RÉSUMÉS :
Anne BOYER: Gourmont et la dissociation des
idées
La formule de "dissociation des idées" reste attachée au nom
de Gourmont. Sur quoi se fonde cette méthode dont Gourmont fait parfois
la forme emblématique de son œuvre? Nous nous intéresserons
au mécanisme dissociatif, aux cibles qu'il se donne mais aussi et
surtout à la métaphorique par laquelle Gourmont évoque
cette quête de sens. Nous verrons ainsi comment la dissociation prend
place dans la tension entre le sentiment et l'intelligence qui traverse l'œuvre
gourmontienne.
Christian BUAT: Gourmont et l'idée
de gloire
« Les grenouilles chantent dans les roseaux du soir. On n'entend plus
la douce nuit qui marche. Les grenouilles sont devenues la seule gloire et
la tyrannie de la terre: l'âme des morts illustres a passé dans
le ventre des grenouilles ». La gloire a hanté Gourmont. Quelles
sont les différentes manifestations de cette hantise? la récurrence
par exemple, dans ses
épilogues, de réflexions sur les
érections de bustes ou de statues? Quelle est sa conception de la gloire?
A-t-il connu, connaît-il, connaîtra-t-il la gloire?
Thomas CARINO: Les éditions de Gourmont
illustrées
Outre les huit livraisons de l'
Ymagier (oct. 1895 - déc. 1896),
présentant nombre d'estampes de maîtres anciens et contemporains,
tels que Whistler ou Gauguin, Remy de Gourmont a, en vingt-trois ans (de 1892
à 1915) publié quelque vingt-sept livres illustrés de
bois gravés, de lithographies ou de pointes-sèches (sans parler
des nombreux livres où l'ornementation purement typographique fut
de sa part l'objet de beaucoup de recherches). Tel fut son intérêt
pour l'illustration du livre qu'il grava lui-même sur bois la couverture
et les trois vignettes de son
Phocas, en 1895. Parmi les peintres
et graveurs qui ont collaboré avec l'écrivain les noms de F.
Vallotton, M. Denis, Filiger ou R. Dufy montrent la clairvoyance de ses choix,
et ceux de G. d'Espagnat, d'A. Séguin ou de H. de Groux, l'étendue
de sa curiosité et l'indépendance de ses goûts. Quel auteur
français a manifesté pareil intérêt pour la création
plastique de son temps, sinon Stéphane Mallarmé, que Gourmont
admirait et auquel il doit ses relations avec les peintres de Pont-Aven?
Comme celles de Mallarmé à ses amis peintres, les lettres de
Gourmont à Maurice Denis (inédites) et à Georges d'Espagnat
peuvent nous dire comment s'articulent le goût de l'écrivain
et sa réflexion sur la peinture. Ce dont témoignera d'une autre
façon le catalogue chronologique des livres de Gourmont illustrés
par des artistes, tandis que le regroupement des livres ornés par le
même illustrateur rendra perceptible la nature de son dialogue avec
l'écrivain, qu'il s'agisse du peintre G. d'Espagnat qui, à lui
seul, a illustré six œuvres, du dessinateur A. Rouveyre (trois), ou
encore du graveur P. E. Vibert (trois), dont Gourmont dit grand bien dans
ses
Lettres intimes à l'Amazone.
Gérard FOUCHER: Gourmont et le
monde anglo-saxon
A partir de la conclusion de La littérature anglaise en France, première
livraison des Promenades littéraires, parue en 1904, on examinera le
jeu des influences réciproques qui lient Remy de Gourmont et le monde
anglo-saxon dans la première moitié du XXe siècle. La
communication s'intéressera plus particulièrement à l'apport
des thèmes gourmontiens à des personnalités littéraires
ou non: poètes de différents ordres: E. Pound, T. S. Eliot.
E. E. Cummings, A. Lowell, F. S. Flint, T. E. Hulme et R. Aldington, critiques
littéraires: K. Burke par exemple, traducteur: A. Huxley et sociologue:
H. Ellis.
Thierry GILLYBOEUF: "Le frisson esthétique"
Le petit
"frisson esthétique" ressenti à la lecture
du premier numéro de
La Vogue, par une journée d'avril
1886, aura un effet cathartique déterminant sur toute l'œuvre de Gourmont,
aussi bien que sur le développement de sa vision artistique, esthétique
et philosophique. Refusant les dogmatismes et les outrances du Symbolisme,
il en exploite les possibilités d'écriture tout en éprouvant
les opimes limites. Et la distance que ses études sur
l'esthétique
de la langue françaisethéorie de la liberté"
et une affirmation de l'
individu esthétique.
Paul GORCEIX: Remy de Gourmont, un pionnier
des lettres françaises de Belgique
Dans les deux séries du
Livre des Masques, publiées
respectivement en 1896 et en 1898, Remy de Gourmont, guidé par un
véritable flair pour les vraies valeurs littéraires autant
que par une vive curiosité pour les littératures hors de France,
a accordé une place de premier plan aux écrivains belges. Y
figurent Maurice Maeterlink, Emile Verhaeren, Georges Eekhoud, Max Elskamp
et René Ghil. L'invasion de la Belgique par les troupes allemandes
en 1914 fut pour lui l'occasion de faire découvrir en France la richesse
de la littérature et de l'art en Belgique, dont le public français
ne soupçonnait même pas l'existence, à quelques heures
de Paris. En 1915, paraît
La Belgique littéraire, une
histoire de la littérature des lettres françaises de Belgique
— des origines à Maurice Maeterlinck — qui continue de surprendre
par l'intuition, par la qualité des jugements littéraires de
Remy de Gourmont et par la fraîcheur de ses portraits d'écrivains.
Tiziana GORUPPI: Maître à
penser, maître à dissocier, Gourmont dans la culture italienne
du début vingtième
G. Papini commentant la nouvelle de la mort de Gourmont le définissait
comme "l'homme le plus intelligent de France". En effet il s'agissait d'un
auteur très apprécié par l'élite culturelle
italienne pour avoir su libérer son écriture des carcans du
courant naturaliste et imposer avant tout la liberté intellectuelle.
La preuve de son succès en Italie furent l'attention de la presse
à sa production littéraire et les nombreuses traductions de
ses œuvres en Italie.
Alain GOULET: Gourmont vu par Gide
Le dialogue entre Remy de Gourmont et André Gide — "le reclus et
le retors", selon André Rouveyre — a été rude et orageux,
et il s'est rapidement tari. Pour Gide, qui a cultivé tant d'amitiés,
il y a eu dès le départ incompatibilité d'humeurs. La
communication exposera les pièces de ce dossier.
Bernard JAHIER: Gourmont auteur de livres
didactiques pour la jeunesse
Si la publication de
Sixtine en 1890 marque officiellement les débuts
littéraires de Remy de Gourmont, on ignore généralement
que, la même année, le jeune écrivain a publié
un ouvrage de vulgarisation, comme on en fait tant à l'époque,
intitulé
Chez les lapons, moeurs, coutumes et légendes
de la Laponie norvégienne. La surprise que peut provoquer cette
publication pour le moins inattendue est encore renforcée lorsque
l'on découvre que, de 1882 à 1890, le futur chantre du symbolisme
a publié sept autres ouvrages de ce type, généralement
destinés à la jeunesse, depuis
Un Volcan en éruption
jusqu'à celui-ci:
Français au Canada et en Acadie, prolongé
par
Les Canadiens de France en 1893. Il y a donc un Gourmont avant
Gourmont dont la production coïncide très précisément
avec la période où le jeune homme est employé à
la Bibliothèque Nationale. C'est ce Gourmont ignoré des biographies
et des histoires littéraires, qui semble sacrifier (pour quelles
raisons?) au goût du temps pour la compilation et la vulgarisation
scientifiques, qu'on se proposera de découvrir.
Jean-Claude LARRAT: Malraux lecteur
de Gourmont: la question de Lautréamont
Dans les quelques pages qu'il consacre à Lautréamont, sous
le titre
La littérature Maldoror, Rémy de Gourmont pose,
à sa façon, le problème dont les surréalistes
allaient s'emparer : celui des rapports entre la poésie et la folie.
Rémy de Gourmont instruit ainsi le procès qui, avant que ne
triomphe l'extraordinaire entreprise de canonisation lancée par Breton,
Aragon et Soupault, donna lieu à de violentes controverses — dont témoigne
par exemple, en 1925, le numéro du
Disque Vert
Valérie MICHELET: Gourmont et
le roman
En 1893, à l'occasion d'un article sur d'Annunzio paru dans le
Mercure
de France, Remy de Gourmont fixait les principes majeurs de sa poétique
en matière de roman: "Le roman ne relève pas d'une autre esthétique
que le poème. Le roman est un poème ; tout roman qui n'est pas
un poème n'existe pas". Le roman-poème est pressenti par Gourmont
comme l'alternative la plus féconde afin d'extraire le genre de l'impasse
naturaliste. Pourtant, l'auteur de
Sixtine ne livre pas de théorie
"toute faite" du roman-poème. Celle-ci est à reconstituer à
travers la lecture croisée de plusieurs écrits théoriques
et des principales œuvres romanesques de la fin du siècle. De cette
analyse émerge une formidable utopie esthétique qui, si elle
ne s'épanouira que dans le premier quart du XXe siècle, trouve
son origine dans la réflexion poétique entamée par les
romanciers du symbolisme.
Gilles SUSONG: Gourmont avec les philosophes
La
Physique de l'amour, les
Promenades philosophiques, Le Chemin
de velours en attestent: l'œuvre de Remy de Gourmont déploie
une relation multiple et complexe avec plusieurs grandes figures de la philosophie.
L'auteur s'y montre tour à tour disciple fidèle, voire "textuel",
de Schopenhauer, via Bourdeau et Ribot, admirateur et diffuseur précoce
de Nietzsche (son rôle dans la réception du penseur est essentiel
pour la première génération de lecteurs français),
mais aussi commentateur — très — critique de Pascal, comme l'a heureusement
relevé G. Poulouin. Parmi les divers aspects de la référence
philosophique de Remy de Gourmont on envisagera ici plus particulièrement
sa proximité d'avec la référence épistémologique
(Berthelot, Darwin...).
Karl D. UITTI: Remarques sur le "latin mystique"
Le
Latin mystique constitue probablement le livre-clé de l'imagination
littéraire de Remy de Gourmont. Il y établit des liens reliant
les poètes de son temps à ceux d'une vieille latinite chrétienne
à ses yeux trop souvent méprisée par "ceux-qui-ne-comprennent-pas",
et, en le faisant, il se donne certes comme le nouveau Sainte-Beuve des "décadents"
et des "symbolistes" de sa propre époque. Mais en même temps
Gourmont y entre dans la pleine possession de sa propre voix poétique.
C'est une voix qui peut paraitre souvent contradictoire alors qu'elle est
plutôt consacrée à l'expression de la plus vigoureuse
authenticité spirituelle, qu'elle incarne la liberté la plus
absolue et qu'elle opère une véritable révolution linguistico-poétique.
Francesco VIRIAT: Remy de Gourmont et
l’anarchie
Quand le "Joujou patriotisme" paraît en avril 1891 dans le Mercure
de France, la presse chauviniste jette l’anathème sur un "dangereux
anarchiste" qui n’hésite pas à renier l’idée de
patrie. Dès lors, l’affaire du "Joujou patriotisme" va contribuer à
enfermer l’anarchisme gourmontien dans une image réductrice dont l’histoire
littéraire se satisfera aisément. Or, même si Gourmont,
comme d’autres écrivains de l’époque, n’a pas été
indifférent aux charmes des idées véhiculées par
les cercles anarchistes à la fin du XIXe siècle, on ne peut
pas réduire la question de ses rapports avec l’anarchie à un
article provocateur. C’est pourquoi, nous nous proposons de mettre en question
ce lieu commun et de cerner avec plus de précisions les caractéristiques
de l’esthétique anarchiste de Remy de Gourmont à travers son
évolution intellectuelle.
l'amèneront à prendre avec le Symbolisme ne traduit pas
une palinodie mais lui permet au contraire de s'en improviser le théoricien
farouchement libre de toute appartenance à un mouvement littéraire.
Chercheur de formes davantage que forgeur de son verbe, Gourmont s'est ainsi
créé une esthétique personnelle, fondée sur la
langue où les mots par leur rareté, leur musicalité,
leur "corps" se font le véhicule des idées. Pendant artistique
de l'Idéalisme imprégné de la philosophie de Schopenhauer
et de Nietzsche, le Symbolisme se veut avant tout une " intitulé
"Le Cas Lautréamont". Alors qu'André Gide voyait en Isidore
Ducasse "le maître des écluses pour la littérature de
demain", André Malraux, dans la revue anarchiste Action, s'appuyant
(sans le dire) sur l'étude de Gourmont, avait nettement pris parti,
en 1920, contre cette "littérature Maldoror"...