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" Page mise à jour le 9 mai 2012
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DU LUNDI 16 JUILLET (19 H) AU LUNDI 23 JUILLET (14 H) 2012



L'ARCHI-POLITIQUE DE GÉRARD GRANEL


DIRECTION : Alain LESTIÉ, Elisabeth RIGAL

ARGUMENT :

Les questions que Gérard Granel qualifie d’"archi-politiques" sont des questions visant à déterminer les configurations propres au monde mondialisé et à en saisir la "loi la plus intime". Leur instruction montre que les piliers de notre monde sont, d’une part, l’invention du "savoir automate" et de l’"ingéniérie de la nature", et, d’autre part, la constitution de sociétés dont le véritable moteur est le "cynisme de la production". Elle montre aussi, en recroisant les analyses marxiennes de la "Forme-Capital" et la question heideggérienne de la technique planétaire, qu’un tel monde ne peut en aucune façon "faire-monde". Or, pour déterminer ce qu’est le "faire-monde", Granel mobilise la phénoménologie qu’il conçoit comme une "philosophie de l’Ouvert" faisant retour à notre mode premier d’être-au-monde (la perception) et travaillant à sortir "l’offre du sensible" de son retrait, si bien que, de proche en proche, ses questions d’archi-politique le conduisent à ré-articuler la fameuse distinction heideggérienne Welt–Umwelt, notamment pour montrer que seul un usage "irréalisant" du langage peut dire le "phénomène du monde".

La rencontre se propose d’explorer ce qui fait l’unité de ce parcours singulier et d’en indiquer les enjeux, afin de mieux le comprendre et de déterminer sa place dans le champ contemporain, ainsi que sa capacité à relancer certains débats en cours.

CALENDRIER PROVISOIRE :

Lundi 16 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Mardi 17 juillet
Matin:
Conférence d'ouverture
Michel DEGUY: La philosophie dans le texte, le texte dans la langue, la langue dans les tours de langue

Après-midi:
Olivier BLOCH: D’un Descartes l’autre: contribution à l’histoire de la conspiration des ego
Martin RUEFF: "Une interprétation en forme et toute hérissée de décisions": Granel, lecteur de Kant
Eliane ESCOUBAS: L'archi-phénoménologie de Gérard Granel


Mercredi 18 juillet
Matin:
Xavier PAPAÏS: La carte humienne
Didier DELEULE: Triomphe du modèle domestique et paupérisation du politique

Après-midi:
Pierre ZAOUI: Qu’est-ce qu’un esprit libre après Dieu?
Marc GOLDSCHMIT: Granel, Derrida. Le théologico-politique à l'épreuve du judéo-chrétien

Soirée:
Rencontre autour des dessins d'Alain Lestié
Alain LESTIÉ: L’intransigeance
Débat avec Michel DEGUY, Elisabeth RIGAL et Eric CLÉMENS


Jeudi 19 juillet
Matin:
Jérôme LÈBRE: Plus loin que l'éthique - jusqu'où?
Miguel GIUSTI: "Nous, petits hommes de la monoculture": un archi-phénomène éloquent

Après-midi:
DÉTENTE


Vendredi 20 juillet
Matin:
Rosemary RIZO-PATRON LERNER: La revanche du provisoire et le punctum caecum de la phénoménologie de la perception
Alain DAVID: Le beau français, un peu équivoque, de Gérard Granel

Après-midi:
Florian FORESTIER: Le monde et son expression
Elisabeth RIGAL: L’inflexion wittgensteinienne
Eric CLÉMENS: Lacan avec Granel: Hors sujet?


Samedi 21 juillet
Matin:
Pierre-Philippe JANDIN: Un monde "dé-mondé"?
Françoise FOURNIÉ: De l’aisthesis à la politeia: topographie du pays de matérialisme

Après-midi:
Adrian SIRBU: Lisibilité et apparition du monde: conditions de l’archi-politique de Granel
Alessandro TREVINI BELLINI: Suspension du Capital-Monde par la production de la jouissance. Gérard Granel lecteur de Marx


Dimanche 22 juillet
Matin:
Andrea CAVAZZINI: Des réinscriptions: l’énigme de la production et le marxisme italien
Léonid KHARLAMOV: Le Marx de Granel et le Marx de Lacoue-Labarthe

Après-midi:
Franck FISCHBACH: La « production du monde »
André TOSEL: Le monde du capital et son destin ontologique dans la pensée de Granel


Lundi 23 juillet
Matin:
Conférence de clôture
Jean-Luc NANCY:
"Ni le voir, ni l’avoir"
Répondante
Danielle COHEN-LEVINAS: "Le négatif même"

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Olivier BLOCH: D’un Descartes l’autre: contribution à l’histoire de la conspiration des ego
La très ancienne amitié, sur fond de tension théorique et pratique concernant dès lors la religion (christianisme vs athéisme) et la politique (le communisme – né avec la Conspiration des Égaux), qui m’a lié à Gérard Granel, puis éloigné de lui, me conduira à confronter les vues qu’il expose à l’occasion sur Descartes et son égologie, et celles auxquelles je recours en histoire de la philosophie, et aussi de la littérature (histoire historique vs histoire historiale), ce qui pourra me ramener à mon point de départ.

Né en 1930, ancien élève de l’ENS (Ulm), ancien pensionnaire de la Fondation Thiers, agrégé de philosophie, Olivier Bloch a été, après sa thèse de doctorat dirigée par Henri Gouhier sur La philosophie de Gassendi (1970), assistant puis maître-assistant de philosophie à la Sorbonne, maître de conférence et professeur sans chaire à l’Université de Paris XII-Val de Marne, et professeur à l'Université de Paris I-Panthéon-Sorbonne.
Ses travaux et intérêts portent sur la philosophie antique (aristotélisme et épicurisme), le matérialisme et son histoire (Le matérialisme, collection Que sais-je?, Paris, 1985, 19952, – Matière à Histoires, Paris, 1997), la littérature philosophique clandestine des 17ème et 18ème siècles (Parité de la vie et de la mortLa Réponse du médecin Gaultier, Oxford et Paris, 1993 — les Lettres à Sophie, Paris, 2004), et Molière (Molière/Philosophie, Paris, 2000, – Molière : comique et communication, Paris, Le Temps des Cerises, 2009). Il a publié sous un nom d’emprunt des textes d’un autre ordre, et envisage d’en publier encore.


Andrea CAVAZZINI: Des réinscriptions: l’énigme de la production et le marxisme italien
Dans son étude de la catégorie marxienne de "production", Gérard Granel a rencontré le marxisme italien notamment par le biais d’une confrontation très-serrée avec la pensée de Gramsci. Assez curieusement, il semblerait qu’il n’ait eu aucune connaissance des courants marxistes critiques qui, à partir des années 1960, donneront vie d’abord au courant "opéraïste", ensuite aux mouvances extra-parlementaires qui conflueront, dans les années 1970, dans le mouvement de l’Autonomie ouvrière. Cette non-confrontation est d’autant plus digne d’être interrogée que ces courants, en interrogeant le statut du concept de production et le rapport technique-capitalisme, recouperont souvent des préoccupations de Granel; et qu’ils se confronteront explicitement avec les grands diagnostics portant sur le destin du monde moderne (ceux de Weber et Heidegger en particulier). Une réflexion particulière mérite, dans ce cadre, le concept de "classe ouvrièré" qui, s’il désigne le ressort principal de la production capitaliste, n’en fait pas moins allusion à un collectif au-delà de la production.

Andrea Cavazzini, né en 1978, est post-doctorant à l’Université de Liège. Il est membre du Groupe de Recherches Matérialistes et de l’association "Louis Althusser". Ses travaux portent en particulier sur l’histoire du marxisme et du mouvement communiste, notamment dans l’Italie des années 1960-1970.
Travaux récents
Enjeux et trajets de la "centralité ouvrière". Ligne de classe et militantisme de base en Italie (1960-1980),
 http://www.europhilosophie.eu/recherche/IMG/pdf/GRM5e_annee._Cavazzini_24.09.11.pdf
La séquence rouge italienne (dir.), "Cahiers du GRM, II", http://www.europhilosophie-editions.eu/fr/spip.php?article77
Le sujet et l’étude. Idéologie et savoir dans le discours maoïste. Suivi de Dialogue avec Yves Duroux, Le Clou dans le Fer, Reims, 2009.

Eric CLÉMENS: Lacan avec Granel: Hors sujet?
La pensée de Gérard Granel, marquée par la phénoménologie et la question de la perception, n’a pas évité la confrontation avec la psychanalyse et, en particulier, avec Jacques Lacan. Depuis un même rapport ambivalent à Heidegger et même à Merleau-Ponty, par-delà l’opposition vaine entre philosophie et antiphilosophie, tous deux ne dépassent-ils pas la structure pour ouvrir la question du sujet depuis le langage? Plus encore, pour une pensée de l’archi-politique chère à Granel, ne se croisent-ils pas dans la reprise historiale de Marx par l’analyse du "plus-de-jouir" (Lacan) et des "formes (forme-valeur, forme-capital, ...)" (Granel)?

Né à Bruxelles en 1945. Philosophe et écrivain. A participé, avec Christian Prigent et Jean-Pierre Verheggen, pendant près de 24 ans, à l’aventure littéraire de la revue TXT. A publié avec Francine Loreau les inédits de Max Loreau. A collaboré avec plusieurs peintres.
Principales publications
Le même entre démocratie et philosophie, éditions Lebeer-Hossmann, collection "Philosophiques", Bruxelles, 1987, 242 pp.
La fiction et l'apparaître, Albin Michel, collection Bibliothèque du Collège International de Philosophie, Paris, 1993, 284 pp.
Un mot seul n’est jamais juste. Pour une démocratie des alternances, éditions Quorum, Louvain-la-Neuve, 1998, 151 pp.
Façons de voir, Presses Universitaires de Vincennes, coll. Esthétique/hors cadre, Paris, 1999, 157pp.
La démocratie en questions, avec Erwin JANS, éd. La lettre volée, cahier Passa Porta, Bruxelles, 2010, 112 p.
Les brisures du réel. Essai sur la transformation de l’idée de "nature", éditions Ousia, Bruxelles, 2010, 208 p.
Opéra des Xris, fiction poétique, éditions TXT/Limage2, Paris, 1984.
De r'tour, fiction poétique, éd. TXT, Paris, 1987.
L'Anna, roman, éditions Le Quartanier, Montréal/Les Impressions Nouvelles, Paris-Bruxelles, 2003.
Trois fois non, Les éditions du soir au matin, avec des encres de Pierre Soletti, Merville, 2009.
Mythe le rythme. Des choses de la dénature, Saint-Etienne-les-Orgues, 2011.
La revue Il particolare lui consacre un ensemble à paraître en septembre 2012.


Didier DELEULE: Triomphe du modèle domestique et paupérisation du politique
La mise en relation de diverses figures (affaiblissement, appauvrissement, paupérisation) rencontre son lieu d’exercice privilégié dans ce qu'on appellera le modèle domestique du politique qui effectue de nos jours un retour fracassant sur la scène politico-médiatique, alors même que certains courants de la pensée politique moderne n’avaient eu de cesse d’en dénoncer les méfaits. A partir de ces concepts, on s'interroge aussi sur la valeur de l'utopie et de la dystopie, ainsi que sur la forme de gouvernement souhaitable pour notre époque.

Professeur émérite de Philosophie comparée des sciences sociales (Université Paris Ouest Nanterre-La Défense), président de la Société française de philosophie.
Publications liées au sujet du colloque
Le corps productif (en collaboration avec François Guery), Paris, Mame, collection "Repères", n°1, 1972 (trad. espagnole et anglaise).
Hume et la naissance du libéralisme économique, Paris, Aubier-Montaigne, collection "Analyse et Raisons", 1979 (trad. italienne).

Eliane ESCOUBAS: L'archi-phénoménologie de Gérard Granel
C’est avec la phénoménologie de Husserl et Heidegger que tout a commencé pour Gérard Granel. Les commencements sont aussi origine. L’origine est orient – cet orient qui sans cesse sort de lui-même pour revenir à lui-même, à la fois le même et autrement. De Husserl à Heidegger, la phénoménologie fut cet origine-orient, cette archê-arche de tous les écrits et actes de Gérard Granel: telle sera notre investigation.

Livres publiés
Imago Mundi - Topologie de l'art (Paris, Galilée, 1986)
L'espace pictural (La Versanne, Encre Marine, 1995 - 2ème édition augmentée, 2011)
L’esthétique (Editions Ellipses, Paris, 2004)
Questions heideggeriennes (Stimmung, Logos, traduction, poésie) (Ed. Hermann, Paris, 2010)
Des traductions
de: HUSSERL: Recherches phénoménologiques pour la constitution (Ideen II) (Paris, P.U.F. - Epiméthée, 1982)
de: ADORNO: Kierkegaard - Construction de l’esthétique (Paris, Payot, 1995)
Direction de volumes collectifs
Art et  Phénoménologie: Direction du n°7 de la revue La Part de l'Oeil (Bruxelles, 1991)
L’art au regard de la phénoménologie, P.U.M. Toulouse le Mirail, 1994
Phénoménologie et esthétique, Encre marine, La Versanne, 1998
Phénoménologie française et phénoménologie allemande - Deutsche und Französische Phänomenologie, co-édition avec B. Waldenfels (L'Harmattan,  Paris, décembre 2000)
Art et pathologies au regard de la phénoménologie et de la psychanalyse, co-direction avec Caroline Gros (Ed. du Cercle herméneutique, Coll. Phéno. 2005)
Affect et affectivité de l’époque classique à la phénoménologie, co-édition avec L. Tengelyi (L’Harmattan, 2007)

Franck FISCHBACH: La "production du monde"
Nous partirons de la proposition de Granel selon laquelle: "être-au-monde, c’était [pour Heidegger] être-à-la-tâche" (Etudes, p.149); nous expliquerons les raisons pour lesquelles cette proposition devient pour nous celle-ci: "être-dans-le-monde, c’est être-au-travail". A partir de là, nous poserons la question de savoir ce qui nous prive de l’expérience du monde aujourd’hui et nous examinerons la réponse donnée par Granel, à savoir qu’il s’agirait du travail lui-même dès lors qu’il n’est plus "simple" travail, mais travail historiquement déterminé comme production de richesse. Mais comment donc le travail peut-il être à la fois ce qui nous ouvre la dimension du monde, ce qui nous place dans la dimension du monde, et ce qui nous en prive? N’est-ce pas quelque chose d’autre que le travail qui nous prive de la dimension du monde, par exemple quelque chose comme "la richesse" ou le capital? Mais alors, comment le capital peut-il être vu par Granel comme la forme de notre monde, s’il est par ailleurs le grand privateur de monde? Et peut-on envisager, à partir du travail, une (nouvelle) expérience du monde comme monde social?

Franck Fischbach est professeur à l’université de Nice Sophia-Antipolis où il enseigne l’histoire de la philosophie allemande moderne et contemporaine, ainsi que la philosophie sociale; il est l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels: La privation de monde (Vrin, 2011), Manifeste pour une philosophie sociale (La Découverte, 2009), Sans objet (Vrin, 2009).

Florian FORESTIER: Le monde et son expression
Gérard Granel a commencé son parcours comme phénoménologue, comme lecteur et traducteur de Husserl. S'il s'est rapidement éloigné de celui-ci pour rejoindre les filiations de Heidegger et de Wittgenstein et élaborer, avec et après eux, une pensée du monde, celle-ci mobilise cependant un certain nombre de questions proprement phénoménologiques reconduites et en quelque sorte risquées au-delà de la phénoménologie classique et des pouvoirs de sa terminologie. Il s'agit en effet pour Granel de retrouver le sensible et la sensiblité aux lisières de la mondanité: sensible silencieux, insistance secrète d'un "toujours déjà là", mais aussi, déjà, sensible stylé, articulant quelque chose comme des "idéalités du visible". Nous nous intéresserons à cette pensée de l'étoffe sensible du monde et la mettrons en rapport avec d'autres percées phénoménologiques ou non-phénoménologiques vers une semblable énigme — exemplairement, la pensée des essences sauvages développée par Marc Richir prolongeant les esquisses laissées par Merleau-Ponty.

Florian Forestier, né en 1981, a soutenu sous la direction d'Alexander Schnell une thèse sur "Le réel et le transcendantal. Enquête sur les fondements spéculatifs de la phénoménologie et le statut du phénoménologique". Ses travaux portent sur la phénoménologie et sur les figures contemporaines de la pensée - dans leur lien à la fois au transcendantalisme et à la déconstruction. Il est actuellement chargé de collection à la Bibliothèque nationale de France (département Littérature et art).
Principaux articles
"The Phenomenon and the Transcendental. Jean-Luc Marion, Marc Richir and the Issue of Phenomenalization", à paraître dans la Continental Philosophy Review, 2012.
"Mathématiques et concrétude phénoménologique", Annales de phénoménologie, n°10/2012.
"Sens et composition. Quelques remarques sur la pensée du sens et de l’art chez Jean-Luc Nancy", actes du colloque Making Sense. For an effective aesthetic, tenu à l’Université de Cambridge en octobre 2009, Peter Lang, 2011.
Ouvrages (en préparation)
La Phénoménologie génétique de Marc Richir, proposé pour la collection "Phenomenologica" (Springer), en cours d’examen par le comité de lecture.
Le Réel et le transcendantal, en cours d’écriture, achèvement prévu pour automne 2012.
Dialectiques, en cours d’écriture, achèvement prévu pour automne 2012.


Françoise FOURNIÉ: De l’aisthesis à la politeia: topographie du pays de matérialisme
Dans un cours sur la Mathesis universalis, Gérard Granel affirmait que la tâche et la responsabilité du penseur consistaient à relever, dans les textes de la tradition philosophique, la cartographie de "lieux de pensée hors-métaphysique" afin de tenir et élargir "le pays de matérialisme". Le pays de matérialisme est l’espace où se déploie un questionnement ontologique, axé sur le "comment" de tout réel, qui découvre que "ce qui n’apparaît pas dans les formes de sa propre apparition – le réel, l’essentiel, le vrai – est lui-même “forme”", c’est-à-dire un ir-réel non productible si ce n’est par le détour du langage, dans un tour d’écriture. En sorte que le penseur matérialiste est précisément celui qui pense, non le matériel, mais le formel de l’existence ordonnée au faire-monde du monde. Dès les Manuscrits de 1844, Marx insiste sur le caractère "universel" du percevoir humain, où il situe le germe de l’humaine "industrie"; suivant cette remarque granélienne, nous tenterons donc de parcourir les frontières du pays de matérialisme, telles qu’Aristote les fraie depuis l’analyse de l’aisthesis comme logos jusqu’à la politeia comme pratique fondamentale du bien-vivre ensemble.

Ancienne élève de Gérard Granel. Professeur de philosophie.
Publications
"La part de l’ombre", in Granel, l’éclat, le combat, l’ouvert, Éd. Belin, coll. L’extrême contemporain, Paris, 2001.
"Quelques notes pour rejouer Marx", in revue Kairos, P.U.M. Toulouse, 2003.
"“Le ciel abyssal” de Granel le magnifique", in revue Critique, n°684, mai 2004.
"Jean-Jacques Rousseau ou le courage de l’impouvoir", à paraître en 2012 aux Éd. T.E.R., Bramepan.
"Les lieux du monde", à paraître en 2012 au G.R.E.P. Midi-Pyrénées, Midi-Pyrénées--Impression Toulouse.


Miguel GIUSTI
Professeur et directeur du Centre d´études philosophiques à la Pontificia Universidad Católica du Pérou. Doctorat en philosophie par l’Université de Tübingen, Allemagne.
Auteur, entre autres, des livres suivants: La crítica de Hegel al mundo moderno (1987), Alas y raíces. Ensayos sobre ética y modernidad (1999), El retorno del espíritu. Motivos hegelianos en la filosofía práctica contemporánea (2003), Tras el consenso. Entre la utopía y la nostalgia (2006), El soñado bien, el mal presente. Rumores de la ética (2008), Tolerancia: El estado de la cuestión (2010) y La cuestión de la dialéctica (2011).


Pierre-Philippe JANDIN: Un monde "dé-mondé"?
On peut considérer que la question du "monde" permet d’être sur la piste de la pensée de Gérard Granel. Dès 1972, dans Traditionis traditio, au cours de son analyse de la "gigantomachie" qui mit aux prises Husserl et Heidegger, il soutient que le "phénomène du monde" est "au centre de tous les autres". Dans sa note Apolis, il nous invite à "mesurer la disparition du monde" et corrélativement, ajoutons-nous, celle de la Polis, deux formes de l’exister pour un "nous tous". Ce "nous tous", tout ce monde, nombreux, proliférant est exposé à ce qui vient, dont on ne sait s’il s’agit encore d’un monde. Il nous semble nécessaire de questionner ce dernier mot, lié aux notions de "phénomène", de "forme", de "figure" et d’"infini". Notre tâche est de relire les textes de Granel; nous aurons aussi présents à l’esprit, dans leur proximité et leur écart, ceux de Jean-Luc Nancy. Il pourra être fructueux d’exposer l’un à l’autre ces deux penseurs qui se mesurent tous deux à l’héritage religieux et métaphysique de l’Occident. Peut-être engagent-ils à affronter la chance et/ou le risque d’une an-archie de l’apolis et de mondes "évanescents"?

Professeur de Philosophie, Directeur de séminaire au Collège International de philosophie. Travaille sur les rapports entre philosophie, théologie et politique.
Auteur de Jean-Luc Nancy: retracer le politique, Eds. Michalon, coll. Le Bien Commun, 2012.


Jérôme LÈBRE
Jérôme Lèbre enseigne la philosophie en classes préparatoires littéraires (Saint-Quentin). Il est membre de l’Institut des hautes études en psychanalyse. Ses travaux portent sur l’idéalisme allemand et sur la pensée française contemporaine.
Dernier ouvrage paru: Vitesses, éditions Hermann, 2011.


Alain LESTIÉ: L’intransigeance
Autour d’une brève réflexion sur la question de l’intransigeance, comme elle se manifeste dans la pensée de Granel, celle d’un projet intellectuel qui n’admet aucune altération de son principe, il s’agirait de tenter de comprendre comment toute œuvre, si elle veut légitimer ce terme, s’oblige à la rigueur d’une réflexion de sa situation, dans ce que Granel nommait "le monde mondialisé". Et comment seule l’exigence d’un détachement, à la fois retrait et résistance, de son contexte détermine non seulement la singularité d’un projet ouvert, mais les moyens de son élaboration, de son "expression du monde".

Jean-Luc NANCY
JL Nancy, professeur émérite à Strasbourg, a soutenu sa thèse d’Etat en 1988 sous la direction de Gérard Granel ; il a écrit un commentaire du dernier article de celui-ci ("Loin de la kénose, jusqu’où ?") et codirigé avec Elisabeth Rigal le volume d’hommage Granel, l’éclat, le combat, l’ouvert en 2001; il participe en 2012 à la journée du Collège international de philosophie sur l’ouvrage posthume Apolis.

Xavier PAPAÏS: La carte humienne
Il s'agira d'exprimer en quoi l'étude de Hume (sa lecture et son édition, en particulier pour les écrits politiques) a pu jouer un rôle majeur dans la pensée de Gérard Granel, son dialogue avec Marx et Gramsci, comme avec l’empirisme anglo-saxon, ouvrant à des territoires oubliés, ou encore inconnus. En effet, selon Granel, la pensée de Hume (plus encore que celle de Kant) dessinait la cartographie d’un nouveau paysage (d’un autre monde, d’une autre scène), qu’on se propose d’orienter. Il s’agit donc de montrer comment Hume fut le lieu d’une révolution théorique majeure, dont la Révolution Française est aussi une expression directe. Ainsi:
- comment  Hume anticipa la Krisis dont est parti Granel (Hume fut toute sa vie l’obsession de Husserl) ;
- comment il fournit de puissants moyens (prophétiques) pour l’analyse de la politique moderne – spécialement ses dimensions aberrantes ou monstrueuses ;
- comment (et par-delà un profond pessimisme — son "cynisme", disait Granel — typiquement "baroque": pascalien) Hume tenta d’ouvrir in medias res une dimension praticable pour la dignité humaine ;
- comment il dégagea une liberté morale et politique qu’il concevait d’après l’expérience des résistances. Sous certaines conditions précises, celle-ci parvient à courber ou infléchir la trajectoire écrasante des pouvoirs, mouvement implacable dont Hume savait quelque chose, y compris sur lui-même.

Anthropologue et philosophe, X. Papaïs a étudié à l’Ens de Paris, puis enseigné aux universités de Berkeley, Clermont, Lyon, Venise, avant d’exercer à Paris, à l’Ens et à l’Ehess, où il anime un séminaire de recherches sur l’anthropologie de la magie. Il prépare depuis longtemps un ouvrage sur le système de David Hume.
"Folies sacrées. Délire et pouvoir selon Hume", in: Figures du Théologico-politique, Paris, Vrin, 1999 (50 p.).


Elisabeth RIGAL: L’inflexion wittgensteinienne
Gérard Granel a découvert Wittgenstein à la fin des années 70. Il l’a non seulement lu, mais aussi traduit abondamment (plus d’un millier de pages). Il ne lui a toutefois consacré que deux études: Ludwig Wittgenstein ou le refus de la couronne, et Le monde et son expression. "Hésitation sacrée au seuil de l’œuvre", dit-il lui-même. Néanmoins, l’impact des questions wittgensteiniennes sur ses propres questions est manifeste. Et s’il ne se monnaie pas en un tournant au sens propre, il induit cependant une inflexion véritable dont témoignent (entre bien d’autres indices) la récurrence, sous sa plume, de la triade wittgensteinienne logique–éthique–esthétique, et le frayage, dans les années 80, d’une entrée dans Kant qui n’est pas phénoméno–logique, mais logique–analytique, et qui manifeste la ligature de l’être-dit et de l’être-perçu. Ce sont les attendus de cette inflexion que la communication tentera de déterminer.

Elisabeth Rigal est chercheur au CNRS, rattachée au CEPERC de l’Université de Provence. Elle a traduit l’ensemble des cours donnés par Wittgenstein à Cambridge et co-traduit les Recherches philosophiques et les Fiches. Elle a dirigé le collectif Wittgenstein, États des lieux (Vrin) et publié différentes études dans le champ wittgensteinien et dans le champ de la phénoménologie.
Parmi ses publications récentes
"Le Witz du jeu de langage" (Wittgenstein, États des lieux), "Des ultimes phénoménologiques" (Autour de Reiner Schürmann, Olms), "Questions à Michel Deguy" (Critique), "Pour une redéfinition de la charte rationnelle" (Penser avec Desanti, T.E.R.). Et sur Gérard Granel (sous presse): "Eléments pour une archéologie des Temps Modernes" (in L’époque dénouée, Hermann), "Un chemin pour la phénoménologie" (in Gérard Granel ou la rigueur du dénuement, T.E.R.), "De la mondialisation" (Cahiers du G.R.E.P.).


Rosemary RIZO-PATRON LERNER: La revanche du provisoire et le punctum caecum de la phénoménologie de la perception
Dans Le sens du temps et de la perception chez E. Husserl (1968), Gérard Granel déclare que "Le moment du commencement, en toute pensée, est le moment décisif". Je me propose de prendre cette déclaration à la lettre et d'éclairer à partir d'elle ce que Granel dit, dans ce texte, de la question de la perception entendue comme sol (origine) de la phénoménologie. Je me demanderai donc, en présentant la thèse de Granel sur Husserl et en analysant les critiques qu'il y adresse au fondateur de la phénoménologie, ce qu'exige, pour lui, la fidélité à ce sol. Mon fil conducteur sera ce que Le sens du temps et de la perception nomme comme le punctum caecum de la phénoménologie, c'est-à-dire la distinction husserlienne entre l'"absolu provisoire" et l'"absolu définitif" dont  Granel établit qu'elle n'est pas phénoménologiquement recevable. J'indiquerai aussi, pour finir, les enjeux, par rapport aux questions d'archi-politique, des critiques très sévères que Granel adresse à Husserl dans la préface de sa traduction à la Krisis.

Rosemary Rizo-Patrón Lerner est docteur en philosophie de l’Université Catholique de Louvain, Belgique. Auteur de divers travaux sur la philosophie contemporaine, l'éthique, l'anthropologie philosophique et sur la phénoménologie d’Edmund Husserl; elle est aussi traductrice  de divers articles philosophiques de l’anglais, français et allemand; éditeur de El pensamiento de Husserl en la reflexión filosófica contemporánea (1993), Acta fenomenológica latinoamericana, Vol. I (2003), Vol. 2 (2005), et Vol. 3(2009), et de Interpretando la experiencia de la tolerancia (2006). Auteur de La agonía de la razón, reflexiones desde la fenomenología práctica et de Husserl en diálogo, lecturas y debates (2011, en considération editoriale), et de El exilio del sujeto, mitos modernos y posmodernos (en préparation). Professeur principal dans la Pontificia Universidad Católica del Perú, Coordinateur du Programme Doctorale des Études de Post grade en Philosophie, et membre de l’Assemblée Universitaire de cette même institution. Membre du comité éditorial de la revue philosophique Areté (PUCP); éditeur responsable d’Estudios de Filosofía, revue de l’Instituto Riva-Agüero de cette même université. Sécretaire du Cercle Latino Américaine de Phénoménologie (CLAFEN) et du Cercle Péruvien de Phénoménologie et Herméneutique, membre de l’Institut Riva-Agüero (PUCP), de la Société Péruvienne de Philosophie, du Husserl Circle, du comité de direction du Center for Advanced Research in Phenomenology (CARP) et de l’Organisation des Organisations Phénoménologiques (OPO).

Alessandro TREVINI BELLINI: Suspension du Capital-Monde par la production de la jouissance. Gérard Granel lecteur de Marx
Affirmer la possibilité d'une "suspension du Capital-Monde par la production de la jouissance", c’est dissiper ce que Gérard Granel nomme l'équivoque ontologique de la pensée de Marx. A cette fin, il faut d’abord ressaisir à sa source l'énigme du matérialisme de Marx et montrer, à partir de cette source, qu’une ontologie est à l'œuvre dans les Manuscrits de 1844, mais qu’elle s’y déploie à la fois comme eidétique matérielle et comme praxis constitutive et possède donc un aspect métaphysique et un aspect existentiel. Or les indications données par Granel permettent de montrer de façon précise que Marx ne pense pas seulement l'être comme production, mais aussi comme activation, et que la notion d’"activation" possède chez lui la fonction qui était celle de l'"enérgeia conjointe du sentant et du senti" dans le De anima d'Aristote.
Je me demanderai donc si l'activation de soi [Selbst-betätigung], en tant que mise-en-œuvre conjointe du travail libre et de l'objet d’un plaisir excédant l'ordre eidétique de "l'équivalent général", ne permettrait pas une production située en deçà de l'horizon de sens à l'intérieur duquel la Forme-Capital se constitue comme Capital-Monde; autrement dit, si la capacité de "faire monde", telle que la manifeste la "finitude essentielle", ne permettrait pas d'échapper à l'auto-production et à l'auto-accroissement de la ''substance automatique'' et de briser la structure de "la double infinité du travail et de la richesse".

Alessandro Trevini Bellini, né en 1975, est économiste et docteur en philosophie de l’Université Paris Ouest Nanterre la Défense. Il a soutenu en 2011 une thèse (intitulée "Suspension du Capital-Monde par la production de la jouissance. Marx entre Aristote et la phénoménologie") qui mobilise plusieurs aspects de la pensée de Gérard Granel, pour mettre en évidence l'ontologie spécifique qui est à l'œuvre chez Marx, déjà dans les écrits de jeunesse. C’est dans cette même perspective que s'inscrivent les communications qu'il a présentés au Congres Marx International en 2007 et 2010, ainsi que l'article "Sortir de la philosophie; l’énigme du ''matérialisme ontologique'' du jeune Marx" (paru en 2009 dans le site www.gerardgranel.com/autour2.html). En collaboration avec Elisabeth Rigal, il travaille actuellement sur un projet de traduction en italien d'une sélection de textes de Gérard Granel.

BIBLIOGRAPHIE :

(Michel Alexandre) Lecture de Kant, textes rassemblées et annotés par Gérard Granel, P.U.F., Paris, 1961.
Le sens du temps et de la perception chez E. Husserl, Paris, Gallimard, 1969. Réédition aux Editions T.E.R.
L'équivoque ontologique de la pensée kantienne, Paris, Gallimard, 1970. Réédition aux Editions T.E.R., en 2009.
Traditionis traditio, Paris, Gallimard, 1972.
De l’université, Mauvezin, Editions T.E.R., 1982.
Cartesiana, Mauvezin, Editions T.E.R., 1984.
Ecrits logiques et politiques, Paris, Galilée, 1990.
Etudes, Paris, Galilée, 1995.
Apolis (recueil), Mauvezin, Editions T.E.R., 2009.
Eléments pour une généalogie des Temps Modernes (recueil) à paraître aux Editions Hermann, au 1er semestre 2012, dans la collection "Le Bel aujourd’hui".

Un certain nombre d’études de Gérard Granel ont été traduites (en allemand, anglais, espagnol, portuguais, roumain).

Un livre lui a été consacré: Granel: L’éclat, le combat, l’ouvert, Paris, Belin, L’extrême contemporain, 2001.

Pour une bibliographie plus complète et l’édition de certains de ses cours: http://www.gerardgranel.com/


Avec le soutien
de l’Association Trans-Europ-Repress

et de l’Association des Amis de Gérard Granel



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