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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2014 : un des colloques







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GÉOGRAPHIE ET CULTURES : LE "TOURMENT CULTUREL"

DU LUNDI 22 SEPTEMBRE (19 H) AU SAMEDI 27 SEPTEMBRE (14 H) 2014

DIRECTION : Francine BARTHE-DELOIZY, Paul CLAVAL

À l'initiative de la revue Géographie et cultures

ARGUMENT :

Née à l'initiative de Paul Claval en 1992 à un moment où les approches culturelles en géographie connaissaient un renouvellement spectaculaire, la revue Géographie et cultures célèbre son anniversaire en organisant ce colloque.

La géographie culturelle a participé à l'inscription de la discipline dans un champ de réflexion bouillonnant, celui des cultural studies, et à établir des liens nombreux et fructueux avec les études littéraires, artistiques, et les sciences humaines et sociales.

Le tournant culturel a contribué à renouveler l’ambition théorique de la géographie et à produire une floraison de recherches originales, sans pour autant subvertir l'identité de la discipline ni même brouiller les frontières disciplinaires. Il revêt nécessairement une dimension critique. Il met à nu les présupposés implicites de la géographie classique du début du XXe siècle ou de la Nouvelle géographie des années 1960, en interrogeant des éléments essentiels de la vie humaine, décisifs de la production des savoirs scientifiques: la diversité des individus, le rôle du corps, la construction du genre, la part des loisirs, du jeu ou de la fête dans la vie collective, la signification des marges et des contre-cultures.

Replacer la subjectivité en géographie et rappeler le caractère situé des connaissances produites met à mal la fiction de l'objectivité scientifique et invite au contraire à la réflexivité et à la prise en compte de l’éthique de la recherche.

Du tournant au tourment il n’y a qu’un pas qui invite à déconstruire la géographie et à la reconstruire avec enthousiasme.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 22 septembre
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mardi 23 septembre
Matin:
Paul CLAVAL: Le "tourment culturel" en géographie? Pourquoi?
Dialogues: Paul CLAVAL - Fabrice RIPOLL - Jean-François STASZAK
Discutantes: Christine CHIVALLON, Isabelle LEFORT

Après-midi:
Autour de la revue Géographie et cultures (Présidence: Jean-Robert PITTE)
Yann CALBÉRAC: De quoi la culture est-elle le nom?
Louis DUPONT: Les pages de Géographie et cultures
Catherine FOURNET-GUÉRIN: La collection "Géographie et cultures" à l’Harmattan: quelles géographies culturelles?
Yves RAIBAUD: Corps et espace dans les pratiques populaires de danse

Soirée:
Francine BARTHE-DELOISY & Jérôme TADIÉ: Le génie est-il (encore) dans le lieu? D’un monde à l’autre: esprits, fantômes et autres entités


Mercredi 24 septembre
Matin:
SÉANCES EN PARALLÈLE
Epistémologie et généalogie (Présidence: Louis DUPONT)
André-Frédéric HOYAUX: Pour une posture constitutiviste de la géographie culturelle
Federico FERRETTI: Géographie et imaginaires nationaux entre le XIXe et le XXe siècle. L'invention de l'Italie et la circulation des cultures géographiques
Colette JOURDAIN-ANNEQUIN: Des mots et des choses. Et si l'histoire ancienne confortait l'approche culturelle en géographie?

Esthétique des savoirs géographiques (Présidence: Jean-Baptiste MAUDET)
Jean-Robert PITTE: Esquisse d'une géographie du toucher
Rainer KAZIG & Damien MASSON: L'ambiance comme concept de la géographie culturelle. Perspectives et défis
Elise OLMEDO: La carte appartient-elle au géographe? Des cartes pour représenter le sensible

Après-midi:
SÉANCES EN PARALLÈLE
Esthétique des savoirs géographiques (Présidence: Louis DUPONT)
Claire BRISSON: Plage et corpolâtrie carioca
Anne VOLVEY: Transitionnelles géographies. Quel régime esthétique pour la géographie contemporaine?

Supporter le tourment: sources et matériaux (Présidence: Jean-Baptiste MAUDET)
Laura PÉAUD: Tournant culturel et épistémologie de la géographie: réflexions sur une articulation autour de la figure humboldtienne
Muriel ROSEMBERG: La littérature est-elle un terrain pour la géographie?
Anna MADOEUF: Tribulations tourmentées de Tintin en Orient: les contours d'une géographie [conférence en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de Caen et sur le site France Culture Plus]

Soirée:
Jean-Baptiste MAUDET: Tauromachie et rodéo (Le Cowboy, le Clown et le Torero, film documentaire de 2012)


Jeudi 25 septembre
Matin:
SÉANCES EN PARALLÈLE
Approches culturelles (Présidence: Yves RAIBAUD)
Alexis METZGER (avec la collaboration de Martine TABEAUD): Une géoclimatologie culturelle: comparaison entre les paysages peints des Espagnols et des Hollandais aux "Siècle d'or"
Hadrien DUBUCS: Le "culturel" en géographie des migrations internationales: une évidence trompeuse
Nathalie LEMARCHAND: La consommation: un tournant culturel dans la géographie du commerce

Questions post-coloniales (Présidence: Myriam HOUSSAY-HOLZSCHUCH)
Judicaëlle DIETRICH: Du tournant post-colonial au southern turn: quels renouveaux possibles des approches géographiques dans les villes "au sud géographique du monde occidental"?
Delphine PAGÈS-EL KAROUI: Désorientaliser la géographie du monde arabe
Odette LOUISET & Denis RETAILLÉ: Les approches culturelles de la ville au secours des impasses du modèle

Après-midi:
TABLES RONDES EN PARALLÈLE
Actualité de l’aire culturelle. Comment prendre en charge l'hypostase et la géopolitisation de la culture dans l'aire?, table ronde animée par Odette LOUISET & Denis RETAILLÉ

À quoi sert la théorie en géographie culturelle?, table ronde animée par Nathalie LEMARCHAND, avec Christine CHIVALLON et Mathis STOCK

TABLE RONDE PLÉNIÈRE
20 ans après: convergences et divergences, table ronde animée par Sylvain ALLEMAND, avec Francine BARTHE-DELOIZY, Béatrice COLLIGNON, Valérie GELÉZEAU, Myriam HOUSSAY-HOLZSCHUCH et Jean-François STASZAK

Soirée:
Joseph RABIE: Empiries photographiques


Vendredi 26 septembre
Matin:
SÉANCE ET TABLE RONDE EN PARALLÈLE
Engagement et réflexivité (Présidence: Valérie GELÉZEAU)
Pauline GUINARD: De la peur et du géographe à Johannesburg (Afrique du Sud)
Emmanuelle PETIT: L’approche culturelle et l’engagement dans la société civile: quels apports, quelles limites?
Dominique CHEVALIER: Le tourment des mémoires douloureuses: un objectif spatial subversif? L'exemple de la mémoire de la Shoah

Géographie et cinéma, table ronde animée par Béatrice COLLIGNON, avec Bertrand PLEVEN (Cinéma et imagination géographique. Ecritures en questions) et Jean-François STASZAK (De la fenêtre du bureau)

Après-midi:
TABLES RONDES EN PARALLÈLE
Géographie et anthropologie: de l'emprunt au décloisonnement disciplinaire? Eclairages à partir des études migratoires, table ronde animée par Christine CHIVALLON, avec William BERTHOMIÈRE, Florence BOYER, Julien BRACHET, Thomas PFIRSCH et Camille SCHMOLL

L'image: valeur heuristique et enjeux épistémologiques, table ronde animée par Louis DUPONT, avec Vincent BERDOULAY (Sur l’image dans la démarche géographique), Marc BROSSEAU ("Un grain de haschisch virtuel": gain cognitif et phénoménologique de l’image en géographie), Paulo Cesar DA COSTA GOMES (Espaces publics: la ville en scène), Jean-Baptiste MAUDET (L'image: valeur heuristique et enjeux épistémologiques) et Olivier SOUBEYRAN

SORTIE À GRANVILLE
Visite guidée du casino, par le directeur de l'établissement
Buffet et promenade libre


Samedi 27 septembre
Matin:
Serge WEBER: Perceptions géographiques et expérience de l'écoute musicale. Propositions autour d'un piano (et de quelques enregistrements)

Paul CLAVAL: Conclusions

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Francine BARTHE-DELOIZY & Jérôme TADIÉ: Le génie est-il (encore) dans le lieu? D’un monde à l’autre: esprits, fantômes et autres entités
Cette communication propose de lancer les jalons d’une géographie de l’invisible et de ses relations avec les espaces visibles. Au-delà de la question de leur existence ou de la croyance que l’on peut avoir en eux, fantômes, esprits et autres entités peuplent nos mondes de façon plus ou moins occulte. Ils occupent (hantent?) les lieux habités par les hommes. L’idée est moins de décrire des croyances et des superstitions "folkloriques" que de s’interroger sur ce qu’ils font sur nous et ce qu’on fait d’eux, bref de les comprendre comme des interactions entre acteurs avec les outils théoriques de l’interactionnisme symbolique (Bateson, 1989, Lebreton, 1991, Goffman 1995) et le concept d’"agency". Ils font partie de la conception, de l’organisation du monde et des pratiques quotidiennes d’une majeure partie des populations, depuis le bocage normand (Favret-Saada, 1977) jusqu’aux confins de Java ou de Bahia. Ils offrent une autre articulation que celle de notre sens commun entre passé, présent et futur, entre humain et non humain, entre naturel et surnaturel, entre visible et invisible. Cette communication étudie en quelque sorte "ce travail d’équipe" qui existe entre la société des hommes et le monde de la surnature alors qu’ils sont considérés d’ordinaire comme indépendants l’un de l’autre. La mobilisation des travaux de Philippe Descola, qui a établi un système de 4 ontologies reposant sur la différence ou la ressemblance entre intériorité et physicalité des humains et non humains s’avère indispensable pour appréhender ce nouvel objet de recherche.

Francine Barthe-Deloizy, géographe, maître de conférences HDR à l’Université Picardie Jules Verne, est directrice de la revue Géographie et Cultures depuis 2008. Ses recherches portent sur les pratiques de la Nature, le naturisme et la nudité, et plus récemment sur le corps et ses spatialités.

Références bibliographiques de J. Tadié
Jean-Pierre Albert, Le surnaturel: un concept pour les sciences sociales? Des expériences du surnaturel", Archives de sciences sociales des religions, n°145, 2009.
Augustin Berque, "Trouver place humaine dans le cosmos", Revue en ligne EchoGéo, n°5, 2008.
Nils Bubandt, "A Psychology of Ghosts: The Regime of the Self and the Reinvention of Spirits in Indonesia and Beyond", Anthropological Forum, vol. 22, n°1, March 2012, 1-23.
Philippe Descola, Par-delà nature et culture, Gallimard, "Bibliothèque des sciences humaines", 2005.
Vanessa Doutreleau, "Elphes et rapport à la nature en Islande", Revue Ethnologie française, 2003/4, vol. 33, PUF, 2003.
Jeanne Favret Saada, Les mots, la mort, les sorts, Gallimard, 1977.
Clifford Geertz, The Religion of Java, University of Chicago Press, 1976.
Isaure Gratacos, Fées et gestes, femmes pyrénéennes, un statut social exceptionnel en Europe, Editions Privat, 1995.
Heonik Kwon, Ghosts of War in Vietnam, Cambridge University Press, 2013.
Emmanuel Lezy, "Le Nord vu du Sud, ou qui pôle plus, pôle moins. Le rôle du géomagnétisme dans la perception et la construction de l'identité et des territoires traditionnels amérindiens", Revue Autrepart (Sciences Po), 2007/1, n°41, 2007.
Jo Frances Maden et Peter Adey, "Spectro Geographies", Cultural Geographies, 2008, 15: 291-295.
Marcel Mauss, "Esquisse d’une théorie générale de la magie (1902-1903)", dans Œuvres, 3 volumes, volume I: "Des fonctions sociales du sacré", Les Éditions de Minuit, 1968.
Sara Muller, "Les Lieux à elfes de Reykjavik: objet paradoxal d'invention de la modernité", Revue Géographie et cultures, n°55, 2005.


Yann CALBÉRAC: De quoi la culture est-elle le nom?
Comme le rappellent Paul Claval et Jean-François Staszak dans le numéro des Annales de géographie qu’ils ont consacré à la géographie culturelle (2008), la légitimité et la position institutionnelle de ce nouveau champ ne sont plus contestées alors même que son contenu a tendance à rester flou. Pire: ce flou semble entretenu, tant ce courant semble - près de vingt ans après son arrivée en France - emprunter des chemins variés. Le tournant culturel, s’il a été largement suivi comme le montrent le succès et la pérennité de la revue Géographie et cultures et de la collection Géographie et cultures, n’en a pas moins été diversement négocié par les différents géographes qui se reconnaissent dans les renouvellements conceptuel et méthodologique que ce tournant a rendu possibles. Cette diversité interroge les fondements et les modalités de ce tournant, et notamment ce qu’il faut comprendre par culturel et qui est généralement entendu à la fois comme un objet (ce qui n’est pas inné chez l’être humain) et comme une approche qui invite à rompre avec toutes les démarches (néo)positivistes en vigueur au profit d’une compréhension globale de l’environnement naturel et social. Cette communication vise justement à interroger les différentes appropriations et définitions du terme culture par les géographes et la diversité des approches qu’il leur a ouvertes. Pour ce faire, le corpus sera constitué de la totalité des exemplaires de la revue Géographie et cultures, corpus représentatif du courant, à la fois dans sa durée et dans sa diversité. Plutôt que de chercher à partir d’une définition donnée a priori de la culture, on partira des définitions - explicites ou implicites - données par les auteur(e)s: le but est de comprendre comment la culture et l’approche culturelle ont été mobilisées et appropriées par les géographes. Ce corpus permettra aussi d'interroger l’histoire récente de la géographie et la construction du champ de la géographie culturelle.

Yann Calbérac, maître de conférences à l’Université de Reims Champagne-Ardenne, conduit des travaux qui, à la confluence de l’histoire et de l’épistémologie ainsi que de la sociologie des sciences, interrogent la production, la circulation et la réception des savoirs géographiques, et questionnent les usages scientifiques, politiques et sociaux de la géographie.

Dominique CHEVALIER: Le tourment des mémoires douloureuses: un objectif spatial subversif? L'exemple de la mémoire de la Shoah
L’inscription des mémoires douloureuses dans les espaces urbains, objet de cette communication, s’inscrit en partie dans le champ de la géographie culturelle. La culture, telle que défendue par Paul Claval (Claval, 1995) constitue en effet un facteur explicatif des différenciations spatiales existant entre les musées européens, nord-américains et israéliens. Les formes spatiales retenues par les starchitectes les plus renommés reposent, par exemple, sur la production d’émotions variées pour transmettre la mémoire du Mal absolu et pour faire advenir une rencontre existentielle entre hier et aujourd’hui, aujourd’hui et demain, en terme de prévention des génocides. On peut se demander si les différents desseins architecturaux retenus pour favoriser l’appropriation des lieux et des savoirs auprès d’un public hétérogène reposent sur des spécificités locales ou nationales, ou si la mondialisation de cette starchitecture contribue à uniformiser les réponses proposées. La question se pose en effet de savoir si tous les lieux offrent la même aptitude, quelles que soient les sociétés, si les processus par lesquels l’espace matériel devient culturel, et le culturel matériel, notamment pour ceux qui le produisent et le promeuvent, sont partout identiques. Et, finalement, comment le symbolique arrive-t-il à se transformer en valeur marchande, même dans le cas de la mémoire de la Shoah? Les enjeux politiques et géopolitiques de la commémoration de la Shoah sont bien réels, et l’approche culturelle, seule, ne peut appréhender l’ensemble des enjeux et des conflits qui se nouent autour de la spatialisation de cette mémoire. On se propose de comprendre comment, dans un espace commun (les musées commémoratifs de la Shoah érigés dans les espaces urbains de grandes métropoles mondiales), le processus par lequel six millions de Juifs ont été assassinés, est raconté, transmis, expliqué.

Géographe, Dominique Chevalier est maître de Conférences à l'Université de Lyon1 et membre du laboratoire LISST-Cieu (UMR 5193). Ses recherches portent sur les valorisations et dévalorisations des territoires urbains, notamment en Languedoc. En parallèle, elle s'intéresse à la spatialisation des mémoires douloureuses, plus spécifiquement de la Shoah dans les métropoles mondiales.
Publications
2013, "Les musées urbains de la Shoah: entre souvenirs, promotion de la paix et marketing territorial", ESPACE Tourisme et Loisirs, 313, pp. 120-129.
2011, "Yad Vashem, un lieu entre mémoires et espoirs", in Territoires en mouvement, "Religions et Territoires en mouvement. Visibilité et invisibilité, emplois et réemplois du religieux", 13/2012, pp. 56-69.

(à paraître)
"Promouvoir la tolérance et la paix? Exemples de dispositifs muséographiques et mémoriels consacrés à la Shoah", in La fabrique de la paix. Acteurs, processus, mémoires, sous la direction de A. Coppolani, Ch.-Ph. David, J-F Thomas, Presses de l’Université de Laval, Québec.
"Errances, fuites, enfermements, exils... quand l’architecture et l’art expriment la douloureuse mémoire de la Shoah", in Cultures et déplacements, sous la direction de C. Bernié-Boissard, C. Chastagner, D. Crozat, L-S. Fournier, L’Harmattan.
"Un Memorial: Yad, un nom: Shem (Isaïe, 55,5)... et un environnement", in Le sacre de la nature, Sajaloli, B. (Dir.), Presses Universitaires Panthéon Sorbonne.
"Sunt lacrymae rerum et mentem mortalia tangunt. Quels objets pour signifier la Shoah?", in Géographie et Culture, "Géographie des objets", Numéro coordonné par Serge Weber.


Judicaëlle DIETRICH: Du tournant post-colonial au southern turn: quels renouveaux possibles des approches géographiques dans les villes "au sud géographique du monde occidental"?
Les recherches en géographie culturelle dans un cadre urbain voient cohabiter diverses méthodes fondées sur des référentiels théoriques variés entre savoirs sur l’espace et sur la société; elles cherchent parfois le déplacement voire l’effacement de certaines frontières disciplinaires, et ainsi le mélange des méthodes, des approches de terrain et des cadres théoriques. Les démarches critiques permettent d’identifier les enjeux politiques de la gestion de la ville. Alors que les apports des courants postmoderne et postcolonial invitent à remettre en cause les catégories dominantes de pensée, en tant que reproductrices de normes et de rapports inégalitaires, la majorité des analyses en géographie perpétue des divisions héritées de la colonisation et élaborées en Europe et en Amérique du Nord qui se révèlent peu pertinentes à l’épreuve du terrain dans les villes des autres régions du monde. Il existe encore une injonction académique à l'expertise du géographe sur une région du monde, produisant ainsi une "géopolitique de la connaissance" (ROY, 2009). Le Southern turn (HARRIS, 2012) serait ainsi un tournant permettant de "désoccidentaliser la pensée urbaine" (CHOPLIN, 2012) en repensant les concepts, les cadres d’analyse et les politiques plaquées sur des réalités plus complexes. À partir de travaux empiriques sur la métropole de Jakarta, l’objectif de cette communication est de critiquer les approches déterritorialisées d’un Global South en allant à l’encontre des oppositions entre les villes occidentales (euro-américaines) / développées / du Nord et celles du Tiers monde / en développement (voire émergentes) / du ou des Suds.

Publication
"Critique du terrain ou terrain critique: de la construction d’un positionnement éthique de recherche dans l’altérité", in Carnets de Géographes, n°5, rubrique "Carnets de terrain", février 2012.
"Urbanisme et aménagement des territoires - un aperçu de la jeune recherche francophone", in Urbia, "Justice ou injustice spatiale: Politiques urbaines et inégalités", Hors-Série n°1, avril 2013.
« Néolibéralisation des politiques de traitement de la pauvreté à Jakarta: des inégalités aux injustices », in Justice spatiale, spatial justice, Numéro "Villes, néolibéralisation et Justice spatiale", dirigé par Marianne Morange et Sylvie Fol, à paraître.
Bibliographie
Robinson, Jennifer, 2006, Ordinary Cities: Between Modernity and Development, London, Routledge.
Roy, Ananya, 2009, "The 21st century metropolis: new geographies of theory", Regional Studies, 43: 819-830.
Edensor, Tim, Jayne, Mark, (dir.), 2012, Urban Theory beyond the West: A World of Cities, Londres/New York, Routledge.
Therien, Jean-Philippe, 1999, "Beyond the north–south divide: the two tales of world poverty", Third World Quarterly. Vol 20. N°4. pp. 723-742.
Choplin, Armelle, 2012, "Désoccidentaliser la pensée urbaine", Métropolitiques, 4 p.
Harris, Andrew, 2012, "The metonymic urbanism of twenty-first century Mumbai", Urban Studies 49 (13).

Hadrien DUBUCS: Le "culturel" en géographie des migrations internationales: une évidence trompeuse
A bien des égards, la culture et le culturel constituent une grille de lecture "évidente" pour comprendre les phénomènes migratoires contemporains, particulièrement lorsque l’approche se situe à l’échelle des individus et s’intéresse aux pratiques, aux représentations, aux interactions entre migrants et autochtones, ou encore aux ancrages multiples au sein du système de lieux construit par le parcours migratoire. Depuis une trentaine d’années, ce champ a connu dans le monde francophone comme anglophone de profondes recompositions théoriques: abandon d’un paradigme économiste d’explication des flux migratoires (facteurs push et pull, déterminations sociodémographiques) au profit d’approches qualitatives faisant la part belle aux expériences, aux récits, aux imaginaires ou encore aux manières d’habiter; mise en lumière de la complexité des identifications sociales, des appartenances territoriales et des contributions des migrants aux changements sociaux et territoriaux, depuis l’échelle intercontinentale du transnationalisme jusqu’à l’échelle micro-locale du quartier, voire du logement. Les études migratoires ont ainsi clairement opéré leur cultural turn en instituant la migration internationale comme poste d’observation privilégié des assignations, tensions, recompositions et créations culturelles notamment dans les grandes villes internationales souvent qualifiées de cosmopolites. Ce faisant, elles ont pu conduire à une forme de "culturalisation" des analyses reposant notamment sur la surestimation du rôle des « origines » ou encore des "réseaux".
Cette communication examine l’hypothèse d’un "forçage" du prisme culturel dans la compréhension des phénomènes migratoires, opéré tant par les chercheurs que par les acteurs (publics comme particuliers) qui se saisissent de cette question. Plus précisément, il s’agit de montrer comment et dans quelle mesure l’idée même d’appartenances culturelles des individus peut perturber l’intelligibilité des processus sociaux à l’œuvre dans les expériences migratoires. A contrario cette communication souligne le caractère heuristique du croisement des méthodes de collecte empirique et d’analyse inspirées par des disciplines variées (géographie, sociologie, psychologie environnementale) et dont l’utilisation conjointe singulariserait une approche culturelle des migrations internationales. Les résultats de quatre terrains sont mobilisés dans cette communication: une recherche doctorale sur les manières d’habiter des migrants japonais à Paris (Dubucs, 2009); une recherche collective financée par l’ANR sur les circulations européennes à partir de Lisbonne (projet MEREV); deux recherches collectives respectivement sur les migrations italiennes contemporaines en France (collaboration avec des géographes) et sur la comparaison de plusieurs centralités commerciales dites "ethniques" dans l’espace parisien, à laquelle collaborent des géographes, des sociologues et des anthropologues (projet COMET, programme Paris 2030).

Auteur d’une thèse sur les migrants japonais à Paris, soutenue à Poitiers (laboratoire Migrinter) en 2009, Hadrien Dubucs est maître de conférences en géographie à l’Université Paris Sorbonne et membre du laboratoire Espace, Nature et Culture (ENEC) où il développe des recherches sur les parcours migratoires en Europe et les liens entre migration et métropolisation.
Publications récentes
"Commerce et migration. Du commerce à la valise aux centralités marchandes immigrées", in Gasnier Arnaud et Lemarchand Nathalie (dir.), Le commerce dans tous ses états, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, pp. 293-302, 2014 (co-écrite avec Marie Chabrol).
D’une métropole à l’autre. Pratiques urbaines et circulations dans l’espace européen, Paris, Armand Colin, Coll. "Recherches", 2014 (co-écrit avec Françoise Dureau, Matthieu Giroud, Christophe Imbert).
"Entre culture in et culture off: les trajectoires spatiales et professionnelles d’artistes japonais dans l’agglomération parisienne", Territoire en mouvement, n°19/20, Vol. 2, pp. 60-76, 2013.


Louis DUPONT: Les pages de Géographie et cultures
Depuis ses débuts en 1992, la revue Géographie et cultures est associée au tournant culturel des sciences sociales; en fait, son objectif était justement d'ouvrir ses pages au renouveau de l'analyse culturelle en géographie. Que lisait-on alors? Que lit-on aujourd'hui? Plus précisément, peut-on se demander en quoi les pages de Géographie et cultures reflètent-elles un tournant culturel en géographie? Cette communication tentera de répondre à ses questions à partir d'une analyse des articles publiés dans la revue. À partir d'un choix de variables qualitatives, un tableau empirique sera d'abord présenté, il sera ensuite l'objet d'une analyse qualitative. Enfin, une comparaison sur certains points avec une ou des revues similaires dans la géographie anglo-américaine sera établie.

Louis Dupont est né à Shawinigan (Québec) et est professeur des universités en géographie à Paris-Sorbonne depuis 1999; il enseignait auparavant aux Etats-Unis (ST. Lawrence University, NY). Il y dirige un programme de Master, "Culture, politique, patrimoine" et assure la direction du laboratoire CNRS, Espace, Nature et Culture ENeC.  Il s'intéresse à la façon dont le sens arrive, les significations qu'il prend et les processus qui le structurent.

Federico FERRETTI: Géographie et imaginaires nationaux entre le XIXe et le XXe siècle. L'invention de l'Italie et la circulation des cultures géographiques
Cette communication vise à interroger la construction de la nation comme objet géographique entre le XIXe et le XXe siècles avec les outils conceptuels de la géographie culturelle et du constructivisme. En nous focalisant en particulier sur le cas italien, nous traiterons du rôle que les approches culturelles peuvent jouer dans le défrichement de terrains peu pratiqués par la géographie à partir d’un cas assez peu étudié comme celui de l’Italie. Là, des réseaux scientifiques se sont constitués à l’époque du Risorgimento pour travailler à l’élaboration d’une science géographique qui a anticipé la construction historique de l’Etat unitaire. À partir des archives du Bureau de Correspondance géographique, actif à Bologne avant l’unification de 1861, nous donnerons un aperçu de ces problématiques. Nous questionnerons d’abord, d’un point de vue constructiviste, la naturalisation de la nation et les différentes visions de son unité, en nous intéressant particulièrement aux Fédéralistes. Ensuite, nous essaierons d’évaluer la dette des géographes italiens envers la circulation internationale des savoirs ou des "cultures géographiques", en provenance surtout des aires francophones et germanophones.

Federico Ferretti, docteur en Géographie avec une thèse sur la Nouvelle Géographie universelle d’Elisée Reclus, est membre de l’UMR Géographie-cités, équipe EHGO, et chargé de recherche au Département de Géographie et Environnement de l’Université de Genève. Il s’occupe d’épistémologie et histoire des savoirs géographiques du point de vue des réseaux de géographes et de la circulation des savoirs dans des milieux scientifiques non institutionnels, ainsi que de la production de savoirs scientifiques visant à la transformation politico-sociale.

Catherine FOURNET-GUÉRIN: La collection "Géographie et cultures" à l’Harmattan: quelles géographies culturelles?
En 1992, concomitamment à la revue éponyme, Paul Claval créait la collection de livres scientifiques "Géographie et cultures", aux éditions l’Harmattan. Cette collection compte aujourd'hui quelque quarante ouvrages qui composent le corpus qu’on se propose d’étudier. On s’intéressera d’abord aux auteurs ayant choisi de publier dans la collection : sont-ils géographes ou issus d’autres disciplines? de quelles origines: genre, âge, nationalité, statut académique? À partir de ces analyses, il sera possible de positionner la collection dans le champ de la géographie ainsi que dans celui de la géographie culturelle. On examinera ensuite le contenu des ouvrages: s’agit-il d’approches thématiques? d’études régionales? à quelles échelles? Une géographie des différents lieux abordés sera ainsi dressée. La répartition entre ouvrages à auteurs uniques et ouvrages collectifs sera ensuite présentée. Souvent, ces derniers constituent des actes de colloque ou de séminaires et, à ce titre, seront riches d’enseignements relatifs aux grandes rencontres de la géographie culturelle. La position de la collection dans le champ institutionnel de la géographie française sera également examinée: quels en furent les directeurs successifs, les membres du comité de rédaction? En particulier, la place importante représentée par la géographie politique sera interrogée dans son lien avec la géographie culturelle: n’est-elle due qu’à des situations conjoncturelles (présence dans le laboratoire de professeurs titulaires d’une chaire dans cette discipline) ou bien la première doit-elle être considérée comme une partie intégrante de la dernière? Autrement dit, serait-on en présence d’une géographie politique qui intègre la dimension culturelle des sociétés humaines, s’éloignant ainsi d’une plus classique "hard geopolitics"? Une analyse de la sémiologie des couvertures sera également menée: quelles images ont été choisies pour présenter les livres (œuvres d’art, photographies, croquis...)? Des résultats peut-être inattendus pourront surgir. Enfin, il s’agit d’étudier dans quelle mesure la collection a accompagné ou non le tournant culturel. Cette question de fond permettra d’éclairer les débats internes à la géographie culturelle aujourd’hui, autrement dit de rendre compte, à sa manière, du "tourment culturel".

Catherine Fournet-Guérin est maître de conférences en géographie, habilitée à diriger des recherches, à l’Université de Reims Champagne-Ardenne depuis 2003. Auteur de nombreux articles scientifiques consacrés aux villes et aux citadins d’Afrique, elle a publié sa thèse en 2007 aux éditions Karthala sous le titre Vivre à Tananarive. Géographie du changement dans la capitale malgache. Son mémoire d’habilitation à diriger des recherches, soutenu en 2013, a porté sur le thème: Cosmopolitisme et lieux de sociabilité dans les métropoles secondaires au Sud du Sahara. Elle dirige depuis 2011 la collection de livres scientifiques "Géographie et cultures".

Pauline GUINARD: De la peur et du géographe à Johannesburg (Afrique du Sud)
Réputée pour être une des villes les plus violentes du monde, Johannesburg fait peur. Si cette peur, réelle et fantasmée, est omniprésente dans la ville, elle ne s’en cristallise pas moins dans certains lieux, à l’instar de Joubert Park. Le nom même de ce parc du centre-ville évoque toute une série d’appréhensions et de chimères, à tel point que, lors de mon premier terrain en Afrique du Sud, ce lieu faisait pour moi figure d’espace défendu. À partir et au-delà de mon expérience de Joubert Park et de Johannesburg, je souhaiterais participer à l’élaboration d’une géographie de la peur qui pourrait enrichir la compréhension des espaces, notamment urbains, en y intégrant une dimension émotionnelle qui fait encore défaut aux analyses géographiques, et ce essentiellement pour des raisons méthodologiques. Comment accepter, prendre en compte ou dépasser la peur sur et de son propre terrain quand on est chercheur? Comment faire de sa propre peur et de celle des citadins un objet d’étude géographique? Il s’agit finalement de repousser encore une fois les frontières de la géographie culturelle, en explorant un nouveau territoire: celui de la peur et des émotions.

Docteure en géographie, Pauline Guinard est agrégée préparatrice à l’Ecole normale supérieure de Paris et membre de l’UMR Lavue-Laboratoire Mosaïques. Ses recherches menées principalement à Johannesburg et en Afrique du Sud portent sur les relations entre art et ville examinées selon deux perspectives: le rôle des arts dans la construction des pratiques et des représentations des villes; la représentation des villes dans les arts, notamment audiovisuels.

André-Frédéric HOYAUX: Pour une posture constitutiviste de la géographie culturelle
L’engagement développé ici relève de l’idée que chaque individu, à travers son rôle d’acteur habitant ou d’acteur institutionnellement déterminé ou auto-déterminé (scientifique, politique), "constitue" le monde dans lequel il vit, pense, se débat. Cette constitution relève de façon surprenante d’une dialectique simpliste, car ontologiquement générative, entre, d'une part, des différenciations, des distinctions, des distanciations  (le "di" ou "dia" ou "dis"), et, d'autre part, des connivences, des unions, des identifications, des synthèses, des collectifs, des rapprochements (le "co" ou "syn"). L’individu s’entoure de ce monde en construisant lui-même les séparations et les unions artefactuelles qui vont en créer les limites symboliques. En construisant, il "fait avec" ce qu’il a ou pense avoir sous-sa-main. Mais une fois ce travail d’assemblage ou de choix effectués, donc une fois cet horizon de monde constitué, il s’enferme dans cet univers mental qu’il s’est ainsi constitué. Il ne vit pas dans le Monde, mais dans l’artefact de ce Monde, qui devient son monde. Ce dernier est certes partageable, car pour partie recouvrant des éléments qui ont participé à la constitution des mondes des autres individus, mais il demeure unique à chaque habitant. Même si l’habitant constitue son monde, on peut tenter de lui apporter les clés de déchiffrement de sa propre constitution. Car celle-ci, bien qu’insondable dans l’absolu, naît d’un ensemble d’incitations mentales génératives. Parler de constitutivisme, ce n’est donc pas remettre en cause l’historicité comme élément parmi d’autres de l’activation d’un récit, d’une pratique de cet habitant. C’est  montrer que si l’on ne passe pas par ce plan constitutif, on ne peut appréhender les constructions qu’il met en place dans sa vie quotidienne et le sens qu’il leur donne. Il est vrai que décrypter ce plan constitutif est une gageure, une aporie même. En effet, nous ne pouvons être à la place de l’autre qu’à la condition de le déplacer. Ce placement s’établit  à la fois sur l’emplacement du corps et l’appréhension qu’il a de la situation qu’il constitue. Dès lors, c’est moins l’emplacement pris et les horizons qu’il permet de percevoir que la façon de les percevoir qui coordonne la situation telle que la constitue l’habitant. C’est donc moins la détermination de l’emplacement que l’éclairage de la situation qu’il constitue à travers le récit du choix de cet emplacement qui permet au géographe de poser une lecture spatiale de cette constitution du monde de l’habitant.

Enseignant-chercheur à l’UMR 5185 ADESS et à l’Université Bordeaux-Montaigne, André-Frédéric Hoyaux traite de la constitution que les habitants font de leur réalité. À travers une démarche phénoménologique exposé notamment dans "Géographie & Phénoménologie" (in Frère & Laoureux, 2013, La Phénoménologie à l’épreuve des sciences humaines, Peter Lang) et dans plusieurs articles (Géographie & Cultures, 2003; Cybergéo, 2003; L’espace Géographique, 2006), il tente de montrer que la culture n’intervient pas comme un contexte déterminant, extérieur, qui s’impose à l’habitant mais comme un ensemble d’éléments référents, artefactuels, constitutif de son monde, et au sein duquel l’habitant construit sa réalité interactionnelle. À l’opposé du réalisme naïf, sa posture propose un au-delà au constructivisme, en montrant que l’habitant invente son monde à travers des situations labiles et mobiles, changeantes dans le sens donné par l’habitant et changeantes dans l’emplacement d’où ce sens est proféré, en situation. Il prolongera ainsi la posture développée au sein de "De la poïesis comme expression et construction des mondes" (in Boissière, Fabbri & Volvey, 2010, Activité artistique et spatialité, L’Harmattan) et "Matérialiser son monde à travers le corps" (in Mons, 2013, La transition du perçu, Presses Universitaires de Bordeaux).

Colette JOURDAIN-ANNEQUIN: Des mots et des choses. Et si l'histoire ancienne confortait l'approche culturelle en géographie?
C’est en spécialiste d’une autre science de l’homme que cette communication se propose d'inciter les géographes à venir "braconner" sur les terres de l’histoire ancienne, ou, plus sérieusement, de démontrer à quel point cette discipline prouve que, comme l’affirme Paul Claval, "l’économique et le social n’existent que comme catégories culturellement définies". Même les rapports de l’homme au territoire et à l’espace ne se conçoivent bien que médiatisés par la culture. En témoignent les mots, l’expérience et l’imaginaire des Grecs.

Rainer KAZIG & Damien MASSON: L'ambiance comme concept de la géographie culturelle. Perspectives et défis
Cette communication discutera des perspectives et des défis d’une prise en considération de la notion d’ambiance au sein de la géographie culturelle francophone, en partant du constat qu’en France cette notion se retrouve surtout dans le champ de la recherche architecturale et urbaine tandis que, dans les pays anglo-saxons, elle se positionne clairement dans les problématiques de la géographie culturelle. Pour ouvrir l’argumentation, nous présenterons des formes de la prise en compte de la thématique des ambiances dans les travaux d’origine anglo-saxonne et germanophone. Nous nous interrogerons ensuite sur des possibles points d’accroche de cette notion dans la géographie culturelle francophone, en particulier au sein de la géographie du corps et de la géographie des pratiques. In fine, l’enjeu sera de discuter de la potentielle contribution résultant de l’intégration du concept des ambiances pour ces deux domaines de recherche. En miroir, on posera la question des apports de l’imagination géographique à la recherche sur les ambiances.

Rainer Kazig est chercheur au Laboratoire CRESSON (UMR CNRS-MCC, 1563, "Ambiances architecturales et urbaines"). Sa thèse de doctorat, située dans la géographie des rencontres, interroge les dynamiques d’identités et de représentations lors des rencontres entre passants et vendeurs de journaux de rue. Ses travaux plus récents portent sur les ambiances urbaines et l’esthétique ordinaire de l’urbain. Il a proposé une approche d’esthétique situationelle qui vise la reconstruction de la présence des épisodes esthétiques et de leurs significations dans la vie quotidienne.

Damien Masson est maître de conférences en Urbanisme à l’Université de Cergy-Pontoise, chercheur au laboratoire Mobilités Réseaux Territoires et Environnement et chercheur associé au laboratoire CRESSON. Ses principaux thèmes de recherche concernent les ambiances urbaines et l'expérience sensible des mobilités ordinaires. Ses travaux actuels portent sur l’identité sonore du métro parisien et sur la question du rapport entre logiques de sécurité et de surveillance urbaine et ambiances.


Isabelle LEFORT
Isabelle Lefort mène des travaux sur les pratiques et les usages sociaux et culturels de la géographie, en particulier à l'intersection des savoirs disciplinaires et de leurs mobilisation dans le champ touristique. Ses recherches participent d'une lecture historique et épistémologique critique de la discipline, dont le tournant culturel constitue un élément important pour la période contemporaine.
Publications
Lefort I., Pelletier P., Reclus et nos géographies, Textes et Prétextes, Paris, Editions Rouge et Noir, 2013.
Lefort I., "Quand les revues dessinent des territoires", Géocarrefour, 3-4 (vol. 86), 2011.
Lefort I., "Une revue de géographie sur la place lyonnaise: géographie d’un périodique", Géocarrefour, 3-4 (vol. 86), pp. 201-211, 2011.
Lefort I., "A quel prix la géographie est-elle soluble dans l’éthique?", Géographie et Cultures, 2011.
Lefort I., "Le terrain ou l’Arlésienne des géographes", Annales de Géographie, 5-6 (n°687-688), pp. 468-486, 2012.


Nathalie LEMARCHAND: La consommation: un tournant culturel dans la géographie du commerce
Le tournant culturel fait surgir en quelque sorte la société de consommation dans l’horizon de la géographie du commerce et celle-ci aborde alors de nouveaux sujets avec de nouvelles approches tels que le magasin comme marqueur culturel, le commerce ethnique ou le commerce distractif (retailtainment). La transformation de la géographie du commerce n’a pu se produire qu’en dépassant l’opposition très connotée existant entre culture et consommation. En dépassant cette opposition, le "tournant culturel" a permis de valider l’usage de l’analyse culturelle pour mieux saisir la place qu’occupent désormais les lieux et les territoires du commerce dans une société où la pratique consommatoire est devenue une pratique d’identification. La géographie du commerce a pris acte de ce renouvellement. La publication d’un numéro spécial de la revue Géographies et Cultures démontre à quel point le tournant culturel entraîne l’élargissement des thématiques. Désormais aux côtés des travaux classiques dans le domaine, ceux produits avec une démarche culturelle trouvent toute leur légitimité. Les approches se diversifient, de nouveaux concepts sont utilisés. Ainsi à la question: qu’apporte l’approche culturelle à la géographie du commerce? Nous proposons de répondre en traitant de ce renouveau et des paradigmes mobilisés pour mieux saisir les changements sociétaux et spatiaux de nos cadres et territoires de vie.

Nathalie Lemarchand, géographe, professeure à l’Université Paris VIII et directrice-adjointe de l’UMR 7533 Ladyss, mène ses recherches en géographie du commerce et de la consommation. Son intérêt pour l’association de la géographie du commerce et de la consommation est né de l’observation de la transformation des espaces marchands dans les aires urbaines dans divers contextes culturels sous les effets du surgissement ou de la remise en question de la société de consommation. Elle vient de codiriger un ouvrage sur Le commerce dans tous ses états avec Arnaud Gasnier, qui paraîtra en avril 2014 aux Presses Universitaires de Rennes.

Odette LOUISET & Denis RETAILLÉ: Les approches culturelles de la ville au secours des impasses du modèle
Les approches culturelles de la ville permettent d'échapper aux impasses du modèle européen confondu avec le concept, modèle qui nuit à la comparaison. Nous proposons quelques réflexions à partir de villes indiennes et de villes de nomades pour penser le concept avec d'autres modèles. En ouvrant à un niveau supérieur de conceptualisation, l’écart "culturel" enrichit l’activité comparatiste plutôt qu’alimente le tableau des exceptions. La comparaison demande de ne pas rechercher les éléments de la ville familière pour les transposer, avec un agencement différent, dans les plans de la ville arabe, chinoise, américaine, européenne... qui ne disent rien sinon l’écart à la norme. Accepter l'écart, sans hiérarchisation, sans idéalisation, chercher à comprendre comme pour une traduction, construire des "comparables" (Détienne) pour mieux saisir la ville des autres, accepter "l'épreuve de l'étranger" (Berman).

Odette Louiset est professeure de Géographie culturelle et politique à l'Université de Rouen, laboratoire ERIAC, consacre. ses travaux à l’Inde dans une perspective comparatiste et selon une approche critique des études urbaines: géographie et patrimoine, patrimonialisation d’objets culturels (danse indienne), circulation des modèles culturels, "branchements" et instrumentalisation, littérature indienne en diaspora et représentations du monde.
Publications
2012, "Pour une géographie culturelle de la ville. A passage to India", Annales de Géographie, Paris, p. 172-193 (Traduction anglaise, Cairn international).
2011, L'oubli des villes de l'Inde, Paris, A. Colin.
2011, Introduction à la ville, Paris, A. Colin.
2006, (avec D. Retaillé), "Sociétés de castes et sociétés nomades en ville: apparences incomparables mais continuité conceptuelle", in D. Retaillé, La Ville ou l’État, Rouen, PURH, p. 275-286.


Denis Retaillé, professeur en géographie à l’Université de Bordeaux-Montaigne, directeur de l’UMR ADESS, travaille  sur la fin du nomadisme au Sahel, la mondialisation, les espaces de représentation, l’espace mobile.
Publications
Denis Retaillé, "La vérité des cartes", Le Débat, n°92, Gallimard, décembre 1996.
Denis Retaillé (dir.), 2006, La ville ou l’Etat, IRD, PUHR.
Denis Retaillé (dir.), 2010, La mondialisation, Nathan.
Denis Retaillé, "La transformation des formes de la limite", Articulo - Journal of Urban Research, 6/2011
[http://articulo.revues.org/1723].
Denis Retaillé, "Introduction à une géographie des conflits", L’Information géographique, 2011, 3, p. 6-22.
Denis Retaillé, "Cartographie, quadrillage et ordre sédentaire", L’Information Géographique, 4, 2013, p. 88-108.


Anna MADOEUF: Tribulations tourmentées de Tintin en Orient: les contours d'une géographie
Si l’on en croit le Dictionnaire des idées reçues de Flaubert, selon lequel un orientaliste serait "un homme qui a beaucoup voyagé", Tintin assurément, a la qualité requise pour en être un. Parmi ses nombreux voyages, le jeune héros-reporter a arpenté l’Égypte, l’Arabie (émirat du Khemed) et le Maroc, faisant de ces contrées le triptyque combinatoire de l’Orient arabe d’Hergé, celui des Cigares du pharaon (1934), du Crabe aux pinces d’or (1941), de Tintin au pays de l’or noir (1950), et de Coke en stock (1958). À quelle géographie Hergé et Tintin nous convient-t-ils ? Fiction et parodie, l’Orient, malgré des attendus précis et des précisions attendues, n’est jamais absolument réel, ni tout à fait improbable, au point d’être, in situ, son propre pastiche. Là, tout est plausible, mais presque tout peut s’avérer factice. Explorant les coulisses locales de la fabrique exogène de l’Orient, Hergé construit une démonstration. Dès le premier opus de ses aventures orientales, Tintin tombe dans les panneaux et... sur un panneau d’avertissement: "Attention mirage dangereux". Hergé prévient sa créature et avertit le lecteur: en nulle autre contrée du monde, les illusions ne sont si pernicieuses qu’en Orient. En leur contrée supposée de prédilection, il est question de mirages, mais aussi de mises en abymes, de fictions, de clichés, de fantasmes, de dissimulations, de leurres, de trompes l’œil et de faux-semblants: ce sont bien les illusions de toutes sortes qui fabriquent l’espace et trament le récit. Créature imaginaire, voyageur ethnocentrique, Tintin évolue en symbiose dans cet univers oriental d’images et de représentations, si argumenté, documenté et référé soit-il. Ses péripéties peuvent à l’évidence se décrypter comme une exégèse parodique du rapport au monde des Européens, mais, surtout, révèlent les dispositifs d’une géographie et en modèlent les contours.

Anna Madoeuf est professeure de Géographie à l’Université François-Rabelais de Tours et fait partie de l’équipe "Monde Arabe et Méditerranée" du laboratoire CITERES (Cités Territoires Environnement Sociétés). Elle a codirigé Lire les villes. Panoramas du monde urbain contemporain, PUFR, 2012; Les pèlerinages au Maghreb et au Moyen-Orient. Espaces publics, espaces du public, IFPO, 2010 et Divertissements et loisirs dans les sociétés urbaines à l’époque moderne et contemporaine, PUFR, 2005, et a publié de nombreux articles dans le domaine des études urbaines.

Jean-Baptiste MAUDET: Tauromachie et rodéo (Le Cowboy, le Clown et le Torero)
Cette communication utilise plusieurs supports à partir desquels il est possible de penser les transformations de la culture entre l’Europe et l’Amérique. Des photographies et le film Le Cowboy, le clown et le torero (réalisé par Frédéric Saumade et Jean-Baptiste Maudet en 2012) y seront présentés pour aborder les relations de cousinage formel et historique entre la tauromachie et le rodéo. Généralement considérées comme des univers étanches, d’autant plus lorsque la tauromachie est réduite à la seule corrida espagnole, ces pratiques s’articulent en Californie dans des configurations sociales, culturelles et territoriales qu’il nous sera donné d’analyser.

Alexis METZGER (avec la collaboration de Martine TABEAUD): Une géoclimatologie culturelle: comparaison entre les paysages peints des Espagnols et des Hollandais aux "Siècle d'or"
Si la géographie a pris un tournant culturel, la climatologie semble faire globalement bande à part. Définie comme "climatologie des géographes" par Jean-Pierre Vigneau, la géoclimatologie concentre ses efforts sur l’état actuel du climat et sa variabilité. À travers un exemple, le patinage en Hollande aux XVIe - XVIIIe siècles, on montrera que la géographie culturelle a toute sa légitimité dans des études géoclimatologiques. L’exemple choisi s’inscrit dans une période climatique bien caractérisée: le petit âge glaciaire (1300 à 1850 environ). Cette communication analysera cette culture géoclimatologique en trois temps: l’essor du patinage, les regards des observateurs étrangers et les interprétations possibles de cette "fièvre de glace". Ces interprétations reposent en grande partie sur la géographie culturelle. Car si les hivers similaires en d’autres régions d’Europe n’ont pas entraîné un tel engouement pour le patinage, c’est bien qu’une culture propre à la Hollande entre directement en compte pour expliquer le patinage.
(1) La citation est extraite d’une lettre d’A. de Pilat, datée du 15 décembre 1778, publiée dans son Voyage de la Hollande, ou lettres sur ce pais, en 1790.

Alexis Metzger est doctorant en géographie à l’Université Paris-1 Panthéon Sorbonne. Ses recherches portent sur les liens entre l’art et le climat, particulièrement dans la peinture hollandaise du XVIIe siècle. En 2014, il a organisé avec Frédérique Rémy une session lors du congrès de la SFHST consacrée aux neiges et glaces, avec une approche à la charnière de la géographie culturelle et l’histoire des sciences.
Publication
Plaisirs de glace. Essai sur la peinture hollandaise hivernale du Siècle d’or,
Hermann, 2012.

Martine Tabeaud est professeur de géographie à l'Université Paris-1 Panthéon Sorbonne et directrice de l'UMR CNRS-Paris Sorbonne ENeC. Elle a créé avec Martin de la Soudière le réseau international sur les représentations des climats (site Internet: perceptionclimat.net). Outre plus de deux cents articles, elle a écrit ou dirigé seize ouvrages sur la climatologie et l'environnement.


Elise OLMEDO: La carte appartient-elle au géographe? Des cartes pour représenter le sensible
Aujourd’hui, le géographe n’est pas l’unique figure légitime en matière de cartographie. Il n’est en effet plus le seul à fabriquer, à discourir ou à interpréter cet objet. Des "bizarreries cartographiques" ont pris place dans l’univers cartographique, donnent à voir des modalités inouïes de la carte et s’attachent notamment à représenter des données jusqu’ici rarement repérables dans les cartes: les données du sensible. Ces objets prennent de grandes distances avec la définition communément acceptée en géographie. Les cartographies du sensible cherchent à représenter la géographie de nos affects et montrent la relation que l’on noue avec les espaces que l’on traverse. Au-delà du champ de la cartographie, les cartographies du sensible posent des questions disciplinaires beaucoup plus larges qui rejoignent les interrogations que la géographie culturelle a déjà soulevées. Sur le terrain, qu’il y fasse référence ou non, le géographe est confronté à une réalité géographique sensible, dont il produira ensuite une approche conceptuelle qui peut être empreinte de cette expérience sensible ou au contraire ne jamais la prendre en compte. Ainsi les cartographies du sensible interrogent le géographe sur la tension entre le sensible et le conceptuel dans la spécificité de la science qu’il fabrique.

Après un travail de master sur la cartographie des espaces vécus des marocaines du quartier de Sidi Youssef Ben Ali (Marrakech) développant une réflexion sur le langage cartographique à travers la conceptualité de la matière, et plus précisément du tissu, Elise Olmedo effectue actuellement sa thèse de doctorat à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, sous la direction de Jean-Marc Besse, dans l’UMR Géographie-Cités au sein de l'équipe EHGO. Elle s'interroge sur l'émergence significative de nouveaux acteurs et de nouvelles pratiques issus de mondes diversifiés tels que l'art, la science, le paysage ou l'architecture mobilisant le medium de la cartographie pour approcher ce qui relève du sensible. Dans cette recherche, il s’agit de cerner les enjeux épistémologiques que soulèvent les cartographies du sensible.

Delphine PAGÈS-EL KAROUI: Désorientaliser la géographie du monde arabe
La géographie du monde arabe a longtemps été captive d’une approche la cantonnant à la spécificité de son aire culturelle. Depuis les années 1990, son décloisonnement est à l’œuvre, comme en témoigne le renouvellement des problématiques urbaines permettant de sortir du concept de la "ville arabo-musulmane". L’approche orientaliste, récupérée parfois par des chercheurs arabes, reste cependant vivace, encouragée notamment par les partisans du clash des civilisations. Les révolutions arabes, en mettant fin à "l’exception arabe" d’un autoritarisme inébranlable que d’aucuns attribuaient à des spécificités culturelles, ont démontré les aspirations massives des sociétés arabes à davantage de liberté et de justice sociale. Néanmoins, les clichés perdurent, liés à une mauvaise connaissance des changements sociaux en cours. Avec ce moment historique, s’impose l’opportunité de "désorientaliser" définitivement la géographie du monde arabe. Cette communication se propose d’étudier comment, à la lumière des soulèvements arabes, sont réinterprétés (ou pas) les paradigmes dominants sur le monde arabe que sont la modernité, l’islamité, l’asabiya ("solidarité de groupe") et le tribalisme, pour reprendre la classification d’Hamit Bozarslan. Peut-on affirmer avec Hamid Dabashi que les révolutions arabes signifient, plus globalement, la fin du post-colonialisme?

Delphine Pagès-El Karoui est maître de conférences à l’INALCO, où elle enseigne la géographie du Maghreb et du Moyen-Orient. Ses recherches, initialement centrées sur les questions urbaines, s’orientent à présent vers les migrations, via l’étude de la diaspora égyptienne et de ses imaginaires migratoires littéraires et cinématographiques. Elle s’intéresse parallèlement aux enjeux territoriaux des révolutions arabes.
Publications récentes
"Les mirages de l’émigration, au miroir du cinéma égyptien", REMMM, Cinémas arabes du XXIe siècle. Nouveaux territoires, nouveaux enjeux, 2013, n°134.
Avec Lucile Gruntz, "Migration and family change in Egypt: a comparative approach to social remittances", Migration Letters, Special Issue "Mapping Social Remittances", 2013, vol. 1, n°10.
"Géographie du changement social en Egypte", Echogéo [En ligne], 2012, n°21 (http://echogeo.revues.org/13204).
"Egyptiens d’outre-Nil: des diasporas égyptiennes", Tracés, 2012/2, n° 23, p. 113-130.
Avec Leila Vignal: "Les racines de la "révolution du 25 janvier" en Égypte: une réflexion géographique", EchoGéo [En ligne], 2011 (http://echogeo.revues.org/12627).


Laura PÉAUD: Tournant culturel et épistémologie de la géographie: réflexions sur une articulation autour de la figure humboldtienne
En posant le caractère situé des savoirs géographiques, le tournant culturel pousse à interroger les liens entre notre discipline et son contexte sociétal, en particulier avec le politique. Associé à une pratique plus fréquente de la réflexivité, il conduit également à valoriser les questionnements épistémologiques. Au-delà de ces constats liminaires, comment ce tournant permet-il, sinon de renouveler, du moins d'aborder différemment une recherche en épistémologie de notre discipline? Au regard des travaux d'Alexandre de Humboldt., ces recherches visent les influences réciproques entre le champ du politique et les savoirs géographiques, en identifiant leurs points communs en matière de conception de l'espace. Les apports du tournant culturel sont d'abord, en termes d'objets, de penser politique et géographie comme des univers particuliers, dotés d'éléments matériels et surtout idéels qui les définissent. Mais, au-delà des perspectives ouvertes, plusieurs difficultés méthodologiques apparaissent; dont la gestion de l'intime comme catégorie d'analyse, puisqu'est mobilisée la correspondance du géographe. À ce titre, l'exemple humboldtien semble une entrée heuristique pour cerner dans quelle mesure une réflexion épistémologique peut intégrer les apports du tournant culturel.

Doctorante en géographie, Laura Péaud travaille sur la question des interactions entre les champs du politique et des savoirs géographiques au début du XIXe, en France et en Allemagne. Elle a travaillé la figure de Humboldt dans plusieurs communications scientifiques, en articulant les différents apports et propositions de la géographie culturelle.

Emmanuelle PETIT: L’approche culturelle et l’engagement dans la société civile: quels apports, quelles limites?
Cette communication prend appui sur le récit d’une expérience de recherche-action,  déroulée à Chamonix pendant plus de deux années, autour des matérialisations du souvenir en montagne. Elle propose un retour réflexif sur les apports et les limites de l’engagement dans l’action au sein de la société civile à la fois du point de vue de l’approche scientifique et de celui de la société civile. Si en termes d’acquisition des connaissances, les apports de la recherche-action semblent multiples et indéniables, tout en nécessitant une véritable réflexivité de la part du chercheur engagé, l’impact d’une telle démarche sur la société civile apparaît plus complexe. La multiplication actuelle des formes d’engagement en géographie culturelle invite à ce retour réflexif afin de mieux cerner les liens entre la société civile et le monde scientifique.

Emmanuelle Petit a soutenu sa thèse de géographie "Matérialisations du souvenir en montagne: les enjeux identitaires des places et des placements" en septembre 2012 à l’Université Bordeaux Montaigne, UMR ADESS 5185, sous la direction de Guy Di Méo. Ses recherches s’intéressent principalement aux relations qui se tissent entre la mémoire, l’identité et l’espace à partir d’un ensemble d’objets mettant en scène l’espace environnant. Elles visent à analyser les discours produits sur ces objets fabriqués, à la fois comme des ferments et révélateurs de jeux de placements dans la société, afin de proposer une micro-géographie du faire société.
Publications
2010, "Du fil de l’eau en fils à retordre. Comment bricoler des techniques de terrain protéiformes en une méthodologie qualitative cohérente en géographie?", L’information géographique, n°1, vol. 74, pp. 9-26.
2009a, "La lutte des places à Chamonix: quand la mort devient enjeu spatial", Cybergéo: revue européenne de géographie, Politique, Culture et Représentations, Article 475, 30p. (http://www.cybergeo.eu/index22747.html).
2009b, "Stèles funéraires et mises en scène de la montagne dans les Alpes occidentales ou la construction évidente d’une identité?", in La Mort et la Montagne: Perceptions, Représentations, Rituels, sous la dir. de Boëstch G., Signoli M., Tzortzis S., Actes de la Xe Université Européenne d’été "Anthropologie des populations alpines" de juillet 2007, pp.207-219.


Jean-Robert PITTE: Esquisse d'une géographie du toucher
Les géographes se sont toujours intéressés aux perceptions de la réalité terrestre par la vue. Avant même que leur discipline ait acquis un statut scientifique, les voyageurs-écrivains ont depuis l’Antiquité décrit ce qu’ils voyaient, sans toujours se douter d’ailleurs que leur regard était guidé par leurs acquis culturels, leur éducation. Récemment, les géographes se sont interrogés sur les représentations mentales qui filtrent et orientent le regard sur le paysage, tout comme des représentants d’autres disciplines, historiens ou anthropologues, par exemple. Depuis deux décennies, ils ont abordé d’autres perceptions sensorielles: les odeurs, les sons et les saveurs, champs sur lesquels il reste encore beaucoup à creuser et à comprendre. En revanche, le toucher n’a guère attiré leur attention, comme si ce sens était par trop révélateur de la condition animale des humains. Porter aux sensations perceptibles par la peau un regard de géographe ouvre pourtant des horizons très larges. Parmi les thématiques possibles, énoncées ici sans ordre choisi, on abordera notamment: la nudité totale ou partielle et la perception par la peau de l’air: les rites d’hygiène réels ou symboliques; les traitements de la peau et leur signification (huiles, onguents, crèmes, maquillages, tatouages); les codes régissant les contacts tactiles entre humains (rites de salutation et de témoignage affectif), de rapports corporels de tous ordres: sportifs, sexuels, médicaux (massages divers); le vêtement; la texture des aliments et boissons et leur perception par le palais.

Jean-Robert Pitte est professeur de Géographie et d’Aménagement à l’Université Paris-Sorbonne. Il enseigne la géographie historique et culturelle, en particulier de l’alimentation et du vin, ainsi que l’histoire de l’aménagement et du paysage.
Membre de l’Institut (Académie des Sciences morales et politiques) depuis 2008, il est le président de la Société de Géographie et de la Mission du Patrimoine et des Cultures Alimentaires. Il est membre de l’Academia Europaea, de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer, de l’Académie du Vin de France (Président depuis 2010) et de l’Académie du Vin de Bordeaux.
Publications
Nouakchott, capitale de la Mauritanie (1977).
Histoire du Paysage français (Tallandier, 1983, 5e éd. 2012. Trad. japonaise).
Terres de Castanide. Hommes et paysages du châtaignier de l’Antiquité à nos jours (Fayard, 1986).
Gastronomie française. Histoire et Géographie d’une passion (Fayard, 1991. Trad. japonaise, portugaise, américaine).
Paris, Histoire d’une ville (Hachette, 1993. Trad. japonaise).
La France (Nathan, 1997, 3e éd. 2009. Trad. russe).
Philippe Lamour, père de l’aménagement du territoire (Fayard, 2002).
Le vin et le divin (Fayard, 2004. Trad. turque, chinoise, polonaise, japonaise).
Bordeaux-Bourgogne, Les passions rivales (Hachette, 2005. Trad. japonaise et anglaise).
Le désir du vin à la conquête du monde (Fayard, 2009. Trad. italienne et japonaise).
À la table des dieux (Fayard, 2009).
Le génie des lieux (CNRS-Editions, 2010).
Le bon vin entre terroir, savoir-faire et savoir-boire (co-dir., CNRS-Editions, 2010).
Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête (co-dir., Lattès, 2010).
Une famille d’Europe (Paris, Fayard, 2011).
L’amour du vin (dir., CNRS-Editions, 2013).
La bouteille de vin. Histoire d’une révolution (Paris, Tallandier, 2013).


Joseph RABIE: Empiries photographiques
À quel point un travail photographique, dont la visée artistique et documentaire s’entremêlent en mettant en œuvre des interprétations du territoire tout autant topopoétiques que topogra-phiques (pour citer Edward Casey), pourrait contribuer à une recherche scientifique, vis-à-vis de laquelle la subjectivité inhérente à l’acte artistique serait en porte-à-faux? Je propose de faire part de quelques expérimentations artistiques qui se posent comme "excursions buis-sonnières" en rapport avec mon travail doctoral sur "Ce qui fait lieu". D’une part, il s’agit d’un travail de photographie interactive prenant la forme d’études psychogéographiques, constituées de représentations numériques dynamiques, propres à l’ordinateur, qui médiatise des données par l’entremise d’un langage de programmation. D’autre part, est posée la ques-tion de comment saisir une vision englobante d’un lieu, à partir de montages photographiques et textuels en forme de rouleau, sorte de notations qui permettent aux lieux étudiés de se déployer dans une représentation synthétique.

Architecte-urbaniste de formation, après avoir exploré les nouveaux territoires numériques inédits lors des débuts du multimédia, Joseph Rabie travaille actuellement sur un doctorat dont le titre est "Ce qui fait lieu ", où il s’agit de démontrer, entre autres, que la singularité de tout lieu sur terre est irréductible à des concepts généraux. Il est engagé en contrat de re-cherche à l’Atelier International du Grand Paris, et travaille sur la réalisation d’une cartographie sensible des lieux du Grand Paris faite par ses habitants.

Anne VOLVEY: Transitionnelles géographies. Quel régime esthétique pour la géographie contemporaine?
Cette présentation, en mettant au cœur de son argumentation croisée sur la géographie (ou les sciences de l’espace) et l’art contemporains ce qui les relie entre elles - la pratique de terrain -, en objectivant les trois dimensions principales de son actualité contemporaine - la spatialité comme principe, la relationalité comme modalité et l’identité subjective comme enjeu - et en l’abordant à l’endroit des éprouvés des corps engagés dans cette pratique, propose une réflexion sur la question de l’esthétique du savoir spatial. Elle invite à appréhender la mise au régime scientifique de l’art et la mise au régime esthétique de la géographie (des sciences de l’espace) et, in fine, à interroger les régimes esthético-scientifiques des savoirs de l’espace. Elle propose de mobiliser un corpus théorique issu de la psychanalyse contemporaine - la psychanalyse transitionnelle -, emprunté notamment dans les années 1990-2000 par la géographie anglophone pour refonder les normes du terrain qualitatif, afin d’élaborer ce régime esthétique du savoir spatial et de le mettre en perspective d’autres régimes précédemment identifiés (régime scopique, par exemple).

Anne Volvey est professeure de géographie à l’Université d’Artois et directrice du laboratoire Discontinuités (EA2468). Ses recherches portent, d’une part, sur la dimension spatiale des activités artistiques contemporaines - notamment sur la pratique de terrain des arts contemporains, et, d’autre part, sur l’analyse des conséquences épistémologiques des hybridations contemporaines entre géographie (sciences de l’espace) et arts.

Serge WEBER: Perceptions géographiques et expérience de l'écoute musicale. Propositions autour d'un piano (et de quelques enregistrements)
Les liens entre géographie et musique ont été explorés dans un courant émergent de la géographie culturelle au gré de plusieurs angles d’approche (cf. état des lieux dans Guiu 2007 et 2010, Raibaud, 2006). En reprenant un certain nombre de classiques de l’analyse musicale (Bayer, Bosseur, Lévy...) et à partir d’un matériau limité à quelques morceaux ou extraits, on montre comment un certain nombre d’objets, de catégories ou de courants de la géographie peuvent être éclairés par la musique, par exemple à travers le paysage, le lieu, réel, imaginaire ou utopique, le cliché, mais aussi la cartographie interne à la partition... C’est alors sur le rapport entre écriture et perception musicale qu’on peut focaliser l’attention. Les premiers pas ont été faits à l’occasion d’un décentrement de la composition musicale, par le biais de l’analyse de musiques non occidentales et non urbaines qui résistaient aux canons institutionnels. La distance, la polarité, la hiérarchie et les échelles, la mobilité et les trajectoires, les réseaux et les carrefours, de telles notions sont pratiquées, analysées et remises en question en musique. Ce qui peut apparaître comme abstrait lors d’une écoute, peut livrer une autre fois toute son expressivité. Reste à savoir ce que la musique, dans sa complexité, sa rigueur et sa sensibilité, peut apporter aux géographes en termes d’imagination et de raisonnement géographiques.

Serge Weber est maître de conférence en géographie à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée, laboratoire Analyse comparée des pouvoirs. Ses recherches sur les migrations internationales ont confronté l’étude des trajectoires transnationales aux effets des politiques migratoires, en explorant les réseaux de liens, les pratiques de mobilité et la construction d’espaces de vie par le prisme de l’intimité et du rapport de travail.



L'image: valeur heuristique et enjeux épistémologiques, table ronde animée par Louis DUPONT, avec Vincent BERDOULAY (Sur l’image dans la démarche géographique), Marc BROSSEAU ("Un grain de haschisch virtuel": gain cognitif et phénoménologique de l’image en géographie), Paulo Cesar DA COSTA GOMES (Espaces publics: la ville en scène), Jean-Baptiste MAUDET (L'image: valeur heuristique et enjeux épistémologiques) et Olivier SOUBEYRAN

Vincent BERDOULAY: Sur l’image dans la démarche géographique
Cette communication introduira la table ronde au regard de la valeur heuristique de l’image et des enjeux épistémologiques qui la conditionnent. La question soumise à discussion sera d’abord précisée, afin de ne pas se disperser à propos de notions qui lui sont proches ou qui n’en constituent que certains aspects (comme le paysage ou la simple représentation) ou à propos de ses usages à des buts illustratifs ou d’exemplarité. En se concentrant sur le médium photographique ou filmique, il s’agira de traiter de la façon dont l’image compose visuellement une représentation du monde. Ce qui nous intéresse est moins ce que l’image illustre (comme les géographes ont tendance à le faire) que ce qu’elle permet de voir. L’ancienneté de la méfiance vis-à-vis de l’image sera évoquée pour camper certains des enjeux épistémologiques qui traversent la pensée géographique et mettent en perspective les apports potentiels de l’approche culturelle.

Vincent Berdoulay, docteur de l’Université de Californie-Berkeley, est actuellement professeur de géographie et aménagement à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, membre de l’UMR 5603 du CNRS (Société, Environnement, Territoire). Président d’honneur de la Commission de l’Union Géographique Internationale sur l’Histoire de la géographie, ses travaux portent principalement sur l’évolution des idées géographiques et aménagistes, les enjeux environnementaux et la géographie culturelle.

Marc BROSSEAU: "Un grain de haschisch virtuel": gain cognitif et phénoménologique de l’image en géographie
Cette communication se propose d’ouvrir quelques pistes de réflexion sur la valeur heuristique de l’image en mobilisant certains acquis de la géographie littéraire et de la poétique. Mobilisée d’abord et avant tout pour comprendre et analyser les multiples facettes de l’image dans le discours littéraire, la poétique, et plus particulièrement la poétique de l’imaginaire, sera convoquée pour caractériser le potentiel heuristique de l’image en géographie. Bien plus qu’une simple illustration, l’image en géographie peut aussi fonctionner - pour reprendre les mots de Bachelard au sujet de l’image poétique - "comme une petite folie expérimentale, comme un grain de haschisch virtuel sans l’aide duquel on ne peut entrer dans le règne de l’imagination". Le gain est à la fois cognitif et phénoménologique. L’image permet d’exprimer ce que les mots souvent ne peuvent dire et permet au sens de retentir phénoménologiquement pour le lecteur (et l’observateur). Si cela est vrai pour une image isolée, ce l’est aussi, moyennant la mobilisation de certains outils de la narratologie, pour les images inscrites dans un flux narratif plus grand. L’image mise en récit  (le film en serait une parfaite illustration) sollicite aussi l’imagination géographique et la participation active du spectateur pour comprendre et décoder le sens des lieux et des pratiques dont ils sont le théâtre.

Marc Brosseau est professeur titulaire au Département de géographie de l'Université d’Ottawa.

Paulo Cesar DA COSTA GOMES: Espaces publics: la ville en scène
Cette intervention se propose de comprendre en quoi les images urbaines des espaces publics peuvent constituer un mode de connaissance géographique. Il s'agit ici d'approcher l'image comme un outil épistémologique, c'est-à-dire d'en apprécier la valeur heuristique et non de se concentrer sur la façon de s'en servir seulement pour illustrer ou montrer un exemple comme cela se fait habituellement. Les espaces publics sont le cadre où les problèmes sont signalés et signifiés, un terrain où s'expriment les tensions, où le conflit devient débat, où la problématisation de la vie sociale est mise en scène. Ils constituent donc non seulement une arène où se tiennent dialogues et débats, mais aussi les lieux d'inscription et de reconnaissance publiques de certaines dynamiques et transformations de la vie en société. C'est ainsi que les villes s'expriment par des images de lieux publics qui correspondent donc à l'image d'elles-mêmes et de leur sociabilité. C'est sur ces espaces que se déploie une scène publique dont les manifestations multiples se succèdent et gagnent ou rajoutent des significations selon la localisation spatiale précise et le moment pendant lequel elles se passent.

Paulo Cesar da Costa Gomes est géographe, professeur à l'Institut de Géosciences de l'Université Fédérale de Rio de Janeiro, Brésil.
Articles
(avec Ribeiro, Leticia P.), "A prudução de imagens para a pesquisa em Geografia", Espaço e Culture (UERJ), v. 1, p. 1-27, 2013.
"Espaços Públicos: a citade em Cena (I): A Fabricação do Filme. O relato de uma aventura", Espaço Aberto (UFRJ), v. 1, p. 9-22, 2012.
"Espaços Públicos: a citade em Cena (II): Modo de usar, efeitos colaterais e reaçōes adversas", Espaço Aberto (UFRJ), v. 1, p. 23-28, 2012.
(avec Ribeiro, Leticia P.), "Cozinha geográfica: a propósito da transformação de natueza em cultura", Espaço e Culture (UERJ), v. 1, p. 1-80, 2012.
"A longa constituição do olhar geográfico", Revista GeoUECE, v. 1, p. 1-7, 2012
(avec Berdoulay, Vincent) "Introduction: Image et espace public: la composition d'une scène", Géographie et Cultures (Paris), v. 73, p. 3-6, 2010.
(avec Fort-Jacques, Théo), "Spatialité et portée politique d'une mise en scène: le cas des tentes rouges au long du Canal Saint-Martin", Géographie et Cultures (Paris), v. 1, p. 7-22, 2010.
Publications
O lugar do olhar: Elementos para uma geografia da visibilidade, Ed. Rio de Janeiro: Bertrand Brasil, v. 1, 319 p., 2013.
(avec Castro, I.; Correira, R. (Org.)), Olhares Geográficos. Modos de ver e viver o espaço, Ed. Rio de Janeiro: Bertrand Brasil, v. 1, 192 p., 2012.
(avec Bicalho, A. M. S. (Org.)), Questōes Metodológicas e novas temáticas na pesquisa geográfica, Ed. Rio de Janeiro: PUBLIT, v. 1, 308 p., 2009.


Jean-Baptiste MAUDET: L'image: valeur heuristique et enjeux épistémologiques
Cette communication servira à poursuivre l’introduction de Vincent Berdoulay autour de la place contemporaine de l’image en géographie. Cette place se situe paradoxalement dans un entre-deux épistémologique. D’un côté pèse sur l’image une charge simplement descriptive. Bien que la géographie assume plus ou moins cette dimension du savoir, cette conception de l’image tend à la confiner dans une infériorité heuristique vis-à-vis du discours qui s’octroie à l’inverse une forme de plus-value analytique. De l’autre, par les marges du discours scientifique traditionnel, l’image semble susciter une adhésion renouvelée au sein des sciences humaines sociales. Sur ce dernier point, les soupçons issus de la crise de la modernité, qui menacent certaines ambitions positivistes de la connaissance scientifique, contribuent peut-être à replacer l’image dans une totalité sensible susceptible de mieux dire le monde que ses reconstructions par le discours. Autrement dit, le statut de l’image se situerait à la fois dans une infériorité et une supériorité heuristique vis-à-vis du dire, paradoxe sur lequel les intervenants pourront apporter des éclairages particuliers.



Géographie et anthropologie: de l'emprunt au décloisonnement disciplinaire? Eclairages à partir des études migratoires, table ronde animée par Christine CHIVALLON, avec William BERTHOMIÈRE, Florence BOYER, Julien BRACHET, Thomas PFIRSCH et Camille SCHMOLL
Dans le domaine des migrations et des mobilités, géographes et anthropologues sont amenés de plus en plus à collaborer, en raison notamment du "tournant mobilitaire" et du "tournant spatial". L’interdisciplinarité, devenue une caractéristique des études sur les migrations, ne se limite pas à un décloisonnement disciplinaire, mais permet d’interroger les migrations à l’intersection de différents champs théoriques et méthodologiques; situation permise davantage par la constitution d’équipes, de groupes de réflexion associant différentes disciplines, que par la possibilité pour les géographes ou les anthropologues d’acquérir des compétences disciplinaires pleines et entières autres que la leur.
À partir d’expériences croisées de géographes des mobilités et des migrations, cette table ronde recensera les apports de l’anthropologie et de l’interdisciplinarité à leurs pratiques tout en interrogeant leur positionnement face à la géographie culturelle. En effet, si la géographie culturelle a consacré une ouverture de la discipline vers les démarches anthropologiques et/ou ethnologiques, est-ce à dire qu’elle en conserve l’exclusivité? Ainsi l’objectif de cette table-ronde est double: d’une part, il s’agit d’interroger les liens entre géographie et anthropologie. Quels concepts et débats récents de l’anthropologie ont pu nourrir et influencer les géographes des mobilités et des migrations? Dans quelle mesure les échanges avec les anthropologues ont-ils permis de nourrir des questionnements sur l’éthique de la recherche et le positionnement du chercheur? D’autre part, si l’ouverture vers l’anthropologie s’est faite en partie sur la base de la géographie culturelle, pourquoi a-t-elle conduit à un éloignement de ce courant de pensée, ou du moins à une non nécessité de s’en revendiquer? Est-ce à dire que la géographie culturelle ne s’est pas saisie des études sur les migrations et les mobilités, ou que l’objet même amène à adopter une démarche pluridisciplinaire dans laquelle "être géographe" n’aurait plus rien de spécifique?

William BERTHOMIÈRE
William Berthomière, géographe, est directeur de recherche CNRS affecté à l’UMR 7301 MIGRINTER. Ses travaux reposent sur l’analyse des relations liant migrations et processus de construction nationale. Sous l’angle thématique, cette mise en problématique le conduit à placer sa contribution scientifique dans le champ des recherches ouvertes sur les notions de diasporas ainsi que dans celui construit sur les notions de transnationalisme et de cosmopolitisme qui, de fait, sont des modes d’analyse "en creux" des évolutions des États−nations. Du point de vue du positionnement théorique, l’étude des populations migrantes et de leurs inscriptions spatiales place sa réflexion dans la perspective développée autour du "migrant−acteur". En se démarquant de l'analyse des facteurs définis en termes "push and pull" (sans pour autant les réfuter) pour privilégier l'étude des initiatives des migrants dans le cadre d'une lecture spatialisée, c'est donc l'articulation entre circulation et lieu qu’il choisit de placer au centre de la réflexion. Cette démarche de recherche trouve à s’exprimer en privilégiant un travail méthodologique sur l'usage et la place de l'image (fixe ou animée) dans la recherche en SHS; ce qui fera l’objet de sa contribution lors de cette rencontre.

Julien BRACHET
Chercheur à l’IRD, membre de l’UMR 201 Développement & Sociétés (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne - IRD), ses recherches portent sur les migrations, le transport et le commerce au Sahara central, et notamment sur les stratégies d’adaptation des populations à un contexte de durcissement généralisé des politiques de contrôle et de gestion des circulations internationales.
Publications
Migrations transsahariennes. Vers un désert cosmopolite et morcelé, Le Croquant 2009.
The Blind Spot of Repression: Migration Policies and Human Survival in the Central Sahara, Springer 2011.
"Géographie du mouvement, géographie en mouvement. La mobilité comme dimension du terrain dans l’étude des migrations", Annales de géographie, 2012.

Florence BOYER
Chargée de recherche à l’IRD, affectée à l’UMR "Migrations et Sociétés" (CNRS, IRD, Universités Paris-Diderot & Nice Sophia Antipolis), ses travaux portent sur les migrations et les mobilités, notamment dans les contextes urbains ouest-africains (Niger, Burkina Faso). Elle interroge notamment les trajectoires individuelles et familiales, en lien avec la notion de projet migratoire; cette approche globale des migrations lui permet de questionner les représentations, les points de vue sur le mouvement, selon les lieux, les situations (de migration et d’enquête). Ses travaux portent également sur une exploration des hiérarchies et des rapports de domination en jeu dans la migration, et plus récemment autour de la jeunesse au Niger en particulier.

Thomas PFIRSCH
Maître de conférences à l’Université de Valenciennes (UVHC) et associé au laboratoire Géographie-Cités (UMR 8504, équipe Paris), il est spécialiste de géographie urbaine et sociale, en particulier des villes italiennes et d’Europe du Sud. Ses travaux portent plus précisément sur les mobilités et les pratiques spatiales des classes supérieures, ainsi que sur la géographie des réseaux familiaux. Il travaille actuellement sur les mobilités qualifiées dans l’Union européenne et leurs effets urbains, avec une approche principalement qualitative.

Camille SCHMOLL
Géographe, maître de conférences à l’Université Paris 7 Denis Diderot, membre de l’UMR Géographie-cités et du CEDREF (Centre d’Enseignement et de Recherches pour les Etudes Féministes), ses travaux portent sur les dynamiques migratoires et le genre en Europe du Sud.
Elle a récemment coordonné plusieurs ouvrages et numéros spéciaux:
2014, avec Nathalie Bernardie-Tahir "Islands and undesitables. Irregular migrations to Southern European Island", Journal of Immigrant and Refugee Studies;
2014, avec M.P. Anglade et al., Expériences du genre, Karthala;
2011, avec Marzio Barbagli, Stranieri in Italia. La generazione dopo, Il Mulino, Bologna (2011);
2011, avec Eleonore Kofman, Martin Kohli et Albert Kraler, Gender Generations and the Family in international Migration, Amsterdam University Press (2011).
Elle a aussi publié plusieurs articles de réflexion méthodologique sur l’approche du terrain dans les études migratoires.




Actualité de l’aire culturelle. Comment prendre en charge l'hypostase et la géopolitisation de la culture dans l'aire?, table ronde animée par Odette LOUISET & Denis RETAILLÉ
La géographie post-coloniale n’est sans doute pas parvenue à sa décolonisation finale: la persistance de l’aire culturelle en est un signe. Que faire quand la géopolitisation de la culture s’empare de cette forme du territoire qui a fait le succès d’un Huntington par exemple, mais aussi conduit à la réunion de "forums sociaux régionaux" comme adaptations "locales" du forum mondial ! Cela vaut à toutes les échelles, jusqu’aux territoires ethniques et aux quartiers de villes. Le tracé de limites à deux bords finit par donner une substance géographique simpliste à ce qui n’est que mouvement, passage, acculturation, créolisation, métissage, aujourd’hui hybridation. La cartographie serait-elle performative? La monolangue du territoire et la carte brandie comme une icône, autorisent la reconversion permanente de l’aire culturelle. Retour sur la manie du découpage confondant définition et délimitation. Exemples à exposer; méthode à discuter.

Odette LOUISET
Odette Louiset, professeure de Géographie culturelle et politique à l'Université de Rouen, laboratoire ERIAC, consacre ses trauvaux à l’Inde dans une perspective comparatiste et selon une approche critique des études urbaines. Géographie et patrimoine, patrimonialisation d’objets culturels (danse indienne), circulation des modèles culturels, "branchements" et instrumentalisation. Littérature indienne en diaspora et représentations du monde.
Publications
2012, "Pour une géographie culturelle de la ville. A passage to India", Annales de Géographie, Paris, p. 172-193 (Traduction anglaise, Cairn international).
2011, L'oubli des villes de l'Inde, Paris, A. Colin.
2011, Introduction à la ville, Paris, A. Colin.
2006, (avec D. Retaillé), "Sociétés de castes et sociétés nomades en ville: apparences incomparables mais continuité conceptuelle", in D. Retaillé, La Ville ou l’État, Rouen, PURH, p. 275-286.


Denis RETAILLÉ
Denis Retaillé, professeur en géographie à l’Université de Bordeaux-Montaigne, directeur de l’UMR ADESS, travaille sur la fin du nomadisme au Sahel, la mondialisation, les espaces de représentation, l’espace mobile.
Publications
Denis Retaillé, "La vérité des cartes", Le Débat, n°92, Gallimard, décembre 1996.
Denis Retaillé (dir.), 2006, La ville ou l’Etat, IRD, PUHR.
Denis Retaillé (dir.), 2010, La mondialisation, Nathan.
Denis Retaillé, "La transformation des formes de la limite", Articulo - Journal of Urban Research, 6/2011
[http://articulo.revues.org/1723].
Denis Retaillé, "Introduction à une géographie des conflits", L’Information géographique, 2011, 3, p. 6-22.
Denis Retaillé, "Cartographie, quadrillage et ordre sédentaire", L’Information Géographique, 4, 2013, p. 88-108.




20 ans après: convergences et divergences, table ronde animée par Sylvain ALLEMAND, avec Francine BARTHE-DELOIZY, Béatrice COLLIGNON, Valérie GELÉZEAU, Myriam HOUSSAY-HOLZSCHUCH et Jean-François STASZAK
Cette table ronde réunit une partie de la génération des premiers thésards du laboratoire ainsi que des chercheurs thématiquement proches, présents lors de l'institutionnalisation de la géographie culturelle en France. Chacun d’entre nous s’est saisi différemment du champ, en a fait des choses différentes dans sa trajectoire. Avoir un débat ensemble, à dimension réflexive, nous a paru intéressant.

Francine BARTHE-DELOIZY
Géographe, maître de conférences HDR à l’Université Picardie Jules Verne, elle dirige a revue Géographie et Cultures depuis 2008. Ses recherches portent sur les pratiques de la Nature, le naturisme et la nudité, sur le corps et ses spatialités.

Valérie GELÉZEAU
Géographe, elle est maître de conférences, HDR, à l’Ecole des hautes études en sciences sociales et membre de l’UMR 8173 Chine, Corée, Japon (CNRS-EHESS).

Myriam HOUSSAY-HOLZSCHUCH
Professeur de géographie à l’Université Grenoble Alpes (UMR 5194 PACTE) et membre de l’IUF, elle poursuit des recherches en géographie culturelle et politique sur les villes sud-africaines depuis 1993. Elle travaille depuis principalement sur les espaces publics.
Publications
Mythologies territoriales en Afrique du Sud, un essai de géographie culturelle, CNRS, 1996.
Le Cap, ville sud-africaine: ville blanche, vies noires, L’Harmattan, 1999.


BIBLIOGRAPHIE :

Livres
Jean-Pierre Albert, 2009, "Le surnaturel: un concept pour les sciences sociales?", in Archives de sciences sociales des religions, n°145.
Augustin Berque, 2008, "Trouver place humaine dans le cosmos", Revue en ligne EchoGéo, n°5.
Philippe Descola, 2005, Par-delà nature et culture, Gallimard, "bibliothèque des sciences humaines".
Vanessa Doutreleau, 2003, "Elphes et rapport à la nature en Islande", Revue Ethnologie française, 2003/4, volume 33, PUF.
Jeanne Favret Saada, 1977, Les mots, la mort, les sorts, Editions Gallimard.
Isaure Gratacos, 1995, Fées et gestes, femmes pyrénéennes, un statut social exceptionnel en Europe, Editions Privat.
Emmanuel Lezy, 2007, ""Le Nord vu du Sud, ou qui pôle plus, pôle moins". Le rôle du géomagnétisme dans la perception et la construction de l'identité et des territoires traditionnels amérindiens", Revue Autrepart (Sciences Po), 2007/1, n°41.
Marcel Mauss, 1968, "Esquisse d’une théorie générale de la magie (1902-1903)", in Œuvres, volume I: "Des fonctions sociales du sacré", Les Editions de Minuit.
Sara Muller, 2005, "Les lieux à elfes de Reykjavik: objet paradoxal d'invention de la modernité", Revue Géographie et cultures, n°55.

Revues
Géographie et Cultures, Paris, L’Harmattan (en ligne sur la plate-forme revue.org).
Annales de Géographie, Paris, Armand Colin. Voir en particulier: 2012, 687-688: "Terrains de je. (Du) sujet (au) géographique"; 2009, 665-666: "Justice spatiale"; 2008, 660-661: "Où en est la géographie culturelle".
Environment & Planning D: Society and Space, London, Pion.


Manuels
Claval, P. (1999), La Géographie Culturelle, Paris, Nathan.
Anderson, K., Domosh, M., Pile, S., Thrift, N. (2003), Handbook of Cultural Geography, London, Sage.
Mitchell, D. (2000), Cultural Geography. A Critical Introduction, Malden/Oxford, Blackwell.


Avec le soutien
de l'ENeC (
Laboratoire Espaces, Nature et Culture),
de l'INSHS (CNRS - Institut des sciences humaines et sociales),
du FIR de l'Université Paris-Sorbonne
et de l'Ecole Doctorale de Géographie de Paris

ENeC

INSHS   FIR   Ecole Doctorale de géographie de Paris