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DU JEUDI 9 JUIN (19 H) AU JEUDI 16 JUIN
(14 H) 2011
ETHNOTECHNOLOGIE PROSPECTIVE (2) : APPRENDRE
À L'ÈRE POST-INDUSTRIELLE
DIRECTION : Elie FAROULT, Thierry GAUDIN, Jacques PERRIAULT
ARGUMENT :
Le terme "ethnotechnologie" désigne, à
l'origine, l'étude des interactions entre techniques,
technologies et société.
Elle partage certains intérêts avec le domaine
"sciences, techniques, société" et avec
la médiologie, qui étudie les effets symboliques
des techniques. La notion d'empreinte de la technique,
introduire dès 1984, suggère que la pratique
des techniques provoque des apprentissages induits.
Dans le cadre d'un changement de paradigme qui traduit
le passage d'une civilisation industrielle
vers une communauté du vivant, la question de
la relation entre techniques et société,
objet de l'ethnotechnologie, est capitale pour comprendre
et anticiper les évolutions récentes
de nos sociétés. Le choix alternatif
entre l'acceptation des techniques résolvant
tous les problèmes socio-économiques et
le refus des techniques considérées
comme "nécrophages" est bien trop schématique.
C’est par un approfondissement des relations
qui relient ces deux domaines et par une vision
prospective à long terme que l'on envisage de
poser la question d’une manière ouverte,
internationale et coopérative.
Alors qu'un premier colloque, en 2009 (publié
sous le titre L'empreinte de la technique. Ethnotechnologie
prospective, L'Harmattan, 1010) a exploré
différents domaines (la mesure, la santé,
l’agriculture, les villes, la culture des
TIC), celui-ci sera centré plus particulièrement
sur l’apprendre: comment apprend-on, individuellement
et collectivement? Comment préparer
les nouvelles générations aux civilisations
futures? Quelles relations entre apprendre, innover
et développer? Quels sont, à cet égard,
les enseignements que l'on peut tirer des neurosciences,
de la biologie, des technologies de l’information
et de la communication?
Quelles actions peut-on mettre
en place? Quelles thématiques sont les plus
fédératrices? Quels nouveaux partenaires ou
réseaux sociaux faut-il mobiliser ou contacter? Comment
fédérer les réseaux de l’enseignement
supérieur engagés dans une révision
des curricula et des modes pédagogiques ou des dispositifs
d’enseignement et de recherche? Comment établir des
partenariats entre enseignement formel et enseignement informel?
Selon quel agenda? Quelles nouvelles échéances
ou événements faut-il retenir pour élargir
le cercle? Quelle construction de dispositifs sociaux pour
susciter, accompagner et stimuler les transformations nécessaires
dans le monde de l’enseignement et de la formation?
CALENDRIER DÉFINITIF :
Jeudi 9 juin
Après-midi:
ACCUEIL DES
PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation
du Centre, du colloque et des participants
Vendredi 10
juin
Matin:
Ouverture,
par Elie FAROULT, Thierry GAUDIN et
Jacques PERRIAULT
Aujourd'hui,
à l'ère post-industrielle,
qu'est-ce qui marque le processus d'apprentissage? (Thierry
GAUDIN)
Jean-Pol TASSIN:
Neurosciences et éducation
Armand HATCHUEL:
Quel régime de conception pour les
techniques de demain?
Après-midi:
Juliette GRANGE:
Sciences et croyances dans l'ère
post-industrielle
Thierry GAUDIN:
Les enseignements de la socianalyse et son rôle
dans la construction de l'ethnotechnologie
Samedi 11 juin
Matin:
Aujourd'hui, à l'ère
post-industrielle, qu'est-ce qui marque le processus
d'apprentissage? (Thierry GAUDIN)
Jean-Eric AUBERT:
Présupposés ethnologiques de
l'apprentissage et de l'innovation
Vincent BONTEMS: Individuation et
progrès des techniques
Après-midi:
Apprendre, enseigner: les pratiques
(Elie FAROULT)
Francis DANVERS:
Apprendre à devenir: utopie d'une société
de l'apprenance?
Marie-Ange
COTTERET: Métrologie et mesure, entre
science et conscience
Richard PÉTRIS:
Une "école de la paix" ou construire la paix par l'éducation
Soirée:
Georges AMAR: L'hypothèse
poétique
Dimanche 12 juin
Apprendre,
enseigner: les pratiques (Elie FAROULT)
Matin:
Anne QUERRIEN: La place de
l'autre dans les relations d'apprentissage
Josée
LANDRIEU: Enseigner ce qui n'est plus stabilisé.
Une pratique d’enseignement en économie
du développement et des territoires
Lionel LARQUÉ: Enseignement
formel/enseignement informel: le cas
des petits débrouillards
Après-midi:
Apprendre à l'ère post-industrielle
(Thierry GAUDIN)
Jean-Pierre
ARCHAMBAULT (Un classique, étrange et discret paradoxe)
& Richard STALLMAN (L'Ecole doit utiliser le logiciel libre)
Dominique LACROIX: Apprentissage collaboratif
en ligne dans une communauté de développeurs informatique
Marc TIREL:
Comment les internautes apprennent? Le cas de
Twitter
Soirée:
Clarisse HERRENSCHMIDT: Les trois écritures
et l'enseignement
Lundi 13 juin
Apprendre,
enseigner: les pratiques (Elie FAROULT)
Matin:
Apprendre ou
apprendre à être? Apprendre pour changer la société
Claude ROCHE:
Où va l’apprentissage des sciences? Réflexions à partir
d’une expérience récente
Bruno MATTÉI: Ecole, changer de
cap
Elie FAROULT: Universités-apprentissages et ethnotechnologie:
défis et perspectives de réforme
Après-midi:
DÉTENTE
Mardi 14 juin
Evolutions
et mutations de la construction et de la diffusion
des savoirs (Jacques PERRIAULT)
Matin:
Jacques PERRIAULT: Nouveaux
savoirs, nouvelles pratiques, nouveaux dispositifs
Bernard BLANDIN: Vers une économie
de l'apprendre?
Après-midi:
Michel ARNAUD: Démocratie
et numérique: apprendre à être "ondoyant
et divers"
Geneviève JACQUINOT-DELAUNAY:
L'école: scénarios du futur?
Soirée:
Annie FOUQUET:
La lutte contre l'absentéisme et le décrochage
scolaire
Mercredi 15 juin
Evolutions
et mutations de la construction et de la diffusion
des savoirs (Jacques PERRIAULT)
Matin:
André MALICOT: Apprendre chez les Compagnons du
devoir
Jacqueline SAINT-RAYMOND ELOI:
Réseaux d’échanges réciproques de savoirs (R.E.R.S.)
et ethnotechnologie: et la réciprocité formatrice dans
tout ça?
Après-midi:
Jean-Hugues BARTHÉLÉMY:
Institutions de programmes, industries de programmes et
technologies relationnelles: un défi
éducationnel
Anne-Marie BOUTIN:
La méthodologie du design peut-elle aider à repenser les
systèmes et les méthodes pédagogiques?
Jeudi 16 juin
Matin:
Synthèse
centrée sur les suites à donner à
cette rencontre (animation: Sylvain ALLEMAND)
Après-midi:
DÉPARTS
RÉSUMÉS :
Georges
AMAR: L'hypothèse poétique
Le mot technique
est devenu dur... Personne ne veut jeter
le bébé avec l’eau du bain, mais il est difficile
de rester optimiste (j’écris ces mots le 15 mars:
3 réacteurs ont déjà flambé à
Fukushima). Notre vision de la technique oscille entre bénédiction
et malédiction... Aurions-nous oublié quelque
chose d’essentiel quant à la nature de cette "diction"?
La poésie
est un dict, savant et savoureux, technique
et riche en monde, qui a quelque chose à dire et le dit,
"intégralement et dans tous les sens". La poésie,
poésie généralisée
comme disait Roger Caillois, conserve-t-elle l’écho,
la trace vive d’un régime de non-séparation
des techniques, entre elles, et avec la société
humaine? Il ne s’agit pas de nostalgie mais de la réminiscence
prospective, si l’on peut dire, d’une stratégie:
il a toujours fallu à l’esprit aventurier fréquenter
la strate (poétique) où communiquent les
savoirs que leur spécialisation sépare.
Le "système
technique" société-monde où nous
vivons, largement déterminé par la technoscience
contemporaine, est en crise. Opportunité et urgence d’un
profond ressourcement, en remontant au champ général:
le Savoir et le Faire humains et toutes
leurs interactions. Opportunité et urgence de resituer
notre système technique dans le fonds qui
est le sien, le baigne et le précède, à
la source de sa création continue, cette substance-souche
de tout génie humain qui a pour nom: Poétique.
Né
en 1950, ancien élève de l’Ecole des
Mines de Paris, Georges Amar a une longue carrière
d’ingénieur et de chercheur dans le secteur des transports
et de la mobilité urbaine. Il dirige l’équipe
de Prospective & Conception Innovante
de la RATP, dont la fonction est de faire émerger des
concepts, des connaissances et des méthodes nouvelles,
et de les traduire en projets originaux en coopération
avec le monde de la recherche et des entreprises.
Expert en
prospective et en innovation dans le domaine de la
mobilité urbaine, Georges Amar a publié dans ce domaine
de nombreux articles et deux ouvrages: Mobilités
urbaines – Eloge de la diversité et devoir d’invention
(l’Aube, 2004), et Homo Mobilis – le nouvel âge de
la mobilité (Fyp, 2010).
Polymathe
pour qui les démarches de recherche, innovation
et création artistique sont proches parentes,
Georges Amar est également peintre et écrivain.
Un site web (www.res-extensa.com) présente quelques
unes de ses expositions et œuvres plastiques. Il a publié
plusieurs livres d’essais et de poèmes: Manhattan
et autres poèmes urbains (2007), L’inde
Danse (2005), Art poétique élémentaire
(1998), aux éditions l’Harmattan; Subitement voir
(1992), aux éditions ALTESS.
Jean-Pierre ARCHAMBAULT: Un classique, étrange et
discret paradoxe
Le 17 janvier 2008, Gérard Berry intitule sa leçon
inaugurale au Collège de France Pourquoi et comment le monde
devient numérique. L'informatisation ne supprime pas l'industrie
mécanisée, elle l'informatise. Loi Hadopi, neutralité
du Net, nouveaux modèles économiques, logiciels libres...
les débats sociétaux sur le numérique se multiplient.
En 2009, le groupe mathématiques-informatique du SNRI (Stratégie
Nationale Recherche et Innovation) fait le constat d’un "niveau non
optimal en informatique des ingénieurs et chercheurs non informaticiens".
Maurice Lévy et Jean-Pierre Jouyet ont invité à
changer "notre manière de penser", un certain nombre de "nos
réflexes collectifs fondés sur une économie essentiellement
industrielle".
Il y a donc un enjeu fort de culture générale,
de culture générale scolaire pour tous. Il s'agit de donner
des savoirs et savoir-faire indispensables dans la société
du 21ème siècle. Comment faire? On parle beaucoup du numérique
à l'Ecole mais avec une certaine confusion sur les divers statuts
éducatifs de l'informatique. Depuis 30 ans, le cheminement d'une
discipline scolaire informatique est chaotique. Lors des débats
sur le nucléaire, le citoyen peut s'appuyer sur ses connaissances
acquises dans son cours de physique (idem pour les OGM et le cours de SVT).
Mais il n'en va pas encore ainsi pour l'informatique (suite à des
actions menées une option a été (re)créée
en Terminale S pour la rentrée 2012: une décision bienvenue).
Des disciplines spécifiques sont pourtant la modalité éducative
institutionnelle pour donner à tous une culture générale
correspondant aux nécessités de toute époque. Curieusement,
cette évidence peine à investir le champ de la réflexion
collective, comme si la question ne devait pas être posée. Mais
il s'agit là d'un phénomène paradoxal très classique.
Michel ARNAUD: Démocratie et numérique:
apprendre à être "ondoyant et
divers"
Confrontée à un traçage généralisé
tant des pouvoirs publics que des entreprises pratiquant
le marketing direct et la cybersurveillance des
salariés, la personne voit sa marge de manœuvre
réduite du fait de la prédicabilité statistique
de ses comportements. De plus les algorithmes informatiques
extraient les informations du Web et organisent
les connaissances qui sont proposées, par
exemple dans les réseaux sociaux, au risque de décourager
les personnes à refaire le même cheminement
et les amènent à accepter une relation de
consommation de ces connaissances qui, parce qu’externalisées,sont
de moins en moins assimilées. L’ordinateur accapare
non seulement la mémoire collective et individuelle
mais encore les processus de construction des connaissances.
Que faire Comment éviter que la personne n’adhère
à l’image qui lui est proposée d’elle-même?
Comment garantir une marge de liberté indispensable
à l’estime de soi? Si la motivation d’apprendre peut être
liée à une amélioration des conditions
socio-professionnelles, il se pourrait qu’elle tende
à inclure aussi comme moteur l’affirmation de soi,
non dans une unidimensionalité, mais dans la pluralité
des identités à gérer pour se ménager
des échappatoires.
Michel Arnaud est professeur à l’Université
Paris Ouest - Nanterre la Défense, responsable
de la spécialité "Conception et Gestion de Projets
Numériques Territoriaux" (CGPNT) du master
pro infocom de Paris Ouest – Nanterre la Défense
(http://www.u-paris10.fr/MP02003/0/fiche_formation/).
Il est aussi responsable du CAFEL (chef de projet
"Apprentissage et Formations en ligne") en partenariat
avec le Préau (CCIP) (http://www.u-paris10.fr/jsp/fiche_formation.jsp?CODE=DUCAFEL09&LANGUE=0).
Son axe de recherche principal est
l'étude des faits sociaux d’information
et de communication, sous les multiples aspects
des techniques, des dispositifs, des usages et des
politiques.
Jean-Hugues BARTHÉLÉMY: Institutions
de programmes, industries de programmes
et technologies relationnelles: un défi
éducationnel
On nomme "institutions de programmes" les institutions
qui, comme l’Ecole, définissent des
programmes de formation, tandis que les "industries
de programmes" sont ce qu’Adorno et Horkheimer nommaient
les "industries culturelles" (Kulturindustrie),
telle la télévision. Or, si l’on sait
désormais dénoncer la concurrence déloyale
que font peser les secondes sur les premières,
et les nuisances ainsi produites relativement au désir
d’apprendre et à la capacité d’attention
des nouvelles générations, on sait
sans doute moins envisager que les nouvelles "technologies
relationnelles" comme internet, au lieu d’aggraver encore
la situation tant dénoncée depuis dix
ans par les enseignants, peuvent devenir la solution au problème.
Pourtant, comme le montre Bernard Stiegler, le "poison"
technologique est aussi le remède. Telle
est la "pharmacologie de l’esprit" requise par le défi
éducationnel tout à fait inédit auquel
les enseignants, de manière unanime, disent devoir
faire face. Et cette pharmacologie appelle également
une "culture technique" dont Simondon avait commencé de
théoriser l’élaboration pour la future Ecole.
Jean-Hugues Barthélémy (ENIB/Paris
8), directeur des Cahiers Simondon,
directeur du séminaire "Individuation
et technique" (2009-2011) de la MSH Paris-Nord, est
membre du Conseil d’administration d’Ars industrialis.
Il est l’auteur de Simondon ou l’Encyclopédisme
génétique (P.U.F., 2008), ainsi que des
deux volets de Penser l’individuation (L’Harmattan,
2005), et a coordonné en 2006 le numéro "Gilbert
Simondon" de la Revue philosophique (P.U.F).
Bernard BLANDIN: Vers une économie de
l'apprendre?
En introduction, l’auteur positionne son propos
par rapport aux théories de l’économie
de l’éducation, qui se réfèrent
généralement à la théorie
du capital humain. Il propose une approche fondée
non sur des modèles de retour sur investissement,
mais sur des modèles d’efficience des apprentissages
appuyés sur les sciences de l’éducation.
Il démontre d’abord la faillite du modèle
industriel de l’éducation à distance qui a
servi pendant près de quarante ans de modèle
d’efficience, du fait de la nécessité du tutorat
qui réintroduit des coûts variables. Il
étudie ensuite l’efficience de diverses modalités
pédagogiques à partir de méta-analyses
d’études comparatives (Problem-Based Learning,
e-Learning), de travaux de recherches (simulations) ou
d’études historiques (enseignement mutuel). Il
en tire quelques éléments en faveur d’une "économie
de l’apprendre" qui met l’efficience des situations
pédagogiques au cœur du modèle économique,
et dont il appelle de ses vœux le développement.
Bernard Blandin est architecte, ingénieur,
titulaire d’un doctorat en sociologie
et habilité à diriger les recherches (HDR) en
sciences de l’éducation. Il est actuellement chercheur
associé au CREF (EA 1589 – Université Paris
Ouest Nanterre) et directeur de recherches au CESI (Laboratoire
d’ingénierie des environnements d’apprentissage
- LIEA).
Bibliographie récente sur le sujet:
BLANDIN, B. (2010) "Quelques effets des instruments
de communication sur la relation pédagogique",
in GAUDIN, T. & FAROULT, E. (coord.)
L’empreinte de la technique. Ethnotechnologie
prospective. Paris : L’Harmattan, p. 217-228.
BLANDIN, B. (2009) "Objet, savoir, apprentissage",
in BAILLE, J. (dir) Du mot au concept:
objet. Grenoble: Presses de l’université
de Grenoble, p. 109-121.
BLANDIN, B. (2008) "Impact du dispositif sur les
processus d’apprentissage", in ENLART, S.
Formation: les dispositifs en question. Paris: Editions
Liaisons, p. 27-38.
BLANDIN, B. (2007) Les environnements d’apprentissage.
Paris: L’Harmattan.
Anne-Marie BOUTIN: La méthodologie du
design peut-elle aider à repenser les systèmes et
les méthodes pédagogiques?
L’accent est généralement mis sur la
capacité créative du design et son aptitude à aborder
les problèmes avec une démarche holistique associant
aux composantes rationnelles de la décision, celles de l’intuition
et de l’émotion. Ces caractéristiques ne suffisent pas
à expliquer la pertinence de la démarche du design
pour aborder la complexité d’une société où:
* La réalité ne peut plus être
appréhendée par la simple juxtaposition de connaissances
ou de méthodologies liées à des disciplines
qui par ailleurs se périment vite. Car elle est de plus en
plus complexe et changeante et les systèmes qui la composent
interagissent tous entre eux;
* Les processus de décision se modifient. Aux
processus "descendants" se superposent et parfois se substituent
des processus "ascendants". L'innovation centrée sur l'utilisateur
complète ou remplace l'innovation centrée sur la recherche
et la technologie;
* A la culture de territoires dont le maître
mot est la protection, se substitue la culture de réseaux
plus soucieuse de diffusion;
* Les utilisateurs souhaitent être de véritables
acteurs du processus (et pas seulement des objets d'études,
d'observation et de statistique) mais ne peuvent se substituer pour
autant aux acteurs fonctionnels "naturels". Leurs modes d’appropriation
relèvent de plus en plus souvent de l"expérience vécue"
quelle qu’en soit la forme (immatérielle, artistique, intellectuelle,
physique).
Cette pertinence tient en trois mots clefs:
Inversion du regard: en adoptant le regard
de l’utilisateur, le design contribue à inverser le regard
sur le processus d’innovation et peut inverser le processus lui-même:
une innovation issue de l’utilisateur peut ainsi susciter des recherches;
Transdisciplinarité: le cœur de la
compétence du designer est sa capacité de représentation
et de visualisation des idées et des concepts, qui les rend
immédiatement communicables au delà des connaissances,
des cultures, des langues. Il traverse ainsi les disciplines, les
méthodologies et les cultures ce qui en fait un catalyseur unique
dans les processus de création en équipes pluridisciplinaires;
Expérience: ce talent de représentation
s’applique à la conception avec les acteurs de scénarios:
scénarios d’usage et scénarios de vie qu’il déroule
en autant d’expériences uniques.
Ces caractéristiques en font un outil extrêmement
efficace pour repenser systèmes et structures avec ceux qui
en sont les acteurs dans des démarches de projet pédagogiques.
Marie-Ange
COTTERET: Métrologie et mesure,
entre science et conscience
Posons
l'hypothèse que la métrologie est
un jeu social pacificateur qui remplace le pillage par
l'échange. Cette hypothèse inédite
suppose de transformer le regard porté sur les pratiques
métrologiques millénaires pour en appeler
à de nouvelles lumières pour accéder
à notre métrologie actuelle et à sa place
symbolique et réelle dans notre monde. De la métrologie
naît une part de la justice. Mettre de l'ordre et respecter
des codes et des usages communs, c'est chercher à s'entendre
au lieu de s'entretuer pour acquérir un gain, un bien,
un objet symbolique ou précieux. Autrement dit, la métrologie
devenant un cadre où la reconnaissance tient lieu de
pacte de non agression. Se reconnaître, connaître
et partager également des connaissances, des procédés,
des processus de mesure et des calculs d'incertitude nous
concernent tous. La mondialisation scientifique et technique,
informationnelle et économique à l'échelle
de la planète et la construction par exemple de nouveaux
indicateurs humains et écologiques sont autant de pistes
d'apprentissage nécessaires dans notre société
en devenir.
Marie-Ange
Cotteret, docteur en sciences de l'éducation,
est co-fondatrice de l'association METRODIFF (http://www.metrodiff.org).
Elle est l'auteur de « Mesurez-vous ! »
2008 Collection 2100, Edition Ovadia. Elle est l'auteur
de nombreux articles de diffusion de la culture métrologique
et de philosophie de la mesure.
Francis DANVERS: Apprendre à devenir: utopie
d'une société de l'apprenance?
L'exposé proposera un cheminement à parti
rde certains mots-clefs: Accompagnement; (posture professionnelle
de l'...); Acquis (validation et valorisation);
Apprentissage (théories de l'...); Apprendre
(désir et liberté d'); Biopouvoir; Communication;
Compétences (paradigme des...); Complexité
(épistémologie de la...); Créativité;
Education (non formelle, formelle, informelle);
Expérience (retour d'); Entreprendre (projet
d'); Homme neuronal; Information (technologies de l'...);
Interactions (Sciences et Sociétés); Interdisciplinarité;
Motivation (à apprendre...); Mutations
(territoriales); Orientation pro-active; Prospective
(histoire de la...); Reconnaissance (parcours de la
...); Réflexivité; Savoirs (mutations
des); Sérendipité; Utopies éducatives
Professeur de psychologie de l’éducation,
Francis Danvers dirige le SCUIO-IP de
l’Université de Lille 3
Vice-président de l’Université populaire
de Lille depuis 2004, il est membre du Collège
régional de prospective Nord-Pas-de-Calais
et du conseil scientifique de Sciences Po Lille.
Enseignant-chercheur au Laboratoire Profeor-CIREL
(EA 4354). Université "C. de Gaulle" de Lille III. UFR
des sciences de l'éducation, Domaine
"Pont de Bois".
Ouvrage de référence: S’orienter
dans la vie : une valeur suprême? Essai
d’anthropologie de la formation (Dictionnaire de
sciences humaines. 500 entrées), Villeneuve
d’Ascq, Septentrion, Collection "Métiers et
pratiques de formation", 656 p.
Thierry GAUDIN: Les enseignements
de la socianalyse et son rôle dans la
construction de l'ethnotechnologie
L’ethnotechnologie a eu des racines multiples
liées aux personnalités qui ont fondé
ce nouveau champ de recherche dans les années 70. L’ethnologie
d’abord, avec Robert Jaulin qui s’interrogeait sur le rapport des
civilisations à la technique; le monde de la technologie
et de la science avec Philippe Roqueplo et la politique d’innovation
pour la manière de faire évoluer la perméabilité
des institutions aux évolutions de la technologie, Jacques Perriault
enfin qui s’interrogeait déjà sur l’usage des
nouvelles technologies dans un monde en mutation. Parmi ces
différentes racines, l’approche institutionnelle s’est appuyée
sur un outil en développement à l’époque,
la socianalyse. Introduite en 1956 par Jacques et Maria Van
Bockstaele, la socianalyse est à la fois une branche de la
sociologie d’intervention, une théorie des rapports
sociaux et une technique d'intervention, dite "tâche
canonique", applicable au traitement d’une situation pragmatique particulière.
Pour ses initiateurs, la théorie
socianalytique repose sur le concept "imaginer-coopter" et
vise à interpréter la dynamique de l’action sociale.
Cette optique donne de la socianalyse une image qui tient au lien
objet/technique lequel, à l'exemple des sciences dures,
relie l'objet conceptuellement visé à la technique mise en
œuvre. Ce nouveau courant dans une approche intégrative
tentait de relier les apports, entre autres, de la psychanalyse qui,
dès les travaux de Freud, avaient posé la question du
social, ceux de la psychosociologie, du psychodrame et de la psychothérapie
de groupe (Kurt Lewin et Jacob Moreno) et ceux du courant critique
de Gregory Bateson et Eric Berne qui donnaient naissance à
l’analyse transactionnelle. La socianalyse dépasse le niveau
familial et la thérapie. Elle vise à induire des changements
sociétaux, au moyen d’un travail d’analyse étagée
concernant, au-delà des psychismes individuels, les jeux de
rôle que les acteurs assument. Son fonctionnement s’appuie
sur un processus d’imagination-cooptation. Les enseignements de
la socianalyse ont fondé une pratique dans différentes
configurations: ils ont inspiré successivement les politiques
d’innovation, l’ethnotechnologie et la construction d’une recherche
prospective. Que dire de sa légitimité et de son efficacité?
Geneviève JACQUINOT-DELAUNAY:
L'école: scénarios du futur?
Les futurs de l‘éducation sont
toujours lointains: non seulement parce que l’éducation
est un long processus, mais aussi parce que les changements —
malgré la créativité de nombreux innovateurs —
y sont toujours lents et difficiles, et que les politiques
ont du mal à se saisir des problèmes que pose ce que
l’on appelle improprement la "crise" de l’école. Commençons
par débusquer les angles morts, les impensés de
l’école d’aujourd’hui et à dresser le tableau des grands
changements sociaux — et pas seulement technologiques, fussent-ils
ethnotechnologiques — qui conditionnent l’élaboration d’un
nouveau modèle de l’école du XXIe siècle. Après
le diagnostic, voici les propositions: nous fondant à la fois
sur l’histoire des innovations en éducation, sur les rapports
récents relatifs aux divers niveaux et secteurs d’enseignement
et sur les recherches au croisement des sciences de l’éducation
et des sciences de l’information et de la communication, on dégagera
les grandes tendances à l'œuvre dans l’élaboration dudit
modèle. Entre la nostalgie de l’école de la République
(Finkelkraut) et l’utopie de la société sans école
(Illich), il y a place pour des modèles alternatifs en émergence.
Geneviève Jacquinot-Delaunay
est professeur émérite de l’Université
de Paris 8, ancienne vice-présidente de cette université,
membre du groupe de recherche CEMTI (Paris 8) et associée
au Laboratoire Communication et Politique du CNRS. Elle a suivi
et participé à de nombreuses "innovations" pédagogiques
liées au développement de l’environnement médiatique,
à divers niveaux et dans différents contextes, comme
enseignant-chercheur et expert (Unesco, Ministère des Affaires
Etrangères, AUF, Ina...). Elle a par ailleurs été
rédactrice en chef de la revue MédiaMorphoses (Ina/A Colin)
de 2000 à 2008.
Publications:
"Les Sciences de l’éducation et
les Sciences de l‘information et de la communication en dialogue:
à propos des technologies éducatives", l’Année
sociologique, 51/2001, n°2.
"La démarche dispositive au risque
de l’innovation", avec H. Choplin, Education Permanente,
n°152, "Les TIC au service de nouveaux dispositifs de formation",
2002.
L’Université et les TIC, chronique
d’une innovation annoncée, De Boeck, coll. "Education
et Formation", 2008.
"Entre présence et absence. La
Formation à Distance comme principe de provocation", in
Distances et Savoirs, CNED/Lavoisier, Vol 8, n°2/2010.
"De l‘éducation aux médias
aux médiacultures, Les e-dossiers de l’audiovisuel",
Ina, 2011: http://www.inasup.com/node/1592.
"Education and communication, an archeology
of discourse and pratice" (International Journal of Learning
and Media, 2:2-3 (Spring- Summer 2011, pp. 15-25. ©2011,
Massachusetts Institute of Technology (doi: 10.1162/ ijlm_a_00030).
Josée LANDRIEU: Enseigner ce qui
n'est plus stabilisé. Une pratique d’enseignement
en économie du développement et
des territoires
Des savoirs que l’on dit "ordinaires" se manifestent
de plus en plus dans l’espace public. Fondés
sur la reconnaissance plus que sur la connaissance,
sur des valeurs de dignité, de justice, de
vie, ils embrassent d’emblée une vision globale
qui transverse les disciplines et est éminemment
concrète, enracinée dans le quotidien. Ils
contestent la vérité docte, en réfutent la
validité scientifique, ils s’attaquent au pouvoir
de la communauté des économistes. Le monopole
que ceux-ci avaient sur la production des savoirs semble
ainsi s’affaiblir entraînant une perte de crédibilité
de la discipline.
Les moyens dont disposent les économistes pour
assurer leur pouvoir, même s’ils sont toujours très
conséquents, se révèlent moins
performants que les outils dont dispose l’intelligence
populaire. Internet, Facebook, Twitter, font la preuve de
leur capacité à mettre en relation les savoirs, les
expériences, les énergies. Ce sont des
lieux où souffle un vent de reconnaissance ravageur
pour les autorités, des lieux de contre-pouvoir extrêmement
actifs.
Après une première partie explicitant
les raisons et les manifestations d’une déstabilisation
de la discipline, une seconde partie présentera
concrètement une pratique d’enseignement
en économie des territoires et du développement
qui questionne la validité et la pertinence des
théories et des modèles et prépare
les étudiants à se frayer un chemin dans
la mouvance des savoirs actuels, avec l’objectif de
les aider à prendre part active dans l’élaboration
d’une nouvelle économie.
Josée Landrieu est économiste.
Elle a été responsable de la prospective
du ministère de l’équipement,
du logement et des transports pendant plusieurs années
et a exercé parallèlement une activité d’enseignement
en économie du territoire et du développement.
Elle a contribué à la mise en place d’une formation
continue de gestion des ressources dans le cadre d’un DESU
à Paris XII lorsqu’elle était en charge de la
prospective à la DATAR. C’est à cette expérience
d’enseignement que se réfère cet exposé.
Lionel LARQUÉ:
Enseignement formel/enseignement informel:
le cas des "petits débrouillards"
Depuis le milieu
des années 1990, et ce de façon concomitante
en France et en Allemagne, mais de facto dans de nombreux
pays dits développés, nous observons
une baisse des stratégies d'orientation des élèves,
lycéens et étudiants dans les filières
scientifiques et techniques. Cette baisse a fait l'objet
d'une littérature abondante, peu scientifique, souvent
sous forme "d'essais", de points de vue, la plupart du temps
écrits par des personnalités du monde scientifique,
puis, dans un second temps, du monde politique. Or, à
y regarder de plus près, on constate que les acteurs-clés
qui ont participé de la construction de cette peur du "désintérêt
des jeunes pour les carrières scientifiques" sont
loin d'être neutres et rationnels au sens d'une raison
éclairée par des données ou des analyses
robustes. Il convient donc de revenir sur cette période
1995/2010 pour décrypter les éléments
suivants:
- en quoi le
"discours sur la jeunesse" qui sous-tend l'essentiel
des argumentaires des tenants d'un "désintérêt
des jeunes pour les carrières scientifiques"
est -il contestable? En quoi charrie-t-il une vision
éculée et somme toute assez réactionnaire
de "la" jeunesse? En quoi une lecture critique de ce discours
permet-il de resituer les enjeux du débat en termes
socio-politiques et socio-économiques;
- affiner la
lecture des stratégies d'orientation des jeunes
et de leurs familles en les connectant, non à une
vision d'une "jeunesse qui n'aurait plus le goût
de l'effort", mais à l'évolution du marché
du travail, des métiers valorisés, des métiers
"d'élite", données qui influencent de façon
perceptible les choix des jeunes générations;
- en quoi les
paramètres psycho-sociaux influent, de façon
notable, sur la dépréciation de soi?
En quoi jouent-ils sur la façon dont les jeunes se
projettent ou non dans leur propre avenir;
- connecté
à ce sujet, en quoi le rapport aux savoirs que
génèrent les institutions d'éducation
formelle (au premier rang desquelles l'Education nationale
et les institutions de l'Enseignement supérieur)
est contradictoire avec des ambitions affichées d'élargir
le spectre sociologique des futurs "candidats" aux métiers
des sciences et techiques;
- enfin, on constate
qu'une littérature abondante, surtout institutionnelle,
a diffusé l'idée qu'une réforme
massive du type d'enseignement des sciences (expérimentale,
hypothético-déductive...) ou, pour être
plus précis, des "key science" (celles qui comptent
en termes de puissance), favoriserait les choix des jeunes
générations en direction des métiers
scientifiques et techniques. Nous pensons que cette argumentation
ne tient pas, que la logique pédagogique apporte
une très bonne réponse à une autre question:
celle d'un autre rapport à la connaissance, à une
meilleure appropriation de son environnement direct. Les tautologies
des raisonnements que nous critiquerons nous amèneront
donc à postuler d'autres choix socio-économiques, bien
plus déterminants, pour questionner le rapport des jeunes
générations aux carrières en question.
S'il s'agit de susciter des stratégies institutionnelles
visant à mobiliser, motiver, fédérer et
former des jeunes générations dans le cadre des
métiers des sciences et techniques, il importe donc
de mieux savoir à quelles questions nous souhaitons apporter
des réponses. C'est donc à une lecture critique
de ces discours, sur la base de quelques rares analyses chiffrées,
que nous inviterons les participants à réfléchir.
Jacques PERRIAULT:
Nouveaux savoirs, nouvelles pratiques, nouveaux
dispositifs
Il est bien difficile
d’augurer de l’avenir des modes d’apprentissage et
de leurs cadres institutionnels. Nous savons seulement que
la toile de fond (Simondon) en sera l’incertitude généralisée,
que les modes d’apprentissage seront variés (behavioristes,
cognitifs, constructivistes, connexionnistes, mixtes à
la façon de Bandura) et que l’enjeu le plus important
sera de savoir vivre ensemble, telle est en tout cas la
base de mes réflexions sur le sujet. Dans la troisième
partie du colloque, nous aborderons certaines — hélas,
pas toutes ! — des thématiques suivantes:
- la dimension cognitive
et sociale de l’apprentissage. Ici interviennent
des questions telles que la gestion du temps de formation
(stress, émiettement, traitement de l’information
en parallèle), la construction des compétences
(sociales, cognitives), de nouvelles formes d’acquisition
(scanning, sampling) du savoir, de nouvelles façons
d’enseigner des sujets actuels et futurs tels que le traitement
de l’information, les nanotechnologies, les risques climatique
et nucléaire, enfin l’importance croissante de la construction
collective des savoirs. Nous regarderons aussi l’impact des
techniques de cognition augmentée, On examinera les politiques
de prévention de l’absentéisme et du décrochage
scolaire;
- la formation aux
sciences. La science d’aujourd’hui est essentiellement
constituée de controverses; aussi apprendre
des notions et des théories ne suffit plus, il y
a lieu d’y ajouter les principes de communication qui permettent
de comprendre l’évolution incessante des savoirs.
L’information scientifique et technique se heurte à des
difficultés de plus en plus grandes; on commence à
considérer l’Art comme un vecteur qui permet non pas d’enseigner
des théories mais de mettre les spectateurs dans l’état
d’esprit qui permet de s’en approcher;
- les modèles
innovants. Au niveau local, de nombreuses initiatives
devraient retenir l’attention, les écoles de la
deuxième chance (La Courneuve, Meurthe et Moselle, Marseille),
par exemple. Au niveau global, d’une part: la compréhension
d’autres systèmes de pensée, le système
chinois notamment, sont une condition nécessaire pour
suivre et gérer la mondialisation. D’autre part, la montée
de pratiques démocratiques (délibération
notamment et participation des usagers) à la construction
de régulations sociotechniques: normes et standards
pour l’accès au savoir en ligne, évaluation
des politiques publiques de formation, par exemple;
- l’industrie de la
connaissance: son interaction avec le savoir proprement
dit et avec les intéressés.
Richard PÉTRIS: Une "école
de la paix" ou construire la paix par l'éducation
A bien y réfléchir, est-il
raisonnable d’attendre d’un effort spécifique d’éducation,
d’une éducation se fixant clairement cet objectif,
qu’il puisse contribuer concrètement à la construction
de la paix; qu’on soit capable d’apporter une réponse
véritable à ce défi de l’espèce humaine
que sont l’organisation du "vivre-ensemble" et la recherche de
l’harmonie dans la vie des hommes et des sociétés?
Si beaucoup considèrent que l’état pacifique ne
peut qu’être imposé à ceux-ci, des expériences
sont tentées pour tirer des leçons des conflits
passés et en cours afin d’y remédier, voire de prévenir
de nouvelles violences en développant à la fois des connaissances
et des compétences en la matière. Dans le cadre de
ce colloque sur "l’apprendre", y compris en croisant notre réflexion
avec celle qui consiste à reconnaître dans la science
de la mesure une aide à l’établissement de la justice,
par conséquent de meilleures relations entre les hommes, peut-on
évaluer la validité de l’espoir qui fait vivre l’Ecole
de la paix de Grenoble?
Richard Pétris, diplômé
en sciences-politiques, est directeur de l’Ecole de la paix,
une association (loi 1901) à Grenoble. A dirigé la
collection "Culture de paix" chez Desclée de Brouwer.
A publié Les Cambodgiens face
à eux-mêmes (Editions CLM, Paris 1992), La conversion
des industries d’armement (Editions CLM, Paris, 1993), Gouvernance
et sécurité (2002) ainsi que divers articles notamment
dans Le Monde, La Croix, El Colombiano, sur la culture de la
paix, la conversion des industries d’armement et de l’économie,
la société civile, la gouvernance, la construction
européenne.
Anne QUERRIEN: La place de l'autre dans les
relations d'apprentissage
Une question inspirée par l’expérience
psychanalytique: l’altérité,
en constitue le moteur quand bien même sujet
et objet de la recherche, de l’apprentissage, se confondent.
L’école devient efficace, capable de toucher
le plus grand nombre, le jour où elle devient collective.
La présence d’un grand nombre d’élèves
face aux maîtres n’est plus considérée
comme une gêne mais articulée comme
un atout dans une forme pédagogique nouvelle.
A condition d’instituer fortement la figure de l’Autre.
Avec l’école mutuelle, c’est un mouvement
collectif vers le savoir qu’on entend organiser, en tablant
sur les différences de connaissance entre
les uns et les autres, et l’Autre devient la connaissance elle-même.
L’agencement de la figure de l’autre dans l’espace de
l’école "normale", dans les technologies éducatives
commerciales, dans les jeux pédagogiques,
recentre le sujet sur soi et bride les apprentissages, après
l’avoir soutenu. Quelles installations de situations
d’apprentissage pourraient embrayer sur les multiples
dimensions sensibles et abstraites co-présentes?
Anne Querrien, sociologue, animé successivement
les revues Education Permanente ( Directeur
Bertrand Schwartz à l’Institut national
pour la Formation des adultes 1968-1971), Recherches
( Directeur Félix Guattari 1973-1978)
et Les Annales de la Recherche Urbaine.
Elle a travaillé sur l’histoire de l’école
primaire et du collège en France, sur
l’histoire de la formation du Corps des Ponts
et Chaussées, et enseigné la sociologie
urbaine des les universités de Paris I,
Evry et Paris VIII. Elle a publié dans la revue
Recherches puis en livre: L’école mutuelle
: une pédagogie trop efficace ? Seuil/Les empêcheurs
de penser en rond, 2004.
Claude ROCHE: Où va l’apprentissage
des sciences? Réflexions à partir d’une expérience
récente
les récentes réformes de la recherche
et de l’enseignement supérieur laissent peu de doute sur
la logique de fond: celle d’une interpénétration
croissante entre la logique économique et celle de la
formation supérieure.
Quelles en sont les conséquences sur le
contenu de ce qui est enseigné? N’y a-t-il pas un risque
que l’université perde se référence à l’universalité
du savoir et à son objectivé?
Dans cette conférence, et plutôt
qu’une nouvelle discussion a priori sur ces questions on partira
d’une expérience de "clusterisation" menée par les
écoles d’ingénieurs de l’IPL (I. C.LILLE). Après
avoir noté sa représentativité, on s’appuiera
sur le bilan tiré par l’équipe enseignante et effectué
dans le cadre d’une recherche souhaitée par l’IPL. On mettra
l’accent sur trois points qui signalent une rupture dans le contenu
de la formation par rapport à la tradition bi-séculaire
de l’enseignement scientifique:
* Une rupture de nature philosophique dans le
contenu scientifique;
* Un déplacement de la posture des enseignants,
vers le soutien plutôt que vers la transmission directe;
* Une attitude de scepticisme vis-à-vis
de la science de la part des futurs ingénieurs.
On s’interrogera alors sur la portée de
cette évolution, laquelle nous semble toucher aux bases
historiques de l’Ecole dans notre pays, mais aussi à celles
d’un système politique né avec les Lumières.
Claude Roche, ingénieur ENPC et
docteur en philosophie. A mené une double carrière
d’enseignement en école d’ingénieur, et de consultant
en entreprise sur les questions liées à la dématérialisation
de l’activité économique. Actuellement titulaire
de la chaire de management de l’innovation de l’ISEN, il participe
en tant que directeur scientifique au projet de clusterisation dit ateliers
de la recréation. Il anime un département de recherche
consacré au management de la connaissance.
Jacqueline SAINT-RAYMOND ELOI: Réseaux
d’échanges réciproques de savoirs (R.E.R.S.)
et ethnotechnologie: et la réciprocité formatrice dans
tout ça?
Les savoirs, biens communs de nos sociétés
(ainsi que nos communaux d’autrefois), s’échangent
dans nos R.E.R.S. Porteurs de fortes valeurs éthiques,
pédagogiques et sociales, les R.E.R.S. sont une véritable
action de formation et de promotion des personnes qui s’appliquent
à elles-mêmes le principe de la réciprocité
ouverte: réciprocité formatrice, auto-formatrice, éco-formatrice,
réciprocité des réseaux sociaux, réciprocité
en action... Comment réseaux d’échanges réciproques
de savoirs (qui misent sur la relation en présence) et réseaux
à distance peuvent-ils s’enrichir, se compléter? Comment
les offreurs et demandeurs de savoirs de nos R.E.R.S., peuvent-ils davantage
devenir acteurs citoyens de leur démarches par et dans l’utilisation
des nouvelles technologies d’information plutôt que consommateurs
ne maîtrisant ni les tenants ni les aboutissants de celles-ci?
Claire et Marc Héber-Suffrin,
(1981), 1994, L’École éclatée,
Paris, France, (Stock), Desclée de Brouwer. Préface
d’Edgar Morin. Postface de Dany Cohn-Bendit. 215 pages.
Claire et Marc Héber-Suffrin, 1988,
Appels aux intelligences, Vigneux, France, Matrice.
257 pages.
Claire et Marc Héber-Suffrin, 1992,
Echanger les savoirs, Paris, France, Desclée
de Brouwer. 307 pages. Préface de Patrick Viveret.
Claire et Marc Héber-Suffrin, 1993,
Le cercle des savoirs reconnus, Paris, France, Desclée
de Brouwer. Préface de Jacques Robin. 109 pages. Des illustrations
et encarts de témoignages.
Sous la direction de Claire Heber-Suffrin,
Chantal Renon-Thouret, Nicole Desgroppes et André Vidricaire.
Parier sur la réciprocité. Vivre la Solidarité,
2011. Collection Comprendre la Société. Editions
Chronique Sociale.
Marc TIREL: Comment les internautes apprennent?
Le cas de Twitter
Depuis 2005, avec l'arrivée d'une nouvelle
génération d'outils et de services
web, les usages et comportements de nombreux internautes
se sont sensiblement modifiés. En tant qu'usager
de nombre de ces services et en analysant dans le
détail l'un d'entre-eux, "Twitter", je tenterai
de discerner, formaliser et de comprendre les émergences
en cours. Celles-ci concernent aussi bien l'individu et sa
capacité à se comporter, à être et à
apprendre différemment que les relations inter-personnelles
et les nouvelles formes de l’apprendre ensemble.
La démarche sociologique d'analyse des réseaux
sociaux est d'ailleurs l'objet d'un regain
d'intérêt sous le déferlement
des "Facebook" et autres consorts... Au-delà de
ces émergences, la rapidité et l'accélération
continue des phénomènes en cours
posent de nombreuses questions dans différents
registres: capacités d'adaptation tant individuelles
que collectives, formes d'organisation et institutions,
transformation des valeurs, responsabilités et
possibles à créer,. Mais aussi: qu’est-ce qu’apprendre?
et que devient-il fondamental d’apprendre? Ces réflexions
et questionnements permettront, je l'espère,
à certains d'aller expérimenter et à
d'autres d'aller au-delà des certitudes et des lieux
communs.
De 2000 à 2004, Marc Tirel était
responsable du développement du "e-learning"
pour le Groupe Schneider Electric, s’appuyant
sur le management collaboratif pour initier et déployer
avec succès une dynamique de projets
dans 40 pays avec un budget sous contraintes. Co-fondateur
de la société "Savoirs Pour Tous" (http://www.savoirspourtous.com/Libre-de-me-former-Libre-de.html)
et membre fondateur du collectif "Les
Explorateurs du Web" (http://explorateursduweb.com/blog/flux),
pratiquant et acteur engagé du management
collaboratif et du « web social », il s’investit
aujourd’hui sur les transformations engendrées
par les organisations en réseaux. Il intervient
spécifiquement sur l’agilité opérationnelle,
la "propagation organique", la re-considération
des richesses, la mise en place de nouveaux indicateurs
et de monnaies, les nouvelles façons de former
et d’apprendre. Membre actif ou co-fondateur de différentes
associations et collectifs (Society for Organizational
Learning, The Transitioner, Les Valeureux, Les Explorateurs
du Web, Planète du 3ème millénaire,
Club de Budapest), Marc est un connecteur d’idées,
de personnes, de projets, d’entreprises au service d’émergences
dont le monde a besoin.
Liens vers 3 articles parus en 2008: "de la formation
à l'Apprenance":
http://inprincipo.com/fr/de-la-formation-a-lapprenance-1-3
http://inprincipo.com/fr/de-la-formation-a-lapprenance-2-3
http://inprincipo.com/fr/de-la-formation-a-lapprenance-3-3
Ici des billets sur le Colloque "Educa On-Line"
de Berlin 2007 et 2008:
http://connecteur.blogspirit.com/archive/2007/12/01/on-line-educa-berin.html
http://connecteur.blogspirit.com/archive/2008/12/30/educa-on-line-2008.html
Ainsi que ceci paru en 2006:
http://connecteur.blogspirit.com/archive/2006/11/01/favoriser-l-apprentissage-informel.html
http://connecteur.blogspirit.com/archive/2006/10/31/apprendre-ou-etre-forme.html
Avec le soutien de la Fondation Charles Léopold
Mayer pour le Progrès de l'Homme