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" Page mise à jour le 26 juillet 2010 "

DU MERCREDI 1er AOÛT (19 H) AU SAMEDI 11 AOÛT (14 H) 2007



LA FICTION POLICIÈRE AUJOURD'HUI



DIRECTION : Gilles MENEGALDO, Maryse PETIT

ARGUMENT :

Depuis quelques décennies déjà, le roman policier, sous sa forme "noire" s’est caractérisé par la prise en charge de la critique de la société où le détective est à l’œuvre. Il a "gagné le monde". Il a visité les dimensions ethnologiques, psychologiques et psychanalytiques. Et cela tout en n’oubliant pas de continuer à se jouer des techniques narratives (manipulation du récit, des points de vue) et des genres (humour, parodie, fantastique).

Qu’en est-il de cette expansion? Correspond-elle à une domination réelle de la littérature de suspense qui envahirait tout le champ romanesque? Ou n’est-ce pas plutôt les différentes dimensions romanesques qui profiteraient du succès du roman policier pour l’investir comme cadre et comme prétexte?

Entre 1980 et nos jours, nous irons recueillir des indices dans d’autres formes de récits (cinéma, séries télévisées), nous ferons parler des témoins (tables rondes avec des auteurs), et nous tenterons une reconstitution des faits par la voie d’un atelier d’écriture.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 1er août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Jeudi 2 août
Matin:
Gilles MENEGALDO & Maryse PETIT: Entrées en matières: les problématiques policières
Laurence SUDRET: Du traitement de la marginalité dans les romans policiers de Fred Vargas

Après-midi:
Bianca CONCOLINO: Un certain goût pour le meurtre: la Sicile noire d'Andrea Camilleri


Vendredi 3 août
Matin:
Gilles MENEGALDO: Les parcours singuliers de Jérôme Charyn
Dominique MEYER-BOLZINGER: L'enquête en suspens ou l'écriture policière de Patrick Modiano

Après-midi:
Elsa GRASSO: Récit policier et herméneutique du sujet (Pierre Magnan, Sébastien Japrisot)


Samedi 4 août
Matin:
Françoise SAMMARCELLI: Procédures policières et procédés littéraires: à propos de Ian Rankin et Henning Mankell
Maria Dolores VIVERO GARCIA: L'humour dans l'enquête criminelle chez Fred Vargas

Après-midi:
Rencontre avec Tanguy VIEL

Atelier d'écriture, animé par Tanguy VIEL


Dimanche 5 août
Matin:
Gaïd GIRARD: Le policier peut-il dire le réel? A propos de l'œuvre de Eoin Mac Namee
Hélène MACHINAL: Rituel, quête et perte dans The Light of Day de Graham Swift

Après-midi:
Isabelle BOOF-VERMESSE: James Ellroy: tropes de l’entropie et de la néguentropie


Lundi 6 août
REPOS


Mardi 7 août
Matin:
Anissa BELHADJIN: Le roman noir, le discontinu et la lecture noire
Natacha LEVET: Le roman noir contemporain: hybridité et dissolution génériques

Après-midi:
Michèle WITTA: Une anomalie? le roman policier historique
Stéphanie BENSON: L'Autre du Yorkshire ou la langue étrange chez David Peace

Soirée:
Table Ronde : Autour de la bande-dessinée policière, animée par Jean-Paul MEYER


Mercredi 8 août
Matin:
Françoise ABEL: Nostalgie des valeurs, valeur de la nostalgie chez M.-V. Montalban
Delphine CINGAL: Lectures du corps: de Sherlock Holmes à Kay Scarpetta

Après-midi:
Dominique MANOTTI: Roman policier et démarche historique

Soirée:
Lecture-Débat avec Dominique MANOTTI autour de son œuvre


Jeudi 9 août
Matin:
Camille FORT: Les enquêtes élégiaques de Kazuo Ishiguro
Jean-Pierre MOREL: Daeninckx, Jonquet, la littérature russe et la chute du mur

Après-midi:
Maryse PETIT: Michaël Connelly: Le Cycle Harry Bosch ou la stratification du Monde

Atelier d'écriture, animée par Françoise ABEL

Soirée:
Dialogue avec Fred VARGAS autour de son œuvre


Vendredi 10 août
Matin:
Léo LAPOINTE: "Donnez-nous notre pékin quotidien": la « polarisation » de la littérature comme produit d'une rencontre
Table Ronde, avec Gilles GUILLON (Polars en Nord), Philippe HUET et Léo LAPOINTE

Après-midi:
Dialogue avec Freddy MICHALSKY, traducteur de romans noirs (James Ellroy)


Samedi 11 août
Matin:
Synthèse et débat général

Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS

RÉSUMÉS :

Françoise ABEL: Nostalgie des valeurs, valeur de la nostalgie chez M. V. Montalban
M.V.M. possède une dimension publique dans son pays, souvent réduite en France à sa création romanesque même si celle-ci est reconnue au delà des intrigues policières dont Pepe Carvalho est le personnage central. Ses chroniques régulières dans les journaux, ses articles et essais, ses interviews disent son engagement militant, repris dans l’œuvre fictionnelle par l’énonciation de sa vision du monde. Ce poète, gastronome, amateur de foot, influence la société espagnole encore aujourd’hui quand d’aucuns demandent "Qu’en aurait pensé Manolo?". Mais cet écrivain est à apprécier au-delà de ses théories (même littéraires), de ses déclarations d’intention comme de son désir de contrôler nos éventuelles interprétations. Démocratie, internationalisme, solidarité, sont les valeurs qui se dégagent de ses romans policiers, sur un fond de nostalgie. Nous nous attacherons en particulier à la manière dont les personnages féminins, peu étudiés jusqu’ici, y véhiculent ces valeurs dans les actes de leur vie et leur propre système de représentations. Le temps de la narration support d’une transmission idéologique, est aussi celui de l’Histoire actuelle. Au fur et à mesure des parutions, Pepe — double de l’auteur, vieillit, mais quelle est l’évolution des femmes et surtout de Charo? Avec ses acolytes, Pepe forme un corps à plusieurs, d’où émane l’indispensable mémoire, valeur essentielle chez M.V.M. pour bâtir l’avenir. Le désenchantement implique l’humour, la provocation, l’ironie.

Stéphanie BENSON: L'Autre du Yorkshire ou la langue étrange chez David Peace
David Peace, en peu de temps, s'est imposé comme l'un des écrivains les plus inventifs de sa génération, tout en restant dans un monde d'un noirceur difficilement supportable. A partir du cinquième roman de l'écrivain britannique, GB84, nous interrogerons le procédé narratif mis en place par Peace pour rendre compte d'une réalité historique incontestée — la grève des mineurs dans le Nord de l'Angleterre —; par le positionnement d'un lieu (le Yorkshire) en place de personnage et le positionnement des personnages, mineurs ou autres, en porteurs de langue. Le croisement des styles, de l'incantatoire à l'indirect libre, contribue-t-il à rapprocher ou à éloigner le lecteur du locuteur et/ou du Réel? A quel point la langue de Peace est-elle "Yorkshire"? A quel point la distance nécessaire de l'exil rend-elle l'écriture de l'impossible possible?

Isabelle BOOF-VERMESSE: James Ellroy, tropes de l’entropie et de la néguentropie
Lire Ellroy comme un auteur littéraire: le Quatuor de Los Angeles est aussi un travail expérimental sur la langue, sur l’anglais américain. Le propos historique et fictionnel du Quatuor, l’exploration de la dynamique énergétique entre répression et éruption dans la Californie des années cinquante, s’élabore par et dans la rhétorique du texte: l’ascèse et la syncope de la langue narrative en contrepoint des débordements dissipés de la langue officielle et de ses avatars (faussement) subversifs comme le tabloid Hush Hush. Coincé entre l’empire des images et celui du discours, le verbe ellroyen se dépouille en récit pur seul à même de libérer le réel: l’esthétique développée par l’œuvre d’Ellroy se déploie ainsi dans une zone à mi-chemin entre  la rhétorique de la phrase et la grammaire de l’action.

Références Bibliographiques :

Ellroy, James. The Black Dahlia, 1987. Le Dahlia noir. Trad. Freddy Michalski. Paris: Rivages, 1990.
Ellroy, James. The Big Nowhere, 1988. Le Grand Nulle Part. Trad. Freddy Michalski. Paris: Rivages, 1991.
Ellroy, James. L. A. Confidential, 1990. L. A. Confidential. Trad. Freddy Michalski. Paris: Rivages, 1991.
Ellroy, James. White Jazz, 1991, White Jazz. Trad. Freddy Michalski. Paris: Rivages, 1992.


Delphine CINGAL: Lectures du corps: de Sherlock Holmes à Kay Scarpetta
Le cadavre, premier indice d'une enquête, est littéralement "lu" par l'enquêteur qui tente de le faire parler. Dès les débuts du roman policier, les détectives tels Sherlock Holmes ont tenté de redonner la parole aux morts. Mais deux auteurs récents, Patricia Corwell et Kathy Reichs, ont confié à leurs personnages, respectivement Kay Scarpetta et Temperance Brennan, des rôles particulièrement intéressants dans le processus d’investigation. Elles les ont dotées de la connaissance scientifique, centrale pour découvrir l’identité des assassins. Si des héros comme Hercule Poirot détenaient les clefs du processus réflexif, Kay Scarpetta et Temperance Brennan ont celles du mécanisme cognitif. Elles sont donc un peu à part dans l’enquête officielle.

Références Bibliographiques :

Corpus étudié
Cornwell, Patricia D. Post-Mortem. Warner Books, 2000. 1ère édition : 1990.
Cornwell, Patricia D. Body of Evidence. Avon Books, 1991.
Cornwell, Patricia D. All That Remains. Avon Books, 1993. 1ère édition : 1992.
Cornwell, Patricia D. Cruel and Unusual. Avon Books, 1993.
Cornwell, Patricia D. The Body Farm. Charles Scribner’s Sons, 1994.
Cornwell, Patricia D. From Potter's Field. BCA, 1995.
Cornwell, Patricia D. Cause of Death. Little, Brown & Co., 1996.
Cornwell, Patricia D. Unnatural Exposure. Little, Brown & Co., 1997.
Cornwell, Patricia D. Point of Origin. Little, Brown & Co., 1998.
Cornwell, Patricia D. Scarpetta’s Winter Table. Wyrick & Co., 1998.
Cornwell, Patricia D. Black Notice. Putnam, 1999.
Cornwell, Patricia D. The Last Precinct. Putnam, 2000.
Doyle, Sir Arthur Conan. Sherlock Holmes : The Complete Illustrated Novels. Chancellor Press, 1990.
Doyle, Sir Arthur Conan. Sherlock Holmes : The Complete Illustrated Short Stories. Chancellor Press, 2000.
Freeman, R. Austin. Dr. Thorndyke : His Famous Cases as Described by R. Austin Freeman. Hodder & Stoughton.
Freeman, R. Austin. To the Defense : Dr Thorndyke. House of Stratus, 2001.
Freeman, R. Austin. A Certain Dr Thorndyke. House of Stratus, 2001.
Freeman, R. Austin. Dr Thorndyke Intervenes. House of Stratus, 2001.
Reichs, Kathy. Déjà Dead, Arrow, 1998. 1ère édition : 1997.
Reichs, Kathy. Death Du Jour, Arrow, 2000. 1ère édition : 1999.
Reichs, Kathy. Deadly Decisions, Arrow, 2001. 1ère édition : 2000.
Reichs, Kathy. Fatal Voyage, Arrow, 2002. 1ère édition : 2001.
Reichs, Kathy. Grave Secrets, William Heinemann, 2002.

Sources secondaires
Ariès, Philippe. Essais sur l’histoire de la mort en Occident du Moyen Age à nos jours. Point Seuil, 1977.
Ariès, Philippe. L’Homme devant la mort. 1 : Le Temps des gisants. Point Seuil, 1985.
Ariès, Philippe. L’Homme devant la mort. 2 : La Mort ensauvagée. Point Seuil, 1985.
Kristeva, Julia. Pouvoirs de l'horreur. Points Seuil, 1983.
Landsberg, Paul-Louis. Essai sur l’expérience de la mort et Le Problème moral du suicide. Points Seuil, 1993.
Morin, Edgar. L’Homme et la mort. Points Seuil, 1976.
Vovelle, Michel. L'Heure du grand passage : chronique de la mort. Découvertes Gallimard, 1996.
Vovelle, Michel. Mourir autrefois. Folio, 1990.


Camille FORT: Les enquêtes élégiaques de Kazuo Ishiguro
Kazuo Ishiguro, romancier britannique d'origine japonaise, s'inspire de l'enquête policière pour structurer ses récits en fonction d'un horizon d'attente. Toutefois, il déplace ou dénonce cet horizon de façon à exprimer ses doutes à l'endroit du discours heuristique propre au genre policier, promettant le sens et la clôture du doute. Si le lecteur peut encore accéder au savoir de la solution, celle-ci ne leur donne pas véritablement satisfaction. La beauté et l'originalité des récits d'Ishiguro tiennent plutôt à ce que le lecteur trouve dans le dévoilement du mystère de nouvelles incertitudes, liées au déni des valeurs (familiales, sociales, éthiques) que cautionnait autrefois le travail du détective. On peut citer le dernier récit, Never Let Me Go, où la solution de l'énigme centtrale — qui sont ces enfants sans famille qui effraient la directrice de leur pension? — tient à un meurtre programmé et cautionné par la société (ce sont des clones destinés à mourir après avoir donné leurs organes vitaux). Chez Ishiguro, l'enquête tire au clair par le vide, qu'elle mène au constat d'une culpabilité plurielle et diffuse, dans une écriture élégiaque en ce qu'elle ne peut nommer ni l'innocence toujours déjà perdue, ni la faute, toujours déjà commune.

Gilles GUILLON: Polars en Nord
Editeur nordiste, ancien journaliste, Gilles Guillon est le directeur de la collection Polars en Nord aux Éditions Ravet-Anceau, basées près de Lille. Polars en Nord présente des romans policiers dont l'action se déroule dans la région. La collection a été lancée en octobre 2005. Une quizaine de titres sont déjà parus. A l'échelle régionale, le succès de Polars en Nord a encouragé les Éditions Ravet-Anceau à s'intéresser à d'autres régions. Une collection similaire vient d'être lancée en Rhône-Alpes.

Elsa GRASSO: Récit policier et herméneutique du sujet (Pierre Magnan, Sébastien Japrisot)
Dans ses formes contemporaines, il existe au moins deux modes selon lesquels le roman policier inscrit au cœur de l’intrigue un point aveugle du récit: une mise à l’écart du sujet, par laquelle c’est la présence du monde qui se trouve au centre — à la fois dit et caché — du texte; ou une déstructuration qui est alors donnée aussi bien comme essence de la subjectivité que comme nerf du récit. C’est cette vocation singulière du roman policier à exprimer un objet tout aussi extérieur à la trame narrative que constituant de celle-ci qu’il s’agira d’interroger, par la lecture, tout particulièrement, de Pierre Magnan et Sébastien Japrisot.

Natacha LEVET: Le roman noir contemporain: hybridité et dissolution génériques
Cette communication envisagera l’évolution du roman noir français dans les années 1990-2000, à travers deux phénomènes remarquables, l’hybridité générique et la dissolution des traits génériques, phénomènes textuels qui ont partie liée avec l’évolution du statut symbolique du genre. On peut faire plusieurs constats: le premier est la mobilité d’une partie de la production dans le paysage éditorial. Certains auteurs de romans noirs migrent vers les collections blanches (non marquées du sceau générique policier), sans pour autant changer radicalement d’écriture et de forme littéraire. Pourtant, ces romans, qui seraient perçus comme romans noirs dans des collections policières et qui répondent aux grandes caractéristiques du genre, ne sont plus perçus comme tels. Inversement, certains textes publiés dans des collections noires ou policières brouillent les traits génériques, estompent les codes du genre à tel point qu’ils ne sont finalement plus perceptibles (deuxième constat), et tendent à se confondre avec les romans publiés dans les collections générales. Enfin, un troisième constat est celui d’une hybridité générique qui, sans être une nouveauté, tend à se renforcer dans le roman noir de ces dernières années. L’hybridité est un phénomène de mélange des genres, qui se traduit le plus souvent par des mélanges entre roman noir et littérature de science-fiction et d’anticipation. Cependant, l’hybridité générique se manifeste aussi ces dernières années par le recours à des motifs et des traits d’écriture du théâtre et de la poésie (cela convoque d’ailleurs le phénomène de l’intertextualité). Plus que jamais, la question se pose: le roman noir constitue-t-il un genre? est-il clairement identifiable, définissable à l’aune de critères poétiques et génériques? Y a-t-il encore une différence entre roman et roman noir? Si le phénomène de l’hybridité générique est à relativiser dans son importance parce qu’il existe depuis fort longtemps dans l’ensemble du roman policier, la dissolution des traits génériques est plus intéressante dans ses enjeux. Le roman noir se distingue par une labilité générique (déjà au temps des grands aînés, Hammett et Chandler), ce qui a sans doute facilité sa reconnaissance. Mais on peut émettre l’hypothèse que la dissolution des traits génériques (qu’il faudra bien sûr cerner plus précisément dans cette communication), en tant qu’elle s’accentue dans les années 1990-2000, est liée à la quête de légitimité du genre. Par un brouillage des codes, par une attention toute particulière portée au style et au langage, les auteurs de romans noirs tendent à se dégager des contraintes de la littérature de genre et de la stigmatisation qu’elle entraîne, encore aujourd’hui, même pour un genre en voie de reconnaissance comme le roman policier. Le corpus sera constitué de romans noirs français des années 1990-2000, avec des auteurs comme Maurice G. Dantec, Jean-Bernard Pouy, Michel Quint, Laurent Martin, Pascale Fonteneau, Michèle Rozenfarb, Hervé Le Corre, Paul Borrelli.

Références Bibliographiques :

"Roman noir et fictionalité", Colloque en ligne, organisé par le site Fabula, 2001, "L'effet de fiction".
"Le stéréotype dans le néopolar de Jean-Patrick Manchette : enjeux génériques et axiologiques", Revue Marges Linguistiques, MLMS Editeur, Saint Chamas, mars 2001.
"Le stéréotype dans le néopolar de Jean-Patrick Manchette : enjeux génériques et axiologiques", Le Stéréotype, Actes du XXIème Colloque d'Albi, 10 au 13 juillet 2000, dir. Robert Gauthier, C.A.L.S. et C.P.S.T. de l'Université de Toulouse II Le Mirail, Toulouse, 2001.
"Roman noir et intertextualité : modalités et enjeux", L'intertextualité, Actes du XXIVème colloque international d'Albi (7, 8, 9, 10 juillet 2003), dir. Robert Gauthier, C.A.L.S. et C.P.S.T. de l'Université de Toulouse II Le Mirail, Toulouse, 2004.
"Le polar marseillais : de l'identité textuelle au phénomène éditorial", Production(s) du populaire, Actes du Colloque international de Limoges (14-16 mai 2002), dir. Jacques Migozzi et Philippe Le Guern, PULIM, Limoges, 2004.
"Thierry Jonquet, la puissance de la fiction", Temps Noir, 9 / mars 2005, Nantes, Editions Joseph K.
"Le sport dans le roman noir, de la fascination à la démystification", Ecrire le sport, dir. Philippe Baudorre, Myriam Boucharenc, Michel Brousse,  Presses Universitaires de Bordeaux, Pessac, 2005.
A venir : Contribution à la deuxième édition du Dictionnaire des Littératures Policières, sous la direction de Claude Mesplède, Editions Joseph K., 2006. A paraître à l'automne 2006 – début 2007.


Dominique MANOTTI: Roman policier et démarche historique
Je chercherais, dans ma contribution, à montrer quels sont les rapports, chevauchements et ruptures, entre la démarche de l'historien et celle du romancier de "roman noir".

Dominique MEYER-BOLZINGER: L'enquête en suspens, ou l'écriture policière de Patrick Modiano
Si, de toute évidence, Patrick Modiano n’est pas un auteur de polars, on peut néanmoins observer dans son œuvre combien il utilise et transforme les formes et les sujets du roman policier: il connaît et apprécie l’univers du roman noir, et la forme progressive-régressive de l’enquête convient tout particulièrement à ses thèmes de prédilection — mémoire, quête du passé, identité, mais aussi mise en scène des difficultés et des impasses de la narration. Dans Rue des Boutiques obscures (prix Goncourt 1978), les distorsions d’ordre structurel (inachèvement de l’enquête) et méthodologique (rôle de l’intuition et du hasard, relations vrai/faux) que Modiano fait subir au modèle du roman d’énigme, de même que le statut du personnage (un enquêteur qui ne sait pas, une galerie de témoins peu fiables) et la proximité établie entre l’enquête et la remémoration, montrent que l’incertain y est la principale — et paradoxale — modalité du savoir. Ainsi Rue des Boutiques Obscures, qui utilise la dynamique narrative de l’enquête pour en subvertir la productivité, représente une étape significative de la pénétration des techniques du roman policier dans la littérature légitime: on a là un polar littéraire qui se joue du genre sans le parodier. Dans les autres romans de Modiano, en particulier Dimanches d’août (1986), Dora Bruder (1997), et Accident Nocturne (2000), on retrouve cette dynamique de l’enquête confrontée à l’inertie, au silence et à l’incertain. C’est pourquoi il est légitime de parler d’une écriture policière de Patrick Modiano.

Références Bibliographiques :

Patrick Modiano, Rue des Boutiques Obscures, Gallimard, 1978.
Patrick Modiano, Dimanches d'août, Gallimard, 1986.
Patrick Modiano, Dora Bruder, Gallimard, 1997.
Patrick Modiano, Accident Nocturne, Gallimard, 2000.
Dominique Meyer-Bolzinger, Une Méthode clinique dans l'enquête policière: Holmes, Poirot, Maigret, Liège: CEFAL, 2003.


Maryse PETIT: Michaël Connelly: Le Cycle Harry Bosch ou la stratification du Monde
Tout enquêteur semble vouer à "creuser" pour faire surgir la vérité du crime. Et Harry Bosch est un enquêteur. Mais, pour ce qui le concerne, c’est plutôt le monde des crimes qui se creuse en strates et offre, chaque année davantage, ses entrailles à l’examen du policier. Si les premières enquêtes qu’il eut à mener se déroulaient à la surface, dans les rues de Los Angeles, il se trouve qu’au fur et à mesure, violences et vérités remontent au jour de profondeurs insoupçonnées, obligeant leur découvreur à ramener à la surface toujours plus de l’inconscient de la ville, obscurités redoutables et pourrissantes charriées par la Los Angeles River au long des égouts, ordures humaines dans lesquelles doit fouiller le Dernier Coyote, descendu de sa colline pour nettoyer mélancoliquement la Terre.

Françoise SAMMARCELLI: Procédures policières et procédés littéraires: à propos de Ian Rankin et Henning Mankell
Il s’agira d’étudier l’œuvre de deux grands auteurs contemporains de romans policiers d’Europe du Nord et d’examiner la dynamique de leur écriture et leur manière de représenter les procédures policières. Dans chacun des cas le protagoniste est un policier d’âge mûr, solitaire et dépourvu d’illusion — John Rebus en poste à Edimbourg et Kurt Wallander dans une petite ville de Scanie, dans le sud de la Suède — souvent aux prises avec la bureaucratie ou confronté à des difficultés dans ses rapports à la hiérarchie. On suit son évolution de roman en roman, tout comme l’on observe la tension entre stratégie individuelle et travail d’équipe (méthodes parfois peu orthodoxes de Rebus, exigences et aléas du travail d’équipe pour Wallander). Les jeux de focalisation interne, combinés avec une narration hétérodiégétique, permettent de suivre les méandres de la pensée, tandis que le rythme de la prose contribue souvent à des effets de lyrisme (poésie des descriptions et énergie des dialogues chez Rankin, éloge de la lenteur chez Mankell). Entre psychologie et topographie, si l’intrigue policière séduit par son habile construction, le texte déploie une esthétique du désenchantement. Les deux écrivains portent un regard très critique sur la société et sa corruption, comme sur l’évolution de la ville et du pays (situation de l’Ecosse et enjeux de la dévolution chez Rankin, extension du crime et effondrement du modèle suédois chez Mankell). Si l’origine du mal se situe souvent dans le passé chez Rankin comme chez Mankell, le texte fait aussi entendre une tonalité nostalgique (Mankell effectuant, par la voix de son protagoniste, de fréquentes comparaisons avec un passé plus rassurant). L’écriture dit ainsi l’instabilité et la perte, qui est aussi perte du sens.

Laurence SUDRET: Du traitement de la marginalité dans les romans policiers de Fred Vargas
Fred Vargas semble prendre plaisir dans ses romans à jouer avec la notion de héros et avec ce que l’on appelle aujourd’hui le politiquement correct. Même si quelques traces semblent subsister d’un certain conformisme au "genre" qu’elle nomme le "rompol", c’est la marginalité qui l’intéresse. Ses personnages sont décalés, désaxés et c’est le traitement de cette différence qui fait l’originalité de son œuvre car malgré leur marginalité, ses personnages ne subissent pas d’exclusion  chacun trouve sa place et elle montre que la banalité du monde qui nous entoure est précisément faite de cette différence.

Corpus :
Ceux qui vont mourir te saluent
Debout les Morts
Sans Feu ni lieu
L’Homme à l’envers
Coule la Seine

L’Homme aux cercles bleus (une édition de ce roman pour laquelle j’ai écrit la présentation, les notes, et l’appareil pédagogique, sera publiée en juin par les Editions Magnard, dans la collection Classiques et Contemporains).


Maria Dolores VIVERO GARCIA: L'humour dans l'enquête criminelle chez Fred Vargas
Les enquêtes chez Fred Vargas se trouvent émaillées d’un humour à visée ludique. À partir de certaines catégories discursives de l’humour, que nous présenterons, nous nous proposons de décrire la spécificité de cet humour, en mettant en évidence les procédés utilisés, les univers les plus fréquemment mis en contact pour réussir les effets comiques d’incohérence insolite et tout spécialement l’exploration des rapports humain / non humain. Nous soulignerons enfin le rôle de l’humour dans l’intrigue policière et dans l’économie globale des romans de cette auteure.

Michèle WITTA: Une anomalie? le roman policier historique
Dans un environnement où le "polar" invite à se pencher sur les maux divers et réels de nos sociétés occidentales, le roman policier historique semblerait a priori représenter une échappatoire à cet étalage violent. Il semble plaire au(x) public(s) pour deux raisons principales: cette même violence existait déjà (selon les auteurs) dans un passé reculé et le lecteur moyen imagine découvrir et même se cultiver en lisant un récit attrayant. Vit-il totalement dans l'erreur?


Avec le soutien du Centre Régional des Lettres de Basse-Normandie
et de l'Université de Poitiers (équipe FORELL)



COLLOQUE PUBLIÉ PAR LES PRESSES UNIVERSITAIRES DE RENNES, 2010



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