RÉSUMÉS :
Stéfano CATUCCI: Michel Foucault,
la pensée peinturale
Au cours d'un entretien daté de 1975, Foucault a avoué être
plus sensible au travail de la peinture qu'à celui de la littérature:
"je dois dire que je n'ai jamais tellement aimé l'écriture.
Il y a la matérialité qui me fascine dans la peinture". Au delà
du sentiment de surprise qu'elle peut susciter, cette affirmation nous propose
au moins deux éléments qu'il faut problématiser et analyser:
a) La fonction structurelle de la peinture dans la réflexion foucauldienne
sur et à partir de l'oeuvre d'art ; b) L'émergence de la matérialité
comme trait distinctif de son statut. Ma communication essayera de développer
ce double point de départ dans deux directions complémentaires.
D'un côté, il s'agira de reconstruire la fonction paradigmatique
que la peinture joue dans la pensée de Foucault et d'intégrer
les exemples d'analyse les plus connus (Vélazquez, Manet, Magritte...)
avec ceux que Foucault a abordé dans des travaux d'occasion (catalogues
d'expositions, références rapides à l'intérieur
de ses livres, entretiens). De l'autre, il sera question de réfléchir
autour de la matérialité picturale et d'esquisser une confrontation
avec un autre genre de matérialité, celui de l'écriture,
qui a été la référence première pour tout
un mouvement de la philosophie contemporaine qui remonte à Derrida.
En conclusion, ces deux points d'analyse seront conjugués afin de
vérifier comment le problème que Foucault a défini d'une
"restauration des droits de l'image", contre "l'incroyable jansénisme"
de l'esthétique du XXe siècle, puisse jeter une lumière
nouvelle pas seulement sur notre manière de voir l'art contemporain,
mais sur notre manière de concevoir l'exercice même de la philosophie
aujourd'hui.
Richard GROULX: Michel Foucault, le gouvernement
de soi et d'autrui, la vie, la mort et l'œuvre
Nous partons de l'hypothèse que le concept de "gouvernement" (entendu
ici au sens de conduite réflexive de soi sur soi et sur autrui) constitue
la matrice interprétative de l'ensemble des problématiques
autour desquelles se sont déployés les travaux et les pratiques
de Michel Foucault. Des premiers ouvrages sur
Rayond Roussel et
L'Histoire
de la folie, cette réflexion qui s'inscrit dans le prolongement
des derniers travaux de Foucault sur le "souci de soi" s'ancre d'abord à
partir de la notion de "vie" (de "bios") comme construction ou maîtrise
de soi et tout à la fois refuse d'être enfermée dans les
catégories traditionnelles d'oeuvre, d'auteur et de signature. Double
refus qui caractérise l'interrogation d'une vie: comment éviter
de faire "œuvre", comment dénier le statut de l'écrivain ou
de l'intellectuel?
Roberto NIGRO: Foucault, lecteur et critique
de Bataille et de Blanchot
Au début des années 50, la lecture de l'œuvre de Bataille
et de Blanchot fut fondamentale pour Foucault. Elle lui permit la découverte
des œuvres de Nietzsche et de Heidegger et le poussa à s'éloigner
des courants de pensée dominant son époque, notamment la phénoménologie,
l'existentialisme, un certain marxisme... Tout au long des années 60,
la confrontation avec ces expériences littéraires traverse l'œuvre
de Foucalt. Le concept de transgression, d'expérience, ainsi que le
problème du langage hantent sa réflexion. Il se pose la question
de savoir de quels poids pèse cette confrontation sur l'ensemble de
son œuvre.
Nathalie PIÉGAY-GROS: Foucault
dans le discours critique
Foucault est fréquemment cité par la critique littéraire
; la convocation de son oeuvre va bien au-delà de la théorie
littéraire de type structuraliste. Ce sont les enjeux de cette référence
qu'il s'agira ici d'examiner: quels textes de Foucault sont convoqués?
Dans quelle optique? En quoi sa réflexion sur le langage et sur la
littérature a-t-elle modifié la manière de penser la
littérature mais aussi le commentaire littéraire?
Clive THOMSON: Foucault, la psychanalyse
et les études littéraires
La question complexe du rapport de Michel Foucault à la psychanalyse
à fait l'objet de plusieurs enquêtes et commentaires. Je situe
cette communication dans ces débats et j'entends explorer plus exactement
la double critique de la psychanalyse que fait Foucault. Elle représente,
au début de son histoire et dans certains travaux de Freud, une "dépsychiatrisation".
Plus tard, dans certaines de ses variantes, au cours du vingtième siècle,
elle manifeste une solidarité certaine avec divers "appareils de contrôle
et de soumission". La question posée est alors: Que Foucault nous
apprend-il d'utile dans le cadre des études littéraires ou
culturelles maintenant? Foucault affirme, par exemple, que certaines versions
du projet psychanalytique "sont trop attachées à la fonction
sémantique du langage". Un examen de ce genre d'affirmation (et d'autres)
me semble riche et justifié dans le contexte d'un colloque sur Foucault,
les arts et la littérature.
Jean-Louis VIOLEAU: Foucault et les
architectes: du panoptisme aux réseaux
L'émergence d'une génération d'architectes sur les
cendres de l'ancienne Ecole des Beaux-Arts coïncide avec — entre autres
— le recours à la pensée de Michel Foucault et la contribution
que le philosophe apporte alors à une série de travaux fondateurs
d'une "recherche architecturale" naissante, le tout au coeur d'un jeu complexe:
avec l'Etat, contre l'Etat, mais "tout contre" l'Etat. Aujourd'hui, une fois
pris le tournant urbain et alors qu'un mode de composititon urbaine (la rue,
l'îlot et le respect des continuités) s'est définitivement
substitué à un autre (l'espace ouvert, l'éclatement de
l'armature urbaine, bref les tours et les barres), l'apport de Foucault ne
se situe plus autour de la mise à jour d'une généalogie
des formes urbaines. S'il s'agit toujours d'analyser un processus de fabrication
de la ville, et si c'est encore de la ville sans architecte ni urbaniste qu'il
est aujourd'hui question, pour autant ce ne sont plus les villes historiques
qui sont au coeur des questionnements actuels, mais bien plutôt la ville
ultrea-contemporaine, celle des marges et celle des friches, celle des zones
commerciales et pavillonnaires, bref la ville qui se diffuse et s'étale,
la ville centrifuge. Et c'est toujours Foucault qui, pour une part, aide
à penser cette dissolution de la ville. Bien plus, c'est toujours
cette conférence,
Des espaces autres, prononcée devant
quelques jeunes architectes en 1967, qui alimente la réflexion, au
creux d'une tension terminologique entre
diffusion et dispersion.
Sarah WILSON: Sur Manet
L'analyse des
Ménines de Velasquez ouvre le livre le plus
célèbre de Michel Foucault,
Les mots et les choses. Cette
minutieuse description du tableau, de ses lignes de force et de ses emboîtages,
est placée là en introduction métaphorique à
une "archéologie des sciences humaines" parce que l'auteur y voit
"comme la représentation de la représentation classique". Bref,
ce texte lui-même, cité désormais par les manuels de
philosophie comme par les historiens de l'art, est devenu un classique du
genre. Je me propose de le rapprocher de plusieurs autres textes, moins célèbres
ceux-là, que Michel Foucault a consacrés à Manet, Magritte,
Rebeyrolle, Fromanger ou d'autres, afin de souligner quelques thèmes
récurrents, et en particulier ceux de la place du spectateur-sujet
(ou de son absence), des métaphores du regard ou du miroir comme source
de fiction.