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" Page mise à jour le 12 avril 2007 "


DU SAMEDI 23 JUIN (19 H) AU SAMEDI 30 JUIN (14 H) 2001



FOUCAULT, L'ART ET LA LITTÉRATURE


DIRECTION : Philippe ARTIÈRES et le Centre Michel Foucault

Avec le concours de l'IMEC

ARGUMENT :

Michel Foucault ne cessa dans son œuvre de convoquer au fil de sa réflexion le corpus littéraire et artistique. La littérature et la peinture occupent ainsi un rôle spécifique dans l'écriture foucaldienne, c’est le cas du Neveu de Rameau dans l'Histoire de la folie à l'âge classique, ou du célèbre tableau des Ménines qui ouvre Les Mots et les choses ou, de manière plus générale, des écrits de l’écrivain argentin Borges.

Mais l’intérêt de Foucault pour les créations artistiques et littéraires ne se limita pas à sa simple instrumentalisation. Les Dits et écrits (1994) mettent en évidence une véritable pratique critique qui dessine une géographie plus vaste, sorte de bibliothèque et de musée idéales du philosophe. Foucault a en effet analysé l’œuvre d’une série d’écrivains, de peintres, d’architectes, de photographes ou encore de cinéastes. Si certains textes sont de circonstances, on peut se demander dans quelle mesure ces textes (articles, préfaces de catalogues et d’édition, en particulier) ne dessinent pas une esthétique foucaldienne, moins explicite et moins revendiquée que chez son contemporain Gilles Deleuze, mais néanmoins bien présente.

Cette hypothèse mérite d’autant plus d’être discutée qu’aujourd’hui, plus de quinze ans après sa disparition, des artistes se revendiquent de Michel Foucault et toute une réflexion critique se base en grande partie sur ses analyses.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Samedi 23 juin
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Dimanche 24 juin
Matin:
Arnold DAVIDSON: Foucault et la naissance du monde. De la musique sérielle à l'histoire des formes de pensée

Après-midi:
Visite de l'exposition: Michel Foucault, l'art et la littérature (IMEC/CMF)
Roberto NIGRO: Foucault, lecteur et critique de Bataille et Blanchot
Ludger SCHWARTE: Foucault et l'esthétique du dehors

Soirée:
Lecture: Textes de Michel Foucault, par John CAMBRELAN


Lundi 25 juin
Matin:
Richard GROULX: Sur la notion d'auteur
Carsten Henrik MEINER: Foucault et le roman au XVIIIe siècle: subjectivité et clarté

Après-midi:
Françoise GAILLARD: Foucault et Yourcenar: le souci de soi
Didier ERIBON: Ce que Nietzsche fit à Foucault et à Gide

Soirée:
Projection: Le médecin des Lumières de René Allio


Mardi 26 juin
Matin:
Albert DICHY: Brève rencontre, Foucault/Genet
Clive THOMSON: Foucault, la psychanalyse et les études littéraires

Après-midi:
Frédéric GROS: Le cas Roussel
Gérard FROMANGER: Rencontre de l'artiste et du philosophe
Stefano CATUCCI: MF: la pensée peinturale

Soirée:
Projection: Les camisards de René Allio


Mercredi 27 juin
Matin:
Visite: l'abbaye d'Ardenne (IMEC) à Caen
Lecture-spectacle: Mes souvenirs d'Herculine Barbin par la comédienne Lara Bruhl
Visite: le Musée des Beaux-Arts de Caen

Après-midi:
Projection: Documents vidéo sur Michel Foucault


Jeudi 28 juin
Matin:
Sarah WILSON: Sur Manet
François DELAPORTE: La science, l'art et la photographie

Après-midi:
Serge TOUBIANA: Foucault et le cinéma
Serge DAVID: Foucault le cinéma allermand des années 70
Pierre LASCOUMES: La perpendicularité de la société

Soirée:
Projection: Documents vidéo sur Michel Foucault


Vendredi 29 juin
Matin:
Nathalie PIÉGAY-GROS: Influence de Foucault dans l'écriture contemporaine: Michon
Philippe LEJEUNE: L'écriture de soi

Après-midi:
Jean-Piere SALGAS: Foucault (Deleuze, Klossowski) Gombrowitz
Anne SIMONIN: Pourquoi la mort civile? Contribution à une histoire de la ressemblance
Alain JAUBERT: Place du spectateur, fiction du regard: Foucault entre Velasquez et Manet


Samedi 30 juin
Matin:
Table Ronde : Dialogue sur Michel Foucault et les architectes, avec Jean-Louis VIOLEAU (Du panoptisme aux réseaux. Foucault et les architectes) et Bruno FORTIER (Sur l'architecture)

Judith REVEL: Ordre du discours, désordre de la parole: une généalogie littéraire du biopolitique

Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS

RÉSUMÉS :

Stéfano CATUCCI: Michel Foucault, la pensée peinturale
Au cours d'un entretien daté de 1975, Foucault a avoué être plus sensible au travail de la peinture qu'à celui de la littérature: "je dois dire que je n'ai jamais tellement aimé l'écriture. Il y a la matérialité qui me fascine dans la peinture". Au delà du sentiment de surprise qu'elle peut susciter, cette affirmation nous propose au moins deux éléments qu'il faut problématiser et analyser: a) La fonction structurelle de la peinture dans la réflexion foucauldienne sur et à partir de l'oeuvre d'art ; b) L'émergence de la matérialité comme trait distinctif de son statut. Ma communication essayera de développer ce double point de départ dans deux directions complémentaires. D'un côté, il s'agira de reconstruire la fonction paradigmatique que la peinture joue dans la pensée de Foucault et d'intégrer les exemples d'analyse les plus connus (Vélazquez, Manet, Magritte...) avec ceux que Foucault a abordé dans des travaux d'occasion (catalogues d'expositions, références rapides à l'intérieur de ses livres, entretiens). De l'autre, il sera question de réfléchir autour de la matérialité picturale et d'esquisser une confrontation avec un autre genre de matérialité, celui de l'écriture, qui a été la référence première pour tout un mouvement de la philosophie contemporaine qui remonte à Derrida. En conclusion, ces deux points d'analyse seront conjugués afin de vérifier comment le problème que Foucault a défini d'une "restauration des droits de l'image", contre "l'incroyable jansénisme" de l'esthétique du XXe siècle, puisse jeter une lumière nouvelle pas seulement sur notre manière de voir l'art contemporain, mais sur notre manière de concevoir l'exercice même de la philosophie aujourd'hui.

Richard GROULX: Michel Foucault, le gouvernement de soi et d'autrui, la vie, la mort et l'œuvre
Nous partons de l'hypothèse que le concept de "gouvernement" (entendu ici au sens de conduite réflexive de soi sur soi et sur autrui) constitue la matrice interprétative de l'ensemble des problématiques autour desquelles se sont déployés les travaux et les pratiques de Michel Foucault. Des premiers ouvrages sur Rayond Roussel et L'Histoire de la folie, cette réflexion qui s'inscrit dans le prolongement des derniers travaux de Foucault sur le "souci de soi" s'ancre d'abord à partir de la notion de "vie" (de "bios") comme construction ou maîtrise de soi et tout à la fois refuse d'être enfermée dans les catégories traditionnelles d'oeuvre, d'auteur et de signature. Double refus qui caractérise l'interrogation d'une vie: comment éviter de faire "œuvre", comment dénier le statut de l'écrivain ou de l'intellectuel?

Roberto NIGRO: Foucault, lecteur et critique de Bataille et de Blanchot
Au début des années 50, la lecture de l'œuvre de Bataille et de Blanchot fut fondamentale pour Foucault. Elle lui permit la découverte des œuvres de Nietzsche et de Heidegger et le poussa à s'éloigner des courants de pensée dominant son époque, notamment la phénoménologie, l'existentialisme, un certain marxisme... Tout au long des années 60, la confrontation avec ces expériences littéraires traverse l'œuvre de Foucalt. Le concept de transgression, d'expérience, ainsi que le problème du langage hantent sa réflexion. Il se pose la question de savoir de quels poids pèse cette confrontation sur l'ensemble de son œuvre.

Nathalie PIÉGAY-GROS: Foucault dans le discours critique
Foucault est fréquemment cité par la critique littéraire ; la convocation de son oeuvre va bien au-delà de la théorie littéraire de type structuraliste. Ce sont les enjeux de cette référence qu'il s'agira ici d'examiner: quels textes de Foucault sont convoqués? Dans quelle optique? En quoi sa réflexion sur le langage et sur la littérature a-t-elle modifié la manière de penser la littérature mais aussi le commentaire littéraire?

Clive THOMSON: Foucault, la psychanalyse et les études littéraires
La question complexe du rapport de Michel Foucault à la psychanalyse à fait l'objet de plusieurs enquêtes et commentaires. Je situe cette communication dans ces débats et j'entends explorer plus exactement la double critique de la psychanalyse que fait Foucault. Elle représente, au début de son histoire et dans certains travaux de Freud, une "dépsychiatrisation". Plus tard, dans certaines de ses variantes, au cours du vingtième siècle, elle manifeste une solidarité certaine avec divers "appareils de contrôle et de soumission". La question posée est alors: Que Foucault nous apprend-il d'utile dans le cadre des études littéraires ou culturelles maintenant? Foucault affirme, par exemple, que certaines versions du projet psychanalytique "sont trop attachées à la fonction sémantique du langage". Un examen de ce genre d'affirmation (et d'autres) me semble riche et justifié dans le contexte d'un colloque sur Foucault, les arts et la littérature.

Jean-Louis VIOLEAU: Foucault et les architectes: du panoptisme aux réseaux
L'émergence d'une génération d'architectes sur les cendres de l'ancienne Ecole des Beaux-Arts coïncide avec — entre autres — le recours à la pensée de Michel Foucault et la contribution que le philosophe apporte alors à une série de travaux fondateurs d'une "recherche architecturale" naissante, le tout au coeur d'un jeu complexe: avec l'Etat, contre l'Etat, mais "tout contre" l'Etat. Aujourd'hui, une fois pris le tournant urbain et alors qu'un mode de composititon urbaine (la rue, l'îlot et le respect des continuités) s'est définitivement substitué à un autre (l'espace ouvert, l'éclatement de l'armature urbaine, bref les tours et les barres), l'apport de Foucault ne se situe plus autour de la mise à jour d'une généalogie des formes urbaines. S'il s'agit toujours d'analyser un processus de fabrication de la ville, et si c'est encore de la ville sans architecte ni urbaniste qu'il est aujourd'hui question, pour autant ce ne sont plus les villes historiques qui sont au coeur des questionnements actuels, mais bien plutôt la ville ultrea-contemporaine, celle des marges et celle des friches, celle des zones commerciales et pavillonnaires, bref la ville qui se diffuse et s'étale, la ville centrifuge. Et c'est toujours Foucault qui, pour une part, aide à penser cette dissolution de la ville. Bien plus, c'est toujours cette conférence, Des espaces autres, prononcée devant quelques jeunes architectes en 1967, qui alimente la réflexion, au creux d'une tension terminologique entre diffusion et dispersion.

Sarah WILSON: Sur Manet
L'analyse des Ménines de Velasquez ouvre le livre le plus célèbre de Michel Foucault, Les mots et les choses. Cette minutieuse description du tableau, de ses lignes de force et de ses emboîtages, est placée là en introduction métaphorique à une "archéologie des sciences humaines" parce que l'auteur y voit "comme la représentation de la représentation classique". Bref, ce texte lui-même, cité désormais par les manuels de philosophie comme par les historiens de l'art, est devenu un classique du genre. Je me propose de le rapprocher de plusieurs autres textes, moins célèbres ceux-là, que Michel Foucault a consacrés à Manet, Magritte, Rebeyrolle, Fromanger ou d'autres, afin de souligner quelques thèmes récurrents, et en particulier ceux de la place du spectateur-sujet (ou de son absence), des métaphores du regard ou du miroir comme source de fiction.


COLLOQUE PUBLIÉ AUX ÉDITIONS KIMÉ, 2004



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