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DU MARDI 16 AOÛT (19 H) AU MARDI 23 AOÛT
(14 H) 2011
WALT DISNEY
DIRECTION : Christian CHELEBOURG
ARGUMENT :
Walt Disney (1901-1966)
a contribué à renouveler profondément
l’approche et la diffusion des productions artistiques
à destination de la jeunesse. S’il n’a pas inventé
le dessin animé, et s’il a largement puisé à
la source des littératures européennes, on
lui doit d’avoir popularisé ce qui est devenu un des médias
majeurs de la culture jeune, et d’avoir œuvré à
l’internationalisation, voire à la mondialisation de
la culture occidentale.
Ce colloque sera
l’occasion de revenir sur la carrière créative
de Walt Disney et son ingénierie du divertissement.
L’homme sera abordé dans ses diverses dimensions, en
tant que dessinateur d’animation, cartooneur, créateur
de parcs à thème, découvreur de talents.
Ses principaux collaborateurs — d’Ub Iwerks à Carl Barks
ou Jack Hannah, de Wolfgang Reitherman à Clyde Geronimi
— comme ses principaux personnages pourront faire l’objet d’études
monographiques ou synthétiques. L’accent sera mis sur
les processus créatifs et les imaginaires qu’ils véhiculent,
aussi bien que sur les procédés techniques
qui les sous-tendent. L’œuvre de Walt Disney sera abordée
sous les deux angles de la production et de la réception.
Enfin, on s’intéressera aussi bien à ses apports
personnels qu’à sa fortune à travers les studios qui
portent son nom et les évolutions qui en ont marqué
l’histoire.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Mardi 16 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des
participants
Mercredi 17 août
Matin:
Christian CHELEBOURG: Walt Disney et la possibilité
d'un rêve
Francis MARCOIN: Les vies
multiples de Scrooge McDuck
Après-midi:
Virginie DUREY: Walt Disney
et l'idéologie américaine
Laurent DÉOM:
Walt Disney - Emerveillement ou éblouissement?
Jeudi 18 août
Matin:
Isabelle LIMOUSIN:
Mickey au Musée d'Art Moderne
Véronique
GIROUD: Une plastique toute d'extériorité: Mickey
et le dessin de Paul Klee
Après-midi:
Thierry CORMIER: Disney ou le monde
merveilleux de nos peurs infantiles
Gilles MÉNÉGALDO: Tim Burton
et les studios Disney: subversion et dynamique créative
Vendredi 19 août
Matin:
Caroline KLENSCH: Adaptez,
adaptez ! Il en restera toujours quelque chose...
Philippe MORLOT:
Walt Disney et les arts visuels
Après-midi:
William MOEBIUS:
Le contact et la coordination des corps dans l’œuvre
de Disney, 1923-1937
Dick TOMASOVIC: Walt Disney chorégraphe: vers une
redéfinition de l'art du mouvement
Samedi 20 août
Matin:
Maryse PETIT:
À propos de Fantasia: création et mise
en "anima"
Sébastien BERTRAND:
The Lion King ou la tragédie du pouvoir
Après-midi:
DÉTENTE
Dimanche 21 août
Matin:
Barbara CISE:
Disney Princess: élaboration et destin d'une
figure topique
Aurélie VILLERS: Walt Disney et l'effort
de guerre
Après-midi:
Nathanaël WADBLED: Le théorème de Mary.
Hétérotopie merveilleuse et jeux d'enfants
Samuel MINNE: The Sword
in the Stone: indétermination générique
et vision du genre
Lundi 22 août
Matin:
Arnaud MAILLET: Regard, pièges
et fascination chez Walt Disney
Adela CORTIJO TALAVERA: De la féérie
de Cocteau aux objets obscurs de Disney dans La Belle et la Bête
Après-midi:
Daniel TRON: Disney, technique et création
Pierre-Eric JEL: Disney
à l’ombre du polar: Who framed Roger Rabbit de
Robert Zemeckis (1987) ou l’interrogation sur le devenir
de l’animation
Mardi 23 août
Matin:
Christine PRÉVOST:
De la transmission des valeurs morales à la mise en scène
d'un patrimoine national illustrant une Amérique aux
identités multiples: Disney-Pixar et la géographie
de la nostalgie
Christian CHELEBOURG: Conclusions
Après-midi:
DÉPARTS
RÉSUMÉS :
Sébastien BERTRAND: The Lion King ou la
tragédie du pouvoir
Sortie en 1994, l’une des œuvres les plus plébiscitées
parmi les longs métrages de l’univers Disney se singularise
à bien des égards (absence de personnage humain, force
et simplicité des images, exotisme africain). A travers la thématique
centrale (l’histoire de la vie), ce sont aussi les mécanismes du
pouvoir qui sont traités, sous un angle résolument tragique,
tel qu’on le retrouve dans les sources d’inspiration du film, d’Hamlet
à Macbeth en passant par La Bible, L’Odyssée
ou les références au IIIe Reich. Le parcours du futur roi lion
Simba est donc celui d’un apprentissage du pouvoir, de ses responsabilités
et de ses dangers, le menant de l’exemple paternel à l’affrontement
avec son oncle ambitieux Scar, l’usurpateur, incarnation de tous les
travers liés au pouvoir. Sur un plan technique et scénaristique,
nous développerons les différentes dimensions des représentations
du pouvoir dans l’œuvre. Nous traiterons notamment de la place de la
tragédie dynastique et des usages des références
historiques, sociales, religieuses et mythologiques qui font de The
Lion King une réflexion sur le pouvoir à la fois atemporelle
et ancrée dans la fin du vingtième siècle.
Sébastien Bertrand, professeur agrégé
et docteur en histoire contemporaine, enseigne en sections européennes
et AbiBac au lycée Félix-Faure de Beauvais ainsi qu’à
l’Université de Reims et d’Amiens.
Ses recherches portent notamment sur la représentation
des élites et leur rapport aux médias ainsi que sur la
place de l’histoire dans le cinéma américain (dernière
parution: "Les chevaliers à la croix blanche : héroïsme
aristocratique et caritatif dans l’Ordre de Saint-Jean, du milieu du
XIXe siècle à nos jours", in: M. Fabréguet et D. Henky
(dir.), Mémoires en représentation. Les grandes figures
du passé et les héros – référents en Europe,
Paris, L’Harmattan, 2011).
Barbara CISE: Disney Princess: élaboration
et destin d'une figure topique
La princesse est un personnage omniprésent chez
Walt Disney. De Blanche Neige à Ariel en passant par Jasmine
et plus récemment Tiana et Raiponce, ces héroïnes
sont toutes différentes mais possèdent en même
temps de nombreux points communs. Les productions Disney tentent de
plus en plus de surprendre le spectateur mais il n’en demeure pas
moins que ces princesses sont toutes belles, jeunes, ingénues, un
brin rebelles, amoureuses et ont un cœur pur. Souvent secondées
par d’autres actants, elles n’en finissent pas de faire rêver
les petites filles. Elles sont devenues de vrais personnages emblématiques
à tel point que la Walt Disney Company a crée Disney
Princess, une franchise ayant pour but de capitaliser
sur les princesses. Cela a été l’occasion pour la critique
de pointer une nouvelle fois du doigt le capitalisme mondialisé
de Disney. Le personnage de la princesse n’a pas non plus échappé
à la critique, féministe cette fois. Cependant, à
travers un destin jalonné d'embûches, la princesse apprend
à s’affirmer et à devenir adulte. Cette jeune fille souvent
naïve n’est pas seulement en quête du prince charmant. Pour
comprendre tout cela il s’agira d’analyser le parcours et l'élaboration
de cette figure topique...
Laurent DÉOM: Walt Disney
- Emerveillement ou éblouissement?
Longtemps délaissé par la critique, au même
titre que d'autres concepts jugés trop optimistes par certains,
l'émerveillement renvoie pourtant à une expérience
humaine fondamentale, dont les différents arts expriment
la force et la puissance d'attraction. Dans la perspective des
recherches que nous avons déjà menées sur
cette question, et qui ont permis de dégager les principes
fondateurs d'une poétique littéraire de l'émerveillement,
nous désirons observer les modalités de présentation
et de représentation de celui-ci dans des productions
cinématographiques qui, pour un certain nombre d'entre
elles, portent la marque d'une influence littéraire.
À partir de plusieurs films de Walt Disney, nous montrerons
quelles transformations suppose le passage du texte au film, et
mettrons en évidence leurs conséquences sur la fonction
et sur la signification de l'émerveillement. Cette mise au jour
des bases d'une poétique cinématographique de l'émerveillement
permettra de s'interroger sur le traitement singulier que lui
réserve Walt Disney, qui explique pour une part la séduction
que l'œuvre de celui-ci a exercée sur des générations
de spectateurs.
Laurent Déom est maître
de conférences en langue et littérature françaises
à l'Université Charles de Gaulle - Lille 3, où il
est responsable d'un master consacré à la littérature
de jeunesse. Ses recherches se situent notamment à l'interface
de la poétique et de l'herméneutique, et reposent
sur une conception de la littérature comme expérience
ontologique. C'est dans cette perspective que se développe
son questionnement sur l'émerveillement, dont les premiers
jalons sont exposés dans un article à paraître
prochainement ("Principes d'une poétique de l'émerveillement").
Virginie DUREY: Walt Disney et l'idéologie
américaine
Walt Disney s’est largement et librement inspiré
de contes et romans européens, et nous nous intéresserons
ici à la manière dont il retranscrit les œuvres sélectionnées
en produits américains portant des vecteurs culturels
valorisant le mythe US, tels que la notion de destinée,
l’importance de la religion ou encore l’unité familiale. Nous
verrons également comment les films de Walt Disney s’inscrivent
dans le système économique et social américain,
en vantant implicitement un modèle individualiste et libéral,
contractualiste et marchand, mais aussi méritocratique car
il valorise la mobilité sociale et la réussite individuelle.
L’étude de cette américanisation, masquant une appropriation
des cultures étrangères et débouchant sur une
culture unique faisant ressortir un sentiment d’universalité,
sera développée au travers de l’analyse des moyens
et longs métrages de Walt Disney (1).
(1) Blanche-Neige et les Sept Nains
(1937), Pinocchio (1940), Fantasia (1940), Dumbo
(1941), Bambi (1942), Cendrillon (1950), Alice
au Pays des Merveilles (1951), Peter Pan (1953),
La Belle et le Clochard (1955), La Belle au Bois Dormant
(1959), Les 101 Dalmatiens (1961), Merlin l’Enchanteur
(1963), Le Livre de la Jungle (1967).
Actuellement doctorante en Civilisation
américaine (Université d'Angers) et en Histoire
(UQAM, Canada), mon sujet de thèse porte sur l'évolution
de la représntation de la femme amérindienne dans
la fiction hollywoodienne. Parallèlement à des cours
particuliers en anglais dispensés à des collégiens
et lycéens, je suis assistante de recherche (Chaire de recherche
du Canada sur la Question territoriale Autochtione, UQAM) en particpant
à la conception d'une base de données de documents
historiques concernant la question teritoriale autochtone dans l'est
et le centre du Canada provenant des Archives Nationales du Canada.
Véronique GIROUD: Une plastique toute d'extériorité:
Mickey et le dessin de Paul Klee
Avant qu’il ne recentre son questionnement sur le cinéma
(le pouvoir explosif du montage qui met fin aux fantasmagories de l’intérieur),
Benjamin envisage très sérieusement une ouverture dialectique
au kitsch dont il trouve l’efficace dans la figure de rêve
de Mickey. Dessiné sur "planche à dessin", Mickey
n’est animé d’aucune forme d’intériorité et sa capacité
à se mouvoir en une plastique toute d’extériorité échappe
à la médiation de l’espace. Mickey ne connaît pas
l’univers de rêve des fantasmagories de l’intérieur, c’est
de son corps qu’il tire les prodiges.
Benjamin jugera le caractère de cette morphologie si
exemplaire qu’il en fait l'égal, assurément pas de Charlot,
mais des tracés et des lignes du dessin de Paul Klee. Ce rapprochement
inattendu n’est pas seulement formel, il travaille à l’élargissement
de la théorie de l’art à l’anthropologie ou, pour le
dire avec Benjamin, les formes vivantes en devenir: arts et cultures.
Mickey figure une manière de survie, malgré tout;
l’issue d’un devenir qui ne peut être utopique. Mais il indique,
surtout, qu’il n’y a d’ouverture dialectique au kitsch que dans l’opération
qui la manifeste, à même les formes en devenir que Sergeï
Eisenstein admire également dans l’intelligence visuelle des dessins
animés de Walt Disney, découvrant, là, que la métamorphose
peut être simplement et efficacement le passage d’une chose dans
l’autre. Alternative importante à la pensée de
l’art, qui fait de la table rase le moteur des avant-gardes, les formes
en devenir: arts et cultures de la distraction ne s’opposent pas.
Ce que confirmera bon nombre d’artistes qui, d'Andy Warhol, à
Mike Kelley, Paul McCarthy et Maurizio Catalan, ont tous rencontré
Mickey.
Véronique Giroud, professeur d’histoire de
l’art à l’école supérieure des beaux arts de Nantes
Métropole, fait porter ses recherches sur les formes d’héritages
de la modernité élargie aux cultures de la distraction, de
"l’amour du faux" à l'art de jouer avec des choses mortes.
"Décor(s) et expérience pauvre", acte du colloque
L'ancien n'est plus, le nouveau n'est pas encore, à
paraitre.
"Paris tombe-t-il à Las Vegas", Apparences
de la vie normale, éditions Liénart, 2010.
"Le vrai est ce qu’il peut ; le faux est ce qu’il veut", De(s)-génération, 2010.
Assistante de réalisation pour l’écriture et
le montage du film de Pierre Moignard, Who chooseth me. Notes for
the Merchant of Vegas, présenté au Mamco, Musée
d’Art contemporain de Genève, de juin à septembre, 2010.
Pierre-Eric
JEL: Disney à l’ombre du polar: Who framed Roger
Rabbit de Robert Zemeckis (1987) ou l’interrogation sur
le devenir de l’animation
Pour leur 35e long-métrage,
les productions Disney innovent et perfectionnent
un procédé déjà présent dans
quelques-unes de leurs réalisations (dont Mary
Poppins en 1964): l’interaction entre acteurs réels
et personnages issus de l’animation. Grâce aux innovations
technologiques, les concepteurs de ce film purent donner
encore plus de relief et de vie aux personnages animés,
la caméra utilisant les mêmes mouvements autour
d’eux que ceux qu’elle pourrait effectuer face à des acteurs
réels.
Mais au-delà
d’une simple prouesse technique, d’une banale mise
en valeur des capacités des concepteurs Disney et
des studios ILM fondé par George Lucas, Qui veut
la peau... se démarque d’un banal blockbuster
sur deux points essentiels. En effet, c’est tout d’abord un
hommage aux formes cinématographiques américaines
préexistantes auxquelles il redonne leurs
lettres de noblesse en les entremêlant pour le plus grand
plaisir des spectateurs. Dans ce creuset, le cinéma
policier, le cinéma burlesque et le mélodrame
se côtoient et confèrent une part non négligeable
d’originalité au long-métrage. Par ailleurs,
au-delà des clins d’œil esthétiques, le cinéma
d’animation se trouve aussi et surtout interrogé,
car cette réalisation prend en compte l’évolution
de celui-ci. Par conséquent, c’est autant en "visionnaire"
qu’en "nostalgique" que Robert Zemeckis, et avec lui les
studios Disney, prennent place. Bien plus qu’un film novateur
Qui veut la peau... se pose comme une réflexion
sur le cinéma d’animation et la densité de ce dernier.
Ce caractère hybride ainsi permet à la réalisation
d’interroger pleinement les ressources filmiques mises à
disposition par l’animation et le cinéma lui-même.
Caroline KLENSCH: Adaptez, adaptez ! Il en restera
toujours quelque chose...
Beauty & the Beast, The Lion King, The
Little Mermaid, Tarzan, Mary Poppins et prochainement
Aladdin... Voici les grandes comédies musicales, signées
"Disney Theatrical Productions", qui envahissent en ce moment les
scènes du monde. Le dessin animé sert de base structurante,
mais l’adaptation amplifie l’illusion du réel. Qui n’a pas
rêvé de rencontrer les personnages, d’assister à
leur intrusion dans notre quotidien réel? À Disneyland,
on peut saluer ses héros, mais dans les théâtres
comme au cinéma, on devient le spectateur de leurs aventures.
La scène reste un espace limité, un microcosme réel
et irréel à la fois. Moins de proximité pour plus
d’action! L’hypotypose de l’irréel est estompée davantage
par les acteurs humains qui incarnent des figures animées dans
un univers enchanté. Tout est faux, mais tellement vrai à
la fois. Le dessin animé se déploie devant nos yeux, dans
un cadre magique. L’illusion théâtrale est ainsi une héritière
tout à fait digne de l’illusion cinématographique. Il est
intéressant d’observer toute une chaîne d’adaptations. Les
contes ont été appropriés par Disney de telle sorte
que leur origine est souvent oubliée, faisant du dessin animé
la référence la plus connue. Derrière ces créations
se cache bien sûr également une logique commerciale intelligente.
Les comédies musicales permettent de prolonger la vie des films
en faisant basculer les personnages dans le spectacle vivant et capter
un nouveau public. Rester toujours en mouvement, adapter et créer;
ces procédés forment la force dynamique des productions Disney.
Le plus important, c’est de raconter une histoire!
Isabelle LIMOUSIN: Mickey
au Musée d'Art Moderne
En 1947, paraît dans le
Journal de Mickey une bande dessinée intitulée
Mickey au musée d’art moderne. L’histoire
est celle d’une visite au musée où le personnage
fétiche de Walt Disney accompagné de Minnie découvrent
au fil de leur parcours des œuvres évoquant l’art moderne,
mais un art moderne réinventé par les talents du
studio WD. Dans les années 1990, les œuvres de ce musée
de papier inspirent à Bertrand Lavier une série
intitulée "Walt Disney Production". L’artiste réalise
alors en deux ou en trois dimensions les œuvres illustrant les
aventures de Mickey au musée d’art moderne. Pour cette
intervention, nous nous intéresserons à la représentation
du musée et de sa collection en bande dessinée,
au passage des formes de la culture savante à la culture
populaire, du monde adulte à celui de l’enfance, de la représentation
à la présentation, de l’art moderne à l’art contemporain...
Et réciproquement.
Francis MARCOIN: Les
vies multiples de Scrooge McDuck
Le personnage de Picsou présente
plusieurs caractéristiques qui le distinguent
dans l'univers de Disney. S'il incarne à première
vue un certain modèle américain, il résulte
tout autant du regard porté par l'Europe sur ce modèle
appréhendé d'une manière "romanesque". Par
ailleurs, il est immédiatement doté par son
créateur, Carl Barks, d'une certaine complexité encore
renforcée par un continuateur comme Don Rosa. Il s'offre donc
à un lectorat diversifié, devenant un héros
qui échappe autant au système Disney qu'il le
représente.
Francis Marcoin,
professeur de Littérature à l'université
d'Artois, développe plus particulièrement
une recherche sur les lectures et les cultures de l'enfance.
Il dirige les Cahiers Robinson et a notamment publié
Librairie de jeunesse et littérature industrielle
au XIXe siècle (Champion, 2006).
Samuel MINNE: The Sword in the Stone:
indétermination générique et vision
du genre
Le long-métrage d'animation Merlin
l'enchanteur (The Sword in the Stone, 1963) revient sur le
mythe arthurien vu comme récit de formation dans un cadre
de fantasy médiévale. Plusieurs éléments
viennent cependant brouiller l'inscription générique
du film: Merlin mentionne les inventions futures et revient à
la fin vêtu comme un touriste californien. Ces éléments
permettent d'interpréter la magie de Merlin comme un surnaturel
expliqué par des inventions futures, et donc de la science-fiction.
Le sac qui parvient à contenir la maison est une singularité,
Merlin maîtrise le voyage dans le temps... D'autres éléments
préservent l'ancrage merveilleux, comme Archimède le
hibou parlant, ou la magie des métamorphoses. Mais de leur côté,
les personnages et les métamorphoses entrent dans un système
de représentation du genre (au sens sexuel et social) qu'il
faut examiner. Le jeune Art (ou Wart) grandit au sein d'un entourage
presque uniquement masculin, avec des figures hypermasculines comme
Kay ou plus ambiguës comme Merlin, et la figure féminine
dominante est une sorcière peu attirante. Le film de Disney
s'inspire d'ailleurs du roman The Sword in the Stone de T. H.
White, auteur tourmenté par sa sexualité selon sa biographe
Sylvia Townsend Warner. Alors que des critiques ont pu voir des images
de l'homosexualité dans Peter Pan sorti dix ans plus tôt,
Merlin l'enchanteur offre-il une lecture originale du genre et de
la sexualité?
William MOEBIUS: Le contact et
la coordination des corps dans l’œuvre de Disney,
1923-1937
Au début, la majorité des épisodes
comiques produits par les animateurs des Studios Disney font
usage des scènes affichant des collisions, des corps
reconstruits et déformés, mécanisés
et instrumentalisés comme le montre les dessins animés
d’Oswald le Lapin (1927) et de Mickey Mouse et Donald Duck
des années 1928-1937. Or, dès l’arrivée
des trois films considérés "classiques", Blanche
Neige et les Sept Nains (1937), Pinocchio (1940) et Fantasia
(1940), l’interaction "groupe" semble appartenir à un nouveau
code, où les collisions des corps sont amorties et réduites
pour laisser place à des mouvements plus nuancés
et co-ordinés. Cette coordination de la multitude corporelle
vise à la séparation des corps et leur refuse l’intimité.
En effet, les scènes de contact et de coordination d’un
ensemble de corps dominent les premiers longs-métrages de
Disney (Snow White, Pinocchio, Fantasia,
les seuls produits avant la deuxième guerre mondiale) faisant
du récit original, l’appât mais non pas le centre de
l’énergie cinétique du film. Je souhaite explorer les
sources et les implications de ce développement dans un contexte
d’étude sémiotique et psychologique, avec des interprétations
d’ordre politique et social, afin d’étudier cet usage qui
situe l’action au coeur d’entités plurielles (e.g. nains, animaux,
et horloges), et qui place le singulier dans l’emblématique.
2011, "The Picture Book",
in Philip Nel and Lissa Paul, Key Words in Children’s
Literature. New York: New York University Press, June, 169-173
(5 pages, double columns on each).
2010, "Les z‘héros sans papiers:
l’album de jeunesse devant la modernité", in Le
Héros dans les productions literatures pour la jeunesse.
Paris: l’Harmattan, pp. 111-128.
2008, "La lecture, le ravissement et
Le Livre Épuisé", in Myriam Watthee-Delmotte,
coordinator, ART DE LIRE, ART DE VIVRE: Hommage au
Professeur Georges Jacques. Paris: L’Harmattan. 267-272.
"Back to the Tableau, or the Gerontoscopy
of Wounded Men", in Bertrand Gervais, ed., Pouvoirs de
l’Imaginaire. Montréal: Université du Québec
à Montréal, Vol. 2, pp. 57-77.
2007, "Aller ailleurs: vers un sujet
civilisé dans quelques albums de jeunesse d’entre les deux
guerres", in Myriam Watthee-Delmotte et Jean-Louis Tilleuil,
eds. Texte, Image, Imaginaire. Paris: l’Harmattan, 293-309.
Philippe MORLOT: Walt
Disney et les arts visuels
Aborder l’œuvre de Walt
Disney que ce soit sous l’angle de la production ou sous
celui la réception, implique nécessairement
de s’interroger sur le rapport qu’elle entretient avec les
œuvres d’art. Si l'œuvre de Walt Disney a été fondamentale
dans le monde du cinéma d'animation tant sur le plan
de la créativité que sur celui de l’imaginaire, elle
a régulièrement trouvé ses sources dans d'autres
champs artistiques. Nous chercherons à découvrir et à
comprendre l'intérêt de ses emprunts dans l'univers
des arts visuels.
Bibliographie
Catalogue édité
à l'occasion de l’exposition Il était
une fois ... Walt Disney, Editions Réunion des musées
nationaux
Article: "Dali-Disney,
rencontre surréaliste à Hollywood de Samuel
Blumenfeld", in Le Monde Magazine N°64, 4 décembre
2010.
Sitographie
http://www.nicolas-rubinstein.com/miaar.php
http://www.collectorseditions.com/disney/vitae.php?aID=520Destino
http://www.telerama.fr/cinema/l-incroyable-destin-de-destino-petit-film-signe-disney-et-dali,46418.php
Maryse PETIT: À
propos de Fantasia: création et mise
en "anima"
Au commencement était...
L’Apprenti Sorcier: c’est bien autour de
la légende et de sa mise en musique que fut élaboré
le projet de Fantasia. Au cœur du récit, deux
pouvoirs s’affrontent pour mettre en mouvement le monde:
celui du sorcier, celui de son apprenti. Mais là où
l’un sait maîtriser les éléments, l’autre,
voulant reproduire les actes de son maître, perd la mesure
et se trouve dépassé par ce qu’il a créé.
Le thème des objets magiques mis en mouvement sera
très fréquemment repris dans les œuvres de
W. Disney. Il est orchestré ici par les différentes
séquences qui illustrent les états successifs
du monde, de la danse des bactéries à la lutte
du bien et du mal sur le Mont Chauve. Nous interrogerons donc les
origines de ce mythe et ce qui en fait la puissance, à travers
ses nombreuses reprises, notamment celle du Golem. Mais aussi, nous
interrogerons l’importance qu’il revêt dans l’œuvre disneyenne,
fondée sur l’animation d’un monde (re)créé.
Christine PRÉVOST:
De la transmission des valeurs morales à la
mise en scène d'un patrimoine national illustrant une
Amérique aux identités multiples: Disney-Pixar
et la géographie de la nostalgie
De l’œuvre de Walt
Disney, les européens retiennent volontiers
tout ce qui évoque le patrimoine littéraire
ou folklorique du vieux continent, en particulier les
contes. Mais en même temps que la reconnaissance d’un
talent de vulgarisateur, les reproches n’ont pas manqué
quant aux intentions moralisantes trop évidentes.
Qu’en est-il des productions les plus récentes des studios
Disney-Pixar? Elles perpétuent en partie les préoccupations
du fondateur. Mais avec des longs métrages qui élèvent
des lieux au rang d’éléments essentiels des
films, comme la route 66 dans Cars, ou le bayou dans
La Princesse et la Grenouille, Disney-Pixar semble aussi
vouloir participer à la construction d’une mythologie plus
nationale, à destination de son premier public, le public
américain. L’intervention analysera dans quelques films
de Disney-Pixar cet intérêt pour des espaces
promus au rang de personnages, puis s’interrogera sur la réception
de cet aspect par un public non américain.
BIBLIOGRAPHIE :
Il était une fois – Aux sources de l’art
des studios Disney, Paris, Éditions
de la réunion des musées nationaux,
2006.
Maurice
BESSY, Walt Disney, Paris, Seghers, «
Cinéma d’aujourd’hui », 1970.
David CALVO, Disneyland
! – Archéologie d’un imaginaire, Lyon,
Les Moutons électriques, « Bibliothèque des
miroirs », 2010.
Sergueï Mikhaïlovitch
EISENSTEIN, Walt Disney, Strasbourg,
Circé, 1991.
Robert FIEMAN,
L’Univers de Disney, Paris, Naïve, 2005.
Robert FIEMAN,
Le Monde de Mickey Mouse, Paris, Naïve,
2007.
Neal GABLER, Walt
Disney, The Triumph of the American Imagination,
New York, Vintage Books, 2006.
Pierre LAMBERT,
Les Artistes de Disney, Paris, Séguier,
1987.
Pierre LAMBERT,
Walt Disney, l’Âge d’or, Rozay-en-Brie,
Démons & merveilles, 2006.
Christine
PREVOST, "De la lampe merveilleuse à la lanterne
magique: Aladin, du théâtre au technicolor",
dans Les Mille et Une Nuits des Enfants, Cahiers
Robinson, sous la direction de Christiane Chaulet-Achour,
n°19, 2006, pp. 151-163.
Christine PREVOST,
"Le cinéma d’animation: un autre mode de transmission",
dans Interpréter et transmettre la littérature
aujourd’hui, sous la direction de Max BUTLEN et Violaine
HOUDART-MEROT, Encrage Université, Cergy-Pontoise,
2009, pp. 167-183.
Christine PREVOST,
(coordonné par), Travelling sur le cinéma
d’animation à l’école, Paris, édition
Le Manuscrit, collection "Recherche-Université,
Enseigner Autrement", 2009.