
la ville moderne, et ce pour diverses raisons, qui peuvent avoir
trait à la forme de l’espace urbain, ou encore à ce
côté éminemment visuel que revêt l’expérience
de la ville. L’accent qui est mis sur la métropole est d’ailleurs
un thème commun qu’on retrouve dans toutes les capitales
du modernisme européen. Deux auteurs, Charles Dickens, et Virginia
Woolf, l’un considéré comme l’écrivain victorien
par excellence, l’autre une moderniste, ont en commun cet attachement
presque unique pour la ville de Londres, qui devient, sous leur plume,
lieu, centre, théâtre et cadre discursif de l’expérience
urbaine dont ils font le récit. Au cours de cette communication,
on comparera le discours de la ville tel que le produisent Dickens
et Woolf, en cherchant à faire apparaître des exemples
d’expérimentation, de polyphonie, d’apparitions grotesques
et mécaniques, ou encore de points de vue rapprochés ou
aériens, d’accumulations, de fragments, de réalisme
magique et d’objets en état de délabrement.
Publications portant sur Dickens et
Woolf
Charles Dickens and Italy: ‘Little
Dorrit’ and ‘Pictures from Italy’. Ed. with Introduction
(pp. xiv-xxvi) by M. Hollington and F. Orestano, Newcastle
upon Tyne, Cambridge Scholars Publishing, 2009, pp. 295.
ISBN 978 1443814430.
"Un cattivo sogno americano: le American
Notes di Charles Dickens". Quaderno, Istituto di
Lingue e Letterature Straniere dell'Università di Palermo,
n.11, 1979: 25-65.
"Dickens on the Indians". Indians and
Europe: an Interdisciplinary Collection of Essays. Ed.
Christian F. Feest. Aachen, Herodot, Rader Verlag, 1987: 277-286;
rpt. Lincoln, NE, University of Nebraska Press, 1999, paperback,
ISBN 09032 68971.
"Jacob’s Room: crisi della prospettiva
e ‘Trionfo della Morte’". La tipografia nel salotto:
saggi su Virginia Woolf. A c. O. Palusci. Torino, Tirrenia,
1999: 149-166. ISBN 8877634502.
"The Magic Lantern and the Crystal Palace:
Dickens and the Landscape of Fiction". Dickens: The Craft
of Fiction and the Challenges of Reading. Eds. R. Bonadei,
C.de Stasio, C. Pagetti, A. Vescovi. Milano, Unicopli, 2000:
249-269. ISBN 9788840 006536.
"Cézanne e la configurazione del
romanzo moderno nella riflessione critica di Virginia Woolf".
Il Cézanne degli scrittori, dei poeti, dei filosofi.
A c. G. Cianci, E. Franzini, A. Negri. Milano, Bocca, 2001: 145-164.
"‘Pied beauty’: la parola oltre i confini
del linguaggio, ovvero del limite del dualismo filosofia/estetica",
in Scritture dell’immagine: percorsi figurativi della
parola. A c. A. d’Amelio, F. de Giovanni, L. Perrone Capano.
Napoli, Liguori, 2007: 29-42.
"Pittoresco urbano, city-waif novels e
cultura visiva: dalla londra vittoriana a Hollywood". Tempi
moderni nella ‘children’s literature’: storie, personaggi, strumenti
critici. A c. F.Orestano. Milano, CUEM, 2007: 5-120.
"Il dialogo come forma simbolica: filosofia
e conversation nella narrativa inglese". Le trame della
conoscenza: percorsi epistemologici nella letteratura inglese
dalla prima modernità al postmoderno. A c. M.
Bignami. Milano, Unicopli, 2007: 49-69.
"Virginia Woolf, The Waves, and
the discourse of knowledge: a dialogue between the resolved
soul and created pleasure". TEXTUS, English Studies in
Italy, vol. XVI (2003), No.2 (July-December), The Epistemologies
of the Novel, eds. M. Bignami, J. Skinner, Genova, Tilgher,
pp. 355-382.
"Virginia Woolf’s Orlando, Knole
and the Creation of Sissinghurst: ‘a green thought in a green
shade’", in Cultural Perspectives. Journal for Literary
and British Cultural Studies in Romania, n. 13, 2008: 38-62.
ISSN 1224-239X.
"Charles Dickens and Italy: the ‘New Picturesque’".
In Dickens and Italy: ‘Little Dorri’t and ‘Pictures
from Italy’. Eds. M. Hollington, F. Orestano, Cambridge,
Cambridge Scholars Publishing, 2009: 49-67. ISBN 978 1 4438
14430.
"Magic Lantern, Magic Realism. Italian
Writers and Dickens, from the End of the XIX c to the 1980’s",
in The Reception of Charles Dickens in Europe, ed. M.
Hollington, Continuum Press, à paraître.
"Virginia Woolf’s Between the Acts:
History as Text, as Fact, as Cultural Experience", In [Literature
and History] ed. M. Bignami. à paraître.
"Dickens and the Vertigo of the List:
A Few Proposals", in Dickens dans le Nouveau Millénaire.
Dickens in the New Millennium. Proceedings of the Aix-en-Provence
2010 Conference, ed. L. Bouvard, M-A. Coste, C. Huguet, N. Vanfasse.
Cahiers Victoriens et Edouardiens, à paraître.
David PARKER: Intrigues dickensiennes
Cette communication rentre dans le cadre d’une discussion
dont la thématique, proposée par John Jordan, sera
"Dickens et la structure narrative: débuts, milieux et fins".
Elle portera sur le non-dit dans la construction des intrigues
dickensiennes, sur les développements et interconnections
que le texte ne rend pas explicites et que le lecteur doit déduire
de ses souvenirs de ce qui précède l’extrait concerné
et des temps forts s’y rattachant. Cette communication montrera Dickens
à l’œuvre, faisant en sorte que débuts, milieux et fins
de textes soient liés dans l’esprit du lecteur autant que dans
les mots mêmes du texte.
David Parker est chercheur honoraire de
l’Université de Kingston, Londres. Il a enseigné à l’Université
de Sheffield, de Londres et au centre national d’enseignement à distance.
Il a été conservateur du Musée Charles Dickens
de Londres de 1978 to 1999. Il est l’auteur d’innombrables articles
sur Dickens et sur d’autres sujets littéraires. Son ouvrage
le plus récent est Christmas and Charles Dickens (New
York: AMS Press, 2005). AMS Press publiera également ses travaux
actuels, Pickwick and Reform.
David PAROISSIEN: Dickens et les voix de l’Histoire
A Child’s History of England (1851–53),
œuvre cataloguée comme rudimentaire et simpliste, comme
une histoire de l’Angleterre écrite par un enfant, est un
texte que néglige la critique. Les lecteurs qui partagent
cette opinion font étalage de leur ignorance, victimes de
l’amnésie à laquelle Dickens souhaitait remédier.
Pourquoi avons-nous besoin de l’Histoire, et qui en a le plus besoin?
Dickens, qui réfléchissait à l’importance de l’éducation
à donner à son propre fils, avait bien compris que l’Histoire
devait y occuper une place de choix. Toutefois, les questions que
soulève ce livre valent tout autant pour les adultes: c’est
pour cette raison que Dickens décida de le publier en feuilletons
dans Household Words. Certes, A Child’s History of England
ne remue guère d’archives poussiéreuses. Dickens y
avance cependant sans ambages les arguments permettant de considérer
très sérieusement l’Histoire comme le lieu d’un questionnement
sur la nature du pouvoir, la folie des guerres, les pertes du ‘peuple’
et le faux panache de la monarchie.
Bibliographie
"Parrots, Birds of Prey and Snorting Cattle: Dickens’s
Whig Agenda of the 1840s". A paraître.
Robert L. PATTEN: Dickens à l'international.
Little Dorrit raconte le "Grand Tour"
En 1852, Dickens signa avec la France un accord bi-national
d’édition: il était l’un des premiers écrivains
à bénéficier de cette législation.
Toutefois, Hard Times, qui date de 1854, n’est pas le roman
qui se charge de représenter la culture européenne:
publié en feuilleton hebdomadaire, ce texte traite en fait très
directement de questions d’éducation et de travail dans les
villes industrielles de l’époque. L’œuvre que Dickens conçut
comme un roman international, c’est bien plutôt Little
Dorrit (1855-57), publié en vingt-trois livraisons mensuelles.
Ce roman a en général fait l’objet d’interprétations
privilégiant le "symbole dominant de l’emprisonnement" (Schlicke,
Reader’s Companion, p. 339) et les inquiétudes de
Dickens face à l’incurie du gouvernement anglais. Pourtant,
Little Dorrit cherche au moins autant à délimiter
l’Europe occidentale: sa géographie, ses villes, ses langues,
et la façon dont la culture britannique reflète les cultures
du Continent ou s’en démarque. L’essentiel de cette communication
portera sur les implications d’une telle lecture du roman.
Robert L. Patten est Professeur Lynette S.
Autrey d’Humanités à l’Université Rice de
Houston. Sa recherche depuis un demi-siècle porte sur l’histoire
de la publication des œuvres de Dickens, les gravures et illustrations
du dix-neuvième siècle britannique, les questions liées
à la formation du statut d’auteur à l’époque victorienne
et les structures et la rhétorique de la fiction de cette même
époque. Sa biographie en deux tomes de l’artiste graphique
George Cruikshank a été sélectionnée meilleure
biographie des années 1990 par le Guardian de Londres.
Il espère que sa communication de Cerisy sera le point de départ
de discussions sur l’élargissement dans les textes tardifs,
de l’imaginaire dickensien vers des contextes liés à l’Europe
et à l’Empire britannique.
Dominic RAINSFORD: Dickens et le monde en explosion
On voit traditionnellement en Dickens un écrivain
plein d’humanité, soucieux du devenir de l’individu dans
toute sa variété comme de celui de la société
en tant qu’organisme collectif. Pourtant, les intrigues de ses romans
font souvent la part belle à l’exception et les conséquences
heureuses peuvent paraître devoir beaucoup à la chance.
Cette communication analysera ce qui relie Dickens aux débats
sur l’étendue de la responsabilité sociale et éthique.
En prenant comme point de départ le concept de "philanthropie
téléscopique" dans Bleak House et en tenant
compte des façons récentes d’appréhender Dickens,
en dehors de l’Europe et de l’Amérique du Nord, on s’interrogera
sur la pertinence de l’écriture dickensienne dans la recherche
de lignes de démarcation entre les communautés sources
d’inquiétude, et les autres. On se demandera dans quelle mesure
il est toujours possible d’apprécier et de comprendre Dickens
selon des critères en apparence anglo-centriques et quasiment victoriens,
dans quelle mesure également il peut nous aider à penser
la mondialisation d’un présent "en explosion".
Dominic Rainsford est professeur de littératures
de langue anglaise à l’Université d’Aarhus, Danemark.
Sa recherche sur Dickens inclut des chapitres de certains de ses
ouvrages, Authorship, Ethics and the Reader: Blake, Dickens,
Joyce (1997) et Literature, Identity and the English Channel:
Narrow Seas Expanded (2002), ainsi qu’un chapitre sur Dickens et la
France dans Dickens, Europe and the New Worlds, coordonné
par Anny Sadrin (1999), et des articles dans des revues telles que Dickens
Quarterly et Victorian Newsletter.
Paul SCHLICKE: L’actualité de Sketches
by Boz
A cinq reprises au moins, Dickens entreprit d’importantes
révisions de ses premières publications lorsqu’il
les rassembla sous le titre de Sketches by Boz. Les changements
apportés au texte ne purent toutefois jamais le satisfaire,
comme le montrent très clairement ses deux préfaces
de 1839 et de 1850, dans lesquelles ses esquisses sont reléguées
au rang d’œuvres de jeunesse. A mon sens, ce jugement négatif
s’explique en partie de la manière suivante: le passage du format
pour journaux et périodiques à celui du livre impliquait
une réorientation de textes journalistiques d’actualité,
écrits au départ pour la presse politique radicale, vers
un lectorat plus large. Sous leur forme première, les esquisses
rentraient en effet dans la catégorie du journalisme éphémère,
parfaitement d’actualité en ces temps de débats politiques
agités autour des projets de réforme: un mode d’écriture
que Dickens ne jugeait plus adapté à des textes désormais
présentés comme de la littérature. S’il ne changea
pas d’idées politiques, Dickens corrigea l’image publique qu’il
souhaitait donner de lui-même en tant qu’auteur littéraire.
Paul Schlicke, maître de conférences
en anglais à l’Université d’Aberdeen, est depuis peu
retraité. Il est l’auteur de Dickens and Popular Entertainment.
Il a coordonné l’ouvrage Oxford Reader’s Companion to Dickens,
et compilé la bibliographie de Dickens pour la troisième
édition de Cambridge Bibliography of English Literature.
Il travaille à l’édition Clarendon des Sketches by Boz,
pour laquelle il a comparé les éditions complètes avec
les premières versions (journal et périodique) du texte. Ce
volume est actuellement en préparation et sortira en 2012. Paul
Schlicke a été par le passé président de la
Dickens Fellowship et de la Société Dickens américaine,
ainsi que membre du conseil d’administration du Musée Charles
Dickens de Londres. Il est membre fondateur du comité Dickens
2012.
Vladimir TRENDAFILOV: Dickens et quelques légendes
urbaines de la Bulgarie du vingtième siècle
En Bulgarie, un des sujets de prédilection
de la presse quotidienne durant tout le vingtième siècle
fut que Dickens avait visité la Bulgarie pendant la guerre
de Crimée en tant que correspondant de guerre et qu’il avait
fait le récit de son expérience dans Household Words.
Grâce à Lohrli et à d’autres, nous savons aujourd’hui
qu’il n’en est rien et que les articles anonymes parus dans HW
sont l’œuvre de quantité d’auteurs différents. Toutefois,
on remarquera que le mythe a perduré près d’un siècle
et qu’il a même amplement contribué à structurer
la façon dont le public bulgare de l’époque percevait le
grand romancier victorien. Cette communication portera sur la façon
dont on s’est emparé de cette légende de visite professionnelle
pour apprivoiser une figure marquante de la culture étrangère
et lui attribuer divers rôles symboliques.
Vladimir Trendafilov est professeur de
littérature anglaise au département d’études
anglaises de l’Université du Sud-Ouest à Blagoevgrad, Bulgarie.
Il y enseigne l’histoire littéraire des dix-neuvième
et vingtième siècles, l’anthropologie littéraire,
la poésie britannique du vingtième siècle
et la théorie de la traduction. Ses principales publications
sont: 1. Neizlichimiyat obraz v ogledaloto: aktualnata bulgarska
retseptsia na Anglia, anglichanina i anglijskata misal prez XIX
i nachaloto na XX vek. [The Indelible Face in the Mirror: The
Topical Bulgarian Reception of England, English People and 19th-c.
English Thought]. Sofia: Kralitsa Mab, 1996 ; 2. Prevodna retseptsia
na evropeiski literaturi v Bulgaria. T. 1: Angliiska literatura.
[Translation Reception of European Literatures in Bulgaria. Vol.
1: English Literature]. Ed by Alexander Shurbanov and Vladimir Trendafilov.
Sofia: Marin Drinov, 2000 ; 3. des chapitres consacrés aux
poètes victoriens, à Thomas Hardy, H. G. Wells, Jerome
Jerome, la littérature populaire et le roman de l’entre-deux-guerres
dans (2) ; 4. "Literaturen vid i vreme: kriteriat prevodimost" [Of
time and literary type: the translation criterion], Literaturna
misal, 7, 1991: 3-20 ; 5. "Mezhdu buntovnika i administratora: belezhki
varhu retseptsiata na angliiskata viktorianska literatura v Bulgaria"
[Between the rebel and the clerk: notes on the reception of Victorian
literature in Bulgaria], Literaturna misal, 1-2, 1992: 138-51.
BIBLIOGRAPHIE :
Malcolm Andrews, Charles Dickens
and His Performing Selves. Dickens and the Public Readings
(Oxford : Oxford UP, 2006).
Rosemarie Bodenheimer, Knowing
Dickens (Ithaca : Cornell UP, 2007).
John Bowen and Robert L. Patten,
eds., Palgrave Advances in Charles Dickens Studies
(Basingstoke : Palgrave Macmillan, 2006).
Sally Ledger, Dickens and the
Popular Radical Imagination (Cambridge : Cambride UP, 2007).
Marie-Aude Murail, Charles Dickens.
Ouvrier à douze ans, célèbre à
vingt-quatre (Paris : Ecole des Loisirs, 2005).
Sylvère Monod, Dickens
romancier (Paris : Hachette, 1953).
Jean-Pierre Ohl, Monsieur Dick
ou le dixième livre (Paris : Gallimard, 2004).
David Paroissien, ed., A Companion
to Charles Dickens (Oxford and New Malden, MA : Blackwell
Publishing, 2008).
Michael Slater, Charles Dickens
(New Haven and London : Yale UP, 2009).
Catherine Waters, Commodity
Culture in Dickens's Household Words. The Social Life
of Goods (Aldershot and Burlington : Ashgate, 2008).
Avec le soutien
de l’Université Charles-de-Gaulle Lille 3,
de l’Université d’Aix-en-Provence
et de l'Université Saint-Louis de Madrid