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DU MARDI 16 AOÛT (19 H) AU MARDI 23 AOÛT (14 H) 2011



WALT DISNEY


DIRECTION : Christian CHELEBOURG

ARGUMENT :

Walt Disney (1901-1966) a contribué à renouveler profondément l’approche et la diffusion des productions artistiques à destination de la jeunesse. S’il n’a pas inventé le dessin animé, et s’il a largement puisé à la source des littératures européennes, on lui doit d’avoir popularisé ce qui est devenu un des médias majeurs de la culture jeune, et d’avoir œuvré à l’internationalisation, voire à la mondialisation de la culture occidentale.

Ce colloque sera l’occasion de revenir sur la carrière créative de Walt Disney et son ingénierie du divertissement. L’homme sera abordé dans ses diverses dimensions, en tant que dessinateur d’animation, cartooneur, créateur de parcs à thème, découvreur de talents. Ses principaux collaborateurs — d’Ub Iwerks à Carl Barks ou Jack Hannah, de Wolfgang Reitherman à Clyde Geronimi — comme ses principaux personnages pourront faire l’objet d’études monographiques ou synthétiques. L’accent sera mis sur les processus créatifs et les imaginaires qu’ils véhiculent, aussi bien que sur les procédés techniques qui les sous-tendent. L’œuvre de Walt Disney sera abordée sous les deux angles de la production et de la réception. Enfin, on s’intéressera aussi bien à ses apports personnels qu’à sa fortune à travers les studios qui portent son nom et les évolutions qui en ont marqué l’histoire.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Mardi 16 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mercredi 17 août
Matin:
Christian CHELEBOURG: Walt Disney et la possibilité d'un rêve
Francis MARCOIN: Les vies multiples de Scrooge McDuck

Après-midi:
Virginie DUREY: Walt Disney et l'idéologie américaine
Laurent DÉOM: Walt Disney - Emerveillement ou éblouissement?


Jeudi 18 août
Matin:
Isabelle LIMOUSIN: Mickey au Musée d'Art Moderne
Véronique GIROUD: Une plastique toute d'extériorité: Mickey et le dessin de Paul Klee

Après-midi:
Thierry CORMIER: Disney ou le monde merveilleux de nos peurs infantiles
Gilles MÉNÉGALDO: Tim Burton et les studios Disney: subversion et dynamique créative


Vendredi 19 août
Matin:
Caroline KLENSCH: Adaptez, adaptez ! Il en restera toujours quelque chose...
Philippe MORLOT: Walt Disney et les arts visuels

Après-midi:
William MOEBIUS: Le contact et la coordination des corps dans l’œuvre de Disney, 1923-1937
Dick TOMASOVIC: Walt Disney chorégraphe: vers une redéfinition de l'art du mouvement


Samedi 20 août
Matin:
Maryse PETIT: À propos de Fantasia: création et mise en "anima"
Sébastien BERTRAND: The Lion King ou la tragédie du pouvoir

Après-midi:
DÉTENTE


Dimanche 21 août
Matin:
Barbara CISE: Disney Princess: élaboration et destin d'une figure topique
Aurélie VILLERS: Walt Disney et l'effort de guerre

Après-midi:
Nathanaël WADBLED: Le théorème de Mary. Hétérotopie merveilleuse et jeux d'enfants
Samuel MINNE: The Sword in the Stone: indétermination générique et vision du genre


Lundi 22 août
Matin:
Arnaud MAILLET: Regard, pièges et fascination chez Walt Disney
Adela CORTIJO TALAVERA: De la féérie de Cocteau aux objets obscurs de Disney dans La Belle et la Bête

Après-midi:
Daniel TRON: Disney, technique et création
Pierre-Eric JEL: Disney à l’ombre du polar: Who framed Roger Rabbit de Robert Zemeckis (1987) ou l’interrogation sur le devenir de l’animation


Mardi 23 août
Matin:
Christine PRÉVOST: De la transmission des valeurs morales à la mise en scène d'un patrimoine national illustrant une Amérique aux identités multiples: Disney-Pixar et la géographie de la nostalgie
Christian CHELEBOURG: Conclusions

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Sébastien BERTRAND: The Lion King ou la tragédie du pouvoir
Sortie en 1994, l’une des œuvres les plus plébiscitées parmi les longs métrages de l’univers Disney se singularise à bien des égards (absence de personnage humain, force et simplicité des images, exotisme africain). A travers la thématique centrale (l’histoire de la vie), ce sont aussi les mécanismes du pouvoir qui sont traités, sous un angle résolument tragique, tel qu’on le retrouve dans les sources d’inspiration du film, d’Hamlet à Macbeth en passant par La Bible, L’Odyssée ou les références au IIIe Reich. Le parcours du futur roi lion Simba est donc celui d’un apprentissage du pouvoir, de ses responsabilités et de ses dangers, le menant de l’exemple paternel à l’affrontement avec son oncle ambitieux Scar, l’usurpateur, incarnation de tous les travers liés au pouvoir. Sur un plan technique et scénaristique, nous développerons les différentes dimensions des représentations du pouvoir dans l’œuvre. Nous traiterons notamment de la place de la tragédie dynastique et des usages des références historiques, sociales, religieuses et mythologiques qui font de The Lion King une réflexion sur le pouvoir à la fois atemporelle et ancrée dans la fin du vingtième siècle.

Sébastien Bertrand, professeur agrégé et docteur en histoire contemporaine, enseigne en sections européennes et AbiBac au lycée Félix-Faure de Beauvais ainsi qu’à l’Université de Reims et d’Amiens.
Ses recherches portent notamment sur la représentation des élites et leur rapport aux médias ainsi que sur la place de l’histoire dans le cinéma américain (dernière parution: "Les chevaliers à la croix blanche : héroïsme aristocratique et caritatif dans l’Ordre de Saint-Jean, du milieu du XIXe siècle à nos jours", in: M. Fabréguet et D. Henky (dir.), Mémoires en représentation. Les grandes figures du passé et les héros – référents en Europe, Paris, L’Harmattan, 2011).


Barbara CISE: Disney Princess: élaboration et destin d'une figure topique
La princesse est un personnage omniprésent chez Walt Disney. De Blanche Neige à Ariel en passant par Jasmine et plus récemment Tiana et Raiponce, ces héroïnes sont toutes différentes mais possèdent en même temps de nombreux points communs. Les productions Disney tentent de plus en plus de surprendre le spectateur mais il n’en demeure pas moins que ces princesses sont toutes belles, jeunes, ingénues, un brin rebelles, amoureuses et ont un cœur pur. Souvent secondées par d’autres actants, elles n’en finissent pas de faire rêver les petites filles. Elles sont devenues de vrais personnages emblématiques à tel point que la Walt Disney Company a crée Disney Princess, une franchise  ayant pour but de capitaliser sur les princesses. Cela a été l’occasion pour la critique de pointer une nouvelle fois du doigt le capitalisme mondialisé de Disney. Le personnage de la princesse n’a pas non plus échappé à la critique, féministe cette fois. Cependant, à travers un destin jalonné d'embûches, la princesse apprend à s’affirmer et à devenir adulte. Cette jeune fille souvent naïve n’est pas seulement en quête du prince charmant. Pour comprendre tout cela il s’agira d’analyser le parcours et l'élaboration de cette figure topique...

Laurent DÉOM: Walt Disney - Emerveillement ou éblouissement?
Longtemps délaissé par la critique, au même titre que d'autres concepts jugés trop optimistes par certains, l'émerveillement renvoie pourtant à une expérience humaine fondamentale, dont les différents arts expriment la force et la puissance d'attraction. Dans la perspective des recherches que nous avons déjà menées sur cette question, et qui ont permis de dégager les principes fondateurs d'une poétique littéraire de l'émerveillement, nous désirons observer les modalités de présentation et de représentation de celui-ci dans des productions cinématographiques qui, pour un certain nombre d'entre elles, portent la marque d'une influence littéraire. À partir de plusieurs films de Walt Disney, nous montrerons quelles transformations suppose le passage du texte au film, et mettrons en évidence leurs conséquences sur la fonction et sur la signification de l'émerveillement. Cette mise au jour des bases d'une poétique cinématographique de l'émerveillement permettra de s'interroger sur le traitement singulier que lui réserve Walt Disney, qui explique pour une part la séduction que l'œuvre de celui-ci a exercée sur des générations de spectateurs.

Laurent Déom est maître de conférences en langue et littérature françaises à l'Université Charles de Gaulle - Lille 3, où il est responsable d'un master consacré à la littérature de jeunesse. Ses recherches se situent notamment à l'interface de la poétique et de l'herméneutique, et reposent sur une conception de la littérature comme expérience ontologique. C'est dans cette perspective que se développe son questionnement sur l'émerveillement, dont les premiers jalons sont exposés dans un article à paraître prochainement ("Principes d'une poétique de l'émerveillement").

Virginie DUREY: Walt Disney et l'idéologie américaine
Walt Disney s’est largement et librement inspiré de contes et romans européens, et nous nous intéresserons ici à la manière dont il retranscrit les œuvres sélectionnées en produits américains portant des vecteurs culturels valorisant le mythe US, tels que la notion de destinée, l’importance de la religion ou encore l’unité familiale. Nous verrons également comment les films de Walt Disney s’inscrivent dans le système économique et social américain, en vantant implicitement un modèle individualiste et libéral, contractualiste et marchand, mais aussi méritocratique car il valorise la mobilité sociale et la réussite individuelle. L’étude de cette américanisation, masquant une appropriation des cultures étrangères et débouchant sur une culture unique faisant ressortir un sentiment d’universalité, sera développée au travers de l’analyse des moyens et longs métrages de Walt Disney (1).
(1) Blanche-Neige et les Sept Nains (1937), Pinocchio (1940), Fantasia (1940), Dumbo (1941), Bambi (1942), Cendrillon (1950), Alice au Pays des Merveilles (1951), Peter Pan (1953), La Belle et le Clochard (1955), La Belle au Bois Dormant (1959), Les 101 Dalmatiens (1961), Merlin l’Enchanteur (1963), Le Livre de la Jungle (1967).

Actuellement doctorante en Civilisation américaine (Université d'Angers) et en Histoire (UQAM, Canada), mon sujet de thèse porte sur l'évolution de la représntation de la femme amérindienne dans la fiction hollywoodienne. Parallèlement à des cours particuliers en anglais dispensés à des collégiens et lycéens, je suis assistante de recherche (Chaire de recherche du Canada sur la Question territoriale Autochtione, UQAM) en particpant à la conception d'une base de données de documents historiques concernant la question teritoriale autochtone dans l'est et le centre du Canada provenant des Archives Nationales du Canada.

Véronique GIROUD: Une plastique toute d'extériorité: Mickey et le dessin de Paul Klee

Avant qu’il ne recentre son questionnement sur le cinéma (le pouvoir explosif du montage qui met fin aux fantasmagories de l’intérieur), Benjamin envisage très sérieusement une ouverture dialectique au kitsch dont il trouve l’efficace dans la figure de rêve de Mickey. Dessiné sur "planche à dessin", Mickey n’est animé d’aucune forme d’intériorité et sa capacité à se mouvoir en une plastique toute d’extériorité échappe à la médiation de l’espace. Mickey ne connaît pas l’univers de rêve des fantasmagories de l’intérieur, c’est de son corps qu’il tire les prodiges.
Benjamin jugera le caractère de cette morphologie si exemplaire qu’il en fait l'égal, assurément pas de Charlot, mais des tracés et des lignes du dessin de Paul Klee. Ce rapprochement inattendu n’est pas seulement formel, il travaille à l’élargissement de la théorie de l’art à l’anthropologie ou, pour le dire avec Benjamin, les formes vivantes en devenir: arts et cultures. Mickey figure une manière de survie, malgré tout; l’issue d’un devenir qui ne peut être utopique. Mais il indique, surtout, qu’il n’y a d’ouverture dialectique au kitsch que dans l’opération qui la manifeste, à même les formes en devenir que Sergeï Eisenstein admire également dans l’intelligence visuelle des dessins animés de Walt Disney, découvrant, là, que la métamorphose peut être simplement et efficacement le passage d’une chose dans l’autre. Alternative importante à la pensée de l’art, qui fait de la table rase le moteur des avant-gardes, les formes en devenir: arts et cultures de la distraction ne s’opposent pas. Ce que confirmera bon nombre d’artistes qui, d'Andy Warhol, à Mike Kelley, Paul McCarthy et Maurizio Catalan, ont tous rencontré Mickey.

Véronique Giroud, professeur d’histoire de l’art à l’école supérieure des beaux arts de Nantes Métropole, fait porter ses recherches sur les formes d’héritages de la modernité élargie aux cultures de la distraction, de "l’amour du faux" à l'art de jouer avec des choses mortes.
"Décor(s) et expérience pauvre", acte du colloque L'ancien n'est plus, le nouveau n'est pas encore, à paraitre.
"Paris tombe-t-il à Las Vegas", Apparences de la vie normale, éditions Liénart, 2010.
"Le vrai est ce qu’il peut ; le faux est ce qu’il veut", De(s)-génération, 2010.
Assistante de réalisation pour l’écriture et le montage du film de Pierre Moignard, Who chooseth me. Notes for the Merchant of Vegas, présenté au Mamco, Musée d’Art contemporain de Genève, de juin à septembre, 2010.


Pierre-Eric JEL: Disney à l’ombre du polar: Who framed Roger Rabbit de Robert Zemeckis (1987) ou l’interrogation sur le devenir de l’animation
Pour leur 35e long-métrage, les productions Disney innovent et perfectionnent un procédé déjà présent dans quelques-unes de leurs réalisations (dont Mary Poppins en 1964): l’interaction entre acteurs réels et personnages issus de l’animation. Grâce aux innovations technologiques, les concepteurs de ce film purent donner encore plus de relief et de vie aux personnages animés, la caméra utilisant les mêmes mouvements autour d’eux que ceux qu’elle pourrait effectuer face à des acteurs réels.
Mais au-delà d’une simple prouesse technique, d’une banale mise en valeur des capacités des concepteurs Disney et des studios ILM fondé par George Lucas, Qui veut la peau... se démarque d’un banal blockbuster sur deux points essentiels. En effet, c’est tout d’abord un hommage aux formes cinématographiques américaines préexistantes auxquelles il redonne leurs lettres de noblesse en les entremêlant pour le plus grand plaisir des spectateurs. Dans ce creuset, le cinéma policier, le cinéma burlesque et le mélodrame se côtoient et confèrent une part non négligeable d’originalité au long-métrage. Par ailleurs, au-delà des clins d’œil esthétiques, le cinéma d’animation se trouve aussi et surtout interrogé, car cette réalisation prend en compte l’évolution de celui-ci. Par conséquent, c’est autant en "visionnaire" qu’en "nostalgique" que Robert Zemeckis, et avec lui les studios Disney, prennent place. Bien plus qu’un film novateur Qui veut la peau... se pose comme une réflexion sur le cinéma d’animation et la densité de ce dernier. Ce caractère hybride ainsi permet à la réalisation d’interroger pleinement les ressources filmiques mises à disposition par l’animation et le cinéma lui-même.

Caroline KLENSCH: Adaptez, adaptez ! Il en restera toujours quelque chose...
Beauty & the Beast, The Lion King, The Little Mermaid, Tarzan, Mary Poppins et prochainement Aladdin... Voici les grandes comédies musicales, signées "Disney Theatrical Productions", qui envahissent en ce moment les scènes du monde. Le dessin animé sert de base structurante, mais l’adaptation amplifie l’illusion du réel. Qui n’a pas rêvé de rencontrer les personnages, d’assister à leur intrusion dans notre quotidien réel? À Disneyland, on peut saluer ses héros, mais dans les théâtres comme au cinéma, on devient le spectateur de leurs aventures. La scène reste un espace limité, un microcosme réel et irréel à la fois. Moins de proximité pour plus d’action! L’hypotypose de l’irréel est estompée davantage par les acteurs humains qui incarnent des figures animées dans un univers enchanté. Tout est faux, mais tellement vrai à la fois. Le dessin animé se déploie devant nos yeux, dans un cadre magique. L’illusion théâtrale est ainsi une héritière tout à fait digne de l’illusion cinématographique. Il est intéressant d’observer toute une chaîne d’adaptations. Les contes ont été appropriés par Disney de telle sorte que leur origine est souvent oubliée, faisant du dessin animé la référence la plus connue. Derrière ces créations se cache bien sûr également une logique commerciale intelligente. Les comédies musicales permettent de prolonger la vie des films en faisant basculer les personnages dans le spectacle vivant et capter un nouveau public. Rester toujours en mouvement, adapter et créer; ces procédés forment la force dynamique des productions Disney. Le plus important, c’est de raconter une histoire!

Isabelle LIMOUSIN: Mickey au Musée d'Art Moderne
En 1947, paraît dans le Journal de Mickey une bande dessinée intitulée Mickey au musée d’art moderne. L’histoire est celle d’une visite au musée où le personnage fétiche de Walt Disney accompagné de Minnie découvrent au fil de leur parcours des œuvres évoquant l’art moderne, mais un art moderne réinventé par les talents du studio WD. Dans les années 1990, les œuvres de ce musée de papier inspirent à Bertrand Lavier une série intitulée "Walt Disney Production". L’artiste réalise alors en deux ou en trois dimensions les œuvres illustrant les aventures de Mickey au musée d’art moderne. Pour cette intervention, nous nous intéresserons à la représentation du musée et de sa collection en bande dessinée, au passage des formes de la culture savante à la culture populaire, du monde adulte à celui de l’enfance, de la représentation à la présentation, de l’art moderne à l’art contemporain... Et réciproquement.

Francis MARCOIN: Les vies multiples de Scrooge McDuck
Le personnage de Picsou présente plusieurs caractéristiques qui le distinguent dans l'univers de Disney. S'il incarne à première vue un certain modèle américain, il résulte tout autant du regard porté par l'Europe sur ce modèle appréhendé d'une manière "romanesque". Par ailleurs, il est immédiatement doté par son créateur, Carl Barks, d'une certaine complexité encore renforcée par un continuateur comme Don Rosa. Il s'offre donc à un lectorat diversifié, devenant un héros qui échappe autant au système Disney qu'il le représente.

Francis Marcoin, professeur de Littérature à l'université d'Artois, développe plus particulièrement une recherche sur les lectures et les cultures de l'enfance. Il dirige les Cahiers Robinson et a notamment publié Librairie de jeunesse et littérature industrielle au XIXe siècle (Champion, 2006).

Samuel MINNE: The Sword in the Stone: indétermination générique et vision du genre
Le long-métrage d'animation Merlin l'enchanteur (The Sword in the Stone, 1963) revient sur le mythe arthurien vu comme récit de formation dans un cadre de fantasy médiévale. Plusieurs éléments viennent cependant brouiller l'inscription générique du film: Merlin mentionne les inventions futures et revient à la fin vêtu comme un touriste californien. Ces éléments permettent d'interpréter la magie de Merlin comme un surnaturel expliqué par des inventions futures, et donc de la science-fiction. Le sac qui parvient à contenir la maison est une singularité, Merlin maîtrise le voyage dans le temps... D'autres éléments préservent l'ancrage merveilleux, comme Archimède le hibou parlant, ou la magie des métamorphoses. Mais de leur côté, les personnages et les métamorphoses entrent dans un système de représentation du genre (au sens sexuel et social) qu'il faut examiner. Le jeune Art (ou Wart) grandit au sein d'un entourage presque uniquement masculin, avec des figures hypermasculines comme Kay ou plus ambiguës comme Merlin, et la figure féminine dominante est une sorcière peu attirante. Le film de Disney s'inspire d'ailleurs du roman The Sword in the Stone de T. H. White, auteur tourmenté par sa sexualité selon sa biographe Sylvia Townsend Warner. Alors que des critiques ont pu voir des images de l'homosexualité dans Peter Pan sorti dix ans plus tôt, Merlin l'enchanteur offre-il une lecture originale du genre et de la sexualité?

William MOEBIUS: Le contact et la coordination des corps dans l’œuvre de Disney, 1923-1937
Au début, la majorité des épisodes comiques produits par les animateurs des Studios Disney font usage des scènes affichant des collisions, des corps reconstruits et déformés, mécanisés et instrumentalisés comme le montre les dessins animés d’Oswald le Lapin (1927) et de Mickey Mouse et Donald Duck des années 1928-1937. Or, dès l’arrivée des trois films considérés "classiques", Blanche Neige et les Sept Nains (1937), Pinocchio (1940) et Fantasia (1940), l’interaction "groupe" semble appartenir à un nouveau code, où les collisions des corps sont amorties et réduites pour laisser place à des mouvements plus nuancés et co-ordinés. Cette coordination de la multitude corporelle vise à la séparation des corps et leur refuse l’intimité. En effet, les scènes de contact et de coordination d’un ensemble de corps dominent les premiers longs-métrages de Disney (Snow White, Pinocchio, Fantasia, les seuls produits avant la deuxième guerre mondiale) faisant du récit original, l’appât mais non pas le centre de l’énergie cinétique du film. Je souhaite explorer les sources et les implications de ce développement dans un contexte d’étude sémiotique et psychologique, avec des interprétations d’ordre politique et social, afin d’étudier cet usage qui situe l’action au coeur d’entités plurielles (e.g. nains, animaux, et horloges), et qui place le singulier dans l’emblématique.

2011, "The Picture Book", in Philip Nel and Lissa Paul, Key Words in Children’s Literature. New York: New York University Press, June, 169-173 (5 pages, double columns on each).
2010, "Les z‘héros sans papiers: l’album de jeunesse devant la modernité", in Le Héros dans les productions literatures pour la jeunesse. Paris: l’Harmattan, pp. 111-128.
2008, "La lecture, le ravissement et Le Livre Épuisé", in Myriam Watthee-Delmotte, coordinator, ART DE LIRE, ART DE VIVRE: Hommage au Professeur Georges Jacques. Paris: L’Harmattan. 267-272.
"Back to the Tableau, or the Gerontoscopy of Wounded Men", in Bertrand Gervais, ed., Pouvoirs de l’Imaginaire. Montréal: Université du Québec à Montréal, Vol. 2,  pp. 57-77.
2007, "Aller ailleurs: vers un sujet civilisé dans quelques albums de jeunesse d’entre les deux guerres", in Myriam Watthee-Delmotte et Jean-Louis Tilleuil, eds. Texte, Image, Imaginaire. Paris: l’Harmattan, 293-309.


Philippe MORLOT: Walt Disney et les arts visuels
Aborder l’œuvre de Walt Disney que ce soit sous l’angle de la production ou sous celui la réception, implique nécessairement de s’interroger sur le rapport qu’elle entretient avec les œuvres d’art. Si l'œuvre de Walt Disney a été fondamentale dans le monde du cinéma d'animation tant sur le plan de la créativité que sur celui de l’imaginaire, elle a régulièrement trouvé ses sources dans d'autres champs artistiques. Nous chercherons à découvrir et à comprendre l'intérêt de ses emprunts dans l'univers des arts visuels.

Bibliographie
Catalogue édité à l'occasion de l’exposition Il était une fois ... Walt Disney, Editions Réunion des musées nationaux
Article: "Dali-Disney, rencontre surréaliste à Hollywood de Samuel Blumenfeld", in Le Monde Magazine N°64, 4 décembre 2010.
Sitographie
http://www.nicolas-rubinstein.com/miaar.php
http://www.collectorseditions.com/disney/vitae.php?aID=520Destino
http://www.telerama.fr/cinema/l-incroyable-destin-de-destino-petit-film-signe-disney-et-dali,46418.php


Maryse PETIT: À propos de Fantasia: création et mise en "anima"
Au commencement était... L’Apprenti Sorcier: c’est bien autour de la légende et de sa mise en musique que fut élaboré le projet de Fantasia. Au cœur du récit, deux pouvoirs s’affrontent pour mettre en mouvement le monde: celui du sorcier, celui de son apprenti. Mais là où l’un sait maîtriser les éléments, l’autre, voulant reproduire les actes de son maître, perd la mesure et se trouve dépassé par ce qu’il a créé. Le thème des objets magiques mis en mouvement sera très fréquemment repris dans les œuvres de W. Disney. Il est orchestré ici par les différentes séquences qui illustrent les états successifs du monde, de la danse des bactéries à la lutte du bien et du mal sur le Mont Chauve. Nous interrogerons donc les origines de ce mythe et ce qui en fait la puissance, à travers ses nombreuses reprises, notamment celle du Golem. Mais aussi, nous interrogerons l’importance qu’il revêt dans l’œuvre disneyenne, fondée sur l’animation d’un monde (re)créé.

Christine PRÉVOST: De la transmission des valeurs morales à la mise en scène d'un patrimoine national illustrant une Amérique aux identités multiples: Disney-Pixar et la géographie de la nostalgie
De l’œuvre de Walt Disney, les européens retiennent volontiers tout ce qui évoque le patrimoine littéraire ou folklorique du vieux continent, en particulier les contes. Mais en même temps que la reconnaissance d’un talent de vulgarisateur, les reproches n’ont pas manqué quant aux intentions moralisantes trop évidentes. Qu’en est-il des productions les plus récentes des studios Disney-Pixar? Elles perpétuent en partie les préoccupations du fondateur. Mais avec des longs métrages qui élèvent des lieux au rang d’éléments essentiels des films, comme la route 66 dans Cars, ou le bayou dans La Princesse et la Grenouille, Disney-Pixar semble aussi vouloir participer à la construction d’une mythologie plus nationale, à destination de son premier public, le public américain. L’intervention analysera dans quelques films de Disney-Pixar cet intérêt pour des espaces promus au rang de personnages, puis s’interrogera sur la réception de cet aspect par un public non américain.

BIBLIOGRAPHIE :

Il était une fois – Aux sources de l’art des studios Disney, Paris, Éditions de la réunion des musées nationaux, 2006.
Maurice BESSY, Walt Disney, Paris, Seghers, « Cinéma d’aujourd’hui », 1970.
David CALVO, Disneyland ! – Archéologie d’un imaginaire, Lyon, Les Moutons électriques, « Bibliothèque des miroirs », 2010.
Sergueï Mikhaïlovitch EISENSTEIN, Walt Disney, Strasbourg, Circé, 1991.
Robert FIEMAN, L’Univers de Disney, Paris, Naïve, 2005.
Robert FIEMAN, Le Monde de Mickey Mouse, Paris, Naïve, 2007.
Neal GABLER, Walt Disney, The Triumph of the American Imagination, New York, Vintage Books, 2006.
Pierre LAMBERT, Les Artistes de Disney, Paris, Séguier, 1987.
Pierre LAMBERT, Walt Disney, l’Âge d’or, Rozay-en-Brie, Démons & merveilles, 2006.

Christine PREVOST, "De la lampe merveilleuse à la lanterne magique: Aladin, du théâtre au technicolor", dans Les Mille et Une Nuits des Enfants, Cahiers Robinson, sous la direction de Christiane Chaulet-Achour, n°19, 2006, pp. 151-163.
Christine PREVOST, "Le cinéma d’animation: un autre mode de transmission", dans Interpréter et transmettre la littérature aujourd’hui, sous la direction de Max BUTLEN et Violaine HOUDART-MEROT, Encrage Université, Cergy-Pontoise, 2009, pp. 167-183.
Christine PREVOST, (coordonné par), Travelling sur le cinéma d’animation à l’école, Paris, édition Le Manuscrit, collection "Recherche-Université, Enseigner Autrement", 2009.


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