Plan du Site du Centre Culturel International de Cerisy-La-Salle : cliquez ici



DU JEUDI 2 SEPTEMBRE (19 H) AU JEUDI 9 SEPTEMBRE (14 H) 2010



LA GÉNÉTIQUE DES TEXTES ET DES FORMES :

L'ŒUVRE COMME PROCESSUS



DIRECTION : Pierre-Marc DE BIASI, Anne HERSCHBERG PIERROT

Avec le concours de Déborah BOLTZ

ARGUMENT :

Discipline jeune, née dans le prolongement du structuralisme, la critique génétique constitue l’une des principales innovations critiques des trente dernières années dans les méthodes d’approche de la littérature et de la création. Elle se propose de relire les œuvres à la lumière de leurs manuscrits en déplaçant l’interrogation critique de l’auteur vers l’écrivain, de l’écrit vers l’écriture, de la structure vers les processus, du texte vers l’avant-texte, de l’œuvre vers sa genèse. Cette révolution du regard critique, qui revendique la théorisation d’une dimension historique à l’intérieur même de l’écrit a profondément renouvelé l’horizon épistémologique du texte. Après avoir construit ses méthodes dans le champ des archives littéraires, la critique génétique élargit son horizon à de nouveaux domaines, textuels ou non, relevant de l’histoire des sciences et de l’histoire de l’art.

Recherche indicielle fondée sur l’étude des "traces" de la création, la critique génétique analyse les archives de l’œuvre en développant une théorie originale des processus créatifs: où en sommes-nous dans l’élaboration des concepts, outils et méthodes propres à la discipline? Quel rôle la linguistique entend-elle jouer en ce domaine, spécialement à l’égard des processus cognitifs? Comment se négocient les relations entre l’approche génétique et les autres méthodes d’analyse de l’œuvre? Quels renouvellements peut-on en attendre dans les recherches sur corpus, dans les éditions d’"œuvres complètes", dans l’étude du "style"? L’analyse des documents de genèse fournit-elle un cadre légitime pour valider les propositions interprétatives, une voie herméneutique pour découvrir du nouveau, un champ d’exploration capable de mieux connaître le contexte natif de la création? Quelle contribution peut-on attendre des arts visuels (cinéma, photo, arts plastiques) dans cette approche de l’œuvre à l’état naissant? Qu’en est-il des recherches sur les archives génétiques de notre temps, à l’heure où le support papier s’efface devant le médium numérique?

Dans le prolongement des deux congrès de critique génétique qui se sont tenus en 1987 et 1998, ce colloque, largement ouvert aux contributions internationales, sera l’occasion de mesurer les avancées de ces recherches, notamment dans les domaines suivants: Théorie des processus et terminologie génétique. Conservation, valorisation, édition en ligne des manuscrits de travail et des archives de la création. Corpus littéraires, artistiques, scientifiques. Cartographie de la discipline dans le monde.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Jeudi 2 septembre
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Vendredi 3 septembre
Matin:
Pierre-Marc DE BIASI & Anne HERSCHBERG PIERROT: Ouverture

Langue, style (présidente: Anne HERSCHBERG PIERROT)
Anne HERSCHBERG PIERROT: Style et genèse des œuvres
Jean-Michel ADAM: Genèse et mise en variation de la langue dans le(s) texte(s). Unités et paliers de traitement
Sabine PÉTILLON: Opérations d'écriture et profils syntaxiques de scripteurs
Gilles PHILIPPE: La variante comme observatoire de la norme

Après-midi:
Esthétique (président: Jacques NEEFS)
Jacques NEEFS: Genèse et interprétation: le double attrait de la forme
Alain PAGÈS: Aux origines de la critique génétique: la figure d’Henri Massis
Stéphane VACHON: Génétique de l'imprimé. Le cas Balzac
Nathalie FERRAND: L'autographie littéraire au XVIIIe siècle: le cas Rousseau
Catherine VIOLLET: Approches génétiques de l'écriture de soi

Ildikó LÖRINSZKY: État présent (Hongrie)

Soirée:
Posters I (recherches doctorales et post-doctorales) (animation: Sabine PÉTILLON)
Doctorant(e)s et Post-doctorant(e)s: Déborah BOLTZ (L’Éducation sentimentale: le texte à la lumière de l’avant-texte), Mariana DI CIO (Genèses d’écriture dans l’œuvre d’Alejandra Pizarnik), Valentina CHEPIGA (Fonds d'archives de linguistes. État des lieux et perspectives d'études du processus d'écriture théorique en sciences du langage), Amel JEGHAM BEN ACHOUR (Pierre Michon: le carnet "Watteau"), Ximena VENGOECHEA (Matisse et l'origine), Loïc WINDELS (Perdrix et Genèse dans La Légende de Saint Julien l’Hospitalier)


Samedi 4 septembre
Matin:
Littératures d'expression française (président: Marc CHEYMOL)
Marc CHEYMOL: La collection "Planète libre"
Albert James ARNOLD: Vers une édition génétique de Cahier d'un retour au pays natal et Et les chiens se taisaient d’Aimé Césaire: des premiers manuscrits à l'édition de 1956
Claire RIFFARD: Pour une approche génétique des textes littéraires francophones. Le cas du poète malgache J.-J. Rabearivelo
Daniel DELAS: Écritures francophones et culture
Nicolas MARTIN-GRANEL: Écriture à processus et prophétisme scripturaire: le cas Sony Labou Tansi

Après-midi:
Horizon génétique (président: Pierre-Marc DE BIASI)
Pierre-Marc DE BIASI: Pour une génétique des arts et des sciences
Olfa MEZIOU BACCOUR: Le style... pour une approche génétique de l'architecture
Marco SEGALA: La science comme profession: une approche génétique
Monique SICARD: Pour une approche génétique de la photographie

Claudia AMIGO PINO: État présent (Brésil)


Dimanche 5 septembre
Matin:
Histoire, concepts (président: Daniel FERRER)
Daniel FERRER: La modélisation en critique génétique
Pierre-Marc DE BIASI: Une discipline à vocation transversale: la génétique comme science des processus
Olivier LUMBROSO: La critique génétique à l'épreuve de l'échelle: nouvelles perspectives sur les grands corpus (Le cas Zola)
William MARX: Valéry, père fondateur de la critique génétique?

Maria Teresa GIAVERI: État présent (Italie)

Après-midi:
DÉTENTE


Lundi 6 septembre
Matin:
Linguistique (présidente: Almuth GRÉSILLON)
Irène FENOGLIO: Processus d'écriture et genèse de concepts. Un fonds exemplaire: les archives Benveniste de la BnF
Jean-Louis LEBRAVE: Psychologie cognitive et critique génétique: les mouvements oculaires comme indicateurs des stratégies rédactionnelles des auteurs
Rudolf MAHRER: Une idée derrière la tête? L'apport de la génétique au problème de l'intention

Bénédicte VAUTHIER: État présent (Espagne)

Après-midi:
Histoire de l'art (présidente: Ségolène LE MEN)
Marianne JAKOBI: Vers une titrologie génétique
Ségolène LE MEN: Illustration et génétique: texte, image et intermédialité
Atsushi MIURA: Séparation et résonance: peinture et écriture en Occident et en Extrême-Orient


Mardi 7 septembre
Matin:
Archives: conservation, recherche (présidente: Marie Odile GERMAIN)
Marie Odile GERMAIN: La Bibliothèque nationale de France et ses chercheurs: entre patrimoine et modernité?
Marie-Dominique NOBÉCOURT-MUTARELLI: La bibliothèque littéraire Jacques Doucet ou la bibliothèque idéale selon Gide
Marcel LEPPER: La structure heuristique, la constitution des archives et la recherche génétique
André DERVAL: L'IMEC

Après-midi:
Publier les manuscrits (présidente: Nathalie MAURIAC DYER)
Nathalie MAURIAC DYER: Sur quelques usages du manuscrit. La preuve, le tableau, l’icône
Pierre-Marc DE BIASI: La collection "L'Or du temps"
Nicholas CRONK: Voltaire et le don du manuscrit
Dirk Van HULLE: Des manuscrits aux "textes révisés": vers une édition bilingue des œuvres de Beckett


Mercredi 8 septembre
Matin:
Perspectives numériques (président: Jean-Louis LEBRAVE)
Aurèle CRASSON: Traitement de l'information graphique pour la représentation numérique des avant-textes
Serge LINKÈS: De la codicologie moderne à la codicologie contemporaine: quelles conséquences pour l’analyse génétique?
Elena PIERAZZO: Un nouveau module TEI pour l'encodage des manuscrits modernes et des éditions génétiques

Après-midi:
Édition numérique: transcrire & classer (président: Pierre-Marc DE BIASI)
Christophe FOUQUERÉ: Édition en ligne de fac-similés et de transcriptions
Thierry PAQUET & Thomas PALFRAY: TranScript: Transcription, encodage et visualisation diplomatique de corpus manuscrits

Soirée:
Posters II (recherches doctorales et post-doctorales) (animation: Déborah BOLTZ)
Julie ANDRÉ (Le Cahier 46 de Marcel Proust: transcription et interprétation), Cédric LESEC (Processus de représentation de l’image de l’artiste. Étude de cas entre textes et photographies), Subha-Sree PASUPATHY (Réévaluation et mise en valeur de l’œuvre d’un réformateur des Lumières par l’édition numérique)


Jeudi 9 septembre
Matin:
Sandrine MARCHAND: Écriture du rythme, les manuscrits de l'écrivain taïwanais Wang Wen-hsing 王文興

Pierre-Marc DE BIASI & Anne HERSCHBERG PIERROT: Conclusions

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Jean-Michel ADAM: Genèse et mise en variation de la langue dans le(s) texte(s). Unités et paliers de traitement

Depuis un point de vue linguistique ancré dans la linguistique textuelle, cet exposé cernera l’apport d’une génétique textuelle élargie à une théorie de la mise en variation des textes et des langues. Approche de la mise en variation de la langue dans des états textuels, la génétique textuelle nous invite-t-elle à une redéfinition/reconception radicale du champ de la "stylistique"?

Références bibliographiques :

ADAM Jean-Michel, 1997, Le style dans la langue, Lausanne-Paris, Delachaux & Niestlé.
ADAM Jean-Michel, 2002, "Le style dans la langue et dans les textes", Langue Française 135, Larousse, 71-94.
ADAM Jean-Michel, 2005, "Stylistique ou analyse textuelle ? L’exemple du fragment 128 de La Bruyère", in De la langue au style, J.-M. Gouvard. éd., Presses Universitaires de Lyon, 127-144.
FENOGLIO Irène & ADAM Jean-Michel, 2009, "Génétique de la production écrite et linguistique", Modèles linguistiques Tome XXX, vol. 59, Toulon, Editions des Dauphins.
HERSCHBERG PIERROT Anne, 2005, Le style en mouvement. Littérature et art, Paris, Belin.
HERSCHBERG PIERROT Anne, 2007, "Style et genèse des œuvres", Pratiques 135/136, Metz, 163-176.


Julie ANDRÉ: Le Cahier 46 de Marcel Proust: transcription et interprétation
Le Cahier 46 de Marcel Proust, rédigé au début de la guerre, entre 1914 et 1915, est particulièrement important dans la genèse d’À la recherche du temps perdu car il est au cœur des bouleversements de l’œuvre, le lieu de naissance de cette prolifération interne qui a transformé un roman en trois volumes en roman-fleuve. La transcription diplomatique et l’analyse génétique de ce cahier écrit dans un moment de crise permettent de proposer une synthèse précise sur la pratique du brouillon de Proust ainsi que de mettre en évidence la réorganisation du roman à partir de l’année 1913 qui signe l’apparition d’Albertine. L’interprétation littéraire qui complète l’analyse génétique souligne la métamorphose du personnage au cours de la genèse. Non seulement elle occupe une place de plus en plus importante dans l’œuvre mais surtout elle change de nature. D’une fille dont le héros "s’amourache" (Cahier 13, f° 28 r°), elle devient un personnage au destin tragique, nœud d’une histoire sans cesse réécrite qui permet de relier les grands thèmes du roman – de Gomorrhe et ses métaphores à la mort.

Albert James ARNOLD: Vers une édition génétique de Cahier d'un retour au pays natal et Et les chiens se taisaient d’Aimé Césaire: des premiers manuscrits à l'édition de 1956

La génétique des textes offre une résolution heureuse à l’un des paradoxes les plus épineux de la littérature anticolonialiste du demi-siècle. Depuis la parution en 1956 aux Éditions Présence Africaine du texte, dit définitif, du Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire, on lit le poème assez généralement dans la perspective socialiste que renforcent ses écrits contemporains en prose. Or deux éditions du même poème, contemporaines des recueils Les armes miraculeuses et Soleil cou-coupé, ont paru en 1947, à New York, puis à Paris. Ces textes témoignent de la pratique surréaliste de Césaire tout au long de cette décennie. Toutefois le pré-original du Cahier, paru en revue en 1939, ne présente aucune métaphore filée du type utilisé par Césaire ultérieurement. Qui plus est, la strophe poétique, ainsi que le lexique et l’attitude du "Je" dans le pré-original, rappellent le Claudel et parfois le Péguy des longs poèmes religieux. Une fois de plus, les textes contemporains de chacun des ces états appuient ces substitutions de vision et d’orientation.

Pierre-Marc de BIASI: Une discipline à vocation transversale: la génétique comme science des processus
À côté d’une génétique des textes littéraires, on voit se définir, dans plusieurs secteurs des arts et des sciences, une approche dynamique des documents de travail visant à élucider les logiques de la création. À la différence des méthodologies critiques, le but commun de ces approches n’est pas d’interpréter des œuvres ou des résultats, mais de comprendre des processus, en exploitant un énorme gisement de savoir: trois siècles d’archives encore largement inédites. Dans chaque domaine, il s’agit d’élucider les indices d’un itinéraire créatif et de reconstituer les processus qui l’ont animé, en combinant un outillage théorique adapté aux phénomènes temporels de la genèse et les ressources de l’informatique. Mais le numérique s’impose désormais comme médium unique de la création. La disparition progressive des archives papier annonce-t-elle la fin de la génétique ou au contraire son entrée dans un âge d’or? Placée devant le défi de devenir une discipline à vocation transversale, la génétique doit se doter d’une théorie globale en construisant, pour chacun de ses objets, les outils de modélisation et de calcul qui pourront faire d’elle une véritable science des processus. C’est à ce prix qu’elle pourra devenir un partenaire de premier plan pour les sciences de la cognition.

Pierre-Marc de BIASI: La collection "L'Or du temps"
Que disait Baudelaire? "Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or". Dans son introduction au Discours sur le peu de réalité, André Breton ajoutait: "Je cherche l’or du temps". Cet or philosophal pourrait symboliser les métamorphoses de l’avant-texte: si l’écrivain fait œuvre d’alchimiste, c’est dans le laboratoire secret de son écriture que se cachent les plus beaux spécimens de ses transmutations. La collection L’Or du temps (éditions Textuel) se donne pour objectif l’édition de manuscrits d’exception: une maquette design réunissant une présentation littéraire, génétique et codicologique, les fac-similés couleurs reproduits en haute définition, les transcriptions diplomatiques accompagnées d’un commentaire critique approfondi pour chaque folio. Le premier volume est paru en novembre 2009: Paul Verlaine, Hombres et Chairs par P.-M. de Biasi, D. Boltz et S. Widden.

Déborah BOLTZ: L’Éducation sentimentale: le texte à la lumière de l’avant-texte
À l’heure d’une nouvelle édition des Œuvres complètes de Flaubert dans la collection de la "Pléiade", nous souhaiterions faire le point sur les difficultés que pose l’établissement du texte de L’Éducation sentimentale, en présentant un aspect de notre recherche doctorale consacré pour une large part à la réalisation d’une édition scientifique, en 4 volumes, de ce texte. Du vivant de Flaubert, L’Éducation sentimentale a connu deux éditions (édition originale Michel Lévy 1869 ; édition Georges Charpentier 1879). L’édition de 1879, dernière version autorisée de Flaubert, publiée chez l’éditeur Charpentier, sous l’appellation "nouvelle édition", constitue le texte de référence pour tous les éditeurs modernes. Mais ce n’est pas si simple car le texte de 1879 est loin d’être parfait. Une importante quantité d’erreurs et de coquilles typographiques introduites par les compositeurs (et Flaubert s’en était plaint à son éditeur) plus ou moins facilement repérables se trouvent mélangées à des transformations du texte voulues par l’écrivain au point qu’il semble aujourd’hui indispensable, pour établir le texte de L’Éducation sentimentale, de réviser en profondeur la leçon de 1879 en tenant compte non seulement de la première édition (celle de 1869), mais également des manuscrits qui composent la phase pré-éditoriale de ce texte: le Manuscrit définitif autographe et sa copie, plus communément appelée, le "manuscrit des copistes". Or, parmi la dizaine d’éditions critiques de référence, des plus anciennes aux plus récentes, force est de constater qu’aucune de ces éditions ne propose un texte de L’Éducation sentimentale correctement établi au sens strict, c’est-à-dire tel que les manuscrits et les éditions du vivant de Flaubert le permettent. Le but que nous nous sommes fixé pour cette édition est double: proposer un état détaillé et complet de la genèse de l’imprimé de ce roman, ce qui n’a jamais été réalisé jusqu’à présent ; et d’autre part, à la lumière de ce travail, donner à lire, au final, un texte de L’Éducation sentimentale revu, corrigé, et surtout débarrassé de toutes les erreurs qui ont pu altérer, dans le détail, le style de Flaubert comme le sens de l’œuvre.

Valentina CHEPIGA: Fonds d'archives de linguistes. État des lieux et perspectives d'études du processus d'écriture théorique en sciences du langage
Plusieurs choix d’analyse sont possibles pour l’étude des fonds d’archives de linguistes: quelle place la correspondance scientifique occupe-t-elle dans le corpus et vers quelles contraintes ou ouvertures nous mène-t-elle? Démontrer, grâce à la correspondance scientifique, l’existence de liens entre différents corpus peut élargir l’avant-texte d’un texte scientifique. La correspondance linguistique serait donc une composante non négligeable du travail linguistique précis et déterminerait certains jalons d’une élaboration scientifique. Certains fonds tels que les fonds Tesnière et Benveniste de la BnF nous offrent la possibilité d’entrevoir le méta(con)texte d’un manuscrit de linguiste.

Aurèle CRASSON: Traitement de l'information graphique pour la représentation numérique des avant-textes
Un texte édité peut avoir de nombreuses interprétations mais, à partir du moment où il est définitif, où son écriture est linéaire et disposée conventionnellement dans la page, les ambiguïtés de lecture sont en principe écartées. On peut supposer que ce texte rencontre une lecture quasi universelle. Un brouillon, cas particulier de l’écriture manuscrite, génère des ambiguïtés de lecture, notamment parce qu’il s’agit de textes dont le processus n’est pas abouti et qui ne sont donc en principe pas des documents lisibles en tant que tels. Lorsque les généticiens s’attachent à comprendre les mécanismes qui ont produit un texte destiné à un lecteur autre que le scripteur lui-même, ils ne font pas tous la même lecture d’un brouillon. Si certaines réinterprétations de la chronologie effective de l’écriture sont parfois contestables, aucune lecture n’est totalement à rejeter. La difficulté de lire, et donc de transcrire, se pose en priorité par rapport à cette complexité spatio-graphique du brouillon sur laquelle se greffent des événements d’ordre chronologique, des éléments idiosyncrasiques verbaux et non verbaux. Face à cette difficulté, l’hypothèse est de coder des informations qui s’attachent à décrire des événements (linguistiques, chronologiques, graphiques, etc.) dans la perspective de reconstruire l’hypertexte latent que constitue un brouillon.

Nicholas CRONK: Voltaire et le don du manuscrit

Voltaire entretient une relation unique et particulière avec le manuscrit. Il s’intéresse au manuscrit comme moyen de diffusion clandestine et il est lui-même l’auteur de manuscrits clandestins. Mais il n’est pas de ces auteurs, comme Montesquieu, qui ont laissé de nombreux manuscrits à partir desquels  on peut entreprendre des études génétiques (à une exception près, qui est Candide). Voltaire aime offrir des manuscrits, ou plus précisément, du manuscrit. A la différence d’un Jean-Jacques Rousseau, qui présente des manuscrits d’apparat, Voltaire aime faire cadeau de livres qui portent une "touche" manuscrite. Ces ajouts manuscrits existent sous deux formes. Premièrement, lorsqu’il n’est pas satisfait d’une édition de ses propres œuvres complètes, Voltaire en offre à certains lecteurs choisis des exemplaires corrigés de sa main. Deuxièmement, et plus rarement, il lui arrive d’offrir le livre d’un autre, par exemple l’Emile de Rousseau, "enrichi" de ses propres commentaires en marge. Dans ces deux cas de figure, les ajouts manuscrits donnent à la fois une apparence improvisée et une touche d’authenticité voltairienne.

Daniel DELAS: Écritures francophones et culture

Longue et encore mal connue, l’histoire de l’Afrique littéraire ne se dégage que lentement d’une représentation faisant de ce continent une terre d’oralité exclusive et expliquant à partir de là la longue marginalité de l’écriture. Comme on met l’accent sur le rôle de l’islam dans la progression de l’écrit à partir du 15ème siècle, on attribue aux manuscrits en arabe — au Mali ou à Madagascar — une aura sacrale. Cas des manuscrits de Tombouctou. Et après tout une telle vision de l’écrit correspond à l’esprit de la religion musulmane qui fait du Coran, un texte sacré, à apprendre par cœur, non traduisible, non accessible à la critique philologique ou génétique. L’incidence de ce passé sacralisant sur la représentation du manuscrit francophone aujourd’hui ne doit pas être surévaluée, mais il joue certainement un rôle plus important que dans d’autres société modernes. Il explique d’ailleurs en partie la hâte des détenteurs du pouvoir politique à détruire les écrits des écrivains condamnés et exécutés pour leur opposition, réelle ou supposée, et leur pouvoir subversif. Cas de Fily Dabo Sissoko.
Deuxième stade de l’extension de l’écrit: la conquête européenne et la colonisation. Elle s’accompagne de la formation dans des écoles de cadres de commis d’administration "indigènes", auxquels on donne une formation de type primaire supérieur, pratiquant dans le domaine littéraire, la reproduction de modèles choisis pour leur simplicité non rhétorique. Ainsi formés, les élèves de William Ponty ou de Le Myre de Villers, ont écrit. Et ont bien souvent soumis leurs productions à leurs professeurs ou, plus tard, à leur commandant de cercle et quelques-uns de ceux-ci, ont corrigé ces textes et les ont parfois aidés à se faire publier. Cas de Camara Laye. Ce qui devient intéressant à ce moment de l’histoire de l’écriture francophone, c’est la complexité de la relation à l’oralité qui se met en place. Cas de Bakary Diallo.

Mariana DI CIO: Genèses d’écriture dans l’œuvre d’Alejandra Pizarnik
Prenant comme point de départ les différentes modalités d’appropriation des supports, ainsi que les traces des pratiques de visualisation, ce travail sur les manuscrits d’Alejandra Pizarnik vise à mettre en relief des pratiques d’addition (collage, copie, assemblage, réutilisation ou reconversion du déjà-dit) et de soustraction (découpages, effacement de mots, polissage) qui mènent à l’écriture. Il s’agit non seulement de mettre en évidence les constantes de ce que l’on définira comme genèses d’écriture dans l’œuvre de Pizarnik, mais encore les rapports particulièrement complexes que l’écrivain entretient avec le langage en tant que "matériau".

Irène FENOGLIO: Processus d'écriture et genèse de concepts. Un fonds exemplaire: les archives Benveniste de la BnF
Si l’écriture linguistique est actuellement l’objet de rares travaux (analyse de discours, études de genres, genèse de textes publiés), plus rares encore sont les travaux qui, pour comprendre l’écriture scientifique en sciences humaines et la conceptualisation de notions, s’attachent à l’aspect génétique et processuel de l’écriture en train de se faire, visible sur les manuscrits. L’objectif est de contribuer à ouvrir ce vaste champ de travail d’une grande richesse où les "brouillons" permettent d’observer la façon dont un auteur scientifique (en l’occurrence linguiste) s’y prend pour formuler son discours théorique, pour textualiser une notion linguistique. Pour ce type de travail, le fonds d’archives qu’Emile Benveniste a légué à la BnF est exemplaire tant par l’ampleur quantitative des documents que par leur diversité. En effet, nous y sommes confrontés à trois genres au moins d’écriture scientifique: l’écriture d’article, l’écriture de communication scientifique à des Congrès, l’écriture propre à la préparation de cours (en l’occurrence, cours à l’EPHE et au Collège de France).

Nathalie FERRAND: L'autographie littéraire au XVIIIe siècle: le cas Rousseau
Le XVIIIe siècle est riche de corpus qui attendent que les généticiens les analysent. Parmi eux, l'œuvre de Jean-Jacques Rousseau présente une typologie très diversifiée de gestes d'écriture et d'états manuscrits, depuis le billet griffonné au crayon jusqu'à la copie calligraphiée par l'auteur et destinée à être offerte. Après une mise en contexte à l'intérieur de la situation de l'époque, l'étude se consacrera à La Nouvelle Héloïse et présentera la première édition génétique de ce roman qui est en cours.

Daniel FERRER: La modélisation en critique génétique

Face à la masse indéfinie des éléments auxquels est confrontée la critique génétique, celle-ci procède nécessairement à une modélisation des données. Le concept d'avant-texte défini par Jean Bellemin-Noël a joué un rôle essentiel en proposant ce qu'on pourrait définir comme un métamodèle. On réfléchira sur les hésitations de la démarche génétique concernant le statut des données empiriques et sur quelques-uns des modèles, conscients ou inconscients, qu'elle met en œuvre.

Christophe FOUQUERÉ: Édition en ligne de fac-similés et de transcriptions

La numérisation des documents s'est largement développée ces dernières années. Elle permet non seulement un large accès aux sources, mais encore peut en faciliter l'étude et l'analyse. Les difficultés technologiques, mais aussi méthodologiques, sont nombreuses. Nous nous attacherons à rendre compte de l'expérience acquise à travers le projet de recherche Optima qui concernait la mise en ligne de manuscrits de divers auteurs (Braudel, Flaubert, Proust, Valéry). Cela concerne tant la présentation que les outils d'aide à l'analyse. Au-delà de ces aspects, nous discuterons des nouvelles possibilités de questionnement offertes entre le chercheur, le lecteur et une œuvre.

Marie Odile GERMAIN: La Bibliothèque nationale de France et ses chercheurs: entre patrimoine et modernité?
Avec ses catalogues en ligne, sa bibliothèque numérique (Gallica), ses archives d’Internet, voire ses différends avec Google, la BnF est bien entrée dans ce XXIe siècle, où il n’est plus de salut en dehors de la Toile et où tous les chercheurs se sont transformés en internautes. Le département des Manuscrits lui-même, dont le catalogue est désormais consultable en ligne, se lance dans la politique de numérisation, dont un des exemples est la numérisation de trois grands corpus (Flaubert, Proust, Valéry), dans le cadre du programme Optima, réalisé en partenariat avec l’ITEM. On évoquera ces réalisations et projets, sans oublier que la mission d’une Bibliothèque à l’égard de ses différents publics, et en particulier du monde de la recherche, ne se résume pas à la nécessaire mise à jour des outils informatiques: l’enrichissement des fonds et leur traitement tant matériel qu’intellectuel sont autant d’étapes indispensables à leur accessibilité.

Anne HERSCHBERG PIERROT: Style et genèse des œuvres
La critique génétique ouvre un champ de réflexion nouveau sur la singularité du style. Elle conduit à reconsidérer le style dans une perspective dynamique, à s’attacher aux transformations d’une œuvre "en mouvement". Elle peut s’intéresser aussi à l’étude stylistique des étapes de la genèse, différenciées selon les œuvres (comme les styles diversifiés des notes). Mais elle conduit aussi plus largement à définir des styles de genèse, ou des profils singuliers de genèse, relatifs aux pratiques d’écriture d’un écrivain pour une œuvre, qui est une façon nouvelle d’envisager la signature d’une œuvre.

Dirk Van HULLE: Des manuscrits aux "textes révisés": vers une édition bilingue des œuvres de Beckett
L’aspect éditorial d’une archive numérique peut fonctionner comme une manière d’éviter que l’utilisateur s’égare dans l’abondance des manuscrits. A cet égard, la critique génétique peut aider, mais elle peut également jouer d’autres rôles importants. D’une part, elle peut indiquer le potentiel herméneutique des manuscrits et ainsi attirer l’attention sur la pertinence de la recherche génétique pour l’interprétation des textes et la réception en général. D’autre part, elle peut sensibiliser les lecteurs à la spécificité du domaine de recherche de la critique génétique, c’est-à-dire à la dynamique du processus d’écriture. Une manière concrète pour effectuer ces fonctions dans l’édition électronique génétique des manuscrits de Samuel Beckett (‘The Beckett Digital Manuscript Project’) est la combinaison d’une archive numérique avec un essai de critique génétique. Ce récit de la genèse sera non seulement intégré dans l’archive numérique, mais également publié sur papier pour donner plus d’éminence et de visibilité à l’aspect génétique de l’édition. En même temps, l’archive numérique peut servir comme base pour la création d’une édition bilingue de l’œuvre de Beckett. Une telle édition bilingue informée par la recherche génétique pourra sensibiliser le public à l’autotraduction beckettienne comme une forme de continuation de la genèse après la publication.

Marianne JAKOBI: Vers une titrologie génétique
La question du titre qui réactive le débat de l’Ut pictura poesis est propice à l’analyse de la création comme processus. Qu’est-ce que nommer une peinture? En quoi le fait de donner un titre modifie le geste créateur, selon quel processus? Jusqu’à quel point les mots conduisent-ils à transformer les formes? De quelle manière la technique du peintre, ses partis pris formels, son usage des couleurs, des lignes agissent-ils sur ce travail de nomination qui constitue un des moments conceptuels de l’œuvre? Loin d’être en marge de l’œuvre, le titre est précisément la forme d’écrit d’artiste qui est au cœur de l’acte créatif tout en étant indissociable du contexte institutionnel dans lequel il est inventé et agit sur le public: discours, manifestes, tracts, salons, expositions, critique d’art, catalogues de vente, inventaires, catalogues raisonnés, etc. En tant que tel, le titre fournit une médiation essentielle pour bénéficier des acquis de la génétique des textes à l’intérieur même d’une genèse des formes plastiques qu’il reste à construire. Les carnets d’atelier qui laissent entrevoir la fabrication des œuvres sont de véritables "archives de la création" mais, bien entendu, l’approche génétique n’est possible qu’à partir de traces concrètes conservées et rendues disponibles qui attestent d’un processus d’écriture et de création.

Amel JEGHAM BEN ACHOUR: Pierre Michon: le carnet "Watteau"
L’étude des carnets préparatoires de Maîtres et serviteurs, consacrés aux "vies" de Goya, Watteau et Piero della Francesca, révèle, sans surprise, un contenu très riche en références picturales. Si la peinture joue un rôle essentiel dans l’œuvre de Pierre Michon dès Vies minuscules, elle est déterminante dans le processus même de son écriture et la composition de ses récits. Nous présenterons certaines fonctions de la référence picturale à partir d’une liste de tableaux figurant dans le folio 83 du carnet réservé à Watteau. Cette liste semble en effet annoncer, structurer et synthétiser le récit à venir. Nous tenterons de cerner, à travers le poster, l’idée de "plan pictural", véritable charpente, du récit "Je veux me divertir".

Jean-Louis LEBRAVE: Psychologie cognitive et critique génétique: les mouvements oculaires comme indicateurs des stratégies rédactionnelles des auteurs
L'objectif de cette recherche est d'étudier le rôle joué par les macrostructures au cours de la composition écrite d'un texte, selon l’expertise du rédacteur; notamment dans le cas d’un écrivain comparé à un étudiant avancé. En lecture-compréhension, la macrostructure du texte joue un rôle dans l'intégration des informations. En production, il s'agit de savoir si la macrostructure décrite formellement joue un rôle dans l'établissement de la cohérence du texte (influence top-down sur les autres processus). Pour ce faire, les mouvements oculaires de scripteurs ont été enregistrés pendant la rédaction (logiciel Eye and Pen) et la nature macrostructurale ou microstructurale des informations textuelles fixées lors de la reprise et de la poursuite de l'écriture (après les périodes d'interruption) a été analysée. Il est fait l'hypothèse que la macrostructure, si elle a un statut fonctionnel, devrait être d'autant plus efficace pour le recouvrement des informations et l'établissement de la cohérence que l'interruption était de plus longue durée (stockage organisé en mémoire). Nous pensons que les écrivains, rédacteurs experts, opèrent une relecture "macrostructurale" préalable de leur texte lorsqu’ils doivent poursuivre ce texte après une interruption. Les rédacteurs ordinaires s’engagent dans une lecture "microstructurale". Lorsqu’il s’agit de relire son propre texte pour le réviser, la relecture des écrivains serait plus "microstructurale".

Ségolène LE MEN: Illustration et génétique: texte, image et intermédialité
C’est à partir d’une étude de cas, celle des éditions illustrées auxquelles a participé par Emile-Antoine Bourdelle, que seront posées les questions du rapport entre illustration et génétique, qui supposent d’analyser le rapport du texte et de l’image dans l’espace de la page et de la double page. Leur confrontation pose aussi la question de l’intermédialité dans la création artistique. Les livres illustrés permettent d’interroger la place qu’occupent l’illustration, la lecture et la pratique simultanée de plusieurs modes d’expression dans le devenir de l’œuvre du sculpteur. L’édition des Damnées de George Bois, un recueil de poèmes érotiques humoristiques, paraît en 1890 chez l’éditeur Dentu. Le musée Bourdelle en conserve l’exemplaire personnel du poète, qui est truffé de lettres et de croquis du sculpteur. L’ensemble, que complète un poème de Bourdelle sur les affiches de Chéret paru dans Le tintamarre en 1891, forme un passionnant dossier génétique non seulement pour l’illustration de ce livre mais également pour la formation de l’art de Bourdelle, sculpteur-illustrateur-écrivain, dans la bohème du décadentisme.

Marcel LEPPER: La structure heuristique, la constitution des archives et la recherche génétique
Quelle est la relation entre les questions philologiques d'une part, la collection et la conservation d'autre part? Les grandes archives comme celles de la maison d'édition Suhrkamp (arrivées à Marbach en 2009 et 2010) nous montrent que la réflexion heuristique doit précéder le classement. Comment les pratiques philologiques contribuent-elles à la "gestion durable" des archives? Comment les stratégies génétiques attirent-elles l'attention sur la dynamique constitutive des archives? Les archives ne sont plus le lieu du savoir, mais le lieu du vouloir-savoir. Elles ne sauvegardent pas le texte, elles rendent possible la constitution des textes.

Cédric LESEC: Processus de représentation de l’image de l’artiste. Étude de cas entre textes et photographies
À partir de 1880, de nombreuses photographies d’artistes sont vendues par des maisons d’éditions et des photographes professionnels à des collectionneurs. Les albums, conservés notamment par la bibliothèque de l’INHA et la bibliothèque des Arts décoratifs en sont les témoins. Peintres et sculpteurs, pour la plupart habitués aux honneurs du Salon, y figurent dans leurs ateliers tantôt posant fièrement devant leurs futurs envois, tantôt mimant le geste créateur. Cet ensemble de portraits patiemment collectés correspond à l’engouement du grand public pour l’image de l’artiste, et plus largement pour ce que L’Illustration nomme les "Sommités contemporaines". Il s’agira dans un premier temps de comprendre la manière dont ces photographies sont construites en comparant notamment leurs structures à celles des comptes-rendus de visites à l’atelier parus dans la presse qui forment le cadre de leur création et de leur diffusion. La genèse de ces images de l’artiste ainsi analysée rendra manifeste le rôle joué par la photographie dans la mise en scène d’une mémoire individuelle ou d’une mémoire collective.

Serge LINKÈS: De la codicologie moderne à la codicologie contemporaine: quelles conséquences pour l’analyse génétique?
Nous proposerons d’examiner l’intérêt de l’expertise codicologique dans le cadre de l’étude génétique des manuscrits d’auteur. Nous souhaitons ainsi démontrer que l’étude d’un dossier de genèse implique la nécessité de prendre en considération le manuscrit dans sa dimension matérielle et intellectuelle pour véritablement en dégager toute la signification. Cependant, les supports de la création littéraire et artistique ayant considérablement évolué, nous nous demanderons s’il est possible de transférer et d’adapter les compétences acquises dans le domaine de l’analyse matérielle et intellectuelle des manuscrits "en papier" dans le nouveau contexte de la création numérique (qu’elle soit hors ligne ou en ligne), mais aussi dans l’étude des supports hétéroclites qu’offre la culture urbaine contemporaine.

Références bibliographiques :

Serge Linkès, "Le manuscrit de Lamiel : la fin d’une énigme ?", in Le dernier Stendhal 1837-1842, Eurédit, Paris, 2000.
Serge Linkès, "De Letellier à Lamiel : la comédie continue", in L'Année Stendhalienne n°1, mars 2002, Librairie C. Klincksieck et Cie, Paris.

Serge Linkès, "Un nouvel instrument de travail : la base de données MUSE", article en collaboration avec Claire Bustarret, in GENESIS, n°21, Editions Jean-Michel Place, Paris, 2003.
Serge Linkès, "Les poétiques de Beyle et de Stendhal : rupture ou continuité ?", in Henri Beyle, un écrivain méconnu, Eurédit, Paris, 2006.
Serge Linkès, "De Muse en Argolide, ou la codicologie à l'ère du numérique", en collaboration avec Claire Bustarret, Editer et valoriser des fonds de manuscrits : l'apport (et les limites ?) du numérique, Université Grenoble III, Presses Universitaire de Grenoble, Grenoble, 2008.
Serge Linkès, "Éditer le manuscrit inachevé : vraies et fausses vertus du numérique", in Editer et valoriser des fonds de manuscrits : l'apport (et les limites ?) du numérique, Université Grenoble III, Presses Universitaire de Grenoble, Grenoble, 2008.
Serge Linkès, "Lamiel, une enfant du paradis", in Stendhal et l'Eros romantique : tradition et modernité, HB Revue internationale d’études stendhaliennes, Eurédit, Paris, 2009.


Olivier LUMBROSO: La critique génétique à l'épreuve de l'échelle: nouvelles perspectives sur les grands corpus (Le cas Zola)

L’œuvre romanesque d’Emile Zola est reconnue comme celle d’un bâtisseur de "cycles", doué d’une pensée maçonne. Les dossiers préparatoires, coulisses de cette création, en forment le laboratoire secret. Or, ils sont rarement étudiés au-delà d’une perspective monographique qui engagerait l’échelle cyclique tout entière: la critique se concentre le plus souvent sur la genèse d’un roman pris à part. De plus, c’est une tradition de la vulgate d’affirmer que l’écrivain naturaliste s’est enfermé dans une "méthode" de travail et une formule doctrinale qui auraient abouti à une organisation mécaniste de son dossier préparatoire.
Cette communication souhaite dépasser ces deux impasses en proposant une interprétation d’ensemble du corpus manuscrit des Rougon-Macquart selon des coupes longitudinales montrant les transformations du dossier de travail sur plusieurs dizaines d’années du point de vue de son organisation et de son style métatextuel. Démarche critique qui suppose une nouvelle configuration du corpus et des propositions théoriques, rendant visible ce que l’œil humain ne voit pas: les cohérences diachroniques des avant-textes à l’échelle d’un cycle entier, et dans un cadre développemental. C’est un nouveau visage de Zola et de sa vision du roman qui en ressort, en perpétuel mouvement.

Références bibliographiques :

Lumbroso, Olivier. (2009), chapitre "Dispositio", in Le signe et la consigne. Essai sur la genèse de l’œuvre en régime naturaliste. Zola. Sous la direction de Ph. Hamon, Genève : Editions Droz.
Lumbroso, Olivier (2009). "Le dossier préparatoire existe-t-il ? Variation autour d’une notion génétique en régime naturaliste", Les Cahiers naturalistes, n°83.
Lumbroso, Olivier (2010). "Pour une didactique du prérédactionnel", Genesis. Manuscrits, Recherche, Invention, n°30.


Rudolf MAHRER: Une idée derrière la tête? L'apport de la génétique au problème de l'intention

Le problème de l’intention est omniprésent dans l’ensemble des disciplines interprétatives. Il en serait néanmoins, selon Ducrot et Schaeffer, "le talon d’Achille" (Nouveau dictionnaire des sciences du langage). Or, en abordant le discours comme activité de production, la critique génétique tourne constamment autour de la question et contribue à la poser à nouveaux frais. Au sens courant, l’intention est préalable au dire; elle est cette idée derrière la tête soustraite par définition à l'observation linguistique. Mon analyse de cette notion suivra trois chemins: l’observation des traces manuscrites de la production d’écrivains, la lecture des considérations généticiennes afférentes (Ferrer, Grésillon et Lebrave), et la notion d’endophasie, telle que la développe Bergounioux (Le Moyen de Parler, Verdier, 2004). Dans la perspective ainsi construite ­ — celle d’une linguistique de l’énonciation écrite —, l’intention n’est plus une cause, mais un effet du discours; l’idée n’est plus derrière la tête, mais devant.

Sandrine MARCHAND: Écriture du rythme, les manuscrits de l'écrivain taïwanais Wang Wen-hsing 王文興
La génétique des textes est, en langue chinoise, encore à l'état naissant. Au travers de l'exemple des manuscrits de l'écrivain contemporain Wang Wen-hsing, un des premiers auteurs de langue chinoise dont les manuscrits sont conservés, étudiés et vont être publiés, je souhaiterais interroger le rapport du texte littéraire au rythme et à l'oralité. Le romancier Wang Wen-hsing est un auteur formaliste qui use de toutes sortes de mises en forme dans le but de faire entendre les voix. Cet auteur a aussi réfléchi à la genèse de son écriture, légitimant ainsi la nécessaire lenteur de son processus d'écriture. En outre, les premiers jets de cet auteur mettent en valeur l'importance du rythme dans son écriture et la spécificité du caractère chinois comme assemblage de traits et non comme image.

Nicolas MARTIN-GRANEL: Écriture à processus et prophétisme scripturaire: le cas Sony Labou Tansi
Les manuscrits et la correspondance de Sony Labou Tansi montrent qu'il a produit une œuvre en progression continue, marquée par un certain transformisme, alors que la fonction auteur suggère plutôt l'idée d'un progrès discontinu entre des chefs d'œuvre ou des livres achevés, isolés les uns des autres et classés par période, par genre, par thème. La pratique d'écriture de Sony — aucun plan ou scénario, pas ou peu de rature, que des recommencements — le situe à coup sûr dans le paradigme de l'écriture à déclenchement rédactionnel. Par ailleurs, dans une nouvelle comme Fabien Israël, l'écrivain se travestit dans le personnage de "l'étranger", un marginal dont les multiples identités que lui assigne la rumeur n'arrivent pas à dissimuler la figure innommée du prophète; par-delà le réalisme merveilleux induit par la rumeur collective, on reconnaît le prophète à ses actes, à sa parole en acte, à sa puissance de révélation littéralement apocalyptique. Autant qu'à une mise en abyme de l'écriture improvisée pratiquée par l'auteur, le dispositif prophétique nous renvoie à l'énigme centrale de l'entre-deux culturel, pointée dès ses premiers écrits: "Je comprends pourquoi les Africains n'ont pas inventé l'écriture: ils sont trop malins pour elle".
Le quatrième côté du triangle, un même titre qui a servi à nommer quatre textes relevant de quatre genres différents, nous servira d'exemple emblématique pour décliner les quatre facettes de l'écriture sonyenne comme flux continu:
Premier côté: Comment transcrire le manuscrit de Sony Labou Tansi?
Deuxième côté: Comment le lire comme premier transcripteur d'une version toujours déjà doublée?
Troisième côté: Comment entendre son rythme sur le modèle d'un musicien de jazz qui improvise sans partition écrite?
Quatrième côté: Comment saisir son écriture dans le champ anthropologique à travers la notion de prophétisme scripturaire?

William MARX: Valéry, père fondateur de la critique génétique?
L'histoire la plus couramment admise de la critique génétique fait remonter la discipline à quelques grands ancêtres ou précurseurs, parmi lesquels Paul Valéry figure en bonne place. On se proposera ici d’établir plus en détail cette généalogie et d’élargir la perspective au contexte idéologique et culturel dans lequel s’insère la conception valéryenne du manuscrit et de la création littéraire et artistique.

Nathalie MAURIAC DYER: Sur quelques usages du manuscrit. La preuve, le tableau, l’icône
On ne publie pas seulement les manuscrits de travail dans une perspective génétique et pour mettre en évidence des processus créateurs. À partir d’exemples empruntés à un "grand auteur", Marcel Proust, on mettra en évidence d’autres usages de publication, dans les domaines du droit, de l’esthétique et, même, du religieux. Ces types d’usage sont sans doute inséparables de la dimension autographique du manuscrit: sont-ils voués à disparaître dans les genèses numériques? Quelles relations entretiennent-ils avec l’approche "scientifique"?

Olfa MEZIOU BACCOUR: Le style... pour une approche génétique de l'architecture

Développer une approche génétique de l’architecture dans le sillage de la génétique des textes suppose de mettre à plat les similitudes et les différences qui existent entre architecture et littérature, texte et œuvre architecturale, écrivain et architecte. La difficulté des transferts méthodologiques directs montre, si besoin est, d’importantes différences. Le concept de style fondé notamment sur l’ouvrage de Gilles Gaston Granger, Essai de philosophie du style et celui d’Anne Herschberg Pierrot, Le style en mouvement — littérature et art, permet de construire cette approche tout en préservant les spécificités de l’architecture, d’aborder les oppositions cruciales de singularité vs généralité, individuation vs structuration et de s’approprier les notions plus littéraires d’endogenèse et d’exogenèse. En d’autres termes, il s’agit ici de considérer le concept de style comme un concept permettant l’adaptation de la génétique des textes au champ de l’architecture voire à ceux d’autres formes d’activités créatrices.

Références bibliographiques :

Thése de doctorat en architecture
O. Meziou Baccour, De l’ante-projet au processus de conception. Etude de genèse d’une œuvre architecturale. Soutenue le 7 mai 2005 sous la direction d’Alain Rénier.

Articles publiés
O. Meziou Baccour, "Le projet architectural comme texte d’une genèse. Statut sémiotique des traces", in Nouveaux Actes Sémiotiques (revue en ligne), n°111, janvier 2008.
O. Meziou Baccour, "De la littérature des écrivains à l’architecture des architectes. Questions autour de deux machines valériennes", in P. Hyppolite (dir), Architecture, littérature et espaces, Pulim, Limoges, 2006, pp361-371.
O. Meziou Baccour, "L’architecte à l’œuvre : artiste mégalomane ou héros cornélien ? La conception architecturale, un processus d’auto-dissémination", in Actes del III congrés Internacional ARQUITECTURA 3000 : Arquitectura de la in-diferència, Coneixement i Arquitectura, KHÔRA II, n°6, septembre 2005, pp.26-31.

Article en cours de publication
O. Meziou Baccour, "Les modes d’emprunt de la référence patrimoniale comme signifiants de la forme architecturale", in ELSA : Environment, Land, Society, Architectonics.


Atsushi MIURA: Séparation et résonance: peinture et écriture en Occident et en Extrême-Orient

L’approche génétique de l’histoire de l’art nous oblige à repenser les rôles joués par l’écriture dans la peinture, qu’il s’agisse de la signature, du titre, ou des inscriptions de types variés. La peinture est encadrée, amplifiée et diversifiée par l’écriture, ce qui amène à penser que la genèse même de la peinture est étroitement liée à l’écriture. Ces modalités de l’écriture dans la peinture sont cependant absolument différentes en Occident et en Extrême-Orient, particulièrement au Japon. Si la séparation ou la démarcation prévalaient à l’ouest, résonance ou fusion dominaient à l’est. L’imbrication des arts des deux cultures qui s’est réalisée dans la seconde moitié du XIXe siècle, tels que le japonisme en France et l’introduction de la peinture à l’huile au Japon, a graduellement modifié le rapport entre peinture et écriture, particulièrement en Occident. L’examen de ce phénomène historique à travers l’étude de quelques créations artistiques, oeuvres japonaises et occidentales, nous permettra de proposer quelques nouvelles pistes quant à la génétique de la peinture.

Jacques NEEFS: Genèse et interprétation: le double attrait de la forme

L'œuvre vaut par sa puissance d'attrait, par ce qu'elle sollicite de regard, d'intellection, de compréhension toujours à reprendre, et de création encore, à sa suite. Cette puissance tient à ce qui en elle a été méditation de forme, gestes de pensée, travail de style. L'étude de genèse s'applique à rendre lisibles ces tensions qui président à la formation de l'œuvre, et à donner sens aux choix et non choix — qui marquent chaque instant de la création, dans la pensée de l'œuvre à faire, et de la forme singulière à produire. L'interprétation — au sens à la fois musical et herméneutique — de l'œuvre s'attache à rétribuer les sens multiples qui jouent ensemble comme effet de l'œuvre, de sa forme, forme d'ensemble, et texture propre. Quelques brefs exemples choisis dans la prose (Flaubert, Proust, Beckett) permettront d'interroger ce vis-à-vis, entre création et interprétation, l'une et l'autre portée vers et par l'attrait de la forme.

Marie-Dominique NOBÉCOURT-MUTARELLI: La bibliothèque littéraire Jacques Doucet ou la bibliothèque idéale selon Gide
Dès la création de sa collection littéraire, la priorité a été donnée par Jacques Doucet à l'œuvre en train de se faire, qu'il a non seulement acquise mais financée, en réunissant à côté des livres, lorsqu'il le pouvait, les manuscrits, les épreuves corrigées et la correspondance autour de l'œuvre, ce qui en a fait en avant-première, un instrument de recherche extraordinaire pour l'étude génétique des textes.

Alain PAGÈS: Aux origines de la critique génétique: la figure d’Henri Massis

Auteur, en 1906, d’un ouvrage intitulé Comment Emile Zola composait ses romans, Henri Massis apparaît comme l’un des précurseurs de la génétique au début du XXe siècle, au même titre, par exemple, qu’Antoine Albalat. Il est le premier critique qui ait porté un regard attentif sur les dossiers préparatoires de Zola.
Dans cette communication, on s’interrogera sur la vision esthétique qui est celle d’Henri Massis lorsqu’en 1905 il découvre les manuscrits de Zola qui viennent tout juste d’être déposés à la Bibliothèque nationale par la veuve de l’écrivain. Et l’on essaiera de situer sa réflexion à l’intérieur du contexte intellectuel qui est celui des premières années du XXe siècle, marquées par la naissance de l’histoire littéraire lansonienne.

Thierry PAQUET & Thomas PALFRAY: TranScript: Transcription, encodage et visualisation diplomatique de corpus manuscrits

Les manuscrits d'auteurs sont des manuscrits à intérêt graphique dont l'apparence est aussi importante que le contenu textuel lui-même, car elle permet dans une certaine mesure, de comprendre a posteriori le processus d'écriture de l'auteur. Le travail préalable du généticien des textes est donc de déchiffrer les sources manuscrites en vue de produire des transcriptions respectant l'apparence d'origine du document, afin de faciliter tout travail d'interprétation ultérieur. Développé au sein du projet ANR OPTIMA (Outils Pour le Traitement Informatique de Manuscrits d'Auteur), en association avec des équipes de recherches en génétique des textes, TranScript est un outil générique permettant d'encoder aussi bien le fond que la forme d'un manuscrit en vue de produire une transcription diplomatique de celui-ci respectant autant que possible l'apparence originale du document, tout en accentuant sa lisibilité. Le logiciel est utilisé sur plusieurs "grands corpus", comportant des modèles d’écritures diversifiés: à programmation scénarique (Flaubert), à structures séquentielles complexes (Proust, Valéry), à forme combinatoire ("fichier" Braudel). Dans un premier temps, nous présenterons le langage d'encodage développé en fonction des besoins et des particularités de chaque corpus, puis, dans un deuxième temps, le moteur de rendu diplomatique. Nous conclurons par une démonstration du logiciel.
(Auteur: Thomas Palfray, Stéphane Nicolas, Thierry Paquet, LITIS EA 4108, Université de Rouen, Campus du Madrillet, 76800 SaintEtienne du Rouvray)

Subha-Sree PASUPATHY: Réévaluation et mise en valeur de l’œuvre d’un réformateur des Lumières par l’édition numérique

Ce projet de thèse a pour objectif la mise en valeur et l'exploitation de l'œuvre de l'abbé Castel de Saint-Pierre, réformateur des Lumières aujourd'hui réévalué à travers la conception et la mise en œuvre d'un site internet lui étant dédié. S'appuyant sur ses imprimés et ses manuscrits, certains inédits, qui présentent de nombreuses corrections autographes, ce travail s'effectue selon les normes du format XML, qui suppose la structuration et le balisage du texte suivant la réglementation de la TEI et a pour objectif la mise en ligne des textes et leur interopérabilité (hyperliens, indexation, glossaire, images).

Sabine PÉTILLON: Opérations d'écriture et profils syntaxiques de scripteurs
En observant le processus de textualisation, il s’agit d’étudier le fonctionnement des quatre opérations d’écriture que sont — pour tout scripteur, qu’il soit novice ou expert — l’ajout, la suppression, la substitution et le déplacement et de dégager des profils de praticiens de la phrase. Ces quatre opérations sont alors envisagées comme des invariants processuels à partir desquels la pratique plus spécifique d’une opération particulière constitue la marque rédactionnelle d’un scripteur et un critère de classification en type de profil tendanciel. Dans cette perspective, on peut distinguer — à la suite de R. Barthes — des écrivains à ellipses, qui réduisent un premier jet à une forme plus concise et des écrivains à catalyse, qui ne cessent de revenir sur leur premier jet pour l’amplifier.
Appartiennent à ce dernier type des écrivains comme Proust, Cl. Simon ou Leiris, dont les pratiques scripturaires relèvent de l’expansion phrastique continue et qui produisent chacun — sur un mode processuel à chaque fois différent — ce que l’on pourrait appeler des "phases longues". Ces différences individuelles sont évidemment à mettre en lien avec le genre de texte pratiqué et le degré de liberté qu’il offre au scripteur (peu de "virtuosité syntaxique" dans les textes procéduraux ou les notices médicales). Ce qui revient à dire qu’en terme de production et d’études des processus scripturaux, il convient de replacer l’analyse de la production littéraire avec celle de la production du discours ou des discours afin d'examiner s'il y a spécificité du littéraire aussi au plan de la production? une intentionnalité esthétique qui impliquerait une textualisation plus complexe?

Gilles PHILIPPE: La variante comme observatoire de la norme

La désignation habituelle de "correction" pour référer aux modifications qu’un auteur opère sur son texte au stade manuscrit atteste que l’alignement sur une "norme" langagière  serait le but le plus évident du travail d’affinement rédactionnel. Loin d’être donc le lieu où s’observerait prioritairement la singularisation du style d’auteur, la variante serait peut-être d’abord l’observatoire privilégié d’un certain nombre de standards collectifs. Si l’ajustement strictement correctif de la syntaxe ou du lexique est d’un intérêt mineur, la modification stylistique allant vers un "mieux écrit" peut permettre, dans certains cas et selon des conditions sur lesquelles on s’attardera, de reconstruire une norme esthétique plus ou moins consciemment assumée par l’écrivain.

Elena PIERAZZO: Un nouveau module TEI pour l'encodage des manuscrits modernes et des éditions génétiques
Les Guidelines de la TEI [Text Encoding Initiative] ont souvent été critiqués pour ne pas offrir un support suffisant pour la transcription et l'encodage des manuscrits modernes et en particulier des brouillons dans lesquels la superposition des couches d'écriture rend l'approche sémantique et textuelle de la TEI presque inutilisable. Pour ces raisons, une commission d'études internationale, issue du groupe d'intérêt spécial de la TEI  sur les manuscrits, a décidé de travailler à des propositions pour l'amélioration du schéma d'encodage de la TEI. Le travail a duré deux ans et a inclus la tenue d'un atelier, couronné de succès, à l'ITEM (Paris) en mai 2009. L'ensemble des propositions inclut:
1. une manière d'encoder les documents au fil des textes, en incluant leur genèse et tous les accidents faisant partie de leur histoire;
2. un groupe d'éléments pour mentionner les caractéristiques de l'écriture qui améliore les possibilités de transcription de brouillons modernes;
3. un ensemble d'éléments pour encoder la genèse du texte au sein d'un document et à l'intérieur d'un dossier.
Ces propositions sont désormais entre les mains du conseil de la TEI pour être mises en place et devenir une part entière de la TEI. Cette intervention va présenter le nouveau module.

Claire RIFFARD: Pour une approche génétique des textes littéraires francophones. Le cas du poète malgache J. J. Rabearivelo

L’équipe "manuscrit francophone" de l’ITEM initie depuis deux ans un travail méthodologique et critique de grande ampleur autour d’œuvres littéraires majeures d’Afrique et des Antilles. Notre ambition est d’éditer des corpus complets dans une collection des éditions du CNRS intitulée "Planète Libre", dont les exigences scientifiques sont celles de la Pléiade. Les obstacles à franchir sont nombreux, depuis l’adaptation de la méthodologie de collecte jusqu’aux difficultés spécifiques de l’analyse génétique, qui renouvelle avec éclat dans ces corpus la réflexion sur le dialogue des langues (J. J. Rabearivelo, A. Kourouma) ou l’interférence des cultures (S. Labou Tansi, A. Memmi, A.Césaire). L’intervention s’appuiera sur un travail en cours autour du poète malgache Rabearivelo (1903-1937). L’édition génétique de son œuvre complète, menée actuellement par une équipe internationale de neuf chercheurs, est propice à l’illustration des difficultés et des découvertes scientifiques générées par notre programme de recherches.

Références bibliographiques :

Presque-Songes, Sari-Nofy, poèmes, édition bilingue établie et présentée par Claire Riffard, Saint-Maur-des-Fossés/Antananarivo, éditions Sépia/Tsipika, 17,7 x 10,7 cm, 128 p., 2006.
Traduit de la Nuit, Nadika Tamin’ ny Alina, poèmes, édition bilingue établie et présentée par Claire Riffard, Saint-Maur-des-Fossés/Antananarivo, éditions Sépia/Tsipika, 17,7 x 10,7 cm, 82 p., 2007.


Marco SEGALA: La science comme profession: une approche génétique
Autour de 1800, les sciences vivent une période de changement profond: les savants vont devenir des professionnels de la recherche, on assiste à la définition de la distinction aujourd’hui établie entre scientifiques et amateurs, les divisions disciplinaires institutionnalisent ce processus. La professionnalisation des sciences a été largement étudiée du point de vue sociologique et institutionnel. On connaît suffisamment les enjeux du processus de professionnalisation, mais on sait très peu de sa genèse. En particulier, on ne connaît quasiment rien de la contribution apportée par les protagonistes mêmes du processus de professionnalisation. L’approche génétique se préoccupe de redonner la parole aux protagonistes de ce moment essentiel au développement des sciences telles qu’elles sont aujourd’hui. À travers les textes et les manuscrits de savants et philosophes entre la fin du 18e et le début du 19e siècles, il sera possible de tracer la genèse des idées et des pratiques qui ont contribué à l’établissement de la science comme profession.

Monique SICARD: Pour une approche génétique de la photographie
250 photos: ce serait déjà, pour un photographe, une œuvre importante. Si chacune est réalisée au 1/125ème de seconde, ce sont au total 2 secondes de la vie du monde qui sont ainsi captées. Deux secondes! Que connaissons-nous, avec ces secondes-là, de l’écriture photographique, de ses exigences, de ses doutes, de ses ratures et de ses brouillons? Une génétique de la photographie serait-elle impossible? Pourtant, nombreux sont les photographes qui regrettent la rareté des institutions susceptibles d’accueillir et de conserver la totalité de leur œuvre. À ce défi, ce paradoxe de l’immédiateté, l’ITEM s’efforce d’apporter réponse. Partant de l’hypothèse qu’une œuvre photographique ne se crée pas en deux secondes et que le chemin sème, par force, quelques traces matérielles repérables, nous nous efforçons de mettre au point les outils théoriques d’une analyse des processus de la création photographique. Ce qui s’ouvre là est un vaste chantier... Et si la photographie se révélait en mesure d’enrichir la génétique littéraire?

Stéphane VACHON: Génétique de l'imprimé. Le cas Balzac
La génétique de l’imprimé s’intéresse aux méthodes de composition et aux habitudes de travail des écrivains de toutes les époques qui ne se contentent pas de faire imprimer ce qu’ils écrivent mais qui écrivent en imprimant, et à ceux qui poursuivent leur élan créateur au-delà de la publication, signe traditionnel (classique) de l’achèvement. Pour étudier l’hybridité des encres, celle de la plume et celle du plomb, sur un même support, elle met en relation des procédés techniques de fabrication et des procédures d’invention, des processus de textualisation et des processus de socialisation. Les méthodes de travail et les habitudes de composition d’Honoré de Balzac offrent un exemple concret de la radicalisation des tensions entre une structure séquentielle et fixe, qui veut la stabilisation, la linéarisation typographique, et l’étoilement, la pyrotechnie des phénomènes transversaux qui animent massivement les processus d’écriture. Chez l’auteur de La Comédie humaine, l’acte créateur se manifeste jusque sur les formes publiées de l’œuvre.

Ximena VENGOECHEA: Matisse et l'origine
En 1930, Henri Matisse — maître peintre, dessinateur, sculpteur — embarque sur un nouveau défi artistique: le livre illustré. Tout commence avec son premier livre illustré, le Poésies de Stéphane Mallarmé. Jusqu’à ce moment l’artiste se concentrait plutôt sur la peinture et la sculpture, mais vers 1930, survient un trou. Matisse n’arrive plus à peindre, et dans l’intervalle de 1929-1931 il ne peint presque pas. Ayant 61 ans, il doit chercher ailleurs cette "singularité" essentielle à l’art, élément "nécessaire" dont Rilke parle. Après deux ans de travail sur le Mallarmé, ayant fait environ 60 esquisses, 52 eaux-fortes et rejeté une trentaine de dessins, Matisse trouve l’expression "irrépressible" de cette singularité à travers le livre illustré. Ce mémoire suivra l’évolution d’un dessin particulier du livre Mallarmé, correspondant au poème "Éventail (de Madame Mallarmé)", afin de mieux appréhender comment Matisse a développé, pour ce projet, sa conception de la "singularité" nécessaire. En étudiant le dossier génétique du projet Mallarmé, on voit un effort de l’artiste à trouver cette singularité dans chaque étape de son travail, afin d’en arriver à l’essentiel, à la limite "nécessaire" et "irrépressible" de l’œuvre. Chaque esquisse révèle une concentration de formes et de sentiments, comme si Matisse tendait vers une origine pure de la vérité et de la création. Dans l’espace génétique du projet, on découvre une formulation esthétique qui se déroule au fur et à mesure dans les études de l’artiste. Matisse, à travers ses esquisses pour le Mallarmé, dévoile un processus où l’origine est le but.

Catherine VIOLLET: Approches génétiques de l'écriture de soi
Croiser une perspective générique avec une approche génétique est une démarche particulièrement pertinente et féconde dans le cas des écrits autobiographiques. Rédigés "avec l'intention de dire sa vie dans sa vérité", les écrits autobiographiques — récits et journaux personnels —, présentent des affinités électives toutes particulières avec les études génétiques. En effet, à la différence des textes de fiction, l'écriture autobiographique, qui a pour objet de s'exprimer sur sa propre personne, repose sur un contrat d'authenticité — plus ou moins explicite — de la part de l'auteur vis-à-vis de soi-même et du lecteur. Textes liés à l'expérience vécue, ces écrits offrent au chercheur l'occasion, légitime, d'observer les processus et modalités de fabrication du sujet au miroir de l'écriture ; fabrique du texte et fabrique de l'image de soi vont de pair: expérimentations, tâtonnements, procédures de contrôle, modulations référentielles, transactions avec le langage et ses contraintes, avec la mémoire, les différentes instances d'un "je" écrivant.

Loïc WINDELS: Perdrix et Genèse dans La Légende de Saint Julien l’Hospitalier
Au cours de mon doctorat sur le lyrisme et la mélancolie dans l’œuvre de Flaubert, j’ai été amené à m’intéresser à la figure de la perdrix, animal que l’on trouve dans une célèbre Mélancolie de Cranach, où elle suggère tout à la fois la luxure et la présence du diable. La symbolique de l’animal se trouve en effet à mi-chemin des textes sacrés et des naturalistes antiques. Lorsqu’on le rencontre sous la plume de Flaubert, c’est le plus souvent de façon neutre, ou sur une table, comme indice de statut social. Mais une occurrence résiste à la lecture. C’est, dans La Légende de Saint Julien l’Hospitalier, une saynette empreinte de merveilleux, et dont la place dans le texte est stratégique: quelques perdrix rouges qui volettent dans un champ se changent en un unique cadavre en décomposition sitôt que le héros s’avise de les attraper, et ce juste avant que celui-ci ne commette le double parricide qui constitue le cœur de sa légende. Or, l’étude de genèse de ce court épisode a révélé que l’écrivain avait recyclé, dans cette prose qui mêle une écriture du désir à celle du divin, les différentes charges sémantiques de l’animal. C’est cette réappropriation symbolique du texte flaubertien que le poster s’efforcera d’illustrer, en présentant, en regard de l’examen exégétique du motif dans les brouillons (apparition, migrations, cotextualisation), une interprétation induite d’un scénario de genèse prétextuelle (et intertextuelle).


Avec le soutien de l’ANR, l’AUF, l’ENS, l’ITEM-CNRS et de l’Université de Paris 8



Pour nous contacter : cliquez ici