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CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2013 : un des colloques







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JEAN GRÉMILLON ET LES QUATRE ÉLÉMENTS

DU SAMEDI 17 AOÛT (19 H) AU SAMEDI 24 AOÛT (14 H) 2013

DIRECTION : Yann CALVET, Philippe ROGER

ARGUMENT :

Ce colloque entend, sinon réhabiliter, du moins rendre un hommage renouvelé à l’un des cinéastes majeurs de l’école française: Jean Grémillon (1901-1959). Même si elle n’est pas complètement oubliée, l’œuvre de ce Normand (né à Bayeux) nourri d’art musical demeure aujourd’hui étrangement en retrait, sans doute en raison de son originalité et de sa complexité. Pas moins de quatre axes paraissent aujourd’hui nécessaires pour approcher celui qu’on a trop souvent qualifié seulement de cinéaste maudit.

Quatre chapitres, en résonance profonde avec son dernier film, son testament poétique, André Masson et les quatre éléments. D’abord l’axe documentaire ("la terre"), Grémillon présentant le cas unique d’un cinéaste de fiction commençant et achevant sa carrière par une série de courts métrages documentaires exemplaires. Puis l’axe sonore ("l’eau"), le rapport du cinéaste à l’expression musicale sous toutes ses formes s’avérant déterminant. Ensuite, plus inattendu car peu fréquenté, l’axe de l’ésotérisme ("l’air"), car l’érudit Grémillon a toujours inscrit ses films dans une rêverie précise se rattachant aux grandes traditions. Enfin l’axe des conflits de l’Histoire ("le feu"), le cinéaste s’étant toujours voulu un témoin de son temps. On souhaite ainsi, par ces quatre déclinaisons, donner des clefs pour mieux apprécier une poétique toujours actuelle, essentielle.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Samedi 17 août
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants


Dimanche 18 août
I - La terre: Grémillon et le réel (l'axe documentaire)
Matin:
Dario MARCHIORI: Expérimenter le réel: les documentaires de Jean Grémillon
Isabelle MAILLAND: La mise en scène de la guerre dans trois documentaires de Jean Grémillon: Le Six juin à l'aube (1945), Les Charmes de l'existence (1949) et Les Désastres de la guerre (1951)

Après-midi:
François ALBERA: Grémillon, le travail à l'œuvre
Jean-Philippe GUYE: Jeux de cadres et de fenêtres. Réflexion sur un espace-temps pictural chez Jean Grémillon

Soirée:
Projections: Les courts métrages de Grémillon: André Masson et les quatre éléments (1958), Chartres (1923) et Le 6 juin à l'aube (1946)


Lundi 19 août
Matin:
Claudine LE PALLEC MARAND: Poétique de visages

II - L'eau: Grémillon et la musique (l'axe sonore)
Yves DESRICHARD: Roland-Manuel et Jean Grémillon: une collaboration, de la théorie à la pratique

Après-midi:
Marie CADALANU: Grémillon à l'épreuve de l'opérette: La valse Royale (1935)
Dario MARCHIORI: Regard-caméra dans l’œuvre de Jean Grémillon

Soirée:
Projections: Les courts métrages de Grémillon: Astrologie (1949) et Alchimie (1951), suivis des scènes finales de Gueule d'Amour (1937) et de La Bête Humaine de Jean Renoir (1938)


Mardi 20 août
Matin:
Jean-François BUIRÉ: Grémillon-Renoir: remorques
Philippe LANGLOIS: Musique concrète dans les films de Jean Grémillon

Après-midi:
Visite de Cerisy-la-Forêt et de la Tapisserie de Bayeux

Soirée:
Projection: Lumière d’été (1943)


Mercredi 21 août
Matin:
Hélène FRAZIK: L'insolite chez Grémillon
David VASSE: Entrez dans la danse avant d'y succomber

Après-midi:
Pascal COUTÉ: Apollinisme et dionysisme dans l'œuvre de Jean Grémillon

III - L'air: Grémillon et le rêve (l'axe de l'ésotérisme)
Philippe ROGER: Matériaux pour un filmanalyse de Lumière d’été

Soirée:
Projection: Gueule d'Amour (1937)


Jeudi 22 août
Matin:
Martin BARNIER: Le son du vent chez Grémillon
Barthélémy GUILLEMET: La scène "ouverte" dans L'amour d'une femme

Après-midi:
Jean-Dominique NUTTENS: Le grain de blé et le peuplier: Jean Grémillon et l’espace sacré (conférence en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de Caen)
Yann CALVET: L'influence de l'ésotérisme sur l'ensemble de l'œuvre. Jean Grémillon, le Grand-Œuvre

Soirée:
Audition radiophonique: Le printemps de la liberté (1948)


Vendredi 23 août
Matin:
Philippe ROGER: Lumière de Grémillon
Philippe ROGER: Présentation: Les idées de Béatrice Thiriet (Jean Grémillon. Du cinéma, en noires et blanches?)
Les documentaires consacrés à Jean Grémillon, table ronde coordonnée par Yann CALVET

Après-midi:
IV - Le feu: Grémillon témoin de son temps (l'axe des conflits de l'Histoire)
Benjamin THOMAS: Augmenter le monde autrement: le Printemps de la liberté (1948). Un film sans images?
Delphine ROBIC-DIAZ: La colonie: espace maudit du "non lieu"


Samedi 24 août
Matin:
Synthèse du colloque

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

François ALBERA: Grémillon, le travail à l'œuvre
Le cinéma de Grémillon est traversé par la représentation et la mise en œuvre du travail humain: de "L'Asphaltage des routes" (documentaire perdu) à "L'Amour d'une femme" et à "André Masson et les 4 éléments", il n'est pas de films qui ne comportent un personnage qui effectue un travail, le plus souvent manuel, introduisant, dans la cosmogonie du cinéaste (dont certains films explicitent les fondements, tels "L'Astrologie" et "L'Alchimie") un rapport de l'homme à la nature, à la matière où, comme l'écrit Marx, "l'homme joue lui-même vis-à-vis de la nature le rôle d'une puissance naturelle. Les forces dont son corps est doué, bras et jambes, tête et mains, il les met en mouvement afin de s'assimiler des matières en leur donnant une forme utile à sa vie. En même temps qu'il agit par ce mouvement sur la nature extérieure et la modifie, il modifie sa propre nature, et développe les facultés qui y sommeillent" (Le Capital, Livre I). Les fictions de Grémillon mettent en scène cette dialectique, qu'il s'agisse du gardien de phare, du roulier, du menuisier, du typographe, de l'ingénieur, du mécanicien, du médecin ou du peintre, non pour l'illustrer mais pour l'éprouver, parfois jusqu'à la folie.

François Albera, professeur d'histoire et esthétique du cinéma à l'Université de Lausanne.
Secrétaire de rédaction de 1895 revue d'histoire du cinéma.
Publications
Cinema Beyond Film. Media Espistemology in the Modern Era, Amsterdam, 2010.
Ciné-dispositifs: spectacles, littérature, télévision, cinéma, Lausanne, 2011.
Modernidade e vanguarda do cinema, Sao-Paulo, 2012.


Martin BARNIER: Le son du vent chez Grémillon
Dans les films de Jean Grémillon, les éléments naturels ont une importance particulière. Il est logique que le vent souffle dans des îles, comme dans l’Amour d’une femme ou Patte blanche. Mais Jean Grémillon utilise surtout le vent dans un sens symbolique. Parfois il suffit du son du vent, sans même voir sa manifestation à l’image, pour évoquer un événement dramatique. Quand le couple joué par Gabin et Morgan visite dans Remorques la maison sur la plage, le vent empêche le spectateur d’imaginer un avenir heureux pour ces personnages. La musicalité du vent, qui s’intègre parfois à la composition de Grémillon, est également à analyser (Le 6 juin à l’aube). Nous observerons la façon dont Jean Grémillon a utilisé le son du vent dans ses films en analysant le sens donné à cet élément fondamental souffle de vie et présage de mort.

Martin Barnier est professeur en études cinématographiques à l’Université Lumière Lyon 2 et historien du son au cinéma.
Publications
En Route vers le parlant, CEFAL, 2002.
Des films français made in Hollywood. Les versions multiples (1929-1935), L’Harmattan, 2004.
Bruits, cris, musiques de films, PU de Rennes, 2010.
Analyse de film: Conte d’été de Rohmer, Vrin, 2011 (avec Pierre Beylot).
Les Biopics du pouvoir politique, co-dirigé avec R. Fontanel, Lyon, Aléas, 2010.


Jean-François BUIRÉ: Grémillon-Renoir: remorques
Retour sur la fin de deux films français de la fin des années 1930: Gueule d’amour (1937), de Grémillon, et La Bête humaine (1938), de Renoir. Coups de folie, femmes assassinées, amours entre hommes, départs en train: étonnant jeu d’échos entre les films de deux Jean aux tempéraments pourtant très contrastés.

Entre autres écrits, Jean-François Buiré est l’auteur de textes dans les revues Trafic et Cinéma, ainsi que de livrets pédagogiques pour l’opération "Lycéens au cinéma". Il est en train d’écrire un livre sur le film Sylvia Scarlett, de Georges Cukor, pour les éditions Yellow Now.

Marie CADALANU: Grémillon à l'épreuve de l'opérette: La valse Royale (1935)
La Valse Royale est un des rares films de Grémillon dans lesquels il accepta de faire des concessions à la mode pour pallier l’échec commercial de ses films précédents. En effet, ce film participe indubitablement de la vogue dans les années trente de la mise en scène d’opérettes pour le grand écran, liée à une accentuation des productions franco-allemandes via la UFA. Pourtant, il apparaît aussi comme un révélateur de certaines préoccupations esthétiques, éthiques et politiques majeures du cinéma de Grémillon, que l’on retrouve dans ses productions les plus célèbres. Nous nous proposons donc, à travers cette communication, de remettre sur le devant de la scène - ou de l’écran - un film qui nous semble trop souvent mis de côté par la critique, et de voir comment Grémillon a réussi la gageure de se fondre dans des figures imposées tout en conservant ses thématiques essentielles, faisant de ce film une pièce intégrée à part entière dans son œuvre.

Yann CALVET: L'influence de l'ésotérisme sur l'ensemble de l'œuvre. Jean Grémillon, le Grand-Œuvre
Dans son ouvrage Cinéma et nouvelle naissance publié en 1981, Henri Agel présente ainsi le cinéaste: "Grémillon, initié à toute une tradition ésotérique, et sensible, presque comme un médium, au choc des forces du jour et des forces de la nuit, ne se satisfaisait pas des conflits psychologiques (qui restent encore hélas l’objet de prédilection du cinéma français): après avoir situé ses protagonistes dans un milieu social et professionnel bien défini, il élargissait cet environnement et donnait à leur aventure terrestre un cadre tel que la correspondance du microcosme et du macrocosme - qui lui était familière - s’exerçait avec une grandiose intensité [...]. On ne saurait trop insister sur cette dimension que le cinéaste, grand lecteur des présocratiques et en particulier d’Héraclite et aussi spectateur dans sa jeunesse des films de l’école suédoise et de l’école allemande, avait tenu à laisser entrevoir derrière les antagonismes humains: quand il réalisait en 1952 un court métrage sur l’astrologie et un autre sur l’alchimie, Grémillon ne faisait que remonter aux sources profondes de son inspiration".
Dépassant les évidences, il apparaît que l’ensemble de l’œuvre de Jean Grémillon soit inspirée par la tradition "ésotérique" qui se fonde sur les principes d’interdépendance universelle, d’imagination active et de transmutation personnelle. Chez Grémillon, le cinéma, art de l’image et de la suggestion, retrouve le sens profond et traditionnel du symbolisme: il redonne vie au principe de fonctionnement analogique et priorité au mythique sur le rationnel. Le cinéma, chez Grémillon, se fait véhicule d’une représentation de l’intériorité et fonctionne sur le principe des correspondances, voilées au premier regard. Cette communication se propose d’analyser l’influence de l’ésotérisme sur l’ensemble de l’œuvre.

Yann Calvet est maître de conférences en cinéma à l’Université de Caen Basse-Normandie. Fondateur et rédacteur en chef adjoint de la revue Eclipses, il a coordonné plusieurs numéros sur F.F. Coppola, Gus Van Sant, M. Cimino, H. Miyazaki, Tim Burton, les frères Coen, David Fincher... Il collabore à de nombreuses publications (CinémAction, Contrebande, Positif...) tout en continuant ses recherches sur les rapports entre le cinéma, l’imaginaire et les mythes.
Publication
Cinéma, imaginaire, ésotérisme: Murnau, Dreyer, Tourneur, Lewin, l’Harmattan (2003).

Pascal COUTÉ: Apollinisme et dionysisme dans l'œuvre de Jean Grémillon
Jean Grémillon est un cinéaste qui a beaucoup œuvré dans un genre spécifique, le mélodrame. Toutefois, ce cinéaste présente une affinité avec les forces cosmiques qui traversent l'univers et les hommes. Ces forces impersonnelles s'incarnent dans les éléments, en particulier la mer (Remorques, L'Amour d'une femme) et l'air (Le Ciel est à vous). Il nous semble que le genre constitue un cadre à travers lequel cette dimension cosmique peut s'exprimer. De ce point de vue, Grémillon est très proche du Nietzsche de La Naissance de la tragédie. Le mélodrame constituerait la dimension apollinienne de ses films, caractérisée par les formes imposées du genre. Le rapport au cosmos serait en revanche l'élément dionysiaque comme puissance de démesure. Tel le chœur antique, masque de Dionysos dans l'analyse de Nietzsche, les forces de l'univers chez Grémillon se répandraient de manière dynamique dans les codes du mélodrame. Nous voudrions analyser comment s'organisent, dans l'œuvre de cet auteur, les relations entre les puissances élémentaires et les cadres génériques, révélant son profond nietzschéisme.

Pascal Couté, agrégé de philosophie, enseigne l'esthétique et le cinéma au département "Arts du spectacle" de l'Université de Caen Basse-Normandie.
Il est l'auteur d'articles sur David Cronenberg (Trafic), Jean-Luc Godard, Jacques Tourneur (CinémAction), David Lynch, Pedro Almodovar, Jim Jarmusch, Michael Cimino (Eclipses), Bruce Lee, Terrence Malick (Double Jeu). Par ailleurs, il est le co-auteur (avec Vincent Amiel) de Formes et obsessions du cinéma américain contemporain et a participé à deux ouvrages collectifs: Mémoire en éveil, archives en création (article sur Brian de Palma) et Politiques des zombies, l'Amérique selon George A. Romero. Il termine actuellement une thèse sur "Les figures de l'humain et de l'inhumain dans le cinéma de Steven Spielberg".


Yves DESRICHARD: Roland-Manuel et Jean Grémillon: une collaboration, de la théorie à la pratique
Formé à la musique, musicien lui-même, Jean Grémillon aura toujours accordé à la musique de ses films une grande attention, allant même jusqu’à y assujettir le scénario ou le montage. Roland-Manuel aura collaboré à quatre des plus grands films du réalisateur, Le ciel est à vous, Remorques, Lumière d’été et L’étrange Monsieur Victor. A partir des textes théoriques de Grémillon, de ses archives, des déclarations de Roland-Manuel sur sa collaboration avec le réalisateur, la communication examine l’apport de la musique aux films, la concrétisation éventuelle des apports théoriques, les contraintes pratiques et fictionnelles de la collaboration entre Grémillon et Roland-Manuel.

Conservateur des bibliothèques, ancien rédacteur en chef du Bulletin des bibliothèques de France, Yves Desrichard, outre de nombreux articles et contributions consacrés aux bibliothèques, a publié deux livres consacrés à Julien Duvivier et Henri Decoin, dans la collection "Ciné-Regards" de la BIFI/Editions Durante, respectivement en 2001 et 2003. Il a dirigé l’édition de l’ouvrage collectif Cinéma en bibliothèque, publié en 2004 aux éditions du Cercle de la Librairie.

Hélène FRAZIK: L'insolite chez Grémillon
Dans son ouvrage, Miroirs de l'insolite dans le cinéma français, Henri Agel réserve une place importante à Jean Grémillon qu'il qualifie de "témoin extrêmement attentif du monde actuel", mais aussi de "poète sensible au mystère". De ses films des années 1920, influencés par les Avant-gardes, à ceux des années 1950, de ses documentaires à ses fictions les plus écrites (Pattes blanches, reprenant le drame de Anouilh ou Lumière d'été, écrit par Prévert), Grémillon n'a cessé de ménager une place à l'insolite, de laisser une part de mystère, d'ouvrir une porte sur le sur-réel, sur les forces qui régissent le monde mais qui demeurent invisibles (André Masson et les quatre éléments). A travers ses documentaires, on note une volonté de dévoiler la part obscure du réel pour mieux l'interroger (Le 6 Juin à l'aube). Dans ses fictions, l'insolite flirte avec le rêve ou les hallucinations et permet de dévoiler la dimension sur-réelle des éléments qui constituent la réalité des films (Daïnah la métisse). L'utilisation de l'insolite pour Grémillon permettrait alors d'ouvrir les portes d'un univers plus fantastique, présent en puissance, notamment à travers les "quatre éléments".

Hélène Frazik est doctorante à l'Université de Caen Basse-Normandie. Elle prépare actuellement une thèse sous la direction de Vincent Amiel sur le fantastique dans le cinéma français de l'entre-deux-guerres.

Barthélémy GUILLEMET: La scène "ouverte" dans L'amour d'une femme
Ce que nous qualifions "ouvertes", dans le dernier long-métrage de Grémillon, ce sont ces scènes de couple où tout peut arriver entre les personnages. Ces derniers, au sein de la même séquence, peuvent se réconcilier puis se déchirer sans qu'aucun événement extérieur ne vienne justifier ce retournement. En ce sens, ces scènes sont dramatiquement ouvertes. Deux pistes s'ouvrent alors pour les comprendre: soit il s'agit d'une interprétation onirique, les personnages vivant un rêve éveillé qui bascule en permanence de l'idylle au cauchemar; soit Grémillon, en poussant jusqu'à la limite l'attention qu'il porte aux personnages, y préfigure  ce que sera une certaine modernité cinématographique. Notre but sera de comprendre ce qui se joue dans les scènes ouvertes de L'amour d'une femme.

Barthélémy Guillemet est doctorant à l'Université de Caen Basse-Normandie. Il prépare une thèse sous la direction de Vincent Amiel sur les films à sketches français de 1944 à 1968.

Jean-Philippe GUYE: Jeux de cadres et de fenêtres. Réflexion sur un espace-temps pictural chez Jean Grémillon
En peinture, art du temps arrêté, portes, fenêtres, espaces enchâssés ouvrent le panneau sur ce que le cadre retient et créent une temporalité profane. La peinture de genre hollandaise, qui fit entrer le quotidien dans l'art de la représentation, ouvre un hors champ, qui est celui du monde dans lequel l'action se déroule. Le cinéma de Grémillon multiplie lui aussi, jusqu'à l'obsession, de semblables effets de composition, où fenêtres, baies, portes vitrées, délimitent champ et hors champ tout en créant une circulation temporelle, une polyphonie de points de vue. On s'interrogera sur l'hypothèse d'un pictorialisme de Grémillon, tout en analysant la fonction d'obstacle, de transparence et de réfléchissement, mais aussi la création d'une temporalité subtile que ces dispositifs instaurent.

Philippe LANGLOIS: Musique concrète dans les films de Jean Grémillon
Dans les milieux d’avant-garde des années 20 où les genres et les arts tendent à se confondre, Jean Grémillon illustre parfaitement cette tendance pluri-artistique en faisant partie des cinéastes dont la formation initiale repose sur de solides bases de composition musicales. Cette culture et cette sensibilité liées à l’éducation musicale sont repérables tout au long de son œuvre, en particulier lorsqu’il compose lui-même la partition de ses films, mais aussi aux côtés de Roland Manuel, son compositeur attitré, avec qui il accorde un soin tout particulier à l’élaboration de la bande sonore. Outre la dimension musicale, c’est toute la réalisation du son qui le passionne, à travers une réelle volonté de créer un langage qui soit propre à ce médium et dont la construction puisse toujours être en relation avec le scénario. Dans cette communication, une relecture de ses films est envisagée à travers le prisme de l’invention sonore que l’on peut considérer chez Grémillon comme une forme primitive de musique des objets qui inspirera directement Pierre Schaeffer, l’inventeur de la musique concrète.

Philippe Langlois est Docteur en musicologie, chercheur permanent au MINT - Musicologie, Informatique et Nouvelles Technologies - au sein de l’Observatoire Musical Français, Université de Paris Sorbonne et enseigne l’histoire et la théorie du sonore à l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts Tours-Angers-Le Mans. De 2002 à 2011, il coordonne, l’Atelier de création radiophonique de France Culture aux côtés de Frank Smith avec qui il codirige la collection "ZagZig" aux éditions Dis Voir. Il réalise des environnements sonores et compose des bandes sonores pour des films, des installations plastiques, des expositions, des lectures, des productions radiophoniques...
Publication
Les Cloches d'Atlantis, musique électroacoustique et cinéma, archéologie et histoire d'un art sonore, éditions mf, juin 2012.

Claudine LE PALLEC MARAND: Poétique de visages
Les "regards qui brillent" ne sont-ils que dans les dialogues des films de Jean Grémillon? Ou bien le réalisateur les fait-il littéralement luire? Larmes et sueurs, tour à tour signes de tristesse, d'épuisement ou de folie naissante, sont autant les traces fictives du mélodrame (avant ou après une action décisive) qu'une confiance en la figure humaine dont le réalisateur n'a pas peur d'enlaidir les contours.

Docteure en cinéma, Claudine Le Pallec Marand enseigne l'esthétique et l'histoire de cette discipline à l'université Paris 8 Saint-Denis, en privilégiant l'histoire de la critique de cinéma, la notion d'auteur-e et la poétique des corps et de la sexualité dans le cinéma français.
Ses récents articles abordent le travail de Jean-Luc Godard, Luc Moullet, Catherine Breillat ou bien encore la place de la musique et du son au regard de la sexualité au cinéma.


Isabelle MAILLAND: La mise en scène de la guerre dans trois documentaires de Jean Grémillon: Le Six juin à l'aube (1945), Les Charmes de l'existence (1949) et Les Désastres de la guerre (1951)
Il s'agit de montrer comment les différents modes opératoires - le traitement des images d'archives et des références picturales, l'entretien, la voix over, la mise en scène et le montage - employés par Jean Grémillon dans ces films documentaires concourent à construire une subtile dénonciation de la guerre qu'elle soit civile ou non. La mise en scène des combats, des événements tragiques de l'Histoire et de leurs conséquences sur les destinées individuelles conduit le cinéaste à une réflexion humaniste et métaphysique.

Isabelle Mailland est professeur de Lettres dans un lycée de la banlieue lyonnaise. Elle a soutenu, en 2012, un mémoire de recherche sur Le Six juin à l'aube de Jean Grémillon dans le cadre d'un Master 2 d'Etudes cinématographiques et audiovisuelles à l'Université Lumière-Lyon 2.

Dario MARCHIORI: Expérimenter le réel: les documentaires de Jean Grémillon
Si l'importance du regard documentaire dans ses films de fiction a souvent été reconnue, encore que de manière vague, on s'est moins interrogé sur l'activité de documentariste de Jean Grémillon. En effet, son œuvre débute dans les années 1920 par une intense activité de documentariste dont il ne nous reste pas grand-chose, mais qui dialogue avec le cinéma d'avant-garde de l'époque (on songera à des films perdus, tels Gratuités et Tour au large); elle s'achève aussi, à partir de l'immédiat après-guerre et jusqu'à son dernier film, André Masson et les quatre éléments (1958), par des documentaires sur l'art et la société, qu'on pourra relire dans le sillon encore tâtonnant du "film-essai". De même, l'approche documentaire aura été, plus qu'une valeur ajoutée dans ses fictions, le véritable pivot artistique et politique de ses long-métrages, surtout au début. Par le documentaire, Grémillon s'attaque à réinventer notre appréhension du réel, dont il veut expérimenter la profondeur à la fois matérielle et métaphysique. Car il en va du cinéma comme de l'astrologie, dont il dira, dans Astrologie ou Le Miroir de la vie (1952), qu'elle propose une "traduction symbolique d'une réalité que notre raison n'atteint pas directement". Grémillon naît et meurt documentariste, c'est-à-dire cinéaste: comme il l'affirmait au milieu des années 1920, "tout film peut se ramener à un film documentaire", celui-ci étant "plus près du principe même du cinéma".

Jean-Dominique NUTTENS: Le grain de blé et le peuplier: Jean Grémillon et l’espace sacré
Dans un petit carnet de notes, daté de 1957, et conservé à la Bibliothèque nationale, Jean Grémillon a relevé cette phrase de Mircea Eliade: "L’homme ne peut vivre que dans un espace sacré". C’est dans un tel espace, où prolifèrent signes et symboles, que semblent évoluer les personnages créés par le cinéaste. Goût de la liturgie, figures du destin, sacrifices, prière des défunts, métiers vécus comme un sacerdoce, les films de Grémillon sont discrètement empreints d’une dimension religieuse qui se révèle plus nettement dans son dernier long métrage, L’Amour d’une femme.

Delphine ROBIC-DIAZ: La colonie: espace maudit du "non lieu"
On ne peut qualifier les œuvres de Jean Grémillon de "films coloniaux", mais dans leur manière d’intégrer incidemment la colonie dans la banalité d’un quotidien bouleversé, ces fictions donnent sans doute une juste image de la menace latente que l’espace colonial et ses ressortissants (autochtones ou Blancs) font planer sur l’imaginaire collectif de la société française de l’entre-deux-guerres. Ni d’Ici, ni d’Ailleurs, ni tout à fait Autre, ni définitivement Même, les héros de Grémillon errent comme au purgatoire et la colonie devient l’indice de la fatalité de leur destin, à moins que ce ne soit l’inverse...

Delphine Robic-Diaz, maître de Conférences en Etudes cinématographiques à l’Université Paul Valéry-Montpellier 3, est spécialiste du cinéma colonial et post-colonial français.
Publication
La Guerre d’Indochine dans le cinéma français. Image(s) d’un trou de mémoire (1945-2010) (à paraître en 2013, éditions Les Indes savantes).


Philippe ROGER: Lumière de Grémillon
La communication portera sur les façons dont Jean Grémillon représente, de manière le plus souvent voilée, le dispositif du cinéma dans ses films. On tentera d’inventorier les figures de la projection dans son œuvre et, plus généralement, les formes prises par la représentation d’un processus de création assimilable en dernière analyse à l’acte cinématographique.

Maître de conférences en études cinématographiques à l’Université Lumière Lyon 2, Philippe Roger est l’auteur d'ouvrages consacrés à des films de Max Ophuls (Lettre d’une inconnue), Jean Grémillon (Remorques), Edmond T. Gréville, Gérard Blain et Jean-Claude Guiguet (il a édité les écrits de ce cinéaste (Lueur secrète) en 1992 et publié en 1999 une étude sur son dernier long métrage, les Passagers). Il a également signé un ouvrage d’ensemble sur la façon dont la ville de Lyon a été filmée. Critique dans plusieurs revues, dont Jeune cinéma, où il tient une chronique régulière, il réalise des films documentaires (dont le long métrage, le Récital de Besançon, consacré au pianiste Dinu Lipatti) et a coordonné avec Michel Serceau le numéro de CinémAction consacré aux Archives du cinéma et de la télévision.

Béatrice THIRIET: Jean Grémillon. Du cinéma, en noires et blanches?
Jean Grémillon a été musicien avant d'être cinéaste. Comment la compositrice que je suis pourrait résister à l'envie d'être associée à ce colloque. Et c'est dans un film justement "les quatre éléments" que Grémillon s'exprime le mieux comme réalisateur et compositeur. Et ce qui frappe immédiatement et m'interpelle dans ce film, c'est la force et l'expression d'un art, purement cinématographique. Un langage artistique s'impose au cours du film en quelques plans autour du sujet du documentaire: la peinture de Masson. Une idée me taraude, l'idée de retirer une par une les couches qui façonnent ce documentaire: les voix off, la vision du travail du peintre, les images de la création naissante. Et de faire apparaître encore un autre film, plus immatériel, une osmose subtile d'images et de sons...

Béatrice Thiriet est une compositrice française, née à paris le 4 mai 1960. L'opéra et la musique de films sont ses domaines de prédilection. Lauréate de la fondation Beaumarchais, elle a créé en 2000 un Opéra de Chambre: Nouvelles Histoires d'Elle au XXe, Théâtre à Paris, elle reçoit le prix Nadia et Lili Boulanger à l’académie des Beaux-arts. Découverte au cinéma par Pascale Ferran (Lady Chatterley), elle travaille avec de nombreux réalisateurs et réalisatrices. En 2013, elle travaille à la réalisation d'un nouvel Opéra "Jours vénitiens", et à l’écriture de musiques de films.

Benjamin THOMAS: Augmenter le monde autrement: le Printemps de la liberté (1948). Un film sans images?
À l’approche du centenaire de la révolution de 1848, l’État français commande à Jean Grémillon un film de fiction qui en raviverait le souvenir. Après que Grémillon eut travaillé à trois versions du scénario, le projet est avorté. Le Printemps de la liberté, cependant, existera: La Bibliothèque Française publie un dialogue et découpage du film en 1948, tandis que la RDF en diffuse une adaptation radiophonique sous la direction du cinéaste.
Le Printemps de la liberté est un "film sans images", privés de ses images, donc. Mais le travail de Grémillon n’en révèle pas moins un "beau souci": celui de la responsabilité de l’auteur désireux de parler d’Histoire en cinéma, et des implications esthétiques d’une volonté de dire l’Histoire en se préservant de l’outrecuidance d’en dire le tout. De l'évocation de ce souci, il ressortira que, même réalisé, Le Printemps de la liberté aurait sans doute été, dans une autre acception, un "film sans images".

Benjamin Thomas est Maître de conférences en Études cinématographiques à l’Université de Strasbourg.
Il a signé Le Cinéma japonais d’aujourd’hui. Cadres incertains (Presses Universitaires de Rennes, coll. "Le Spectaculaire", 2009) et a dirigé Tourner le dos. Sur l’envers du personnage au cinéma, paru aux Presses Universitaires de Vincennes en 2013 dans la collection "Esthétiques Hors Cadre".


David VASSE: Entrez dans la danse avant d'y succomber
Rares sont les films de Jean Grémillon qui ne comportent pas une séquence de danse collective, événement logique pour un cinéaste qui accorde autant d’importance à la musique et à ses valeurs expressives. Chez lui, ouvrir le bal coïncide souvent avec un moment paradoxal d’euphorie et de grande inquiétude, dans lequel l’ivresse est à la mesure de ce qu’elle recouvre: l’appréhension du tragique. Faux répit, mouvement d’exaltation à peine voilé par l’amertume, la danse conjugue la perte de conscience du temps et le sentiment parfois fatal du provisoire. En général, dans ses films, c’est la passion qui fait valser les êtres, les propulse dans l’oubli d’eux-mêmes en les maintenant quand même au-dessus du désespoir. Entrer dans la danse, c’est alors se confondre au milieu des masques (sociaux) juste avant de les voir tomber en même temps que la musique. Et littéralement, cela peut prendre les accents prémonitoires de la chute.

Maître de conférences en études cinématographiques à l’Université de Caen, David Vasse est spécialiste du cinéma français contemporain.
Il est l’auteur de plusieurs articles sur le cinéma français (dans les revues Contre-bande, CinémAction, Eclipses et Double-jeu), de Catherine Breillat, un cinéma du rite et de la transgression (Arte/Complexe, 2004) et du Nouvel âge du cinéma d’auteur français (Klincksieck, 2008). Il prépare actuellement un ouvrage sur le cinéma de Jean-Claude Brisseau.


BIBLIOGRAPHIE :

Henri AGEL, Jean Grémillon, collection "Cinéma d’aujourd’hui", Seghers, 1969.
Jean GRÉMILLON, Le cinéma ? Plus qu’un art !... Ecrits et propos (1925-1959), l’Harmattan, 2010.
Philippe ROGER, Le mystère de l’Œuvre, Remorques de Jean Grémillon, Cosmogone, 1998.
Geneviève SELLIER, Jean Grémillon, le cinéma est à vous, Klincksieck, 1989.

Avec le soutien
de l’équipe du LASLAR de l’Université de Caen Basse-Normandie

Equipe LASLAR    Université de Caen