DU JEUDI 9 JUIN (19 H) AU DIMANCHE 12 JUIN (14 H) 2005
HEATHER DOHOLLAU, L'ÉVIDENCE LUMINEUSE
DIRECTION : Daniel LANÇON
Avec la participation de Heather DOHOLLAU
ARGUMENT :
Dessiner les contours de l'apport à la poésie d'un auteur d'origine britannique écrivant en français, tel est le principal enjeu de ces journées que nous passerons en compagnie de Heather Dohollau, à la voix si singulière révélant les lecteurs à eux-mêmes.
Ce colloque vise à explorer ses préoccupations essentielles en empruntant les sentes de sa géographie élective.
Seront abordés les principaux thèmes d'une œuvre poétique encore largement à découvrir ; nourrie d'une familiarité au long cours avec ses contemporains comme les grands aînés européens: lieux du sensible et de l'imaginaire, lumière des vocables, peinture mais aussi philosophie et musique. Il s'agira en somme d'une quête de l'identité poétique ouverte au dialogue des cultures littéraires, de l'Angleterre à la Russie en passant par l'Allemagne et bien entendu la France.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Jeudi 9 juin
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants
Vendredi 10 juin
Matin:
Yves PRIÉ: Une poétique de la lumière
Jeannine BAUDE: Le mot, le monde, la tresse ou L'impossible intact
Après-midi:
Béatrice BONHOMME: Les lieux de l'œuvre poétique d'Heather Dohollau
Anthony GIRARD: "Tout un monde ardent et délicat". Poésie et musique
Yves LECLAIR: La maison intérieure de Heather Dohollau
Soirée:
Projection du documentaire Heather Dohollau, la promesse des mots (2005), présenté par les réalisateurs Florence MAHÉ et Rolland SAVIDAN
Samedi 11 juin
Matin:
Clémence O'CONNOR: Les îles d'une écriture
Michaël BISHOP: Heather Dohollau, début et fin de la terre
Après-midi:
Pierre-Alain TÂCHE: Le jardin des peintres
Soirée poétique:
Lectures de poèmes, par Heather DOHOLLAU
Dimanche 12 juin
Matin:
Patrick BESNIER: La bibliothèque du poète
Suzanne ALLAIRE: Avec Heather Dohollau, dans le jardin du temps
Après-midi:
Synthèse des travaux du colloque, par Daniel LANÇON
DÉPART DES PARTICIPANTS
RÉSUMÉS :
Suzanne ALLAIRE: Avec Heather Dohollau, dans le jardin du temps
Présence de Heather Dohollau dans la luminosité de l'image du jardin, une image où le temps fait signe, celui des lieux qu'habite « l'ombre tressée d'une clarté », celui de la vie où demeure l'enfance, celui que rencontre le regard qui du visible à l'invisible et du sensible au spirituel épouse le creusement de la pensée en quête d'illimité. L'attention se portera sur cet enracinement de l'écriture dans l'univers du moi profond où par l'image et dans l'affleurement de l'être s'abolit la distinction de l'espace et du temps, où se cherche au-delà des apparences « une présence pleine », où de poème en poème l'énigme du vivre se dénoue dans la secrète sérénité d'une lumière du dedans.
An cœur de la lecture les recueils intitulés Matière de lumière, Pages aquarellées, L'adret du jour, La terre âgée, La venelle des portes et Le point de rosée. Notamment.
Jeannine BAUDE: Le mot, le monde, la tresse ou L'impossible intact
« Dans le ciel inversé de cette chambre étroite », tenir le monde et l’art tout entier resserrés, élargis dans les paumes des mains qui écrivent, des yeux qui observent, des pas qui foulent, des limites qui se taisent.
Dans la courbe concave d’une terre en creux, prendre corps, s’élever, souligner le passage vers le haut, la lumière.
Savoir qu’il n’y a pas d’intérieur, ni d’extérieur qui ne se mêlent étroitement pour définir ce « dedans éclaté », la ligne de survie, l’ailleurs du corps dans sa complète circulation.
Heather Dohollau n’écrit-elle pas à propos de Malte Laurids Brigge:
« Et par la venue de cette double révélation : qu’une partie de soi-même puisse prendre vie au-dehors et que des choses puissent avoir lieu qui « ne se laissent pas dire », du secret que cela comporte, il devine que c'est cela la mort et c'est la vie ».
Le mystère, ce blanc désir du mot qui viendra plus tard pour lui comme pour Heather Dohollau, écrivain hauturier, qui navigue jusqu'en ce lieu où: « garder l’impossible intact ».
Je parlerai donc des mains, du corps, du dehors, du dedans de cette lumière qui frise sur la mer et les jardins ainsi que du sonore cristal des mots qui rejoignent les profondeurs abyssales, les arêtes vives, le jour levé sur le livre.
Références Bibliographiques :
Colette à Saint-Topez, Langage et volupté (Images en Manœuvre éditions, 2004) Récit.
Venise Venezia Venessia (Editions du Laquet 2001) Récit.
La correspondance René Char-Jean Ballard, 1935-1970 (Editions Rougerie 1993) Essai.
C’était un paysage (Rougerie) Prix Antonin Artaud 1993.
L’Adresse à la voix (Rougerie, 2003) Poésie.
Béatrice BONHOMME: Les lieux de l'œuvre poétique d'Heather Dohollau
Cette communication tentera de mettre en lumière dans l'œuvre poétique d'Heather Dohollau, l'importance de l'espace et du lieu, lieu référentiel, biographique, lieu d'enfance, mais aussi habitation du monde s'inscrivant dans un contexte historique et poétique et s'ancrant dans d'autres poétiques comme celle d'Hölderlin ou de Pierre Jean Jouve. Le lieu du corps et le lieu de la page seront également évoqués comme avènement d'un sens et d'un rythme.
Anthony GIRARD: "Tout un monde ardent et délicat". Poésie et musique
La poésie d'Heather Dohollau, fluide et secrète, lumineuse et rare, est située à la frange du silence. Elle a des éclats soudains, mais s'aventure plus aisément dans le murmure, murmure des anges, murmure de la nature. La poésie d'Heather Dohollau est musicale, dans son flux, dans sa lumière, dans ses silences ; elle ouvre les portes d'un jardin caché, et nous invite à la simplicité: une musique de "peu de choses", musique de transparences. Ardente et délicate, une musique au bord du temps.
Clémence O'CONNOR: Les îles d'une écriture
Nous nous proposons d’explorer les aspects insulaires à l’œuvre dans la poésie de Heather Dohollau. Son séjour prolongé et ses nombreux retours à Bréhat, au nord de la côte Bretonne, n’ont de cesse de s’y réécrire, tandis que d’autres îles sont découvertes ou redécouvertes: Venise, Torcello, et "l’île blanche" des origines. Or de l’une à l’autre, chemin faisant, exil et origine se redistribuent dans la géographie poétique: Bréhat, île de l’épreuve et de l’enchantement, s’offre comme la nouvelle origine du passage à l’écriture par la porte, ou à travers le mur, d’une langue autre. L’espace insulaire, que l’on croit pouvoir tenir au creux de la main, fait l’objet d’une fascination qui façonne le regard et la forme poétique. Métaphore, il revient en spectre dans l’évocation d’un tableau ; fragment, il élabore sur un mode propre à Heather Dohollau ce que Char nomme "la parole en archipel".
Pierre-Alain TÂCHE: Le jardin des peintres
Heather Dohollau a consacré une étude, Les cinq jardins, aux Cahiers de Malte Laurids Brigge de Rilke, dont elle écrit qu’ils « contiennent une lecture de la vie par les cinq sens ». Sa propre œuvre, dès Seule enfance, est nourrie, de manière significative, par une fréquentation des peintres aussi passionnée qu’assidue. Le propos de la communication sera de tenter de montrer que la peinture agit comme un sixième sens et qu’elle se trouve ainsi étroitement liée à la perception même du monde que révélera la poésie ; qu’elle intercède en faveur de l’indicible, du possible ; qu’elle participe, d’une manière décisive, à l’avènement d’une parole qui, comme la majorité des œuvres auxquelles elle fait référence, tend elle aussi, de recueil en recueil, à devenir une évidence lumineuse.
Références Bibliographiques :
"Une commune présence", in Lignes de vie, Actes du colloque autour de l’œuvre poétique d’Heather Dohollau, Ville de Saint-Brieuc, 1998, p. 105 ss.
"Restituer la présence absente, présentation de Heather Dohollau", in Poésie 97, n°68 / juin, p. 94 ss.