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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2016 : un des colloques





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L'ÉCRITURE DU PSYCHANALYSTE
Mise à jour
18/07/2016


DU SAMEDI 2 JUILLET (19 H) AU SAMEDI 9 JUILLET (14 H) 2016

DIRECTION : Jean-François CHIANTARETTO, Catherine MATHA, Françoise NEAU

ARGUMENT :

En quoi l'écriture concerne-t-elle et implique-t-elle spécifiquement les psychanalystes? Il ne s'agit plus d'appliquer la psychanalyse à la littérature ou à l'écriture, ni même seulement de la question de l'écriture de la psychanalyse. Il s'agit pour les psychanalystes de prendre acte aujourd'hui, dans une période où ils sont plus que jamais confrontés à l'inactualité de la psychanalyse, des incidences après-coup du rôle inaugural de l'écriture dans l'invention freudienne de la psychanalyse. Et d'en prendre acte à partir de leur pratique clinique, dans et par leur expérience de la méthode psychanalytique en position d'analyste.

Différentes questions seront ainsi mises au travail: le rôle de l'écriture dans le penser freudien; la fonction de l'écrit freudien dans le penser de l'analyste en position d'écriture; l'écriture potentielle de l'analyste en séance: transfert, contre-transfert et écriture; les modèles de l'écriture dans la métapsychologie; la rivalité avec l'écrivain; les écrivains de l'analyste; l'écriture de la cure: entre écriture de soi, auto-analyse et création...

Pour aborder ces discussions, seront conviés des psychanalystes de divers styles et de différents courants. Mais aussi des écrivains et des spécialistes du texte littéraire.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Samedi 2 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Dimanche 3 juillet
Matin:
Jean-François CHIANTARETTO, Catherine MATHA & Françoise NEAU: Ouverture
Jacques ANDRÉ: Une expérience singulière

Après-midi:
Ellen CORIN: Les voies obliques de la rigueur en psychanalyse
Vladimir MARINOV: La déconstruction onirique et humoristique des genres littéraires et artistiques dans l'écriture freudienne [texte lu par Catherine MATHA]


Lundi 4 juillet
Matin:
Aline COHEN DE LARA: De l’obligation au plaisir de l'élaboration
Louise GRENIER: Ce que je ne saurais vous dire... Écrire la parole

Après-midi:
Bertrand OGILVIE: Psychanalyse: comment ça s’écrit?
Ghyslain LÉVY: Persévérer dans l'ouvert

Soirée:
Patrick AUTRÉAUX: L'écriture comme radeau [texte lu par Françoise NEAU]


Mardi 5 juillet
Matin:
Janine ALTOUNIAN: Quand écrire, traduire l’expérience traumatique fait partie intégrante de son élaboration
Georges-Arthur GOLDSCHMIDT: À l’ombre de papa ou comment ça passe

Après-midi:
Jean-Paul MATOT: De l’expérience psychotique à l’écriture, la place de l’objet esthétique dans la symbolisation des effractions traumatiques
Isabelle LASVERGNAS: Traduire la présence de la trace
Jean-Claude ROLLAND: S’approprier l’écriture [texte lu par Françoise NEAU]


Mercredi 6 juillet
Matin:
Eliana RIGOTTO LAZZARINI: Écriture et psychopathologie des limites
Mercedes ALLENDESALAZAR: Adam Phillips: éloge du paradoxe

Après-midi:
DÉTENTE


Jeudi 7 juillet
Matin:
Catherine MATHA: L’écriture ou l’aptitude à être seul
Jean-Yves TAMET: Une trace qui parfois s’impose [enregistrement audio en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de l'Université de Caen Normandie et sur le site France Culture]

Après-midi:
Benoît VERDON: Liberté de l’écriture. À propos de la vieillesse et ses tabous
Céline RACIN: Chute des mots et mots déchus dans la clinique du vieillissement: s’écrire (à) soi-même

Soirée:
Lecture de "Au fil des jours qui demeurent" de Jacqueline Rousseau-Dujardin, par Mireille FOGNINI, Lucienne GOLDSCHMIDT et Françoise NEAU


Vendredi 8 juillet
Matin:
Jean-François CHIANTARETTO: L'interlocution interne du psychanalyste
Claire SQUIRES: La fiction, fenêtre du réel et miroir de l’inconscient, à propos d’une naissance sans vie

Après-midi:
Florian HOUSSIER: Freud adolescent ou l’or pur de la langue
Mireille FOGNINI: Écrits d'archives
Françoise NEAU: À quoi bon des écrivains dans le travail de l’analyste? Question de style(s), en psychanalyse?

Soirée:
Lectures, par Georges-Arthur GOLDSCHMIDT


Samedi 9 juillet
Matin:
Bilan et clôture

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Mercedes ALLENDESALAZAR: Adam Phillips: éloge du paradoxe
Adam Phillips, psychanalyste et écrivain anglais, écrit son premier livre sur Winnicott en 1988. De Winnicott, il garde comme un héritage précieux, comme une façon de faire, non pas la mise en lumière des conflits telle que Freud l'a privilégiée, mais un usage extrêmement créatif du paradoxe. À partir de cette notion, présente au fil de ses livres, comme une véritable forme a priori de la sensibilité dans son style et dans sa pensée, ainsi que  dans ses exemples cliniques, Phillips parcourt des champs très variés, en particulier celui de la littérature, en réinterrogeant la façon dont la psychanalyse pourrait changer et contribuer à changer nos vies.

Mercedes Allendesalazar, née à Madrid en 1954, après une thèse sur Spinoza à Paris I, enseigne la philosophie à l'Université de Madrid avant de s'installer à Paris comme psychanalyste. Elle exerce actuellement à Madrid.
Elle a publié des articles en philosophie et en littérature dans plusieurs revues: "Études", "Politheia", Centre de philosophie politique de l'Université de Reims, "Revue du Centre de Recherches ibériques et ibero-américaines de l'université de Paris X", "Réseaux", Revue interdisciplinaire de philosophie morale et politique, "Le Céphium", Belgique, "Sigila: revue transdisciplinaire franco-portugise sur le secret". Elle a publié également dans "Champ psychosomatique" et "Le Coq Héron".
Publications
Spinoza, filosofía, pasiones y política, Alianza Universidad, Madrid, 1986.
Thérèse d'Avila, l'image au féminin, Seuil, l'ordre philosophique, Paris, 2002.
"Thérèse d’Avila: l’ennemi divin", in Inventions du féminin, Paris, Campagne Première, 2002.


Janine ALTOUNIAN: Quand écrire, traduire l’expérience traumatique fait partie intégrante de son élaboration
Lors de l’élaboration de l’héritage traumatique d’un crime de masse, écrire, c’est-à-dire vouloir traduire au monde, ressenti comme étranger au trauma familial, l’espace mortifère d’un héritage psychique, contribue non seulement à l’élaboration de celui-ci, mais en fait partie intégrante au même titre que le travail analytique mis en œuvre dans la cure de l’analysant/écrivant.

Janine Altounian, essayiste, a par ailleurs été, de 1970 à 2012 (1), co-traductrice des Œuvres Complètes de Freud aux PUF sous la direction de Jean Laplanche et responsable de l’harmonisation dans l’équipe éditoriale. Née à Paris de parents arméniens rescapés du génocide de 1915, elle travaille sur la "traduction" de ce qui se transmet d’un trauma collectif aux héritiers des survivants. Elle est un des membres fondateurs d’AIRCRIGE (2).
Publications
Elle a publié de nombreux articles sur la langue de Freud, la transmission traumatique et les ouvrages suivants:
"Ouvrez-moi seulement les chemins d’Arménie", Un génocide aux déserts de l’inconscient (Préface de René Kaës), Les Belles Lettres, "Confluents psychanalytiques", 1990, 2003 (2e éd.) (3).
La Survivance / Traduire le trauma collectif (Préface de Pierre Fédida, Postface de René Kaës), Dunod, "Inconscient et Culture", 2000, 2003 (réimp.).
"L’écriture de Freud", Traversée traumatique et traduction, PUF, "Bibliothèque de psychanalyse", 2003.
"L’intraduisible", Deuil, mémoire, transmission, Dunod, "Psychismes", 2005, 2008 (réimp.).
Ricordare per Dimenticare. Il genocidio armeno nel diario di un padre e nella memoria di una figlia, Janine e Vahram Altounian, con un saggio di Manuela Fraire, Donzelli Editore, Saggine, 107, 2007.
Mémoires du Génocide arménien. Héritage traumatique et travail analytique, Vahram et Janine Altounian, avec les contributions de K. Beledian, J.F. Chiantaretto, M. Fraire, Y. Gampel, R. Kaës, R. Waintrater, PUF, 2009.
"De la cure à l’écriture", L’élaboration d’un héritage traumatique, PUF, 2012.
"GERİ DÖNÜŞÜ YOK", Bir Babanın Güncesinde ve Kızının Belleğinde Ermeni Soykırımı, Vahram ve Janine Altounian ("Sans retour possible", Le génocide arménien dans le journal d’un père et la mémoire de sa fille), avec les contributions de K. Beledian, R. Kaës, R. Waintrater. Traduit par Renan Akman, préfacé par Bella Habip, psychanalyste, ARAS YAYINCILIK, İstanbul, 2015.

(1) Le dernier des vingt volumes est paru en septembre 2015 aux Presses Universitaires de France.
(2) Association internationale de recherche sur les crimes contre l’humanité et les génocides (http://aircrigeweb.free.fr/).
(3) Version traduite en arménien par Krikor Chahinian et Garine Zorabian, 2001, Antelias, Liban, disponible auprès de Suzy Ohannessian, libraire du Catholicossat d’Antelias/Beyrouth, tel. 00961 - 4- 41 00 01 00961 -3 - 87 87 46 (mobile) [bookstore@armenienorthodoxchurch.org].


Jacques ANDRÉ: Une expérience singulière
L’écriture de la psychanalyse est une expérience aussi singulière que la psychanalyse elle-même. Depuis quelques années, depuis L’imprévu en séance (Folio, Gallimard, 2004), je cherche à tâtons une forme d’écriture qui condenserait ce qui constitue le cœur de la parole du patient en séance et le style (le style c’est l’âme) de l’interprétation qui m’est propre.

Jacques André est psychanalyste, membre de l’Association Psychanalytique de France (APF).
Publications
Psychanalyse, vie quotidienne, Stock, 2015.
Paroles d’hommes, Gallimard, 2012.
Les désordres du temps, "Petite Bibliothèque de Psychanalyse", PUF, 2010.
Les 100 mots de la psychanalyse, "Que sais-je?", PUF, 2009.
Folies minuscules, Gallimard, 2008.


Jean-François CHIANTARETTO: L'interlocution interne du psychanalyste
Faire place dans le silence et la parole, à l’écoute de la parole (celle du patient, la sienne) suppose que l’analyste se parle pendant la séance. Ce dialogue intérieur, qui rend possible le cadre, l’accueil créatif du transfert et du contre-transfert, est à envisager comme une écriture potentielle. Celle-ci constitue un espace de transition et de transit, un espace créateur de l’entre-deux de l’intimité propre à la séance et chaque fois inédite. Et l’analyste, lorsqu’il écrit dans l’après-coup de la séance, serait supposé écrire en restant en contact avec cette écriture potentielle. Qu’il écrive à partir d’une cure ou d’une situation hors cure (œuvre, société, expérience quotidienne...).

Jean-François Chiantaretto est psychologue clinicien et psychanalyste, professeur de psychopathologie à l’Université Paris 13 Sorbonne Paris Cité et membre de l’UTRPP (équipe d’accueil EA 4403). Il a écrit et dirigé de nombreux ouvrages sur l’écriture de soi et le témoignage, l’écriture de la psychanalyse, la psychopathologie des limites.
Il a récemment dirigé Écritures de soi, écritures des limites (Paris, Hermann, coll. "Colloques de Cerisy", 2014). Dernier ouvrage publié: Trouver en soi la force d’exister (Paris, Campagne Première, 2011).


Aline COHEN DE LARA: De l’obligation au plaisir de l'élaboration
Pourquoi écrire alors même que la technique psychanalytique prône l’écoute flottante des productions en séance? Pour tenter de maîtriser un matériel susceptible de s’échapper? Pour se souvenir au risque de figer une matière non encore élaborée? Pour plus tard peut-être y revenir? Si la transmission orale fut longtemps celle qui avait ma préférence, la transmission écrite relevait de l’obligation pour ne pas dire de la contrainte. Comment transformer cette contrainte en plaisir d’élaboration, via la nécessité d’une transmission qu’elle soit universitaire ou plus largement institutionnelle? Dans ce travail d’écriture "sur commande", encadré par différentes formes surmoïques, les traces écrites des séances prennent un sens nouveau, s’orientant en fonction des thèmes imposés, un cadre finalement porteur de degrés de liberté plus étendus que la contrainte ne le laissait supposer. Celle-ci ouvre alors vers le champ du plaisir de l’élaboration, un après-coup favorisant l’actualisation d’un transfert sur un autre cadre, source de remobilisations dans certaines cures, parfois aussi de résistances.

Aline Cohen de Lara, professeur de psychologie Université Paris 13-SPC, est psychanalyste, membre de la SPP et du comité de rédaction de la Revue Française de Psychanalyste.
Publications
"Revue du livre, De l’exaltation, Paul Denis", Paris, PUF, 2013, RFP, Paris, PUF, Mai 2015.
"Déploiements des fantasmes sadiques dans la cure", in RFP, Paris, PUF, Juillet 2016.
"Évitement de la langue, évitement des affects", in Vie et mort des affects, dir. J. André, Petite bibliothèque de psychanalyse, Paris PUF, à paraître en 2016.


Ellen CORIN: Les voies obliques de la rigueur en psychanalyse
La question de l'écriture pose d'emblée celle de son étendue, de sa profondeur et de ses bords. Cette question se pose avec une acuité particulière lorsqu'il s'agit d'approcher des processus inconscients qui déjouent par définition le leurre attaché à une conscience se voulant rationnelle et qui débordent infiniment ce que l'on peut en saisir. On s'attachera ici à saisir le (ou les) rôles que joue(nt) chez Freud mais aussi plus largement en psychanalyse le recours aux voies obliques qu'offrent les œuvres artistiques et littéraires, l'histoire, l'anthropologie... Il s'agira de redéfinir sur cette base quel sens peut avoir la rigueur dont se réclame la psychanalyse.

Ellen Corin est psychanalyste, membre de la Société psychanalytique de Montréal. Elle est aussi professeur retraité aux départements d’anthropologie et de psychiatrie de l’Université McGill à Montréal. Ses recherches l’ont amenée en République démocratique du Congo où elle a notamment travaillé avec des groupes de possession par des esprits, au Québec et en Inde où elle s’est intéressée à l’expérience de la psychose et à la voie de l’ascétisme.

Mireille FOGNINI: Écrits d'archives

Par delà une certaine babélisation des langues psychanalytiques, ils sont encore bien rares les psychanalystes faisant abstention ou abstinence d’écriture. Narrations cliniques, théorisations, articles, ouvrages de réflexions, improvisations littéraires, nouvelles, romans, pièces de thêatre, mémoires, journaux... Les histoires des patients et leurs parcours dans le champ analytique peuplent les pensées diurnes et nocturnes de ceux qui les écoutent; ces chemins et récits viennent se confronter au sein des mémoires de ces rencontres d’écoute et de paroles partagées qui s’entrecroisent, se chevauchent, se concurrencent ou se stimulent et s’enrichissent vers une transformation respective. Grotstein développe l’idée que l’être humain est un fabricant de récits, "un raconteur d‘histoires qui exige aussi de l’autre qu’il lui en raconte". Le psychanalyste raconte, et re-construit en ses écrits — de tout style et toute forme —, certains trajets, paysages et co-constructions des récits de ses rêveries diurnes.

Publications récentes
"Des jumeaux pour une image, deux yeux pour un regard" et "Destins de miroirs en quelques contes et légendes", dans Miroirs, visages et fantasmes, Césura, Lyon, 1988 (réédition en couleur, Césura Lyon, sept. 2015).
"Identité et plagiat", dans Écritures de soi, écritures des limites, Colloque de Cerisy, Éditions Hermann, 2014.
"La polyphonie du rêve" et "La violence de l’interprétation", dans Des psychanalystes en séance. Glossaire clinique de psychanalyse contemporaine (collectif), Éditions Gallimard, collection "Folio Essais", 2016.
"Empreintes", dans Écritures de soi, écritures du corps, Colloque de Cerisy, Éditions Hermann, 2016 (à paraître).
Revue du Coq Héron (ERES)
- Notules autour de la pensée "s’écrire" [n°219 (2014) - S’écrire (direction du numéro)].
- Mourir, survivre, résister dans l’emprise du "merveilleux" monde de Khieu Samphan [n°223 (2015) - Présence de Ferenczi (co-direction du numéro)].
- Rêver: un très singulier métabolisme gestateur [éditorial].
- Quelques observations à propos de récits de rêves [n°225 (2016) - Rêver. Un singulier métabolisme gestateur (direction du numéro)].


Georges-Arthur GOLDSCHMIDT: À l’ombre de papa ou comment ça passe

Tant que l’écriture psychanalytique française ne se sera pas débarrassée de l’ombre de la langue à papa, elle restera prisonnière sous son couvercle d’impropriété linguistique puisque chacune marche à l’inverse de l’autre, l’une bille en tête et l’autre qui attend que ça passe. De plus, elle vous fait le grand écart comme un rien, quitte à se perdre de vue elle-même. Comment les deux grammaires disent tout quand l’une ne baratine pas sur l'autre, sans savoir ce quoi elle parle au juste.

Français d’origine allemande, Georges-Arthur Goldschmidt, né en 1928, fuit le nazisme, en France; il a traduit en français, Franz Kafka, Friedrich Nietzsche, Adalbert Stifter, Georg Büchner, Walter Benjamin et Peter Handke, lequel a traduit en allemand, Le miroir quotidien et La forêt interrompue (Le Seuil) de Georges-Arthur Goldschmidt. En 2000 paraît La Traversée des fleuves. En 2004, Prix France-Culture pour Le poing dans la bouche. Il écrit sur la langue de la psychanalyse (Quand Freud voit la mer, et Quand Freud attend le verbe) (Buchet-Chastel), sur le langage A l’insu de Babel (CNRS) et sur Kafka: Celui qu’on attend habite juste à côté (Verdier) et L’Esprit de retour (Seuil).

Louise GRENIER: Ce que je ne saurais vous dire... Écrire la parole

Dans l’écriture de soi analytique, les mots de l’enfance, les silences surtout, se fraient une voie vers la parole. Au plus près de l’infantile et de ses théories, s’en éloignant quand même, s’autorisant de Freud et de quelques autres, cette écriture permet de retrouver une certaine mémoire de soi. "Ce que je ne saurais vous dire" creuse un manque si douloureux qu’il me pousse à l’écriture. Ainsi, l’écriture de l’analyste, ou analysante, se laisse happer par cette pensée-là surgie du désastre. Cette conférence témoignera de ma manière propre de la traduire et d’en rendre compte.

Louise Grenier, M. A. Psychologue psychanalyste à Montréal, pratique privée. En plus de ses livres, elle a participé à des ouvrages collectifs et a publié de nombreux articles sur la féminité et sur divers sujets cliniques.
Bibliographie
2015, 4e édition, Filles sans père, L'attente du père dans l'imaginaire féminin, Montréal, Québec Livres (2004, 2009, 2012 chez Québecor).
2012, Les violences de l'Autre. Faire parler les silences de son histoire, Montréal, Quebecor; 2e édition.
2011, L’absence de la mère. Retrouver le lien perdu avec soi, Quebecor, Outremont.
2008, L'analyste à l'œuvre. Relire François Peraldi (en co-direction avec Marie Hazan), Montréal, Liber.
2008, Les violences de l'Autre. Faire parler les silences de son histoire, Montréal, Quebecor.
2006, Femme d'un seul homme. Les séparations impossibles, Montréal, Quebecor.
2005, Le projet d'Antigone. Parcours vers la mort d'une fille d'Œdipe (en codirection avec Suzanne Tremblay), Montréal, Liber.
2004, Penser Freud avec Patrick Mahony (en co-direction avec Isabelle Lasvergnas), Montréal, Liber.


Florian HOUSSIER: Freud adolescent ou l’or pur de la langue

"Les psychanalystes sont bon gré mal gré soumis aussi bien aux effets de l’histoire qu’à ceux de leurs histoires de famille" (J.-B. Pontalis)

Investiguer l’histoire de la psychanalyse ouvre sur une triple dimension, clinique, théorique et biographique. En explorant les arcanes biographiques de l’adolescence de Freud à partir de sa correspondance, on redécouvre la passion archéologique pour les fouilles en laissant courir un fil associatif articulant ces trois aspects à la qualité naissante de son auto-analyse, à laquelle il ne renoncera jamais. Au regard de ces éléments, la théorie n’est plus tant une œuvre auto-engendrée que, pour partie au moins, biographico-créée. Nous revenons sur son adolescence à partir de ce qui émerge de différents textes comme de sa correspondance amicale que nous reprendrons de façon systématique pour saisir les arêtes vives de ses conflits internes. L’investissement de l’écriture comme façon de parler de soi permet d’imaginer l’adolescent que fut Freud, mais aussi le futur chercheur en psychanalyse qu’il deviendra. Ces pistes ouvrent in fine sur la jonction potentielle entre les éléments biographiques et certaines explorations théorico-cliniques: ces dernières ne concernent pas seulement les débuts de la psychanalyse autour de la sexualité des jeunes filles hystériques, de l’après-coup, de la neurasthénie ou de la névrose actuelle; elles concernant également la psychologie de la vie amoureuse, l’inquiétante étrangeté ou encore l’élaboration du mythe de la horde primitive.

Florian Houssier, psychologue, psychanalyste, préside le Collège International de l’Adolescence (CILA) - Pr de Psychologie clinique et Psychopathologie, Unité Transversale de Recherches: Psychogenèse et Psychopathologie (UTRPP), Université Paris 13, Villetaneuse, Sorbonne Paris Cité.

Isabelle LASVERGNAS: Traduire la présence de la trace
La portée la plus profonde du sillage d’écriture frayé par Freud dans la Traumdeutung, et emprunté dans sa suite par de nombreux écrits analytiques, est celui d’une traduction des processus participant de la représentation psychique, jusqu’à s’apparenter parfois aux processus génératifs de la naissance des écritures dans l’histoire de l’humanité. Intuition explicite chez Freud à propos de la langue hiéroglyphique des rêves, présente également chez Lacan à partir d’autres formulations métapsychologiques: le signifiant transporte une théorie de l’inscription mnésique structurée à partir de phonèmes, tandis que la notion de stade du miroir postule le primat d’un perceptuel visuel, comme une sorte de logogramme identificatoire chez le sujet. Dans ses élaborations formalisées en après-coup de la rencontre clinique, de quels échos sonores lointains, de quelles ombres portées d’un archaïque de la trace, l’écriture de l’analyste participe-t-elle? De quels substrats d’une reviviscence sensorielle primitive découle le flux de sa mise en pensée? En quoi, ce qui dans le style de l’écriture d’un auteur pouvant être appréhendé chez celui-ci comme une forme de symptôme nodal du Moi, permettrait-il également de déceler la prégnance privilégiée de l’une ou l’autre des modalités de l’entrée chez l’infans dans une résonance proto-langagière (idéogramme ou logogramme), et concomitamment, dans l’inscription psychique?

Ghyslain LÉVY: Persévérer dans l'ouvert
Sur quel arrière-fond commun à tous se détache la singularité d'une parole en construction dans l'écoute de l'analyste? Comment l'analyste peut-il laisser venir cet arrière-fond en partage? La réminiscence poétique permet-elle d'en saisir la présence? "Toujours veille derrière toi une ample mélodie, tissée de mille voix, dans laquelle ton solo n'a sa place que de temps à autre", ce qu'écrit là Rilke ouvre une interrogation essentielle sur l'écoute de l'analyste en séance, une écoute discriminant les voix innombrables de l'arrière-fond et la solitude du solo qui s'en détache... Mais également une écoute des intervalles de silence entre lesquels peut s'ouvrir, de temps à autre, le moment privilégié d'une voix singulière qui vient de loin, de cet arrière-pays où nous sommes aussi. De cette expérience de l'ouvert, au-delà même du psychanalyste, je ferai l'objet de mon propos, à l'heure où la violence du monde vient déchirer cet arrière-fond des choses.

Rainer Maria Rilke, Notes sur la mélodie des choses, Allia, 2015.

Vladimir MARINOV: La déconstruction onirique et humoristique des genres littéraires et artistiques dans l'écriture freudienne
Dans l'écriture freudienne, le rêve et l’humour apparaissent comme de véritables creusets qui brisent et déconstruisent l'unité des genres littéraires et artistiques: l'épopée côtoie la tragédie, la poésie la peinture, la sculpture la photographie. Mais, à des moments clés de son inventivité théorique et clinique, Freud a besoin du dialogue avec l'unité d'un génie littéraire ou artistique pour faire avancer son œuvre.

Bibliographie
S. Freud, Œuvres complètes, publiés au PUF sous la direction de André  Bourguignon et Pierre Coti, directeur scientifique Jean Laplanche notamment: Études sur l’hystérie, Tome 2; L’interprétation du rêve, Tome 4; Psychopathologie de la vie quotidienne, Tome 5; Le trait d’esprit, Tome 7; Un cas de névrose de contrainte, Tome 9; Léonard de Vinci, Tome 10; Le Moïse de Michel Ange, Tome 12; Une névrose infantile, Tome 13; L’inquiétant, Tome 15; L’Homme Moïse, Tome 20.
D. Anzieu, L’auto-analyse de Freud et la découverte de la psychanalyse, Paris, PUF, 1988.
W. Granoff, Filiations, Paris Editions de Minuit, 1975.


Catherine MATHA: L’écriture ou l’aptitude à être seul
La solitude de l’analyste dans son acte d’écriture ne témoignerait-elle pas de l’intime du transfert — de l’intime au sens d’un espace entre-deux — là où la solitude de l’un rendrait possible la solitude de l’autre? Si, à partir de Winnicott, on peut penser la capacité à être seul comme une finalité de la cure du côté du patient, il resterait à interroger ce que nous appellerons l’aptitude à être seul du côté de l’analyste. Cette aptitude trouve une aire d’expression dans l’après-coup de l’écriture, sans doute plus particulièrement à partir de patients en difficulté d’absence, dans une incapacité plus ou moins grande à être seul.

Catherine Matha est maître de conférences en psychologie clinique et psychopathologie à l’Université de Paris 13 Sorbonne Paris Cité et psychanalyste.
Publications
(2014), "Histoires de peau à l’adolescence: inscrire pour conjurer la perte", in Chiantaretto J.F. (dir.), Écritures de soi, écritures des limites, Colloque de Cerisy, Paris, Hermann, pp. 81-99.
(2015), "C’est bien moi?", in Penser/Rêver, n°27, Ed.de l’Olivier, pp. 216-219.
(2016), "L’intime dans le transfert, du corps à l’écriture", in Chiantaretto J.-F. & Matha C. (dir.), Écritures de soi, écritures du corps, Colloque de Cerisy, Paris, Hermann (à paraître).
(2016), "Des mots en quête d’affects", in Vie et Mort des affects, Paris, PUF (à paraître).
(2016), "L’adolescent dans l’adulte: identifications duelles", in Père ou Mère, Eres (à paraître).


Jean-Paul MATOT: De l’expérience psychotique à l’écriture, la place de l’objet esthétique dans la symbolisation des effractions traumatiques
L’hypothèse que j’explore dans cette communication pose que les traces traumatiques, réactivées par des effractions menaçant la différenciation dedans/dehors, moi/non moi (tels notamment certains deuils), tendent à s’inscrire dans une expérience esthétique susceptible, dans des circonstances favorables, de participer à la recomposition d’un paysage psychique différencié. C’est en tout cas la manière dont je comprends, à travers ma propre expérience, ce qui anime la rédaction de certains articles psychanalytiques. Ces expériences esthétiques, qui engagent ce que j’ai appelé des "objets de deuil", conjoignent trois pôles: voir; ne pas voir; entrevoir; ou, pour se dégager de la vision: sentir, ne pas sentir, pressentir. Certaines oeuvres littéraires illustrent magistralement ce processus: je me réfèrerai ici à Gradiva, de Jensen, ou La plante, de Vassilis Vassilikos. Les écritures, romanesque ou psychanalytique, n’engageraient-elles pas un processus semblable, avec une séquence: réactivation de traces traumatiques, effraction de la différenciation dedans-dehors, choc esthétique, externalisation de l’expérience psychotique autour d’un "objet de deuil", mise en forme d’un jeu transitionnel avec cet objet, développement d’un récit? L’élaboration contre-transférentielle d’une cure "traumatique" m’a en tout cas permis d’identifier ces différents temps de dégagement partiel d’une menace de mise en impasse de la symbolisation. Une conséquence en serait que toute œuvre, toute écriture, romanesque ou psychanalytique, conserverait en son sein un noyau d’indifférenciation dedans/dehors et un reste d’expérience délirante. Cela rendrait compte du potentiel d’effraction, dans l’oeuvre elle-même, d’un reste en attente de symbolisation.

Jean-Paul Matot est psychiatre, membre de la Société belge de psychanalyse et directeur de la Revue belge de psychanalyse.
Publications
Matot J-P., Frisch-Desmarez Ch. (dir), Les premiers entretiens thérapeutiques avec l’enfant et sa famille, Dunod, Paris, 2007, 273 p. (publié en italien en 2010: I primi colloqui terapeutici con il bambino e la sua famiglia, Alpe, Roma, 2010, 261 p.).
Matot J-P., La construction du sentiment d’exister, L’Harmattan, Paris, 2008, 254 p.
Matot J-P., Roussillon R. (dir), La psychanalyse: une remise en jeu, PUF, Paris, 2010.
Matot J-P., L’enjeu adolescent, PUF, Paris, 2012 (traduction italienne: La sfida adolescente, Alpes, 2015).


Françoise NEAU: À quoi bon des écrivains dans le travail de l’analyste? Question de style(s), en psychanalyse?
À côté de son titre, né du détournement de la célèbre question posée par Hölderlin, "À quoi bon (wozu) des poètes en temps de manque?", ce travail projette d’interroger la place et le rôle que des écrivains tiendraient dans le travail de certains analystes, par exemple dans leur écoute, ou à leur table d’écriture, qu’ils soient aux prises avec la difficulté de "reproduire" le cas, comme Freud avec l’Homme aux rats, ou bien encore face à la fonction analysante que peut prendre pour eux telle œuvre littéraire? Dans quels conflits ceux que Freud appelle des "précieux alliés" interviendraient-ils, dans quels temps de manque l’analyste les convoquerait-il? Quelles figures de l’autre certains d’entre eux viendraient-ils, de temps à autre, incarner, dans la vie psychique de l’analyste? "Wozu? Je n’en ai pas la moindre idée. Pardonnez-moi. Cordialement à vous", Samuel Beckett, Paris 30-12-1977. Ou alors: question de style(s), en psychanalyse?

Françoise Neau, professeur de psychopathologie Université Paris Descartes - Sorbonne Paris Cité, est psychanalyste, membre du comité de publication de l’Annuel de l’APF.
Publications
"Une femme mariée", in Cicatrices de la psychose, Paris, Puf, 2016.
"Sylvia Plath et l’urgence d’écrire", in Libres Cahiers de Psychanalyse, 2014/2 (n°30).
"A fragmentary girl (sur Sylvia Plath)", in Écritures de soi, écritures des limites, Colloque de Cerisy, 2013, dir. J.-F. Chiantaretto, Hermann, 2014.
"Out of progress (sur Disgrâce, de J.-M. Coetzee)", Libres Cahiers pour la Psychanalyse, n°24,  2011/2, In Press.
"La force de la faiblesse (sur Mikaël K, de J.- M. Coetzee)", Penser/rêver, n°14, L’Olivier, 2008.


Bertrand OGILVIE: Psychanalyse: comment ça s’écrit?
Le mot "psychoanalyse" inventé en français en 1896 évoque une connivence originelle avec la langue de Maupassant et suggère de rapprocher le genre de la nouvelle de celui des récits de cas. La psychanalyse aussi pose la question qui est au départ de toute écriture, mais elle le fait en deçà de tout genre littéraire constitué: qu’est-ce qu’écrire "à hauteur" d’inconscient?

Bertrand Ogilvie, psychanalyste, professeur à l’Université de Paris 8, travaille principalement sur les rapports entre psychanalyse et politique, sur la violence contemporaine, et spécifiquement sur les formes exterministes adoptées par les politiques du XXe siècle.
Publications
Lacan. Le sujet. la formation du concept de sujet, Philosophies, PUF, 2005.
L’Homme jetable
. Essai sur l'exteminisme et la violence extrême, Editions Amsterdam, 2012.
La seconde nature du Politique:
essai d'anthropologie négative, Paris, L'Harmattan.

Céline RACIN: Chute des mots et mots déchus dans la clinique du vieillissement: s’écrire (à) soi-même
La clinique du vieillissement nous confronte régulièrement aux affres du manque du mot ou des mots manquants dans les tentatives du sujet âgé de se raconter, d’investir la rencontre comme un possible travail de mise en mémoire, de construction-reconstruction d’un passé et d’investissement d’un devenir. Parfois investi dans une fonction de témoin, le clinicien peut être convoqué pour soutenir de la continuité là où la permanence identificatoire peut être mise à mal, où la perte et l’auto-altération confrontent à une expérience de miroir brisé, où le Moi idéal se trouve déchu de certaines prétentions imaginaires. Dans la dynamique transférentielle de ces rencontres et dans les écrits du clinicien, qu’en est-il de l’inscription des traces de son histoire et de son désir à soi-même ignoré, du temps de l’enfance et de la part d’infantile qui s’y (re)découvre?

Psychologue clinicienne, doctorante contractuelle en psychologie clinique et psychopathologie et chargée d’enseignement à l’Université Paris Descartes, Sorbonne Paris Cité, Céline Racin s’intéresse à la place du couple autonomie-dépendance dans le devenir du sujet, en questionnant particulièrement le sens donné à l’expérience, au vécu et au sentiment de dépendance chez des sujets âgés rencontrant au cours de leur vieillissement le risque de l’institutionnalisation.

Eliana RIGOTTO LAZZARINI: Écriture et psychopathologie des limites
Dans la clinique des patients limites nous sommes toujours confrontés avec des choses très difficiles à dire, à nommer, à traduire et à représenter. Ces patients sont en position défensive, parlent d’un sentiment d’isolement et  d’exclusion du monde, se plaignent d’une sensation de vacuité, d’abandon et de peur intense. En fonction de cet état psychopathologique, un intérêt particulier se porte sur l’écriture de soi et  son utilisation chez ces patients. L’écriture peut formater, sous forme de lettres, l’angoisse massive et diffuse, en mettant des frontières pour supporter l´angoisse interne.

Eliana Rigotto Lazzarini, psychologue et psychanalyste, est professeur au département de Psychologie Clinique de l’Institut de Psychologie de l’Université  de Brasilia (UNB) à Brasília, Brésil. Post doctorante à l’Université Paris XIII.

Jean-Claude ROLLAND: S’approprier l’écriture
Sur le principe de "ce dont tu as hérité il faut encore que tu l'acquiers", on doit dire que "ce qu'on a écrit il faut encore se l'approprier". La re-lecture appartient encore à l'acte d'écriture comme en témoigne Freud lorsqu'il revint incessamment sur l'interprétation du rêve. De même, écrire conduit à perdre de vue l'objet clinique puis le transfigure, en sorte que la pratique doit le retrouver. Cela est sans doute une des caractéristiques de la chose inconsciente, appropriation désappropriation, que révèle le geste d'écrire la psychanalyse.

Dernière publication
Jean-Claude Rolland, Quatre essais sur la vie de l'âme, Gallimard, "Connaissance de l'inconscient", 2015.


Claire SQUIRES: La fiction, fenêtre du réel et miroir de l’inconscient, à propos d’une naissance sans vie
Comment se représenter ce qu’on n’a pas connu, ce qui n’a pas été? La mort d’un enfant durant la grossesse ou à la naissance confronte les parents au chagrin, au vide, à la révolte conduisant aux effets psychiques du négatif et de l’hallucinatoire. L’expérience d’un enfant né sans vie, difficilement figurable pour les parents est exposée subjectivement dans des œuvres littéraires à travers une écriture quasi-thérapeutique, permettant de prendre une certaine distance par rapport à la violence traumatique et à la dépression. L’écriture confère une forme expressive aux sentiments d’absence, de vide et de nostalgie, liés à ce qu’on nomme parfois un non-événement (Thomas Hardy, Margaret Mitchell, Henry James et Toby Litt).

Jean-Yves TAMET: Une trace qui parfois s’impose
Il ou elle s'en va... un papier ou un carnet et un stylo sont là, posés à coté. Un mot, une réflexion, un court récit sont jetés sur le papier, souvent avec une brève insistance. Parfois relus, souvent oubliés, ces mots, proches de graffiti, indiquent qu'un événement a eu lieu, mais lequel? Une tâche d'élaboration suivra alors pas à pas, épousant le cours psychique, et les traces, comme autant d'indices d'un passage, deviennent soumises à interprétation. C'est ce point de départ de l'écriture qui est interrogé à la lumière de son devenir.

Jean-Yves Tamet est psychanalyste, membre titulaire de l'Association Psychanalytique de France, exerce à Lyon. Psychiatre honoraire des Hôpitaux, il est membre du comité de rédaction des Libres Cahiers pour la Psychanalyse (1999-2014).
Publications
"Des psychanalystes en séance", Glossaire clinique de psychanalyse contemporaine, Gallimard, 2016, "Folio Essais (avec L. Danon Boileau).
"D'où viennent nos notes de séances?", Annuel de l'APF, PUF, 2014.
"Le récit clinique, travail de mémoire et transformations", Revue belge de psychanalyse, n°57, 2010.
"Un nécessaire patois", Bulletin de la SPP, n°83, La cure de parole, 67ème Congrès des psychanalystes de langue française, Paris, PUF, mars 2007.


Benoît VERDON: Liberté de l’écriture. À propos de la vieillesse et ses tabous
Parce qu’elle met en exergue de façon insistante le fait de la perte et de l’involution, de l’impuissance et de la vulnérabilité, l’expérience de la vieillesse mobilise des contre identifications patentes entre, d'une part,  figure de la sagesse qui renonce sans ambages et se satisfait de peu et de tout, et, d'autre part, figure de la vieillesse qui ne saurait être vieille, une vieillesse toujours jeune, qui ne décline ni ne meurt. L’idéologie contemporaine du bien vieillir est pétrie de ces contradictions qui nivellent ce qui fait la richesse, la violence, la complexité et la beauté de l’avancée en âge et de la fugacité qui, comme le dit Freud, donne du prix à la vie. L’attention portée aux portes ouvertes par la littérature — écriture intime des journaux, écriture partagée des romans, figures au plus près de l’histoire de l’auteur, figures déplacées —, déploie avec force une réalité interne où la mort, le renversement des générations, la vitalité de l’Infantile, la douleur dépressive, les ressources et les précipices narcissiques ne cessent d’œuvrer sur la scène psychique des femmes et des hommes.

Benoît Verdon, psychologue clinicien, psychanalyste, est professeur de psychologie clinique et psychopathologie au Laboratoire "Psychologie clinique, psychopathologie, psychanalyse" de l’Institut de psychologie de l’Université Paris Descartes.
Publications
Le vieillissement psychique, PUF, 2013.
Clinique et psychopathologie du vieillissement. Apports des méthodes projectives, Dunod, 2012.
Psychologie clinique et psychopathologie, PUF, 2008 (en collaboration avec Catherine Chabert).
(dir.) Cliniques du sujet âgé. Pratiques psychologiques, Armand Colin, 2012.

Avec le soutien
de l'Université Paris 13,
de l'Université Paris Descartes,
de l’UTRPP (EA 4403) et du PCPP (EA 4056)

Université Sorbonne Paris Cité
Institut de Psychologie (Univ. Paris Descartes)
PCPP (EA 4056)
UTRPP (EA 4403)