Logo CCIC
CCIC
CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2015 : un des colloques





Mot exact
Choix du nombre
de résultats par
page:
RATIONALITÉS, USAGES ET IMAGINAIRES DE L'EAU

DU SAMEDI 20 JUIN (19 H) AU SAMEDI 27 JUIN (14 H) 2015

DIRECTION : Jean-Philippe PIERRON

ARGUMENT :

Comprise par la science et maîtrisée par la technique, l’eau serait aujourd’hui "conquise". Cette conquête, assurant l’accès généralisé à une eau propre et en quantité suffisante, du moins sous nos latitudes, soulève de nouvelles questions: nous a-t-elle rendus aveugle à la poétique et au symbolisme qui la concerne, diminuant ainsi les puissances de l’imagination et de la raison pratique face aux défis de la durabilité?

Ce colloque explorera la nature de cette tension qui connaît la dérive du mépris de "l’eau usée" ou la fascination orphique du grand bleu; tension fraternelle avec le milieu environnant qui oppose l’explication objective de l’eau en H2O à la compréhension de l’eau comme figure poétique; tension entre justice sociale et justice environnementale; tension entre l’eau maîtrisée et l’eau rêvée; tension entre les intérêts économiques des grandes entreprises internationales responsables de cette conquête et la réclamation de justice écologique et sociale de la part des communautés comme des cultures au sein desquelles ces entreprises travaillent.

Au cœur de notre moment écologique, pouvons-nous développer un nouveau paradigme de rationalité de l’eau — plus complexe que celui qui a étayé sa conquête — capable d’intégrer aux sciences de l’ingénieur les apports de la poésie, de la philosophie, et des sciences humaines, cela au service d’une intelligence pratique renouvelée?

CALENDRIER DÉFINITIF :

Samedi 20 juin
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Dimanche 21 juin
L'eau: entre nature, technique et société
Matin:
Augustin BERQUE: "Quant aux montagnes et aux eaux, tout en ayant substance, elles tendent vers l'esprit"
Jean-Jacques WUNENBURGER: Les trois âges d'une histoire de l'eau: mythique, positif, écologique. Vers une nouvelle esthétique et éthique de H2O [conférence en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de Caen et sur le site France Culture Plus]

Après-midi:
Jamie LINTON: De l'eau moderne aux eaux plurielles: l'évolution de la frontière hydro-sociale
André MICOUD: "L'eau est patrimoine commun de la nation" (art.1 de la loi du 30 janvier 1992); mais qui est le titulaire de l'eau du Rhône?

Soirée:
"Le monde sous les flaques", pièce de théâtre de la Compagnie l’ARTIFICE (Christian DUCHANGE, metteur en scène; Michaël BENOIT et Sophie GRANDJEAN, comédiens)


Lundi 22 juin
Le retour de l’eau en ville
Matin:
Henry DICKS: Imaginer une ville comme une forêt et une agora comme une clairière: la présence de l’eau dans la ville biomimétique
Jean-Luc BERTRAND-KRAJEWSKI: Gestion des eaux pluviales urbaines: d'un objet technique urbain autonome vers une approche systémique intégrée

Après-midi:
Exposition de dessins d'enfants "Tout autour de l'eau", réalisée par deux classes de CE2, l'une de l'école de Saint-Denis-Le-Vêtu dans la Manche, l'autre de l'école des Chartreux à Lyon 4ème (Rhône), avec le concours de l'Association Avril (Coutances)

Table ronde, animée par Jean-Yves TOUSSAINT (Les dispositifs techniques et spatiaux de gestion des eaux urbaines: de l’eau au moulin des techniques), avec
Claire HARPET (L'imaginaire hydrique à l’œuvre dans le paysage mental des citadins de demain)
Nina COSSAIS (Espaces d’eau et de nature en ville: la place de l’imaginaire dans les conflits de gestion)
Elisabeth SIBEUD (Eau & nature au cœur des villes européennes. Bilan du projet Aqua Add)
Thácio FERREIRA DOS SANTOS (Politique écologique et poétique des milieux: le cas du Capibaribe à Récife au Brésil)


Mardi 23 juin
L’eau: source de conflits ou coopération?
Matin:
Thierry RUF: Caylus, un espace à comprendre comme patrimoine et comme environnement singulier de la métropole de Montpellier
Sylvie PAQUEROT: L’eau, bien commun: la résurgence du concept de bien/s commun/s et ses significations
Philippe BILLET: La normalisation des rapports à l’eau: du partage d’intérêts à l’intérêt partagé

Après-midi:
Table ronde, animée par Philippe BILLET, avec
Thierry RUF (Le conflit utile dans les confrontations locales sur l'eau. Réflexions sur les symétries et les "juriprudences" informelles dans la répartition de l'eau d'irrigation gérée en bien commun)
Marta de AZEVEDO IRVING (Imaginaires, pratiques traditionnelles et conflits: le cas des réserves extractivistes marines au Brésil)
Sara FERNANDEZ (Qualifier le problème de l'eau: discours et pratiques)
Pierre-Alain ROCHE (Réflexion autour du conflit du barrage de Sivens dans le Tarn: retour d’expérience d’une mission hybride de médiation et d’expertise)

Soirée:
La ligne de partage des eaux, projection du film en présence du réalisateur Dominique MARCHAIS


Mercredi 24 juin
Matin:
Discussion autour du film La ligne de partage des eaux, animée par Jean-Philippe PIERON, avec Dominique MARCHAIS

Politique, éthique et cultures de l'eau
Pierre-Alain ROCHE: Le barrage de Sivens, retour sur une crise
Chris YOUNÈS: Régénérer les milieux habités avec l’eau de la cité
Sara KAMALVAND: Hydrocity. Le Monument invisible

Après-midi:
Multinationales, éthique et cultures de l'eau
Table ronde, animée par Cécile RENOUARD (Multinationales et biens communs mondiaux: enjeux éthiques), avec Sarah BOTTON (Les services publics marchands de l’eau potable et le débat public-privé), Olivier GILBERT, Pascale GUIFFANT et Marie-Hélène ZERAH

Soirée:
Ralph MAHFOUD: Gestion en coopération de l'eau dans l'Anthropocène (communication établie avec Léna SALAMÉ) et travail en ateliers


Jeudi 25 juin
Conquérir ou laisser être l’eau?
Matin:
André GUILLERME: Eau brute, eau dormante, eau dure: les énergies secrètes et sacrées dévoyées
Pierre MUSSO: L'imaginaire des réseaux et des flux

Après-midi:
Visite organisée par la Maison du Parc des Marais des Ponts d’Ouve (près de Carentan):
- rencontre avec Guillaume HÉDOUIN (directeur de la Maison du Parc) et Jonathan THIERRY-COLLET (chargé de mission eau au PNR),
- balade en bateau sur la Douve (embarcation légère type barque à hélice).


Vendredi 26 juin
L’eau et le corps
Matin:
Cécile NOU:
Corps au travail, corps travaillé. Le cas des salariés des métiers de l'eau
Agnès JEANJEAN: Faire face aux eaux usées, construire un "genre" professionnel

Après-midi:
Jeunes chercheurs
Alexandre GAUDIN: Ce que les ingénieries de la nature font aux ressources en eau et à leurs régimes d’accès
Gaëtan BAILLY: Les usages traditionnels de l’eau saisis par le droit positif de l’environnement
Laurent BÉDUNEAU WANG: La valeur de l'eau à travers le processus de rationalisation, évaluation, valorisation du service public de l'eau
Jacques-Aristide PERRIN: Scientificité et conflictualité de la continuité écologique des cours d’eau: quelle place consacrée à l’imaginaire pour penser une confluence des usages de l’eau?


Samedi 27 juin
Les eaux écoformatrices
Matin:
Promenade silencieuse autour de l'étang
Gaston PINEAU: S’initier aux eaux écoformatrices. Pour qui? Pour quoi? Comment?

Bilan et perspectives

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Gaëtan BAILLY: Les usages traditionnels de l’eau saisis par le droit positif de l’environnement
L’eau est un élément qui a permis l’émergence d’un lien de solidarité entre les usagers de "biens collectifs naturels". De cette communauté fondée sur l’usage de la ressource naturelle hydraulique a émergé un certain nombre de règles régissant son exploitation ainsi que les relations entre usagers. Ce "droit spontané", ayant parfois traversé les âges, doit désormais être appréhendé par le droit positif de l’environnement. Le droit spontané est, la plupart du temps, propre à des pratiques locales et l’expression d’une identité territoriale auquel les usagers de la ressource en eau contribuent. À ce droit spontané s’oppose un droit législatif nécessairement global qui tend à l’effacement de ces particularismes juridiques locaux. Ces particularismes ont pour objet des "micro-environnements", comprenant seulement des portions de la ressource en eau (étangs, canaux...), contrairement à un environnement "global" appréhendé juridiquement à une échelle plus importante (bassin hydrographique). À ces deux échelles environnementalles, correspondent deux ordres juridiques: un droit local et un droit "global". Pour autant, les gestions juridiques de ces micro-environnements locaux et de ces environnements à grande échelle ne sont pas dénuées d’interdépendance. Au contraire, la gestion du premier doit nécessairement être intégrée à celle du second afin de garantir une exploitation durable et équilibrée de la ressource. La gestion de la ressource en eau connait donc juridiquement au moins deux échelles territoriales qu’il convient moins de distinguer que d’analyser dans leurs liens d’interdépendance.

Laurent BÉDUNEAU WANG: La valeur de l'eau à travers le processus de rationalisation, évaluation, valorisation du service public de l'eau
Quelle est la valeur de l'eau? Toute évaluation repose sur des hypothèses et représentations définies par des acteurs situés dans des contextes précis et singulier. Mon travail a moins pour objet de définir une valeur que de comprendre le processus de rationalisation, d’évaluation, de valorisation de l'eau à travers un outil de gestion : un système d’indicateurs de performance de la gestion de l'eau mis en place en 2010-2011. Un indicateur de performance donne une valeur à l’eau, notamment à travers un segment d’activité évalué: travaux, production, traitement, relation clientèle, etc. En ce sens, un indicateur lié au réseau de canalisations produit une connaissance concernant le réseau, aussi ponctuelle et opérationnelle soit-elle. Est-ce tout? Non, au-delà du fait que l’indicateur est une réduction cognitive et explicite d’une partie de l’activité, l’indicateur de performance induit une organisation du service. Un indicateur sur les fuites d'eau fait notamment émerger ou met en évidence une forme de collaboration entre les opérateurs présents sur les canalisations et ceux en charge de coordonner la bonne gestion du réseau d'eau dans les bureaux. L’indicateur produit de l’organisation, une manière de se coordonner, de coopérer, de se confronter, pour in fine, distribuer l'eau. Avoir accès à l’eau potable 24/7/365 sur plus d'un siècle relève d’un exploit collectif. Cette forme de gouvernance et d’organisation spécifique a construit une valeur de l’eau d’une exceptionnelle longévité. Comprendre les raisons de cette singularité historique permet de redonner du sens au service public de l’eau et à ceux qui y ont contribué.

Doctorant à l’Institut Interdisciplinaire de l’Innovation (i3) au Centre de Recherche en Gestion (CRG) à l’École Polytechnique, Laurent Béduneau-Wang réalise une thèse sur: "La valeur de l’eau: un objet de management stratégique". Pendant 10 ans, il a conseillé/travaillé en stratégie auprès de différents grands groupes et PME à forte croissance dans des secteurs variés (énergie, déchet, services financiers, Internet, etc).
Il a coordonné et/ou contribué à plusieurs ouvrages dont La Chine: un colosse financier? (Vuibert, 2006), French financial system (Beijing, 2007), Green finance and Sustainability (IGI Global, 2011), China-EU Green Cooperation (World Scientific, 2014). Il intervient à HEC Paris Executive Education et à Centrale Paris.


Augustin BERQUE: "Quant aux montagnes et aux eaux, tout en ayant substance, elles tendent vers l'esprit"
On partira d'une analyse du principe énoncé par Zong Bing (475-443) dans les premières lignes de son Introduction à la peinture de paysage, "Quant aux montagnes et aux eaux, tout en ayant substance, elles tendent vers l'esprit", pour y trouver une anticipation de la poétique — de la poïétique — par laquelle la nature, de la dimension physico-chimique d'une planète, s'y est cosmisée dans la dimension écologique de la biosphère puis dans la dimension éco-techno-symbolique de l'écoumène, en définissant les ressorts à la fois ontologiques et logiques de cette assomption de la Terre en un monde humain, dont on trouvera la condensation dans quelques quatrains chinois et quelques haïkus japonais.

Né en 1942, géographe, orientaliste et philosophe, Augustin Berque est directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. Membre de l'Académie européenne, il a été le premier occidental à recevoir le Grand Prix de Fukuoka pour les cultures d'Asie.
Publications
Le sauvage et l'artifice. Les Japonais devant la nature (1986).
Ecoumène. Introduction à l'étude des milieux humains (2000).
Histoire de l'habitat idéal, d'Orient en Occident (2010).
Poétique de la Terre. Histoire naturelle et histoire humaine, essai de mésologie (2014).
La mésologie, pourquoi et pour quoi faire (2014).


Jean-Luc BERTRAND-KRAJEWSKI: Gestion des eaux pluviales urbaines: d'un objet technique urbain autonome vers une approche systémique intégrée
Les systèmes de gestion des eaux pluviales urbaines, hérités de la seconde moitié du XIXe siècle, ont longtemps été des objets techniques autonomes, conçus et gérés principalement par les seuls spécialistes de l’assainissement urbain, relativement indépendamment des autres services techniques et plus largement des autres acteurs de la ville. Ils ont aujourd’hui souvent atteint leurs limites et doivent désormais être envisagés de manière nouvelle et plus intégrée. Cette intégration est fonctionnelle, de nombreux dispositifs assurant plusieurs services et usages nécessitant la participation de plusieurs services techniques urbains (eau, espaces verts, voiries et transports, architecture et urbanisme...) afin de répondre à des contraintes et des objectifs en forte évolution. Mais cette intégration ne peut rester cantonnée aux seuls domaines techniques: elle est appelée à s’élargir bien au-delà des sciences de l’ingénieur en intégrant les sciences humaines et sociales. La question des eaux urbaines, et notamment des eaux pluviales, devra combiner des approches globales génériques en pleine évolution (adaptation au changement global, préservation des milieux et des ressources aquatiques, biodiversité, bio-inspiration...) et des modalités pratiques localement adaptées aux besoins, aux usages, à l’histoire et à la culture.

Jean-Luc Bertrand-Krajewski est professeur à l'INSA de Lyon, directeur de LGCIE-DEEP (Laboratoire de Génie Civil et d'Ingénierie Environnementale - Déchets Eau Environnement Pollution), chercheur en hydrologie urbaine. Ses travaux de recherche concernent principalement la métrologie et la modélisation des transferts d'eau et de polluants en hydrologie urbaine, le transport solide en réseaux d'assainissement, l’infiltration / exfiltration des réseaux, la gestion et le traitement des eaux pluviales et l’approche intégrée des eaux urbaines. Il participe au projet "ViBIOM" sur les villes biomimétiques du Labex IMU. Ses publications sont disponibles sur: http://jlbkpro.free.fr.

Henry DICKS: Imaginer une ville comme une forêt et un agora comme une clairière: la présence de l’eau dans la ville biomimétique
Les images jouent un rôle important dans tout projet de réinvention de la ville. Les grands réseaux hydrauliques au XIXe siècle, par exemple, étaient inspirés par l’image du corps humain, avec ses organes et réseaux divers. À l’époque de la transition écologique, une nouvelle image de l’urbain commence à se dessiner: la forêt. En ce qui concerne l’eau, on assiste donc à une généralisation de techniques biomimétiques ou bio-inspirées — toitures végétalisées, récupération des eaux de pluie, recyclage local des eaux usées, zones humides artificielles, etc. — dont l’ambition globale est de gérer l’eau dans la ville à peu près la même manière que dans une forêt. Cette communication explorera les aspects phénoménologiques du concept de "ville-forêt", notamment la possibilité d’imaginer l’agora (espaces publics, marchés, parlements...) comme une "clairière", comprise comme un espace ouvert où les choses s’ouvrent à l’interaction, à l’interprétation, aux échanges et aux décisions collectives.

Henry Dicks est chercheur postdoctorant à l’IrPhil de l’Université Jean Moulin Lyon 3. Membre de la Chaire Industrielle, "Rationalités, Usages et Imaginaires de l’Eau", ainsi que du projet "ViBIOM" (sur les villes biomimétiques) du Labex IMU, ses publications récentes portent sur la démocratie écologique, la notion de ville biomimétique, le retour de l’eau en ville, et le rôle clé que jouent certaines figures aquatiques, notamment le tourbillon et le fleuve rond, dans la poésie et la pensée occidentales.

Alexandre GAUDIN: Ce que les ingénieries de la nature font aux ressources en eau et à leurs régimes d’accès
Plusieurs auteurs montrent comment l’exercice unilatéral de l’ingénierie sur la nature et la société s’accompagne d’une extension de l’action étatique, façonne des hiérarchies sociales et engendre des dégâts sur la société et l’environnement. Pour autant, en France, malgré leurs prétentions, les politiques publiques et les ingénieries ne parviennent jamais à unifier pleinement l’administration de l’eau selon une même rationalité. Elles se trouvent souvent débordées par la matérialité des choses, le politique et le social, qu’elles prétendent circonscrire. Je propose donc d’interroger l’exercice de ces ingénieries autrement, à partir d’études de cas. Pour cela, je considérerai ce mode d’action comme la production conflictuelle et négociée de savoirs sur les eaux et la société, au sein de différentes arènes, articulant différents types d’enjeu: la division sociale du travail dans la production de la connaissance, la délimitation des compétences entre branches administratives et enfin l’appropriation de la ressource entre groupes sociaux.

Après une formation d’ingénieur hydraulicien, Alexandre Gaudin a entrepris une thèse en anthropologie sur les politiques de modernisation de l’irrigation dans le Sud-Est de la France, à partir d’une étude de cas (UMR G-EAU, IRSTEA). Il s'intéresse actuellement dans le cadre d’un post-doctorat aux modalités d’application des réformes environnementales en cours dans la gestion de la pénurie en eau en France (UMR AGIR, INRA).

André GUILLERME: Eau brute, eau dormante, eau dure: les énergies secrètes et sacrées dévoyées
À la fin du XVIIIe siècle, le Génie militaire français, garant de la frontière du  royaume, imagine le premier plan d’aménagement du territoire en hiérarchisant les places fortes et en les liant par un réseau de voies navigables et inondables tendu entre Boulogne, Amiens et Strasbourg, qui tire parti des eaux dormantes et courantes. Cet immense filet d’eau à fleur de terre sommeille depuis 1918, mais ses eaux dormantes se réveillent au printemps, non sans dégâts. Au milieu du XIIe siècle, Henri le Libéral, comte de Champagne, valorise le vaste marécage au pied de la forteresse de Provins, traversé par la route défoncée et orniérée de Troyes à Paris, insuffisamment protégée par une église. Deux rivières y débouchant, colériques et débordantes sont jugulées: la Voulzie qui fait la fortune du cuir, le Durtein qui fait la fortune du drap. Les métiers de la rivière font Beauvais, Rouen, Troyes, Provins... avec de l’eau brute, calcaire, dure, blanche ou rouge. Faute d’entretien et d’usage, ce tissu de canaux s’est encombré, égoutté, chiffonné. Quelles sacralités vêtent les eaux mères avant leur christianisation au haut Moyen Age? Comment convertir une puissance sacrée en puissance mécanique? Comment transformer un colorant sacré et naturel en produit chimique de très haute valeur? Pourquoi ceinturer d’eau un territoire, une ville? Pour les sacraliser? Pour quelle sacralité? Comment dévier la colère torrentielle et brutale, délier la blancheur d’une rivière ou délivrer ses énergies sacrées et cachées, potentielles, cinétiques, moléculaires?

Ingénieur et historien d’origine, André Guillerme est professeur d’histoire des techniques au Conservatoire National des Arts er Métiers, à Paris et chercheur au laboratoire HT2S (ex-CDHTE). Après avoir longtemps travaillé aux rapports entre eau et ville en Occident, ses recherches portent sur l’histoire de l’environnement urbain et la mémorisation des gestes techniques.

Sara KAMALVAND: Hydrocity. Le Monument invisible
La ville contemporaine est par définition une ville fragmentée où l’isolation domine. Son manque total de cohésivité fait appel à une matière conjonctive capable de relier les déliances physiques et sociales héritées du Modernisme. Cette matière ultime est l’eau. Cette chose immense nous relie à la terre et à toute chose vivante. Nous vivons un moment charnière de dégradation globale où il y urgence de changer nos modes de vie. L’eau est la ressource essentielle que nous partageons, et son état de fragilité extrême, due à la pollution et à une consommation démesurée, impose l’imagination de nouveaux parcours, cycles, et particulièrement l’émergence de nouvelles symboliques. Une approche urbaine alternative se doit de protéger, prendre soin précieusement de la quantité d’usage, recycler et rendre visible cette ressource. L’avantage est que portant en elle l’opportunité de faire des choix de conception, ne connaissant aucune limite, l’eau traverse les seuils, crée des passages, et définit de nouvelles unités. Rendre visibles les infrastructures qui la porte, revient à la nécessité de représenter l’invisible, de manière à créer une prise de responsabilité.

Sara Kamalvand est Architecte DESA, Directeur de HydroCity. HydroCity est une plateforme de recherche sur l’eau, la ville, et l’urbanisme, formée en 2009, suite à un colloque international à l’Université de Toronto. HydroCity monte des projets, des ateliers, des expositions et des publications pour mener une campagne écologique et produire des propositions visionnaires pour des opportunités et des enjeux réels.
Atelier Yazd | 8 - 17 novembre 2014
sur l’invitation de l’UNESCO-ICQHS
 | Architecture des Milieux École Spéciale d’Architecture, Paris | École de la Nature et du Paysage, INSA, Blois  | 
École d’Art et d’Architecture de l’Université de Yazd, Iran.
Atelier Téhéran | 11 - 22 septembre 2012
 | École d’Art et d’Architecture de l’Université de Téhéran  | Architecture des Milieux, École Spéciale d’Architecture, Paris  | Mohsen Gallery, Téhéran
 | Bureau d’Embellissement de la ville de Téhéran.
Conférences

Water Culture Revival in Iran | SOAS | Université de Londres | janvier 2015
.
Baziaft | Mohsen Gallery | Téhéran | juin 2014
.
Téhéran Projections d’une Ville | Cité de l’Architecture | Paris | mai 2014
.
Why are Tehran’s forgotten Qanats Important? | Musée Ghassr | Téhéran | juillet 2013.
Publications
Mesocity Workshop Catalogue | HydroCity | décembre 2012.
Mesocity Workshop | NAFAS Art Magazine | décembre 2012.


Jamie LINTON: De l'eau moderne aux eaux plurielles: l'évolution de la frontière hydro-sociale
Dans cette communication, on décrira d'abord un changement de paradigme important intervenu dans la manière dont l'eau a été comprise et gérée au cours des cinquante dernières années  puis on identifiera certains défis associés à ce nouveau paradigme de (gestion de) l'eau. La planification et la gestion de l'eau au XXe siècle ont été caractérisées par une compréhension de l'eau qui peut être décrite par l’appellation "eau moderne". Celle-là repose sur des représentations de l'eau marquées par l’abstraction des circonstances sociales, historiques et locales dans lesquelles elles se produisent et sont réduites à une identité abstraite universelle susceptible d'être mesurée et convertie en une "ressource". La plupart des problèmes et défis de gestion de l'eau d’aujourd'hui peuvent être compris en termes de changement de paradigme par lequel l'eau moderne cède la place à une pluralité d’eaux différentes, selon les circonstances sociales et culturelles dans lesquelles elles sont produites. Nous nous concentrerons sur ce changement et donnerons des exemples tirés de notre expérience de travail sur les questions de l'eau en France au cours des deux dernières années.

Bibliographie
Davidson, Seanna, Jamie Linton and Warren Mabee eds. (in press), Water as a Social Opportunity, Montreal, McGill-Queen’s University Press, (Publication date: spring, 2015).
Linton, Jamie (2014), "Modern Water and its Discontents: A History of Hydrosocial Renewal", WIREs Water, 1 (1), p. 111-120.
Linton, Jamie and Jessica Budds (2014), "The Hydrosocial Cycle: Defining and Mobilizing a Relational-Dialectical Approach to Water", Geoforum, 57, p. 170-180.
Linton, Jamie (2010), What is Water? The History of a Modern Abstraction, Vancouver, University of British Columbia (UBC) Press, 333 pp.
Linton, Jamie (2008), "Is the Hydrologic Cycle Sustainable? A Historical-Geographical Critique of a Modern Concept", Annals of the Association of American Geographers, 98(3): 630-649.
Linton, Jamie (2006), "The Social Nature of Natural Resources - the Case of Water", Reconstruction: studies in contemporary culture, 6 (3).
Special Issue: Water: Resources and Discourses (online at http://reconstruction.eserver.org/063/contents.shtml).


Ralph MAHFOUD: Gestion en coopération de l'eau dans l'Anthropocène (communication établie avec Léna SALAMÉ)
Le savoir dans la sphère diplomatique concernant les tissus vivants non-humains repose sur les références scientifiques. Dans l'Anthropocène, l'acte de prise de décision surpassant une approche conventionnellement anthropocentrée, l'espace entre le savoir scientifique et les compétences diplomatiques devient obsolète. Sur notre planète en constante évolution, ni le savoir scientifique ni les idéologies politiques ne sont des acquis. Tous deux demeurent des variables dans le processus de négociation. D'un côté, les langues n'ont jamais autant enregistré de nouveaux mots, des mots que nous utilisons pour créer de nouvelles lois, pratiques et entendements dans les sociétés épistémologiques. D'un autre côté, la technologie évolue à une vitesse symétrique à celle de la langue, proposant ainsi de nouveaux outils qui permettent à leur tour une meilleure/différente compréhension du monde de l'eau, de nouvelles solutions pour le gérer en harmonie avec notre écosystème. L'articulation entre la langue et la technologie n'est qu'un exemple parmi d'autres des potentialités qui résultent du rapprochement entre les sciences et la diplomatie.

Ralph Mahfoud, diplômé de l'École des Arts Politiques (SPEAP) de Sciences Po Paris, mène une recherche sur le brassage entre le découpage vertical des cultures et la division horizontale de la biodiversité (sous la direction de Bruno Latour). Il intègre le programme PCCP de l'UNESCO en 2013 et entreprend une série de "workshops" liés à la diplomatie de l'eau et de l'éthique. Sa recherche actuelle porte sur le croisement des disciplines liées à la gestion transfrontalière des eaux souterraines selon une approche anthropologique.

Léna Salamé, née en 1974 à Beyrouth, est avocate spécialisée en Droit international public, médiatrice et négociatrice. Elle a rejoint l'UNESCO en 1999 où elle dirige la mise en œuvre du programme  sur la coopération et les conflits de l'eau (PCCP) depuis 2000. Elle développe une formation liée à la réduction des conflits sur l'eau.


André MICOUD: "L'eau est patrimoine commun de la nation" (art.1 de la loi du 30 janvier 1992); mais qui est le titulaire de l'eau du Rhône?
Dire d'un bien qu'il est un patrimoine ne se peut pas sans énoncer en même temps qui en est le titulaire. En effet, comme l'a montré François Ost (La nature hors la loi, 1995), en matière de patrimoine, le sujet et l'objet sont intrinsèquement liés. Or, il se trouve que depuis 1934, la nation française a concédé un des fleuves de son patrimoine à une société mixte, la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) à charge pour elle de respecter un cahier des charges lui confiant trois missions. Avec la libéralisation du marché de l'énergie survenue en 2000, GDF-Suez devient son nouvel actionnaire de référence en 2003. Cette concession ainsi modifiée vient normalement à échéance en 2023. Selon les directives européennes, elle devrait être ouverte à la concurrence avec d'autres opérateurs. L'eau du Rhône pourrait-elle alors devenir patrimoine européen?

André Micoud, sociologue, est directeur de recherche honoraire du CNRS (Centre Max Weber, Saint-Etienne). Ses recherches portent sur l'émergence de la question écologique et sur ce qu'elle implique de transformations d'ordre symbolique (approche patrimoniale, biodiversité, rapports aux animaux, gestion du vivant...).
Bibliographie
"Un assainissement non-collectif non individuel: à qui est cette eau sale?", in Eau usée, eau sale, eau impure, EMCC, Lyon, à paraître en 2015.
Sur le thème de l'eau, et dans le cadre de sa fonction de président de l'ex Maison du fleuve Rhône (Givors), il a publié notamment:
"D'une restauration hydraulique et écologique à un territoire de projet: le cas du Haut-Rhône français", soumis à la Revue Nature, Sciences, Sociétés en 2014.
Préface du catalogue de l'expo Idées-Barge, l'expo qui vous transporte, Maison du fleuve Rhône, EMCC, Lyon, 2012.
"Et si l'on considérait les fleuves comme des lieux de vie pour les hommes?", in Désirs de fleuve, Co-éd. La maison d'à côté et Maison du fleuve Rhône, Bruxelles, 2012, pp.10-13.
"Ma rencontre avec le Rhône", in Fleuve buissonnier, parcours de vie, histoires de Rhône, EMCE éditions, Lyon, 2011, pp. 17-19.
"Vivre sur des rives", in Le Rhône, un fleuve en devenir, A. Vincent (dir.), Ed. Maison du Fleuve Rhône, Givors, 2006, pp. 66-71.
"Entre Loire et Rhône. Les êtres naturels qui nous lient", in Ce qui nous relie, A. Micoud et M. Peroni (Ed.), Ed. de l’Aube, La Tour d’Aigues, 2000, pp. 227-237.


Pierre MUSSO: L'imaginaire des réseaux et des flux
Les réseaux — depuis les filets rudimentaires jusqu’à ceux de l’électronique — associent fonctionnalité et fictionnalité. Ils font circuler ou gèrent des flux. À cette fonction sont associés des imaginaires puissants, à commencer par ceux de la circulation et de la communication, et de leur image inverse, la rétention ou la surveillance. Le réseau est un intermonde entre la technique et le corps. Tantôt le médecin ou le philosophe sollicite le réseau technique pour comprendre le corps vivant, par exemple chez Galien ou Descartes, tantôt l’ingénieur fait appel aux métaphores corporelles de la circulation sanguine ou des réseaux neuronaux pour comprendre et naturaliser les réseaux techniques. Le réseau est devenu une figure majeure pour penser une société dite "fluide", voire "liquide" (Z. Bauman), la "société des réseaux" (M. Castells). La combinaison des imaginaires de l’eau circulante et de la réticularité semble offrir un miroir universel pour penser le  monde contemporain et imaginer son futur.

Pierre Musso est professeur à l’Université Rennes 2 et à Télécom Paris Tech. Il est titulaire de la chaire "Modélisations des imaginaires, innovation et création". Fellow IEA de Nantes 2014-2015.

Cécile NOU: Corps au travail, corps travaillé. Le cas des salariés des métiers de l'eau
Le corps du travailleur s'engage autant dans l'activité de travail que dans l'organisation qui permet que les différents travaux se coordonnent et que les travailleurs collaborent. Le corps au travail est à ce titre travaillé par deux forces normatives: celle des règles du métier, celle de l'organisation où se tissent les relations intersubjectives entre travailleurs. Mais le travailleur engage une puissance normative propre qui lui permet d'accomplir son travail et de s'en faire l'auteur. S'articulent ainsi dans une dynamique d'appropriation, forces normatives d'ordre social et forces d'initiative intérieures. L'eau potable et les eaux usées sont les matières qui figurent aux deux pôles du besoin du corps humain; elles sont à ce titre une puissance de configuration du corps social qui s'est historiquement déployée et symboliquement instituée dès lors qu'il a fallu organiser la réponse aux besoins fondamentaux. Le corps du travailleur des métiers de l'eau s'exprime ainsi étant traversé par des forces signifiantes qui ont façonné un corps de besoin. Comment le travailleur des eaux parvient-il à se comprendre dans cette syntaxe où il joue autant comme sujet passif que comme sujet actif?

Cecile Nou est doctorante Cifre au sein de la Lyonnaise des eaux, rattachée au laboratoire de l’Irphil, Université Jean Moulin Lyon 3. %embre de la Chaire industrielle ''Rationalites, Usages, et Imaginaires de l'Eau'', ses travaux de recherche en philosophie sociale s'articulent autour du travail propre aux metiers de l'eau et de l'assainissement et des représentations qu'il véhicule au sein des organisations de travail, et plus largement, de la société.
Publication
Nou, C., Pierron J-Ph. (Dir.), L’usé, le sale, l’impur, Rationalités et imaginaires de l’eau, Editions EME (à paraître).


Sylvie PAQUEROT: L’eau, bien commun: la résurgence du concept de bien/s commun/s et ses significations
Les concepts de bien/s commun/s et de droits humains sont utilisés souvent simultanément, ces dernières années, dans les mouvements de résistance à la mondialisation des marchés et au déploiement des normes du libéralisme économique. Les enjeux de l'eau ont été parmi les premiers à poser la problématique en ces termes. Or, ce rapprochement discursif est porté par une pluralité d'acteurs qui lui attribuent des sens différents. En revenant sur les approches de ces deux concepts, puis, en examinant les débats sur la notion (polysémique aussi) de participation, il est possible de préciser la portée des discours à la lumière du référentiel de l'agir politique. Plus spécifiquement, une distinction analytique entre les domaines de la génération/préservation du bien commun et de son partage peut faciliter la typologie des sens en présence. Appuyé à la philosophie des droits humains, le concept de bien/s commun/s exige un autre mode de structuration des rapports sociaux, y compris des rapports de "production" dans leur articulation à une finalité, celle de l'universalité, qui renvoie à l'idée de justice et d'égalité. Nous posons comme hypothèse que c'est lorsque l'étanchéité des frontières entre les sphères de production et de consommation est remise en question que le bien commun comme le droit humain trouvent leur pleine portée éthique et politique.

Chercheure au Centre de recherche et d'enseignement sur les droits de la personne (CREDP), au Centre d'études sur le droit international et la mondialisation (CEDlM) et membre du Réseau d'étude sur la Globalisation, la Gouvernance lnternationale et les Mutations de l'État et des Nations (Regimen), Sylvie Paquerot est l'auteure de plusieurs ouvrages sur les enjeux internationaux de l'eau du point de vue de la mise en œuvre des droits humains.
Publications
(2011) Avec G. Blouin-Genest et F. Julien, L'eau en commun: de ressource naturelle à chose cosmopolitique, PUQ.
(2013) "Exploitation des ressources naturelles et droit à l'eau et à l'assainissement", in Mihaela Ailinçai et Sabine Lavorel (dir.), Exploitation des ressources naturelles et protection des droits de I'Homme, Paris, Pedone, pp. 19-33.
(A paraître 2015) "Integration of the Right to Water in International Law: Circumventing and Bypassing State Sovereignty", in Terje Tved, Owen McIntyre et Tadesse Kassa Woldetsadik (eds), A History of Water Law: Sovereignty and the Development of International Water Law, I.B.Tauris & Co Ltd, Vol. 2, Série 3.


Jacques-Aristide PERRIN: Scientificité et conflictualité de la continuité écologique des cours d’eau: quelle place consacrée à l’imaginaire pour penser une confluence des usages de l’eau?
La continuité écologique des cours d’eau (CECE) caractérisant la circulation des espèces piscicoles et le transport des sédiments est un des objectifs fixés par la Loi sur l'Eau et les Milieux Aquatiques (LEMA, 2006) pour atteindre le "bon état écologique" de l’eau, ambition dérivée de la Directive-Cadre Européenne. Depuis des controverses conceptuelles (Bouleau et Pont, 2014) et des conflits liés à sa réalisation (Barreau et Germaine, 2013) survinrent et remettent en cause la légitimité de cet objectif. Par une mise en perspective de la provenance et de la charge théorique de ce concept, une attention particulière sera accordée aux fondements de ces controverses liés à des représentations de la nature plurielles et contradictoires afin de réfléchir à la place de l’imaginaire dans la construction d’une culture de l’eau favorisant la coexistence des usages.

Diplômé en sciences humaines et en développement durable, Jacques-Aristide Perrin a travaillé à la sortie de ses études au sein d’une collectivité territoriale sur les questions énergétiques et a, par la suite, entamé une thèse en géographie au sein d’une chaire intitulée "Capital environnemental et gestion durable des cours d’eau" (Géolab).

Gaston PINEAU: S’initier aux eaux écoformatrices
Cette initiation à l’extrême biodiversité ambivalente de l’eau pour la rendre formatrice de milieux viables et durables — d’écoumènes (Berque, 2000) — s’appuiera sur une recherche collective transdisciplinaire visant à conceptualiser "une éco-sensibilité aquatique par une écoformation expérientielle aux prises avec un inconscient écologique" (Barbier, Pineau, 2001, p. 19). Trois trajets d’initiations expérientielles en sont ressorties: de soi à l’eau, genèse de relations auto-écologiques; de l'eau aux autres, formation de relations socio-écologiques; l’eau, entre nous, prémices d’une éco-anthropologie. Le passage d’âges et d’usages mythiques et techniques de l’eau à une utilisation écologique (Wunenburger) implique de ressortir l’éco de son refoulement culturel. L’éco — l’entre — deux organisme/environnement — n’est pas une substance fixe, mais un préfixe indiquant une préformation de cet entre-deux par l’environnement. L’infini variété et labilité des  formes environnementales que peut prendre l’élément liquide eau au fil du temps, ouvre quasi à l’infini la formation des entre-deux possibles préfigurés aussi fluidement. Les trois trajets de formation de ces entre-deux particulièrement fluides, pointent cependant trois pistes majeures pour transformer les usages purement réflexes et technico-économiques de l’eau en gestes écologiques de sages, humainement, socialement et cosmiquement.

Gaston Pineau est professeur-chercheur émérite à l’Université de Tours et au Centre de recherches en éducation et  formation relatives à l’environnement et à l’écocitoyenneté (Centr’ERE) de l’université du Québec à Montréal, Gaston Pineau, depuis 25 ans,  coordonne un groupe de Recherche sur l’Écoformation (GREF) à partir des quatre éléments.
Quatre productions ont ponctué ces recherches reprenant la problématique bachelardienne dans une visée d’initiation écologique écoformatrice: De l’air. Essai sur l’écoformation (1992); Les eaux écoformatrices (2001); Habiter la terre. Écoformation terrestre pour une conscience planétaire (2005); Le feu vécu. Expériences de feux écotransformateurs (2015).


Pierre-Alain ROCHE: Sivens, retour sur une crise
La perception est-elle différente selon l’autorité organisatrice et selon que les opérateurs sont publics ou privés, locaux, nationaux ou multinationaux? Cette intervention ne s’appuie pas sur des résultats de recherche, mais formule un questionnement issu de diverses expériences de l’intervenant. Le consentement à payer pour les services publics d’eau potable et d’assainissement pourrait a priori être considéré comme naturellement dominé par l’appréciation par les ménages du rapport qualité-prix du service et par leurs contraintes financières. Dans un service monopolistique qui n’offre pas de choix à l’usager, ces appréciations incluent cependant des dimensions politico-culturelles que cette intervention va questionner: valeurs d’équité et ambiguïtés véhiculées par le droit universel d’accès à l’eau, image de bien donné, gratuit, sacré, relation politique à l’autorité organisatrice, relation avec la notion de profit, sentiment de spoliation par un acteur économique non limité géographiquement au périmètre du service apporté, transparence de l’usage des fonds, évolution de la perception du service rendu au fur et à mesure qu’il devient plus quotidien, plus banal et devient perçu comme allant de soi.

Jean-Jacques WUNENBURGER: Les trois âges d'une histoire de l'eau: mythique, positif, écologique. Vers une nouvelle esthétique et éthique de H2O
Les rapports à l'eau ont connu des évolutions qui ressemblent à trois âges successifs d'un paradigme. Chacun rend possible une certaine expérience quotidienne, des représentations, des valeurs, des normes de l'eau. Jusqu'à l'avènement de l'ère techno-scientifique, l'eau est une matière vitale, ambivalente (pure et impure), imprévisible (en excès ou en défaut), qui ne se maîtrise qu'au prix d'efforts pour la conserver, la canaliser, la transporter. Le progrès moderne l'arraisonne pour en faire un bien pérenne, hygiénique, de proximité, à disposition quasi illimitée, mais au prix d'une industrialisation et souvent d'une privatisation des coûts. La crise écologique, l'épuisement des ressources, les changements climatiques, les cataclysmes, le gaspillage, nous obligent aujourd'hui à repenser et revivre autrement nos rapports avec l'eau. Sans revenir en arrière par réaction technophobe, comment changer de paradigme et retrouver dans l'eau gérée une eau donnée (don), dans l'eau gaspillée une eau partagée, dans une eau accaparée une eau universelle?

Chris YOUNÈS: Régénérer les milieux habités avec l’eau de la cité
Les milieux habités traversent aujourd’hui une crise profonde, caractérisée par une dégradation et des formes de déliance, s’exprimant aussi bien dans la relation problématique des établissements humains aux éléments naturels que dans les dissociations culturelles et sociétales. Cet état critique, qui entrave le devenir des territoires, résulte d’une urbanisation moderne largement fondée sur des principes de division et de ségrégation, ainsi que d’un mode de fabrication de l’urbain contemporain développé selon des logiques de tabula rasa et de déterritorialisation. Face aux multiples et souvent dramatiques effets de ces dissociations, des initiatives émergentes portées par des concepteurs et acteurs de l’aménagement de l’espace cherchent à reconstruire des scénarios considérant les résistances et les ressources vernaculaires propres aux milieux. Le défi consiste à réactiver et inventer d’autres alliances physiques, symboliques et techniques entre dispositifs traditionnels d’approvisionnement et milieux habités, entre local et global. Nous nous réfèrerons notamment au workshop interdisciplinaire consacré à l’eau, la ville et les qanats ("Re-Use-Recycle Yazd") qui se déroulera dans la ville de Yazd (Iran) en novembre 2014 et auquel nous participons avec les étudiants du post-diplôme "Architecture des milieux" de l’École Spéciale d’Architecture (Paris).

Chris Younès, docteure et HDR en philosophie, psychosociologue, professeure à l’ESA (École Spéciale d’Architecture), coresponsable du Réseau scientifique thématique PhilAU (MCC). Elle est également membre des conseils scientifiques d’ARENA, d’Europan, et des éditions Eterotopia France, cofondatrice de la revue L’esprit des villes. Ses travaux et recherches développent une interface architecture et philosophie sur la question des lieux de l'habiter, au point de rencontre entre éthique et esthétique, ainsi qu’entre nature et artefact.
Publications
Ville contre-nature (dir. C. Younès), La Découverte, 1999.
Philosophie, ville et architecture. La renaissance des 4 éléments (dir. C. Younès, Th. Paquot), La Découverte, 2002.
Architecture des Milieux (dir. C. Younès, B. Goetz), Le Portique, 2010.
Philosophie de l’environnement et milieux urbains (dir. Th. Paquot et C. Younès), La Découverte, 2010.




Table ronde, animée par Jean-Yves TOUSSAINT (Les dispositifs techniques et spatiaux de gestion des eaux urbaines: de l’eau au moulin des techniques), avec Claire HARPET (L'imaginaire hydrique à l’œuvre dans le paysage mental des citadins de demain), Nina COSSAIS (Espaces d’eau et de nature en ville: la place de l’imaginaire dans les conflits de gestion), Elisabeth SIBEUD (Eau & nature au cœur des villes européennes. Bilan du projet Aqua Add) et Thácio FERREIRA DOS SANTOS (Politique écologique et poétique des milieux: le cas du Capibaribe à Récife au Brésil)

Nina COSSAIS: Espaces d’eau et de nature en ville: la place de l’imaginaire dans les conflits de gestion

Face à la saturation de ses réseaux d’eau, le Grand Lyon — métropole depuis janvier 2015 — a amorcé au début des années 1990 une politique volontariste de gestion des eaux pluviales dite "alternative" au tout réseau ou "compensatoire" de l’imperméabilisation inhérente à l’étalement urbain. Malgré la mise en œuvre d’une large palette de techniques sur l’ensemble du territoire, ces dispositifs continuent à soulever des questions importantes en termes d’exploitation car ils questionnent l’organisation par métier de la collectivité. Avec la baisse progressive des capacités budgétaires des communes, les techniques alternatives végétalisées sont aujourd’hui souvent délaissées à la demande des services des espaces verts, contrairement aux habitudes passées. Ainsi, les techniques impliquant un nombre limité de services techniques (tranchée drainante, bassins enterrés), qui remplissent uniquement un rôle hydraulique, sont bien souvent préférées à des techniques végétalisées (noues, jardins de pluie) pouvant pourtant offrir une contribution au cadre de vie, à la biodiversité, à la lutte contre les îlots de chaleur. Pour sortir de ces conflits de gestion, le Grand Lyon a engagé fin 2014 le projet "Ville Perméable", qui vise à recenser les réussites et les blocages qui persistent à travers l’analyse d’une vingtaine de projets. Cette étude comporte un volet technico-économique traité par le bureau d’études Safège, et un volet sociologique qui fait l’objet d’une thèse CIFRE démarrée courant 2015, en partenariat avec les laboratoires de sciences humaines et sociales CITERES à Tours et EVS à Lyon. À partir des visites de terrain réalisées entre mars et juin 2015 avec les équipes du Grand Lyon, nous proposons de contribuer à une réflexion portant sur le rapport entretenu par les équipes techniques avec l’eau et la nature au sens large, et sur la façon dont leur relation à l’usager influence leurs représentations.

Thácio FERREIRA DOS SANTOS: Politique écologique et poétique des milieux: le cas du Capibaribe à Récife au Brésil
Les rives des fleuves des grandes villes brésiliennes ont, dans de nombreux cas, été tout aussi dégradés et altérés, servant en particulier de décharge des déchets. Cependant, récemment un certain nombre de politiques et de mesures techniques ont été adoptées avec pour but de rendre les eaux du Capibaribe navigables et non polluées. Nous partons de l'hypothèse que ces mesures techniques mises en oeuvre sont fondées sur une autre conception du signifié des eaux du Capibaribe. Nous voulons poser au moins trois questions. La première porte sur le constat de l'épuisement d'un modèle basé sur l'utilisation inconsidérée des ressources en eau: y a-t-il d'autres formes d'utilisations des eaux du fleuve possibles? La seconde porte sur les actions entreprises: quelles seraient les pratiques nécessaires pour atteindre un certain changement de cadre ? Enfin, le fleuve imaginé comme un "lieu commun": le fleuve facilite-t-il une solidarité des hommes avec leur milieu?

Thácio Ferreira dos Santos est doctorant à l’IrPhil de l’Université Jean Moulin Lyon 3. Membre de l'Association des Amis de Gilbert Durand, il occupe actuellement le poste de secrétaire de l'Association nationale Ylê Setí de l’imaginaire - Brésil. Il s'intéresse aux questions relatives au symbolisme, à l'imaginaire et la complexité.

Claire HARPET: L'imaginaire hydrique à l’œuvre dans le paysage mental des citadins de demain

"Quand octobre viendrait avec ses brumes sur la rivière", Gaston Bachelard.
Le retour de l’eau-nature en ville n’est rendu possible aujourd’hui, qu’après une longue période de repli, de recouvrement et de mise à distance. Cette phase d’enclavement a été vécue comme nécessaire, voire salutaire, pour les villes industrialisées du début du siècle dernier, confrontées aux risques hydriques de toutes sortes (pollutions industrielles, crises sanitaires, inondations). Si le XXe siècle s’est attaqué à l’insalubrité des villes, le XXIe siècle a pour ambition de réhydrater ses espaces urbanisés. Reste que durant presque un siècle, nos regards, nos usages, nos imaginaires de l’eau ont changé. En ce début du IIe millénaire, les habitants de Lyon n’ont connu ni les débordements des cours d’eau du Rhône et de la Saône en période de fortes crues, les épidémies meurtrières véhiculées par les eaux, les odeurs pestilentielles des rivières d’égout à ciel ouvert, ni les pêches miraculeuses après les grands étiages, les traversées à gué et les jeux d’eau, les marchés flottants et les fêtes des rogations. Leurs "idées" sur l’eau passent par le filtre médiatique et ne relèvent plus ou peu d’une transmission familiale, d’un savoir-faire ayant trait à la rivière. L’eau n’est plus touchée, si peu pratiquée, à peine effleurée du regard. Elle a tant été canalisée, maîtrisée, "purifiée", qu’elle en aurait, aux dires des "plus anciens", perdu son éclat, son attrait, son caractère, sa singularité au cœur des villes. Dès lors, peut-on parler d’un retour de l’eau en ville si celle-ci n’est pas considérée comme un élément vivant du paysage, un processus d’activité de l’imaginaire, engageant le riverain, le passant, le citadin dans une démarche de créativité psychique et mentale, propice à la construction de soi et du monde? Par quoi est nourri notre imaginaire hydrique contemporain? Peut-on encore rêver si l’eau ne participe plus à notre quotidien et ne cache plus de mystères?  Le regard que portent les enfants sur leur environnement est souvent l’expression d’un grand réalisme et d’une profonde lucidité sur le monde (naturel ou artificialisé). Les dessins d’enfants sont un outil d’expression pratique et ludique, utilisés depuis longtemps par les scientifiques et les praticiens, pour analyser les représentations et les perceptions du milieu (Cf: Nature du monde, dessins d’enfants, cths, 2010). Cette communication propose, au travers des dessins d’enfants d’une classe de CE2 de la ville de Lyon, une lecture des imaginaires de l’eau de ceux qui feront la ville de demain. Lorsque les enfants de nos villes regardent le fleuve, que voient-ils? Qu’imaginent-ils sur l’eau, au fond de l’eau, tout autour de l’eau? Quel monde invisible de l’eau berce leurs imaginaires, construit leur paysage intérieur et participe à leur expérience sensible du monde?

Claire Harpet est docteure en Anthropologie, spécialisée dans les interactions hommes / milieu. Membre du Laboratoire d’Eco-Anthropologie et d'Ethnobiologie du CNRS / MNHN (Muséum National d'Histoire Naturelle). Ingénieure de recherche à l’Université Lyon 3 (Chaire industrielle "Rationalités, usages et imaginaires de l’eau"), elle est la coordinatrice pédagogique du Master 2 "Éthique et Développement Durable" de la Faculté de Philosophie, Université Jean-Moulin Lyon 3.
Publications récentes
HARPET Claire (2015), "Du plomb dans l'eau ! Entre rationalité et usages symbolique: la molybdomancie, une pratique à contre-courant au XXIe siècle", in C.Nou, JP. Pierron, Usé, sale, impur. Rationalités, usages et imaginaires de l’eau, EME (Editions Modulaires Européennes), dans la collection "Transversales philosophiques", pp. 131-146 (sous-presse).
DICKS Henry et HARPET Claire (2015), La réouverture des rivières urbaines comme élément central et déclencheur d’un nouveau paradigme de l’eau en ville: l’exemple de la Bièvre à Paris, ASTEE.
HARPET Claire, BILLET Philippe, PIERRON Jean-Philippe (dir) (2014), À l’ombre des forêts, usages, images et imaginaires de la forêt, Coll. "Ethique, droit et développement durable", L’Harmattan.
HARPET Claire (2014), "L’utopie, une composante créatrice et fondatrice de la ville", in La Future métropole, Grand Lyon Prospective.
HARPET Claire (2014), "Entre deux eaux, imaginaires des forêts de mangrove à Madagascar", revue Tsingy, n°17.


Elisabeth SIBEUD: Eau & nature au cœur des villes européennes. Bilan du projet Aqua Add

Les nouvelles techniques de gestion des eaux pluviales appuyées sur l’ingénierie écologique proposent aujourd’hui des espaces végétalisés adaptés aux aléas climatiques et offrant un nouveau cadre de vie aux habitants. Cependant, la mise en œuvre de ces nouveaux objets de nature dans la ville exige de réserver une certaine place à ces espaces bleus et verts et présente des coûts d’investissement et de fonctionnement pour les infrastructures urbaines qui heurtent les répartitions métiers habituelles. Le Grand Lyon s’est engagé en 2012 dans un projet de coopération européen INTERREG intitulé "Aqua Add" (http ://www.aqua-add.eu/) aux côtés des villes de Eindhoven (Pays-Bas), Copenhague (Danemark), Bremerhaven (Allemagne), Sofia (Bulgarie), Imperia (Italie) ainsi que des régions Trans-Tisza (Hongrie) et Aveiro (Portugal) et des Universités de Gênes (Italie), Aveiro (Portugal) et Debrecen (Hongrie). L’objectif principal est d’analyser les moyens mis en œuvre par les partenaires pour la mise en valeur de l’eau dans la ville dans ses dimensions naturelles (les rivières, la ressource en eau) et fonctionnelles (l’assainissement, la limitation des inondations en temps de pluie). L’analyse est réalisée au regard des bénéfices économiques, sociaux et environnementaux pour la ville et ses habitants. Cette intervervention présentera les conclusions du projet "Aqua Add" et les mettra en perspective avec nos politiques d'aménagement du territoire.

Jean-Yves TOUSSAINT: Les dispositifs techniques et spatiaux de gestion des eaux urbaines: de l’eau au moulin des techniques
Nulle activité, individuelle ou collective qui ne mobilise des objets techniques et plus largement, dans le cas des mondes urbanisés, des dispositifs techniques et spatiaux (aménagements, architectures, réseaux, constructions, etc.). L’eau, en ses dispositifs techniques et spatiaux, est mobilisée quotidiennement et cela n’est pas sans conséquences dans ses transformations: de l’eau que nous buvons à celle grise et sale que nous convoquons aux stations d’épuration et dont nous mesurons en continu l’état dans les réseaux avant rejet dans les milieux récepteurs. L’eau servira de prétexte à poser le rôle des objets et dispositifs techniques dans nos comportements individuels et collectifs et si possible de penser ces comportements en lien avec la pression environnementale que l’activité quotidienne urbaine exerce.
Ce travail est plutôt un essai de synthèse à partir de la contribution des deux auteurs à plusieurs contrats de recherche, dont les trois principaux:
Projet OMEGA, 2010-2013, Outils méthodologiques d’aide à la gestion intégrée d’un système d’assainissement, ANR Villes durables 2009 - Responsable scientifique: S. Vareilles (pour EVS-INSA de Lyon) - Durée: 3 ans - Partenaires: INSA-LGCIE (porteur du projet), INSA-EVS, ENGEES-Cemagref-GSP, Lyonnaise des eaux.
Projet PREPARED, 2009-2013, Enabling Change, FP7 thème "ENV.2009.3.1.1.1 Adaptation of water supply and sanitation systems to cope with climate change" - Responsable scientifique: J.-Y. Toussaint (pour EVS-INSA de Lyon) - Coordination générale: Kiwa Research Centre (Pays Bas) - Partenaires: 35 partenaires dont 17 partenaires recherche.
Projet SEGTEUP, 2009-2013, Systèmes extensifs pour la gestion et le traitement des eaux urbaines de temps de pluie, ANR-PRECODD 2008 - Responsable scientifique: J.-Y. Toussaint (pour EVS-INSA de Lyon) - Partenaires: Cemagref (porteur du projet), Grand Lyon, INSA-LGCIE, INSA-EVS, Société SINT (partenaire industriel), EPURNATURE (partenaire industriel).

Diplômé en architecture, titulaire d’un DEA en géographie et aménagement et d’un doctorat en sociologie (urbaine), Jean-Yves Toussaint est professeur d’urbanisme et aménagement au département Génie Civil et Urbanisme de l’INSA de Lyon. Il conduit ses recherches au sein de l’UMR 5600 "Environnement Ville Société". Ses recherches portent sur la mobilisation des objets et dispositifs techniques et spatiaux dans les activités sociales urbaines quotidiennes. Il s’intéresse notamment aux usages et à la fabrication des objets et dispositifs techniques qui forment les espaces publics urbains. Depuis quelques années il s’intéresse également aux dispositifs techniques de gestion des eaux urbaines. Il est actuellement directeur de l’UMR 5600 "EVS" et coordinateur du LabEx "Intelligences des Mondes Urbains" (IMU).
Publications
Toussaint Jean-Yves, Vareilles Sophie, 2013, "Les clôtures ou l’expérience des limites dans les mondes urbains. Le cas de deux ouvrages de gestion des eaux urbaines dans l’agglomération lyonnaise", Les cahiers européens des sciences sociales, n°4/2013, Dossier "La ville à travers ses limites", pp. 69-85.
Toussaint Jean-Yves, Vareilles Sophie, 2010, "Handicap et reconquête de l'autonomie. Réflexions autour du rapport entre convivialité des objets et autonomie des individus. Le cas des dispositifs techniques et spatiaux de l'urbain", in Géographica Helvetica, n°4/65, pp. 249-256.
Toussaint Jean-Yves, Vareilles Sophie, 2009, "A qui profite la concertation? Notes sur la concertation tirées de l'expérience lyonnaise, France", in Géographica Helvetica, n°4/64, pp. 235-243.
Toussaint Jean-Yves, 2009, "Les usages et les techniques", in JM. Stébé et H. Marchal (dir.), Traité sur la ville, éd. PUF, Paris, pp. 461-512.
Toussaint Jean-Yves, Vareilles Sophie, 2007, "Town making, city governance. The paradox of the planning process in current urbanization", in Quaestiones geographicae, n°26B, pp. 47-57.




Table ronde, animée par Philippe BILLET, avec Thierry RUF (Le conflit utile dans les confrontations locales sur l'eau. Réflexions sur les symétries et les "juriprudences" informelles dans la répartition de l'eau d'irrigation gérée en bien commun), Marta de AZEVEDO IRVING (Imaginaires, pratiques traditionnelles et conflits: le cas des réserves extractivistes marines au Brésil), Sara FERNANDEZ (Qualifier le problème de l'eau: discours et pratiques) et Pierre-Alain ROCHE (Réflexion autour du conflit du barrage de Sivens dans le Tarn: retour d’expérience d’une mission hybride de médiation et d’expertise)

Marta de AZEVEDO IRVING: Imaginaires, pratiques traditionnelles et conflits: le cas des réserves extractivistes marines au Brésil
L´imaginaire sur la mer inspire depuis toujours les rêves de conquête et de domination ainsi que d´épanouissement et de reconnexion avec la nature. Mais au-delà de l´imaginaire collectif et de l´importance de la mer pour le développement des civilisations humaines, les zones côtières ont abrité depuis toujours des populations traditionnelles pour lesquelles les valeurs ancestrales et les modes de vie sont dépendants des cycles de la nature et de la reconnaissance de son importance pour leur survie. Ce contexte et les contradictions engagées dans cette réflexion sont illustrés dans le cas des pêcheurs traditionnels et de leurs familles dans les Réserves Extractivistes Marines (ResexM) au Brésil. Les ResexM représentent une typologie d´espace protégé qui dérive de la catégorie Réserve Extractiviste prévue par Le Système National des Unités de Conservation établi en 2000. Les Resex résultent de la reconnaissance des modes de vie traditionnelle et des droits de ces populations comme essentiels pour les stratégies en place de conservation de la biodiversité. Ce type d´espace protégé résulte directement de la demande des populations  tradionnelles et devient de plus en plus reconnu par les politiques publiques et par les mouvements sociaux comme une alternative réaliste visant à assurer la protection de la nature mais aussi la mise en valeur des modes de vie et savoirs traditionnels. Malgré ce contexte favorable, le tourisme, l’exploitation de pétrole et l´aquaculture dans la zone côtière du Brésil représentent des sources croissantes de conflits et de tensions qui entraînent de plus en plus de risques pour les modes de vie traditionnels ainsi que pour les Réserves Extractivistes Marines en tant que stratégies de politiques publiques dirigées vers la conservation de la biodiversité et le "religare" entre nature et société.

Sara FERNANDEZ: Qualifier le problème de l'eau: discours et pratiques
Gouverner l’eau, c’est, d'une part, définir une certaine nature de l’eau et de notre rapport à elle, et, d'autre part, produire un certain cadrage du problème. C’est rendre possible certaines pratiques et en empêcher d’autres, déployer des mécanismes de solidarité spécifiques, faire exister des échelles de gestion et des institutions multiples, promouvoir des circuits financiers. Dans un premier temps, nous analyserons comment, depuis 1945, des qualifications particulières du problème de l’eau ont été produites à l’échelle mondiale, les acteurs qui en ont été les artisans et leurs effets environnementaux, sociaux et politiques. Dans un second temps, en nous appuyant sur des cas situés, nous analyserons ce que signifie gouverner une eau, qui, à l’état liquide, circule à des échelles bien plus locales que celles de la planète entière; une eau qui est utilisée dans de nombreux processus industriels, pour produire de l’électricité, de la nourriture, une eau qui permet aux poissons de vivre et de circuler, une eau que l’on boit ou dans laquelle on aime se baigner... Il s’agira alors de mettre en lumière la diversité des problèmes liés à l’eau, les projets de société et les rapports de pouvoir dans lesquels s’inscrivent les différents usages de l’eau, les différentes relations à l’eau.

Publications
Fernandez S. (2014), "Gouverner les eaux depuis 1945. Internationalisation et intensification des flux de capitaux, de techniques et de modèles", in Pestre D. (Dir), Le gouvernement des technosciences. Gouverner le progrès et ses dégâts depuis 1945, Paris, Editions la Découverte, collection "Recherches", pp. 203-230.
Fernandez S. (2014), "Much Ado About Minimum Flows... Unpacking indicators to reveal water politics", Geoforum, pp. 258-271.
Fernandez S., Bouleau G., Treyer S. (2014), "Bringing politics back into water planning scenarios in Europe", Journal of Hydrology, 518, pp. 17–27.
Bouleau G., Fernandez S. (2012), "Trois grands fleuves, trois représentations scientifiques", in Gautier, D. & Benjaminsen, T., (Dir.), L’approche Political Ecology: pouvoir, savoir et environnement, Paris, Editions Quae, pp. 201-217.
Fernandez S., Trottier J. (2012), "La longue construction du débit d'étiage: l'odyssée d'une métamorphose (la gestion des cours d'eau du bassin Adour-Garonne)", in Papy F., Mahieur N., Ferrault C. (Dir.), Repenser la nature dans les campagnes d'aujourd'hui (ressources, institutions, habitants), Paris, Editions Quae, pp. 153-167.
Fernandez S. (2012), "La résistible ascension de la pénurie d’eau ou la construction sociale d’une donnée "naturelle" dans le bassin de la Garonne", in Jacquet P., Pachauri, R. K., Tubiana, L. (Dir.), Développement, alimentation, environnement: changer l’agriculture? Regards sur la Terre 2012, Afd, Iddri, TERI, Paris, Armand Collin, pp. 216-218.
Trottier J., Fernandez S. (2010), "Canal spawn dams? Exploring the filiation of hydraulic infrastructure", Environment and History Issue, 16.1. February, pp. 97-123 (27).


Pierre-Alain ROCHE: Réflexion autour du conflit du barrage de Sivens dans le Tarn: retour d’expérience d’une mission hybride de médiation et d’expertise
Retour d’expérience personnel d’un des deux "experts" mandatés pour favoriser une issue au conflit sur le barrage de Sivens, cette intervention abordera les points suivants: aspects généraux et contexte de l’histoire des conflits concernant la gestion de l’eau en Adour-Garonne, genèse du projet initial de Sivens, déroulement des procédures administratives et décisions de financement du projet, émergence du conflit, basculement dans une crise avec la ZAD et le décès de Rémi Fraisse, comportement des acteurs durant la mission et rôle de celle-ci, entre expertise et médiation, projet de territoire et pistes de résolution. Il s’interroge ensuite sur les leçons qui peuvent en être tirées quant à l’exercice de la démocratie. Il s’interroge sur le réalisme d’une démocratie "plus que parfaite", où des procédures idéales et idéalement conduites, dans des délais adéquats, seraient de nature à conforter la reconnaissance de la légitimité de la décision publique. Ne faut-il pas plutôt considérer que les systèmes humains ne peuvent échapper à une certaine imprévisibilité et à des défaillances dont il s’agit surtout de limiter la fréquence et les conséquences et s’attacher à ce que les pouvoirs publics cherchent à identifier les signaux faibles annonciateurs d’une pathologie?
Il est recommandé d’avoir lu le rapport de la mission téléchargeable sur le site du CGEDD préalablement.

Thierry RUF
Thierry Ruf est géographe, directeur de recherche à l'IRD (Institut de recherche pour le développement) et professeur associé à Supagro Montpellier, à l'Institut des régions chaudes, dans l'équipe "gestion sociale de l'eau". Depuis 30 ans, ses recherches sur l'organisation des territoires de l'eau croisent des analyses des politiques publiques de l’eau à celles des pratiques des sociétés rurales locales. Les démarches comparatives portent sur des régions à longue histoire hydraulique et agricole, en Méditerranée et dans les Andes.
Publications
(2011) "Le façonnage des institutions d’irrigation au XXe siècle, selon les principes d’Elinor Ostrom, est-il encore pertinent en 2010?", Natures Sciences Sociétés, n°19, 395-404.
(2012) "La complexité territoriale de l'irrigation en Méditerranée. Du bassin versant au bassin déversant, une dualité nécessaire pour gérer l'offre et la demande en eau et arbitrer les conflits", in Aspe C., De l'eau agricole à l'eau environnementale - Résistance et adaptation aux nouveaux enjeux de partage de l’eau en méditerranée, Éditions Quae (Update Sciences & technologies), 
ISBN: 978-2-7592-1696-3, Chapitre 20, 271-290.
(2012) "Comment partager et gérer l’eau?", in Dubresson A, Veyret Y. (ed.sc), Dix défis pour la planète, Ed. Autrement, Ch. 4, 57-70.




Table ronde, animée par Cécile RENOUARD (Multinationales et biens communs mondiaux: enjeux éthiques), avec Sarah BOTTON (Les services publics marchands de l’eau potable et le débat public-privé), Olivier GILBERT, Pascale GUIFFANT et Marie-Hélène ZERAH

Sarah BOTTON: Les services publics marchands de l’eau potable et le débat public-privé

Si certains analystes la considèrent comme un bien commun, l’eau reste avant tout une ressource partagée et gérée localement, ce qui lui confère, puisqu’elle assure de nombreuses fonctions essentielles (notamment consommation domestique et hygiène) une place très particulière dans la grande famille des services publics marchands. Secteur marchand, certes, puisque les services d’eau potable ont fait la preuve de leur capacité à atteindre -au moins- le petit équilibre, il n’en demeure pas moins que leur gestion, notamment en cas de délégation à un acteur privé, continue à susciter des débats, notamment en matière de pratiques (et de profits) du secteur privé et de capacité des acteurs publics à assurer une régulation efficace, c’est-à-dire conforme aux politiques publiques qu’ils ont définies. Si les recherches sur ce sujet ont plutôt tendance à converger vers l’idée qu’il n’existe pas de déterminisme institutionnel dessinant les contours de services d’eau socialement et économiquement efficaces (i.e. le statut public ou privé de l’opérateur n’est pas en soi un facteur de performance(s) du service), pour autant, il serait inexact de considérer que la délégation du service à une entreprise privée, notamment à une entreprise multinationale, n’est pas sans incidence sur la façon de concevoir et de décliner les missions de service public qu’elle doit assurer. Marchandisation et délégation des services d’eau peuvent considérablement contribuer à faire bouger les curseurs politiques et sociaux, de même que le rapport que les usagers entretiennent au service. Nous illustrerons ce propos, à travers, notamment l’exemple de la concession des services d’eau de Buenos Aires à la société Aguas Argentinas, filiale du groupe Suez-Environnement (1993-2007).

Publications
BOTTON, Sarah, La multinationale et le bidonville. Privatisations et pauvreté à Buenos Aires, Paris, Éditions Karthala, septembre 2007, 469 p.
BLANC, Aymeric; BOTTON, Sarah (dir), Services d'eau et secteur privé dans les pays en développement. Perceptions croisées et dynamique des réflexions, Paris, Agence Française de développement, Recherches n°2, avril 2011, 457 p.
BOTTON, Sarah; BLANC, Aymeric, "Un service public marchand de proximité. L’action des petits opérateurs privés pour la desserte des quartiers périurbains en Afrique", Actes de la Recherche en Sciences Sociales, 203, juin 2014, pp.106-113.
BOTTON, Sarah, "Les dispositifs de gestion d’un contexte à l’autre: métissage, ruptures, innovations? Les groupes français de services d’eau et d’électricité dans les bidonvilles de Buenos Aires", Recherches sociologiques et anthropologiques, 2009, vol XL, num 2, pp.33-54.
BOTTON, Sarah; De GOUVELLO, Bernard, "Water and sanitation in the Buenos Aires metropolitan region: Fragmented markets, splintering effects?", Geoforum, nov-dec 2008, n°39, vol 6, pp.1859-1870.
BOTTON, Sarah; MERLINSKY, Gabriela, "Urban Water conflicts in Buenos Aires, Argentina: voices questioning the economical social and environmental sustainability of the water and sewerage concession", in BARRAQUE, Bernard (dir.), Urban Water Conflicts, Oxon, Taylor and Francis group, UNESCO Publishing, 2012, 313 p., pp.111-128.


Cécile RENOUARD: Multinationales et biens communs mondiaux: enjeux éthiques

Cette présentation introduira la table ronde sur le thème "multinationales, éthique et cultures de l’eau", par une mise en perspective des responsabilités des entreprises multinationales, en tant qu’institutions politiques, à l’égard des biens communs mondiaux comme l’eau. Le secteur de l’eau permet de mettre en évidence différents enjeux éthiques concernant à la fois la gestion équitable (publique, privée ou partenariale) de ce bien commun, l’extension dans l’espace et dans le temps de la responsabilité des acteurs, enjeux qui sont indissociables d’une réflexion sur les moyens culturels et politiques d’y parvenir. L’analyse sera étayée par des recherches de terrain menées sur le PPP de Veolia à Nagpur et sur des projets liés à la commercialisation d’eau en bouteilles par Danone en Indonésie et au Mexique.

Cécile Renouard est professeur de philosophie au Centre Sèvres-Facultés jésuites de Paris, enseignante à l’École des Mines de Paris et à l’ESSEC, directrice du programme de recherches "CODEV - Entreprises et développement" à l’ESSEC (Institut IRENE). Religieuse de l’Assomption, elle est membre du conseil scientifique de la Fondation Nicolas Hulot et du CA de l’Agence Française de Développement.
Publications
Éthique et entreprise, Editions de l’Atelier, 2013 (édition de poche, 2015).
"Peut-on concilier responsabilité sociale de l’entreprise et mission de service public dans le secteur de l’eau? Enquête sur le contrat de Nagpur, Inde", (avec Marie-Hélène Zerah), Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n°200, 2014, p.76-87.
"La responsabilité éthique et politique des multinationales", Revue des sciences religieuses 88, n°3 (2014), p. 315-332.
"Justice écologique et responsabilité politique de l’entreprise", Études, mai 2014, p. 41-51.
"Développement durable et crise de la représentation", Études, avril 2013, p. 461-472.


BIBLIOGRAPHIE :

BACHELARD Gaston, L’eau et les rêves, Paris, Librairie Générale Française, 2011.
BARBIER René et PINEAU Gaston, Les eaux écoformatrices, L’Harmattan, Paris, 2001.
BARRAQUÉ Bernard et ROCHE Pierre-Alain (Ed.), Peurs et Plaisirs de l’Eau, Colloque de Cerisy, Paris, Hermann, 2010.
BARBIER René et PINEAU Gaston (Ed.), Les Eaux Ecoformatrices, Paris, L’Harmattan, 2003.
BERQUE Augustin, Poétique de la Terre: Histoire naturelle et histoire humaine, essai de mésologie, Paris, Belin, 2014.
GUILLERME André, Les Temps de l’Eau: La Cité, l’Eau, et les Techniques, Seyssel, Champ Vallon, 1993.
GOUBERT Jean-Pierre, La Conquête de l’Eau: L’avènement de la santé à l’âge industriel, Robert Laffont, 1986.
ILLICH Ivan, "H2O: Les Eaux de l’Oubli", Œuvres Complètes Volume 2, Fayard, 2005.
JEAN-JEAN Agnès, Basses œuvres, une ethnologie du travail dans les égouts, Editions du CTHS, Paris, 2006.
LINTON Jamie, What is Water? The History of a Modern Abstraction, Vancouver, UBC Press, 2010.
NOVOTNY Vladimir and BROWN Paul, Cities of the Future: Towards Integrated Sustainable Water and Landscape Management, IWA Publishing, 2007.
NOU Cécile, PIERRON Jean-Philippe, HARPET Claire et DICKS Henry, Usée, sale, impure, Rationalités, usages et imaginaires de l’eau, Editions EME, 2015.
PARIZEAU Marie-Hélène et PIERRON Jean-Philippe, Repenser la nature, regards croisés Europe, Amériques, Asie, PUL/Québec.
PIERRON Jean-Philippe, Penser le développement durable, Ellipses, 2009.
PIERRON Jean-Philippe (dir.), "Prendre soin de la nature et des hommes", Revue Ethique, Politique, Religions, Volume 3, Editions Garnier Classiques, 2013.
WOLF Aaron T., "Conflict and Cooperation along International Waterways", Water Policy I, 1998, 251-265.

Avec le soutien
de la Chaire Industrielle "Rationalités, usages et imaginaires de l'eau"
(Université Jean Moulin Lyon 3 - Lyonnaise des Eaux Rhône-Alpes-Auvergne)


Université Lyon 3