ARGUMENT :
L’épistolaire, un genre féminin (1)? c’est
la question que se posait naguère Fritz Nies, question reprise et élargie
dans l’ouvrage collectif L’épistolaire, un genre féminin?
dirigé par Christine Planté (2). Dans la perspective
ouverte par ces travaux fondateurs, notre colloque se propose de revenir
sur les pratiques féminines d’écriture épistolaire,
du siècle des Lumières jusqu’à la fin du XXe
siècle, d’Emilie du Châtelet à Simone de Beauvoir et
Marguerite Yourcenar ou Gisèle Celan-Lestrange.
Plusieurs directions seront suivies selon une approche qui privilégiera
les études de synthèse — synchronique ou diachronique — sur
les exposés monographiques. On s’intéressera aux questions
suivantes:
- L’imbrication dans les correspondances de femmes — qu’elles soient ou
non des « professionnelles » de l’écriture — de la réflexion
intellectuelle et de l’épanchement amoureux ou amical. Quelles inflexions,
quels changements peut-on relever depuis le XVIIIe siècle
entre ces deux postulations d’écriture épistolaire?
- La correspondance comme laboratoire de l’identité. Comme l’écrit
Bernard Beugnot, « l’épistolier est un artisan de soi (3)
», ce postulat est encore plus vrai pour les épistolières
des XVIIIe et XIXe siècles, qui n’ont bien
souvent disposé que de la lettre comme support de l’écriture
de soi. Comment donc se profilent et se dessinent dans la lettre, sous le
regard de l’autre, des images de soi?
- La correspondance a en outre souvent assuré pour les femmes des
siècles passés une médiation vers la littérature.
On étudiera, en fonction des périodes et des contextes culturels
donnés, les passerelles qui s’établissent pour les femmes
entre écriture littéraire et écriture épistolaire.
(1) Fritz Nies, « Un genre féminin? », Revue
d’histoire littéraire de la France, n° 6, 1978, p. 994-1003.
(2) L’épistolaire, un genre féminin? Etudes réunies
et présentées par Christine Planté, Honoré Champion,
Paris, 1998.
(3) Bernard Beugnot, « De l’invention épistolaire: à
la manière de soi », L’Épistolarité à travers
les siècles. Geste de communication et/ou d’écriture, actes
du colloque de Cerisy, sous la direction de Mireille Bossis et de Charles
A. Porter, Franz Steiner Verlag, Stuttgart, 1990, p. 36.
BIBLIOGRAPHIE :
Romans épistolaires
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Correspondances
CHARRIERE Isabelle de, Œuvres Complètes, tomes 1-6, Ed.
Slatkine, Genève, 1979-1984.
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GRAFFIGNY Françoise de, Mme RICCOBONI’s letters to David Hume,
David Garrick and sir Robert Liston, Oxford, The Voltaire Foundation,
1976.
Secrétaires
FRERON: Lettres choisies des auteurs François les plus célèbres
pour servir de modèle aux personnes qui veulent se former dans le
style épistolaire, Année 1767, Lettres VI.
GRIMAREST: Traité sur la manière d'écrire des
lettres et sur le cérémonial: Avec un discours sur ce qu'on
appelle Usage de la langue françoise, Paris, Veuve Etienne, 1725.
MILLERAN: Le Nouveau Secrétaire de la Cour ou lettres familières
sur toutes sortes de sujets, avec des réponses, une instruction
pour se former dans le style épistolaire, le cérémonial
des lettres et les règles de bienséances qu'il faut observer
dans les lettres que l'on écrit [...], Paris, T. Le Gras, 1737,
Amsterdam, chez l'Honoré et Chatelain, 1744 (1ere édition:
1698).
PHILIPPON DE LA MADELAINE: Manuel épistolaire à l'usage
de la jeunesse contenant toutes les instructions nécessaires sur
les divers genres de correspondances et un grand nombre d'exemples puisés
dans les meilleurs écrivains, Paris, Garnier Frères, 17e
édition, 1804.
RICHELET: Les plus belles Lettres françaises sur toutes sortes
de sujets, Tirées des meilleurs Auteurs, avec des Notes, Basle,
chez Rodolf Tourneisen, 7e édition. Avec des Observations sur l'Art
d'écrire les Lettres, par Mr. B. L. M. , 1747.
Textes critiques
BEUGNOT Bernard, « De l'invention épistolaire: à la
manière de soi », dans L'Epistolarité à travers
les siècles. Geste de communication et/ou d'écriture,
actes du colloque de Cerisy, sous la direction de Mireille Bossis et de Charles
A. Porter, Franz Steiner Verlag, Stuttgart, 1990, p.36.BOYER Henri, "La communication
épistolaire comme stratégie romanesque", dans Sémiotica,
XXXIX, 1-2, 1982, p. 21-44.
BRAY Bernard, L’art de la lettre amoureuse: des manuels au roman,
La Haye, Paris, Editions Mouton, 1967.
CHARRIER-VOZEL Marianne, "Un épistolière inspirée
ou les vertus de la mélancolie selon Mme Riccoboni". Journée
d’étude "Mélancolie et genre épistolaire à
l'âge classique", organisée par l'Université de Versailles
/ Saint-Quentin-en-Yvelines, avec le patronage de l'A.I.R.E (Association
Interdisciplinaire de Recherche sur l’Epistolaire), paru dans le n°
27 de la Revue de l’AIRE, Editions Honoré Champion.
CHARRIER-VOZEL Marianne, "Féminité et masculinité:
la pluralité des genres selon Mme Riccoboni et Choderlos de Laclos".
Article à paraître dans les actes du XIVe colloque de la Société
d'Analyse de la Topique Romanesque, Féminités et masculinités
dans le texte narratif avant 1800 - la question du genre, organisé
par Suzan van Dijk, Université d'Amsterdam, 21-24 juin 2000. Editions
Peeters (Louvain/Paris).
DIAZ Brigitte, "Les femmes à l’école des lettres. La lettre
et l’éducation des femmes au XVIIIe siècle", dans L’Epistolaire,
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DUCHENE Roger, Lettre et portrait au XVIIe siècle, p. 121-129,
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GRASSI Anne-Marie, L’art de la lettre au temps de la Nouvelle Héloïse
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NIES Fritz, Un genre féminin?, Revue d'histoire littéraire
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SIESS Jürgen, "L’interaction dans la lettre d’amour", dans La lettre
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L'épistolaire, un genre féminin?, Etudes réunies
et présentées par Christine Planté, Honoré Champion,
Paris, 1998.