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" Page mise à jour le 18 mai 2009 "



DU VENDREDI 11 JUILLET (19 H) AU VENDREDI 18 JUILLET (14 H) 2008



LA FORME ET L'INFORME DANS LA CRÉATION MODERNE ET CONTEMPORAINE


DIRECTION : Bernardo SCHIAVETTA, Jean-Jacques THOMAS

ARGUMENT :

La stylistique littéraire connut autrefois les embellies du formalisme russe et du structuralisme, tandis que l'esthétique et l'histoire de l'art s’enrichirent (depuis le XVIIIème siècle jusqu'aux travaux récents) de réflexions approfondies sur la forme. Il existe aujourd’hui un foisonnement formel dans l'art contemporain, ainsi que dans la création poétique au sens large (roman expérimental, littérature numérique, poésie sonore, visuelle, etc.).

Or les questionnements actuels mettent l’accent sur bien d'autres considérations que la forme en tant que telle. Corrélativement, l’engouement pour l'informe, dont témoignent l'exposition "L'informe: mode d'emploi" à Beaubourg (1996), ou des projets comme la "Revue de littérature générale" (1995-1996), attestent de manière paradoxale la pérennité d'un souci formel, double polarité dont nous souhaitons réaffirmer la prépondérance en reprenant l’analyse de ses implications et développements depuis l’aube du XXème siècle jusqu’à nos jours.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Vendredi 11 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Samedi 12 juillet
Matin:
Esthétique, Stylistique, Poétique
Bernardo SCHIAVETTA & Jean-Jacques THOMAS: Ouverture du colloque
Jacinto LAGEIRA: De la critique et du jugement de la forme
Christelle REGGIANI: "Vie des formes": les modèles biologiques des contraintes littéraires

Après-midi:
Esthétique, Stylistique, Poétique
Jany BERRETTI-FOLLET: Face à "l'inextricable incohérence du monde": The Waves et Un homme qui dort
Raphaël PIRENNE: "On descend et on ne descend pas deux fois le même fleuve". Forme et informe chez Alberto Giacometti entre 1930 et 1945


Dimanche 13 juillet
Matin:
Roman
Donata MENEGHELLI: La tension entre la forme et l'informe dans le roman entre 1900 et 1970
Christophe REIG: Harry Mathews: les maux dans la peinture

Après-midi:
Roman
Mireille RIBIÈRE: L'informe de la grille
Sjef HOUPPERMANS: Futures hibernations: Renaud Camus en pleine forme


Lundi 14 juillet
Matin:
Poésie
Alison JAMES: Contraintes et procédés: formes du formalisme poétique en France et aux Etats-Unis
Peter CONSENSTEIN: L’anagramme et l’intention du poète

Après-midi:
Poésie
Chris ANDREWS: L'informe, l'asymétrie et la monstruosité dans l'écriture de César Aira
Hermes SALCEDA: Les excès de la forme dans Nouvelles Impressions d'Afrique
Laurent FOURCAUT: L'écriture poétique de Dominique Fourcade comme "forme informe": le cas exemplaire de Xbo (P.O.L., 1988)

Soirée:
Lectures

Mardi 15 juillet
Matin:
Poésie
Alain CHEVRIER: Le vers isoverbal chez Ivar Ch'Vavar et Ian Monk: de la forme à l'informe et vice versa
Jean-Pierre BOBILLOT: La forme poétique à l'épreuve de la poésie sonore

Après-midi:
REPOS


Mercredi 16 juillet
Matin:
Oulipo
Camille BLOOMFIELD: De l’informe à la forme: l’archive, face cachée de l’Oulipo
Marc LAPPRAND: Pour une esthétique de l'œuvre littéraire de Jacques Jouet

Après-midi:
Autour de Jean-Marie Gleize
Adélaïde RUSSO: La forme et l'informe chez Jean-Marie Gleize ou « Pourquoi je joue du tam tam maintenant? »
Jean-Marie GLEIZE: In-former [dans la suite de ses œuvres Léman - Film à venir] et projection de films

Soirée:
Lectures


Jeudi 17 juillet
Matin:
Photo
Jean-Jacques THOMAS: Formulations: accessibilité et ostentation de la pensée extrême contemporaine

Après-midi:
Danièle MÉAUX: Parcours photographiques à contraintes
Cécile DE BARY: Entre contraintes et protocoles: Edouard Levé


Vendredi 18 juillet
Matin:
Jan BAETENS: L'informe en photographie
Bernardo SCHIAVETTA: Anti-formes de l'Art et de l'Anti-art

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Chris ANDREWS: L'informe, l'asymétrie et la monstruosité dans l'écriture de César Aira
L'essai "La nouvelle écriture" (La nueva escritura) (1988) du romancier argentin César Aira (né en 1949) peut se lire comme un manifeste formaliste, mais par certains côtés, notamment ses sauts d'un genre à l'autre, son écriture romanesque appartient à l'informe. Une remarque faite au cours d'un entretien récent semble confirmer cette appartenance: "tout mon travail peut se définir comme la recherche de belles et nouvelles asymétries". Cette communication essaiera de répondre aux questions suivantes. Qu'en est-il exactement de la forme chez Aira? Y a-t-il une contradiction entre sa défense des "procédés" et des "formules" et sa pratique anarchique et anomique de l'écriture? Quelle est la relation entre sa conception du procédé et la contrainte telle qu'elle a été pratiquée et théorisée en France? Y a-t-il un lien entre l'asymétrie revendiquée de la forme et le thème récurrent de la monstruosité?

Jan BAETENS: L'informe en photographie
Le propos de cette intervention sera double. D'un côté, interroger certaines théories contemporaines de l'informe à la lumière du médium photographique, généralement peu pris en considération dans les discussions sur les rapports entre forme et informe. De l'autre, examiner ce que les concepts de forme et d'informe peuvent apporter à la lecture de certains types de photographie un peu marginalisés, comme le roman-photo. Le corpus analysé sera (en partie) l'œuvre photographique de Marie-Françoise Plissart.

Jany BERRETTI-FOLLET: Face à "l'inextricable incohérence du monde": The Waves et Un homme qui dort
Il s'agira d'un certain regard posé sur les objets du monde. Parmi l'insignifiant, l'infime, l'ininterprétable se dessinent des formes et, en filigrane, des structures. L'œuvre reconstruit un monde. Le moyen y devient principe. La recherche de l'informe peut-elle présenter, elle aussi, un mode d'emploi?

Camille BLOOMFIELD: De l’informe à la forme: l’archive, face cachée de l’Oulipo
Je m’intéresserai à l’Oulipo en tant que groupe littéraire, afin de cerner son fonctionnement général dans le champ littéraire. Lorsqu’on analyse le groupe en terme de dispositif, au sens élargi où l’entend Giorgio Agamben de "tout ce qui a, d’une manière ou d’une autre, la capacité de capturer, d’orienter, de déterminer, d’intercepter, de modeler, de contrôler et d’assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours des êtres vivants", on suppose que le dispositif oulipien est le moyen stratégique mis en œuvre par ses membres pour établir des relations entre les propositions théoriques, les réflexions esthétiques, les textes, les réunions, les archives, mais aussi les institutions littéraires. C’est au sein de ce dispositif que l’on passe, à l’Oulipo, de l’informe à la forme. C’est dans ce cadre précis que se modèlent, que prennent forme les éléments de l’œuvre oulipienne et les préoccupations formelles des auteurs. Imbriqué dans ce dispositif, il en est un autre, celui de l’archive. L’archive témoigne de ce passage, car y est présent ce qui a abouti ou non. Le fonds réuni par François Le Lionnais puis par Marcel Bénabou, et déposé en juin 2007 à la Bibliothèque de l’Arsenal constitue, de différentes façons, le lieu de l’informe à l’Oulipo. Il porte tout d’abord, dans son essence même, la marque de celui qui l’a initié, le "disparate" Le Lionnais, comme il aimait à se qualifier lui-même. Le concept de "disparat" tel qu’il l’a développé n’est pas sans évoquer celui d’"informe", au sens de "qui n’a pas de forme propre". Au fil des documents épars et des ébauches, au cœur des projets à l’état brut, potentiel, se dévoile alors une dimension peu connue de l’Oulipo, que pourtant le groupe a accepté de faire passer du domaine privé au domaine public: leur travail à l’état d’informe, au sens d’"état non achevé de la forme". Cette dimension est le pendant invisible d’un souci de la forme assumé et déclaré. Il s’agira de creuser ce mouvement paradoxal entre l’archive, réceptacle de l’informe, et l’œuvre formalisée et publiée.

Jean-Pierre BOBILLOT: La forme poétique à l'épreuve de la poésie sonore
Une réflexion sur la notion même de forme poétique, à l'épreuve des paramètres scéniques, corporels et technologiques (médiologiques) qui caractérisent la "poésie sonore", en particulier chez François Dufrêne, l'homme des Crirythmes mais aussi du Tombeau de Pierre Larousse et de la Cantate des Mots Camés.

Alain CHEVRIER: Le vers isoverbal chez Ivar Ch'Vavar et Ian Monk: de la forme à l'informe et vice versa
Nous analyserons un type de vers nouveau, dont la métrique est fondée sur le nombre des mots, tel qu’il vient d’être exemplifié dans deux grands poèmes contemporains: Hölderlin au mirador (2004) et Plouk Town (2007). Ce vers peut être considéré comme "informe" par rapport au vers syllabique compté et non rimé. Dans cet essai de morphologie poétique et d’histoire littéraire, nous tenterons de reconstituer les démarches ayant abouti à ce type de vers, tant chez les poètes nordistes qu’au sein du groupe oulipien. Nous identifierons les systèmes de contraintes (typographiques, linguistiques et métriques) employés, ces contraintes étant en l’occurrence numériques, et nous montrerons comment s’est dégagée, à la faveur du resserrement et de relâchement de certaines d’entre elles, l’optionnalité de celle qui est devenue la nouvelle règle. Nous rappellerons l’histoire du vers blanc au siècle dernier, et l’attraction exercée sur lui par un autre type de vers nouveau, le vers libre enjambant, lequel avait fait suite, à partir des années soixante, au vers libre standard. Nous signalerons enfin l’existence d’antécédents rétrospectifs du vers en mots comptés dans des poésies anciennes ou étrangères. Au-delà de cette étude morphologique, nous évoquerons le lien entre la forme choisie et le référent de tous ces poèmes: la souffrance, la violence, la laideur, le déchet, l’"informe", transfigurés par l’art et par l’humour.

Peter CONSENSTEIN: L’anagramme et l’intention du poète
La poésie contemporaine existe-t-elle entre deux pôles, la logolâtrie et le néo-lyrisme, comme suggèrent Jean-Jacques Thomas et Steven Winspur? Soit une poésie dont la source est la langue elle-même versus une poésie à la recherche d’une "nouvelle" voix lyrique. Il paraît évident qu’une poésie "formelle" représenterait la logolâtrie; ce serait une poésie amoureuse de la langue et de la malle au trésor... ou à la connaissance qu'y sont cachés. La poésie "formelle" s’éloigne donc de la voix lyrique et le poète même disparaît. Est-ce vraiment le cas? N’est-il pas vrai, plutôt, que toute poésie valable existe entre ces deux pôles? Les anagrammes de Michelle Grangaud, cachent-elles la voix "lyrique" de ce poète ou bien s’agit-il d’un lyrisme formel? Le poète disparaît-il derrière la forme choisie? L’anagramme, déforme-t-elle la voix, la voix lyrique, et surtout l’intention du poète? Michelle Grangaud dit avoir vécu, à propos des anagrammes, l’expérience d’un "discours non-intentionnel". Quel est ce discours et comment complète-t-il la vraie intention du poète?

Cécile DE BARY: Entre contraintes et protocoles: Edouard Levé
Edouard Levé, artiste et écrivain récemment disparu, se situait à la frontière des champs littéraire et artistique. Il revendiquait un usage de la contrainte. Pourtant, cet usage relevait autant de la tradition artistique du protocole. D'abord reconnu comme artiste, les œuvres de cet auteur impliquaient toutefois le texte, qui a fini par exister par lui-même, mais comme résultat d'une pratique. Dans son écriture, la pratique de la contrainte est une recherche du systématique aux dépens de l'expressivité, et donc de traditions résistantes, lyrisme, "beau style". Aujourd'hui encore, la mise en avant de la forme interroge le "littéraire" et sa définition.

Laurent FOURCAUT: L'écriture poétique de Dominique Fourcade comme "forme informe": le cas exemplaire de Xbo (P.O.L., 1988)
Après quatre livres de poésie où l’influence de René Char se faisait nettement sentir, Dominique Fourcade a cessé d’écrire, s’occupant de critique d’art, et n’a repris l’écriture poétique que dix ans plus tard, en 1983, avec Le Ciel pas d’angle. Depuis lors, son œuvre se laisse caractériser globalement comme une "forme informe", selon une formule clé présente dans Le Sujet monotype (1988). Le projet de l’auteur semble être le suivant: il faut procéder à un "nettoyage" radical des formes littéraires héritées, et, sur cette table rase, reconstruire ce qu’il appelait déjà, dans Nous du service des cygnes (1970), une "contre-nuit" — la nuit offrant le monde dans sa vérité, débarrassé du carcan, et du leurre, des formes trop dessinées, trop découpées par le jour —, c’est-à-dire un univers textuel où la plasticité des formes informes soit telle qu’elle autorise une libre circulation du sens, pâture idoine pour un désir dont le mouvement est la seule loi, un désir centrifuge. Ainsi le texte du poème devient-il, à la lettre, un corps pulsionnel, exutoire de substitution pour le désir, puisque aussi bien, ainsi que Fourcade l’affirmait dans Xbo (P.O.L, 1988, non paginé), dont l’analyse viendra illustrer ce fonctionnement: "je pensai langue comme seul corps disponible".

Jean-Marie GLEIZE: In-former [dans la suite de ses œuvres Léman - Film à venir]
Je traiterai de l'in(dé)terminable/miné dans la suite de mes livres depuis "Léman" jusqu'à "Film à venir", soit l'idée d'une "composition informelle" de ces cinq volumes, ou de leur incomposition formelle (en recherche de formalisation).

Sjef HOUPPERMANS: Futures hibernations: Renaud Camus en pleine forme
Renaud Camus est l'auteur d'une œuvre énorme où la question de la forme et de l'informe joue un rôle de tout premier plan. Que ce soit dans ses textes romanesques, dans ses essais, dans ses "guides" ou encore dans les nombreux tomes d'un journal unique ainsi que dans les pages de ces vastes conglomérations textuelles que constituent Les Eglogues sur papier ou Vaisseaux brûlés sur l'Internet, la recherche de la finesse des formes, de l'élégance dans les élans et de la grâce des formules imprègne ces créations de bout en bout. Je veux me pencher plus particulièrement à l'intérieur de ce cadre sur la description des paysages qui est tout à fait exemplaire pour ce qui regarde l'esthétisation du réel chez Camus et dans le prolongement de cette approche je me propose de réfléchir sur l'art poétique de l'auteur.

Alison JAMES: Contraintes et procédés: formes du formalisme poétique en France et aux Etats-Unis
Cette réflexion cherche à élucider les affinités et les écarts entre certaines approches de la forme poétique en France et aux États-Unis dans la deuxième moitié du XXème siècle. Dans le sillage de traditions modernistes divergentes, l’idée d’une poésie formelle (voire formaliste) revêt des connotations bien différentes dans chaque pays. À partir des années 70, on voit apparaître aux États-Unis deux réactions, opposées sur le plan esthétique et politique, contre le laisser-aller du vers libre. D’un côté, les "poètes du langage" (Language poets) mettent en œuvre une expérimentation portant sur la matérialité des signes; de l’autre, les "nouveaux formalistes" (New Formalists) prônent un retour au mètre et à la rime traditionnels. Plus ambiguë, dans le contexte français, est la position de l’Oulipo, assez éloignée à la fois du traditionalisme des nouveaux formalistes et de l’esthétique post-moderne des poètes du langage. De fait, les méthodes oulipiennes semblent plus proches, du point de vue de leurs effets, des "opérations de hasard" employées par John Cage ou Jackson Mac Low. Pourtant l’Oulipo définit son travail comme un "anti-hasard". À partir de ces exemples, on s’interrogera sur le rapport complexe entre contrainte et expérimentation, et entre procédés aléatoires et formalisme poétique.

Marc LAPPRAND: Pour une esthétique de l'œuvre littéraire
Pour Jacques Jouet, l’un des Oulipiens les plus productifs, non seulement la forme fait sens, mais la forme est le sens. Impossible de distinguer l’un de l’autre. Opposant à l’autofiction le concept d’altéroroman qu’il illustre avec L’Amour comme on l’apprend à l’école hôtelière (POL, 2006), il conçoit même qu’on puisse dépasser le stade de la forme pour aboutir à un art (À supposer..., No. 34, Nous, 2007, p. 43), laissant entrevoir que la recherche de la beauté constitue un enjeu consenti en littérature. On pense aux travaux précurseurs de Walter Benjamin sur Baudelaire, mais ceux-ci s’en tiennent pratiquement aux Fleurs du mal. Suite à mon essai L’œuvre ronde: essai sur Jacques Jouet, suivi d’un entretien avec l’auteur (Lambert-Lucas, 2007), je propose de démontrer et d’illustrer la rotondité de l’œuvre jouetienne. Rondeur parfaite, inaltérable, expansionniste, généreuse, gravide. Il existe chez cet écrivain un formalisme individué autant que de l’ensemble. Cette réflexion tentera de dépasser l’œuvre en question pour mettre au banc d’essai une théorie de la forme d’une œuvre littéraire entière.

Danièle MÉAUX: Parcours photographiques à contraintes
De nombreux photographes itinérants subordonnent leurs parcours à des contraintes, qui conditionnent leur relation au territoire. L’attention portera sur l’intérêt de ces démarches assorties de règles précises qui s’avèrent à même de renouveler la perception des paysages. Plus largement aussi, c’est le rapport de la pratique photographique à la contrainte qui sera envisagé.

Donata MENEGHELLI: La tension entre la forme et l'informe dans le roman entre 1900 et 1970
Réflexion sur dialectique (voir la tension) entre la forme et l’informe dans le roman de la première moitié du XXème siècle, en travaillant surtout sur Faulkner, Beckett et le nouveau roman. Rapport entre les raisons de la forme et celles de la mimésis, un rapport qui devient — à partir du début du XXème siècle jusqu’aux années soixante — de plus en plus conflictuel.

Raphaël PIRENNE: "On descend et on ne descend pas deux fois le même fleuve". Forme et informe chez Alberto Giacometti entre 1930 et 1945
Vers 1932, Alberto Giacometti laissait dans une note de ses carnets: "Jamais pour la forme, ni pour la plastique, ni pour l’esthétique, mais le contraire. Contre, absolument. Jeu oui, érotique oui, inquiet oui, destructeur oui". Cette déclaration est plus ou moins contemporaine de Boule Suspendue et Objet désagréable à jeter, deux œuvres d’une radicale simplicité d’où pouvait se dégager une certaine mise en crise de la forme. Vers 1935, Giacometti reprenait son travail devant modèle. Un des résultats de cette entreprise aboutit à ces minuscules figurines de plâtre dont le moindre coup de canif supplémentaire pouvait les rendre à un état de poussière. Entre ces objets "surréalistes" réalisés dans l’environnement de pensée de Georges Bataille et ces figures qui bientôt se verront interprétées en fonction d’un horizon existentialiste se jouerait une fracture pouvant, sous certains de ses aspects, se formuler selon une polarité entre forme et informe. Envisageant les œuvres et le contexte historique du début des années 1930 à l’immédiate après-guerre, la présente communication cherchera à réévaluer et à mettre en question cette dite fracture en dialectisant ces notions.

Christelle REGGIANI: "Vie des formes": les modèles biologiques des contraintes littéraires
Sous un titre emprunté à l’historien de l’art Henri Focillon (Vie des formes, 1943), on s’intéressera à la récurrence remarquable des références biologiques dans le discours théorique des auteurs "à contraintes", notamment oulipiens: en quoi ces métaphores du vivant sont-elles bonnes à penser, à énoncer pour des auteurs qui revendiquent explicitement une mise sous contrainte (mathématique) de leur écriture? Cette communication se propose de montrer que ce qui paraît d’abord ressortir à la figure du paradoxe constitue plutôt un discours de légitimation esthétique visant à conférer la forme nécessaire et unitaire de l’œuvre à des textes fabriqués, donc toujours contingents. Cet organicisme définissant, on le voit, un discours de la méthode relativement inadéquat, il va de pair avec la constitution, dans les textes, de ce que l’on qualifiera de "formation de compromis": ce fantasme vitaliste se trouve alors thématiquement représenté par le corps en mouvement du cycliste (on pense, en particulier, aux œuvres de Jacques Roubaud et de Paul Fournel), la bicyclette apparaissant comme une machine non seulement "célibataire" (pour reprendre le mot de Duchamp), mixte de mécanique (la contrainte) et de vivant (l’écriture de l’œuvre), mais véritablement "à écrire", où l’avancée du vélo représente le rêve d’une écriture en mouvement, engageant, dans cette figuration sportive, le corps même de l’écrivain. C’est dire qu’un tel décalage entre le discours théorique de la contrainte formelle et la persistance d’un organicisme esthétique — faisant donc sa part, sinon à l’informe, du moins à la mobilité du vivant — induit in fine un déplacement de ce vitalisme impossible des textes à la vie elle-même: la contrainte, lorsqu’elle porte directement sur le vécu (appréhendé comme temps ou comme espace), devient, enfin, vitale, au sens où elle détermine alors, très exactement, une forme de vie.

Christophe REIG: Harry Mathews: les maux dans la peinture
En fréquentant à Harvard la section musique et musicologie, Harry Mathews s’est très tôt intéressé aussi à la Peinture et aux peintres contemporains. D’abord à la "scintillante constellation de New-Yorkais", comme l’écrit joliment John Ashberry, qui compte alors Jane Freilicher, Larry Rivers, Alex Katz, Joe Brainard, Ellen Adler et David Oppenheim. Ensuite, à Nikki de Saint-Phalle bien sûr, et ceux qu’on appellera bientôt les "nouveaux réalistes". Aussi n’est-il pas étonnant que la plupart de ses romans mettent très souvent en scène des tableaux, des peintres — et parfois même des machines à peindre — observées par des narrateurs en quête d’un ordre formel qui a semble-t-il déserté un réel catastrophé et chaotique. Lorsqu’on la rencontre au sein de la diégèse du premier roman d’HM, Conversions (1962) la forme picturale semble encore grisante. Réglant le cours de la narration, la forme semble ici reine, même si elle mène à la ruine finale du narrateur. À l’occasion de Tlooth (1966), on retrouve la forme ironiquement fétichisée, étendant son emprise sur les corps qui, tatoués, désossés, démembrés, opérés, deviennent à leur tour des œuvres d’art. Ici, la forme déforme. et fait craquer la narration. Mathews — qui est aussi traducteur de Georges Bataille — instille le doute et assume le renoncement de l’Art au tentant défi d’imposer un ordre à la démesure, à l’informe et parfois même au sale mélange de l’inerte (la boue). Parce qu’il nous promène dans l’ltalie, Le Naufrage… (1975) avec son index qui un grand nombre de peintres en finit — si j’ose dire — avec la valeur de la forme. La forme ne doit-elle être qu’une "bribe d’or" incorporée au filage du texte? L’ostensiblement combinatoire Cigarettes (1987), ne répond pas de manière définitive à la question. C’est bien un portrait, celui d’Élisabeth (portrait volé, copié, détourné) qui constitue un des fils de la narration, mais ici, la tension entre forme et informe semble neutralisée par la contrainte narrative de nature oulipienne. Cette interrogation sur les rapports entre signes picturaux et linguistiques, objet de notre étude, se poursuivra de manière différente dans les textes ultérieurs de l’auteur.

Mireille RIBIÈRE: L'informe de la grille
La grille en question se retrouve sous maints avatars dans l’histoire de l’art occidental et s’avère très présente dans les pratiques esthéthiques contemporaines. Simple procédé, la grille est ce quadrillage qui sert à représenter le monde sur une surface plane selon les lois de la perspective classique. Cadre ou interstice, c’est aussi un dispositif clé dans l’art non figuratif du XXème siècle. Deux exemples qui illustrent les fonctions souvent divergentes de la grille. Il s’agira ici de s’interroger sur sa valeur et ses pouvoirs de structuration aujourd’hui.

Adélaïde RUSSO: La forme et l'informe chez Jean-Marie Gleize ou « Pourquoi je joue du tam tam maintenant? »
Dans Altitude Zéro: Poètes, etcetera: costumes, Jean-Marie Gleize aborde le problème de la forme ou plutôt la disparition de la forme en poésie au dix-neuvième siècle. Il associe la perte des formes à la perte du public: « Affaiblissement puis perte de définition formelle stable et consensuelle, entraînant une rupture avec ses lecteurs. La poésie dès lors est devenue élitiste puis autistique (poésie de la poésie écrite pour les poètes) (1). Gleize propose de manière ironique une solution qui n’est en pas une, pas plus que la poésie elle-même. Pour restaurer la poésie à sa « Veritatis splendor », il suffirait de restituer sa vérité métrique et prosodique (AZ, 69). Une deuxième alternative est d’exploiter pleinement et systématiquement les formes qui existent déjà.  Gleize inclut les sonnets de Roubaud ou la poésie oulipienne à contraintes, par exemple Alphabets de Georges Perec dans cette deuxième catégorie. Depuis une décennie, Gleize lui-même essaie d’explorer la troisième possibilité, « La post-poésie »: « […] qu’il s’agit de savoir comment continuer la poésie après la poésie, ou la littérature après la poésie » (AZ, 71). En insistant sur « la responsabilité formelle des écrivains » (AZ, 72), Gleize adhère aux deux dernières possibilités qui se présentent « dans un rapport dialogique obligé » (AZ, 73).
La question qu’il faut poser est comment Jean-Marie Gleize aborde-t-il simultanément l’exploitation inventive des formes poétiques et l’enjeu d’écrire « après la poésie »? En parlant des « horribles travailleurs » (Rimbaud), il constate que: « Tel aujourd’hui ne peut pas avancer dans son œuvre qu’en travaillant à l’élargissement formel du territoire « poésie », tel autre en en sortant ou en tentant d’en sortir, en travaillant en tout cas au-delà du principe métrico-prosodique. On observera que dans certaines œuvres contemporaines peuvent se succéder ou coexister l’exploration prosodique et le travail postgénérique ; dans certaines autres au contraire, les choix sont exclusifs […] » (AZ, 72). Dans un premier temps, nous suivrons le développement de cette pensée ; dans un deuxième, nous tracerons une démarche basée sur l’emploi de la répétition de manière à créer des constellations sémantiques et phoniques qui lient les œuvres de la tétralogie. Chez Gleize l’interrogation formelle, ou le questionnement des limites de la forme aboutit aux structures qui correspondent plus à la musique sérielle qu’aux improvisations collectives en jazz.

(1) Jean-Marie Gleize, Altitude Zéro: Poètes, etcetera: costumes, Paris: Java, 1997, p.69.

Hermes SALCEDA: Les excès de la forme dans Nouvelles Impressions d'Afrique
Dans l’œuvre de Raymond Roussel, elle-même singulière, Nouvelles Impressions d’Afrique (1933) continue de défendre sa place à l’écart des autres livres. A cet étrange isolement dans lequel le texte se maintient contribue pour une bonne partie sa structure externe fondée sur un laborieux échafaudage de parenthèses et de notes infrapaginales, appuyé par un pliage assez particulier qui laisse les illustrations au milieu des pages non coupées. Chacun des quatre chants n’est, en effet, composé que d’une seule phrase interrompue par de nombreuses incises qui s’enchâssent les unes dans les autres au moyen de parenthèses et sont parfois reportées en bas de page où elles donnent lieu à l’ouverture de nouvelles parenthèses. Cette structure endiablée qui enveloppe des vers ciselés avec une grande fermeté semble avoir eu deux effets contradictoires, l’un nettement positif et l’autre plus négatif. Elle a, en effet, garanti l’avenir de l’ouvrage, comme l’avait prévu Salvador Dali, en favorisant la multiplication de ses lectures et en annonçant les expériences récentes des créations hypertextuelles. Mais, en même temps, elle a détourné, en général, les spécialistes de l’approche des contenus. Pourtant dans ses contenus, Nouvelles Impressions est aussi un texte singulier dans la production roussellienne, nous y voyons le formidable inventeur d’histoires et d’engins improbables se transformer en philosophe, même en moraliste: s’interroger sur la condition humaine (fait combien exceptionnel chez Roussel), dénoncer les moindres mensonges de la représentation, se méfier des rapports du langage au réel.

Bernardo SCHIAVETTA: Anti-formes de l'Art et de l'Anti-art
Les procédés de dérision comique fonctionnaient autrefois comme des anti-formes vis-à-vis de la tragédie et de l'épopée ; or ces anti-formes autrefois  « comiques » sont devenues prépondérantes dans les pratiques transgressives de l'« Art Contemporain » et de la littérature « expérimentale » actuelle. Ma réflexion portera sur les diverses implications esthétiques de leur inclusion dans le régime du sérieux.

Jean-Jacques THOMAS: Formulations: accessibilité et ostentation de la pensée extrême contemporaine
Réflexion sur la photo comme allégorie (au sens de De Man) de l'écriture remplaçant l'analogie de jadis, laquelle renvoyait à la peinture (ut pictura poesis).


Avec le soutien de The Distinguished Melodia E. Jones Chair
(State University of New York at Buffalo)




COLLOQUE PUBLIÉ PAR LA REVUE FORMULES, 2009



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