Logo CCIC
CCIC
CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL DE CERISY

Programme 2013 : un des colloques







Mot exact
Choix du nombre
de résultats par
page:
INTERDISCIPLINARITÉS ENTRE NATURES ET SOCIÉTÉS

DU LUNDI 30 SEPTEMBRE (19 H) AU SAMEDI 5 OCTOBRE (14 H) 2013

DIRECTION : Bernard HUBERT, Nicole MATHIEU

COMITÉ D'ORGANISATION : Xavier ARNAULD DE SARTRE, Marcel JOLLIVET, Jean-Louis MARTINAND, Claude MILLIER, Olivier PETIT et Sylvie ZASSER
Association NSS-Dialogues et Revue Natures Sciences Sociétés

ARGUMENT :

Le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, les pollutions de tous ordres, les risques sanitaires de toutes origines, les risques technologiques de toutes natures, la gestion des ressources naturelles renouvelables ou non: autant de questions soit nouvelles, soit à poser de façon nouvelle. Toutes ont ce trait commun que les réponses qu’elles exigent se situent simultanément et indissociablement sur deux plans: celui des phénomènes naturels sur lesquels elles portent et celui des aspects du fonctionnement de la société qu’elles impliquent. Elles font émerger des problèmes qui convoquent les sciences de la nature et les sciences de la société et s’incarnent dans des objets qui traduisent l’hybridation de ces deux ordres de faits. Se posent alors des interrogations sur les démarches de recherche qui seraient en mesure d’identifier les processus de cette hybridation, d’en comprendre les raisons et d’ouvrir ainsi des pistes pour l’action.

Ce colloque, organisé par la revue Natures Sciences Sociétés à l’occasion de son vingtième anniversaire, se donne pour objectif d’approfondir ces interrogations. Celles-ci s’expriment à travers l’apparition de postures et de démarches s’appuyant, entre autre, sur un vocabulaire aussi riche que confus, qu’il s’agira en particulier de tenter de clarifier, traduisant la nécessité d’un retour réflexif sur les connaissances, savoirs et savoir faire - sociaux aussi bien que scientifiques - mobilisés et à mobiliser, et de dégager les perspectives de réponse pour les années à venir.

Le colloque sera organisé en privilégiant les ateliers en groupes de travail à partir de quelques conférences plénières situant les enjeux et illustrant la manière dont ils sont pris en compte dans différentes communautés scientifiques françaises et étrangères.

CALENDRIER DÉFINITIF :

Lundi 30 septembre
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Mardi 1er octobre
Matin:
Bernard HUBERT & Nicole MATHIEU: Introduction

Elisabeth de TURCKHEIM & Jack SPAAPEN: Les méthodes habituelles d’évaluation de la recherche peuvent-elles être adaptées pour des recherches interdisciplinaires? (Is ID research assessable through improved standard evaluation?)

Table ronde: À propos de l'évaluation

Après-midi:
Claude HENRY: Autonomie scientifique, démocratie technique

Ateliers en parallèle
Atelier 1: Pratiques interdisciplinaires de laboratoires de recherche: quelle valeur heuristique, pour quelle utilité sociale?, animé par Marianne COHEN, Michèle DESCOLONGES et Nicole MATHIEU, avec Mathieu ARNOUX, Jean-Paul BILLAUD et Catherine CARRÉ

Atelier 2: Épistémologie générique des "communs" entre interdisciplines et disciplines
, animé par Léo COUTELLEC, Muriel MAMBRINI-DOUDET et Anne-Françoise SCHMID, avec Avner PEREZ et Enrique SANCHEZ-ALBARRACIN

Atelier 3: Les animaux comme révélateurs et passeurs de frontières
, animé par Vanessa MANCERON et Marie ROUÉ, avec Antoine DORÉ et Catherine MOUGENOT

Atelier 4: Quelles perspectives pour une recherche en rapport avec l’action?
et , animé par Fabrice FLIPO et Yves LE BARS

Soirée:
Marcel JOLLIVET: Présentation de la synthèse du Forum des associations "Repenser le développement: la société civile s'engage" (Paris, janvier 2011)


Mercredi 2 octobre
Matin:
Roderick J. LAWRENCE: Enseigner l’interdisciplinarité: défis et réponses
Ray ISON: Du développement durable au développement systémique: quelles transformations dans les discours et les pratiques? (From sustainable to systemic development: an inquiry into transformations in discourse and praxis?) [conférence en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de Caen]

Après-midi:
Le problème du trait de côte sur le littoral ouest du Cotentin (Montmartin-sur-Mer, Pointe d'Agon, Coutainville, Blainville), visite de terrain avec Daniel DELAHAYE et Franck LEROY (Université de Caen Basse-Normandie), et la participation de Julie PAGNY (Conservatoire du littoral)

Soirée:
La transition énergétique dans le département de la Manche, table ronde animée par Sylvain ALLEMAND, avec Fabrice JEANNE (directeur général des services du Conseil général de la Manche), Claude MILLIER (président de la revue NSS) et Jean-François MORLAIX (EDF commerce)


Jeudi 3 octobre
Matin:
Iran VEIGA: La pratique interdisciplinaire dans la recherche et la formation pour le développement. Expériences au Brésil et en Argentine
Christian A. KULL: Political ecology: post-disciplinarité ou dogme disciplinaire? (Political ecology: post-disciplinary or new disciplinary dogma?) [conférence en ligne sur la Forge Numérique de la MRSH de Caen]

Après-midi:
Ateliers en parallèle
Atelier 5: Expériences interdisciplinaires: quels retours sur les disciplines?, animé par Olivier BARRETEAUSylvain MASSUEL et Jeanne RIAUX, avec Jean-Paul BILLAUD et Pierre CORNU

Atelier 6: Modélisation des systèmes complexes et interdisciplinarité
, animé par Claudine FRIEDBERG, Yves GUERMOND, Dominique HERVÉ, avec Francis LALOË et Eric MASSON

Atelier 7: Quelles natures voulons-nous? Quelles natures aurons-nous?, animé par Yanni GUNNELL, Wandrille HUCY et Christian LÉVÊQUE

Atelier 8: Entre résilience des socio-écosystèmes et relations Homme/Milieu: des points de vue en débat
, animé par François BOUSQUET, avec Xavier ARNAULD DE SARTRE et Bernard HUBERT

Table ronde: Les approches venues d'ailleurs (Retour sur les conférences du 2 et 3 matin)


Vendredi 4 octobre
Matin:
Bruno VILLALBA: Temporalités négociées, temporalités prescrites. L’enjeu du délai
Jean-Michel SERVET: Échelles et niveaux en sciences sociales. Les leçons de Gulliver

Après-midi:
Ateliers en parallèle
Atelier 9: Partager les logos et nomos des chercheurs et des acteurs: chronique d'une recherche interdisciplinaire et participative, animé par Daniel DELAHAYE, Anne MATHIEU et François PAPY,  avec Catherine MOUGENOT

Atelier 10: Sciences en sociétés: quelles médiations?, animé par Fabrice FLIPO, avec Danièle CLAVEL et Florence PINTON

Atelier 11: Quelle interdisciplinarité pour penser l'anthropocène?, animé par Bernadette BENSAUDE-VINCENT, Christophe BONNEUIL et Vincent DEVICTOR, avec Amy DAHAN

Atelier 12: Les socio-écosystèmes vus à travers les institutions et organisations, animé par Olivier BARRETEAU et Denis COUVET

Table ronde: Bilan des ateliers


Samedi 5 octobre
Matin:
Juliette SIMONT: Philosophie et interdisciplinarité: l’expérience des Temps Modernes

Table ronde "Jeunes chercheurs", coordonnée par Olivier PETIT et Xavier ARNAULD DE SARTRE, avec Marion BORDERON, Arnaud BUCHS, Sébastien CAILLAULT, Monica CASTRO, Dorothée DENAYER, Vincent LEBLAN, Edith LECLERC, Alix LEVAIN, Clémence MASSART, Augustin PALLIÈRE, Julien REBOTIER, Samuel ROTURIER, Nathalie SAVALOIS, Guillaume SIMONET et Elisa VECCHIONE

Bernard HUBERT & Nicole MATHIEU: Conclusions

Après-midi:
DÉPARTS

RÉSUMÉS :

Catherine CARRÉ: Quelle place du laboratoire LADYSS dans les parcours individuels de pratiques interdisciplinaires de ses membres?
Dans le cadre de l’atelier sur "Les pratiques interdisciplinaires de laboratoires de recherche: quelle valeur heuristique, pour quelle utilité sociale?", cette contribution est centrée sur le rôle que peut jouer une structure collective comme un laboratoire de recherche dans les pratiques interdisciplinaires en partant des pratiques individuelles des chercheurs au sein du laboratoire Ladyss qui, à sa création en 1997, regroupait des sociologues et des géographes, pour s’ouvrir récemment aux économistes. En s’appuyant sur les parcours de certains de ses membres, en partant des questions auxquelles les dispositifs interdisciplinaires tentaient de répondre, on présentera les pratiques de ces chercheurs pour examiner à quel moment cette recherche a rencontré le laboratoire et la place qu’il a alors pris pour répondre aux questions posées.

Publications
Carré C., (dir), 2010, Les petites rivières urbaines d'Île-de-France, Agence de l'Eau Seine-Normandie, 88 pages (http://www.sisyphe.upmc.fr/piren/webfm_send/1008).
Présentation d’un travail interdisciplinaire réunissant sciences de l’environnement et sciences sociales
Brédif H., Carré C., 2009, "Réussir l'autonomisation des acteurs afin de réduire la vulnérabilité à l'inondation: premiers résultats d'un processus engagé par le département des Hauts-de-Seine", Eds. A. Peltier, and S. Becerra. Risques et environnement: recherches interdisciplinaires sur la vulnérabilité des sociétés, L'Harmattan, pp. 495-511.


Yves GUERMOND
Guermond Yves, L'analyse de système en géographie, Presses Universitaires de Lyon, 1984.
Guermond Yves & Mathieu Nicole, La ville durable: du politique au scientifique, Ed. Quae, 1998.
Guermond Yves, Modélisations en géographie - Déterminismes et complexités, Hermès-Lavoisier, 2005.


Ray ISON: Du développement durable au développement systémique: quelles transformations dans les discours et les pratiques? (From sustainable to systemic development: an inquiry into transformations in discourse and praxis?)
(with Richard Bawden, Roger Packham, Sri Sriskandarajah, Kevin Collins and Rosalind Armson)
We are concerned with the design of learning systems which create the possibility for epistemic transformation of individuals and groups giving rise to systemic development and/or social learning. Also we are, or have been, immersed in the Anglo-Saxon traditions of Systems and Cybernetics scholarship which I will refer to as cybersystemics.
My talk will cover:
- Framing’ what is at issue - in the context of issues and concerns for NSS into the future.
- Responding - an invitation to respond to my chosen framing by considering certain distinctions.
- Some distinctions for an inquiry using these distinctions in an on-going inquiry that could be understood as navigating NSS into a socially and politically relevant future?
- Recent examples from ‘the field’ - a grounding of some of my claims in recent research and scholarship.
Conclusions and conversation.

Christian A. KULL: Political ecology: post-disciplinary or new disciplinary dogma? (Political ecology: post-disciplinarité ou dogme disciplinaire?)
"Political ecology" is an approach to research on human-environment relations (originating in the Anglophone academy) that explicitly claims to be inter- or even post-disciplinary. According to one well-known statement, it combines "the concerns of ecology and a broadly defined political economy". As such, it has attracted practitioners from diverse disciplinary and multi-disciplinary backgrounds. Yet it could also be claimed that political ecology has become a new disciplinary dogma. It competes against other interdisciplinary approaches to studying human-environment relations - such as those centred on ‘resilience’ in ‘socio-environmental systems’ - in ways manifested by separate intellectual traditions and ideologies. I review these tensions in the life of the political ecology research tradition.

La "political ecology" est une approche de recherche scientifique sur les relations de l’homme avec son environnement. Elle a des origines dans le monde anglophone. Elle réclame explicitement l'interdisciplinarité, voire la postdisciplinarité, mélangeant, selon un auteur souvent cité, "les intérêts de l’écologie et une large économie politique". Elle a des adhérents de diverses origines disciplinaires. Mais, on pourrait aussi dire que la "political ecology" est devenu un nouveau dogme disciplinaire. Elle est en concurrence avec d’autres approches scientifiques dites interdisciplinaires sur les relations homme-environnement, telles l’école de "résilience" et des "systèmes socio-environnementales". Cela se manifeste dans des contrastes entre idéologies et traditions intellectuels. Dans cette communication, on analyser ces tensions dans cette tradition de recherche.

Christian A. Kull est géographe et political ecologist, professeur à l’Université de Monash, à Melbourne, Australie. Ses recherches portent sur les conflits et débats autour de la gestion des ressources naturelles, y compris des sujets comme les feux de brousse, les aires protégées, les plantes exotiques, et les fôrets. Il est auteur de nombreux articles.
Publication
Isle of Fire: the Political Ecology of Landscape Burning in Madagascar (University of Chicago Press, 2004).


Roderick J. LAWRENCE: Enseigner l’interdisciplinarité: défis et réponses
Les défis de l'enseignement interdisciplinaire amènent à questionner la pertinence d’une formation universitaire disciplinaire et les savoirs académiques pour traiter de questions environnementales complexes sous leurs multiples dimensions. Dès les années 1960, l'analyse systémique cherche à développer un langage unique décloisonnant les différents concepts et méthodes d'approches disciplinaires. L'analyse systémique est reprise rapidement par des chercheurs en écologie générale et écologie humaine. En conséquence, l’accent est porté sur la mise en relation et l’intégration des connaissances, dont la finalité consiste à appréhender, voire expliquer, la complexité des sujets étudiés. Une formation interdisciplinaire signifie que les enseignants travaillent ensemble à la construction du programme et à la définition des objectifs de formation et des compétences clés à acquérir. Un curriculum interdisciplinaire doit être porté par un groupe d’enseignants qui voient les avantages et les intérêts à travailler ensemble pour enrichir l’offre de formation. Le travail en équipe implique un changement dans la manière de concevoir l’organisation et la gestion des activités pédagogiques conventionnelles.

Roderick J. Lawrence a fait ses études à l'Université d'Adélaïde (Australie), à l'Université de Cambridge (Angleterre) et à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse). Actuellement, Professeur à la Faculté des Sciences économiques et sociales de l'Université de Genève, il travaille à l'Institut des Sciences de l'environnement en tant que chef du Groupe Ecologie humaine. Depuis 2003, il est directeur d’un Programme de Formation continue universitaire en Développement durable en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et l’Institut des Hautes études en Administration publique (IDHEAP). En 2009, il a été nommé membre du comité scientifique du Programme Interdisciplinaire de Recherche Ville et Environnement du CNRS et du Ministère de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement durables de la France. Depuis, janvier 2009, il est également membre du comité scientifique du ‘Network for Transdisciplinary Research’ de l’Académie des sciences de la Suisse.
http://www.unige.ch/ecohum/Collaborateurs/Lawrence/pp.html
Publications
R.J. Lawrence (2010). "Deciphering interdisciplinary and transdisciplinary contributions". Transdisciplinary Journal of Engineering & Science, vol. 1, n°1; pp. 125-130.
R.J. Lawrence (2010). "Sustainable urban ecosystems and quality of life: achievements in European countries". Malaysian Journal of Environmental management, vol.11, n°1: pp. 29-36.
R.J. Lawrence, (2010). "Agir en milieu urbain: un défi intersectoriel pour promouvoir la santé". In O. Coutard & J.P. Lévy (dir.), Ecologies urbaines, pp. 258-275. Editions Economica, Paris.
R.J. Lawrence, (2010). "Healthy Cities: Key principles for professional practices". In A. Abdel-Hadi, M. Tolba & S. Soliman (eds.) Environment, health, and sustainable development, pp.29-42. Hogrefe, Cambridge MA.
R.J. Lawrence, (2010). "Housing and health promotion: moving forward". International Journal of Public Health, vol.55, n°3: pp.145-146 (Impact factor 2.24).
R.J. Lawrence, (2010). "Beyond disciplinary confinement to transdisciplinarity". In V. Brown, J. Harris & J. Russell (eds.) Tackling wicked problems through the transdisciplinary imagination. London, Earthscan, pp.16-30.
R.J. Lawrence (2011). "Analysing urban diversity: the pertinence of interdisciplinary and transdisciplinary contributions". In M. Bonaiuto, M. Bonnes, A. Nenci  & G. Carrus (eds.) Urban Diversities: Environmental and Social Issues, pp. 19-29. Hogrefe, Göttingen.
R.J. Lawrence (2011). "Understanding Environmental Quality Through Quality of Life (QOL) Studies". In J. Nriagu (ed.) Encyclopedia of Environmental Health, volume 5, pp. 518–525. Burlington: Elsevier.
R.J. Lawrence (2011). "Urban areas in the context of human ecology".  In I. Douglas, D. Goode, M. Houck & R. Wang (eds.) The Routledge Handbook of Urban Ecology, pp. 38-47. London, Routledge.
R.J. Lawrence (2012). "People-environment studies". D. Clapham, W. Clark & K. Gibb (eds.) The Sage Handbook of Housing Studies, pp. 230-243. London, Sage.

Jean-Michel SERVET: Échelles et niveaux en sciences sociales. Les leçons de Gulliver
La littérature au XVIIIe siècle joue une partie du rôle des sciences sociales deux siècles plus tard. Les Voyages de Gulliver pose la question des échelles d’observation des champs du savoir. Quand l’interdisciplinarité interroge les hypothèses constitutives des objets de la recherche, les échelles à partir desquelles sont construits ceux-ci apparaissent essentielles. La juxtaposition de regards disciplinaires utilisant des échelles différentes ne peut que produire des anamorphoses, une reconnaissance de l’impossibilité ou des limites fortes de certaines collaborations.

Elisabeth de TURCKHEIM & Jack SPAAPEN: Is ID research assessable through improved standard evaluation? (Les méthodes habituelles d’évaluation de la recherche peuvent-elles être adaptées pour des recherches interdisciplinaires?)
Les recherches interdisciplinaires permettent de développer de nouvelles approches cognitives pour explorer des champs aux frontières des connaissances. Puissant moteur d'évolution de la science, elles sont indispensables pour aborder des problèmes complexes posés par la société. Mais ces recherches souffrent de méthodes d’évaluation mal adaptées qui suscitent des réserves de la part des individus et des collectifs qui hésitent à s'engager dans des approches ne s’inscrivant pas dans les pratiques disciplinaires traditionnelles. Une analyse des particularités de ces recherches, fondée sur des témoignages de terrain et sur des travaux de sociologie des sciences, permet d'identifier les processus particuliers mis en œuvre. Mais l'interdisciplinarité est aussi un processus social et humain où l'environnement, les capacités relationnelles des individus, la solidité d'une stratégie scientifique et la qualité de l’animation sont des facteurs essentiels. Les protocoles ou indicateurs standard d’évaluation de la recherche restreignent souvent l'analyse à la mesure des produits, et même aux seuls produits "académiques". De plus, les travaux bibliométriques sur la pertinence des indicateurs de qualité des publications pour les recherches interdisciplinaires incitent à ne pas les utiliser sans une bonne compréhension du contexte et à les associer avec des angles d'analyse  plus larges. Les structures responsables de l’évaluation de la recherche qui doivent définir des protocoles d'évaluation applicables à tous les types de projets tentent de pallier ces défauts. Une première réaction est de prévoir quand et comment dupliquer la procédure habituelle pour chaque discipline, puis d'imaginer comment intégrer ces différents avis. Des processus plus originaux ont été conçus pour des programmes spécifiques où l'interdisciplinarité est constituante des projets. Un objectif plus ambitieux en termes d'impact sur un système de recherche est d'enrichir les standards des procédures générales en les rendant plus flexibles, en y ajoutant les dimensions nécessaires pour rendre compte et apprécier des démarches ou des contextes originaux. C'est le point de vue développé par les chercheurs néerlandais du projet ERiC (Evaluating Research in Context) depuis une dizaine d'années. Dans le cadre de recherches en sociologie des sciences et des technologies, ce groupe a produit une méthode d’évaluation construite à partir d'études approfondies dans des domaines de recherche variés. Des outils opérationnels (processus, critères et indicateurs) ont été construits, adaptables à tous les domaines, et qui s’intègrent dans le protocole national d’évaluation des groupes de recherches des Pays-Bas (SEP Standard Evaluation Protocol) pour évaluer la pertinence sociétale des recherches dans une procédure globale d'évaluation des collectifs. Les chercheurs de ce groupe ont aussi coordonné le projet SIAMPI (Social Impact Assessment Methods through Productive Interactions), associant des équipes européennes (France, Pays Bas, Angleterre, Espagne) et qui a produit un cadre pour une évaluation plus globale qui intègre à la fois les aspects de qualité scientifique et de pertinence sociétale. Les principes et les objectifs fondant ces travaux seront présentés ainsi qu'un exemple de grille d'analyse.

Jack Spaapen was trained as a sociologist and a cultural anthropologist at the University of Amsterdam with a PhD in science and technology studies. He is advisor for science policy affairs for the Royal Netherlands Academy of Arts and Sciences on various matters, in particular regarding science policy, evaluation, research impact and humanities research. Among others, he represents the Academy in the committee that is responsible for developing the new national evaluation protocol. He was the coordinator of the FP7 research project SIAMPI.

Elisabeth de Turckheim est directrice de recherche retraitée de l'INRA. Elle a dirigé le département de mathématiques et informatique; puis la délégation à l'évaluation de cet institut. Elle anime le groupe de travail EREFIN sur l'évaluation de la recherche finalisée et est actuellement chargée de mission à l'OST et à l'INRA.

Publications
J. Spaapen, H. Dijstelbloem, F. Wamelink (2007), Evaluating Research in Context. A method for comprehensive assessment, Consultative Committee of Sector Councils for Research and Development (COS), The Hague, 1ère édition (2004).
ERiC (2010), Evaluating the societal relevance of academic research: a guide, ERiC publication 1001 EN June 2010, The Hague.
Leonie van Drooge, Rens Vandeberg et al. (2013), Valuable: Indicators for valorisation. The Hague, Rathenau Institute.
Jack Spaapen and Leonie van Drooge, Introducing ‘productive interactions’ in social impact assessment, Research Evaluation, 20 3, September 2011, 211-218.
E. de Turckheim (2012) Évaluer la recherche finalisée. Propos recueillis par B. Hubert et D. Terrasson, Natures Sciences Sociétés 20, 210-221.


Bruno VILLALBA: Temporalités négociées, temporalités prescrites. L’enjeu du délai
La communication s’insère dans une réflexion construite à partir d’une analyse de sociologie politique sur la confrontation des temporalités politiques et écologiques. Partant du constat de l’échec répété des négociations internationales à produire une réorganisation des politiques environnementales et des limites actuelles des projets politiques dans ce domaine, l’enjeu est d’analyser la compatibilité des temporalités démocratiques (régime d’historicité, perspectives continuistes du temps du projet politique, rythmes de prise de décision) avec les temporalités de l’écologie, marquée par les irréversibilités. Le long terme, qui structure l’organisation de la décision politique est de plus en plus questionné par l’irruption du court terme.
Cela révèle un décalage fondamental entre la manière dont nous imaginons le long terme et la réalité matérielle des phénomènes écologiques, c'est-à-dire un décalage entre, d’une part, notre capacité à créer les conditions pour que le long terme ne puisse jamais advenir et, d’autre part, notre ingéniosité pour sans cesse repousser la prise en compte du délai qu’il nous reste... Car, en matière d’écologie politique, ces dispositifs supposent que nous disposions d’une durée suffisante pour adapter, lentement, notre représentation du futur aux contraintes de l’urgence écologique. Or, l’environnement n’est pas un simple problème de long terme, de responsabilité vis-à-vis des générations futures. C'est un problème historiquement enraciné dans l’élaboration de notre société productiviste, consumériste, basée sur une construction continuiste du temps politique (Arendt). Mais, si on croise le problème climatique avec la question énergétique, alors le problème climatique est moins un problème de long terme qu’un problème de compte à rebours, moins un problème de durée qu’un problème de délai. Dès lors, l’enjeu n’est pas tant d’arriver à penser le long terme, mais plutôt d’arriver à penser le compte à rebours et donc la possibilité de l’inexistence du long terme, la possibilité de "la fin de tout but possible".
L’enjeu climatique impose à la politique de construire ses objectifs inscrits dans un délai imposant de réaliser des choix qui permettront la continuité de nos sociétés, délai caractérisé par une double face: la prise en compte d’un compte à rebours (résultant du cumul des crises environnementales et sociales) et l’acceptation d’une courte période pendant laquelle nous serons contraints à effectuer les choix salutaires. Pour faire face à cette cécité des temps politiques qui frappe nos sociétés démocratiques, nous devons faire un effort d’imagination qui passe, d’abord, par la nécessité d’accepter cette urgence, ensuite par notre capacité collective à explorer des pistes permettant d’envisager en premier lieu la contrainte temporelle: nous sommes face à un ultimatum. Elles concernent aussi la contrainte exogène (perspective de l’anthropocène). De plus en plus, nous devons faire face à une contrainte égalitaire, qui redessine les relations entre humains et non-humains. Enfin, elles évoquent la contrainte sociale: la sobriété devient une condition nécessaire du partage dans un monde fini. La démocratie ne pourra faire l’économie d’explorer ces pistes pour construire un débat à la hauteur de l’enjeu écologique. Elles conditionnent la possibilité de maintenir des choix pour les générations futures. Elles peuvent apparaître comme restrictives de nos libertés de choix actuelles. Mais elles seules peuvent permettre de reculer l’échéance et la brutalité de la fin de nos idéaux démocratiques.

Bruno Villalba, maître de conférences science politique, Sciences Po Lille, Membre du Ceraps, Rédacteur en chef d'Études Rurales (EHESS - Collège de France - CNRS).
Pour compléter
Arendt H., 1995, Qu’est-ce que la politique?, trad. fse, Paris, Le Seuil.
Anders G., Le temps de la fin, Paris, Editions de l’Herne, 2007.
Michel Badré, Dominique Bourg, Jean-René Brunetière, Jean Gadrey, Alain Grandjean, Bernard Perret, Villalba B., 2011, "Les droits de l'avenir. Comment prendre des décisions de long terme? (Enquête auprès de)", in Revue Esprit, mars-avril 2011, p. 205-235.
Dupuy J.-P., 2002, Pour un catastrophisme éclairé. Quand l'impossible est certain, Paris, Seuil.
Dominique Bourg, Kerry Whiteside, Vers une démocratie écologique, Paris, Seuil, 2010.
Grinevald J., 2008, La biosphère de l’Anthropocène: climat et pétrole, la double menace, Genève, Georg éditeur.
Hartog F., 2003, Régimes d'historicité. Présentisme et expériences du temps, Paris, Seuil.
Villalba B., Semal L., 2013, "Obsolescence de la durée. La politique peut-elle continuer à disqualifier le délai?", in Vivien F.-D., Jacques Lepart, Pascal Marty (eds.), L’évaluation de la durabilité, Paris, Edition Quae, 2013, pp. 81-100.
Villalba B., 2010, "L'écologie politique face au délai et à la contraction démocratique", in Ecologie et Politique, n°40, 2010, p. 95-113.




Table ronde: La transition énergétique dans le département de la Manche, animée par Sylvain ALLEMAND, avec Fabrice JEANNE (directeur général des services du Conseil général de la Manche), Claude MILLIER (président de la revue NSS) et Jean-François MORLAIX (EDF commerce)
Quelle transition énergétique dans un département comme la Manche? Quel en est le potentiel en matière d'énergies renouvelables? C'est cette double interrogation que se propose d'aborder cette table ronde en réunissant divers acteurs de ce territoire dans l'idée de rendre compte aussi des défis que représente une telle transition en termes de décloisonnements disciplinaires, mais aussi professionnels et institutionnels.

Avec le soutien
du Ministère de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie,
du Cirad, du CNRS, de l’Ifremer, de l’Inra, de l’IRD et de l’IRSTEA

Association NSS-Dialogues    Ministère de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie

Cirad    Centre National de la Recherche Scientifique    Ifremer

INRA    Institut de Recherche pour le Développement    IRSTEA