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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2015 : un des colloques





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CULTURAL STUDIES / ÉTUDES CULTURELLES :
AU-DELÀ DES POLITIQUES DES IDENTITÉS
Mise à jour
15/02/2017


DU MERCREDI 2 SEPTEMBRE (19 H) AU MERCREDI 9 SEPTEMBRE (14 H) 2015

DIRECTION : Éric MAIGRET, Laurent MARTIN

ARGUMENT :

Ce colloque explorera les théorisations les plus récentes en cultural studies (études culturelles), courant de recherche transdisciplinaire étudiant les relations entre technologies de pouvoir et formes culturelles. Les cultural studies accordent une place centrale à la question des identités. Elles ont enrichi les travaux sur ces dernières en démontrant, d’une part, l’importance des politiques de différences, d’autre part, l'hétérogénéité des individus et des groupes, construits par des discours, pratiques et positions qui ne coïncident pas nécessairement. En se confrontant aux craquements des cadres nationaux, postcoloniaux et de genre, en débattant des modèles deleuziens et du tournant ontologique, qui conduit à ne plus séparer humains et non-humains, les recherches actuelles abordent de nouvelles frontières. La prolifération des subjectivités s’effectue alors que de nouveaux régimes de pouvoir (économiques, écologiques, corporels, expressifs...) tendent à s’imposer. Pour répondre à ces réaménagements, s’agit-il de systématiser les rapports de pouvoir dans l’analyse des identités, en particulier de genre, voire de réintégrer les cultural studies dans les autres sciences humaines? Ou faut-il toujours inscrire les questions multiculturelles, les enjeux d’égalité entre les genres, classes et races dans une pensée conjoncturelle, qui décloisonne les disciplines et procède par crise?

CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 2 septembre
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Jeudi 3 septembre
Les cultural studies au cœur des nouvelles ruptures épistémologiques
Matin:
"Après les Lumières?"
Lawrence GROSSBERG: Les cultural studies par temps sombres (Cultural Studies in Dark Times) [enregistrement audio en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de l'Université de Caen Normandie et sur le site France Culture]
Susanna PAASONEN: Sur les possibilités de penser au-delà de l'humain (On the Affordances of Moving Beyond the Human)

Après-midi:
"Crises, conjonctures, profusion des territoires"
John CLARKE: À repenser? Crises, conjonctures et construction des cultural studies (Thinking Again? Crises, Conjunctures and the Work of Cultural Studies)
Éric MAIGRET: Penser l’excès diagrammatique: intensité, continuité et conflictualité


Vendredi 4 septembre
Identités, spatialité et matérialisme
Matin:
"Désagrégation du national et tournant spatial"
Ien ANG: Au-delà de l'unité et de la diversité: cosmopolitiser les identités dans un monde globalisant (Beyond Unity in Diversity: Cosmopolitanizing Identities in a Globalizing World)
Will STRAW: Scènes urbaines et nuit identitaire

Après-midi:
"Nouvelles subjectivités économiques"
Gérôme GUIBERT: Contribution au renouveau de la sociologie économique
Janet NEWMAN: Austérité et politiques d'espoir (Austerity and The Politics of Hope)

"Humanisme, anti-humanisme et posthumanisme"
Joanna ZYLINSKA: Les cultural studies après l’humain (Cultural Studies after the Human)


Samedi 5 septembre
Matin:
Éric MACÉ: Des cadres de guerre vulnérables? Critiques contre-hégémoniques et cosmopolitiques des guerres postcoloniales contemporaines

Genre et identité
"Torsions identitaires féministes et positionnement queer"
Jack HALBERSTAM: Zombies Humanism and the Wild
Florence TAMAGNE: Rock, contre-culture et révolution sexuelle: lectures critiques

Après-midi:
"Ce que la mode et les médias font au genre"
Christine BARD: Le genre des apparences: marquer, démarquer, remarquer
Nick REES-ROBERTS: "Fashion Cultures": les cultural studies au-delà des modes (Fashion Cultures: Cultural Studies, After a Fashion)
Geneviève SELLIER: Cultural studies et études filmiques françaises: des paradigmes antagonistes?

Soirée:
Musiques brésiliennes


Dimanche 6 septembre
Peut-on discipliner les identités?
Matin:
"Les controverses françaises sur l'identité"
Maxime CERVULLE: Qui a (encore) besoin de l'identité?
Nelly QUEMENER: D'une marge à l’autre. Repenser les politiques des identités en France (From a Margin to Another Rethinking Identity Polities in France)

Après-midi:
DÉTENTE


Lundi 7 septembre
La question ethno-raciale
Matin:
"L'imaginaire colonial européen"
Nicolas BANCEL: Les nouveaux clercs d’une régression postcoloniale
Nacira GUÉNIF-SOUILAMAS: Les traces et tracés culturels du présent colonial dans l’Europe provincialisée

Après-midi:
"Musiques et identités raciales"
Emmanuel PARENT: Les cultural studies avant la lettre: trajectoire biographique et positionnement théorique de Ralph Ellison (1914-1994)
Karima RAMDANI: Les artistes Rap et RnB, parole d’experts sur le malaise musulman en France
Malcolm THÉOLEYRE: Musique et jeux d’identité en Algérie coloniale et postcoloniale


Mardi 8 septembre
Cosmopolitiques
Matin:
"De nouvelles guerres du mouvement"
Razmig KEUCHEYAN: Ce que le changement climatique fait aux identités
Françoise VERGÈS: Race, classe, genre à l'âge du Capitalocène

Après-midi:
"Disciplines et cultural studies"
Hervé GLEVAREC: La faute au capital culturel (The Blame is on Cultural Capital)
Laurent MARTIN: Histoire culturelle et cultural studies: pourquoi une rencontre longtemps différée?


Mercredi 9 septembre
Politiques scientifiques et positionnements politiques
Matin:
Table ronde conclusive

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Ien ANG: Au-delà de l'unité et de la diversité: cosmopolitiser les identités dans un monde globalisant (Beyond Unity in Diversity: Cosmopolitanizing Identities in a Globalizing World)
The greater interconnectivity and interdependence unleashed by globalization are not creating a more harmonious, cosmopolitan humanity. On the contrary, the more global the world becomes, the more insistent particular differences, especially of the nationalist kind, are being articulated around the world, often leading to tension and conflict. This seeming paradox cannot be reconciled through simple mantras of "unity in diversity". Rhetorical references to "a single humanity" to overcome structurally entrenched divisions (as institutionalised in the world system of nation-states) are not sufficient for the attainment of greater pan-human solidarity. In response to this predicament this paper argues for a cosmopolitan perspective, in which a humanistic universalism should not be seen as a static moral ideal, but as a social and political horizon that must be worked towards, but probably never achieved, through a painstaking and continuing process of cosmopolitanization against the grain of powerful modes of particularist closure.

Ien Ang is Distinguished Professor of Cultural Studies at the Institute for Culture and Society, University of Western Sydney (Australia), of which she was the founding director until 2014. She is the author of numerous books including Watching Dallas: Soap Opera and the Melodramatic Imagination (1985) and On Not Speaking Chinese: Living Between Asia and the West (2001). In recent years her work has focused on culture and globalisation, multiculturalism, transnationalism and diaspora, with a particular interest in the shifting dynamics in the Asia-Pacific region.

Nicolas BANCEL: Les nouveaux clercs d’une régression postcoloniale
Depuis le début des années 2000, l’espace médiatique est progressivement envahi par des intellectuels gagnés aux schèmes de la droite extrême. Un vaste mouvement, animé par l’essentialisation des cultures, la stigmatisation des immigrations postcoloniales et le rejet pulsionnel de l’Islam, s’arrime à la certitude d’un déclin irrémédiable de la France, de la perte de son "identité" profonde et des valeurs républicaines qui caractérisaient sa singularité politique. Sur cette scène, se joue une reconfiguration inédite du paysage médiatique et intellectuel en France, reconfiguration dont les soubassements ressortent, par hypothèse, d’une situation postcoloniale impensée. Nous nous proposons d’explorer ici les trajectoires de plusieurs "intellectuels médiatiques" — entre autre sAlain Finkielkraut, Eric Zemmour et Renaud Camus —, dans leur cheminement long et convergent, éclairant une situation sociale et politique nouvelle, marquée par le triomphe d’une pensée régressive.

Nicolas Bancel, professeur à l’Université de Lausanne (Faculté des sciences sociales et politiques), directeur de l’Issul, co-directeur du Groupe de recherche Achac (www.achac.com), travaille sur l’histoire coloniale et postcoloniale, l’histoire du sport et des mouvements de jeunesse.
Derniers ouvrages parus (direction et codirection)
The Invention of Race, Routledge, 2014.
Colonial Culture in France since the Revolution, Indiana University Press, 2014.
MenschenZoos. Schaufester der Unmenschlichkeit, GMBH, 2013.
Zoos humains et exhibitions coloniales, 150 ans d’inventions de l’Autre, La Découverte, 2013.
ShokuminchiKyowakokuFuransu (La République coloniale), IwanamiShoten, 2012.


Christine BARD: Le genre des apparences: marquer, démarquer, remarquer
Le concept de genre, central pour les cultural studies, permet un questionnement sans précédent sur l’encodage culturel de nos apparences. Avec le genre se construisent des grilles de lecture, féministes dans leur inspiration, sur la domination masculine et son érotisation, mais aussi sur l’empowerment des femmes et ses leurres (le "girl power"). Les processus heurtés d’émancipation vestimentaire et corporelle mettent à nu des oppositions politiques structurantes pour les sociétés, entre tradition et changement, rigidité et fluidité, détermination et indétermination, nature (pensée naturaliste) et culture (variabilité dans le temps et l’espace). Ces conflits, à travers les apparences, visent la sexualité: il s’agit de la normer, de la contrôler, de la réguler, de l’effacer parfois (mais est-ce possible?), de la magnifier à travers la parure, voire de la libérer. Cette intervention tentera une cartographie des enjeux liés à la politisation du genre des apparences et traitera plus spécialement de deux polémiques: le droit des hommes à porter la jupe et la liberté des seins nus dans l’espace public pour les femmes.

Christine Bard est professeure d’histoire contemporaine à l’Université d’Angers, membre de CERHIO. Elle dirige la SFR Confluences et coordonne un programme interdisciplinaire sur les discriminations sexistes et homophobes (GEDI).
Ses publications portent sur l’histoire politique, sociale et culturelle des femmes et du genre (dont: Ce que soulève la jupe; Une histoire politique du pantalon; Le féminisme au-delà des idées reçues).


Maxime CERVULLE: Qui a (encore) besoin de l'identité?
"Qui a besoin de l’identité?" demandait Stuart Hall en 1999, dans une question qui résonnait alors avec les réélaborations féministes du concept à la croisée des positions althussériennes et de la psychanalyse lacanienne. Si la mise au jour de l’instabilité et de la volatilité des catégories identitaires était alors à l’ordre du jour dans bien des universités anglophones, en France l’heure était à la réception des féminismes poststructuralistes et queer sur un mode à la fois identitaire et post-identitaire. Le féminisme poststructuraliste y a en effet pris forme dans une tension avec l’universalisme républicain, aussi bien qu’avec un féminisme matérialiste historiquement rétif à la politique identitaire. Dans une conjoncture contemporaine notamment marquée par l’émergence d’une politique de l’identité conservatrice, qui se déploie dans l’espace public français sous des formes diverses, aussi bien au travers d’affirmations essentialistes que sur le mode du pastiche, il apparaît utile de poser à nouveau la question de Hall. Que faire de l’identité, et comment la saisir, dans un contexte caractérisé par l’articulation publique d’un différentialisme ethno-sexuel, par des mobilisations de rue en faveur de la stabilité des identités de genre et de leur démarcation, et par la formation d’un large consentement à l’identification nationale? La fracture entre poststructuralisme et matérialisme, qui traverse le champ féministe français, n’empêche-t-elle pas d’inventer de nouvelles stratégies, non pas par ou au-delà, mais en-deçà de l’identité? En d’autres termes, comment rester, ici, sur le seuil de l’identité, en tant qu’elle constitue aussi bien la forme discursive que prennent nos expériences qu’un piège servant à générer des antagonismes qui les nient?

Maxime Cervulle est maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis. Chercheur au Centre d’études sur les médias, les technologies et l’internationalisation (EA 3388 CEMTI), il est l’auteur de Dans le blanc des yeux. Diversité, racisme et médias (Éditions Amsterdam, 2013). Il a dirigé la publication en France des deux volumes de l’anthologie des textes de Stuart Hall (Identités et cultures. Politiques des Cultural Studies, 2007; Identités et cultures 2. Politiques des différences, 2013) et a co-écrit avec Nelly Quemener l’ouvrage Cultural Studies: théories et méthodes (Armand Colin, 2015).

John CLARKE: À repenser? Crises, conjonctures et construction des cultural studies (Thinking Again? Crises, Conjunctures and the Work of Cultural Studies)
Crises always produce the temptation to reassert what we already know: they promise to vindicate our knowledge. The commitment to conjunctural analysis within cultural studies challenges this relationship to crises, demanding instead that we work out how the conjuncture is composed. This certainly means refusing some essentialist temptations — that crises are singular, that their identity is always clear, and that the social forces assembled around the crisis also have singular and clear identities. Instead I will argue that — for conjunctural analysis — crises are always multiple and compounded; their identities are fluid and contested; and the social forces in play are always the focus of contradictory efforts to name, constitute and mobilise (or demobilise) them. This is the necessary work of "thinking again".

John Clarke is an Emeritus Professor at the Open University in the UK, where he worked for more than 30 years on the contested futures of welfare states. Drawing on a background in cultural studies, he has researched and written on managerialism and consumerism in public services; struggles over citizenship; and transnational policy mobility.
Publications
Disputing Citizenship (with K. Coll, E. Dagnino and C. Neveu), Policy Press, 2014.
Making Policy Move: Towards a Politics of Translation and Assemblage (with D. Bainton, N. Lendvai and P. Stubbs), Policy Press, 2015.


Nacira GUÉNIF-SOUILAMAS: Les traces et tracés culturels du présent colonial dans l’Europe provincialisée
Une fois attestée la provincialisation de l’Europe dans un monde désormais achevé (worldy, au sens de Haraway) et déjà en cours de recomposition, s’ouvre l’espace d’une possible cartographie des traces et tracés culturels, entendus comme autant de signaux de basse intensité de politiques de domestication ou de résistance à un présent colonial aux coordonnées spatiales, sociales, culturelles et raciales toujours actives. Je propose d’explorer dans les différents mondes où ils sont observables ces traces et tracés et d’en établir d’autres coordonnées afin d’y discerner des principes actifs subalternatifs.

Professeure à l’Université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis et co-directrice du laboratoire EXPERICE (Paris 13 - Paris 8), Nacira Guénif-Souilamas est docteure en sociologie de l’EHESS. Elle travaille sur et contribue au débat public sur les questions croisées de genre et d’ethnicité, de racialisation et de sexualisation, au regard des expériences migrantes et minoritaires dans les contextes français et européens postcoloniaux. Elle a écrit, co-écrit ou contribué à de nombreuses publications en français et en anglais.
Publications
La république mise à nu par son immigration (dir.), La Fabrique, 2006, épuisé.
Les féministes et le garçon arabe, avec Éric Macé, éd. de L’Aube, 2004, épuisé.
Des "beurettes" aux descendantes d’immigrants nord-africains, Grasset, 2000, édition poche en 2003 (Hachette Pluriel), 2004: traduction en arabe, Le Caire.
"Une politique du camouflet", in Histoire d’une république fragile, ss la dir. Emmanuel Laurentin, Fayard, mars 2015.


Lawrence GROSSBERG: Les cultural studies par temps sombres (Cultural Studies in Dark Times)
This paper will attempt to locate the political-intellectual project of cultural studies — as conjunctural analysis in which culture matters — with its commitments to context, complexity and contestation in the contemporary moment. By describing the inter-relations of the complexity of the current sense of lived crises and the failures of both political and intellectual interventions from the "left", I want to open up the possibilities of doing cultural studies.

Dr. Lawrence Grossberg is the Morris Davis Distinguished Professor of Communication Studies and Cultural Studies, at the University of North Carolina at Chapel Hill.
He has authored or co-authored 8 books, including We Gotta Get Out Of this Place: Popular Conservatism and Postmodern Culture, Caught in the Crossfire: Kids, Politics and America’s Future, and Cultural Studies In the Future Tense. He has co-edited 12 books, including Marxism and the Interpretation of Culture, Cultural Studies and most recently, New Keywords: A Revised Vocabulary of Culture and Society. He has published over 200 essays, and his work has been translated into over a dozen languages. He has edited the international journal Cultural Studies for twenty-five years.


Gérôme GUIBERT: Contribution au renouveau de la sociologie économique
Qu’est-ce que l’économie et comment traiter les phénomènes qu’on rattache habituellement à cette catégorie de pensée et d’analyse? La redécouverte des travaux de Karl Polanyi dans les années 1990 nous a rappelé la nécessité de penser les phénomènes économiques comme encastrés (embedded) dans les univers politiques et culturels. En pensant l’économie comme plurielle, en la culturalisant, on évite ainsi de la limiter à l’arbitraire autonomiste de l’économie de marché ou encore au dictat des normes d’une redistribution verticale descendante. Étudiant les pratiques culturelles de réception en contexte, les cultural studies ont ainsi proposé divers modèles de conception de la valeur ou de l’échange en contexte, montrant leur relativité. Pour autant, des travaux plus récents ont ouvert de nouvelles problématiques. Parmi elles, on trouve des analyses des filières de production des biens et services culturels ou créatifs et de leur rapport au secteur marchand (entre émancipation d’une part, logiques marketing de l’autre), mais aussi des tentatives de déconstruction de la notion même d’économie. Cette contribution se focalisera sur le champ nouveau de l’économie solidaire qui peut être entendu comme une résistance aux paradigmes dominants développés par la science économique comme théorie et comme outil de gouvernement (qu’il s’agisse du capitalisme ou de l’économie centralisée administrée). Il peut s’agir alors d’une proposition alternative qui trouve ses origines dans une logique de communauté partageant des codes culturels, une sorte de "bon sens" du vivre ensemble.

Suite à des études de sciences économiques puis de sociologie, Gérôme Guibert obtient un DEA en sciences sociales, puis un Doctorat en sociologie à l’Université de Nantes en 2004. Il est nommé maitre de conférences à l’Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle en 2009 après un postdoctorat en économie solidaire. Son travail de thèse est centré sur les pratiques collectives dans le champ des musiques populaires. Il a publié plusieurs ouvrages dont La production de la culture. Le cas des musiques amplifiées en France (Irma, 2006), ainsi que de nombreux articles de recherche. Il est par ailleurs directeur de la publication de la revue semestrielle pluridisciplinaire Volume!, revue de recherche francophone sur les musiques populaires.

Jack HALBERSTAM: Zombies Humanism and the Wild
In a new book on "The Wild" I develop a new critical vocabulary to access different, transdisciplinary ways of thinking about race, sexuality, alternative political imaginaries and queer futurity and extinction. Wildness in no way simply signals the untamed frontier, or the absence of modernity, the barbarian, the animalistic or the opposite of civilization. Rather, in a post-colonial and even de-colonizing vein, it has emerged in the last few years as a marker of a desire to return queerness to the disorder of an unsorted field of desires and drives; to the disorienting and disquieting signifying functions it once named and held in place; and to a set of activist and even pedagogical strategies that depend upon chance, randomness, surprise, entropy and that seek to counter the organizing and bureaucratic logics of the state with potential sites of ungovernability.

Razmig KEUCHEYAN: Ce que le changement climatique fait aux identités
Nous nous intéresserons dans cette communication à la façon dont les inégalités environnementales invitent à repenser la question de l’"intersection" de la classe et de la race à l’époque moderne. Les théories de l’"intersectionnalité" connaissent un succès important dans les sciences sociales et dans les cultural studies. Elles visent à analyser la manière dont les trois principales formes d’inégalités à l’œuvre dans les sociétés modernes, à savoir les inégalités de classe, de genre et de race, interagissent les unes avec les autres. La nature ou l’environnement constitue cependant le grand impensé des théories de l’intersectionnalité. En nous basant sur une série de cas historiques et contemporains, nous tâcherons de comprendre comment l’intersection de la classe, de la race et de l’environnement s’est opérée au cours des deux siècles passés, et comment elle pourrait évoluer dans un contexte de crise environnementale aggravée dans les décennies à venir.

Razmig Keucheyan est maître de conférences en sociologie à l'Université Paris-Sorbonne (Paris 4).
Publications
Hémisphère gauche. Une cartographie des nouvelles pensées critiques, La Découverte, 2010, réédition augmentée 2013.
La nature est un champ de bataille. Essai d'écologie politique, La Découverte, 2014.
Anthologie des Cahiers de prison d'Antonio Gramsci: Guerre de mouvement et guerre de position. Textes d'Antonio Gramsci, La Fabrique, 2012.
Site Internet: https://razmigkeucheyan.wordpress.com


Éric MACÉ: Des cadres de guerre vulnérables? Critiques contre-hégémoniques et cosmopolitiques des guerres postcoloniales contemporaines
La sociologie classique a peu traité de la guerre en raison de son "nationalisme méthodologique" qui lui faisait faire correspondre son objet, la "société", à l’organisation sociale des l’État-Nations, tandis que l’approche en Relations internationales fait comme si les États étaient des individus plongés dans l’anarchie originelle des relations inter-nationales. Or une sociologie des rapports de pouvoir inspirée des Cultural Studies doit être capable de comprendre les rapports sociaux transnationaux ainsi que les logiques d’action et d’identification à l’œuvre dans les guerres postcoloniales contemporaines, notamment celles contre le "terrorisme islamique". On examinera en ce sens la pertinence de la notion de "cadre de guerre", tout en montrant la vulnérabilité de ces cadres (cf. Erving Goffman) au regard  d’une double critique: d’un côté, une critique contre-hégémonique telle que développée par Judith Butler; de l’autre, une critique cosmopolitique inspirée par Ulrich Beck.

Éric Macé est professeur de sociologie à l’Université de Bordeaux et directeur adjoint du Centre Émile Durkheim, laboratoire de sociologie et de science politique comparatives (UMR 5116). Spécialiste des rapports sociaux de pouvoir, notamment dans la culture, co-introducteur en France des Cultural Studies  (Les Cultural Studies. Anthologie, Paris, Armand Colin, 2008) il a travaillé sur les médiacultures (Les imaginaires médiatiques. Une sociologie postcritique des médias, Paris, éd. Amsterdam, 2006), sur les rapports ethnoraciaux (Pourquoi moi? L’expérience des discriminations, Paris, Seuil, 2013), sur les rapports de genre (L’après patriarcat, Paris, Seuil, 2015) et s’intéresse dorénavant aux guerres contemporaines.

Éric MAIGRET: Penser l’excès diagrammatique: intensité, continuité et conflictualité
L’apport considérable de la philosophie deleuzienne à la pensée des différences ne doit pas masquer les difficultés de son appropriation dans les cultural studies. L’outillage des machines, du diagramme, des lignes de fuite, de la territorialisation-déterritorialisation, de l’intensité, enrichit sans conteste les modèles théoriques en aidant à dissocier trois dimensions généralement confondues: subjectivité, identité, capacité d’agir. La philosophie immanentiste, profondément a-moderne, peut par ailleurs être couplée à une politique des identités — qui ne peut cependant renoncer totalement aux points de vue modernes. Permet-elle pour autant de saisir l’excès et de comprendre le jeu de l’humain et du non-humain? C’est-à-dire de répondre à la question: d’où "viennent" les différences? Cette intervention s’efforcera de présenter les enjeux associés à une telle interrogation.

Éric Maigret est professeur de sociologie des médias et études culturelles à l’Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle, co-introducteur en France des cultural studies (Anthologie cultural studies, 2008), il a organisé le congrès mondial Crossroads in Cultural Studies en 2012 et dirige la collection scientifique Médiacultures (Armand Colin-INA).
Publications
Sociologie de la communication et des médias, nouvelle édition en 2015.
Penser les médiacultures, co-direction en 2005.
L’Hyperprésident, 2008.
"Ce que les cultural studies font aux savoirs disciplinaires. Paradigmes disciplinaires, savoirs situés et prolifération des studies", Questions de communication, 24, 2013.
"Retour sur un débat", Questions de communication, 26, 2015.


Laurent MARTIN: Histoire culturelle et cultural studies: pourquoi une rencontre longtemps différée?
Les historiens du culturel pourraient faire leur cette remarque de Lawrence Grossberg: "la culture importe parce qu’elle est une dimension clef de la transformation ou construction de la réalité. Mais cela ne veut pas dire que la culture construise par elle-même la réalité"(1). Cependant, comme l’ont montré un certain nombre de travaux, l’histoire culturelle et les cultural studies sont deux histoires parallèles plutôt que croisées. L’histoire de la réception des cultural studies en France est plutôt celle de leur non-réception. Les causes en sont à la fois épistémologiques, méthodologiques, politiques et institutionnelles. Nous tenterons de les examiner, en explicitant les questions ou les points de désaccord qui ont longtemps empêché — et empêchent encore — le dialogue de se nouer véritablement. On s'attachera également à souligner de nombreux points d’accords, des lignes de convergence entre une histoire culturelle à la française et les cultural studies.
(1) Lawrence Grossberg, "Le cœur des cultural studies" dans L’Homme et la société, "Pour une critique des sciences de la culture", n°149, juillet-septembre 2003.

Laurent Martin, professeur d'histoire à l'Université de Paris III Sorbonne-Nouvelle (USPC).
Dernière publication
Histoires universelles et philosophies de l'histoire. De l'origine du monde à la fin des temps (en co-direction avec A. Escudier), Colloque de Cerisy, Presses de Sciences Po, 2015.


Janet NEWMAN: Austérité et politiques d'espoir (Austerity and The Politics of Hope)
This contribution centres on affective responses to austerity with the academic and political left. I show how these cluster around a negation of "identity politics", but in doing so reinforce narratives of the post-political. I engage with the possibility of a political economy of hope engendered by the plethora of anti austerity activisms; an economy, however, in which optimism about new possibilities coexists with new manifestations of despair and rage. My purpose is twofold: first, to puncture simple narratives of pessimism or optimism in cultural accounts of the present; and second, to highlight the significance of an affective understanding of politics and political theory.

Janet Newman is Emeritus Professor at the Open University. She writes about culture, politics and power. Her latest book is Working the spaces of power: activism, neoliberalism and gendered labour (Bloomsbury Academic 2012).

Susanna PAASONEN: Sur les possibilités de penser au-delà de l'humain (On the Affordances of Moving Beyond the Human)
Posthuman and posthumanist inquiry has challenged the separation between humans and other animals, the notion of the rational and autonomous human subject, as well the exclusivity of analytical focus on human action in cultural theory. While new materialist theory, on which much of posthuman/ist critique draws, conceptualizes thought as limitless and immanent, this paper argues for the value, and ethics, of more humble perspectives on thought, knowledge and the bodies that make up the world — that which we can know, for example, about the life-worlds of animals, or the ‘liveness’ of data, through the highly species-specific human sensoria, cognition and linguistic practices involved in knowledge production. Addressing the boundaries of knowledge, the very possibilities and impossibilities to know, to understand, to sense and make sense of the nonhuman, the paper asks what this move beyond the human means in terms of the practices, objects and politics of cultural studies.

Susanna Paasonen is professor and chair of Media Studies, University of Turku, Finland, and executive board member of the Association for Cultural Studies. With an interest in studies of digital media, sexuality and cultural theory, she is most recently the author of Carnal Resonance: Affect and Online Pornography (MIT Press 2011) as well as co-editor of Working with Affect in Feminist Readings: Disturbing Differences (Routledge 2010, with Marianne Liljeström) and Networked Affect (MIT Press 2015, with Ken Hillis and Michael Petit).

Emmanuel PARENT: Les cultural studies avant la lettre: trajectoire biographique et positionnement théorique de Ralph Ellison (1914-1994)
Ralph Ellison (1913-1994), romancier et critique culturel africain-américain, a développé au milieu du XXe siècle une pensée originale sur la place des Noirs au sein de la culture occidentale. Il s'est démarqué par une position particulièrement constructiviste sur la question de l’identité noire américaine, mais il a refusé pour autant d'abandonner l'association, selon lui cruciale, entre musique et ethnicité. En essayant d’articuler les ressorts de ce paradoxe, on montrera en quoi les positions ellisonniennes anticipent dès les années 1940 le tournant post-critique et postcolonial des cultural studies. Il s’agira alors plus globalement d’expliquer pourquoi ce tournant était nécessaire et même presque évident pour plusieurs intellectuels africains-américains, et ce dès les années 1920 (Harlem Renaissance).

Docteur en anthropologie sociale et ethnologie, Emmanuel Parent est maître de conférences en musique à l'Université de Rennes 2. Ses recherches portent sur le continuum des musiques afro-américaines et sa théorisation par les intellectuels et musiciens noirs américains. Il a publié plusieurs articles sur Ralph Ellison, John Coltrane, Walter Benjamin, Zora Neale Hurston. Il est par ailleurs membre du comité de rédaction de Volume ! la revue des musiques populaires. En 2014, il a été conseiller scientifique de l’exposition Great Black Music à la Cité de la musique de Paris.
Publications
Jazz Power. Anthropologie de la condition noire chez Ralph Ellison, Paris, CNRS Éditions, 2015.
"Que faire de la notion de musique noire? Réponse à Sara Le Ménestrel", La Vie des idées, juillet 2014  en ligne: www.laviedesidees.fr/La-musique-a-t-elle-une-couleur.html).
Great Black Music, Catalogue de l’exposition "Great Black Music. L'exposition de toutes les musiques noires" à la Cité de la musique, Actes Sud, 2014.
"Diaspora, essentialisme et humour noir: échos de la double conscience chez Ralph Ellison", L'Homme. Revue française d’anthropologie, 2012, n°203-204, "Anthropologie début de siècle" (dir. M. Naepels), p. 481-500.


Nelly QUEMENER: D'une marge à l’autre. Repenser les politiques des identités en France
Appréhendées à l’échelle des représentations médiatiques, les politiques des identités peuvent être entendues comme le fruit tant des pratiques des groupes minorisés et de leur lutte parfois explicite en faveur de la reconnaissance, que du geste interprétatif du chercheur visant à désigner et accompagner l’émergence de nouvelles coalitions politiques et visions du monde. Cette intervention propose d’interroger le devenir du concept à l’heure de la multiplication des sujets de la lutte mais aussi des appels répétés à la prise en compte de l’imbrication des oppressions. Il s’agira de revenir sur les critiques formulées au sein des Cultural Studies à l’égard des conceptions, notamment intersectionnelles, des politiques de l’identité. Ces critiques conduisent à œuvrer en faveur d’une prise en considération des conditions tout à la fois historiques et épistémologiques de l’émergence de l’identité, au travers de l’étude des contextes, des conjonctures et de l’économie des discours universitaires menant à leur formulation. Nous entamerons ainsi une réflexion quant aux manières de saisir la reterritorialisation et la réarticulation des politiques minoritaires en France, et notamment la rencontre de certains discours issus des luttes postcoloniales et des discours d’extrême droite.

Nelly Quemener est maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3 et membre du laboratoire CIM, équipe MCPN. Elle travaille sur les problématiques du genre, de la classe et de la race dans les représentations médiatiques. Rédactrice en chef de la revue Poli - Politique de l’image, elle est par ailleurs l’auteure de l’ouvrage Le pouvoir de l’humour. Politiques des représentations dans les médias en France (2014) et co-auteure, avec Maxime Cervulle,  de Cultural Studies: Théories et méthodes (2015).

Karima RAMDANI: Les artistes Rap et RnB, parole d’experts sur le malaise musulman en France
Cette communication s’intéressera au rapport entre Culture et Politique, plus précisément de quelle manière peut-on considérer le rap et le RnB comme une activité politique, c’est-à-dire dans une perspective ranciérienne, comme un art tentant à faire entendre comme discours ce qui n’était entendu que comme du bruit? Des discours tenus par des artistes devenus des "experts" sollicités par les médias pour parler des problèmes de banlieues, de communautarisme, etc...; ce qui pose le problème de la définition de l’expertise et de la légitimité de prendre la parole en tant qu’experts pour ces artistes. Cette intervention vise à analyser l’aspect contestataire et/ou consensuel de ces cultures périphériques et part du constat que les artistes musulmans interpellés comme des portes parole de la "communauté" tentent de déployer un discours contredisant les stéréotypes à l’encontre des musulmans. Ces performances culturelles, dans leur diversité, soulignent la polyphonie au sein de la "communauté" musulmane et les différentes réactions face au racisme et l’islamophobie. Ces espaces culturels dans leur situation dialogique révèlent le jeu complexe de la résistance et du consentement dans les processus d’identification.

Karima Ramdani est docteure en science politique à l’Université Vincennes - Saint-Denis, Paris 8, Membre du CRESPPA/GTM, Théorie Politique. Ces travaux ont pour objet de penser les différents processus de subjectivation politique des musulmans durant la période coloniale et post-coloniale. Elle s’intéresse notamment à la relation entre Culture et Politique et des processus d’identification et de résistance chez les descendants de migrants. Ses travaux tentent de déconstruire les représentations à l'encontre des musulmans, en particulier des femmes musulmanes, notamment dans la culture, en croisant les rapports de genre, de "race", de classe et de sexualité.

Geneviève SELLIER: Cultural studies et études filmiques françaises: des paradigmes antagonistes?
Les études cinématographiques se sont construites en France depuis les années 1970 sur le modèle des études littéraires, dans le but d’asseoir la légitimité artistique du cinéma, longtemps associé à la culture de masse et au public populaire. La constitution d’un panthéon d’"auteurs" et le privilège accordé aux approches esthétiques ont été au cœur de cette stratégie, dont la réussite se mesure aujourd’hui à la place du "cinéma d’auteur" dans la vie culturelle de notre pays. C’est cet édifice idéologique que les approches culturelles viennent ébranler, parce que tous les films sont susceptibles d’être l’objet d’une analyse en termes de genre (gender) de classe ou de race, qu’ils soient "de genre" ou "d’auteur". Pour explorer l’imaginaire collectif d’une société, il faut appréhender non seulement l’ensemble des films (et pas seulement les "chefs-d’œuvre" du panthéon cinéphilique), mais aussi leurs usages sociaux (eux-mêmes segmentés en termes de genre, de classe, de race et de génération). Enfin, concernant la période contemporaine, la fiction télévisée s’impose comme un territoire où les personnages féminins ont la part belle, parce que l’audience y est majoritairement féminine. L’étude comparée de corpus filmiques et télévisuels est un passage obligé pour dessiner la carte des conflits et des contradictions dont l’enjeu est le maintien, la reconfiguration et la transgression des normes sociales.

Geneviève Sellier est professeure en études cinématographiques à l’Université Bordeaux Montaigne; spécialiste de l’approche genrée du cinéma et de la télévision.
Publications
La Drôle de guerre des sexes du cinéma français, 1930-1956, avec Noël Burch, Nathan, 1996.
La Nouvelle Vague, un cinéma au masculin singulier, CNRS éditions, 2005.
Le Cinéma au prisme des rapports de sexe, avec Noël Burch, Vrin, 2009.
Ignorée de tous... sauf du public: quinze ans de fiction télévisée française, avec Noël Burch, Ina, 2014.

Will STRAW: Scènes urbaines et nuit identitaire
L’historien Craig Koslovsky fut le premier à parler de la "nocturnalisation" des sociétés occidentales, à propos du mouvement d’expansion de l’activité sociale jusqu’à des heures toujours plus avancées comme des usages symboliques de la nuit. Qu’il s’agisse ou non d’un phénomène unidirectionnel, ou d’un processus en cours, cette nocturnalisation nous incite à reconsidérer la manière dont nous construisons nos identités sociales et culturelles tout au long des cycles de 24 heures qui font succéder la nuit au jour. La Subcultural Theory, une branche constituante des Cultural Studies à ses tout débuts, a bien décrit les pratiques nocturnes, mais précisément sans théoriser la nuit en tant qu’espace/temps identitaire. Ma présentation se propose donc de penser la nuit en tant que site propice à l’expression d’identités propres, à partir, notamment, de la thèse du géographe français Luc Gwiazdzinski selon laquelle il existe, tout au long du cycle journalier de 24h, une "citoyenneté discontinue".

Will Straw est professeur au Département d’histoire de l’art et des études en communication de l’Université McGill à Montréal et directeur de l’Institut d’études canadiennes de McGill. Il est l’auteur de Cyanide and Sin: Visualizing Crime in 50s America et d’une centaine d’articles sur la musique populaire, le cinéma et la culture urbaine. Il a codirigé l’ouvrage Circulation and the City: Essays on Urban Culture (2010) et mène actuellement un projet de recherche sur la nuit urbaine.

Florence TAMAGNE: Rock, contre-culture et révolution sexuelle: lectures critiques
Dans la presse underground des années 1960 et 1970, rock et révolution sexuelle étaient couramment associés, notamment en lien avec le mouvement hippie. Des artistes comme Mick Jagger, Janis Joplin, Frank Zappa ou David Bowie étaient présentés comme les représentants d’une avant-garde sexuelle, adepte de l’amour libre, ouverte aux expérimentations bisexuelles et/ou homosexuelles, voire porteuse de revendications féministes ou queer. Dans le même temps, les groupies, ces jeunes fans, essentiellement des femmes, qui gravitaient autour des stars du rock étaient l’objet d’une fascination teintée de mépris.  De fait, le message porté par la scène rock, en matière de genre et de sexualités était profondément ambigu. Il s’agira donc, dans cette communication, d’interroger le rôle que la musique rock a pu jouer dans la révolution sexuelle des années 1960 et 1970, autour de trois questions centrales: la sexualité adolescente, les rapports de genre et les questions homosexuelles et transgenre.

Florence Tamagne, née en 1970, est maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Lille 3. Spécialiste de l’histoire du genre et des sexualités, notamment de l’homosexualité, elle a notamment publié Histoire de l’homosexualité en Europe. Berlin, Londres, Paris, 1919-1939, Paris, Seuil, 2000 et Mauvais genre ? Une histoire des représentations de l’homosexualité, Paris, Editions de la Martinière, 2001, ainsi que de nombreux articles. Elle prépare actuellement son habilitation à diriger des recherches sur Rock, jeunesse et politique, en France, Grande-Bretagne, Allemagne (année 1950-années 1970).

Malcolm THÉOLEYRE: Musique et jeux d’identité en Algérie coloniale et postcoloniale

Dans le jeu de positionnement identitaire intense qui caractérise les situations coloniales, la musique offre un prisme d’observation particulièrement intéressant: elle est un lieu de rencontre et, du fait des distinctions par "genres", un outil de démarcation. Dès lors, la manière dont colonisés et colonisateurs se placent dans le champ musical fracture les lignes coloniales, dépassant la dialectique qui oppose l’indigène au français. Dans le cas plus spécifique de la musique en Algérie, identités précoloniales, coloniales et postcoloniales sont indémêlables, et, de fait, les catégories coloniales perdent en pertinence quand il s’agit de reconnaître les identités au prisme de la musique: religion, classe sociale, urbanité, langue, sont peut-être des catégories plus pertinentes pour la compréhension de l’Algérie musicale dans le temps long (XIXe s. - XXe s.).

Malcolm Théoleyre, doctorant au Centre d’histoire de Sciences Po, rédige actuellement une thèse sur les transferts musicaux à Alger durant la période coloniale.

Françoise VERGÈS: Race, classe, genre à l'âge du Capitalocène
Comment penser les intersections de classe, race et genre dans un contexte d’accroissement des inégalités racisées et des formes de dépossession, d’exploitation, et de privatisation? Comment les penser dans cette nouvelle étape du Capitalocène où la vie comme "surplus" organise la vie de millions de personnes? Ces questions seront posées en s’appuyant sur le "cas français" de la postcolonialité à partir d’une analyse de politiques d’État qui, en reconfigurant l’espace "républicain", fabriquent l’oubli de territoires et de citoyens stigmatisés, discriminés. Quelles stratégies déployer pour contrer cet "oubli" qui est la conséquence de choix politiques et économiques de l’Etat-Nation ou du Capital?

Françoise Vergès est titulaire de la Chaire "Global South(s)" au Collège d’études mondiales, Fondation des sciences de l’homme. Elle a publié de nombreux ouvrages et articles en français et en anglais sur les mémoires de l’esclavage, Frantz Fanon, Aimé Césaire, l’empire colonial, le musée postcolonial, et les processus de créolisation dans les mondes de l’Océan indien. Elle est par ailleurs commissaire indépendante d’expositions, auteur de films et collabore régulièrement avec des artistes.

Joanna ZYLINSKA: Les cultural studies après l’humain (Cultural Studies after the Human)
Scientists are currently considering the possibility of the proclamation of a new geological epoch called the Anthropocene, in recognition of the fact that the human has become a geological agent who has made irreversible impact on the geo- and biosphere. Yet, while the scientists are debating, artists and philosophers have already adopted the term in their recent interventions. But what kind of interpellation does the Anthropocene make on cultural studies scholars? And what would it mean to continue "doing cultural studies" against the horizon of extinction ushered in by the Anthropocene debates, a horizon which prompts us to envisage the depletion of the human habitat, as well as the disappearance of the human species (alongside many other species)? Could we suggest that, rather than lead to anomie and despair, the Anthropocene perspective of "deep time" — in which the very notions of "nature" and "culture" are suspended — places a unique political and ethical responsibility on us, here and now, and that it calls for a new modulation of cultural studies scholarship?

Joanna Zylinska is Professor of New Media and Communications at Goldsmiths, University of London. The author of five books - including Minimal Ethics for the Anthropocene (2014) and Life after New Media (with S. Kember; 2012), she is also a co-editor of the open access journal Culture Machine and curator of the online project, Photomediations Machine. She combines her philosophical writings and curatorial work with photographic art practice.
http://www.joannazylinska.net
Selected publications
(2005) The Ethics of Cultural Studies, London and New York: Continuum.
(2009) Bioethics in the Age of New Media, Cambridge, MA: The MIT Press.
(2014) Minimal Ethics for the Anthropocene (Open Humanities Press, an imprint of Michigan Publishing: Ann Arbor).


Avec le soutien
de l'Université Sorbonne Nouvelle Paris 3 (équipe CIM, Conseil Scientifique),
du Projet ANR ENEID
et du Fonds Crossroads 2012