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" Page mise à jour le 23 avril 2012
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DU LUNDI 27 AOÛT (19 H) AU LUNDI 3 SEPTEMBRE (14 H) 2012



ANDRÉ GIDE ET LA RÉÉCRITURE,

OU L'ŒUVRE COMME CARREFOUR


DIRECTION : Clara DEBARD, Pierre MASSON, Jean-Michel WITTMANN

ARGUMENT :

Si tout texte est un palimpseste, alors l’œuvre de Gide présente de ce point de vue des caractéristiques singulières, qui appellent une réflexion théorique tout en déterminant son interprétation. Suivant le vœu du Journal des Faux-Monnayeurs, Gide écrit pour être "relu" et conçoit très consciemment l’écriture comme une reprise et un dialogue, avec soi-même et avec les autres. Il s’agira d’abord d’envisager cette reprise comme un processus appelé à trouver sa dynamique dans l’espace clos du texte gidien: variations autour de scènes ou de situations fondatrices dans la fiction, échos thématiques d’un livre à l’autre, enjeux du transfert de formes, de figures ou d’idées des essais critiques ou de la correspondance à la fiction... Pour autant la question de la reprise de thèmes, d’épisodes venus d’autres corpus (de la Bible à la littérature contemporaine) ne peut être négligée, d’autant qu’elle se révèle inextricablement nouée à la précédente, dans la plupart des cas.

Le colloque se propose de revenir plus particulièrement sur les enjeux, à la fois poétiques et herméneutiques, engagés par cette écriture au "second degré": il engage une réévaluation de l’œuvre de Gide, "carrefour" où un écrivain porté aux débats et aux échanges culturels (à Pontigny ou à Colpach) tisse et croise textes et idées fondatrices de notre imaginaire et de notre culture.

CALENDRIER PROVISOIRE :

Lundi 27 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 28 août
Matin:
Clara DEBARD & Jean-Michel WITTMANN: Ouverture

Christine ARMSTRONG: Le message des 1001 Nuits
Jean BOLLACK: Relire et réécrire la tragédie

Après-midi:
Lise FORMENT: Gide, un classique "au second degré"?
Pierre LACHASSE: Palimpsestes fins de siècle


Mercredi 29 août
Matin:
Frédéric CANOVAS: André Gide en ses intérieurs
Patrick POLLARD: Gide et les jardins d'Épicure

Après-midi:
Gian Luigi DI BERNARDINI: La parole gratuite et le rôle du lecteur
Jean-Pierre PRÉVOST: De l'art de réécrire ses données familiales

Soirée:
Projections


Jeudi 30 août
Matin:
David H. WALKER: Les ré-écritures de L’Ecole des femmes
Jocelyn VAN TUYL: La réécriture du journal de guerre, 39-45

Après-midi:
DÉTENTE


Vendredi 31 août
Matin:
Clara DEBARD: Réécriture de Saül ; du texte à la scène
Sophie GAILLARD: Le plateau, à la lettre: exigences et influences. De l'écriture dramatique à l'écriture scénique des Caves du Vatican (1948-1951)

Après-midi:
Eric MARTY: La scène de la rue Lecat
Peter SCHNYDER: Entre le journal et les mémoires. Autour des notes préparatoires réunies dans le dossier "De me ipse"


Samedi 1er septembre
Matin:
Jean-Michel WITTMANN: Gide romancier (et) critique, ou la réécriture comme combat
Justine LEGRAND: De L'Immoraliste à La Porte étroite: prolongement et légitimation

Après-midi:
Stéphanie BERTRAND: L'aphorisme gidien: un palimpseste?
Martine SAGAERT: L'œuvre de Gide: de la notion d'appendice et de ses conséquences


Dimanche 2 septembre
Matin:
Anne-Sophie ANGELO: Ménalque aux multiples visages: intertextualité virgilienne, poétique gidienne et pratique de la lecture
Alain GOULET: La femme sacrifiée ou la malédiction de l'amour

Après-midi:
Pierre MASSON: De Narcisse à Méduse, jeux de regard dans l'imaginaire gidien
Hédi KADDOUR: De la croyance au crédit dans Les Faux-Monnayeurs


Lundi 3 septembre
Matin:
Sandra TRAVERS DE FAULTRIER: Corps à corps avec la temporalité
Carmen SAGGIOMO: André Gide: la réécriture des Nourritures Terrestres au fil de ses traductions italiennes

Pierre MASSON: Conclusion

Après-midi:
DÉPARTS

Exposition: André Gide, un album de famille, par Jean-Pierre PRÉVOST (avec le concours de la Fondation Catherine GIDE)

RÉSUMÉS :

Anne-Sophie ANGELO: Ménalque aux multiples visages: intertextualité virgilienne, poétique gidienne et pratique de la lecture
C’est le Ménalque des Bucoliques que Gide reprend dans plusieurs de ses œuvres, des Nourritures terrestres à L’Immoraliste. La connaissance intime que Gide a des Bucoliques lui permet d’être fidèle à Virgile tout en contaminant le Ménalque virgilien par des préoccupations qui lui sont propres: comment le recours à Virgile permet-il à Gide de donner forme à la question de l’égotisme et du détachement? Gide met en scène un Ménalque littéraire, abstrait, et le fait fonctionner en regard d’autres personnages. Comment lire ce personnage, figure exemplaire pour les lecteurs contemporains qui pouvaient y retrouver la posture de l’esthète égotiste propre à leur époque, et pour les lecteurs d’aujourd’hui peut-être simple jalon leur permettant de se situer dans l’espace de la fiction?

Anne-Sophie Angelo, agrégée de Lettres classiques, a eu l’occasion d’étudier le personnage de Ménalque et la question de l’intertextualité chez Gide en première année de Master: son mémoire portait sur les personnages des Bucoliques dans l’œuvre de Gide.
Actuellement en deuxième année de thèse sous la direction de M. Éric Marty, ses recherches portent sur les personnages chez Gide et leur rapport à la réflexion éthique.


Stéphanie BERTRAND: L'aphorisme gidien: un palimpseste?
Grand lecteur des moralistes, de l’Antiquité comme du XVIIe siècle, Gide fut amené à lire abondamment maximes et aphorismes. Or il fut lui-même un aphoriste régulier, même si cette forme brève se trouve insérée chez lui dans un discours continu, et ne constitue plus un genre, comme chez les moralistes cités. Il n’est dès lors pas étonnant de retrouver, dans les aphorismes gidiens, les traces des maximes classiques ou antiques. Mais ces moralistes ne sont pas la seule source à laquelle s’abreuve l’écriture aphoristique gidienne: d’autres auteurs, d’autres œuvres — et pas forcément littéraires — inspirèrent souvent à Gide ses bons mots.
Cependant, le lien qu’entretient Gide avec ses sources est loin d’être univoque et fidèle: si l’aphorisme  gidien peut constituer un hommage, témoigner d’une influence essentielle, c’est surtout dans la distance vis-à-vis de ses sources que se construit sa véritable richesse tant stylistique qu’herméneutique. Tantôt pastiche, tantôt condensé parodique ou satirique, il semble être le fer de lance d’une écriture volontiers ironique à l’encontre des pairs.

Agrégée de lettres modernes, Stéphanie Bertrand prépare actuellement une thèse sur "L'aphorisme dans l'oeuvre d'André Gide" sous la direction de M. Jean-Michel Wittmann (Université de Lorraine) et Mme Sylvie Freyermuth (Université du Luxembourg).
Ses précédentes communications ont porté sur "l'aphorisme dans le Journal" (colloque "Actualités d'André Gide", Toulon, mars 2011) et "'Je fus sauvé par gourmandise' ou le rôle de la faim dans la fin du symbolisme gidien" ("Faim(s) de littérature", Strasbourg, octobre 2011).


Gian Luigi DI BERNARDINI: La parole gratuite et le rôle du lecteur
Pour mieux définir la place du lecteur, on examinera surtout la dernière phase de la production gidienne, celle qui commence avec la publication de Les Faux-Monnayeurs. Dans cette troisième période, Gide cherche à donner une forme définitive à son "roman", au sens de narration globale de soi. Pour accomplir cette tâche, Gide emploie, avant tout, les matériaux provenant de ses œuvres précédentes, parfois de manière sérieuse, parfois de manière auto ironique. La réécriture de sa production antérieure va donc jouer un rôle central dans l'achèvement d'une œuvre que l'auteur définit comme profondément cohérente, même si cette cohérence n'est pas immédiatement visible au lecteur moyen. Ce sera donc à travers la question de la réécriture que le problème du lecteur (l'image que Gide s'en était faite) va se poser.

Gian Luigi Di Bernardini, chargé de cours à l’Université "Statale" de Milan, a publié plusieurs articles sur  Gide: "Le système épigraphique des Faux-monnayeurs", Bulletin des Amis d’André Gide, XXXVIII, n°166, avril 2010; "Un contrat de lecture qui n’en est pas un", Bulletin des Amis d’André Gide, XXXVIII, n°167, juillet 2010; "Le corps diabolique dans L’Immoraliste", Il confronto letterario, n°53, 2010; "Un Jacob immoraliste. Avatars du mythe dans l’œuvre d’Andre Gide", in La figura di Giacobbe nelle lettere francesi, Milano, Cisalpino, 2011; "Deux narrateurs-médiateurs gidiens: les cas de L’Immoraliste et d’Isabelle", in Les médiations de l’écrivain. La condition de la création littéraire, Paris, L’Harmattan, 2011. Il va publier en italien une monographie consacrée au rôle du lecteur dans l’œuvre de Gide: La parola gratuita. Progetto scrittorio e costruzione dell'opera nella narrativa di André Gide.

Lise FORMENT: Gide, un classique "au second degré"?
Comme le montre son Journal, Gide est un lecteur assidu des textes du XVIIe siècle: il admire et commente Racine, La Fontaine, Molière, etc. Il se les approprie au point de proclamer en 1921 qu’il se "considère aujourd’hui comme le meilleur représentant du classicisme" (EC, 281). Ce "Billet à Angèle", quoique ostensiblement ironique, n’est-il qu’une "boutade", comme le prétendra Gide dans son Journal (II, 751-752)? L’étude des intertextes du XVIIe siècle, notamment dans L’École des Femmes et Les Faux-Monnayeurs, nous amènera à éclairer le nouveau rapport qui lie Gide aux Classiques dans son passage de la lecture à l’écriture, du commentaire à la réécriture. En confrontant les usages qu’il fait de la citation et de l’allusion dans ses récits fictionnels, avec sa pratique métatextuelle (Journal et Essais critiques), nous analyserons la co-présence de deux modes d’exemplarité du XVIIe siècle chez Gide, caractéristique de l’émulation... "classique" ! Notre hypothèse est la suivante: au-delà de la partition générique entre écrits critiques, écrits autobiographiques et écrits fictionnels, nous pouvons dégager chez Gide un véritable continuum allant de lectures au "premier degré" (admiration, enthousiasme) à des réécritures au "second degré" (soupçon, ironie), sans que ces dernières ne contredisent les premières.

Agrégée de Lettres modernes, ancienne élève de l’ENS (Lyon), Lise Forment prépare actuellement un doctorat à la Sorbonne Nouvelle, sous la direction d’H. Merlin-Kajman (littérature du XVIIe siècle).
Ses recherches portent notamment sur l’exemplarité classique chez Gide, et sur la lecture – "vivante, concernée" – qu’il fait des textes du XVIIe siècle.
Lors du colloque "Actualités d’André Gide" (Toulon, mars 2011), elle a proposé une communication intitulée "André Gide, lecteur des Classiques: une critique d’actualité?".


Sophie GAILLARD: Le plateau, à la lettre: exigences et influences. De l'écriture dramatique à l'écriture scénique des Caves du Vatican (1948-1951)
On connaît la lente genèse de l’adaptation théâtrale des Caves du Vatican (1). Une première transposition d’Yvonne Lartigaud réduit en 1933 la sotie à une pochade anticléricale et conduit André Gide la même année à écrire pour les "Bellettriens" de Lausanne une autre version. En 1948, l’écrivain confie à Richard Heyd un nouvel état du texte pour l’établissement du Théâtre complet. Sur les conseils de Jean Meyer, qui souhaite monter la pièce au Théâtre Français, le dramaturge retravaille encore sa farce. Elle est éditée chez Gallimard en novembre 1950. L’auteur, assidu aux répétitions, remanie son œuvre après les premières représentations. Le relevé de mise en scène et le manuscrit Meyer, conservés à la Comédie-Française, ainsi que les enregistrements sonores des représentations, disponibles à l’Inathèque, livrent les dernières modifications et portent la mémoire du plateau. A la lumière de ces documents, on tentera de dégager les enjeux littéraires (technico-scénique, textuel et métatextuel) d’une collaboration unique dans la carrière dramatique de l’auteur avec un metteur en scène. En quoi le contact de la scène et de ses praticiens a pu infléchir l’écriture théâtrale des Caves du Vatican?
La comparaison de la version des Ides et Calendes avec celle des éditions Gallimard, celle du manuscrit Meyer et celle du relevé de mise en scène mettra en exergue les difficultés et les efforts de Gide pour théâtraliser sa farce (2). La confrontation de la genèse du texte avec la genèse du spectacle permettra de mesurer le rôle des éléments de la représentation, naguère méprisés par le littérateur, dans la composition de la pièce. Il conviendra d’attacher une attention particulière au cahier de régie, trace de la mise en scène élaborée par Meyer sous l’œil vigilant de Gide (3), qui offre la version "spectaculaire" (4) du texte et modifie sensiblement les didascalies. Ce va et vient de la scène au texte et du texte à la scène nous conduira en somme à interroger avec force une écriture dramaturgique et une conception de l’art dramatique.

(1) Voir Jean Claude, André Gide et le théâtre, tome I, Gallimard, 1992, p.151-165 et p.231-246. Jean Claude, "Hommage à Jean Meyer (1914-2003)", Bulletin des amis d’André Gide, XXXI, n°138, Avril 2003. Sonia Anton, "L’adaptation théâtrale des Caves du Vatican de 1933", Bulletin des amis d’André Gide, XLII, n°165, Janvier 2010.
(2) Pour l’heure, seul le dénouement de la pièce a intéressé les critiques. Se reporter aux articles de David H. Walker, "Les Caves du Vatican : une farce à prendre au sérieux", in Texte et théâtralité : mélanges offerts à Jean Claude, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 2000 et de Jean Claude, "Les Caves du Vatican à la Comédie-Française variations autour d’un dénouement", in Serge Cabioc’h et Pierre Masson (dir.), Gide aux miroirs : le roman du XXème siècle : mélanges offerts à Alain Goulet, Caen, Presses universitaires de Caen, 2002.
(3) "Qu’on me fasse la grâce de croire que je ne sacrifie pas ici à la nécrologie conventionnelle : je dis qu’André Gide a mis lui-même sa pièce en scène". Jean Meyer, "Travail auprès d’André Gide", Revue d’histoire du théâtre III, 1951, p.270.
(4) Patrice Pavis, L’analyse de spectacle, Paris, Nathan, 1996, p.10.


Alain GOULET: La femme sacrifiée ou la malédiction de l'amour
Dans les romans de Gide, la femme est souvent l’objet d’un amour idéalisé et éthéré, ce qui la voue souvent au sacrifice de sa personne, afin que cet amour idéal soit réalisé, vécu en rêve ou par les mots, et aussi pour laisser la place à l’œuvre à accomplir ou à d’autres horizons qui s’imposent. Ce sacrifice de la jeune fille ou de la jeune femme lié à l’amour est récurrent dans toute l’œuvre de fiction de Gide, des Cahiers d’André Walter à Thésée, ce que nous nous proposons de montrer et de suivre à travers ses variantes.

Alain Goulet, professeur émérite de Littérature française à l'Université de Caen, est l’auteur de nombreuses études sur l’œuvre d’André Gide, notamment: Fiction et vie sociale dans l'œuvre d'André Gide (1986), André Gide: Écrire pour vivre (2002), d’un CD-Rom: "Édition génétique des Caves du Vatican d’André Gide" (2001).
Il a aussi participé à l’édition d’André Gide: Romans et récits. Œuvres lyriques et dramatiques, "Pléiade", 2 vol., 2009.
Ses autres publications portent sur la littérature française du XXe siècle, notamment: Robbe-Grillet, Sarraute, Duras, Modiano, Sylvie Germain, sans compter une chronique originale: La Vie d’une femme à des messieurs sans compréhension (MJW Fédition, 2011).


Pierre LACHASSE: Palimpsestes fins de siècle
Au cours des années 1890, depuis les Poésies d’André Walter jusqu’au Prométhée mal enchaîné, l’œuvre de Gide s’inscrit largement dans le mouvement de l’avant-garde symboliste tout en multipliant en même temps les signes de son éloignement (ironie, maniérisme...). Sa pratique notamment des formes brèves ressortit à une esthétique représentative de cette génération née à la littérature autour de Mallarmé et répandue dans les revues. Nous nous proposons d’en analyser plusieurs aspects: la défiance à l’égard du narratif et de toute illusion référentielle, l’incertaine frontière entre poésie et prose, le nouveau rapport aux mythes, classiques ou modernes... La relation avec Henri de Régnier paraît à ce titre particulièrement intéressante, surtout quand on rapproche Tel qu’en songe ou les Contes à soi-même de Paludes. N’ont-ils pas, au cours d’un voyage commun en Bretagne, songé un instant à écrire chacun leur Barbe-Bleue, qui aurait été publié dans le même livre?

Justine LEGRAND: De L'Immoraliste à La Porte étroite: prolongement et légitimation
Notamment pour faire face au tort que le lecteur pourrait tirer contre lui à la lecture de L’Immoraliste, André Gide justifie en amont la parution de ce récit par l’existence d’une œuvre postérieure: La Porte étroite. Ce dernier opus apparaît, si l’on en croit Gide, comme le pendant moraliste de l’œuvre, voire comme une excuse légitimant son premier récit. Mais en étudiant les différents témoignages gidiens liés à L’Immoraliste, nous comprenons qu’oser écrire cet ouvrage ne se situe  pas uniquement dans la sphère de la littérature. Celui qui admet avoir vécu son immoraliste transfère l’intime au cœur de la sphère littéraire, jouant avec les mots et donc tirant profit de ce que le second récit a pour vocation d’être une réécriture. Ecrire se confond alors avec réécrire, et l’œuvre à venir devient un prolongement et une occasion de dire légitimement sa différence.

Docteur ès Lettres, auteur d’une thèse intitulée "Pour une nouvelle approche de la perversion dans l’œuvre d’André Gide" (à paraître aux Editions Orizons), et professeur titulaire aux Cours de Civilisation Française de la Sorbonne, mon travail de recherche porte essentiellement sur les études de genre, les liens entre le genre littéraire et le genre sexuel, et sur la femme dans l’œuvre d’André Gide.

Eric MARTY: La scène de la rue Lecat
La scène de la rue Lecat est, pourrait-on dire, constitutive d'une scène primitive gidienne. Gide, encore très jeune, découvre dans la maison de son oncle maternel, sa tante en position d'adultère et sa cousine, la future Madeleine Gide, à l'étage au-dessus en prière. Cet épisode a fait l'objet de deux écritures, avec la Porte étroite puis avec Si le grain ne meurt. Elle a connu aussi de nombreuses interprétations de Jean Delay à Frank Lestringant (son dernier biographe) en passant par deux analyses de Jacques Lacan. Nous nous intéresserons, d'une part, à la fonction analytique ce de que nous avons désigné comme scène primitive et, d"autre part, à la fascination qu'elle exerce sur les lecteurs.

Eric Marty, professeur de littérature contemporaine, auteur, de L'écriture du jour, le Journal de Gide au Seuil (1985, Grand prix de la critique), André Gide qui êtes-vous, La Manufacture, 1987, réédition La Renaissance du livre. Editeur du tome I du Journal de Gide pour la Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard et de nombreux articles sur les récits et fictions de Gide.

Pierre MASSON: De Narcisse à Méduse, jeux de regard dans l'imaginaire gidien
Si la récurrence du mythe de Narcisse à travers l'œuvre de Gide est reconnue, une autre figure semble avoir accompagné celle-ci, jusqu'à se mêler à elle et à la faire évoluer. Il s'agit de Méduse. Sous son influence, le miroir fonctionne tantôt comme objet de fascination, tantôt comme instrument de pouvoir de plus en plus maléfique. Au fil de ses fictions, Gide revient sur ces scènes où les regards s'évitent ou se croisent, révélant le pouvoir du regard féminin, faisant peu à peu émerger les contours d'une scène interdite.

Patrick POLLARD: Gide et les jardins d'Épicure
Cette communication propose la mise en valeur de certaines lectures faites par Gide au cours de deux périodes de sa vie littéraire: autour de 1888 (le Journal ; les Cahiers d’André Walter ; le Traité du Narcisse) et de 1940 (le Journal – réflexions pointues sur la valeur relative des poèmes de Virgile et de Lucrèce). Parmi les auteurs modernes figurent Montaigne, La Mothe le Vayer, Saint-Évremond, Walter Pater et Anatole France ; parmi les anciens se trouvent Épicure, Lucrèce, Pétrone, Épictète et Sénèque (ces deux derniers nient en effet bien des éléments de la philosophie épicurienne mais insistent toutefois sur la nécessité du contrôle de soi). Les grandes questions qui se posent à l’esprit de Gide sont ainsi celles de l’angoisse que provoquent l’amour et la crainte de la mort ; la vertu, qui naît de l’abnégation ; le plaisir et le désir ; l’amitié ; la tentation et la force de la passion génératrice ; la souffrance. La croyance religieuse (voire son absence) est de moindre importance.

Professeur émérite de lettres françaises à l’université de Londres, Patrick Pollard est spécialiste de l’œuvre de Gide et de l’histoire de la survie de l’antiquité gréco-romaine.
Parmi d’autres études il a édité notamment Proserpine/Perséphone et Le Roi Candaule de Gide. Son André Gide: Homosexual Moralist (Yale, 1991) dégage l’argument de Corydon et le situe dans son contexte historique, théorique et médicale. Il prépare actuellement une étude sur le roman gai français 1860-1914.


Martine SAGAERT: L'œuvre de Gide: de la notion d'appendice et de ses conséquences
Souvenirs et voyages, Souvenirs de la cour d’assise, Si le grain ne meurt, Voyage au Congo, Le Retour du Tchad, Retour de l’URSS, Retouches à mon Retour de l’URSS... Les œuvres de Gide comportent des appendices, lieu de significations et d’interrogations multiples. Prolongements secondaires ou additions essentielles? Texte ou paratexte? Annexes qui font se confondre les espaces et les missions. Ajouts d’un écrivain qui refuse de clore, l’important restant toujours à dire.

Professeure de littérature française du XXe siècle, Martine Sagaert a édité plusieurs œuvres de Gide pour la "Bibliothèque de la Pléiade", dont le Journal 1926-1950 (1997).
Elle a publié la Correspondance d’André Gide avec Charles-Louis Philippe (Centre d’Etudes gidiennes, 1995) et un portfolio sur André Gide (ADPF, 2002).
Elle a réalisé avec Peter Schnyder: André Gide, L’Ecriture vive (livre et DVD ; Presses Universitaires de Bordeaux, "coll. Horizons génétiques", 2008) et dirigé avec Peter Schnyder le colloque Actualités d’André Gide (Université du Sud Toulon – Var, mars 2011), dont les actes sont publiés chez Champion, "coll.  Babeliana", en 2012.


Carmen SAGGIOMO: André Gide: la réécriture des Nourritures Terrestres au fil de ses traductions italiennes
Cette contribution se propose d’examiner la façon dont Les nourritures terrestres ont été accueillies en langue italienne. Trois traductions, parues dans une période de cinquante ans de trois auteurs différents et publiées par trois grandes maisons d’éditions (Mondadori, Garzanti, Einaudi) seront comparées. Il s’agit des œuvres de Renato Arienta (1948), de Maura Miglietta Ricci (1975) et de Gianni D’Elia (1994). Des passages exemplaires seront soumis à une analyse linguistique.

A. Gide, Les nourritures terrestres, en Romans. Récits et soties, Gallimard, coll. "Bibliothèque de la Pléiade", 1958.
AA.VV., Dictionnaire Gide, sous la direction de Pierre Masson et Jean-Michel Wittmann, Classiques Garnier, 2011.
A. Gide, I nutrimenti terrestri e I nuovi nuntrimenti, trad. italiana a cura di Renato Arienta, Arnoldo Mondadori Editore, 1948.
A. Gide, I nutrimenti terrestri. Paludi, trad. italiana de Les nourritures terrestres a cura di Maura Miglietta Ricci, Aldo Garzanti Editore, 1975.
A. Gide, I nutrimenti terrestri, trad. italiana di Gianni D’Elia, Giulio Einaudi editore, 1994.


Peter SCHNYDER: Entre le journal et les mémoires. Autour des notes préparatoires réunies dans le dossier "De me ipse"
Nous proposons d'étudier la nature et le destin des notes — éléments généalogiques, agendas, portraits divers, lectures, souvenirs, etc. — que Gide a accumulées dès sa jeunesse et qu'il exploitera pour une large part soit dans son Journal, soit dans Si le grain ne meurt. Intitulé par Gide lui-même "De me ipse", ce dossier volumineux mélange les documents manuscrits et tapuscrits les plus divers, souvent notés de façon négligée et souvent rédigés avec grand soin. Il montre que tous ses efforts tendent vers un texte non pas tant narré, que composé, et surtout empreint de son style. Textes-palimpsestes qui oscillent entre la spontanéité et le souci d'un phrasé pur: l'examen (plutôt comparatif que génétique) de ces documents le confirmera: n'est pas Gide qui veut. Or Gide n'était-il pas la première personne à s'imposer une certaine forme, intériorisée, personnalisée, maîtrisée à tout jamais? Ces notes montrent qu'à ses yeux, l'écrivain peut tout dire, mais pas n'importe comment.

Peter Schnyder est professeur à l'Université de Haute-Alsace où il dirige l'Institut de recherche en langues et littératures européennes (ILLE EA 4363).
Spécialiste de poésie française et francophone, des transferts culturels, d'André Gide et de son temps, il a publié, récemment, sur Gide: "André Gide et la musique. Quelques réflexions", in C. Casseville et M. Sagaert (éds), Gide et Mauriac, Bordeaux, Concluences, 2012.
Il a préparé, avec M. Sagaert, les actes du colloque de Toulon: Actualités d'André Gide (à paraître chez H. Champion), collaboré au Dictionnaire Gide (sous la dir. de P. Masson et J.-M. Wittmann, éds.), Paris, Classiques Garnier, 2011 et proposé une Anthologie du "Journal" de Gide (avec la collaboration de J. Solvès), Paris, Folio, 2012.


Sandra TRAVERS DE FAULTRIER: Corps à corps avec la temporalité
Plus qu’emprunt ou référence, plus que lecture singulière se donnant dans une incarnation nouvelle, la réécriture gidienne est présence et intelligibilité résonnantes au cœur de l’œuvre. Thésée, dont il sera ici question en ce qu’il exacerbe des tensions qui traversent d’autres œuvres de Gide, semble ainsi inscrire le "il y a" de l’écriture comme le "il y a" de la vie dans un corps à corps avec des temporalités qui, constitutif du sens à l’œuvre, délivre le texte de la représentation.

Sandra Travers de Faultrier est docteur es Lettres, docteur en Droit, diplômée Sciences-Po Paris. Maître de conférence à Sciences-Po Paris, Chercheur au JILC, Avocate, auteur notamment de Gide, L’Assignation à être, Michalon, 2005.

Jocelyn VAN TUYL: La réécriture du journal de guerre, 39-45
Entre 1939 et 1945, le Journal de Gide sera un journal prêté (à la NRF de Drieu), volé (par Fabre-Luce, dont l’anthologie collaborationniste fera voisiner Gide avec Hitler et Mussolini), dénoncé (par Giovoni à Alger puis par Aragon à Paris), réduit (aux éditions Charlot, suite à l’attaque d’Alger), traduit et retraduit ("La Délivrance de Tunis") — mais surtout (en raison des aventures citées ci-dessus) un journal remanié, retouché, réécrit. Cette communication se propose d’analyser la réécriture du Journal au fil des années — depuis la drôle de guerre jusqu’à l’épuration — et suivant l’évolution politique (souvent confuse) de l’auteur.

Jocelyn Van Tuyl, professeur de langue et de littérature françaises à New College of Florida (États-Unis), auteur de André Gide and the Second World War: A Novelist’s Occupation (The State University of New York Press, 2006), co-responsable (avec Christine Latrouitte Armstrong, Denison University) de la section nord-américaine de l’Association des Amis d’André Gide.

David H. WALKER: Les ré-écritures de L’Ecole des femmes
On sait que Gide eut du mal a mener à bien L’Ecole des femmes, et peut-être même n’aurait-il jamais terminé le roman s’il ne s’était pas engagé à le faire en signant un contrat avec la revue américaine Forum. Mais ce contrat l’obligeait à faire traduire son texte afin que le roman parût en langue anglaise avant d’être publié en France. Entre Gide et Dorothy Bussy, il s’ensuivit un dialogue au fur et mesure que le roman avançait et que l’auteur en envoyait successivement les morceaux terminés à sa traductrice, laquelle se voyait obligée parfois de signaler certaines erreurs et même de corriger des inconséquences dans le texte. Finalement les éditions américaines présentent des versions dont l’auteur finit par se plaindre dans une correspondance inédite.

David H. Walker, professeur à l’université de Sheffield, est l’auteur de nombreuses études sur la vie et l’œuvre d’André Gide.
Il a édité et présenté la Correspondance André Gide-Eugène Rouart et on lui doit la redécouverte et la publication du Ramier.
Il a contribué à des éditions critiques de plusieurs textes de Gide aux Romans et récits, Œuvres lyriques et dramatiques dans la collection de la Pléiade
.

Jean-Michel WITTMANN:
Gide romancier (et) critique, ou la réécriture comme combat
L’art de la critique chez Gide consiste à mener un combat d’idées inscrit dans son époque tout en proposant constamment une réflexion générale, poursuivie d’article en article et de livre en livre. L’affrontement initial, fondateur, avec l’auteur des Déracinés, le montre exemplairement: d’emblée, Gide propose une lecture du roman de Barrès qui invite aussi à une réécriture appelée à être menée à terme dans Les Faux-Monnayeurs. Entre l’article critique et le roman se tisse un écheveau constitué d’allusions et d’échos présents aussi bien dans les études que dans les œuvres fictionnelles. Plus que les enjeux esthétiques et idéologiques engagés par ces processus de reprise et de répétition, en l’occurrence, il s’agira d’en analyser les modalités, qui définissent la dynamique interne de l’écriture gidienne: par delà un art consommé de la polémique, qui passe par la réduction et la déformation, se révèle une pratique qui nourrit la dynamique de l’écriture romanesque, suivant un processus dont les figures fécondes sont la cristallisation, l’étoilement, la palinodie.

Jean-Michel Wittmann, professeur à l’université de Lorraine, est l’auteur de Symboliste et déserteur. Les Œuvres fin de siècle de Gide (Champion, 1997), Si le grain ne meurt d’André Gide (Gallimard, coll. Foliothèque, 2005) et Gide politique. Essai sur Les Faux-Monnayeurs (Garnier, 2011).
Il a également dirigé avec Pierre Masson la publication du Dictionnaire Gide (Garnier, 2011), publié une édition critique du Voyage d’Urien, (Presses Universitaires de Lyon, 2000) et collaboré au premier volume des Romans et Récits de Gide dans la Pléiade (Gallimard, 2009).



Avec le soutien
de la Fondation Catherine Gide,
de l’Association des Amis d’André Gide
et
de l’Université de Lorraine
(
Centre d'Etudes littéraires Jean Mourot et Centre Ecritures, EA 3943)



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