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DU LUNDI 10 SEPTEMBRE (19 H) AU LUNDI 17 SEPTEMBRE (14 H) 2007



FREUD ET LE LANGAGE


DIRECTION : Izabel VILELA

ARGUMENT :

Freud, pour bâtir son appareil à langage (notamment de 1885 à 1915), puise dans plusieurs domaines. Il s’inspire, largement, surtout dans le stade pré-analytique de sa pensée, de travaux portant sur le langage voire sur la linguistique.

Au-delà de K. Abel et H. Sperber, il faut compter l’influence fondamentale et directe de B. Delbrück, ce remarquable linguiste allemand dont les idées sont très proches de celles de Saussure et qui s’occupe des effets du psychisme sur le langage. Delbrück inspire chez Freud, entre autres notions, celle — centrale — d’association libre.

Mais l’intérêt pour le langage et la linguistique vient aussi à Freud par des voies indirectes: c’est le cas du linguiste H. Steinthal par l’intermédiaire du médecin aphasiologue A. Kussmaul. De l'appareil à langage freudien, la syntaxe de Saussure et Delbrück jusqu'à Lacan il aura suffi d’un pas: "l’inconscient structuré comme un langage". Entre le "mécanisme de la langue" (Saussure, Cours de linguistique générale, recherche sur les Anagrammes, etc.) qui inspire Lacan et le mécanisme des associations libres, les analogies sont remarquables. Dans ce contexte, qu’en est-il de Benveniste, Jakobson, Peirce, Pichon…?

Ce colloque se donne pour but de susciter l'intérêt pour ces coopérations interdisciplinaires depuis les origines de la psychanalyse mais aussi d'accueillir toute réflexion portant sur le langage dans ses rapports à l'inconscient freudien.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 10 septembre
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mardi 11 septembre
Matin:
Roland GORI: L'amour: métaphore ou catachrèse?
Laurence AUBRY: La métaphore et les autres figures d'analogie dans les textes pré-analytiques de Freud
Izabel VILELA: Le langage au risque de l'inconscient

Après-midi:
André BOLZINGER: Langue et parole pour Freud et Schreber en 1900
Jean-Michel VIVES: Freud et la dimension sonore du langage
Roberto HARARI: Vocologie psychanalytique: le Réelangage


Mercredi 12 septembre
Matin:
Michel ARRIVÉ: Pour Freud, un mot (ein Wort), qu'est-ce que c'est?
Claudie BOLZINGER: L'inconscient et le signifiant. Ce que parler veut dire

Après-midi:
Pascal-Henri KELLER: Enjeux des analogies dans le langage freudien
Max KOHN: Freud, mot d'esprit yiddish et le langage
Marc DERYCKE: Rire, voir et voir rire

Soirée:
Poèmes
Marlène SAYSSAC-SAINTE MARIE PERRIN



Jeudi 13 septembre
Matin:
Anne-Marie HOUDEBINE: "Le langage est la condition de l’inconscient" ou la nécessité de l’arbitraire signifiant/signifié
Waldir BEIVIDAS: Quelques considérations sur l'immanence du langage dans l'inconscient

Après-midi:
REPOS


Vendredi 14 septembre
Matin:
Claudine NORMAND: Le langage de l'hystérie et le langage quotidien: une "source" commune?
Andrée TABOURET-KELLER: Freud et les racines du langage dans la vie du corps

Après-midi:
Janine ALTOUNIAN: Les trois styles de Freud et leur imbrication
Jacqueline ROUSSEAU-DUJARDIN: Le ton de Freud dans ses écrits psychanalytiques entre 1890 et 1900
Marlène SAYSSAC-SAINTE MARIE PERRIN: L'énigme du langage et le goût des langues chez Freud, comme traces de l'élaboration adolescente et de l'héritage intergénérationnel
Marina de PALO: Le sujet parlant entre la linguistique saussuriene et la psychanalyse de Freud

Soirée:
Cinéma
Projection du film Le Silence (Tytsnaden) de Bergman, par Didier GOLDSCHMIDT


Samedi 15 septembre
Matin:
François SAUVAGNAT: Jacques Lacan et son approche linguistique de la fonction du surmoi
Mauricio d'ESCRAGNOLLE: La grammaire pulsionnelle et la critique au réalisme sémantique

Après-midi:
Robin SÉGUY: Pour un Freud positiviste — la question de l'origine des langues
Valelia MUNI-TOKE: Freud vu par Pichon: de la théorie psychanalytique à la méthode grammaticale d'investigation de l'inconscient linguistique
Dominique DUCARD: La genèse du signe: le jet de la bobine et le geste du couteau

Soirée:
Paule STEINER: Le petit d'homme, le faon et l'oiseau


Dimanche 16 septembre
Matin:
Irène FENOGLIO: L'héritage de Freud chez Benveniste. Genèse d'un étayage théorique
Béatrice TURPIN: La sémiotique de Pierce et la psychanalyse

Après-midi:
Ivan DARRAULT-HARRIS: Fantasme cherche symptôme ou la constitution d'une unité sémiotique première
Tereza PINTO: Le métadiscours dans la pratique clinique en psychanalyse
Mareike WOLF-FÉDIDA: La différence de sexes des mots. Phénoménologie linguistique et psychopathologie

Soirée:
Film sur le monde des sourds, présenté par Marc DERYCKE et Francine HEJBLUM


Lundi 17 septembre
Matin:
Georges-Arthur GOLDSCHMIDT: La forme d'une langue

Conclusions

Après-midi:
DÉPART DES PARTICIPANTS

RÉSUMÉS :

Janine ALTOUNIAN: Les trois styles de Freud et leur imbrication
On verra, à l’aide de nombreux exemples, comment la langue de Freud entretient de nombreux rapports d’imbrication: entre le concret et l’abstrait, la textualité des affects et la rhétorique de leur conceptualisation, le langage du corps et l’élaboration de ce qui pense ses énigmes, les signifiants de la sensibilité et ceux de la transmission. En ce lieu où se nouent les différents registres freudiens, certains pensent que le fondateur de la psychanalyse écrit un allemand simple de tous les jours, d’autres, au contraire, que sa pensée emprunte sa force d’évocation à la narration littéraire. En réalité Freud travaille sa langue en rapprochant des champs sémantiques hétérogènes, comme seul sait le faire celui qui intègre en lui des horizons étrangers les uns aux autres.

Michel ARRIVÉ: Pour Freud, un mot (ein Wort), qu'est-ce que c'est?
Il s’agira tout simplement d’éclairer le(s) sens conféré(s) par Freud au bon vieux mot de mot, c’est-à-dire au bon vieux Wort Wort — à supposer que le mot français se confonde avec le Wort Wort allemand: rien n’est moins sûr. On se livrera donc à une enquête lexicale, en différents points, jugés particulièrement significatifs (on dira pourquoi) de la réflexion de Freud. On choisira, notamment, les textes suivants:
1. Le texte "préanalytique" (et pour cela souvent négligé) de 1891 Zur Auffassung der Aphasien. On trouve dans ce texte un schéma psychologique de la Wortvorstellung ("représentation de mot") qu’on cherchera à analyser;
2. L’illustre texte de la Traumdeutung (1900) dans lequel on s’intéressera surtout aux illustres "mots de rêve" du type de AUTODIDASKER;
3. L’article de 1915 "Das Unbewusste" où se trouve mise en place l’opposition entre les systèmes Pcs et Ics sur le critère des représentations de choses opposées aux représentations de mots: celles-là mêmes qui ont été mises en place dans le texte de 1891.
D’autres textes seront allégués, notamment Die Frage der Laienanalyse (1926), pour sa citation d’Hamlet "Des mots, des mots et encore des mots". Toute modeste qu’elle se veut, cette communication permettra (sait-on jamais?) de jeter quelque début de lumière sur une question encore et toujours largement controversée : qu’en est-il du langage dans la réflexion de Freud?

Laurence AUBRY: La métaphore et les autres figures d'analogie dans les textes pré-analytiques de Freud
Notre intervention portera sur les imbrications inaugurales des rapports entre langage et inconscient, linguistique et psychanalyste, en restreignant le champ à trois niveaux: notre objet verbal privilégié sera la métaphore, notre mode de lecture sera stylistique, enfin les textes analysés se limiteront aux écrits pré-analytiques de l’inventeur de la psychanalyse (1). En revanche, ce questionnement de la métaphore chez Sigmund Freud tentera d’articuler les deux orientations qui font le pivot de notre recherche associant stylistique littéraire et psychanalyse. Ainsi nous interrogerons la place que Freud accorde d’emblée à la métaphore comme processus psychique et comme mode d’écoute et d’interprétation, ainsi que son rôle dans la transformation de la "méthode cathartique (2)" de Joseph Breuer en "psychoanalyse (3)" du fait du décentrement de la technique, de l’hypnose à la parole (4). Espérant parvenir à un éclairage réciproque de cette science et de son écriture — car la psychanalyse nous semble nouvelle pour l’époque et son originalité s’imposer encore aujourd’hui sous ces deux aspects — nous étudierons la métaphore sur un autre plan, proprement stylistique, en interprétant la manière dont la métaphore apparaît, fait sens et évolue dans l’expression de Freud lorsqu’il commence à vouloir rendre compte par écrit du procédé thérapeutique et de la méthode herméneutique qu’il est en train de découvrir. La métaphore dans le style de Freud ne nous permettrait-elle pas ainsi de reconsidérer la définition à quoi Jacques Lacan a réduit ce schème élémentaire du signe en psychanalyse, cela sous l’influence d’une linguistique structurale dont la compréhension de la métaphore indique aujourd’hui justement les limites?

(1) Il s’agira de textes à ce jour aisément accessibles en traduction française. Nous nous centrerons sur les Etudes sur l’hystérie publiée avec Joseph Breuer en 1895 (Freud / Breuer, 1956, 2000), en examinant parallèlement les écrits techniques (Freud, 1989, 1998) et des lettres à Fliess (Freud, 1956, 1996 et Freud 2006) contemporains de ces compte rendus cliniques pré psychanalytiques.
(2) Freud Sigmund (1989, 1989, p. 8): dans « Les psychonévroses de défense » (1894).
(3) Freud Sigmund (1989, 1989, p. 117): 1ère occurrence du terme dans « L’hérédité et l’étiologie des névroses » (1896).
(4) L’expression de « cure par la parole » traduit l’expression de « talking cure » qui est l’un des noms que Anna O… donne au procédé de son médecin Joseph Breuer (Freud / Breuer, 1956, 2000, p. 21).


Références Bibliographiques :

Aristote (1990), Poétique, Paris, Le Livre de poche.
Aristote (1991), Rhétorique, Paris, le Livre de poche.
Abraham Nicolas, Torok Maria (1987), L’écorce et le noyau, Flammarion.
Nanine Charbonnel et Georges Kleiber éd. (1999), La métaphore entre philosophie et rhétorique, Paris, PUF.
Cohn Dorrit (2001), « Les histoires de cas de Freud et le problème de la fictionalité » (1999), dans Le Propre de la fiction, Paris, Editions du Seuil, p. 65-93.
Détrie Catherine (2001), Du sens dans le processus métaphorique, Paris, Honoré Champion Editeur.
Dürrenmatt Jacques (2002), La métaphore, Paris, Honoré Champion Editeur.
Eco Umberto (1992), Les limites de l’interprétation (1990), Paris, Bernard Grasset.
Ferrières-Pestureau Suzanne (1994), La métaphore en psychanalyse, Paris, L’Harmattan.
Fontanier Pierre (1977), Les figures du discours, Paris, Flammarion.
Freud Sigmund, Breuer Joseph (1956, 2000), Etudes sur l’hystérie (1895), Paris, PUF.
Freud Sigmund (1989, 1998), Œuvres complètes. Psychanalyse, III (1894-1899), Paris, PUF.
Freud Sigmund (1956, 1996), La naissance de la psychanalyse (1887-1902), Paris, PUF.
Freud Sigmund (2006), Lettres à Wilhelm Fliess (1887-1904), Paris, PUF.
Freud Sigmund (2003), Œuvres complètes. Psychanalyse, IV (1899-1900), L’interprétation du rêve, Paris, PUF.
Freud Sigmund (1988), Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient (1905), Paris, Gallimard.
Fromilhague Catherine (1995), Les figures de style, Paris, Nathan.
Jakobson Roman (1963), Essais de linguistique générale, Paris, Les Editions de Minuit.
Lacan Jacques (1981), Le séminaire, Livre III, Les psychoses, Paris, Editions du Seuil.
Georges Lakoff et Mark Johnson (1985), Les métaphores dans la vie quotidienne (1980), Les Editions de Minuit.
Lavagetto Mario (2002), Freud à l’épreuve de la littérature (1985), Paris, Editions du Seuil.
Mannoni Maud éd. (1984), Travail de la métaphore : Identification / Interprétation, Paris, Denoël.
Walter Muschg (1959), « Freud écrivain » (1930), La Psychanalyse. Essais critiques, vol. 5, p. 69-124.
Prandi Michèle (1992), Grammaire philosophique des tropes, Paris, Les Editions de Minuit.
Ricœur Paul (1965), De l’interprétation. Essai sur Freud, Paris, Editions du Seuil.
Ricœur Paul (1975), La métaphore vive, Editions du Seuil.
Sharpe Ella (1972), « Mécanismes du rêve et procédés poétiques » (1937), dans Jean-Bertrand Pontalis éd., L’espace du rêve, Gallimard, p. 163-184.
Tamba-Mecz Irène (1981), Le sens figuré, Paris, PUF.
Tosquelles François (2003), Fonction poétique et psychothérapie, Ramonville Sainte-Agne, Eres.


Waldir BEIVIDAS: Quelques considérations sur l'immanence du langage dans l'inconscient
Malgré toute la fièvre théorique autour du langage qui a été promue dans l’ambiance psychanalytique, sous le drapeau structuraliste des années 50 et 60 du siècle passé, et sous les auspices de J. Lacan, certes, mais aussi de Cl. Lévi-Strauss, M. Foucault, R. Barthes et d’autres, il s’avère que le scénario d’aujourd’hui a pratiquement bani de la cogitation la vigueur d’autrefois de la réflexion sur la structure langagière de l’inconscient. Par un paradoxe inesperé et déchirant le plus grand promoteur du langage dans l’inconscient, Lacan, peut avoir été aussi, à son insu, le plus grand responsable à la guillotine de sa décapitation et dégât: il suffit d’observer la façon dont sa théorie du signifiant, de la métaphore, de la métonymie a été héritée, la façon dont elle a été assimilée et partagée entre ses principaux disciples sous l’égide d’un signifiant "vidé de sens", "sans sens", "hors sens" et d’autres entendements dérogatoires et démissionnaires du cœur du langage, le sens.
Partant, une sémiotisation de l’inconscient – dont M. Arrivé à notre avis a été le premier, en 1982, à l’assurer sur les vœux de Freud – reste toute à faire, avec ou sans Lacan, avec ou sans les psychanalystes, simplement avec Freud. En d’autres mots, le projet freudien de constituer un Sprachapparat en tant que modèle pour le psychisme n’a pas été amené à son terme, et son statut conceptuel reste encore incertain. En conséquence, si l’on veut plaider pour l’immanence du langage dans la constitution de l’inconscient, c’est-à-dire pour un statut sémiotique généralisé quant aux contraintes de l’inconscient, on doit faire face à deux obstacles de grand poids historique (et épistémologique): (i) les thèses "forclosantes" du sens, à cause de son aporie inéluctable; (ii) la rémanence des conceptions énergétiques et/ou quantitatives dans des textes-clefs du viennois, à notre avis sans issue pour ce qu’il est de l’inconscient même. Le défi se présente entier: sémiotiser la pulsion, l’affect et d’autres concepts aux frontières entre le corps et l’esprit, revendiqués souvent comme "hors langage", afin de surmonter l’opposition entre "force" et "sens" qui hante, dès son origine, le fond de la métapsychologie du créateur de l’inconscient, tel qu’il nous a été légué.

André BOLZINGER: Langue et parole pour Freud et Schreber en 1900
Soit une même langue, l'allemand Hochdeutsch avec ses références à la Réforme et aux Habsbourg. C'est la langue des textes publiés par Freud et Schreber autour de 1900. Malgré l'unité de lieu et l'unité de temps, la comparaison bute sur l'acte de parole. Non pas en raison de la matière traitée par Freud (comment analyser symptômes et rêves?) et par Schreber (comment se défendre contre les voix?), mais surtout à cause de la manière, c'est-à-dire l'usage formel qu'ils ont l'un et l'autre du trésor de la langue.

Claudie BOLZINGER: L'inconscient et le signifiant. Ce que parler veut dire
Que l'inconscient soit un acte de langage, cette proposition de Lacan, lecteur de Freud, se vérifie dans les rêves, les oublis de  mots, les lapsus. Nous montrerons la pertinence de cette lecture et l'effet d'ouverture qu'elle produit dans la pratique analytique. Nous prendrons pour exemples un rêve de la Traumdeutung et un lapsus. L'un et l'autre sont une mise en œuvre du signifiant, un récit en train de se construire dans la propre langue du rêveur et du locuteur. Un texte qu'il faut pourtant traduire pour en comprendre la signification et finalement l'interpréter.

Ivan DARRAULT-HARRIS: Fantasme cherche symptôme ou la constitution d'une unité sémiotique première
On sait que l'invention de la psychanalyse fut rendue possible par l'hypothèse freudienne d'une réalité psychique créant donc une approche du sujet radicalement distincte et de la médecine et de la psychologie. Mais surgit ainsi la redoutable problématique des relations entre le psychique et le corporel. Le sémioticien peut voir dans l'hypothèse freudienne du symptôme névrotique comme jonction du fantasme et de la lésion corporelle un événement sémiotique premier, originaire: le signifié fantasmatique virtuel, comme en attente, se précipite à la rencontre d'un signifiant (in)espéré pour constituer une entité sémiotique complète qui participe de l'identité du sujet. Cette entité-symptôme si particulière (qui inclut et dépasse le symptôme médical) ne peut que déconcerter l'énonciataire-médecin, tout en justifiant la pertinence de l'approche psychanalytique. Elle doit retenir la plus grande attention de la part du sémioticien qui, aujourd'hui, tente de ressusciter pleinement le corps comme instance de base du processus global d'énonciation non verbale et verbale.

Marc DERYCKE: Rire, voir et voir rire
J'approfondirai le thème du rire en partant de Freud en ce que, à la différence de la face verbale, mobilisée dans le Witz, le rire du comique contraint à prendre en considération l'autre face: celle du langage qui permet l’accès à un "voir la situation" d'où le comique tire son pouvoir. Cette face, présente dans Freud et Lacan, est occultée par ce qui prévaut aujourd'hui: un langage réduit au verbal, ou un langage sans verbal (pragmatisme). Le rire comique nécessite d'articuler l'un à l'autre: le verbal d’une part et de l’autre la part non verbale du langage, et c'est en cela qu'il constitue un objet digne d'intérêt, ouvrant vers les conditions qui président à l'émergence des "langues primaires", ou lingua franca élaborées par des sourds profonds de naissance, non oralisés, qui n'ont pas appris la langue standard des signes, mais ont inventé en découpant dans l'environnement des traits iconiques formant un système de signes (structures de grande iconicité, cf Cuxac, 2001) dont ils n’ont pas hérité mais qui s’avère propre à communiquer avec leur entourage entendant et possède les caractéristiques d’une langue naturelle. Une fois situés les enjeux, je traiterai d'un corpus d'entretiens et d'observations réalisés auprès d’analphabètes et d’illettrés.

Dominique DUCARD: La genèse du signe: le jet de la bobine et le geste du couteau
Dans Au-delà du principe de plaisir, Freud rapporte l’observation de l’enfant jetant et tirant une bobine tenue par une ficelle. Le couple phonématique des syllabes, qui rythment et accompagnent les mouvements alternativement répétés, est interprété comme une représentation, par un jeu de disparition-apparition, de la présence-absence maternelle. Commenté par Lacan, ce scénario est devenu une sorte de récit d’origine pour la compréhension de la genèse du signe et de l’accès à la dimension structurale du symbolique. Nous confronterons cette quasi-fiction théorique à une autre, proposée par le philosophe hégélien Gaston Fessard, proche de la psychiatre et psychanalyste Gisela Pankov. Celui-ci a esquissé, à partir d’une scène évoquant l’interaction entre une éducatrice et une enfant sourde-muette-aveugle, un autre scénario de la genèse du signe, centré cette fois sur la fonction symbolisante du geste dans la formation d’une image.

Mauricio d'ESCRAGNOLLE: La grammaire pulsionnelle et la critique au réalisme sémantique
La pulsion est l’un des concepts fondamentaux de la psychanalyse freudienne. Fondamental parce qu’il sténographe l’imbrication existante entre le langage et l’économie libidinale présupposée par la définition même d’inconscient. A partir de l’analyse des rapports entre le langage et la pulsion, l’article vise à explorer les conséquences sémantiques de la notion freudienne de grammaire pulsionnelle. Nous considérons que la notion de grammaire pulsionnelle nous permet justement d’expliciter les bases d’une théorie sémantique freudienne. Nous chercherons à démontrer aussi de quelle façon cette sémantique freudienne exclura toute interprétation réaliste en ce qui concerne le problème de la référence. C’est justement à propos du problème de la désignation de la référence que la grammaire pulsionnelle démontre toute sa fécondité heuristique.

Irène FENOGLIO: L'héritage de Freud chez Benveniste. Genèse d'un étayage théorique
Deux articles d'Emile Benveniste évoquent directement Freud et sa conception du sujet: "Remarques sur la fonction du langage dans la découverte freudienne" et "De la subjectivité dans le langage", mais bien d'autres articles des PLG manifestent une connaissance de la théorie freudienne et un attachement à s'enrichir des potentialités de réflexion qu'elle ouvre sur la connaissance du langage.
Une lecture attentive de ces textes dans leur état final mais aussi dans leur état processuel de genèse (premières notes, brouillons, mise au net) permettra de repérer les lieux de travail théoriques d'Emile Benveniste sur ce thème.
En parallèle, il sera intéressant de rechercher, dans l'ensemble des textes des PLG et de leurs brouillons, la façon dont les termes comme "subjectivité", "psychisme", "inconscient", "cognition" sont introduits et développés.
Cette étude devrait contribuer à comprendre pour quelle part la conception freudienne du langage a étayé explicitement et implicitement une théorie linguistique de la subjectivité.

Georges-Arthur GOLDSCHMIDT: La forme d'une langue
Une langue parle de ce qu’elle ne peut pas dire, elle en est la forme. Les langues sont en quelque sorte le précipité du langage, la forme de la pensée manifestée. Ce qu’on entend et lit ou écrit, on ne l’entend que par elle; Wilhelm von Humboldt et Wittgenstein nous ont assez montré ce qu’il en était pour qu’on puisse en revenir à l’expérience que chacun se fait de la langue et telle que Freud la faisait à travers la langue allemande. C’est que ce que dit Freud, il le dit en allemand et l’allemand donne à sa pensée sa forme visible et audible qu’on ne reçoit donc qu’à travers l’allemand comme on ne reçoit Pascal ou Racine qu’à travers le français.

Roland GORI: L'amour: métaphore ou catachrèse?
La vulgate lacanienne fait du transfert en tant que vérité de l'amour une métaphore. Qu'implique un tel rapprochement entre les processus inconscients et les tropes? L'Amour est-il métaphore ou catachrèse? La réponse à une telle question est lourde de conséquences dans la manière de traiter le transfert et de situer le réel.

Roberto HARARI: Vocologie psychanalytique: le Réelangage
A partir des précisions de Freud relatives à "l’appareil du langage", développées notamment et dans un premier temps dans L’aphasie, où il distinguait avec netteté un ensemble complexe des éléments composant le mot, j’avance l’idée d’une dimension réelle et non simplement symbolique du langage. Cette dimension n’a pas d’assise sur le jeu de la structure réglée qu’on appelle langue mais sur ce qui est susceptible d’entraîner en elle un manque d’équilibre qui débouche cependant, malgré les très fortes oscillations pouvant être subies, sur une réorganisation des plus bénéfiques. De ce point de vue, la considération du langage doit privilégier l’aspect phonique (que Lacan désigne du terme équivoque d’invocant), le contrepoint tonique, le timbre, la modulation, les possibilités de chantonnement et les réitérations sonores (dont le paradigme est l’écho), bref la réintroduction de ces aspects exclus par la méthodologie nécessairement réductionniste mise en œuvre par la discipline linguistique. L’étude de cet aspect du Réel du langage, qui n’annule ni n’exclut les autres, relève de la Vocologie psychanalytique, centrée sur l’ordre de la voix comme objet pulsionnel et donc sur sa cession, ses creux éventuels ainsi que sur les identifications qu’elle peut promouvoir (parmi d’autres destins dont la portée notoire est détectée avec précision dans l’expérience de l’analyse), en enrichissant ainsi l’efficacité de l’œuvrer psychanalytique autour de la pulsion que je propose de nommer phonante.

Anne-Marie HOUDEBINE: "Le langage est la condition de l’inconscient" ou la nécessité de l’arbitraire signifiant/signifié
La psychanalyse est une expérience de langage comme aucune autre; elle s’appuie sur la prévalence de la parole quelle qu’elle soit. Même si le parleur ment, la chaîne parlée, dite signifiante, le parle plus qu’il ne croit. Ce phénomène, source d’équivoques, est dû à l’arbitraire de la relation signifiant/signifié (Sa/Sé) posée comme principe par Saussure et non démontrée dans le Cours de Linguistique Générale (1916); d’où des controverses et son rejet par nombre de linguistes. Elle est pourtant démontrable, en s’appuyant par exemple sur la modélisation de Hjelmslev FE/SE R FC/SC (forme et substance d’expression et de contenu). Ce que nous montrerons dans notre intervention ainsi que la reformulation lacanienne du signifiant (des concepts freudiens: représentations de chose — représentation de mot ou saussuriens: Sa/Sé) en S/s en insistant sur l’efficace de cet "arbitraire" pour repérer l’apparition du transfert — condition nécessaire à la cure — dès les premiers entretiens.

Pascal-Henri KELLER: Enjeux des analogies dans le langage freudien
Tant espérée par Lagache au milieu du 20ème siècle, l'unité de la psychologie est plus que jamais interrogée en ce début de 21ème siècle. La persistance d'une tension entre unité et division de la psychologie tient, en partie, à l'empreinte laissée par Freud au cœur de cette discipline. Sur ce plan, le texte freudien est encore aujourd'hui l'enjeu d'interprétations contrastées. Soupçonné par les uns de correspondre à une psychobiologie honteuse, il est accusé par les autres de renier la neurologie. En réalité, conscient de la place du langage dans la transmission de son enseignement, Freud a pris soin, sur certains points, d'en indiquer la portée; le maniement de la figure de l'analogie lui en donne l'occasion à plusieurs reprises. Sur cet aspect précis du raisonnement freudien, il est possible de montrer à quel point la métapsychologie se distingue des autres modalités d'étude de la vie psychique. Issue de la discipline médicale, la psychanalyse lui a emprunté un certain nombre de notion. Or, depuis la publication de « La question de l'analyse profane », médecine et psychanalyse sont engagées dans un processus d'éloignement irréversible. Le texte freudien fait apparaître de quelle manière, le raisonnement analogique permet à son auteur de rendre compte de l'aspect dynamique de ce processus.

Max KOHN: Freud, mot d'esprit yiddish et le langage
Pour prolonger le "bref essai de mise au point sereine" dont parle Michel Arrivé (1) dans le numéro 1 de la revue Langage et inconscient, et l’essai de généalogie que fait Izabel Vilela (2) des théories linguistiques dans leur influence sur la psychanalyse dans son article de la même revue, "In principio erat verbum ou la linguistique aux origines de la psychanalyse: qu’en est-il de Saussure?", je voudrais attirer l’attention sur un point particulier des relations entre la linguistique et la psychanalyse, en partant de l’analyse de mots d’esprit en langue yiddish. Freud (3) n’est pas parti de ce travail mais de recueils en allemand. Je pense que l’analyse de mots d’esprit en yiddish est un bon moyen de poser le problème des rapports entre la linguistique et la psychanalyse. Nous ne partirons pas pour ce faire de discours, celui de la linguistique ou celui de la psychanalyse, pour montrer ou démontrer que c’est bien le signifiant qui est en jeu dans l’événement du mot d’esprit en yiddish.

(1) Arrivé M., « Langage et inconscient : bref essai de mise au point sereine » in Langage et inconscient, revue internationale, numéro 1, Limoges, éditions Lambert Lucas, 2006, 12-31.
(2) Vilela I., « In principio erat verbum ou la linguistique aux origines de la psychanalyse : qu’en est-il de Saussure? », in Langage et inconscient, revue internationale, numéro 1, Limoges, éditions Lambert Lucas, 2006, 118-142.
(3) Freud S., (1905), Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient, Paris, Gallimard, 1988.

Références Bibliographiques :

- Kohn M., Freud et le yiddish : le préanalytique (1877-1897), collaboration technique, Anne Akoun, Paris, Anthropos Economica, Collection « Psychanalyse et pratiques sociales » dirigée par Paul-Laurent Assoun et Markos Zafiropoulos, 2005, 1ère édit : Paris, Christian Bourgois, 1982. Epuisé. Traduit en portugais au Brésil, Freud e o Iidiche : o pré-analitico, tradutora : Marcella Mortara, Rio de Janeiro, Imago Editora, 1994.
- L’inconscient du yiddish, Actes du colloque international. 4 mars 2002, sous la direction de Max Kohn et Jean Baumgarten, collaboration technique, Anne Akoun, Paris, Anthropos Economica, collection « Psychanalyse et pratiques sociales » dirigée par Paul-Laurent Assoun et Markos Zafiropoulos, 2003.
- Dossier : yiddish, « Lectures de Louis Wolfson », sous la direction de Max Kohn, avec des contributions de Max Kohn, « Louis Wolfson : Une langue c’est de la folie, et la folie est-ce que c’est une langue ? » Robert Samacher, « Louis Wolfson et le yiddish » André Michels, « quête de la langue maternelle », Rosette Tama, « Louis Wolfson et le labyrinthe des langues et le yiddish : langue égarée langue marrane », in Revue de l’Ecole Doctorale, Recherches en psychanalyse, « Langues et traduction », co-dirigé par Mareike Wolf, Houriya Abdelouahed, Max Kohn, Le Bouscat, N°4, 2005, 113-157.
- Kohn M., Traces de psychanalyse, à paraître chez Lambert-Lucas, Limoges,  en 2007.
- Monde yiddish et inconscient : le transfert à une langue. Actes du colloque international, 27 mai 2005, ouvrage collectif  sous la direction de Max Kohn à paraître chez MJW Fédition, Paris,  en 2007.
- « Culture yiddish et inconscient », sous la direction de Max Kohn. A paraître in Langage et inconscient, revue internationale, direction éditoriale Michel Arrivé, Izabel Vilela, n°4 en juin 2007.
- Max Kohn, « Le bal de Cyrille Fleischman ».
- Max Kohn, « Humour juif et psychanalyse ».
- Robert Samacher, « Humour juif et mélancolie ».
- André Michels, « L’inconscient et le pouvoir normatif de la langue ».
- Janet Hadda, « Le yiddish aujourd’hui et demain ».
- Jacques Broda, « Shalom Libertad ».


Valelia MUNI-TOKE: Freud vu par Pichon: de la théorie psychanalytique à la méthode grammaticale d'investigation de l'inconscient linguistique
On souhaite montrer la façon dont Pichon, dans son double rôle de psychanalyste et de grammairien, transpose la théorie freudienne pour en tirer la notion d’inconscient linguistique d’une part, une méthode d’investigation grammaticale qui lui est directement associée d’autre part. Dans cette méthode, on reconnaîtra la métaphore archéologique freudienne mais aussi une position linguistique originale si on la replace dans son contexte historique: de la même manière que c’est l’ensemble du discours de l’analysant, ratés compris, qui intéresse le psychanalyste, c’est l’ensemble de la langue dans son usage réel, non normé qui intéresse le grammairien Pichon. On insistera en particulier sur les fondements théoriques qui sous-tendent la position pichonienne: il revendique l’idée d’une séparation nécessaire de la théorie et de la clinique freudiennes, idée reprise et développée par Dalbiez (1936). Le mouvement de transposition opéré par Pichon est donc complexe.

Claudine NORMAND: Le langage de l'hystérie et le langage quotidien: une "source" commune?
Freud terminait le chapitre II des Etudes sur l'hystérie en rassemblant des remarques faites passim sur la  conversion hystérique et son rapport au langage quotidien. Posant qu'"il existe toute une série de sensations et représentations parallèles", il voit dans les expressions relevées (être clouée sur place, avaler une insulte, etc...) un phénomène de "symbolisation" et suggère: "peut-être l'hystérique n'a-t-elle nullement pris le langage usuel comme modèle, mais a-t-elle puisé à la même source que lui" (p.145). Partant de ce texte fondateur, je me demanderai si on trouve chez les linguistes un écho de cette intuition de Freud ou si, dans l'ignorance probante de ce texte, il leur arrive de prendre une position qui s'en rapproche.

Marina de PALO: Le sujet parlant entre la linguistique saussurienne et la psychanalyse de Freud
La linguistique de Saussure a plusieurs points de contacts historiques et théoriques avec la psychanalyse de Freud (Arrivé, 1987 et 1994). "La démarche de Saussure a été mutatis mutandis de la même nature que le programme de Freud: l’objectif primordial de la réflexion de Saussure était celui d’établir les "conditions pour une linguistique" – donc de créer une métalinguistique, ou, si l’on préfère, un ensemble de spécifications sur la nature, la visée, les résultats de la linguistique. Son effort est d’ailleurs comparable au programme de Freud de créer une métapsychologie en même temps qu’il créait une psychologie. D’un côté, il décrivait la structure de l’inconscient, de l’autre il esquissait la structure de la science qui le décrit et en donne l’explication (R. Simone, in L. Saussure, 2006). Mais les révolutions épistémologiques de Saussure et Freud présentent plusieurs thèmes communs qui dessinent l’importance du sujet parlant (par exemple le lien entre signification et mémoire, le rôle de l’inconscient). Il ne semble pas dû au hasard que la psychanalyse freudienne s’est greffée sur le saussurisme, et non sur la linguistique générative au centre de laquelle d’ailleurs il y a la compétence d’un sujet (idéal). Mon intervention propose une relecture du thème du sujet parlant au croisement de la dichotomie langue/parole chez Saussure et Freud, à la lumière des Ecrits de linguistique générale (2002).

Tereza PINTO: Le métadiscours dans la pratique clinique en psychanalyse
Utiliser le préfixe "méta" en psychanalyse ne va pas sans immédiatement réveiller des polémiques, car Lacan a rejeté le concept de métalangage de façon catégorique et nous a légué à propos son célèbre aphorisme selon lequel "il n'y a pas de métalangage". En effet, la méthode clinique psychanalytique renvoie paradoxalement à une pratique de l'ordre du méta, cependant il est certain que cette pratique ne construit pas une métalangue spécifique et/ou scientifique. La fonction métalinguistique appelée par la clinique relève plutôt du métadiscours, en tant que mise en fonctionnement de l'appropriation énonciative du contenu véhiculé par le discours. Nous exposerons en quoi cette pratique est métadiscursive et l'analyserons en nous servant des outils que nous fournissent la sémiotique du discours.

Jacqueline ROUSSEAU-DUJARDIN: Le ton de Freud dans ses écrits psychanalytiques entre 1890 et 1900
Nous suivrons les travaux de Freud à travers certains de ses articles datant de 1890 ("Le traitement psychique", article pré-psychanalytique, en quelque sorte) à 1905 ("Mes vues sur l'étiologie sexuelles des névroses"). Nous tenterons d'y repérer l'évolution de ce que nous pourrions appeler le "ton" de Freud, au fur et à mesure que sa découverte s'affirme, que se réalise un voeu formé dès son enfance: "[... ] apporter dans ma vie une contribution au savoir humain".

François SAUVAGNAT: Jacques Lacan et son approche linguistique de la fonction du surmoi
Le premier précurseur de la fonction du surmoi semble être, chez Freud, l'article "Pour introduire le narcissisme" où il évoque à la fois la "voix des parents et des éducateurs" et le délire d'observation (Beobachtungswahn, une des formes cliniques de la paranoia pour la psychiatrie allemande de la fin du XIXe siècle). Si la question du surmoi est déjà devenue, avec le recentrement de la cure analytique sur la question des défenses, un enjeu central de la psychanalyse dès les années 1930 (Alexander, 1931), il faut attendre l'œuvre de J. Lacan pour la voir traiter systématiquement en fonction de données linguistiques. Nous en présenterons et discuterons les principaux arguments: a) Le surmoi comme impératif (notamment dans les références kantiennes et sadiennes), b) Le surmoi comme deuxième personne ("tu es celui qui me suivra(s)", séminaire Les Psychoses), c) le surmoi comme lié au futur et au mode de la répétition (Séminaire Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse), d) le surmoi comme quasi-nomination ("Tat tvam asi", Le Stade du miroir). Nous retracerons brièvement le devenir de ces thématiques dans l'oeuvre de J. Lacan, en particulier leurs transformations au fur et à mesure des modifications de la théorie.

Marlène SAYSSAC-SAINTE MARIE PERRIN: L'énigme du langage et le goût des langues chez Freud, comme traces de l'élaboration adolescente et de l'héritage intergénérationnel
L'énigme du langage est présente tout au long de la vie de Sigmund Freud. Le jeune médecin s'intéresse au phénomène de l'aphasie et assiste aux présentations de Charcot, patientes qui présentent un langage intempestif du corps sous forme des paralysies qui n'ont rien à voir avec le découpage anatomique. Le vieillard pallie les conséquences du cancer sur son élocution en portant un appareil: comment l'inconscient intergénérationnel s'est-il glissé dans la recherche et cette mutilation? Cette même énigme n'est-elle pas présente dans la jouissance épistolaire de l'adolescent qui, dans un magistral glissement sémantique d'une langue à une autre, trace les limites de relation aux femmes, la force d'un lien homosexuel sublimé; un adolescent qui s'efforce de comprendre le sens de la lettre volée qui lui est adressée: une catrastrophe dans la lignée (le changement de nom) et la disparition de l'hébreu remplacé par le yiddish, sorte de préconscient, de shibolet intergénérationnel.

Robin SÉGUY: Pour un Freud positiviste — la question de l'origine des langues
Si, à prendre le texte freudien à la lettre, la psychanalyse s’inscrit sans ambiguïté, de sa naissance à L’Homme Moïse ou à l’Abrégé de 1938 encore, dans le champ des Naturwissenschaften, endossant ipso facto les présupposés épistémologiques qui caractérisent celles-ci, et notamment la biologie, en cette fin de XIXème siècle (évolutionnisme darwinien, physicalisme, énergétisme…), l’omniprésence en elle d’une dimension langagière, matériau, objet, moyen et fin de la cure, obéissant à des structures incommensurables aux premières, ne cesse de creuser une béance, qu’auront, chacune à leur manière, interrogée avec obstination les grandes lectures françaises de l’œuvre de Freud (Lacan, mais aussi Hippolyte, Ricœur, Lévi-Strauss). Bien en deçà, on tentera, en un "retour à Freud" modeste, de caractériser, à partir des références explicites faites par lui aux linguistes et à l’état des sciences linguistiques de son temps quant à la question, nodale, de l’origine des langues, quelques éléments de sa "philosophie (spontanée ou non) du langage".

Andrée TABOURET-KELLER: Freud et les racines du langage dans la vie du corps
L’objet de cette communication est de dresser un premier état des lieux des propositions de Freud concernant l’ancrage du langage dans le corps. Il s’agit de la langue dans ses effets de texte écrit, tant des épitaphes sur nos tombes que des livres sacrés, objets de vénération sans appel ou bien objets ouverts à une exégèse permanente, que de la langue dans l’oralité de la parole, que ce soit sous  la forme d’anathèmes mortifères au cours de l’histoire ou celle des interventions dans la talking cure. Un des effets de la vague du structuralisme dans les "sciences humaines", au cours de la seconde moitié du siècle dernier, a été d’accentuer une certaine autonomie vis-à-vis de l’humain parlant, par exemple des systèmes phonétiques ou bien du signifiant. En contre-point, cet exposé tend à dégager chez Freud les raisons que nous avons de nous rappeler la corporéité de l’exercice du langage, dans ses effets maléfiques comme dans ceux bénéfiques.

Béatrice TURPIN: La sémiotique de Pierce et la psychanalyse
Peirce (1839-1914), Freud (1856-1939). Une même époque. Nous nous proposons de voir ce que l’histoire des idées peut retenir de cette contemporanéité. Nous verrons aussi comment l’œuvre sémiotique de Peirce, à travers l’interrogation qu’elle porte sur la connaissance et sur le signe, peut croiser l’œuvre de Freud. Cela nous amènera à envisager comment la psychanalyse s’est elle même pensée à partir de l’œuvre de Peirce.

Izabel VILELA: Le langage au risque de l'inconscient
Au commencement, il est un verbe, actualisant à la fois langue et la langue, chez un sujet de l’énonciation fondamentalement clivé s’adressant à un destinataire, entre Autre et l’autre, désirant et non symétrisable. Ça parle depuis l’autre scène, au futur antérieur, au conditionnel,  au passé (dé)composé… dans un discours inusité, saisi d’inquiétante étrangeté, à la fois structurant et déstructurant, comme du cristal brisé par l’analyse au fil des libres associations. Discours de l’inconscient, sous l’effet des processus primaires de condensation et déplacement. Une voix parvenant d’ailleurs — comme de ces patients dont l’aphasie possédait une origine hystérique — s’adresse à une troisième oreille par la voie d’une parole pleine. Grammaire du rêve, de l’oubli, du rébus, de l’anagramme, du Witz ou du lapsus, du discours "pathologique". Grammaire freudienne – âme sœur du mécanisme saussurien de la langue – "traduite" par Lacan et dont les modalités font apparaître une structure qu’on peut assigner à l’inconscient. Dans cette intervention nous souhaiterons traiter de quelques aspects de cette grammaire de l’inconscient.

Jean-Michel VIVES: Freud et la dimension sonore du langage
La formation médicale de S. Freud se fit dans un environnement scientifique où la question du sonore est, de façon récurrente, présente sous l’angle de l’audition, de la voix, du langage. Jones nous le rappelle: "Avec un intérêt ardent bien caractéristique, il suit un cours (…) sur la physiologie de la voix et du langage fait par Brücke. Ce fut là son premier contact avec l’illustre savant qui devait jouer un rôle si important dans sa vie" (1). Cet intérêt ce retrouvera dans sa Contribution à la conception des aphasies (2), dans l’Esquisse d’un psychologie scientifique (3) et jusque dans l’ouvrage princeps de la psychanalyse: l’Interprétation des rêves (4). Ainsi se dessine, dès les premières années, une question tournant autour de l’énonciation, de la division qu’elle comporte et de la perte (de l’objet voix) qu’elle implique. Cet intérêt, s’il n’a pas conduit Freud à théoriser la voix comme objet pulsionnel, dessine un champ que l’on peut rencontrer tout au long de son œuvre et que nous avons choisi de nommer la dimension sonore du langage chez Freud. Ce sont les enjeux théorico-cliniques de ce champ du sonore langagier que nous proposons de cerner à l’occasion de notre intervention.

(1) Jones E., La vie et l’œuvre de Sigmund Freud, Volume 1, trad fr, Paris, PUF, 2006, 40-41.
(2) Freud S. (1891), Contribution à la conception des aphasies, trad fr., Paris, PUF, 1987.
(3) Freud S. (1887-1904), Lettres à Fliess, trad fr, Paris, PUF, 2006.
(4) Freud S. (1899-1900), L’interprétation du rêve, Œuvres Complètes, Tome, IV, trad fr, Paris, PUF, 2003.


Mareike WOLF-FÉDIDA: La différence de sexes des mots. Phénoménologie linguistique et psychopathologie
En partant du texte de S. Freud: Quelques conséquences psychiques de la différence des sexes au niveau anatomique (1925), la conférence place la question de l'anatomie sur le plan linguistique. Ce texte de Freud est une mise au point sur le complexe d'Œdipe. Ici le développement le placera plus radicalement sur le plan du langage (J. Lacan) et s'inspire des travaux phénoménologiques de la même époque.
En effet, l'anatomie du mot prévoit, en général, un déterminant. Celui-ci est plus ou moins bien accepté selon la configuration psychopathologique du patient. Sous l'effet de la régression la patient en cure ou psychothérapie psychanalytique retourne aux modes infantiles dans l'usage du langage. A l'exemple de trois langues (allemand, français, anglais), la discussion portera sur la relation intime entre le mot et l'appartenance sexuelle. Celle-ci reflétant les modes d'identification et d'introjection comme avatars dans la construction du Moi.


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