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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2015 : un des colloques





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PRÉSENCES DE REMY DE GOURMONT

DU MERCREDI 30 SEPTEMBRE (19 H) AU DIMANCHE 4 OCTOBRE (14 H) 2015

DIRECTION : Thierry GILLYBŒUF, Vincent GOGIBU, Julien SCHUH

ARGUMENT :

Figure majeure de critique et d'écrivain, Remy de Gourmont (1858-1915) surgit au détour de la plupart des études consacrées aux auteurs du tournant du siècle; et l'on ne peut travailler sur Cendrars, Jammes, Jarry, Gide, Léautaud, Saint-Pol-Roux, et bien d'autres, sans évoquer la place singulière dans la vie littéraire fin-de-siècle de celui qui se définissait lui-même comme un "dissociateur d'idées". La postérité de Gourmont a pâti pourtant de la mauvaise réputation qu’a tactiquement élaborée à ses dépens La Nouvelle Revue française. En outre, une certaine histoire littéraire, trop souvent encline à relayer le portrait figé du bibliophile érudit et de l'intellectuel sceptique, a contribué à minimiser l'influence pourtant décisive de Gourmont dans la vie des idées, exercée notamment au travers d'une activité d'écriture incessante et variée dans la presse de l'époque (revues et journaux) et ce, dans les domaines les plus variés.

L’objectif de ce colloque est, cent ans après sa disparition, de réévaluer, avec le recul permis par plusieurs années fécondes de travaux universitaires, associatifs, éditoriaux, la place de cet écrivain si particulier que notre époque, qui aime les classifications bien nettes, a tant de mal à appréhender.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Mercredi 30 septembre
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Jeudi 1er octobre
Matin:
L'art de la lecture
Patrick THÉRIAULT: Caveat lector, lecture et jouissance littéraires dans le prologue D’un pays lointain
Gaël PRIGENT: Huysmans, (re)lecteur du Latin mystique

Après-midi:
Idéologies
Gérard POULOUIN: Remy de Gourmont et la sainteté
Thierry GILLYBŒUF: Remy de Gourmont ou l’anarchisme à particule
Alexis TCHOUDNOWSKY: Remy de Gourmont, philosophe du désarroi?


Vendredi 2 octobre
Matin:
Le problème du style
Philippe GEINOZ: La place du commun. Penser la fonction de la poésie après Gourmont [conférence en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de Caen et sur le site France Culture Plus]
Stéphanie SMADJA: Remy de Gourmont et l'imaginaire du style

Après-midi:
AUX ARCHIVES DÉPARTEMENTALES DE LA MANCHE DE SAINT-LÔ
L'ymagier
Cyril BARDE: Remy de Gourmont et l’Art nouveau
Clément DESSY: Quels illustrateurs pour Remy de Gourmont?

- Visite du fonds Gourmont aux Archives départementales de la Manche
- Projection du documentaire réalisé par Michel Patient (cinéaste, producteur chez Amelia films - Art et Film associés)


Samedi 3 octobre
Matin:
Défilé des masques
Colette CAMELIN: Remy de Gourmont et Victor Segalen: convergences et divergences
Vincent GOGIBU: Réception critique de Remy de Gourmont par Francis de Miomandre
Franck JAVOUREZ: Gourmont et Régnier, entre baveux hystérique et dahlia mélancolique

Après-midi:
Promenade littéraire à Coutances

AU MUSÉE QUESNEL-MORINIÈRE DE COUTANCES
Remy de Gourmont et la Normandie
Christian BUAT: Patois et français régional chez Remy de Gourmont
René LE TEXIER: Sur les fêtes autour de l'inauguration du buste et le Pou qui grimpe


Dimanche 4 octobre
Matin:
Le journaliste
Sandrine SCHIANO: Gourmont, médiateur, vulgarisateur et chroniqueur des sciences de son temps
Alexia KALANTZIS: Remy de Gourmont médiateur culturel
Julien SCHUH: Gourmont et les masques

Clôture du colloque

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Cyril BARDE: Remy de Gourmont et l’Art nouveau
Nous proposons d’interroger les spécificités et les enjeux de la réception gourmontienne de l’Art nouveau, entre critique d’art et critique littéraire. Remy de Gourmont publie "Sur l’art nouveau" dans Le Mercure de France en 1902, dix ans après l’article "Bric-à-brac" (Le Journal) où il déplorait le règne de l’imitation et du "trucage" dans les arts décoratifs. L’Art nouveau entre en résonance avec plusieurs principes chers à Gourmont: refus de l’imitation et de la copie, promotion des arts dits mineurs et du travail artisanal, régénération des formes au contact de la nature. Nous tenterons de montrer en quoi l’Art nouveau s’invite dans la réflexion et l’évolution littéraires de Remy de Gourmont, qu’il s’agisse de penser — dans le sillage de Francis Jammes — une nouvelle poésie de la nature ou de redéfinir les contours du vers libre au sein d’une théorie de la stylisation.

Ancien élève de l’ENS de Lyon, agrégé de Lettres Modernes, Cyril Barde est doctorant contractuel à l’Université Paris VIII.
Il prépare une thèse sur les rapports entre la littérature française et l’Art nouveau, sous la direction de Jean-Nicolas Illouz (2e année).


Christian BUAT: Patois et français régional, chez Remy de Gourmont
Pour être le plus français de nos virtuoses de la plume, Remy de Gourmont n’a laissé d’affirmer sa normannité. Mutatis mutandis, ce qu’il affirmait, en défense de l’esthétique de la langue française: "C’est en fait de langage principalement qu’un peuple doit être nationaliste", pourrait se traduire ainsi: "C’est en fait de langage principalement qu’un Normand doit être normand". Après avoir rappelé ce qui s’entend par ces deux faces de la langue normande que sont le français régional et le patois, nous examinerons la façon dont cette langue s’est introduite dans l’œuvre de celui qui, avant de reposer au Père-Lachaise, hanta quelques lieux privilégiés par lui de la Normandie.

Ancien professeur au lycée de Coutances, où il a créé le site des Amateurs de Remy du Gourmont, vice-président du CARGO.
Dernière publication
Qui suis-je? Gourmont, éditions Pardès, novembre 2014.


Colette CAMELIN: Remy de Gourmont et Victor Segalen: convergences et divergences
"Il était tout à l’aube et le premier accueil et le premier Maître à mes débuts au Mercure", écrit Victor Segalen à la mort de Remy de Gourmont. Dès l’été 1901, l’étudiant de vingt-trois ans s’est adressé au Maître pour lui demander l’autorisation de mettre en musique un de ses poèmes et surtout pour l’entretenir de son projet de thèse, qui deviendra Les Cliniciens ès Lettres. Remy de Gourmont a témoigné de l’intérêt pour ce projet qui "tend à unir la littérature et la science". Il s’en est suivi des échanges intellectuels marqués par des convergences esthétiques et philosophiques à définir précisément, en relation avec Nietzsche et avec un autre "Maître" de Segalen, Jules de Gaultier. L’éloge de Stèles par Remy de Gourmont et par l’Amazone en a constitué le moment essentiel. Mais des divergences sont aussi significatives, autour de Gauguin et des Immémoriaux par exemple. En 1913, Segalen se montre critique à l’égard de certains textes de Gourmont qu’il juge "pailletés de journalisme". Il pourrait être aussi éclairant de comparer le "Gourmont" de Segalen à ceux de Cendrars et d’Apollinaire.

Colette Camelin est professeur émérite de littérature française à l’Université de Poitiers. Elle enseigne actuellement les humanités à SciencesPo (Reims). Après avoir publié une dizaine d’articles sur des textes de Segalen, elle a préparé, en collaboration avec Carla van den Bergh, une nouvelle édition de ses Premiers écrits sur l’art (Gauguin, Moreau, la sculpture) (Champion, 2011). Elle a écrit "Bovarysme et tragique" (Après le Bovarysme, numéro 9 de Fabula LHT dirigé par Marielle Macé). Elle a édité, avec Philippe Postel, le n°1 des Cahiers Victor Segalen (Le mythe de la Chine impériale) et le n°2 (Exotisme et altérité. Segalen et la Polynésie). Elle a organisé avec Marie-Paule Berranger, à Cerisy (8-15 juillet 2013) le colloque "1913 cent après: enchantement et désenchantement", dont les actes ont paru en 2015 aux éditions Hermann.

Clément DESSY: Quels illustrateurs pour Remy de Gourmont?
L’investissement de domaines et genres multiples caractérise l’œuvre de Remy de Gourmont, du roman à l’essai, de la critique d’art au conte. Écrivain polygraphe, Gourmont se forge un profil qui relève à la fois du multiple et du singulier, échappant aux prises d’une catégorisation littéraire traditionnelle cantonnée au "narratif" ou au "poétique". Il prend également son parti en peinture en faisant illustrer un grand nombre de ses ouvrages par de multiples artistes anciens ou contemporains, révélant indirectement ses prédilections. Parmi ses illustrateurs contemporains, on compte des figures variées comme Félix Vallotton, Maurice Denis, Charles Filiger, Georges d’Espagnat, Henry de Groux, Alfred Willette, Armand Seguin, André Rouveyre... davantage, Gourmont s’illustre lui-même pour Phocas (1895). Ces différents artistes, par leur contribution visuelle, participent de l’image publique que l’écrivain donne à voir. Les représentations que Gourmont se forge du métier d’illustrateur permettent aussi de comprendre son projet littéraire et son écriture. À travers ses illustrateurs et la place occupée par chacun d’eux dans le champ culturel, c’est aussi le positionnement et la trajectoire d’un écrivain que nous retracerons.

Clément Dessy est chargé de recherches du FNRS et maître de conférences à l’Université libre de Bruxelles. Ses recherches doctorales ont porté sur l’influence de la peinture des Nabis et de Paul Gauguin sur la littérature française (Les écrivains et les Nabis, PU Rennes, 2015). Membre du comité de rédaction des revues COnTEXTES et arText, il s’intéresse notamment aux rapports entre peinture et littérature, aux écrits d’artistes (publication en cours des écrits complets du peintre Fernand Khnopff) ainsi qu’aux échanges belgo-britanniques à l’époque du symbolisme.

Philippe GEINOZ: La place du commun. Penser la fonction de la poésie après Gourmont
Les poètes de la génération moderniste ont le plus souvent salué en Remy de Gourmont l’extraordinaire passeur, curieux de tout ce qui peut nourrir la pensée, occultant par là même le rôle joué par les réflexions de l’écrivain dans l’élaboration de poétiques cherchant à se détacher du symbolisme. Il est pourtant possible et intéressant de suivre la présence de Gourmont dans les propositions successives qui, de 1908 à 1918, s’attachent à redéfinir "l’image" poétique. Question large qui, à ce moment-là, préoccupe non seulement les poètes (Romains, Duhamel, Marinetti, Cendrars, Reverdy) mais également les peintres (Gleizes, Metzinger, Severini). Question centrale parce qu’elle met en jeu la fonction de l’œuvre, son rôle dans l’économie des discours, dans le jeu des signes et de l’accès qu’ils permettent, individuellement, au monde, selon un cadre d’interrogation et de pensée dont on constate qu’il est le cadre posé par Gourmont à partir de ses réflexions sur le cliché ou sur le style, ainsi que de son interprétation des limites de la poésie mallarméenne. Avant tout, Gourmont lègue aux jeunes poètes qui le lisent un problème, celui de la place du commun.

Vincent GOGIBU: Réception critique de Remy de Gourmont par Francis de Miomandre
Il semblerait que l’Histoire littéraire ait quelques amnésies. Ainsi Remy de Gourmont, pourtant considéré comme la "conscience critique de sa génération", et Francis de Miomandre, parmi les premiers lauréats du prix Goncourt et auteur d’une œuvre abondante et singulière, à l’activité critique soutenue et remarquée. Il accorda à Remy de Gourmont une attention assidue et lui témoigna une analyse critique à la fois pertinente et fine. Miomandre figure parmi les témoins majeurs de l’importance littéraire qu’eût Gourmont de son vivant. Considérer l’approche critique de Gourmont par Miomandre revient à en considérer évidemment l’impact, mais aussi à appréhender tout un prisme de revues littéraires, françaises et européennes, dans lesquelles Miomandre écrit et qui révèle l’importance de son réseau. À l’orée du XXe siècle où l’ombre majestueuse du Mercure de France s’étale encore pleinement, aux côtés de celles de La Phalange, L’Ermitage, et que celle de la NRF ne cesse de croître, considérer le regard de Miomandre sur Gourmont implique immanquablement de revenir sur l’importance des réseaux et revues de cette époque.

Franck JAVOUREZ: Gourmont et Régnier, entre baveux hystérique et dahlia mélancolique
"Je songe à ce dahlia, songeant à la poésie d’Henri de Régnier": le texte des Promenades littéraires fait ainsi l’éloge de Tel qu’en songe. Le compte-rendu que le même Gourmont avait fait du Bosquet de Psyché n’était pourtant pas d’une teneur identique. Vielé-Griffin, écrivant à Régnier, avait alors traité l’auteur des Fleurs de jadis de "baveux hystérique". Derrière les anecdotes, nous devinons les relations complexes de ceux qui se sont côtoyés durant des années au Mercure de France. Le portrait que Régnier signe de Gourmont, recueilli dans De mon Temps... (1933), transmet une image vivante, où transparaît l’émotion: "Il est notre Montaigne, notre Sainte-Beuve. Il est notre Gourmont". Là où les hommes ont pu se louer et s’irriter, les œuvres se retrouvent autour d’un éloge majeur de la sensualité. Nous esquisserons quelques réflexions sur les thèmes qui seraient communs à nos deux écrivains, en croisant leur poétique respective.

Franck Javourez achève une thèse sur "Henri de Régnier - Écriture et Libertinage" à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (Paris).

Alexia KALANTZIS: Remy de Gourmont médiateur culturel
La foisonnante collaboration de Remy de Gourmont aux périodiques littéraires et artistiques de son époque ne se limite pas à la publication d’articles et de textes littéraires. Il joue, notamment au sein du Mercure de France, mais aussi dans d’autres revues, un rôle de médiateur culturel. Les périodiques fin-de-siècle se présentent en effet comme des espaces ouverts sur l’international, et plus particulièrement sur l’Europe: un réseau européen de revues se crée et alimente des échanges culturels fertiles entre les pays, à partir de grandes figures de médiateurs. Dans cette perspective, je me propose d’étudier les chroniques de littérature étrangères de Gourmont au sein des revues françaises et étrangères, mais aussi son action plus vaste d’intermédiaire entre les cultures, à travers la correspondance avec les écrivains étrangers, l’organisation des rubriques du Mercure de France et l’inscription dans le réseau européen des revues.

Gérard POULOUIN: Remy de Gourmont et la sainteté
Gourmont s’est intéressé à de nombreux saints et à quelques saintes sous un angle académique dans Le Latin mystique. Il s’est alors agi de faire entendre des voix singulières, catholiques, sur quelques siècles. Loin de partager les soucis d’apologétique d’un Huysmans, un écrivain pieux, il examine poèmes, légendes, vies de saints, en savant attentif aux écrits des lettrés et au folklore populaire. Gourmont est aussi un esthète qui apprécie la naïveté des images pieuses, la sensualité de divers récits mettant en scène des saintes célébrées par l’Église: le voici auteur d’un livre sous le patronage de Filiger, Les saintes du paradis.
Gourmont adhère à des convictions qui l’amènent à s’opposer au protestantisme, et en particulier à Luther. Le catholicisme sauvegarde, à la différence de cette autre religion apparue tardivement, des traits du paganisme, en particulier dans l’évocation de quelques saints. Plus largement c’est l’école de la Troisième République qu’il convient de dénoncer, hostile à la culture du peuple des champs. Evoquer des figures de saints, tel François d’Assise, c’est valoriser toute une part de l’héritage culturel chrétien, à côté de l’attention portée au patrimoine architectural religieux.

Bibliographie
"L’ombre de Béatrice", L’Orne littéraire, n°13, 1988, p. 3-9.
"La célébration des cathédrales dans les écrits d’Arcisse de Caumont et de Remy de Gourmont", Chapitres et cathédrales en Normandie, Annales de Normandie, série des Congrès des sociétés historiques et archéologiques de Normandie, vol. 2, Caen, Musée de Normandie, 1997.
"Remy de Gourmont et le XVIIe siècle", Elseneur, n°15-16, 2000, Postérités du Grand Siècle, p. 239-272.
"Dix-neuf lettres à Octave Mirbeau", Nouvelle Imprimerie gourmontienne, n°1, 2000, p. 125-154 [présentation suivie des lettres annotées].
"Remy de Gourmont et Octave Mirbeau", Cahiers Octave Mirbeau, n°8, 2001, p. 341-363.
"Remy de Gourmont: de l’Ymagier à la Collection des plus belles pages", Travaux de littérature, XV, 2002, p. 177-195.
"Remy de Gourmont", Célébrations nationales 2008, Direction des Archives de France, 2007, p. 98-99.
"Gourmont: de la guerre, de la force et des civilisations", Actualité de Remy de Gourmont, Éditions du Clown lyrique, 2008, p. 295-317.
"Avant-propos", Modernité de Remy de Gourmont, Presses universitaires de Caen, 2010, p. 7-13.
"Dreyfus, Marchand et l’Allemagne", Modernité de Remy de Gourmont, Presses universitaires de Caen, 2010, p. 239-265.


Gaël PRIGENT: Huysmans, (re)lecteur du Latin mystique
Les points de divergence entre Huysmans et Gourmont sont nombreux, en particulier à partir de la publication du Latin mystique, de la préface de l’ouvrage signée par l’auteur d’À rebours, et de la brouille qui s’en suivit en 1892, au moment où JKH se met en route. Pourtant, il reste de non moins nombreux points de rencontre, quelques années plus tard, au moment où, ayant déjà donné son roman de conversion, Huysmans s’attaque lui aussi à quelque chose qu’on peut concevoir comme un traité de symbolisme, ou mieux encore de symbolique mystique: La Cathédrale. Qu’il s’agisse des pierreries, de la liturgie ou de la littérature mystique, Huysmans doit beaucoup à Gourmont, présent en filigrane dans ses développements. La dette n’est pas toujours reconnue. Elle prend souvent l’aspect de la critique ou de l’amendement. Mais elle est indéniable.

Enseignant en classes préparatoires, docteur en littérature française, spécialiste de Huysmans, Gaël Prigent a également consacré une partie de ses travaux à Remy de Gourmont, en particulier au Latin Mystique, dont il prépare une édition pour les éditions Classiques Garnier, mais également aux Promenades littéraires, ou à l’influence de Gourmont sur Jorge-Luis Borges.

Sandrine SCHIANO: Gourmont, médiateur, vulgarisateur et chroniqueur des sciences de son temps
L’évolutionnisme scientifique est un domaine d’études qui a toujours fasciné Remy de Gourmont. La lecture des Souvenirs entomologiques de Jean-Henri Fabre, des Controverses transformistes d’Alfred Giard ou des théories, qu’il trouvait fort hardies, du biologiste René Quinton sur la lutte contre le milieu, allait faire naître en lui "l’idée d’une philosophie où l’homme ne tiendrait plus toute la place, mais seulement une place au milieu de la série animale"[1]. Transposant ses angoisses et ses attentes dans le domaine de l’histoire naturelle, Gourmont assiste au triomphe du mutationnisme avec les travaux du botaniste néerlandais Hugo de Vries, avec sans doute l'intention, comme il l’analyse dans son essai Le Chemin de velours, d’enrayer l’optique darwinienne faisant de l’homme la "dernière œuvre de la force créatrice"[2]. Nous pourrions également nous interroger sur l'actualité de cette réception en revenant sur quelques-uns de ses essais dont Physique de l’amour, Le Chemin de velours ou de ses Promenades philosophiques car, comme le confessera quelques années plus tard cet amateur de promenades littéraires et philosophiques, "la théorie transformiste était trop belle, trop séduisante pour être, je ne dirai pas vraie, mais exacte"[3]...
[1] Cité par Karl D Uitti, La Passion littéraire de Remy de Gourmont, Princeton & Paris, 1962, p. 75.
[2] Remy de Gourmont, Physique de l’amour, p. 16 et 13; "La place de l’homme dans la nature", Promenades philosophiques, op. cit., p. 713.
[3] Remy de Gourmont, "Évolution et révolution", La Dépêche de Toulouse, 9 septembre 1910.

Sandrine Schiano a participé au Cahier de l'Herne en 2003, à l'ouvrage collectif Actualité de Remy de Gourmont en 2008 et une communication (actuellement sous presse) "Fictions naturalistes et récits d'animaux chez Gourmont, Maeterlinck et Renard" pour le colloque de Paris III Histoire naturelle des animaux dans la littérature de langue française.


Julien SCHUH:
Gourmont et les masques
Le Livre des Masques est souvent présenté comme une sorte de Panthéon symboliste: les textes synthétiques de Gourmont, conçus comme des commentaires aux portraits gravés dans le style volontairement naïf des imagiers médiévaux par Vallotton, forment deux volumes de critique à l’allure intemporelle, une fois les traces de leur insertion dans les petites revues de l’époque éliminées. Pourtant, le Livre des masques est issu d’un projet dont les ambitions étaient très différentes. En décembre 1891, Gourmont propose non pas à Vallotton, mais à Maurice Denis, d’illustrer des "portraits de poètes et de romanciers symbolistes" sur le modèle des Hommes d’aujourd’hui de Vanier — portraits destinés à un journal, L’Écho de France (Correspondance, I, p. 244). Gourmont envisage même de faire écrire les notices par un journaliste du Temps, Ludovic Naudeau. Ce projet se rapproche davantage des interviews d’écrivains alors à la mode grâce à Jules Huret et son Enquête sur l’évolution littéraire que de la critique symboliste; en reconstruisant la genèse du Livre des Masques, on peut redéfinir la relation de Gourmont au monde du journalisme et expliquer plus précisément par quels types de déplacements esthétiques et théoriques il configure un espace pour le discours des avant-gardes de son époque dans le champ médiatique fin-de-siècle.

Julien Schuh, maître de Conférences à l’Université de Reims Champagne-Ardenne, est spécialiste d’Alfred Jarry et de la littérature fin de siècle (Alfred Jarry, le colin-maillard cérébral, Champion, 2014). Il dirige le projet PRELIA (Petites Revues de Littérature et d’Art), destiné à produire une base de données des revues d’avant-garde entre 1870 et 1940 (URL: http://prelia.fr).

Stéphanie SMADJA: Remy de Gourmont et l'imaginaire du style
À partir de 1850, la littérature s’écarte à la fois de la rhétorique et de la langue commune. Accédant à une forme d’autonomie, elle se redéfinit à partir du primat de l’esthétique. Si la poésie règne sans partage jusque-là, la prose, grâce à Flaubert et Baudelaire, fait une entrée remarquée dans une littérature en pleine redéfinition (les deux phénomènes sont éminemment liés). La notion de style, de plus en plus liée à l’idée de littérature, joue un rôle majeur dans ce bouleversement des hiérarchies esthétiques et des frontières génériques. En 1902, Remy de Gourmont publie un recueil d’essais, sous le titre Le Problème du style: questions d’art, de littérature et de grammaire. La préface annonce une réfutation et un positionnement contre les ouvrages didactiques d’Albalat. Quelle est la représentation du style proposée par Remy de Gourmont? Quels sont son rôle et sa place dans l’imaginaire de la langue littéraire?

Normalienne, agrégée de lettres modernes, Stéphanie Smadja enseigne la stylistique et la linguistique françaises à l’UFR Lettres Art Cinéma de l’Université Paris Diderot. Ancienne directrice adjointe de l’UFR, responsable des projets pédagogiques et des relations internationales pour l’Institut des Humanités de Paris, elle est spécialiste de l’histoire de la prose aux XIXe et XXe siècles.
Publications
La "Nouvelle Prose française". Étude sur la prose narrative au début des années 1920, Bordeaux, Presses Universitaires de Bordeaux, "Poétique et stylistique", 2013.
Cent ans de prose française 1850-1950. Invention et évolution d’une catégorie esthétique, Garnier, coll. "Investigations stylistiques", à paraître.


Alexis TCHOUDNOWSKY: Remy de Gourmont, philosophe du désarroi?
De quel "désarroi" peut-il s'agir en ce titre, en ce concept répété nulle part ailleurs que dans le texte ainsi désigné? L'exégèse bibliophilique nous apprend que Le Désarroi a supplanté un autre roman, Le Destructeur; le personnage principal de Salèze leur est commun. Le Destructeur évoque le Gary de Lady L. et de L'homme à la colombe, et Le Désarroi, les concepts philosophiques d'angoisse chez Kierkegaard ou celui de résignation chez Chestov. Le pur prétexte romanesque semble avoir été rejeté par Gourmont au profit d'un parti pris philosophique assumé, quand bien même de façon paradoxale c'est-a-dire philosophiquement contre la Philosophie. N'est-ce donc pas là le désarroi en question, le simple fait qu'on doive se rendre à la raison malgré tout et qu'on n'échappe pas à la fatalité de la raison à moins de sombrer dans l'absurde, l'horreur ou la folie? On n'est pas loin de Dostoïevski non plus, jusque dans le traitement ridiculisant de l'anarchisme de groupes dont le prétexte romanesque et comique permet néanmoins, chez Dostoïevski comme chez Gourmont, de développer une pensée originale. L’enjeu de cette intervention sera d’envisager Gourmont du point de vue de la singularité stylistique et théorique du roman inédit, Le Désarroi, en avançant certaines pistes de réflexion sur les influences et congruences philosophiques dont ce texte unique pourrait être le révélateur, notamment en rapport à Nietzsche, Kierkegaard et Chestov.

Alexis Tchoudnowsky est Docteur en Philosophie diplômé de l’Université d’Oxford (Royaume-Uni).

Patrick THÉRIAULT: Caveat lector, lecture et jouissance littéraires dans le prologue D’un pays lointain
Comme l’y prédispose son inscription liminaire, le texte éponyme servant de prologue au recueil de contes D’un pays lointain (1898) est surdéterminé sur le plan herméneutique. Dans la trame chargée de ce conte poétique en prose, où se condensent certains des plus signifiants motifs de la fantasmatique gourmontienne et de l’imaginaire symboliste, et où se greffent en plus de nombreux raccords intertextuels (à Baudelaire, Villiers, Rimbaud...), tous les éléments constitutifs de ce que l’on associe au contrat de lecture sont formulés. Mais Gourmont ne se contente pas d’y énoncer les conditions de lecture de son recueil; il y livre aussi — sur un mode suggestif, qui est en lui-même révélateur — les termes cardinaux de sa conception de la lecture littéraire, en insistant plus précisément sur ce qui constitue pour lui tout à la fois le cœur vivant et la source de danger potentiellement mortel de cette pratique: le rapport à l’Idéal. C’est cette conception de la lecture, qui se déplie comme un véritable programme d’économie pulsionnelle et existentielle, et qui ouvre par là même à une réflexion d’envergure proprement herméneutique, que je me propose d’exposer.

Patrick Thériault est professeur de littérature française à l’Université de Toronto et président de l’Association canadienne d’études francophones du XIXe siècle (ACÉF 19). Ses recherches portent principalement sur la modernité poétique, l’histoire des idées au XIXe siècle et les problématiques d’ordre herméneutique. Il se consacre actuellement à un projet de recherches sur le conte en prose symboliste, qui fait une large place à l’œuvre de Gourmont.
Publications
Le (dé)montage impie de la Fiction: la révélation moderne de Mallarmé, Paris, Champion, "Romantisme et modernité", 2010.
(Codirection d'une collectif autour du thème de l’athéisme au XIXe siècle): Composer avec la mort de Dieu: littérature et athéisme au XIXe siècle, Québec / Paris, Presses de l’Université Laval et Hermann, 2014.


BIBLIOGRAPHIE :

Actualité de Remy de Gourmont, sous la direction de Vincent Gogibu et Nicolas Malais, Paris, éditions du Clown lyrique, 2008.
Boyer, Anne, Remy de Gourmont. L'écriture et ses masques, Paris, Champion, 2002.
Dantzig, Charles, Remy de Gourmont. Cher Vieux Daim !, Paris, Grasset, (1990) 2008.
Gourmont, Cahier de L’Herne, Paris, 2003.
Gourmont, Remy de, Les Arts & les Ymages, précédé d'une étude de Bertrand Tillier, 2006.
Gourmont, Remy de, La Culture des idées, préface de Charles Dantzig, Paris, coll. "Bouquins", Robert Laffont, 2008.
Gourmont, Remy de, Sur Lautréamont, textes choisis et présentés par Christian Buat, Paris, éd. du Sandre, 2010.
Gourmont, Remy de, Sur Rimbaud, textes choisis et présentés par Christian Buat, Paris, éd. du Sandre, 2010.
Gourmont, Remy de, Correspondance, 1858-1899, 1900-1915, (2 tomes), lettres réunies, annotées et préfacées par Vincent Gogibu, Paris, éditions du Sandre, 2010.
Gourmont, Remy de, & divers collaborateurs du Mercure de France, À propos de Maupassant, textes présentés par Christian Buat, Scripsi, hors-série n°1, Bulletin du site des Amateurs de Remy de Gourmont, 2012.
Gourmont, Remy de, À propos de Flaubert, textes choisis par Christian Buat, Scripsi, hors-série n°2, Bulletin du site des Amateurs de Remy de Gourmont, octobre 2013, 150 p.
Kalantzis, Alexia, Remy de Gourmont créateur de formes. Dépassement du genre littéraire et modernisme à l’aube du XXe siècle, Paris, Champion, 2012.
Modernité de Remy de Gourmont, Actes du colloque tenu à l’Université de Caen (14-15 novembre 2008) réunis par Jean-Claude Larrat et Gérard Poulouin, Presses universitaires de Caen, 2010.

Organisé dans le cadre des Célébrations nationales 2015,
avec le soutien
de l'Université de Reims-Champagne-Ardenne,
du Conseil départemental de la Manche,
  de la Communauté du Bocage coutançais
et du CARGO - Cercle des Amateurs de Remy de Gourmont