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DU SAMEDI 18 JUIN (19 H) AU SAMEDI 25 JUIN (14 H) 2011



L'EMPATHIE


DIRECTION : Antoine BESSE, Michel BOTBOL, Nicole GARRET-GLOANEC

Avec la collaboration de Nicolas GEORGIEFF et Bernard PACHOUD

ARGUMENT :

Créée pour rendre compte de l’accès à l’esthétique ou à l’ineffable, la notion d’empathie suscite un intérêt renouvelé du fait des questions qu’elle pose au carrefour de la philosophie, des neurosciences, de la psychologie cognitive et de la psychanalyse.

Définie comme la capacité de se mettre à la place de l’autre, elle est devenue l’un des paradigmes du débat sur la place de l’esprit dans son rapport au corps, à l’interface de la philosophie et des neurosciences.

Au-delà de ces dimensions importantes, ce que l’empathie incarne, c’est l’ambiguïté même de la notion d’esprit. S’agit-il de l’esprit de la psychologie cognitive (celui qui intervient dans la reconnaissance de la différence et du commun entre soi et l’autre ; ce qu’on nomme la théorie de l’esprit pour désigner le mouvement cognitif qui nous permet d’attribuer des états mentaux à autrui) ou s’agit-il plutôt de celui de la psychanalyse (celui qui se caractérise surtout par la place qu’il donne à l’affect et aux fantasmes dans la construction de soi et de l’autre, et dans les relations entre eux).

L’empathie est ainsi impliquée dans les activités les plus élémentaires de l’humain, qui sont également celles qui le spécifient le plus radicalement dans ses composantes réflexives et relationnelles, ainsi que dans la satisfaction de son besoin narratif pour donner sens et faire histoire. Elle l’est aussi dans ce que l’homme produit de plus élaboré: la création "d’instruments" de transmission de l’émotion ou du sens, la mise en mot de l’émotion esthétique, l’art comme expérience unique et/ou comme manifestation de la communauté d’une culture ou d’une civilisation. L’empathie est également essentielle dans toutes les activités qui visent à la reconnaissance et au soulagement de la souffrance de l’autre, tant dans l’empathie miroir (celle qui vise essentiellement à reconnaitre chez l’autre une souffrance psychique qu’il ressent ou qu’il a parfois du mal à appréhender lui-même), que dans l’empathie "interprétative ou métaphorique" (celle qui vise surtout à donner sens narratif à ce que l’autre dit ou montre éventuellement à son insu, en tout ou parties).

C’est aussi l’empathie qui est en cause dans l’intime conviction du juge, l’empathie sociale qui fait communauté, celle qui permet la transmission des valeurs au sein d’un groupe ou d’une société, les formes que celles-ci donnent au "nous" ; enfin c’est elle aussi qui est mise en jeu dans ce qui vise à influencer les individus ou les collectifs qu’ils constituent, du marché au politique en passant par la séduction amoureuse.

Dans toutes ces emplois, l’empathie pose en tout cas une question commune: qu’est ce qui au juste se transmet entre le sujet empathique et celui avec lequel il emphatise? Et comment?

La découverte récente des neurones miroirs (1994), et les nombreux travaux qui se sont succédés ensuite, ont ouvert une nouvelle voie dans la recherche d’une explication au "fossé de la transmission" entre l’un et l’autre.

Créée pour rendre compte du plus ineffable, l’empathie offrirait-elle une nouvelle voie royale pour comprendre la complexité de l’humain à partir de l’exploitation cognitive et psychique de "ce qu’il y a là": la mécanique cérébrale et la neurophysiologie neuronale.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Samedi 18 juin
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Dimanche 19 juin
L’empathie entre neurosciences et philosophie
Matin:
Jacques HOCHMANN: Histoire de l'empathie
Shaun GALLAGHER: Empathie, cognition sociale et narrativité

Après-midi:
Alain BERTHOZ & Bérangère THIRIOUX: Fondements philosophiques et cognitifs des notions de sympathie et d'empathie: une comparaison entre théories philosophiques, expérimentation neurocognitive et psychiatrique
Chantal LHEUREUX DAVIDSE: La complexité des mouvements identificatoires du thérapeute dans la clinique de l'autisme

Soirée:
Discussion entre les conférenciers de la journée


Lundi 20 juin
L’empathie entre psychanalyse et psychologie cognitive
Matin:
René ROUSSILLON: Empathie maternelle
Nicolas GEORGIEFF: Empathie et construction de soi

Après-midi:
Jean OUREIB (SIP): Les Betazoïdes rêvent-ils de moutons électriques?
Alain BERTHOZ: Quelques données sur le soi, le double et le cerveau émulateur

Soirée:
Pierre-Paul LACAS: L'Einfühlung d'Edith Stein à la Mitleiblichkeit de Gisela Pankow


Mardi 21 juin
Les voies de l’empathie: du neurone à la reconnaissance des émotions
Matin:
Julie GRÈZES: Comment partageons-nous les émotions d'autrui?
Guillaume DEZECACHE: La communication émotionnelle du dyadique au collectif
Perrine RUBY: L'empathie est-elle une aptitude si sociale? Apport de la neuroimagerie

Après-midi:
Bernard PACHOUD: Empathie, socialité et reconnaissance
Jacques WAYNBERG: L'empathie dans l'ontogenèse de la fonction érotique

Soirée:
Jacques KRAEMER: L'identification dans le processus de création théâtrale


Mercredi 22 juin
L’empathie esthétique
Matin:
Georges JOVELET (SIP): Clinique, éthique, esthétique et empathie
Eve BERGER & Didier AUSTRY: Empathie, corps sensible et toucher: pour une philosophie pratique du contact

Après-midi:
DÉTENTE


Jeudi 23 juin
Aux confins de l’empathie
Matin:
Colwyn TREVARTHEN: Innocence et Sympathie du Bébé: Les Emotions - Dans le Corps, Vers Objets, Avec Personnes – Racines d’Empathie? (version téléchargeable)

Après-midi:
Jacques DAYAN et Joëlle ROCHETTE (WAIMH): Régulation de l’empathie chez le bébé
Martine LACOUR: Interlude littéraire, texte extrait du recueil de Christian Babin dans La présence pure
Bernard ODIER (SIP): Les empathes de l'extrême

Soirée:
Thierry DELCOURT: Les portraits d'Ingres


Vendredi 24 juin
Empathie et reconnaissance sociale
Matin:
Serge TISSERON: L'empathie, au cœur du jeu social

Après-midi:
Alain CAILLÉ: La place de l'empathie dans une théorie anti-utilitariste de l'action
Stefan COLLIGNON: L'économie politique de l'empathie

Soirée:
Jean-Louis PRADEL: Art et Empathie


Samedi 25 juin
Les bases langagières de l'empathie
Matin:
Laurent DANON BOILEAU: Les bases langagières de l’empathie. Ou: Comment s’inscrit la pensée de l’autre dans le discours de l’un?

Jean-Jacques LABOUTIÈRE: Synthèse et ouvertures

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Alain CAILLÉ: La place de l'empathie dans une théorie anti-utilitariste de l'action
En reprenant les analyses présentées dans A. Caillé, Théorie anti-utilitariste de l'action. Fragments d'une sociologie générale, on essaiera de situer la place de l'empathie au regard de l'intérêt pour soi, de l'obligation et de la liberté.

Laurent DANON BOILEAU: Les bases langagières de l’empathie. Ou: Comment s’inscrit la pensée de l’autre dans le discours de l’un?
En linguistique et en stylistique, le terme d’empathie désigne une manière particulière de dire dans laquelle le narrateur d’un récit s’efface pour faire place au point de vue d’un autre (souvent un personnage) au point que l’on peut se demander "qui parle". Mais dans le dialogue, en revanche, il n’est pas possible de spéculer sur la pensée de l’autre sans l’assortir d’un questionnement. On ne saurait dire "Tu es triste" sans en faire une question ("Tu es triste?"). Ce sont ces mises en place de la pensée de l’autre dans la parole de l’un et ce qu’elles impliquent comme marques de convergence ou d’écart qui constitueront l’objet de mon intervention. J’essayerai de montrer pourquoi le langage autorise à mimer le point de vue de l’autre dans le récit lors même qu’il  ne permet pas de le juger dans le dialogue. J’insisterai sur la diversité des colorations que peut prendre le lien entre empathie et langage. Tantôt en effet le langage vise l’établissement d’un lieu commun avec l’autre, tantôt à l’inverse, il cherche à établir un écart avec sa manière de voir. Reste que dans un énoncé la pensée de l’autre peut constituer un horizon ou un contenu (dénoté ou connoté) et faire l’objet d’une adhésion ou d’une prise de distance.

Jacques DAYAN et Joëlle ROCHETTE: Régulation de l’empathie chez le bébé
La construction de la fonction empathique chez le bébé croise l'édification de la théorie de l'esprit et les concepts tels que l’imitation, le sens de soi, l'intentionnalité, le jugement, les fonctions d'attention et elle rencontre la capacité à simuler et à jouer. Comment l’empathie se construit-elle au fil du développement? Comment modéliser les relations entre les potentialités phylogénétiques et l’apport essentiel de l’environnement humain?
La notion "d'empathie réflexive" (Georgieff) souligne  la complexité d'une relation à autrui couplée à une auto-empathie par laquelle le bébé est au contact de lui-même. Ainsi l'empathie est tributaire de l'agentivité (Jeannerod) — notion encore peu reliée avec  celles utilisées pour comprendre la référence sociale chez le bébé comme par exemple "le marquage de l’affect" (Gergely) — et procède d'une dialectique Soi / Autrui complexe qui prend la forme d’une co-genèse multimodale (Rochette). L’empathie au début du développement s’organise à partir des modalités prototypales permettant la distinction soi/non soi (Rochat). Le partage des émotions pourrait s’appuyer sur des phénomènes de résonance motrice qui engagent en phase l’activité cérébrale des sujets en interaction  comme le suggère les mesures en hyperscanning chez l’adulte (Montague). Le bébé se perçoit aussi très tôt comme l’agent de la modification de l’état mental de l’autre dans cette chorégraphie incarnée (donc posturale, neurobiologique et néanmoins traversée de fantasmes inconscients) de la rencontre.
Dans une théorie de la communication émergente, c’est par la répétition que l’action, base de la représentation, (J.D.Vincent) que l'action devient signifiante et peut progressivement prendre le sens d’une adresse. Pour le bébé la connaissance de ses propres états mentaux s’organise sur la base de probables prédéterminés génétiques à travers l’expérience qui la façonne: la conscience de Soi, y compris émotionnelle passerait par la socialisation primitive (Dayan) très précoce et étudiée chez les bébés dès 6 semaines lors des protoconversations (Tronick, Beebe, Rochette). En ce sens l’empathie, contribue à la connaissance de Soi conjointement à la connaissance d’un Autrui qui se précise au cours du développement et au fil du changement des paysages mentaux du bébé (Stern). La perspective subjective est d’emblée une perspective intersubjective ce qui implique que les défaillances majeures de l’empathie chez le care-giver auront des conséquences sur l’édification et l’architecture cérébrale du bébé (Schore) et sur la neurobiologie interpersonnelle régulatrice du lien (Siegel). L’empathie implique donc une dimension émotionnelle (négligée lors de la construction d’une Théorie de l’Esprit cognitive) dimension émotionnelle d’abord saisie par la psychanalyse, et qui réapparait à travers les neurosciences (notamment dans le rôle d’interface prêté à l’insula entre cortex limbique et neurones miroirs du cortex frontal inferieur). Mais l’empathie réinterroge aussi au passage des concepts psychanalytiques comme les différentes identifications, l’introjection ou la construction des objets internes. De nombreux paradigmes expérimentaux (Still Face, Artificial Cliff, Microanalyse des protoconversations) seront revisités avec un éclairage psychanalytique et à la lumière des connaissances récentes dans le but essentiel d'informer la clinique périnatale d'une sémiologie dyadique (Rochette) plus fine de la souffrance précoce.

Jacques Dayan: PH SHU I04  (Pr Tordjman) Rennes 1; détaché INSERM U923 Caen (Dir F Eustache). HDR; Ancien Professeur Associé IoP, Londres, département de Psychiatrie Périnatale. Chargé de Mission et Rédacteur du rapport 2002 auprès du Ministre de la Santé: "Santé Mentale et Périnatalité". Dirige un séminaire de métaépistemologie de la recherche dans le cadre de la WAIMH France avec Joêlle Rochette et Raphaelle Miljkovitch.
Ouvrages: Dayan J. Les dépressions périnatales. Elsevier Masson. Paris. 2008; Dayan J., Andro G, Dugnat M. Psychopathologie de la périnatalité. Masson, 1999, 2003 (seconde édition, épuisé). Paris; Dayan J. Les Désordres émotionnels de la grossesse et de la maternité. Odile Jacob. Paris. 2002; Houzel D., Dayan J. et al.: Les enjeux de la parentalité. Eres, Toulouse, 1998.


Joëlle Rochette est psychologue et psychanalyste Membre de la Société  Psychanalytique de Paris, Maitre de Conférence Associée à l’Université Lyon 2, engagée de longue date dans la périnatalité et la Psychiatrie Périnatale en tant que clinicienne mais aussi enseignante et chercheur.

Ouvrages: ROCHETTE J. - (2002) Rituels et mise au monde psychique, les nouvelles Présentations au Temple, Toulouse, Erés, p110.- (2006), "Entre la naissance et le quarantième jour, émotion et temporalité dans le post-partum immédiat", in M. DUGNAT (dir.) Emotion autour du bébé, Toulouse, Erès. - (2008), "Précarité et périnatalité précoce : quarante jours pour transformer le désordre aléatoire en "chaos organisé"", in J. FURTOS (dir), Clinique de la précarité, Genève, Elsevier - Masson. - ROCHETTE-GUGLIELMI J. (2009), "Travail des traces en post-partum immédiat : le "blues" des quarante jours", in Les traces de l’archaïque (dir) L. AYOUN, P. AYOUN, F.DROSSART, Toulouse, Erès - (2011), La création de l’espace dyadique fondamental : un, deux, trois, "Soleil" ! Variations sur le "soi –reflet", in Féminin, Masculin, Bébé (dir) M. DUGNAT, Toulouse, Erès.

Thierry DELCOURT: Les portraits d'Ingres
D’Ingres à Basquiat, de Giacometti à Orlan, qu’il soit académique ou impose sa distorsion expressive, le portrait rend visible et dépayse. Il invite au regard ou le fait plonger dans une fiction complexe et parfois grinçante. Portrait de modèle, autoportrait, expression sensible ou concept représenté, ce à quoi nous invite l’artiste est tout cela et non pas la transcription d’un visage ou sa tentative. Ce que nous voyons, ce qui nous regarde dans le portrait passe par la traversée d’une vision sensible et pensante, une vision intimement empathique.

Psychiatre et  psychanalyste à Reims - Conférencier indépendant (deux cycles de conférences sur la créativité et le processus de création) - Vice-président SNPP-AFPEP chargé de la communication et de la revue Psychiatries
Bibliographie sommaire:
Au risque de l’Art, Lausanne
, L’Âge d’Homme, 2007 ;
Artiste Féminin Singulier, Lausanne, L’Âge d’Homme, 2009 ;
"Un combat pour l’Autre", in Aux limites du sujet, Ramonville, érès, 2006 ;
 "Résonance magnétique des mots", Psychiatries, n°145: Les mots de la psychiatrie, Paris, Juin 2006, p.145-154 ;
"La connaissance au risque de la culture", in Psychanalystes, gourous et chamans en Inde, Paris, L’Harmattan, 2007 ;
"Passages de frontières", in Entre deux rives Exil et transmission, Ramonville, érès, 2008 ;
"Ateliers", in Ateliers de Jean-Jacques Rossbach - livre d’artiste, 2007 ;
"Formes en Extension", in Marc Gerenton - éd. Prisme, 2009 ;
"A l’assaut des passions", in Quand l’amor monte d’Alex Bianchi et Lydie Arickx - éd. du Bout du Rien, 2009 ;
"Le Chant sourd de la terre", in Ruta – éd. Pierre Marie Vitoux, 2010 ;
"Tentation du portrait", in Mauro Corda – Tentation du portrait – livre d’artiste, 2010.


Julie GRÈZES: Comment partageons-nous les émotions d'autrui?
Comprendre les messages émotionnels véhiulés par les gestes d'autrui et y répondre de façon adaptée déterminent la qualité de notre vie sociale. De fait, les émotions coordonnent nos interactions sociales avec autrui. Leur perception peut induire chez l'observateur un état émotionnel réflexif. En effet, de nombreux travaux en psychologie cognitive et en neurosciences indiquent que la compréhension des actions, des émotions ou des sensations d'autrui repose en partie sur la mobilisation des ressources cognitives et neurales utilisées pour produire nos propres actions, émotions ou sensations. Autrement dit, il semble que nous utilisions spontanément notre propre perspective pour comprendre celle d'autrui. Nous verrons que cette capacité à comprendre l'autre en mobilisant ses propres ressources n'est pas toujours la réponse la plus adaptée, elle ne s'applique pas à l'ensemble des émotions, et ne permet pas d'expliquer l'ensemble de nos réactions face aux émotions d'autrui. Nous essaierons de montrer que les émotions sont des affordances sociales, elles pré-conditionnent l'observateur pour l'action, et ce en fonction du contexte social au sein duquel les agents interagissent et en fonction de leurs capacités socio-affectives.

Julie Grèzes (Directeur de Recherche INSERM) dirige l'équipe "Cognition Sociale" au Laboratoire de Neurosciences Cognitives (Inserm U960) de l'Ecole normale Supérieure de Paris. Elle a réalisé son doctorat à Lyon avec le Professeur Jean Decety et son post-doctorat à Londres avec le Professeur Richard Passingham. Son travail consiste en l'étude des liens entre la cognition sociale et le système moteur; i.e. cherche à identifier les mécanismes permettant de lire les signaux sociaux d'autrui et de réagir de manière appropriée aux situations sociales.

Jacques KRAEMER: L'identification dans le processus de création théâtrale
M'appuyant sur les exemples de ma dernière création (1669 Tartuffe, Louis XIV et Raphaël Lévy), et de celle en gestation (Trois Nuits chez Meyerhold), je dirais comment l'identification à un personnage (historique ou de fiction) suscite le désir créatif, est le déclic et accompagne, selon des modalités diverses, le long chemin de l'écriture, de la mise en scène et, enfin, du jeu de l'acteur, donc tout le parcours théâtral, de la naissance du projet à la réalisation scénique présentée au public.

Formé à la rue Blanche et au Conservatoire National à Paris, fondateur en 1963 du Théâtre Populaire de Lorraine, Jacques Kraemer est un des pionniers de la Décentralisation Théâtrale. Acteur, metteur en scène, il a réalisé une centaine de spectacles d'auteurs classiques ou contemporains.
Il est l'auteur d'une vingtaine de pièces de Théâtre: Minette la bonne Lorraine (Seuil), Oncle Jakob, Le Juif Süß, Thomas B. (L'Avant-Scène), Le Golem, Le Home Yid (Editions des 4 Vents), etc...


Pierre-Paul LACAS: L'Einfühlung d'Edith Stein à la Mitleiblichkeit de Gisela Pankow
"La conscience est indiscutablement conscience de soi et conscience d'autrui" (Husserl).
A partir de Descartes, l'idée de sujet remplace celle de substance d'Aristote comme thème majeur de réflexion philosophique. Husserl emploie le terme d'Einfühlung (empathie, intropathie...) pour désigner l'expérience de l'intersubjectivité. Son assistante, Edith Stein, en fait le sujet de sa thèse universitaire. Dans sa recherche originale d'une psychothérapie analytique des divers psychotiques qui ne peut éviter la "descente aux enfers", la psychiatre et psychanalyste Gisela Pankow expérimente ce qu'elle nomme Mitleiblichkeit, état "d'être-dans-le-corps en communication avec l'être-dans-le-corps de l'autre". L'analogie entre les deux concepts est patente: la saisie cognitivo-affective du corps d'autrui vivant et vécu, qui est senti, perçu, imaginé, voire intelligé, profite tout autant à la connaissance de soi-même.

Perrine RUBY: L'empathie est-elle une aptitude si sociale? Apport de la neuroimagerie
Au cours d'une tâche d'empathie (représentation des pensées ou émotions d'un autre individu), les régions cérébrales classiquement actives (IRMf/TEP) sont les suivantes: cortex préfrontal médial, précuneus, pôles temporaux et jonctions temporo-pariétales. Une méta-analyse de la littérature (réalisée en collaboration avec la philosophe Dorothée Legrand, chargée de recherche au CREA, Paris) montre que ces régions sont également actives dans des tâches de représentation de soi ("Self"), de mémoire, de raisonnement et pendant l’état de repos. L’analyse des différents protocoles utilisés nous a amené à conclure que les processus cognitifs communs à ces différentes tâches/état sont: le raisonnement inductif/évaluatif et le rappel en mémoire. Les résultats de cette méta-analyse suggèrent donc que l'empathie sollicite des régions cérébrales sous-tendant des processus cognitifs non spécifiques, impliqués aussi bien dans des tâches sociales que dans des tâches n'ayant aucun caractère social (Legrand & Ruby, Psychological Review, 2009).

Serge TISSERON: L'empathie, au cœur du jeu social
La notion d’empathie est actuellement relancée par les découvertes en sciences cognitives, en éthologie et par sa mise en évidence dans les relations mère-bébé. Mais ces études laissent un point essentiel en suspens: comment se fait il que l’être humain soit si facilement capable de comportements totalement dénués d’empathie vis-à-vis de certains de ses semblables? En fait, l’empathie peut être figurée sous la forme d’une pyramide constituée de trois étages superposés: l’identification, la reconnaissance mutuelle et l’intersubjectivité, qui inclue la possibilité de découvrir ce que l’on est à travers l’autre, et de s’en laisser transformer. Le problème est que le désir d’emprise s’oppose au désir d’empathie. Tous deux se constituent en parallèle dans les premiers mois de la vie et nous sommes condamnés à osciller de l’un à l’autre. Qu’est-ce qui fait alors basculer du coté de l’empathie ou du coté de l’emprise?

Serge Tisseron est psychiatre et psychanalyste, docteur en psychologie, directeur de Recherches de l’Université Paris Ouest Nanterre. Il a publié une quarantaine d'ouvrages. Ses recherches portent sur trois domaines: les secrets de famille, nos relations aux images et les bouleversement psychiques et sociaux entraînés par les TIC.
Il a notamment publié: La Résilience (PUF, Que sais-je?, 2007) ; Virtuel, mon amour ; penser, aimer, souffrir à l’ère des nouvelles technologies (2008, Albin Michel) ; Dernier ouvrage paru: L’empathie, au cœur du jeu social (Albin Michel, 2010).


BIBLIOGRAPHIE :

Allilaire J.-F., Widlocher D., Empathie, communication intersubjective et clinique psychiatrique, Ann. méd. psychol. 1999 ; 157(9) : 599-611.
Beres D, Caliandro S, Kirshner L.A., et al. L’empathie [dossier], Rev. fr. psychanal. 2004 ; 68(3) : 757-992.
Berthoz Alain, Jorland Gérard, L’Empathie, Paris, Odile Jacob, 2004.
Bolognini Stefano, L’empathie psychanalytique, ERES, 2006.
Boulanger C, Lancon C., L’empathie: réflexions sur un concept, Ann. méd. psychol. 2006 ; 164(6) : 497-505.
Caillé Alain, L’amour des autres, La revue du Mauss, La Decouverte, 2007.
Collignon Stefan, Pour la République européenne, Odile Jacob, 2008.
Davoine Françoise, La Folie Wittgenstein, Paris, 1992, "Histoire et trauma", Stock.
Decety Jean, Naturaliser l’empathie, Revue l’Encéphale, 28, 9-20, 2002.
Decety J., Ickes W., The Social neuroscience of empathie, 2009.
Georgieff Nicolas, L’empathie, Revue française de Psychiatrie de l’enfant.
Hochmann Jacques, Histoire de l'autisme, Odile Jacob, janvier 2009, 528 pages.
Lebovici S., "L’Empathie", in Lebovici (ed), L’Arbre de vie. Eléments de psychopathologie du bébé, Eres, 2008.
Pradel J.-L., L’Art contemporain, Larousse.
Revue Française de Psychanalyse, « L’empathie », Tome LXVIII, juillet 2004.
Rizzolatti G., Sinigaglia C., Les neurones miroirs, Paris, Odile Jacob, 2008 ; Cambridge : MIT Press.
Rochat Philippe, Le Monde des bébés, Odile Jacob, février 2006.
Rochat, Philippe, Others in Mind – Social Origins of Self-Consciousness, 234 pp. New York, N.Y.: Cambridge University Press. 2009.
René Roussillon, Jean-Paul Matot, La psychanalyse : une remise en jeu, PUF, 2010.
Tisseron S., L’empathie, Albin Michel, 29 setembre 2010.
Trevarthen, C. (1979), "Communication and cooperation in early infancy : A description of primary intersubjectivity",  in M. M. Bullowa (Ed.), Before speech : The beginning of interpersonal communication (pp. 321-347). New York : Cambridge University Press.
Trevarthen, C. 1993, "The self born in intersubjectivity : An infant communicating", in U. Neisser (ed.), The Perceived Self : Ecological and Interpersonal Sources of Self-Knowledge, New York, Cambridge University Press, p. 121-173.
De Waal Franz, L’age de l’empathie, leçons de la nature pour une société solidaire, Les Liens qui libèrent, 2010.


Avec le soutien
de La Société de l’Information Psychiatrique (SIP),
de L’Association Française des Psychiatres d'Exercice Privé (AFPEP)
et du Centre de Recherche Psychanalyse, Médecine et Société (CRPMS) de l 'Université Paris VII


   



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