Plan du Site du Centre Culturel International de Cerisy-La-Salle
: cliquez
ici
DU SAMEDI 18 JUIN (19 H) AU SAMEDI 25 JUIN
(14 H) 2011
L'EMPATHIE
DIRECTION : Antoine BESSE, Michel BOTBOL, Nicole GARRET-GLOANEC
Avec la collaboration de Nicolas GEORGIEFF et Bernard
PACHOUD
ARGUMENT :
Créée pour rendre compte de l’accès
à l’esthétique ou à l’ineffable,
la notion d’empathie suscite un intérêt
renouvelé du fait des questions qu’elle
pose au carrefour de la philosophie, des neurosciences,
de la psychologie cognitive et de la psychanalyse.
Définie comme la capacité de se mettre à
la place de l’autre, elle est devenue l’un des paradigmes
du débat sur la place de l’esprit dans
son rapport au corps, à l’interface de la philosophie
et des neurosciences.
Au-delà de ces dimensions importantes, ce que l’empathie
incarne, c’est l’ambiguïté même
de la notion d’esprit. S’agit-il de l’esprit de
la psychologie cognitive (celui qui intervient dans
la reconnaissance de la différence et
du commun entre soi et l’autre ; ce qu’on nomme la théorie
de l’esprit pour désigner le mouvement cognitif
qui nous permet d’attribuer des états mentaux
à autrui) ou s’agit-il plutôt de celui de la
psychanalyse (celui qui se caractérise surtout
par la place qu’il donne à l’affect et aux fantasmes dans
la construction de soi et de l’autre, et dans les relations
entre eux).
L’empathie est ainsi impliquée dans les activités
les plus élémentaires de
l’humain, qui sont également celles qui le
spécifient le plus radicalement dans ses
composantes réflexives et relationnelles,
ainsi que dans la satisfaction de son besoin narratif
pour donner sens et faire histoire. Elle l’est aussi
dans ce que l’homme produit de plus élaboré:
la création "d’instruments" de transmission
de l’émotion ou du sens, la mise en mot de l’émotion
esthétique, l’art comme expérience
unique et/ou comme manifestation de la communauté
d’une culture ou d’une civilisation. L’empathie est également
essentielle dans toutes les activités qui visent
à la reconnaissance et au soulagement de la souffrance
de l’autre, tant dans l’empathie miroir (celle qui vise essentiellement
à reconnaitre chez l’autre une souffrance psychique
qu’il ressent ou qu’il a parfois du mal à appréhender
lui-même), que dans l’empathie "interprétative
ou métaphorique" (celle qui vise surtout à
donner sens narratif à ce que l’autre dit ou montre éventuellement
à son insu, en tout ou parties).
C’est aussi l’empathie qui est en cause dans l’intime
conviction du juge, l’empathie sociale qui fait
communauté, celle qui permet la transmission
des valeurs au sein d’un groupe ou d’une société,
les formes que celles-ci donnent au "nous"
; enfin c’est elle aussi qui est mise en jeu dans ce
qui vise à influencer les individus ou les collectifs
qu’ils constituent, du marché au politique en passant
par la séduction amoureuse.
Dans toutes ces emplois, l’empathie pose en tout cas
une question commune: qu’est ce qui au juste
se transmet entre le sujet empathique et celui avec
lequel il emphatise? Et comment?
La découverte récente des neurones miroirs
(1994), et les nombreux travaux qui se sont succédés
ensuite, ont ouvert une nouvelle voie dans la recherche
d’une explication au "fossé de la transmission"
entre l’un et l’autre.
Créée pour rendre compte du plus ineffable,
l’empathie offrirait-elle une nouvelle voie
royale pour comprendre la complexité de l’humain
à partir de l’exploitation cognitive et psychique
de "ce qu’il y a là": la mécanique
cérébrale et la neurophysiologie
neuronale.
CALENDRIER DÉFINITIF :
Samedi 18 juin
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation
du Centre, du colloque et des participants
Dimanche 19 juin
L’empathie
entre neurosciences et philosophie
Matin:
Jacques HOCHMANN:
Histoire de l'empathie
Shaun GALLAGHER:
Empathie, cognition sociale et narrativité
Après-midi:
Alain BERTHOZ
& Bérangère THIRIOUX: Fondements philosophiques
et cognitifs des notions de sympathie et d'empathie: une comparaison
entre théories philosophiques, expérimentation neurocognitive
et psychiatrique
Chantal LHEUREUX DAVIDSE: La complexité
des mouvements identificatoires du thérapeute dans la clinique
de l'autisme
Soirée:
Discussion entre les conférenciers de la journée
Lundi 20 juin
L’empathie
entre psychanalyse et psychologie cognitive
Matin:
René ROUSSILLON:
Empathie maternelle
Nicolas GEORGIEFF: Empathie et construction
de soi
Après-midi:
Jean OUREIB
(SIP): Les Betazoïdes rêvent-ils de
moutons électriques?
Alain BERTHOZ: Quelques données sur le soi, le double
et le cerveau émulateur
Soirée:
Pierre-Paul LACAS: L'Einfühlung
d'Edith Stein à la Mitleiblichkeit de Gisela Pankow
Mardi 21 juin
Les voies
de l’empathie: du neurone à la reconnaissance
des émotions
Matin:
Julie GRÈZES: Comment partageons-nous
les émotions d'autrui?
Guillaume DEZECACHE: La communication émotionnelle du
dyadique au collectif
Perrine RUBY: L'empathie
est-elle une aptitude si sociale? Apport de la neuroimagerie
Après-midi:
Bernard PACHOUD: Empathie, socialité et
reconnaissance
Jacques WAYNBERG: L'empathie dans l'ontogenèse de la fonction
érotique
Soirée:
Jacques KRAEMER: L'identification
dans le processus de création théâtrale
Mercredi 22 juin
L’empathie
esthétique
Matin:
Georges JOVELET
(SIP): Clinique, éthique, esthétique et empathie
Eve BERGER & Didier AUSTRY: Empathie, corps sensible et
toucher: pour une philosophie pratique du contact
Après-midi:
DÉTENTE
Jeudi 23 juin
Aux confins
de l’empathie
Matin:
Colwyn TREVARTHEN:
Innocence et Sympathie du Bébé: Les Emotions - Dans le Corps,
Vers Objets, Avec Personnes – Racines d’Empathie? (version téléchargeable)
Après-midi:
Jacques DAYAN et Joëlle
ROCHETTE (WAIMH): Régulation de l’empathie chez
le bébé
Martine LACOUR: Interlude littéraire, texte extrait du recueil
de Christian Babin dans La présence pure
Bernard ODIER (SIP): Les empathes de
l'extrême
Soirée:
Thierry DELCOURT: Les portraits
d'Ingres
Vendredi 24 juin
Empathie
et reconnaissance sociale
Matin:
Serge TISSERON:
L'empathie, au cœur du jeu social
Après-midi:
Alain CAILLÉ: La place de l'empathie
dans une théorie anti-utilitariste de l'action
Stefan COLLIGNON: L'économie
politique de l'empathie
Soirée:
Jean-Louis PRADEL:
Art et Empathie
Samedi 25 juin
Les bases
langagières de l'empathie
Matin:
Laurent DANON BOILEAU: Les bases
langagières de l’empathie. Ou: Comment s’inscrit la pensée
de l’autre dans le discours de l’un?
Jean-Jacques LABOUTIÈRE:
Synthèse et ouvertures
Après-midi:
DÉPARTS
RÉSUMÉS :
Alain CAILLÉ: La place de l'empathie
dans une théorie anti-utilitariste de l'action
En reprenant les analyses présentées
dans A. Caillé, Théorie anti-utilitariste
de l'action. Fragments d'une sociologie générale,
on essaiera de situer la place de l'empathie au regard de l'intérêt
pour soi, de l'obligation et de la liberté.
Laurent DANON BOILEAU: Les bases langagières
de l’empathie. Ou: Comment s’inscrit la pensée de l’autre
dans le discours de l’un?
En linguistique et en stylistique, le terme d’empathie
désigne une manière particulière de dire dans
laquelle le narrateur d’un récit s’efface pour faire place
au point de vue d’un autre (souvent un personnage) au point que
l’on peut se demander "qui parle". Mais dans le dialogue, en revanche,
il n’est pas possible de spéculer sur la pensée de l’autre
sans l’assortir d’un questionnement. On ne saurait dire "Tu es triste"
sans en faire une question ("Tu es triste?"). Ce sont ces mises en
place de la pensée de l’autre dans la parole de l’un et ce qu’elles
impliquent comme marques de convergence ou d’écart qui constitueront
l’objet de mon intervention. J’essayerai de montrer pourquoi le langage
autorise à mimer le point de vue de l’autre dans le récit
lors même qu’il ne permet pas de le juger dans le dialogue.
J’insisterai sur la diversité des colorations que peut prendre
le lien entre empathie et langage. Tantôt en effet le langage
vise l’établissement d’un lieu commun avec l’autre, tantôt
à l’inverse, il cherche à établir un écart
avec sa manière de voir. Reste que dans un énoncé
la pensée de l’autre peut constituer un horizon ou un contenu (dénoté
ou connoté) et faire l’objet d’une adhésion ou d’une prise
de distance.
Jacques DAYAN et Joëlle ROCHETTE:
Régulation de l’empathie chez le bébé
La construction de la fonction empathique chez le
bébé croise l'édification de la théorie de l'esprit
et les concepts tels que l’imitation, le sens de soi, l'intentionnalité,
le jugement, les fonctions d'attention et elle rencontre la capacité
à simuler et à jouer. Comment l’empathie se construit-elle
au fil du développement? Comment modéliser les relations
entre les potentialités phylogénétiques et l’apport
essentiel de l’environnement humain?
La notion "d'empathie réflexive" (Georgieff)
souligne la complexité d'une relation à autrui couplée
à une auto-empathie par laquelle le bébé est au contact
de lui-même. Ainsi l'empathie est tributaire de l'agentivité
(Jeannerod) — notion encore peu reliée avec celles utilisées
pour comprendre la référence sociale chez le bébé
comme par exemple "le marquage de l’affect" (Gergely) — et procède
d'une dialectique Soi / Autrui complexe qui prend la forme d’une
co-genèse multimodale (Rochette). L’empathie au début
du développement s’organise à partir des modalités
prototypales permettant la distinction soi/non soi (Rochat). Le partage
des émotions pourrait s’appuyer sur des phénomènes
de résonance motrice qui engagent en phase l’activité
cérébrale des sujets en interaction comme le suggère
les mesures en hyperscanning chez l’adulte (Montague). Le bébé
se perçoit aussi très tôt comme l’agent de la modification
de l’état mental de l’autre dans cette chorégraphie
incarnée (donc posturale, neurobiologique et néanmoins
traversée de fantasmes inconscients) de la rencontre.
Dans une théorie de la communication émergente,
c’est par la répétition que l’action, base de la
représentation, (J.D.Vincent) que l'action devient signifiante
et peut progressivement prendre le sens d’une adresse. Pour le bébé
la connaissance de ses propres états mentaux s’organise sur
la base de probables prédéterminés génétiques
à travers l’expérience qui la façonne: la conscience
de Soi, y compris émotionnelle passerait par la socialisation
primitive (Dayan) très précoce et étudiée
chez les bébés dès 6 semaines lors des protoconversations
(Tronick, Beebe, Rochette). En ce sens l’empathie, contribue à
la connaissance de Soi conjointement à la connaissance d’un Autrui
qui se précise au cours du développement et au fil du
changement des paysages mentaux du bébé (Stern). La perspective
subjective est d’emblée une perspective intersubjective ce qui
implique que les défaillances majeures de l’empathie chez le care-giver
auront des conséquences sur l’édification et l’architecture
cérébrale du bébé (Schore) et sur la neurobiologie
interpersonnelle régulatrice du lien (Siegel). L’empathie implique
donc une dimension émotionnelle (négligée lors
de la construction d’une Théorie de l’Esprit cognitive) dimension
émotionnelle d’abord saisie par la psychanalyse, et qui réapparait
à travers les neurosciences (notamment dans le rôle d’interface
prêté à l’insula entre cortex limbique et neurones
miroirs du cortex frontal inferieur). Mais l’empathie réinterroge
aussi au passage des concepts psychanalytiques comme les différentes
identifications, l’introjection ou la construction des objets internes.
De nombreux paradigmes expérimentaux (Still Face, Artificial Cliff,
Microanalyse des protoconversations) seront revisités avec un
éclairage psychanalytique et à la lumière des connaissances
récentes dans le but essentiel d'informer la clinique périnatale
d'une sémiologie dyadique (Rochette) plus fine de la souffrance
précoce.
Jacques Dayan: PH SHU I04 (Pr Tordjman)
Rennes 1; détaché INSERM U923 Caen (Dir F Eustache).
HDR; Ancien Professeur Associé IoP, Londres, département
de Psychiatrie Périnatale. Chargé de Mission et Rédacteur
du rapport 2002 auprès du Ministre de la Santé: "Santé
Mentale et Périnatalité". Dirige un séminaire de
métaépistemologie de la recherche dans le cadre de la
WAIMH France avec Joêlle Rochette et Raphaelle Miljkovitch.
Ouvrages: Dayan J. Les dépressions
périnatales. Elsevier Masson. Paris. 2008; Dayan J.,
Andro G, Dugnat M. Psychopathologie de la périnatalité.
Masson, 1999, 2003 (seconde édition, épuisé).
Paris; Dayan J. Les Désordres émotionnels de la
grossesse et de la maternité. Odile Jacob. Paris. 2002; Houzel
D., Dayan J. et al.: Les enjeux de la parentalité. Eres,
Toulouse, 1998.
Joëlle Rochette est psychologue et psychanalyste
Membre de la Société Psychanalytique de Paris,
Maitre de Conférence Associée à l’Université
Lyon 2, engagée de longue date dans la périnatalité
et la Psychiatrie Périnatale en tant que clinicienne mais aussi
enseignante et chercheur.
Ouvrages: ROCHETTE J. - (2002)
Rituels et mise au monde psychique, les nouvelles Présentations
au Temple, Toulouse, Erés, p110.- (2006), "Entre la naissance
et le quarantième jour, émotion et temporalité
dans le post-partum immédiat", in M. DUGNAT (dir.) Emotion autour
du bébé, Toulouse, Erès. - (2008), "Précarité
et périnatalité précoce : quarante jours pour transformer
le désordre aléatoire en "chaos organisé"",
in J. FURTOS (dir), Clinique de la précarité, Genève,
Elsevier - Masson. - ROCHETTE-GUGLIELMI J. (2009), "Travail des
traces en post-partum immédiat : le "blues" des quarante jours",
in Les traces de l’archaïque (dir) L. AYOUN, P. AYOUN, F.DROSSART,
Toulouse, Erès - (2011), La création de l’espace dyadique
fondamental : un, deux, trois, "Soleil" ! Variations sur le "soi –reflet",
in Féminin, Masculin, Bébé (dir) M. DUGNAT, Toulouse,
Erès.
Thierry DELCOURT: Les portraits
d'Ingres
D’Ingres à Basquiat, de
Giacometti à Orlan, qu’il soit académique ou
impose sa distorsion expressive, le portrait rend visible
et dépayse. Il invite au regard ou le fait plonger dans
une fiction complexe et parfois grinçante. Portrait de modèle,
autoportrait, expression sensible ou concept représenté,
ce à quoi nous invite l’artiste est tout cela et non pas
la transcription d’un visage ou sa tentative. Ce que nous voyons,
ce qui nous regarde dans le portrait passe par la traversée
d’une vision sensible et pensante, une vision intimement empathique.
Psychiatre et psychanalyste
à Reims - Conférencier indépendant (deux
cycles de conférences sur la créativité et le
processus de création) - Vice-président SNPP-AFPEP chargé
de la communication et de la revue Psychiatries
Bibliographie sommaire:
Au risque de l’Art, Lausanne, L’Âge
d’Homme, 2007 ;
Artiste Féminin Singulier,
Lausanne, L’Âge d’Homme, 2009 ;
"Un combat pour l’Autre", in Aux limites
du sujet, Ramonville, érès, 2006 ;
"Résonance magnétique
des mots", Psychiatries, n°145: Les mots
de la psychiatrie, Paris, Juin 2006, p.145-154 ;
"La connaissance au risque de la culture",
in Psychanalystes, gourous et chamans en Inde, Paris,
L’Harmattan, 2007 ;
"Passages de frontières", in Entre
deux rives Exil et transmission, Ramonville, érès,
2008 ;
"Ateliers", in Ateliers de Jean-Jacques
Rossbach - livre d’artiste, 2007 ;
"Formes en Extension", in Marc Gerenton
- éd. Prisme, 2009 ;
"A l’assaut des passions", in Quand l’amor
monte d’Alex Bianchi et Lydie Arickx - éd. du
Bout du Rien, 2009 ;
"Le Chant sourd de la terre", in Ruta
– éd. Pierre Marie Vitoux, 2010 ;
"Tentation du portrait", in Mauro Corda
– Tentation du portrait – livre d’artiste, 2010.
Julie GRÈZES: Comment partageons-nous
les émotions d'autrui?
Comprendre les messages émotionnels véhiulés
par les gestes d'autrui et y répondre de façon adaptée
déterminent la qualité de notre vie sociale. De fait,
les émotions coordonnent nos interactions sociales avec
autrui. Leur perception peut induire chez l'observateur un état
émotionnel réflexif. En effet, de nombreux travaux
en psychologie cognitive et en neurosciences indiquent que la compréhension
des actions, des émotions ou des sensations d'autrui repose
en partie sur la mobilisation des ressources cognitives et neurales
utilisées pour produire nos propres actions, émotions
ou sensations. Autrement dit, il semble que nous utilisions spontanément
notre propre perspective pour comprendre celle d'autrui. Nous verrons
que cette capacité à comprendre l'autre en mobilisant ses
propres ressources n'est pas toujours la réponse la plus adaptée,
elle ne s'applique pas à l'ensemble des émotions, et ne permet
pas d'expliquer l'ensemble de nos réactions face aux émotions
d'autrui. Nous essaierons de montrer que les émotions sont des affordances
sociales, elles pré-conditionnent l'observateur pour l'action,
et ce en fonction du contexte social au sein duquel les agents interagissent
et en fonction de leurs capacités socio-affectives.
Julie Grèzes (Directeur de Recherche
INSERM) dirige l'équipe "Cognition Sociale" au Laboratoire
de Neurosciences Cognitives (Inserm U960) de l'Ecole normale Supérieure
de Paris. Elle a réalisé son doctorat à Lyon avec
le Professeur Jean Decety et son post-doctorat à Londres
avec le Professeur Richard Passingham. Son travail consiste en
l'étude des liens entre la cognition sociale et le système
moteur; i.e. cherche à identifier les mécanismes
permettant de lire les signaux sociaux d'autrui et de réagir
de manière appropriée aux situations sociales.
Jacques
KRAEMER: L'identification dans le processus de création
théâtrale
M'appuyant
sur les exemples de ma dernière création
(1669 Tartuffe, Louis XIV et Raphaël Lévy),
et de celle en gestation (Trois Nuits chez Meyerhold),
je dirais comment l'identification à un personnage
(historique ou de fiction) suscite le désir créatif,
est le déclic et accompagne, selon des modalités
diverses, le long chemin de l'écriture, de la mise en
scène et, enfin, du jeu de l'acteur, donc tout le parcours
théâtral, de la naissance du projet à la
réalisation scénique présentée
au public.
Formé
à la rue Blanche et au Conservatoire National à
Paris, fondateur en 1963 du Théâtre Populaire
de Lorraine, Jacques Kraemer est un des pionniers de
la Décentralisation Théâtrale.
Acteur, metteur en scène, il a réalisé
une centaine de spectacles d'auteurs classiques ou contemporains.
Il est l'auteur
d'une vingtaine de pièces de Théâtre:
Minette la bonne Lorraine (Seuil), Oncle
Jakob, Le Juif Süß, Thomas
B. (L'Avant-Scène), Le Golem,
Le Home Yid (Editions des 4 Vents), etc...
Pierre-Paul LACAS: L'Einfühlung
d'Edith Stein à la Mitleiblichkeit de Gisela Pankow
"La conscience est indiscutablement
conscience de soi et conscience d'autrui" (Husserl).
A partir de Descartes, l'idée
de sujet remplace celle de substance d'Aristote comme thème
majeur de réflexion philosophique. Husserl emploie le
terme d'Einfühlung (empathie, intropathie...) pour désigner
l'expérience de l'intersubjectivité. Son assistante,
Edith Stein, en fait le sujet de sa thèse universitaire.
Dans sa recherche originale d'une psychothérapie analytique des
divers psychotiques qui ne peut éviter la "descente aux enfers",
la psychiatre et psychanalyste Gisela Pankow expérimente
ce qu'elle nomme Mitleiblichkeit, état "d'être-dans-le-corps
en communication avec l'être-dans-le-corps de l'autre". L'analogie
entre les deux concepts est patente: la saisie cognitivo-affective
du corps d'autrui vivant et vécu, qui est senti, perçu,
imaginé, voire intelligé, profite tout autant à
la connaissance de soi-même.
Perrine RUBY: L'empathie
est-elle une aptitude si sociale? Apport de la neuroimagerie
Au cours d'une tâche d'empathie
(représentation des pensées ou émotions
d'un autre individu), les régions cérébrales
classiquement actives (IRMf/TEP) sont les suivantes: cortex
préfrontal médial, précuneus, pôles
temporaux et jonctions temporo-pariétales. Une méta-analyse
de la littérature (réalisée en collaboration
avec la philosophe Dorothée Legrand, chargée
de recherche au CREA, Paris) montre que ces régions sont
également actives dans des tâches de représentation
de soi ("Self"), de mémoire, de raisonnement et pendant
l’état de repos. L’analyse des différents protocoles
utilisés nous a amené à conclure que les
processus cognitifs communs à ces différentes
tâches/état sont: le raisonnement inductif/évaluatif
et le rappel en mémoire. Les résultats de cette
méta-analyse suggèrent donc que l'empathie sollicite
des régions cérébrales sous-tendant des processus
cognitifs non spécifiques, impliqués aussi bien
dans des tâches sociales que dans des tâches n'ayant
aucun caractère social (Legrand & Ruby, Psychological
Review, 2009).
Serge TISSERON: L'empathie,
au cœur du jeu social
La notion d’empathie est
actuellement relancée par les découvertes
en sciences cognitives, en éthologie et par
sa mise en évidence dans les relations mère-bébé.
Mais ces études laissent un point essentiel
en suspens: comment se fait il que l’être humain
soit si facilement capable de comportements totalement dénués
d’empathie vis-à-vis de certains de ses semblables?
En fait, l’empathie peut être figurée sous
la forme d’une pyramide constituée de trois étages
superposés: l’identification, la reconnaissance mutuelle
et l’intersubjectivité, qui inclue la possibilité
de découvrir ce que l’on est à travers l’autre, et de
s’en laisser transformer. Le problème est que le désir
d’emprise s’oppose au désir d’empathie. Tous deux
se constituent en parallèle dans les premiers mois
de la vie et nous sommes condamnés à osciller de l’un
à l’autre. Qu’est-ce qui fait alors basculer du coté de
l’empathie ou du coté de l’emprise?
Serge Tisseron
est psychiatre et psychanalyste, docteur en psychologie,
directeur de Recherches de l’Université Paris Ouest Nanterre.
Il a publié une quarantaine d'ouvrages. Ses recherches
portent sur trois domaines: les secrets de famille, nos
relations aux images et les bouleversement psychiques et sociaux
entraînés par les TIC.
Il a notamment publié:
La Résilience (PUF, Que sais-je?, 2007) ;
Virtuel, mon amour ; penser, aimer, souffrir à
l’ère des nouvelles technologies (2008, Albin Michel)
; Dernier ouvrage paru: L’empathie, au cœur du jeu
social (Albin Michel, 2010).
BIBLIOGRAPHIE :
Allilaire J.-F., Widlocher D., Empathie,
communication intersubjective et clinique psychiatrique,
Ann. méd. psychol. 1999 ; 157(9) :
599-611.
Beres D, Caliandro S, Kirshner L.A., et al. L’empathie
[dossier], Rev. fr. psychanal. 2004 ; 68(3) : 757-992.
Berthoz Alain, Jorland Gérard, L’Empathie,
Paris, Odile Jacob, 2004.
Bolognini Stefano, L’empathie psychanalytique,
ERES, 2006.
Boulanger C, Lancon C., L’empathie: réflexions
sur un concept, Ann. méd. psychol.
2006 ; 164(6) : 497-505.
Caillé Alain, L’amour des autres, La revue
du Mauss, La Decouverte, 2007.
Collignon Stefan, Pour la République européenne,
Odile Jacob, 2008.
Davoine Françoise, La Folie Wittgenstein,
Paris, 1992, "Histoire et trauma", Stock.
Decety Jean, Naturaliser l’empathie, Revue
l’Encéphale, 28, 9-20, 2002.
Decety J., Ickes W., The Social neuroscience of
empathie, 2009.
Georgieff Nicolas, L’empathie, Revue française
de Psychiatrie de l’enfant.
Hochmann Jacques, Histoire de l'autisme, Odile
Jacob, janvier 2009, 528 pages.
Lebovici S., "L’Empathie", in Lebovici (ed), L’Arbre
de vie. Eléments de psychopathologie
du bébé, Eres, 2008.
Pradel J.-L., L’Art contemporain, Larousse.
Revue Française de Psychanalyse, «
L’empathie », Tome LXVIII, juillet 2004.
Rizzolatti G., Sinigaglia C., Les neurones miroirs,
Paris, Odile Jacob, 2008 ; Cambridge : MIT
Press.
Rochat Philippe, Le Monde des bébés,
Odile Jacob, février 2006.
Rochat, Philippe, Others in Mind – Social Origins
of Self-Consciousness, 234 pp. New York,
N.Y.: Cambridge University Press. 2009.
René Roussillon, Jean-Paul Matot, La psychanalyse
: une remise en jeu, PUF, 2010.
Tisseron S., L’empathie, Albin Michel, 29
setembre 2010.
Trevarthen, C. (1979), "Communication and cooperation
in early infancy : A description of primary
intersubjectivity", in M. M. Bullowa (Ed.), Before
speech : The beginning of interpersonal communication
(pp. 321-347). New York : Cambridge University Press.
Trevarthen, C. 1993, "The self born in intersubjectivity
: An infant communicating", in U. Neisser
(ed.), The Perceived Self : Ecological and
Interpersonal Sources of Self-Knowledge, New
York, Cambridge University Press, p. 121-173.
De Waal Franz, L’age de l’empathie, leçons
de la nature pour une société solidaire,
Les Liens qui libèrent, 2010.
Avec le soutien
de La Société
de l’Information Psychiatrique (SIP),
de L’Association Française des Psychiatres
d'Exercice Privé (AFPEP)
et du Centre de
Recherche Psychanalyse, Médecine et Société
(CRPMS) de l 'Université Paris VII