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DU JEUDI 25 AOÛT (19 H) AU JEUDI 1er SEPTEMBRE (14 H) 2011



DICKENS, MODERNISME, MODERNITÉ

(English version)


DIRECTION : Christine HUGUET

ARGUMENT :

Pour quelles raisons l’œuvre de Charles Dickens, cette "substance fluide et composée appelée: Dickens", pour parler comme Chesterton, s’est-elle imposée, d’emblée et à tout jamais, semble-t-il, comme un référent universel? Pourquoi les techniques et procédés qu’il mit au point pour le plus grand bonheur de ses contemporains, continuent-ils d’inspirer les écrivains de notre temps, après avoir profondément marqué ceux du vingtième siècle?

Le Bicentenaire de la naissance de l’"Inimitable" approche à grands pas, et pourtant le secret de l’atemporalité, du statut mythique de son œuvre, nous échappe toujours. Nul n’ignore que la modernité accorde une attention particulière au pouvoir des mots, à cette capacité qu’a la littérature de créer un monde autonome, et que, à cet égard, la magie créatrice du Verbe se manifeste avec une vitalité rarement égalée dans le corpus dickensien. Mais un tel constat n’épuise pas la question de l’éternelle jeunesse de Dickens.

Ce colloque international, qui réunira bon nombre de spécialistes mondiaux de l’auteur, s’attachera donc à apporter des réponses à cette interrogation, en mettant notamment en relief, à la lumière des enjeux modernistes, un certain nombre d’aspects moins connus de l’œuvre du grand romancier.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Jeudi 25 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Vendredi 26 août
Matin:
Dickens et la France
Michael HOLLINGTON: Charles Dickens citoyen
Ignacio RAMOS GAY: Dickens, la France et la proto-écocritique comparative (texte lu)

Après-midi:
Questions de réception 1
Juliet JOHN: Culture, environnement et popularité
Dominic RAINSFORD: Dickens et le monde en explosion
Paul SCHLICKE: L’actualité de Sketches by Boz

Soirée:
Gillian PIGGOTT: Dickens, Chaplin et les premiers films muets


Samedi 27 août
Matin:
Les objets selon Dickens
David ELLISON: "Traces discrètes": Dickens et les enjeux de l’intimité
Holly FURNEAUX: Dickens, la sexualité et le corps, ou, pour l’amour d’une horloge: Maître Humphrey et ses obscurs objets du désir

Après-midi:
DÉTENTE (Mont-Saint-Michel)


Dimanche 28 août
Matin:
Forme et Récit 1 (débuts, milieux, fins)
David PARKER: Intrigues dickensiennes
John O. JORDAN: Clôture du récit dans David Copperfield et Bleak House

Après-midi:
Dickens (Post)Moderne
Francesca ORESTANO: Deux Londoniens: Charles Dickens et Virginia Woolf
Natalie McKNIGHT: Dickens post-moderne: fragmentation de l’être, états de conscience autres
Adina CIUGUREANU: Obsession et mélancolie dans l’œuvre de Dickens (David Copperfield et Great Expectations)

Soirée:
Wendy PARKINS: Mobilité et modernité: lecture de Barnaby Rudge


Lundi 29 août
Matin:
Forme et Récit 2
Lawrence FRANK: De l’utilité des allusions dans les romans tardifs de Dickens
Zelma CATALAN: "Tous mes actes et mes pensées, en toute sincérité", ou pourquoi faire confiance aux narrateurs à la première personne chez Dickens?
Michal P. GINSBURG: Intrigue de/dans Barnaby Rudge

Après-midi:
Oblicité et ambiguïté chez Dickens
Valerie KENNEDY: Animal, végétal ou minéral? Interversions de l’organique et de l’inorganique dans Our Mutual Friend
Matthias BAUER & Angelika ZIRKER: Dickens et l’ambiguïté

Soirée:
Dîner au Château de La Salle. Lecture par Michael HOLLINGTON


Mardi 30 août
Matin:
"Philothophy", philosophie existentielle et sens de l'Histoire
John BOWEN: "La philozophie de la choze"
David PAROISSIEN: Dickens et les voix de l’Histoire
Andrew BALLANTYNE: Dingley Dell: lieux de mémoire dans Pickwick Papers

Après-midi:
DÉTENTE (Coutances)

Soirée:
Nathalie VANFASSE: La Dame à sa toilette, La Vanité et La Jeune Fille et la Mort: une réinterprétation picturale du personnage de Miss Havisham


Mercredi 31 août
Matin:
Questions de réception 2
Murray BAUMGARTEN: Dickens et les Juifs/les Juifs et Dickens
Vladimir TRENDAFILOV: Dickens et quelques légendes urbaines de la Bulgarie du vingtième siècle

Dickens à l'international
Jonathan GROSSMAN: Réseaux de passagers

Après-midi:
DÉTENTE (Bayeux)

Soirée:
Robert L. PATTEN: Dickens à l'international. Little Dorrit raconte le "Grand Tour"


Jeudi 1er septembre
Matin:
Ignacio RAMOS GAY: Dickens, la France et la proto-écocritique comparative (texte lu)

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Andrew BALLANTYNE: Dingley Dell: lieux de mémoire dans Pickwick Papers
L’éducation et la recherche contribuent à nous préparer à affronter l’avenir. Dans notre vie professionnelle, nous sommes supposés faire preuve de toujours plus d’efficacité, et tout est mis en œuvre pour que nous produisions le maximum de ces bonnes choses qu’attendent de nous employeurs et clients. L’industrialisation y est très clairement pour quelque chose, elle qui a mis la machine à vapeur à l’honneur. Pickwick Papers, quant à lui, nous met en vacances. C’est un texte fouillé et ludique à la fois, sans la moindre efficacité, même sur le plan narratif, puisque l’intrigue se résume presque en une série de digressions. L’Arcadie idéalisée de ce texte, c’est Dingley Dell, village qui a su préserver son manoir vieille Angleterre et sa communauté pré-industrielle. Les traditions rurales (le cricket, les fêtes de Noël) y sont toujours aussi vivaces, et l’endroit se présente comme celui où s’incarne l’authentique identité nationale. Il s’oppose aux usines et aux écoles qui occupent l’espace des autres écrits de Dickens: des endroits où efficacité est le maître mot mais où l’auteur ne trouve que vie de forçat et des lieux où l’humanité, lorsqu’elle est toujours présente, ne survit qu’envers et contre tout. Dingley Dell offre une poche de résistance à l’industrialisation ; sa culture devient incarnation d’une identité nationale bien en mal de bonne humeur pour trouver sa place dans un avenir industriel.

Matthias BAUER & Angelika ZIRKER: Dickens et l’ambiguïté
Dickens n’a pas la réputation d’être un auteur particulièrement ambigu, surtout lorsqu’on songe à des personnages aussi nettement bons ou mauvais qu’Oliver ou Quilp, ou encore à la rédemption de Scrooge et à la justice poétique qui consacre la chute de M. Pecksniff. Pourtant, évoquer le contraste entre le bien et le mal dans l’œuvre de Dickens, c’est précisément mettre le doigt sur cette prédilection qu’avait l’auteur pour les dichotomies qui, soudain, deviennent potentiellement ambiguës. Le dénouement de Great Expectations en constitue le cas le plus remarquable: il plonge le lecteur dans la plus grande incertitude concernant le devenir de Pip, humble amoureux d’une étoile antagonistique, Estella. Mais alors qu’on a abondamment commenté ce dénouement et ses révisions successives, on s’est rarement penché sur le phénomène pourtant fréquent d’ambiguïté produite par des dichotomies en apparence nettes, et dont la conclusion de Great Expectations n’est qu’une variante.
Nous nous intéresserons à A Tale of Two Cities, roman dans lequel le contraste entre les deux villes ne saurait être dissocié de leur ressemblance, et où la différence entre les deux héros masculins n’aurait aucun sens s’ils ne se ressemblaient à ce point. Nous verrons comment cette conception de l’ambiguïté opère à tous les niveaux du discours, et notamment aux niveaux syntaxique et sémantique: un principe que résume bien à elle seule la première phrase du roman, "C’était la meilleure des époques, c’était la pire des époques". Le contraste y devient contradiction logique, apte à souligner toute l’ambiguïté qu’il y a à juger de l’état du monde. De la première à la dernière page du roman, où vie et mort se rejoignent, le contraste n’est évoqué que pour être mieux dépassé.

Matthias Bauer est professeur de littérature anglaise à l’Université de Tübingen, Allemagne. Il est co-fondateur et co-rédacteur en chef de Connotations: A Journal for Critical Debate. Il s’intéresse plus particulièrement aux débuts de l’ère moderne (à ce titre, ses publications portent sur Shakespeare et surtout sur les "poètes métaphysiques"), à la période victorienne et au discours poétique. Il est le concepteur de deux projets récents de recherche et collaboration interdisciplinaire portant sur "Les dimensions de l’ambiguïté" et sur "Contextes et leur interprétation", ce dernier mettant l’accent sur les critères d’interprétation en poésie. Il participe au tout nouveau projet de recherche sur les "Textes sacrés". Dans le domaine des études dickensiennes, il est l’auteur d’un ouvrage sur David Copperfield ainsi que d’articles, dont un portant sur "Little Dorrit et le langage des choses".

Angelika Zirker est maître de conférences habilitée en littérature anglaise à l’Université de Tübingen, Allemagne. Elle est co-éditrice de Connotations: A Journal for Critical Debate. Elle s’intéresse aux débuts de l’ère moderne et à la période victorienne. Sa thèse de doctorat portait sur le concept de rédemption dans les deux Alice de Lewis Carroll. Elle a récemment co-publié un article interdisciplinaire sur "L’interaction ambiguë Locuteur-Auditeur". Dans le domaine des études dickensiennes, elle est l’auteur d’une conférence sur les habitudes de lecture dans Our Mutual Friend (Colloque "Dickens: Culture victorienne, plaisirs douteux", Jerusalem, 2009).

Murray BAUMGARTEN: Dickens et les Juifs/les Juifs et Dickens
Pour les lecteurs juifs de Dickens, Oliver Twist, que ce soit le livre ou ses adaptations théâtrales et cinématographiques, s’est avéré être une expérience traumatisante. Le problème n’est pas seulement que Fagin est un Juif d’opérette, un personnage de scène dont la bande de gamins a des airs de petite troupe théâtrale qui s’entraîne à se déguiser, à faire semblant d’être ce qu’ils ne sont pas et à jouer différents rôles. Le problème est aussi que Fagin fait inévitablement penser à Shylock: il vient ainsi ressusciter le mythe des crimes rituels, vestige moyenâgeux grâce auquel on a pu diaboliser les Juifs et qui occupe une place de choix dans le canon littéraire anglais, en commençant par Chaucer.
Au cours de cette communication, on se proposera d’analyser la place occupée par Dickens dans l’histoire de l’antisémitisme littéraire anglais, en étudiant et en comparant Oliver Twist et Our Mutual Friend, roman dans lequel Dickens inverse les stéréotypes juifs. Peut-être est-ce précisément parce que l’auteur conçut Riah pour faire contrepoids à Fagin que les Juifs demeurent parmi ses lecteurs les plus nombreux et les plus fidèles?

Murray Baumgarten est professeur de littérature anglaise et comparée à l’Université de Santa Cruz, en Californie. Il est, avec Peter Kenez, titulaire de la Chaire Neufeld-Levin d’Etudes sur l’Holocauste de cette même université. Il a occupé pendant plusieurs années le poste de rédacteur en chef de Judaism: A Quarterly Journal of Jewish Life and Thought, une publication du Congrès juif américain. Il est l’auteur ou co-auteur de nombreux ouvrages sur la littérature juive, dont Understanding Philip Roth (co-écrit avec Barbara Gottfried). De 1981 à 1986, il a été directeur-fondateur du "Projet Dickens".

John BOWEN: "La philozophie de la choze"
Dans Hard Times, la philosophie est partout, non seulement dans la satire de la philosophie de Gradgrind et de tout ce qui s’y rapporte, mais également dans cette terminologie, cette foule de mots qui surviennent de façon récurrente ou surgissent dans les instants particulièrement cruciaux ou tendus: "signification, fait, raisonnable, raison, objet, sujet, sens, vérité, existence, prise de conscience, matière, l’immatériel". Mais si Hard Times est le roman de Dickens qui pose le plus ostensiblement certaines questions philosophiques, il est aussi celui qui s’intéresse de plus près aux concepts d’amusement et de spectacle. Cette communication portera sur la façon dont Dickens pense simultanément ces deux éléments. Ce dont il sera ici surtout question, c’est l’amusement, la philosophie, l’art d’être idiot et stupéfié, et en quoi peut bien consister la puissance en chevaux.

John Bowen est Professeur de littérature du dix-neuvième siècle à l’Université de York. Il est l’auteur, entre autres, de Other Dickens: Pickwick to Chuzzlewit (OUP, 2000), de l’édition Penguin du roman de Dickens, Barnaby Rudge (2003) et, en collaboration avec le Professeur Robert L. Patten, de Palgrave Advances in Charles Dickens Studies (2005). Il a été Président de la Société Dickens pour l’année 2008, est membre de faculté du Projet Dickens de l’Université de Californie et membre de l’Association Anglaise.

Zelma CATALAN: "Tous mes actes et mes pensées, en toute sincérité", ou pourquoi faire confiance aux narrateurs à la première personne chez Dickens?
Les récits à la première personne soulèvent des problèmes liés à ce que Lubomir Dolezel, dans Heterocosmica, nomme "l’authentification" du monde de la fiction. Dans le cas de Bleak House et de Great Expectations, ces problèmes deviennent plus aigus du fait de l’intrigue policière, qui détermine quand et comment révéler une vérité dont lecteur et narrateur ignorent tout jusque bien plus loin dans le récit. Cette communication porte sur les complexités du jeu de confiance qu’instaure Dickens: un jeu dont il sort vainqueur grâce à une remise à plat des tournants de l’histoire dans les récits policiers et autobiographiques (voir à ce propos Jerome Bruner), grâce aussi à l’adoption, à l’encontre de ses narrateurs, d’un mode interactif spécifique. De cette façon, leur connaissance accrue d’eux-mêmes se voit attribuer un degré certain de fiabilité, pour reprendre le terme d’Alvin Goldman. Par ailleurs, Dickens peut ainsi ancrer le monde de la fiction dans un cadre cognitif solide qui privilégie une approche moderne de la question du rapport entre action et formation de soi.

Zelma Catalan est maître de conférences en littérature anglaise du dix-neuvième siècle, stylistique et fiction narrative à l’Université de Sofia, Bulgarie. Ses publications récentes dans ce domaine sont les articles et ouvrages suivants: "The Victorian Bildungsroman: Worlds, Spaces, Directions" (écrit en bulgare: Sofia: 2008), The Politics of Irony in Thackeray’s Mature Fiction (Sofia: 2010), “Dickens’s David Copperfield: Worlds, Landscapes, and Narrative” (Metamorphosis and Place, CSP, 2009), "Dickens and Bentham in Bleak House: A Fiction against Fictions" (à paraître).

Adina CIUGUREANU: Obsession et mélancolie dans l’œuvre de Dickens (David Copperfield et Great Expectations)
Cette communication portera sur l’obsession et la mélancolie considérées comme des "maladies nerveuses": des pathologies que le dix-neuvième siècle identifiait comme des aspects de la folie, selon Foucault (Histoire de la folie à l'âge classique), et dont souffrent certains des personnages mineurs de David Copperfield et de Great Expectations, comme je m’efforcerai de le montrer. Dickens, on le sait, s’intéressait aux maisons de fous ; il lui arriva de visiter des hospices. Par ailleurs, il était l’ami de John Forster et John Conolly, qui avaient tous deux des connaissances en psychiatrie et de l’intérêt pour cette science. De surcroît, les articles traitant de la folie qu’il publia dans Household Words ainsi que la description qu’il offrit d’un hospice de fous dans American Notes tendent à prouver non seulement qu’il désirait clairement exploiter ce thème, mais aussi qu’il en comprenait les enjeux littéraires profonds. Cette communication tentera de démontrer dans quelle mesure des personnages comme Dora, Uriah Heep, Molly ou encore Mrs. Joe présentent des symptômes d’obsession, de mélancolie, ou des deux. Tout en n’ayant jamais été ni hospitalisés ni retirés de l’hospice (comme M. Dick), ils n’en deviennent pas moins des cas de folie caractérisée, allant d’une douce mélancolie (Dora) à un état obsessionnel grave (Uriah Heep). En abordant tous ces cas de folie, qu’elle soit médicalement reconnue ou non, Dickens anticipe le roman (post-)moderne, qui a fait de l’esprit dérangé l’un de ses thèmes de prédilection.

Adina Ciugureanu est professeur de littérature anglaise et américaine à l’université Ovidius de Constanta, Roumanie. Elle y occupe actuellement le poste de doyen de la Faculté de Lettres. Son principal domaine de recherche est l’ère victorienne et le modernisme. Ses ouvrages High Modernist Poetic Discourse (1997), Modernism and the Idea of Modernity (2004) et Victorian Selves (2005) témoignent de son profond intérêt pour ces périodes. Elle est également l’auteur de nombreux articles, parus en Roumanie et ailleurs, dont "The Victim–Aggressor Duality in Great Expectations", à paraître cette année.

David ELLISON: "Traces discrètes": Dickens et les enjeux de l’intimité
Dans une page remarquable de Paris, Capitale du dix-neuvième siècle, Walter Benjamin fait une description inoubliable d’un intérieur bourgeois, vu comme déploiement de surfaces recouvertes de panne de velours, destinées à retenir les traces de l’occupant des lieux. Il observe une préférence pour le velours pour recouvrir les chaussons, les montres et autres objets qui, même lorsqu’ils attendent de servir ou sont visiblement délaissés, témoignent des instants heureux où ils se font fait manipuler. Une telle interaction, suggère Benjamin, établit une ligne de démarcation entre les sphères publique et privée, créant ainsi l’identité du sujet par l’objet. Si le monde extérieur regorge de biens froidement utiles, l’intérieur héberge les habitudes du collectionneur, et ce sont elles qui permettent de retenir les données concernant l’individu, puisqu’elles laissent leur empreinte, éphémère mais éloquente, sur les objets. Benjamin voit dans ce rapport franchement érotique à l’objet une ressemblance nette avec le type d’échange mis en place dans le cadre du commerce sexuel. Cette communication portera sur la relation entre collectionneur et objet, à comprendre non pas tant comme signe de la complexité du monde marchand que comme réponse à un problème récent: celui de la préservation d’une précaire intimité au sein du foyer. Dans Oliver Twist et dans Dombey and Son, Dickens explore justement cette incapacité de l’intérieur domestique à garantir la vie privée, tout en laissant entendre que, au sein de la demeure victorienne, certaines sortes d’objets (notamment les livres) peuvent créer des domaines bien plus privés que d’autres.

David Ellison est en ce moment chercheur invité au centre de recherches des cultures en transformation de l’Université de Technologie de Sydney. Il enseigne les études littéraires et l’histoire culturelle à la School of Humanities de l’Université de Griffith. Sa recherche porte entre autres sur la littérature et la culture victoriennes, la vie du foyer, la technologie, l’architecture et la bioéthique. Il a récemment publié "Inimitable Marionettes, Dickens with Napoleon in his Eyes", "The Spoiler’s Art: Embarrassed Space as Memorialisation", ainsi que "Reproduction without Women: Frankenstein and the Prohibition of Human Cloning" (en collaboration avec le Professeur Isabel Karpin). Il travaille actuellement sur le thème du foyer, source de mécontentement: un projet qui remet en cause l’idée du triomphe toujours plus marqué du confort sur le foyer victorien parce qu’il privilégie à l’inverse le concept d’inconfort, en montrant comment ce dernier se décline curieusement dans toutes les pratiques improvisées qui façonnent la vie moderne au quotidien.

Lawrence FRANK: De l’utilité des allusions dans les romans tardifs de Dickens
Conçue dans la perspective d’une histoire du fait intellectuel telle que M.M. Bakhtin et Dominick LaCapra l’ont théorisée, cette communication, qui portera sur les tensions, réelles ou apparentes, entre intrigue et allusion, évoquera plus particulièrement les allusions à Hamlet et aux débats scientifiques du milieu de l’époque victorienne que l’on trouve dans Bleak House, Little Dorrit et, plus particulièrement, dans Our Mutual Friend, réponse délibérée de Dickens à L’Origine des espèces de Darwin.
En revenant sur la pratique de l’histoire du fait intellectuel après une quarantaine d’années de théorisation, cette communication permettra de voir comment l’allusion, envisagée comme une forme de "figuration", peut parvenir à infléchir l’intrigue dans les romans ici envisagés. Elle modifie notamment l’orientation du récit vers la résolution apparente des intrigues policière et amoureuse (celle qui mène les personnages de la première rencontre à l’autel). La perspective ici adoptée s’inspirera des travaux de Garrett Stewart sur la narratographie, parus dans Novel Violence et ailleurs.

Lawrence Frank est professeur émérite d’anglais à l’Université d’Oklahoma. Il est l’auteur de Charles Dickens and the Romantic Self et de Victorian Detective Fiction and the Nature of Evidence: The Scientific Investigations of Poe, Dickens, and Doyle. Il a publié de nombreux articles sur la littérature et la culture des dix-neuvième siècles britannique et américain dans des recueils et revues scientifiques, notamment American Imago, Dickens Studies Annual, Essays in Criticism, Nineteenth-Century Literature, Signs, et Studies in English Literature.

Holly FURNEAUX: Dickens, la sexualité et le corps, ou, pour l’amour d’une horloge: Maître Humphrey et ses obscurs objets du désir
En tant qu’écrivain, Dickens éprouvait une véritable fascination pour la culture marchande et consumériste et pour ses conséquences sur les relations humaines: c’est là l’un des nombreux traits de modernité de son œuvre. Je m’intéresse ici à Master Humphrey’s Clock, miscellanées aujourd’hui peu connues que Dickens rédigea entre avril 1840 et décembre 1841. Certes, The Old Curiosity Shop, roman publié en feuilleton que ce texte préfigurait à l’origine, eut tôt fait de le supplanter. Il n’en demeure pas moins que la narration de départ (qui présentait Master Humphrey, son cercle de conteurs invétérés et ses manuscrits logés au creux de l’horloge) présente des liens évocateurs avec The Old Curiosity Shop. J’examine en détail cette fascination pour la relation à l’objet dont le périodique explore la singularité. M’appuyant sur des travaux relatifs à la théorie de la chose, à Dickens et la culture marchande, j’examine de plus près l’armoire de l’horloge, afin de faire apparaître les relations émotionnelles, souvent teintées d’érotisme, qu’entretiennent l’homme et l’objet dans ces miscellanées. J’agrandis le périmètre de recherche de mon ouvrage, Queer Dickens, afin de définir l’intérêt que portait Dickens aux désirs non maritaux et à ceux exempts de toute notion de reproduction. J’analyse le mécanisme queer de l’horloge, à la fois comme hybride générique et comme lieu autre de reproduction.

Holly Furneaux est maître de conférences en études victoriennes à l’Université de Leicester. Elle est l’auteur de Queer Dickens: Eroctics, Families, Masculinities (Oxford University Press, 2009) ; elle a co-dirigé, avec Sally Ledger, l’ouvrage Dickens in Context (Cambridge University Press, à paraître en 2011), et préparé une édition de la biographie de Dickens écrite par John Forster, Life of Charles Dickens (Sterling, à paraître en 2011). Elle est l’organisatrice de la Journée Dickens annuelle qui se tient à Londres et fait partie du comité organisateur du congrès "Conte de quatre villes", à l’occasion du bicentenaire en 2012. Dans le livre auquel elle travaille actuellement et qui examine "La tendresse masculine en temps de guerre, de la guerre de Crimée à la Première Guerre mondiale", elle poursuit ses recherches sur les masculinités, le tactile, l’émotion, les soins corporels et l’écriture de soi.

Michal P. GINSBURG: Intrigue de/dans Barnaby Rudge
Cette communication portera sur la relation entre l’intrigue de Barnaby Rudge et les intrigants du roman. Comment interpréter le choix que fit Dickens de dépeindre les émeutes de Gordon comme l’œuvre d’"intrigants"? Comment leurs manœuvres trouvent-elles leur place dans l’intrigue du roman, au sens large du terme? Cette intrigue rompt à bien des égards avec les conventions que Dickens avait jusqu’alors établies. Quel sens donner à ces modifications? En quoi sont-elles liées à la représentation de l’intrigue politique qu’offre le roman? Quels sont les points communs et les différences entre l’intrigue de Barnaby Rudge et celle d’un autre roman dépeignant la violence populaire, A Tale of Two Cities? Qu’en apprend-on?

Michal P. Ginsburg est professeur de littérature française et comparée et Directeur du programme d’études de littérature comparée à l’Université Northwestern. Elle a publié des articles sur plusieurs romans de Dickens: Great Expectations, Oliver Twist, Our Mutual Friend, Dumbey and Son, The Old Curiosity Shop, et A Tale of Two Cities. Elle participe souvent au projet "Dickens Universe" de l’Université de Californie à Santa Cruz.

Jonathan GROSSMAN: Réseaux de passagers
Quels pouvaient bien être les enjeux lorsque Dickens, auteur de dix romans qui, sans exception, situaient la scène d’exposition en Angleterre, parmi les Anglais, décida de faire commencer Little Dorrit à Marseille, dans un contexte international? Et comment expliquer l’étrangeté de cette scène d’exposition à caractère international? La réponse qu’apportera cette communication aura trait à la façon dont Dickens appréhende les changements historiques marquant les réseaux de passagers. En effet, tout en évoquant, en des termes à valeur universelle et atemporelle, "nous tous, tant que nous sommes, voyageurs infatigables, qui cheminons dans le pèlerinage de la vie", Dickens offre une synthèse des changements qui marquent son époque lorsqu’il imagine, dans Little Dorrit, une simultanéité temporelle et spatiale à l’échelle mondiale.

Jonathan Grossman, maître de conférences habilité à UCLA (Université de Californie, Los Angeles), achève en ce moment un ouvrage sur Charles Dickens et la révolution des transports en commun au dix-neuvième siècle, qui a abouti à une standardisation de l’heure.

Michael HOLLINGTON: Charles Dickens citoyen
Cette conférence s’intéressera aux rapports entre Dickens et le radicalisme politique contemporain en France, en évoquant en particulier, bien entendu, des personnalités littéraires équivalentes outre-Manche, dont Victor Hugo. Il sera également question, entre autres, du point de vue de Dickens sur Louis-Philippe et la Monarchie de Juillet mais aussi sur Louis Napoléon et le Second Empire (à commencer par la façon dont Dickens remarque à quel point Louis-Philippe, qui passe sous ses yeux dans son carrosse, à Paris dans les années 1840, vit dans la crainte paranoïaque d’être assassiné). Seront aussi abordés la publication par Dickens d’articles fouriéristes dans Household Words (E.S. Dixon à propos de Toussenel) et sa réponse au Dernier jour d’un condamné de Hugo, dans Oliver Twist entre autres. L’optique générale ici retenue sera la façon dont Dickens et Hugo dépeignent les misérables de Paris de de Londres.

Michael Hollington est professeur retraité d’anglais de l’Université de New South Wales de Sydney (où il a enseigné jusqu’en 2002) et de l’Université de Toulouse-Le Mirail (où il a enseigné jusqu’en 2007). C’est en 2007 qu’il a repris ses recherches sur Dickens, après lui avoir consacré plusieurs ouvrages par le passé: Dickens and the Grotesque en 1982 et Charles Dickens: Critical Perspectives en quatre tomes, en 1995. Cette même année, il a organisé avec des amis et collègues un colloque très réussi à Gênes, sur le thème de Dickens et l’Italie. Trois volumes d’Actes y sont consacrés, dont deux co-édités par le Professeur Hollington. Il dirige en ce moment la préparation d’un recueil en deux tomes à paraître chez Continuum Press, The Reception of Dickens in Europe. Il est activement impliqué dans les préparatifs, à l’échelle internationale, du bicentenaire de Dickens en 2012.

Juliet JOHN: Culture, environnement et popularité
"Les auteurs anglais du dix-neuvième siècle les plus appréciés en cette fin de vingtième siècle", affirme Jonathan Bate au début de son article "Culture and Environment: From Austen to Hardy" (New Literary History, 30 (1999), 541-560), "sont Jane Austen et Thomas Hardy". Le fait que cet article ne mentionne même pas le nom de Dickens est, à n’en pas douter, un choix stratégique. Dickens ébranle en effet l’argument principal de Bate selon lequel la popularité posthume d’Austen et de Hardy est à rattacher directement à leur vision organique des liens entre culture et environnement, à leur représentation d’un monde "dans lequel l’on vit en rythme avec la nature" (p. 542). Cette communication, qui portera sur les liens entre la popularité de Dickens et sa modernité urbaine, compliquera, sans toutefois les rejeter complètement, les lectures conservatrices, teintées de nostalgie, qui sont faites du jeu entre culture, environnement et attrait littéraire durable.

Juliet John est Professeur de littérature victorienne à l’Université de Liverpool. Ses publications sur Dickens sont les suivantes: Dickens’s Villains: Melodrama, Character, Popular Culture (Oxford University Press, 2001; édition brochée 2003) et Dickens and Mass Culture (OUP, 2010). Elle a dirigé l’édition Routledge des textes originaux d’Oliver Twist (2006) et coordonne en ce moment le recueil d’articles et études du bicentenaire intitulé Dickens and Modernity (2012). Elle est coordinatrice en chef de la Oxford Bibliography of Victorian Literature (version électronique) et coordinatrice du Oxford Handbook of Victorian Literary Culture (parution en 2013).

John O. JORDAN: Clôture du récit dans David Copperfield et Bleak House
Le dénouement d’un roman de Dickens n’est jamais simple. Cette communication s’intéressera à certains des traits généraux qui rendent la clôture du récit problématique chez lui, et examinera plus à loisir le dénouement de David Copperfield et de Bleak House, l’un comme l’autre à la fois exemple représentatif d’une dynamique plus globale de l’art de la conclusion, et cas particulier enrichi de ses propres ambiguïtés et imprécisions.

Bibliographie
Hillis Miller, "The Problematic of Ending in the Novel", Nineteenth-Century Fiction 33 (1978), 3-7.
Frank Kermode, The Sense of an Ending: Studies in the Theory of Fiction. Oxford: Oxford University Press, 1967.
Marianna Torgovnick, Closure in the Novel. Princeton, NJ: Princeton University Press, 1981.
D.A. Miller, Narrative and its Discontents. Princeton, NJ: Princeton University Press, 1981.
John O. Jordan, Supposing “Bleak House”. Charlottesville, VA: University of Virginia Press, 2011.


Valerie KENNEDY: Animal, végétal ou minéral? Interversions de l’organique et de l’inorganique dans Our Mutual Friend
Dans Our Mutual Friend, comme dans bien des romans de Dickens, les êtres humains sont comparés à des objets inanimés et inversement par le biais de la métaphore et de la comparaison. Ces mêmes êtres sont également souvent comparés à des animaux, au point d’estomper la frontière entre mondes animé et inanimé, entre règne de l’homme et règne animal. Il arrive aussi dans Our Mutual Friend, comme le dit Adrian Poole, que la ligne de démarcation entre les vivants et les morts soit franchie, en partie à cause des images évolutionnistes dont le narrateur s’empare. Cette communication analysera certains des cas les plus significatifs de passage de l’humain au non humain, de l’organique à l’inorganique, dans le but de décrire ce qui distingue et renouvelle la vision dickensienne du monde dans Our Mutuel Friend.

Valerie Kennedy enseigne depuis 1997 dans le Département de langue et littérature anglaises de l’Université Bilkent d’Ankara, en Turquie. Elle a écrit entre autres Edward Said: A Critical Introduction, paru chez Polity Press en 2000 et traduit en signes complexes chinois et en chinois simplifié. Son article en deux parties, "Dickens and Savagery at Home and Abroad" est paru dans le Dickensian de 2008. Sa recherche porte actuellement sur Dickens, V. S. Naipaul, Mary Kingsley et Joseph Conrad.

Natalie McKNIGHT: Dickens post-moderne: fragmentation de l’être, états de conscience autres
On étudiera ici la façon dont Dickens se penche sur les fractures et les marges de la conscience, sur les sentiments d’aliénation et autres états conscients distincts de l’expérience au quotidien. A partir de scènes extraites de tout le corpus, du premier roman (Pickwick Papers) au dernier (The Mystery of Edwin Drood), on montrera comment l’intérêt que portait Dickens à ces états ne faiblit jamais: il devint plus profond et sa perception toujours plus affinée gagna en subtilité psychologique. On replacera l’intérêt de Dickens pour l’être fragmenté dans le contexte victorien d’une remise en cause toujours plus nette de l’autorité: une position à relier au déclin du rôle patriarcal dans le foyer, au doute toujours plus affirmé en matière de religion (un sentiment que firent naître Darwin, mais aussi les découvertes en géologie et la recherche sur les textes bibliques), ou encore à la confiance perdue en ceux qui nous gouvernent (comme en témoignent le chartisme et le mécontentement général face à la bureaucratie gouvernementale). Dickens sut remettre en cause les sources traditionnelles de l’autorité, y compris l’autorité que nous avons sur nous-mêmes.

Le Professeur Natalie McKnight détient une chaire en Humanités au College of General Studies de l’Université de Boston. Elle a publié deux ouvrages sur la fiction victorienne, Idiots, Madmen and Other Prisoners in Dickens et Suffering Mothers in Mid-Victorian Novels (St. Martin's/Palgrave). Son troisième livre, Fathers in Victorian Fiction, paraîtra sous peu chez Cambridge Scholars Press. Elle est co-rédacteur en chef de Dickens Studies Annual, Archiviste et Responsable des abonnements du Dickens Quarterly.

Francesca ORESTANO: Deux Londoniens: Charles Dickens et Virginia Woolf
Lorsqu’elle évalue le modernisme, la critique a tendance à privilégier la représentation de la ville moderne, et ce pour diverses raisons, qui peuvent avoir trait à la forme de l’espace urbain, ou encore à ce côté éminemment visuel que revêt l’expérience de la ville. L’accent qui est mis sur la métropole est d’ailleurs un thème commun qu’on retrouve dans toutes les capitales du modernisme européen. Deux auteurs, Charles Dickens, et Virginia Woolf, l’un considéré comme l’écrivain victorien par excellence, l’autre une moderniste, ont en commun cet attachement presque unique pour la ville de Londres, qui devient, sous leur plume, lieu, centre, théâtre et cadre discursif de l’expérience urbaine dont ils font le récit. Au cours de cette communication, on comparera le discours de la ville tel que le produisent Dickens et Woolf, en cherchant à faire apparaître des exemples d’expérimentation, de polyphonie, d’apparitions grotesques et mécaniques, ou encore de points de vue rapprochés ou aériens, d’accumulations, de fragments, de réalisme magique et d’objets en état de délabrement.

Publications portant sur Dickens et Woolf
Charles Dickens and Italy: ‘Little Dorrit’ and ‘Pictures from Italy’. Ed. with Introduction (pp. xiv-xxvi) by M. Hollington and F. Orestano, Newcastle upon Tyne, Cambridge Scholars Publishing, 2009, pp. 295.   ISBN  978 1443814430.
"Un cattivo sogno americano: le American Notes di Charles Dickens". Quaderno, Istituto di Lingue e Letterature Straniere dell'Università di Palermo, n.11, 1979: 25-65.
"Dickens on the Indians". Indians and Europe: an Interdisciplinary Collection of Essays. Ed. Christian F. Feest. Aachen, Herodot, Rader Verlag, 1987: 277-286; rpt. Lincoln, NE, University of Nebraska Press, 1999, paperback, ISBN 09032 68971.
"Jacob’s Room: crisi della prospettiva e ‘Trionfo della Morte’". La tipografia nel salotto: saggi su Virginia Woolf. A c. O. Palusci. Torino, Tirrenia, 1999: 149-166. ISBN  8877634502.
"The Magic Lantern and the Crystal Palace: Dickens and the Landscape of Fiction". Dickens: The Craft of Fiction and the Challenges of Reading. Eds. R. Bonadei, C.de Stasio, C. Pagetti, A. Vescovi. Milano, Unicopli, 2000: 249-269. ISBN 9788840 006536.
"Cézanne e la configurazione del romanzo moderno nella riflessione critica di Virginia Woolf". Il Cézanne degli scrittori, dei poeti, dei filosofi. A c. G. Cianci, E. Franzini, A. Negri. Milano, Bocca, 2001: 145-164.
"‘Pied beauty’: la parola oltre i confini del linguaggio, ovvero del limite del dualismo filosofia/estetica", in Scritture dell’immagine: percorsi figurativi della parola. A c. A. d’Amelio, F. de Giovanni, L. Perrone Capano. Napoli, Liguori, 2007: 29-42.
"Pittoresco urbano, city-waif novels e cultura visiva: dalla londra vittoriana a Hollywood". Tempi moderni nella ‘children’s literature’: storie, personaggi, strumenti critici. A c. F.Orestano. Milano, CUEM, 2007: 5-120.
"Il dialogo come forma simbolica: filosofia e conversation nella narrativa inglese". Le trame della conoscenza: percorsi epistemologici nella letteratura inglese dalla prima modernità al postmoderno. A c. M. Bignami. Milano, Unicopli, 2007: 49-69.
"Virginia Woolf, The Waves, and the discourse of knowledge: a dialogue between the resolved soul and created pleasure". TEXTUS, English Studies in Italy, vol. XVI (2003), No.2 (July-December), The Epistemologies of the Novel, eds. M. Bignami, J. Skinner, Genova, Tilgher, pp. 355-382.
"Virginia Woolf’s Orlando, Knole and the Creation of Sissinghurst: ‘a green thought in a green shade’", in Cultural Perspectives. Journal for Literary and British Cultural Studies in Romania, n. 13, 2008: 38-62. ISSN 1224-239X.
"Charles Dickens and Italy: the ‘New Picturesque’". In Dickens and Italy: ‘Little Dorri’t and ‘Pictures from Italy’. Eds. M. Hollington, F. Orestano, Cambridge, Cambridge Scholars Publishing, 2009: 49-67.  ISBN 978 1 4438 14430.
"Magic Lantern, Magic Realism. Italian Writers and Dickens, from the End of the XIX c to the 1980’s", in The Reception of Charles Dickens in Europe, ed. M. Hollington, Continuum Press, à paraître.
"Virginia Woolf’s Between the Acts: History as Text, as Fact, as Cultural Experience", In [Literature and History] ed. M. Bignami. à paraître.
"Dickens and the Vertigo of the List: A Few Proposals", in Dickens dans le Nouveau Millénaire. Dickens in the New Millennium. Proceedings of the Aix-en-Provence 2010 Conference, ed. L. Bouvard, M-A. Coste, C. Huguet, N. Vanfasse. Cahiers Victoriens et Edouardiens, à paraître.


David PARKER: Intrigues dickensiennes
Cette communication rentre dans le cadre d’une discussion dont la thématique, proposée par John Jordan, sera "Dickens et la structure narrative: débuts, milieux et fins". Elle portera sur le non-dit dans la construction des intrigues dickensiennes, sur les développements et interconnections que le texte ne rend pas explicites et que le lecteur doit déduire de ses souvenirs de ce qui précède l’extrait concerné et des temps forts s’y rattachant. Cette communication montrera Dickens à l’œuvre, faisant en sorte que débuts, milieux et fins de textes soient liés dans l’esprit du lecteur autant que dans les mots mêmes du texte.

David Parker est chercheur honoraire de l’Université de Kingston, Londres. Il a enseigné à l’Université de Sheffield, de Londres et au centre national d’enseignement à distance. Il a été conservateur du Musée Charles Dickens de Londres de 1978 to 1999. Il est l’auteur d’innombrables articles sur Dickens et sur d’autres sujets littéraires. Son ouvrage le plus récent est Christmas and Charles Dickens (New York: AMS Press, 2005). AMS Press publiera également ses travaux actuels, Pickwick and Reform.

David PAROISSIEN: Dickens et les voix de l’Histoire
A Child’s History of England (1851–53), œuvre cataloguée comme rudimentaire et simpliste, comme une histoire de l’Angleterre écrite par un enfant, est un texte que néglige la critique. Les lecteurs qui partagent cette opinion font étalage de leur ignorance, victimes de l’amnésie à laquelle Dickens souhaitait remédier. Pourquoi avons-nous besoin de l’Histoire, et qui en a le plus besoin? Dickens, qui réfléchissait à l’importance de l’éducation à donner à son propre fils, avait bien compris que l’Histoire devait y occuper une place de choix. Toutefois, les questions que soulève ce livre valent tout autant pour les adultes: c’est pour cette raison que Dickens décida de le publier en feuilletons dans Household Words. Certes, A Child’s History of England ne remue guère d’archives poussiéreuses. Dickens y avance cependant sans ambages les arguments permettant de considérer très sérieusement l’Histoire comme le lieu d’un questionnement sur la nature du pouvoir, la folie des guerres, les pertes du ‘peuple’ et le faux panache de la monarchie.

Bibliographie
"Parrots, Birds of Prey and Snorting Cattle: Dickens’s Whig Agenda of the 1840s". A paraître.


Robert L. PATTEN: Dickens à l'international. Little Dorrit raconte le "Grand Tour"
En 1852, Dickens signa avec la France un accord bi-national d’édition: il était l’un des premiers écrivains à bénéficier de cette législation. Toutefois, Hard Times, qui date de 1854, n’est pas le roman qui se charge de représenter la culture européenne: publié en feuilleton hebdomadaire, ce texte traite en fait très directement de questions d’éducation et de travail dans les villes industrielles de l’époque. L’œuvre que Dickens conçut comme un roman international, c’est bien plutôt Little Dorrit (1855-57), publié en vingt-trois livraisons mensuelles. Ce roman a en général fait l’objet d’interprétations privilégiant le "symbole dominant de l’emprisonnement" (Schlicke, Reader’s Companion, p. 339) et les inquiétudes de Dickens face à l’incurie du gouvernement anglais. Pourtant, Little Dorrit cherche au moins autant à délimiter l’Europe occidentale: sa géographie, ses villes, ses langues, et la façon dont la culture britannique reflète les cultures du Continent ou s’en démarque. L’essentiel de cette communication portera sur les implications d’une telle lecture du roman.

Robert L. Patten est Professeur Lynette S. Autrey d’Humanités à l’Université Rice de Houston. Sa recherche depuis un demi-siècle porte sur l’histoire de la publication des œuvres de Dickens, les gravures et illustrations du dix-neuvième siècle britannique, les questions liées à la formation du statut d’auteur à l’époque victorienne et les structures et la rhétorique de la fiction de cette même époque. Sa biographie en deux tomes de l’artiste graphique George Cruikshank a été sélectionnée meilleure biographie des années 1990 par le Guardian de Londres. Il espère que sa communication de Cerisy sera le point de départ de discussions sur l’élargissement dans les textes tardifs, de l’imaginaire dickensien vers des contextes liés à l’Europe et à l’Empire britannique.

Dominic RAINSFORD: Dickens et le monde en explosion
On voit traditionnellement en Dickens un écrivain plein d’humanité, soucieux du devenir de l’individu dans toute sa variété comme de celui de la société en tant qu’organisme collectif. Pourtant, les intrigues de ses romans font souvent la part belle à l’exception et les conséquences heureuses peuvent paraître devoir beaucoup à la chance. Cette communication analysera ce qui relie Dickens aux débats sur l’étendue de la responsabilité sociale et éthique. En prenant comme point de départ le concept de "philanthropie téléscopique" dans Bleak House et en tenant compte des façons récentes d’appréhender Dickens, en dehors de l’Europe et de l’Amérique du Nord, on s’interrogera sur la pertinence de l’écriture dickensienne dans la recherche de lignes de démarcation entre les communautés sources d’inquiétude, et les autres. On se demandera dans quelle mesure il est toujours possible d’apprécier et de comprendre Dickens selon des critères en apparence anglo-centriques et quasiment victoriens, dans quelle mesure également il peut nous aider à penser la mondialisation d’un présent "en explosion".

Dominic Rainsford est professeur de littératures de langue anglaise à l’Université d’Aarhus, Danemark. Sa recherche sur Dickens inclut des chapitres de certains de ses ouvrages, Authorship, Ethics and the Reader: Blake, Dickens, Joyce (1997) et Literature, Identity and the English Channel: Narrow Seas Expanded (2002), ainsi qu’un chapitre sur Dickens et la France dans Dickens, Europe and the New Worlds, coordonné par Anny Sadrin (1999), et des articles dans des revues telles que Dickens Quarterly et Victorian Newsletter.

Paul SCHLICKE: L’actualité de Sketches by Boz
A cinq reprises au moins, Dickens entreprit d’importantes révisions de ses premières publications lorsqu’il les rassembla sous le titre de Sketches by Boz. Les changements apportés au texte ne purent toutefois jamais le satisfaire, comme le montrent très clairement ses deux préfaces de 1839 et de 1850, dans lesquelles ses esquisses sont reléguées au rang d’œuvres de jeunesse. A mon sens, ce jugement négatif s’explique en partie de la manière suivante: le passage du format pour journaux et périodiques à celui du livre impliquait une réorientation de textes journalistiques d’actualité, écrits au départ pour la presse politique radicale, vers un lectorat plus large. Sous leur forme première, les esquisses rentraient en effet dans la catégorie du journalisme éphémère, parfaitement d’actualité en ces temps de débats politiques agités autour des projets de réforme: un mode d’écriture que Dickens ne jugeait plus adapté à des textes désormais présentés comme de la littérature. S’il ne changea pas d’idées politiques, Dickens corrigea l’image publique qu’il souhaitait donner de lui-même en tant qu’auteur littéraire.

Paul Schlicke, maître de conférences en anglais à l’Université d’Aberdeen, est depuis peu retraité. Il est l’auteur de Dickens and Popular Entertainment. Il a coordonné l’ouvrage Oxford Reader’s Companion to Dickens, et compilé la bibliographie de Dickens pour la troisième édition de Cambridge Bibliography of English Literature. Il travaille à l’édition Clarendon des Sketches by Boz, pour laquelle il a comparé les éditions complètes avec les premières versions (journal et périodique) du texte. Ce volume est actuellement en préparation et sortira en 2012. Paul Schlicke a été par le passé président de la Dickens Fellowship et de la Société Dickens américaine, ainsi que membre du conseil d’administration du Musée Charles Dickens de Londres. Il est membre fondateur du comité Dickens 2012.

Vladimir TRENDAFILOV: Dickens et quelques légendes urbaines de la Bulgarie du vingtième siècle
En Bulgarie, un des sujets de prédilection de la presse quotidienne durant tout le vingtième siècle fut que Dickens avait visité la Bulgarie pendant la guerre de Crimée en tant que correspondant de guerre et qu’il avait fait le récit de son expérience dans Household Words. Grâce à Lohrli et à d’autres, nous savons aujourd’hui qu’il n’en est rien et que les articles anonymes parus dans HW sont l’œuvre de quantité d’auteurs différents. Toutefois, on remarquera que le mythe a perduré près d’un siècle et qu’il a même amplement contribué à structurer la façon dont le public bulgare de l’époque percevait le grand romancier victorien. Cette communication portera sur la façon dont on s’est emparé de cette légende de visite professionnelle pour apprivoiser une figure marquante de la culture étrangère et lui attribuer divers rôles symboliques.

Vladimir Trendafilov est professeur de littérature anglaise au département d’études anglaises de l’Université du Sud-Ouest à Blagoevgrad, Bulgarie. Il y enseigne l’histoire littéraire des dix-neuvième et vingtième siècles, l’anthropologie littéraire, la poésie britannique du vingtième siècle et la théorie de la traduction. Ses principales publications sont: 1. Neizlichimiyat obraz v ogledaloto: aktualnata bulgarska retseptsia na Anglia, anglichanina i anglijskata misal prez XIX i nachaloto na XX vek. [The Indelible Face in the Mirror: The Topical Bulgarian Reception of England, English People and 19th-c. English Thought]. Sofia: Kralitsa Mab, 1996 ; 2. Prevodna retseptsia na evropeiski literaturi v Bulgaria. T. 1: Angliiska literatura. [Translation Reception of European Literatures in Bulgaria. Vol. 1: English Literature]. Ed by Alexander Shurbanov and Vladimir Trendafilov. Sofia: Marin Drinov, 2000 ; 3. des chapitres consacrés aux poètes victoriens, à Thomas Hardy, H. G. Wells, Jerome Jerome, la littérature populaire et le roman de l’entre-deux-guerres dans (2) ; 4. "Literaturen vid i vreme: kriteriat prevodimost" [Of time and literary type: the translation criterion], Literaturna misal, 7, 1991: 3-20 ; 5. "Mezhdu buntovnika i administratora: belezhki varhu retseptsiata na angliiskata viktorianska literatura v Bulgaria" [Between the rebel and the clerk: notes on the reception of Victorian literature in Bulgaria], Literaturna misal, 1-2, 1992: 138-51.

BIBLIOGRAPHIE :

Malcolm Andrews, Charles Dickens and His Performing Selves. Dickens and the Public Readings (Oxford : Oxford UP, 2006).
Rosemarie Bodenheimer, Knowing Dickens (Ithaca : Cornell UP, 2007).
John Bowen and Robert L. Patten, eds., Palgrave Advances in Charles Dickens Studies (Basingstoke : Palgrave Macmillan, 2006).
Sally Ledger, Dickens and the Popular Radical Imagination (Cambridge : Cambride UP, 2007).
Marie-Aude Murail, Charles Dickens. Ouvrier à douze ans, célèbre à vingt-quatre (Paris : Ecole des Loisirs, 2005).
Sylvère Monod, Dickens romancier (Paris : Hachette, 1953).
Jean-Pierre Ohl, Monsieur Dick ou le dixième livre (Paris : Gallimard, 2004).
David Paroissien, ed., A Companion to Charles Dickens (Oxford and New Malden, MA : Blackwell Publishing, 2008).
Michael Slater, Charles Dickens (New Haven and London : Yale UP, 2009).
Catherine Waters, Commodity Culture in Dickens's Household Words. The Social Life of Goods (Aldershot and Burlington : Ashgate, 2008).


Avec le soutien
de l’Université Charles-de-Gaulle Lille 3,
de l’Université d’Aix-en-Provence

et de l'Université Saint-Louis de Madrid





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