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" Page mise à jour le 23 avril 2012 "
DU LUNDI 27 AOÛT (19 H) AU LUNDI 3 SEPTEMBRE (14
H) 2012
ANDRÉ GIDE ET LA RÉÉCRITURE,
OU L'ŒUVRE
COMME CARREFOUR
DIRECTION : Clara DEBARD, Pierre MASSON, Jean-Michel
WITTMANN
ARGUMENT :
Si tout texte est un palimpseste,
alors l’œuvre de Gide présente de ce point de vue des caractéristiques
singulières, qui appellent une réflexion théorique
tout en déterminant son interprétation. Suivant le vœu du Journal
des Faux-Monnayeurs, Gide écrit pour être
"relu" et conçoit très consciemment l’écriture comme
une reprise et un dialogue, avec soi-même et avec les autres. Il
s’agira
d’abord d’envisager cette reprise comme un processus appelé à
trouver sa dynamique dans l’espace clos du texte gidien: variations
autour
de scènes ou de situations fondatrices dans la fiction, échos
thématiques d’un livre à l’autre, enjeux du transfert de formes,
de figures ou d’idées des essais critiques ou de la correspondance à la
fiction... Pour autant la question de la reprise de thèmes, d’épisodes
venus d’autres corpus (de la Bible à la littérature contemporaine) ne
peut être négligée, d’autant qu’elle se révèle inextricablement nouée à
la précédente, dans la plupart des cas.
Le colloque se propose de revenir plus particulièrement sur
les enjeux, à la fois poétiques et herméneutiques,
engagés par cette écriture au "second degré": il
engage une réévaluation de l’œuvre de Gide, "carrefour" où
un écrivain porté aux débats et aux échanges culturels (à Pontigny ou à
Colpach) tisse et croise textes
et idées fondatrices de notre imaginaire et de notre culture.
CALENDRIER PROVISOIRE
:
Lundi 27 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants
Mardi 28 août
Matin:
Clara DEBARD &
Jean-Michel
WITTMANN: Ouverture
Christine ARMSTRONG: Le message des 1001 Nuits
Jean BOLLACK: Relire et réécrire la tragédie
Après-midi:
Lise FORMENT: Gide, un
classique "au second degré"?
Pierre LACHASSE:
Palimpsestes fins de siècle
Mercredi 29 août
Matin:
Frédéric CANOVAS: André Gide en ses
intérieurs
Patrick POLLARD:
Gide et les
jardins d'Épicure
Après-midi:
Gian Luigi DI
BERNARDINI:
La parole gratuite et le rôle du
lecteur
Jean-Pierre PRÉVOST: De l'art de réécrire ses données
familiales
Soirée:
Projections
Jeudi 30 août
Matin:
David H. WALKER: Les
ré-écritures de L’Ecole
des femmes
Jocelyn VAN TUYL:
La
réécriture du journal
de guerre, 39-45
Après-midi:
DÉTENTE
Vendredi 31 août
Matin:
Clara DEBARD: Réécriture de Saül ; du texte à la scène
Sophie GAILLARD: Le
plateau,
à la lettre: exigences et influences. De l'écriture dramatique à
l'écriture scénique des Caves du
Vatican (1948-1951)
Après-midi:
Eric MARTY: La scène de
la rue
Lecat
Peter SCHNYDER: Entre le journal
et les mémoires. Autour des notes préparatoires réunies dans le dossier
"De me ipse"
Samedi 1er septembre
Matin:
Jean-Michel WITTMANN:
Gide romancier (et) critique, ou la réécriture comme combat
Justine LEGRAND: De L'Immoraliste à La Porte étroite: prolongement et
légitimation
Après-midi:
Stéphanie BERTRAND:
L'aphorisme gidien: un palimpseste?
Martine SAGAERT:
L'œuvre de
Gide: de la notion d'appendice et de ses conséquences
Dimanche 2 septembre
Matin:
Anne-Sophie ANGELO:
Ménalque aux multiples visages:
intertextualité virgilienne, poétique gidienne et pratique de la lecture
Alain GOULET: La femme
sacrifiée ou la malédiction de l'amour
Après-midi:
Pierre
MASSON: De Narcisse à
Méduse, jeux de regard dans l'imaginaire gidien
Hédi KADDOUR: De la croyance au crédit dans Les
Faux-Monnayeurs
Lundi 3 septembre
Matin:
Sandra TRAVERS DE
FAULTRIER: Corps à corps avec la
temporalité
Carmen
SAGGIOMO: André Gide: la réécriture des Nourritures Terrestres au fil de
ses traductions italiennes
Pierre MASSON: Conclusion
Après-midi:
DÉPARTS
Exposition: André Gide,
un album de famille, par Jean-Pierre PRÉVOST
(avec le concours de la Fondation Catherine GIDE)
RÉSUMÉS :
Anne-Sophie ANGELO: Ménalque aux multiples visages:
intertextualité virgilienne, poétique gidienne et pratique de la lecture
C’est le Ménalque des Bucoliques
que Gide reprend dans plusieurs de ses œuvres, des Nourritures terrestres à L’Immoraliste. La connaissance
intime que Gide a des Bucoliques
lui permet d’être fidèle à Virgile tout en contaminant le Ménalque
virgilien par des préoccupations qui lui sont propres: comment le
recours à Virgile permet-il à Gide de donner forme à la question de
l’égotisme et du détachement? Gide met en scène un Ménalque littéraire,
abstrait, et le fait fonctionner en regard d’autres personnages.
Comment lire ce personnage, figure exemplaire pour les lecteurs
contemporains qui pouvaient y retrouver la posture de l’esthète
égotiste propre à leur époque, et pour les lecteurs d’aujourd’hui
peut-être simple jalon leur permettant de se situer dans l’espace de la
fiction?
Anne-Sophie Angelo, agrégée de Lettres classiques, a eu
l’occasion d’étudier le
personnage de Ménalque et la question de l’intertextualité chez Gide en
première année de Master: son mémoire portait sur les personnages des Bucoliques dans l’œuvre de Gide.
Actuellement en deuxième année de thèse sous la direction de M.
Éric Marty, ses recherches portent sur les personnages chez Gide et
leur rapport à la réflexion éthique.
Stéphanie BERTRAND:
L'aphorisme gidien: un palimpseste?
Grand lecteur des moralistes, de l’Antiquité comme du XVIIe siècle,
Gide fut amené à lire abondamment maximes et aphorismes. Or il fut
lui-même un aphoriste régulier, même si cette forme brève se trouve
insérée chez lui dans un discours continu, et ne constitue plus un
genre, comme chez les moralistes cités. Il n’est dès lors pas étonnant
de retrouver, dans les aphorismes gidiens, les traces des maximes
classiques ou antiques. Mais ces moralistes ne sont pas la seule source
à laquelle s’abreuve l’écriture aphoristique gidienne: d’autres
auteurs, d’autres œuvres — et pas forcément littéraires — inspirèrent
souvent à Gide ses bons mots.
Cependant, le lien qu’entretient Gide avec ses sources est loin d’être
univoque et fidèle: si l’aphorisme gidien peut constituer un
hommage, témoigner d’une influence essentielle, c’est surtout dans la
distance vis-à-vis de ses sources que se construit sa véritable
richesse tant stylistique qu’herméneutique. Tantôt pastiche, tantôt
condensé parodique ou satirique, il semble être le fer de lance d’une
écriture volontiers ironique à l’encontre des pairs.
Agrégée de lettres modernes, Stéphanie Bertrand prépare
actuellement une thèse sur "L'aphorisme dans l'oeuvre d'André Gide"
sous la direction de M. Jean-Michel Wittmann (Université de Lorraine)
et Mme Sylvie Freyermuth (Université du Luxembourg).
Ses précédentes
communications ont porté sur "l'aphorisme dans le Journal" (colloque
"Actualités d'André Gide", Toulon, mars 2011) et "'Je fus sauvé par
gourmandise' ou le rôle de la faim dans la fin du symbolisme gidien"
("Faim(s) de littérature", Strasbourg, octobre 2011).
Gian Luigi DI BERNARDINI: La parole gratuite et le rôle du
lecteur
Pour mieux définir la place du lecteur, on examinera surtout la
dernière phase de la production gidienne, celle qui commence avec la
publication de Les Faux-Monnayeurs.
Dans cette troisième période, Gide cherche à donner une forme
définitive à son "roman", au sens de narration globale de soi. Pour
accomplir cette tâche, Gide emploie, avant tout, les matériaux
provenant
de ses œuvres précédentes, parfois de manière sérieuse, parfois de
manière auto ironique. La réécriture de sa production antérieure va
donc jouer un rôle central
dans l'achèvement d'une œuvre que l'auteur définit comme profondément
cohérente, même si cette cohérence n'est pas immédiatement visible au
lecteur moyen. Ce sera donc à travers la question de la réécriture que
le problème du lecteur (l'image que Gide s'en était faite) va se poser.
Gian Luigi Di Bernardini, chargé de cours à l’Université
"Statale" de Milan, a publié plusieurs articles sur Gide:
"Le système épigraphique des Faux-monnayeurs",
Bulletin des Amis d’André Gide,
XXXVIII, n°166, avril 2010; "Un contrat de lecture qui n’en est pas
un", Bulletin des Amis d’André Gide,
XXXVIII, n°167, juillet 2010; "Le corps diabolique dans L’Immoraliste", Il confronto letterario, n°53,
2010; "Un Jacob immoraliste. Avatars du mythe dans l’œuvre d’Andre
Gide",
in La figura di Giacobbe nelle
lettere francesi, Milano, Cisalpino, 2011; "Deux
narrateurs-médiateurs gidiens: les cas de L’Immoraliste et d’Isabelle", in Les médiations de l’écrivain. La condition
de la création littéraire, Paris, L’Harmattan, 2011. Il va
publier en italien une monographie consacrée au rôle du lecteur dans
l’œuvre de Gide: La parola gratuita.
Progetto scrittorio e costruzione dell'opera nella narrativa di André
Gide.
Lise FORMENT: Gide, un classique "au second degré"?
Comme le montre son Journal,
Gide est un lecteur assidu des textes du XVIIe siècle: il admire et
commente Racine, La Fontaine, Molière, etc. Il se les approprie au
point de proclamer en 1921 qu’il se "considère aujourd’hui comme le
meilleur représentant du classicisme" (EC,
281). Ce "Billet à Angèle", quoique ostensiblement ironique, n’est-il
qu’une "boutade", comme le prétendra Gide dans son Journal (II, 751-752)? L’étude des
intertextes du XVIIe siècle, notamment dans L’École des Femmes et Les Faux-Monnayeurs, nous amènera à
éclairer le nouveau rapport qui lie Gide aux Classiques dans son
passage de la lecture à l’écriture, du commentaire à la réécriture. En
confrontant les usages qu’il fait de la citation et de l’allusion dans
ses récits fictionnels, avec sa pratique métatextuelle (Journal et Essais critiques), nous analyserons
la co-présence de deux modes d’exemplarité du XVIIe siècle chez Gide,
caractéristique de l’émulation... "classique" ! Notre hypothèse est la
suivante: au-delà de la partition générique entre écrits critiques,
écrits autobiographiques et écrits fictionnels, nous pouvons dégager
chez Gide un véritable continuum allant de lectures au "premier degré"
(admiration, enthousiasme) à des réécritures au "second degré"
(soupçon, ironie), sans que ces dernières ne contredisent les premières.
Agrégée de Lettres modernes, ancienne élève de l’ENS (Lyon),
Lise Forment prépare actuellement un doctorat à la Sorbonne Nouvelle,
sous la direction d’H. Merlin-Kajman (littérature du XVIIe siècle).
Ses
recherches portent notamment sur l’exemplarité classique chez Gide, et
sur la lecture – "vivante, concernée" – qu’il fait des textes du XVIIe
siècle.
Lors du colloque "Actualités d’André Gide" (Toulon, mars 2011),
elle a proposé une communication intitulée "André Gide, lecteur des
Classiques: une critique d’actualité?".
Sophie GAILLARD: Le plateau, à la lettre: exigences et
influences. De l'écriture dramatique à l'écriture scénique des Caves du Vatican (1948-1951)
On connaît la lente genèse de l’adaptation théâtrale des Caves du Vatican (1).
Une première transposition d’Yvonne Lartigaud réduit en 1933 la sotie à
une pochade anticléricale et conduit André Gide la même année à écrire
pour les "Bellettriens" de Lausanne une autre version. En 1948,
l’écrivain confie à Richard Heyd un nouvel état du texte pour
l’établissement du Théâtre complet.
Sur les conseils de Jean Meyer, qui souhaite monter la pièce au Théâtre
Français, le dramaturge retravaille encore sa farce. Elle est éditée
chez Gallimard en novembre 1950. L’auteur, assidu aux répétitions,
remanie son œuvre après les premières représentations. Le relevé de
mise en scène et le manuscrit Meyer, conservés à la Comédie-Française,
ainsi que les enregistrements sonores des représentations, disponibles
à l’Inathèque, livrent les dernières modifications et portent la
mémoire du plateau. A la lumière de ces documents, on tentera de
dégager les enjeux littéraires (technico-scénique, textuel et
métatextuel) d’une collaboration unique dans la carrière dramatique de
l’auteur avec un metteur en scène. En quoi le contact de la scène et de
ses praticiens a pu infléchir l’écriture théâtrale des Caves du Vatican?
La comparaison de la version des Ides et Calendes avec celle des
éditions Gallimard, celle du manuscrit Meyer et celle du relevé de mise
en scène mettra en exergue les difficultés et les efforts de Gide pour
théâtraliser sa farce (2). La confrontation de la
genèse du texte avec la genèse du spectacle permettra de mesurer le
rôle des éléments de la représentation, naguère méprisés par le
littérateur, dans la composition de la pièce. Il conviendra d’attacher
une attention particulière au cahier de régie, trace de la mise en
scène élaborée par Meyer sous l’œil vigilant de Gide (3),
qui offre la version "spectaculaire" (4) du texte et
modifie sensiblement les didascalies. Ce va et vient de la scène au
texte et du texte à la scène nous conduira en somme à interroger avec
force une écriture dramaturgique et une conception de l’art dramatique.
(1) Voir Jean Claude, André
Gide et le théâtre, tome I, Gallimard, 1992, p.151-165 et
p.231-246. Jean Claude, "Hommage à Jean Meyer (1914-2003)", Bulletin des amis d’André Gide,
XXXI, n°138, Avril 2003. Sonia Anton, "L’adaptation théâtrale des Caves du Vatican de 1933", Bulletin des amis d’André Gide,
XLII, n°165, Janvier 2010.
(2) Pour l’heure, seul le dénouement de la pièce a intéressé les
critiques. Se reporter aux articles de David H. Walker, "Les Caves du Vatican : une farce à
prendre au sérieux", in Texte et
théâtralité : mélanges offerts à Jean Claude, Nancy, Presses
universitaires de Nancy, 2000 et de Jean Claude, "Les Caves du Vatican à la
Comédie-Française variations autour d’un dénouement", in Serge Cabioc’h
et Pierre Masson (dir.), Gide aux
miroirs : le roman du XXème siècle : mélanges offerts à Alain Goulet,
Caen, Presses universitaires de Caen, 2002.
(3) "Qu’on me fasse la grâce de croire que je ne sacrifie pas ici à la
nécrologie conventionnelle : je dis qu’André Gide a mis lui-même sa
pièce en scène". Jean Meyer, "Travail auprès d’André Gide", Revue d’histoire du théâtre III,
1951, p.270.
(4) Patrice Pavis, L’analyse de
spectacle, Paris, Nathan, 1996, p.10.
Alain GOULET: La femme sacrifiée ou la malédiction de
l'amour
Dans les romans de Gide, la femme est souvent l’objet d’un amour
idéalisé et éthéré, ce qui la voue souvent au sacrifice de sa personne,
afin que cet amour idéal soit réalisé, vécu en rêve ou par les mots, et
aussi pour laisser la place à l’œuvre à accomplir ou à d’autres
horizons qui s’imposent. Ce sacrifice de la jeune fille ou de la jeune
femme lié à l’amour est récurrent dans toute l’œuvre de fiction de
Gide, des Cahiers d’André Walter
à Thésée, ce que nous nous
proposons de montrer et de suivre à travers ses variantes.
Alain Goulet, professeur émérite de Littérature française à
l'Université de Caen, est l’auteur de nombreuses études sur l’œuvre
d’André Gide, notamment: Fiction et
vie sociale dans l'œuvre d'André Gide (1986), André Gide: Écrire pour vivre
(2002), d’un CD-Rom: "Édition génétique des Caves du Vatican d’André Gide"
(2001).
Il a aussi participé à l’édition d’André Gide: Romans et récits. Œuvres lyriques et
dramatiques, "Pléiade", 2 vol., 2009.
Ses autres publications
portent sur la littérature française du XXe siècle, notamment:
Robbe-Grillet, Sarraute, Duras, Modiano, Sylvie Germain, sans compter
une chronique originale: La Vie
d’une femme à des messieurs sans compréhension (MJW Fédition,
2011).
Pierre LACHASSE: Palimpsestes fins de siècle
Au cours des années 1890, depuis les Poésies
d’André Walter jusqu’au Prométhée
mal enchaîné, l’œuvre de Gide s’inscrit largement dans le
mouvement de l’avant-garde symboliste tout en multipliant en même temps
les signes de son éloignement (ironie, maniérisme...). Sa pratique
notamment des formes brèves ressortit à une esthétique représentative
de cette génération née à la littérature autour de Mallarmé et répandue
dans les revues. Nous nous proposons d’en analyser plusieurs aspects:
la défiance à l’égard du narratif et de toute illusion référentielle,
l’incertaine frontière entre poésie et prose, le nouveau rapport aux
mythes, classiques ou modernes... La relation avec Henri de Régnier
paraît à ce titre particulièrement intéressante, surtout quand on
rapproche Tel qu’en songe ou
les Contes à soi-même de Paludes. N’ont-ils pas, au cours
d’un voyage commun en Bretagne, songé
un instant à écrire chacun leur Barbe-Bleue,
qui aurait été publié dans le même livre?
Justine LEGRAND: De L'Immoraliste à La Porte étroite: prolongement et légitimation
Notamment pour faire face au tort que le lecteur pourrait tirer contre
lui à la lecture de L’Immoraliste,
André Gide justifie en amont la parution de ce récit par l’existence
d’une œuvre postérieure: La Porte
étroite. Ce dernier opus apparaît, si l’on en croit Gide, comme
le pendant moraliste de l’œuvre, voire comme une excuse légitimant son
premier récit. Mais en étudiant les différents témoignages gidiens liés
à L’Immoraliste, nous
comprenons qu’oser écrire cet ouvrage ne se situe pas uniquement
dans la sphère de la littérature. Celui qui admet avoir vécu son
immoraliste transfère l’intime au cœur de la sphère littéraire, jouant
avec les mots et donc tirant profit de ce que le second récit a pour
vocation d’être une réécriture. Ecrire se confond alors avec réécrire,
et l’œuvre à venir devient un prolongement et une occasion de dire
légitimement sa différence.
Docteur ès Lettres, auteur d’une thèse intitulée "Pour une
nouvelle approche de la perversion dans l’œuvre d’André Gide" (à
paraître aux Editions Orizons), et professeur titulaire aux Cours de
Civilisation Française de la Sorbonne, mon travail de recherche porte
essentiellement sur les études de genre, les liens entre le genre
littéraire et le genre sexuel, et sur la femme dans l’œuvre d’André Gide.
Eric MARTY: La scène de la rue Lecat
La scène de la rue Lecat est, pourrait-on dire, constitutive d'une
scène primitive gidienne. Gide, encore très jeune, découvre dans la
maison de son oncle maternel, sa tante en position d'adultère et sa
cousine, la future Madeleine Gide, à l'étage au-dessus en prière. Cet
épisode a fait l'objet de deux écritures, avec la Porte étroite puis avec Si le grain ne meurt. Elle a connu
aussi de nombreuses interprétations de Jean Delay à Frank Lestringant
(son dernier biographe) en passant par deux analyses de Jacques Lacan.
Nous nous intéresserons, d'une part, à la fonction analytique ce de que
nous
avons désigné comme scène primitive et, d"autre part, à la fascination
qu'elle exerce sur les lecteurs.
Eric Marty, professeur de littérature contemporaine, auteur,
de L'écriture du jour, le Journal de
Gide au Seuil (1985, Grand prix de la critique), André Gide qui êtes-vous, La
Manufacture, 1987, réédition La Renaissance du livre. Editeur du tome I
du Journal de Gide pour la
Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard et de nombreux articles sur les
récits et fictions de Gide.
Pierre MASSON: De Narcisse à Méduse, jeux de regard dans
l'imaginaire gidien
Si la récurrence du mythe de Narcisse à travers l'œuvre de Gide est
reconnue, une autre figure semble avoir accompagné celle-ci, jusqu'à se
mêler à elle et à la faire évoluer. Il s'agit de Méduse. Sous son
influence, le miroir fonctionne tantôt comme objet de fascination,
tantôt comme instrument de pouvoir de plus en plus maléfique. Au fil de
ses fictions, Gide revient sur ces scènes où les regards s'évitent ou
se croisent, révélant le pouvoir du regard féminin, faisant peu à peu
émerger les contours d'une scène interdite.
Patrick POLLARD: Gide et les jardins d'Épicure
Cette communication propose la mise en valeur de certaines lectures
faites par Gide au cours de deux périodes de sa vie littéraire: autour
de 1888 (le Journal ; les Cahiers d’André Walter ; le Traité du Narcisse) et de 1940 (le Journal – réflexions pointues sur
la valeur relative des poèmes de Virgile et de Lucrèce). Parmi les
auteurs modernes figurent Montaigne, La Mothe le Vayer, Saint-Évremond,
Walter Pater et Anatole France ; parmi les anciens se trouvent Épicure,
Lucrèce, Pétrone, Épictète et Sénèque (ces deux derniers nient en effet
bien des éléments de la philosophie épicurienne mais insistent
toutefois sur la nécessité du contrôle de soi). Les grandes questions
qui se posent à l’esprit de Gide sont ainsi celles de l’angoisse que
provoquent l’amour et la crainte de la mort ; la vertu, qui naît de
l’abnégation ; le plaisir et le désir ; l’amitié ; la tentation et la
force de la passion génératrice ; la souffrance. La croyance religieuse
(voire son absence) est de moindre importance.
Professeur émérite de lettres françaises à l’université de
Londres, Patrick Pollard est spécialiste de l’œuvre de Gide et de
l’histoire de la survie de l’antiquité gréco-romaine.
Parmi d’autres
études il a édité notamment Proserpine/Perséphone
et Le Roi Candaule de Gide.
Son André Gide: Homosexual Moralist
(Yale, 1991) dégage l’argument de Corydon
et le situe dans son contexte historique, théorique et médicale. Il
prépare actuellement une étude sur le roman gai français 1860-1914.
Martine SAGAERT: L'œuvre de
Gide: de la notion d'appendice et de ses conséquences
Souvenirs et voyages, Souvenirs de la cour d’assise, Si le grain ne meurt, Voyage au Congo, Le Retour du Tchad, Retour de l’URSS, Retouches à mon Retour de l’URSS...
Les œuvres de Gide comportent des appendices, lieu de significations et
d’interrogations multiples. Prolongements secondaires ou additions
essentielles? Texte ou paratexte? Annexes qui font se confondre les
espaces et les missions. Ajouts d’un écrivain qui refuse de clore,
l’important restant toujours à dire.
Professeure de littérature française du XXe siècle, Martine
Sagaert a édité plusieurs œuvres de Gide pour la "Bibliothèque de la
Pléiade", dont le Journal 1926-1950
(1997).
Elle a publié la Correspondance d’André Gide avec Charles-Louis
Philippe (Centre d’Etudes gidiennes, 1995) et un portfolio sur André Gide (ADPF, 2002).
Elle a
réalisé avec Peter Schnyder: André
Gide, L’Ecriture vive (livre et DVD ; Presses Universitaires de
Bordeaux, "coll. Horizons génétiques", 2008) et dirigé avec
Peter Schnyder le colloque Actualités
d’André Gide (Université du Sud Toulon – Var, mars 2011), dont
les actes sont publiés chez Champion, "coll. Babeliana", en 2012.
Carmen SAGGIOMO: André Gide: la
réécriture des Nourritures Terrestres au fil de ses traductions italiennes
Cette contribution se propose d’examiner la façon dont Les nourritures terrestres ont été
accueillies en langue italienne. Trois traductions, parues dans une
période de cinquante ans de trois auteurs différents et
publiées par trois grandes maisons d’éditions (Mondadori, Garzanti,
Einaudi) seront comparées. Il s’agit des œuvres de Renato Arienta
(1948), de Maura Miglietta Ricci (1975) et de Gianni D’Elia (1994). Des
passages exemplaires seront soumis à une analyse linguistique.
A. Gide, Les nourritures
terrestres, en Romans. Récits
et soties, Gallimard, coll. "Bibliothèque de la Pléiade", 1958.
AA.VV., Dictionnaire Gide,
sous la direction de Pierre Masson et Jean-Michel Wittmann, Classiques
Garnier, 2011.
A. Gide, I nutrimenti terrestri e I
nuovi nuntrimenti, trad. italiana a cura di Renato Arienta,
Arnoldo Mondadori Editore, 1948.
A. Gide, I nutrimenti terrestri.
Paludi, trad. italiana de Les
nourritures terrestres a cura di Maura Miglietta Ricci, Aldo
Garzanti Editore, 1975.
A. Gide, I nutrimenti terrestri,
trad. italiana di Gianni D’Elia, Giulio Einaudi editore, 1994.
Peter SCHNYDER: Entre le journal et les mémoires. Autour
des notes préparatoires réunies dans le dossier "De me ipse"
Nous proposons d'étudier la nature et le destin des notes —
éléments généalogiques, agendas, portraits divers, lectures, souvenirs,
etc. — que Gide a accumulées dès sa jeunesse et qu'il exploitera pour
une large part soit dans son Journal,
soit dans Si le grain ne meurt.
Intitulé par Gide lui-même "De me ipse", ce dossier volumineux mélange
les documents manuscrits et tapuscrits les plus divers, souvent notés
de façon négligée et souvent rédigés avec grand soin. Il montre que
tous ses efforts tendent vers un texte non pas tant narré, que composé,
et surtout empreint de son style.
Textes-palimpsestes qui oscillent entre la spontanéité et le souci d'un
phrasé pur: l'examen (plutôt comparatif que génétique) de ces documents
le confirmera: n'est pas Gide qui veut. Or Gide n'était-il pas la
première personne à s'imposer une certaine
forme, intériorisée, personnalisée, maîtrisée à tout jamais? Ces notes
montrent qu'à ses yeux, l'écrivain peut tout dire, mais pas n'importe
comment.
Peter Schnyder est professeur à l'Université de Haute-Alsace
où il dirige l'Institut de recherche en langues et littératures
européennes (ILLE EA 4363).
Spécialiste de poésie française et francophone, des transferts
culturels, d'André Gide et de son temps, il a publié, récemment, sur
Gide: "André Gide et la musique. Quelques réflexions", in C. Casseville
et M. Sagaert (éds), Gide et Mauriac,
Bordeaux, Concluences, 2012.
Il a préparé, avec M. Sagaert, les actes du colloque de Toulon: Actualités d'André Gide (à paraître
chez H. Champion), collaboré au Dictionnaire
Gide (sous la dir. de P. Masson et J.-M. Wittmann, éds.), Paris,
Classiques Garnier, 2011 et proposé une Anthologie du "Journal" de Gide
(avec la collaboration de J. Solvès), Paris, Folio, 2012.
Sandra TRAVERS DE FAULTRIER: Corps à corps avec la
temporalité
Plus qu’emprunt ou référence, plus que lecture singulière se donnant
dans une incarnation nouvelle, la réécriture gidienne est présence et
intelligibilité résonnantes au cœur de l’œuvre. Thésée,
dont il sera ici question en ce qu’il exacerbe des tensions qui
traversent d’autres œuvres de Gide, semble ainsi inscrire le "il y a"
de l’écriture comme le "il y a" de la vie dans un corps à corps avec
des temporalités qui, constitutif du sens à l’œuvre, délivre le texte
de la représentation.
Sandra Travers de Faultrier est docteur es Lettres, docteur en
Droit, diplômée Sciences-Po
Paris. Maître de conférence à Sciences-Po Paris, Chercheur au JILC,
Avocate, auteur notamment de Gide,
L’Assignation à être, Michalon, 2005.
Jocelyn VAN TUYL: La réécriture du journal
de guerre, 39-45
Entre 1939 et 1945, le Journal
de Gide sera un journal prêté (à la NRF
de Drieu), volé (par Fabre-Luce, dont l’anthologie collaborationniste
fera voisiner Gide avec Hitler et Mussolini), dénoncé (par Giovoni à
Alger puis par Aragon à Paris), réduit (aux éditions Charlot, suite à
l’attaque d’Alger), traduit et retraduit ("La Délivrance de Tunis") —
mais surtout (en raison des aventures citées ci-dessus) un journal
remanié, retouché, réécrit. Cette communication se propose d’analyser
la réécriture du Journal au
fil des années — depuis la drôle de guerre jusqu’à l’épuration — et
suivant l’évolution politique (souvent confuse) de l’auteur.
Jocelyn Van Tuyl, professeur de langue et de littérature
françaises à New College of Florida (États-Unis), auteur de André Gide and the Second World War: A
Novelist’s Occupation (The State University of New York Press,
2006), co-responsable (avec Christine Latrouitte Armstrong, Denison
University) de la section nord-américaine de l’Association des Amis
d’André Gide.
David H. WALKER: Les ré-écritures de L’Ecole
des femmes
On sait que Gide eut du mal a mener à bien L’Ecole des femmes, et peut-être
même n’aurait-il jamais terminé le roman s’il ne s’était pas engagé à
le faire en signant un contrat avec la revue américaine Forum. Mais ce contrat l’obligeait
à faire traduire son texte afin que le roman parût en langue anglaise
avant d’être publié en France. Entre Gide et Dorothy Bussy, il
s’ensuivit un dialogue au fur et mesure que le roman avançait et que
l’auteur en envoyait successivement les morceaux terminés à sa
traductrice, laquelle se voyait obligée parfois de signaler certaines
erreurs et même de corriger des inconséquences dans le texte.
Finalement les éditions américaines présentent des versions dont
l’auteur finit par se plaindre dans une correspondance inédite.
David H. Walker, professeur à l’université de
Sheffield, est
l’auteur de nombreuses études sur la vie et l’œuvre d’André Gide.
Il a édité et présenté la Correspondance
André Gide-Eugène Rouart et on lui doit la redécouverte et la
publication du Ramier.
Il a
contribué à des éditions critiques de plusieurs textes de Gide aux Romans et récits, Œuvres lyriques et
dramatiques dans la collection de la Pléiade.
Jean-Michel WITTMANN: Gide romancier (et) critique, ou la
réécriture comme combat
L’art de la critique chez Gide consiste à mener un combat d’idées
inscrit dans son époque tout en proposant constamment une réflexion
générale, poursuivie d’article en article et de livre en livre.
L’affrontement initial, fondateur, avec l’auteur des Déracinés, le montre
exemplairement: d’emblée, Gide propose une lecture du roman de Barrès
qui invite aussi à une réécriture appelée à être menée à terme dans Les Faux-Monnayeurs. Entre
l’article critique et le roman se tisse un écheveau constitué
d’allusions et d’échos présents aussi bien dans les études que dans les
œuvres fictionnelles. Plus que les enjeux esthétiques et idéologiques
engagés par ces processus de reprise et de répétition, en l’occurrence,
il s’agira d’en analyser les modalités, qui définissent la dynamique
interne de l’écriture gidienne: par delà un art consommé de la
polémique, qui passe par la réduction et la déformation, se révèle une
pratique qui nourrit la dynamique de l’écriture romanesque, suivant un
processus dont les figures fécondes sont la cristallisation,
l’étoilement, la palinodie.
Jean-Michel Wittmann, professeur à l’université de Lorraine,
est l’auteur de Symboliste et
déserteur. Les Œuvres fin de siècle de Gide (Champion, 1997), Si le grain ne meurt d’André Gide
(Gallimard, coll. Foliothèque, 2005) et Gide politique. Essai sur Les
Faux-Monnayeurs (Garnier, 2011).
Il a également dirigé avec
Pierre Masson la publication du Dictionnaire
Gide (Garnier, 2011), publié une édition critique du Voyage d’Urien, (Presses
Universitaires de Lyon, 2000) et collaboré au premier volume des Romans et Récits de Gide dans la
Pléiade (Gallimard, 2009).
Avec
le soutien
de la Fondation Catherine Gide,
de l’Association des
Amis d’André Gide
et de l’Université de
Lorraine
(Centre d'Etudes
littéraires Jean Mourot et
Centre Ecritures, EA 3943)
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